La vie ici…

Quelques nouvelles de notre vie au Togo…

Depuis le début du temps pascal nous sommes dans les baptêmes et confirmations… Je vous avais déjà parlé du baptême de vingt petits enfants le jour de Pâques, il fut suivi du baptême d’une trentaine de jeunes et adultes dimanche dernier, toujours à la paroisse de Komah, puis de la confirmation d’une cinquantaine de jeunes et adultes le jeudi de l’Ascension. Ce dimanche, ce sera le tour des baptêmes de jeunes et adultes à notre station secondaire d’Adjorogo : la communauté chrétienne s’agrandit, consciente de ses responsabilités, mais aussi marquée par son manque de ressources…

Baptêmes pascal

Également, la semaine dernière s’est tenue à la paroisse, « la Pâque des jeunes », un temps festif et de ressourcement pour les jeunes : film, chant choral, match de foot…

Les rites funéraires dans l'Islam

Mercredi dernier, nous avons eu une nouvelle conférence, dans le cadre de notre cycle de l’Espace d’Alzon au Centre Culturel Saint Augustin. Elle portait sur les rites funéraires dans l’Islam, quatre intervenants musulmans se sont relayés pour nous présenter cela. La rencontre fut fort intéressante et instructive ! Par exemple, j’ai appris la raison de l’empressement de notre frères musulmans pour mettre en terre leurs défunts (quelques heures après son décès) : si celui-ci est promis au paradis, c’est lui-même qui demande à ses frères de le mettre en terre au plus tôt pour pouvoir bénéficier le plus vite possible des délices promis ; par contre si le défunts est promis à l’enfer, là encore il faut se hâter de le mettre en terre pour qu’il n’importune pas les vivants et subisse sa juste sentence. Dans les deux cas il faut donc se hâter… Une autre découverte, pour moi, fut le fait que les lamentations et les pleurs aggravent la sentence du défunt – peut-être parce qu’ils sont le signe d’un manque de confiance en Dieu et d’acceptation de son heure – … Toujours est-il que cela explique pas mal d’éléments des rites funéraires : une fois encore l’empressement à enterrer les morts, mais aussi  le fait d’écarter les femmes de la mise en terre, car plus susceptibles de pleurer et de se lamenter (sic.)… Bref, tout fut passé en revue depuis l’accompagnement du mourant jusqu’à sa mise en terre en passant par la toilette funéraire… Très instructif…

Dernière nouvelle, nous nous apprêtons à accueillir notre supérieur général, le P. Benoît Grière, et un de ses assistants, le P. Emmanuel Kahindo, en espérant que leur visite nous permettra de redynamiser notre mission ici, mais je vous en dirai plus la semaine prochaine…

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Dans le monde… mais pas du monde!

7eme dimanche de Pâques, année B, Jn 17,11b-19 /

« Je ne te demande pas que tu les retires du monde… Ils ne sont pas du monde… » (Jn 15,16) À partir de cette double affirmation de notre rapport au monde, le champ d’interprétation et de mise en œuvre est très varié suivant que l’on mette l’accent d’un côté ou de l’autre. Au cours des siècles, de nombreux disciples du Christ ont, en effet, choisi de marquer fortement leur rupture avec le monde : depuis les pères du désert suivis par toute la tradition monastique, jusqu’à la condamnation du modernisme et de ses erreurs par l’Église du XIXème et du début XXème. Sur l’autre versant, d’autres disciples, plus nombreux encore, engagèrent toutes leurs énergies à travailler dans et pour la croissance du monde. On peut noter en ce sens la naissance des ordres mendiants, suivis par toutes les congrégations apostoliques, hospitalières, éducatrices, missionnaires… et jusqu’à la reconnaissance, par le Concile Vatican II, de tout ce qui est bon dans le monde moderne : « Pour les croyants, une chose est certaine : considérée en elle-même, l’activité humaine, individuelle et collective, ce gigantesque effort par lequel les hommes, tout au long des siècles, s’acharnent à améliorer leurs conditions de vie, correspond au dessein de Dieu. » (Gaudium et Spes n°34) Comment alors se situer ? Dans le monde… Pas du monde ? Où nous faut-il mettre l’accent ?

Annoncer l’Évangile à temps et à contre-temps !

Plutôt que de relire l’histoire de l’Église, ou de la vie religieuse, en condamnant certains choix du passé relatifs au rapport au monde, du haut de notre problématique contemporaine, ne s’agit-il pas plutôt de contempler ce que l’Esprit à fait surgir pour répondre aux défis de telle ou telle époque ? Dans le contexte d’une religion chrétienne s’installant dans la société, après les persécutions, ne fallait-il pas affirmer une certaine rupture avec le monde et prendre la voie radicale de la vie érémitique ? Ou encore, à une époque où l’Église institutionnelle était marquée par un faste certain, et où les villes commencèrent à se développer, ne fallait-il pas un saint François et un saint Dominique pour s’engager dans le monde des villes et auprès des pauvres ? La relecture de l’histoire de l’Église, sous l’angle des initiatives suscitées par l’Esprit, peut vraiment libérer notre façon d’assumer le passé. Il en va donc de même pour nous aujourd’hui : dans le contexte qui est le nôtre, à une époque donnée, dans une culture particulière : que suscite l’Esprit en chacun de nous ? Dans un monde sécularisé ayant oublié sa foi, n’est-il pas urgent de signifier que nous ne sommes pas de ce monde, mais en pèlerinage vers la « Cité de Dieu » ? Dans un monde où l’être humain est souvent passé au laminoir des principes économiques, ne s’agit-il pas de nous engager dans le monde pour lutter auprès des plus pauvres et contre les structures injustes ? Bref, notre défi sera toujours d’annoncer l’Évangile à temps et à contre-temps.

Annoncer, ensemble, l’Évangile à temps et à contre-temps !

Par ailleurs, les ordres mendiants ont-ils fait disparaître la vie monastique ? Les groupes d’action catholique ont-ils fait disparaître les groupes de prière ? Aucunement… Ainsi, pour tenir cette double mission de travailler au cœur du monde et de signifier que nous ne sommes pas dans le monde, n’est-il pas nécessaire et libérateur de s’appuyer sur nos vocations complémentaires ? C’est ensemble, comme membres du Corps du Christ, que nous pourrons donner toutes les harmoniques de la vie des disciples… Il n’y a pas à se mettre martel en tête pour faire des choses qui ne nous correspondent pas du tout, mais à mettre en œuvre nos propres dons au service de l’ensemble du témoignage chrétien. Celui qui s’engage auprès des pauvres, dans un mouvement favorisant le commerce équitable, ou dans la promotion de la démocratie dans les pays en déficit de ce côté-là, n’a pas à se surestimer ou sous-estimer par rapport à un ermite reclus dans la prière… Ce n’est qu’ensemble, en faisant corps les unes avec les autres, que les différentes vocations des disciples pourront réaliser la mission confiée par le Christ !

Annoncer, de façon différentiée, l’Évangile à temps et à contre temps !

Dernière remarque, pour ne pas paraître caricatural : certes il faut se situer dans son rapport au monde suivant les défis du moment et suivant sa vocation propre, mais les frontières ne sont pas si marquées que cela pour chacun d’entre nous. Il n’y a pas les professionnels de l’action « dans le monde » et les professionnels du témoignage « hors du monde »… Chacun est confronté à cette double exigence, mais avec des accents différentiés, suivant sa vocation, mais aussi l’étape où il en est de sa vie, ou le contexte de son quotidien… Le Christ a passé trente années incognito, pour trois années de vie publique…. Il se laissait prendre par les nombreuses sollicitations du moment, mais il aimait aussi se retirer dans la prière… Il invitait à œuvrer pour plus de justice, mais il n’a mené aucune action politique pour renverser l’occupant romain… Ne cessons donc pas de contempler le Christ dans toutes ses nuances pour savoir comment vivre dans le monde sans être du monde, de façon différenciée suivant les temps les lieux et les circonstances…

Pour vivre dans le monde… sans être du monde…

Annonçons l’Évangile à temps et à contre-temps, ensemble, et de façon différenciée…

 

 

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Des tensions nécessaires…

Des démarches en vue de la réintégration des intégristes, à la reprise en main des religieuses américaines qui sont allées trop loin – « plus loin que Vatican II »-, en passant par les associations de laïcs ou de prêtres sur le bord de la scission ou par ces nouveaux jeunes catholiques aux revendications identitaires marquées et/ou adeptes de la pop-louange… Il y a des moments où l’actualité de l’Église ne me fait guère rêver…

Cependant j’ai appris, par ailleurs, en m’attardant à ce qui résiste dans les textes bibliques, à ce qui pose question, à ce qui choque, que l’on peut dépasser les apparentes contradictions de l’Écriture et découvrir une vérité plus profonde, plus nourrissante… Ne pourrait-on pas employer la même approche pour ce qui nous gêne dans l’Église, car l’Écriture, comme l’Église, sont animées par l’Esprit Saint, non ? Pour certains, l’Église semble plutôt régresser vers les siècles passés que d’avancer vers les siècles à venir… Pour d’autres, elle n’est jamais assez intransigeante et beaucoup trop permissive à l’air du temps…

Quelles que soient notre position de départ et l’histoire de notre foi, nous avons tous à nous convertir à l’Évangile et à nous laisser guider par le souffle de l’Esprit. J’aime bien m’inspirer de la démarche de l’assemblée de Jérusalem pour réfléchir à notre façon de faire Église. Nous méditions ce texte des Actes des Apôtres au cours des liturgies de la semaine : fallait-il, ou non, imposer la circoncision au pagano-chrétiens convertis par Paul et Barnabé ?… Nous pouvons tirer deux enseignements majeurs de cette situation :

-D’une part, l’Église n’a jamais été un tronc unique qui se serait divisé ensuite en plusieurs branches. Mais, dès le début, les apôtres ont fondé des Églises diverses et variées, avec des façons de faire différentes, et seulement ensuite il a fallu assurer l’unité de ces Églises, comme, par exemple, avec cette assemblée de Jérusalem.

-D’autre part, le résultat de l’assemblée de Jérusalem n’a pas été de se mettre d’accord sur une unique façon de faire pour tous les chrétiens, mais de permettre aux pagano-chrétiens d’entrer dans l’Église sans suivre toutes les prescriptions du Judaïsme (circoncision et règles alimentaires), tandis que les judéo-chrétiens continuaient de vivre selon ces prescriptions !

Convertissons donc notre approche : l’Église ne fut jamais une réalité simple et uniforme, et la communion est possible tout en laissant place à certaines différences de sensibilités. Le rôle de l’évêque de Rome est de mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour assurer la communion, au risque d’une certaine uniformité, le rôle des communautés chrétiennes et de défendre leur façon de faire, leur histoire, leur sensibilité, au risque de la séparation : cette tension est nécessaire, elle évite, d’une part, à chaque groupe d’Église de se prendre pour le nombril du monde, et elle évite, d’autre part, à la hiérarchie de tomber dans l’uniformisation et le légalisme… Accueillons donc ces combats, ces tensions comme des manifestations de l’Esprit Saint qui ne se laisse ni enfermer dans l’uniformité, ni ne se satisfait de la division des chrétiens… À travers toutes ses tensions, le Corps du Christ se construit, non ?

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Farandole d’amour et de joie !

6eme dimanche de Pâques, année B, Jn 15, 9-17 /

« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie.» (Jn 15,11) Voilà un résumé, fort heureux, du but de la prédication de Jésus Christ : Dieu est joie et veut que nous soyons comblés de joie ! Mais quel est donc le secret de cette joie : L’insouciance ? Le culte du plaisir ? L’art de faire la fête ? Tous ces moyens sophistiqués déployés pour vendre du divertissement ? Pas vraiment : « Malheureux, vous qui riez maintenant : vous serez dans le deuil et vous pleurerez ! » (Lc 6, 25) Le Christ nous propose une joie profonde, une joie durable, une joie à recevoir !

Une joie profonde !

« Mon commandement le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » (Jn 15,12) Nous en avons tous fait l’expérience, ce qui nous donne le plus de joie dans la vie, ce sont ces moments précieux où nous mettons en œuvre notre amour, où nous donnons gratuitement de nous-même sans rien attendre en retour : un service rendu, une visite à un malade, la préparation d’un bon repas, l’organisation réussie d’une activité… Dans tous ces cas, notre vie prend pleinement sens, nous nous sentons utile, nous nous sentons vivant ! Remarquez que cet amour n’a pas grand-chose à voir avec un amour passionnel, une affinité naturelle, un sentiment amoureux, il relève plutôt d’un engagement personnel, d’un choix volontaire, d’un don gratuit de soi… Cette remarque est importante pour comprendre le mot « commandement » dans le contexte de l’amour : un amour passionnel, une affinité naturelle, personne ne peut les commander, mais un choix volontaire, un amour oblatif, oui ! Relisons donc notre histoire à partir de ces moments précieux où nous nous sommes sentis pleinement exister et osons faire les pas en avant nécessaires pour vivre de nouveau ce don de nous-même qui fera grandir, en nous, une joie profonde !

Une joie durable !

« Vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ; et votre joie, personne ne pourra vous la ravir. » (Jn 16,22) Nous le disions la semaine passée, demeurer en Dieu consiste essentiellement à poser des gestes de paix, d’amour, de solidarité, de fraternité, de pardon… Or, tous ces gestes d’amour oblatif, non seulement nous ont déjà apporté une joie profonde ici-bas, mais encore ils nous ont enracinés dans la vie de Dieu, dans son amour, dans sa joie et cette joie-là nul ne pourra nous la ravir ! Voilà encore une Bonne Nouvelle pour notre vie : l’Évangile ne nous invite pas à faire des sacrifices en vue d’une récompense dans l’au-delà, mais à emprunter, jour après jour, le chemin de la joie profonde, de la joie durable, celle que nous vivrons en plénitude à la fin des temps ! D’ailleurs, le concept de « développement durable », fort à la mode ces temps-ci, nous donne un bel éclairage sur la « joie durable », à laquelle nous invite l’Évangile : non pas une joie éphémère, non pas ma joie contre celle des autres, non pas la joie d’un groupe humain au détriment des autres ou des générations à venir, mais une joie qui ne trouvera son aboutissement que lorsque tous seront dans la joie !

Une joie à recevoir !

« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés… Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous… » (Jn 15,9.11) Nous ne le répéterons jamais assez, Dieu ne pose aucune condition pour nous aimer, nous n’avons pas à nous rendre aimable à ses yeux et « même si notre cœur nous condamne : Dieu est plus grand que notre cœur ! » (1Jn 3,20) Voilà encore une Bonne Nouvelle ! Nous n’avons pas à bâtir notre joie à partir de rien, ni à aimer à partir de nos propres forces, mais à accueillir, en nous, l’amour et la joie de Dieu qui dilatent notre cœur ! Dieu trouve sa joie dans l’amour qu’il nous porte, en accueillant sa joie, en la faisant nôtre, nous sommes conduit à une même logique : trouver notre joie dans l’amour que nous semons autour de nous ! Et un cercle vertueux, une farandole de bonheur, se met en place permettant à l’amour et à la joie de Dieu de s’épanouir à la mesure du développement de notre propre amour et notre propre joie qui s’alimentent eux-mêmes, jour après jour, à l’amour et à la joie de Dieu ! Joie et amour donnés, joie et amour à recevoir !

Savourons  donc simplement cette farandole des mots « amour » et « joie » dans les textes de ce dimanche, elle nous conduira à la véritable joie :

Une joie profonde !

Une joie durable !

Une joie à recevoir !

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Travaux… et fruits ?

Nous voici en pleine saison de travaux : travaux des champs et travaux à la maison…

Au moment où je vous écris, en effet, je rentre tout juste d’une petite séance de quelques

Travaux des champs

heures de travail avec les novices dans notre champ voisin pour essayer de préparer la terre pour les semailles ! Nous ne sommes pas des experts, nos outils sont plus ou moins adaptés et la terre pas vraiment malléable car la pluie fait défaut… Mais nous espérons pouvoir semer sous peu quelques graines de sésame (très apprécié pour les sauces) et éventuellement d’arachides en attendant la deuxième saison pour y mettre du maïs et surtout dans l’espoir de récolter quelques fruits de notre travail d’ici quelque temps. Cela nous prépare bien à l’écoute de l’évangile de ce dimanche sur la vigne, les sarments et les fruits… Notre travail consiste bien à préparer la terre, à permettre aux plantes de s’alimenter en eau et en nutriments, quant aux fruits ils dépendent surtout de la providence du Seigneur… L’évangile ne nous dis pas « portez beaucoup de fruits » mais « demeurez en moi » et vous porterez beaucoup de fruit…

Construction du poulailler

Par ailleurs après plusieurs semaines où les travaux n’avançaient guère dans la maison, nous voici de nouveau au milieu des coups de marteau, bruits de planches et autres radios des ouvriers… Maçons, peintres, plombiers, couvreurs, soudeur, s’en donnent à cœur joie, il y a même quatre tas de bois, sous dôme de terre, en train de se consumer à petit feu dans le but d’obtenir du charbon… La maison semble s’être transformée rapidement d’un ermitage paisible et silencieux en une fourmilière forte active… Il faut dire que nous attendons d’ici deux semaines la visite de notre supérieur général, et c’est l’occasion de programmer une bénédiction de la maison avec des travaux censés être terminés. Je n’y crois guère, mais cela permet, au moins, de mettre la pression sur notre entrepreneur qui semblait se désintéresser un peu trop de tous les travaux de finition encore nombreux… Et je ne vous parle pas de l’électrification toujours en attente… En ce domaine aussi, nous espérons que les travaux d’aménagement de la maison porteront de bons fruits, c’est-à-dire permettront à de nombreuses générations de novices et de religieux d’avancer sur le chemin de l’évangile.

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D’où viennent les fruits ?

5eme dimanche de Pâques, année B, Jn 15,1-8 /

« De même que le sarment ne peut pas porter du fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. » (Jn 15,4) La logique de ce verset d’évangile semble limpide… et pourtant, l’observation de ceux qui nous entourent ne vient-elle pas infirmer cette logique ? Ne sont-elles pas nombreuses, en effet, les personnes qui portent de bons fruits -de solidarité, d’amour, de réussite- sans faire aucunement référence au Christ ou à Dieu ? Cela nous force à creuser notre réflexion : demeurer en Christ : qu’est-ce à dire ? Pourquoi la prière, les sacrements, la vie en Église ? Et enfin, sommes-nous de bons juges sur nous-mêmes ?

Demeurer en Christ : qu’est-ce à dire ?

La seconde lecture de ce dimanche peut certainement nous éclairer   : « Mes enfants, nous devons aimer non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. » ( 1 Jn 3,18)… Donc demeurer en Christ, vivre de sa vie, n’a peut-être pas grand-chose à voir avec le fait de porter ou non le nom de chrétien ou de se réclamer de lui. La réponse est du côté des actes : si je sème l’amour, la fraternité, la paix ; si je donne de moi-même pour le service de mes frères, et en particulier des plus pauvres et des plus exclus, alors je vis de la vie du Christ, je demeure en lui. Mais si je sème la haine, la violence, la division ; si je suis centré exclusivement sur mon bien-être ou sur celui de mon clan ; quand bien même je passerais de longues heures à l’église, abîmé en prière, je ne peux nullement prétendre demeurer dans le Christ ! « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous donniez beaucoup de fruit : ainsi vous serez pour moi des disciples. » (Jn 15,8)… Nous serons donc peut-être surpris de voir la tête des véritables disciples du Christ lors de notre passage en Dieu : à l’image de nombreux tympans, sur le jugement dernier, qui ne manquent pas de mettre, du côté des réprouvés, des évêques et abbés mitrés et, du côté des élus, toutes sortes de pauvres hères apparemment peu recommandables…

Mais alors pourquoi la prière, les sacrements, la vie en Église ?

Partons d’un exemple : les novices de ma communauté rentrent de leur stage d’insertion dans l’association « vivre dans l’espérance » qui s’occupe de personnes malades du sida en milieu très pauvre, ainsi que d’orphelins issus des conséquences de la maladie, et souvent eux-mêmes porteurs de celle-ci depuis leur naissance… L’expérience fut forte et intense pour les novices, le rythme de travail, l’amour gratuit et le dévouement des sœurs, ainsi que des membres de l’association, les ont fortement impressionnés. Or, ils constatèrent, dans le même mouvement, combien la foi, la qualité de la vie communautaire, la prière étaient essentielles aux sœurs pour repartir jour après jour travailler à l’association ou au service de pédiatrie où des enfants et des adultes meurent quasiment chaque jour… Ces sœurs seront-elles jugées sur leur prière, sur leur pratique des sacrements ou sur leur vie en Église ? Certainement pas ! Mais n’est-ce pas grâce à tous ces éléments qu’elles peuvent vivre un amour intense et exigeant jour après jour ?… Leur vie témoigne, de façon limpide, que c’est bien grâce au ressourcement dans l’eucharistie, dans l’adoration quotidienne, dans le soutien fraternel, etc. qu’elles peuvent réellement vivre de la vie du Christ et donc demeurer en Lui, dans tous les engagements du quotidien ! Cela n’éclaire-t-il pas notre question ?

Sommes-nous de bons juges sur nous-mêmes ?

Nous évoquions donc tout à l’heure que de nombreux frères, hors de l’Église, portent aussi de bons fruits, mais surtout, que cela ne nous complexe pas, comme si nous avions honte de ne pas être meilleurs qu’eux… et ne nous laissons pas troubler par ceux qui voudraient ainsi culpabiliser les chrétiens. Premièrement, ne soyons pas amnésiques, ni aveuglés par certains discours malveillants, et ayons à cœur de contempler et de rendre grâce pour tous les bons fruits produits par les chrétiens depuis 2000 ans et encore aujourd’hui… L’évangile ne parle pas de ceux qui produiraient de meilleurs fruits, mais tout simplement de ceux qui produisent des fruits : sortons donc du comparatisme toujours destructeur. Deuxièmement, sommes-nous responsables de nos fruits ou de cultiver notre champ intérieur, laissant la grâce faire son œuvre ?… Si nous contemplons trop le fruit de nos actions, nous risquons fort d’être détournés de la source, et de nous prendre pour l’origine des fruits… L’impératif de l’Évangile n’est pas « Portez beaucoup de fruits ! », mais… « Demeurez en moi ! »… et, sous-entendu, « les fruits je m’en chargerai… »  N’ayons donc pas peur de prendre du temps pour cultiver notre champ intérieur, pour puiser à la source et ensuite mettre en œuvre ce que l’Esprit fera germer en nous… alors nous produirons, nous aussi, de nombreux fruits !

S’agit-il d’opposer les fruits aux moyens nécessaires pour alimenter la plante ?

D’où viennent les fruits ?

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De bons bergers ?

4eme dimanche de Pâques, année B, Jn 10,11-18 /

Gens des villes et du XXIème siècle, nous ne sommes pas forcément très familiers avec les images pastorales de l’évangile de ce dimanche : un berger, un troupeau, une bergerie… d’autant plus que nous n’avons pas envie d’être pris pour des moutons de Panurge… Mais puisque nous sommes membres du Christ ressuscité, c’est-à-dire, chacun pour notre part, chargés de mettre en œuvre sa vie : essayons de comprendre ces images d’évangile de son point de vue, celui du bon berger… La figure du Christ bon pasteur ne peut-elle pas interpeller chacun d’entre nous sur notre manière de « régner sur notre petit troupeau » ou de vivre la fraternité ? : Une richesse, un sacrifice, une ouverture…

Une richesse !

Pour nous replacer dans la culture biblique, souvenons-vous de quelques grands pasteurs : Abraham qui « était fort riche en troupeaux, en argent et en or. » (Gn 13,2) ; Jacob « qui devint extrêmement riche; il eut de nombreux troupeaux, des servantes et des serviteurs, des chameaux et des ânes… » (Gn 30,43) ou encore Job : « Il possédait aussi 7000 brebis, 3000 chameaux, 500 paires de bœufs et 500 ânesses, avec de très nombreux serviteurs. Cet homme était le plus fortuné de tous les fils de l’Orient. » (Jb 1,1) Les troupeaux, chez ces semi-nomades, étaient donc la seule et inestimable richesse… Ce qui se constate, encore aujourd’hui, par exemple, chez les Peuls, nos plus proches voisins au Noviciat de Sokodé… L’image employée dans l’évangile affirme donc premièrement que nous sommes l’unique et précieuse richesse de Dieu ! Ce n’est pas rien… et surtout cela n’a rien de dépréciatif ! Alors, comme chrétiens, « lieu-tenants » du Christ, comment considérons-nous nos frères et sœurs ? Ceux qui nous sont confiés : notre conjoint(e), nos enfants, mais aussi nos collègues de travail, nos employés, nos « paroissiens », nos élèves, nos voisins… « notre petit troupeau », sont-ils notre plus précieuse richesse ?  En effet, quelle richesse plus grande pourrions-nous avoir que des frères et sœurs ? Ce trésor-là, ce réseau relationnel là, que ni voleur n’approche, ni mite ne détruit, nous le retrouverons dans les cieux ! (cf. Lc 12,33)

Un sacrifice !

La question de la fraternité, depuis Caïn, s’exprime en ces termes : « Suis-je donc le gardien de mon frère ? » (Gn 4,9) Et la réponse de Caïn est radicale : « C’est lui OU moi ! »… et il n’hésita pas à sacrifier son frère sur l’autel de la jalousie ! Pour Dieu, la réponse est inverse : cette humanité, à qui il offre la vie et qui pourtant refuse de l’accueillir, il s’interdit de la supprimer. C’est ce dont parle l’alliance avec Noé : « J’établis mon alliance avec vous: tout ce qui est ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. » (Gn 9,9) ; et, puisque nous savons que ce texte est de type mythique (et non historique), il faut entendre : « J’établis mon alliance avec vous: tout ce qui est ne sera jamais détruit par les eaux du déluge, il n’y aura jamais de déluge pour ravager la terre. » Pour un Dieu tout amour, la voie de la Vie c’est forcément « ET lui ET moi »… Et pour défendre cette relation vitale jusqu’au bout, c’est lui-même qui se sacrifiera sur l’autel de l’Amour ! : « Je suis le bon pasteur… et je donne ma vie pour mes brebis ! » (Jn 10,14.15) Puisque, nous sommes « lieu-tenants » du Christ pour nos frères, à quel sacrifice sommes-nous prêts, pour sauver coûte que coûte cette révélation évangélique : « La Vie, c’est ET lui ET moi ! » ? Sacrifice de nos opinions, de notre égo, de nos biens,… d’une certaine manière de notre propre vie…  pour la mieux retrouver ?

Une ouverture !

« J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie : celles-là aussi il faut que je les conduise… Il y aura un seul troupeau. » (Jn 10,16) On peut aisément entendre cette affirmation de Jésus comme une réponse à la question de Caïn « Suis-je le gardien de mon frère ? ». Le Seigneur répond que nous sommes, non seulement les gardiens de nos frères, de nos proches, de « notre bergerie », mais aussi gardiens de nos frères lointains -lointains par la distance, par la religion, par la culture-… et encore que l’humanité est appelée à une unique communion fraternelle ! Comment cultivons-nous cette ouverture à une fraternité toujours plus universelle ? Cela ne demande pas forcément beaucoup d’effort, mais simplement de se laisser interpeller par la vie : il serait bien étonnant que cette attitude de fond n’ouvre pas nos horizons au-delà de « notre petit troupeau »…

Oui le Christ est l’unique Bon Berger !

Mais comme membres du Christ ressuscité,

Comment veillons-nous sur « notre petit troupeau » ?

Une richesse, un sacrifice, une ouverture…

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Découvertes d’avril…

Comme vous le savez déjà, notre mois d’avril, au noviciat de Sokodé, fut marqué par le stage des novices et donc par une période de congé, d’une certaine manière, pour les frères de la communauté. En voici quelques échos.


Échos du stage à l’association « Vivre dans l’espérance »

Par Bernard Bamogo, novice

Voila que notre séjour à Dapaong tire à sa fin. Ces derniers jours, nous avons approché quelques personnes de l’Association dont voici les témoignages.

 Monsieur Marcel MINDOUNA, directeur-adjoint de l’association « Vivre dans l’espérance » répond aux questions de Bernard BAMOGO

Bernard : Marcel, pouvez vous brièvement vous présenter et parler ainsi de votre association, « Vivre dans l’espérance » ?

Marcel MINDOUNA : L’association « vivre dans l’espérance », créée le 10 mars 1999, est une association de prise en charge des personnes vivant avec le VIH (PVVIH), et des orphelins et enfants rendus vulnérables par le VIH (OEV). L’Association a quatre structures dont l’unité de soins appelée Centre Maguy, le bloc administratif appelé Ensemble Pour la Vie, l’orphelinat des garçons appelé Maison Saint Augustin et l’orphelinat des filles appelé Maison Sainte Monique. Elle a un conseil d’administration composé de neuf membres, et un bureau exécutif dirigé par la Sœur Marie Stella KOUAK.

Quant à moi, j’interviens à l’association en tant que directeur adjoint, chargé du personnel et de l’accompagnement des OEV et PVVIH.

Bernard : Quelle appréciation faites-vous de la collaboration des assomptionnistes avec vous ?

Marcel :La collaboration entre les Augustines Hospitalières et les Assomptionnistes, a permis d’intégrer les jeunes assomptionnistes dans l’accompagnement dans la vie des PVVIH. Cette collaboration permet aujourd’hui aux jeunes en formation de voir la réalité de ce que sera leur apostolat, leur vocation, de saisir le sens de la misère, de la pauvreté du Christ à travers l’autre, les faibles, les petits… Les jeunes, en accompagnant les mourants, en touchant du doigt la réalité de la pauvreté, s’affirment dans leur vocation. Cette collaboration et l’implication des jeunes est TRES BIEN ! Nous sommes fiers de partager cette vie avec vous !

Bernard : Pouvez-vous nous parler de quelques statistiques ?

Marcel : L’Association Vivre dans l’Esperance prend en charge en ce jour 1403 adultes contaminés et 132 enfants contaminés. Pour l’année 2011, 4870 adultes ont été reçus en consultation contre 5260 en 2010 et 1150 enfants contre 1448 en 2010

Bernard : Quelles sont vos sources de revenu ?

Marcel : L’association fonctionne sur la base des dons, des projets et plaidoyers que nous portons auprès de certains partenaires ; le fonds mondial, l’Unicef, l’ambassade de France, l’Association de l’Arche (Abbé VEILLEROT), La Paroisse de Merztville (France), L’Association « L’ACACIA et le NERE » (se faire du bien tout en faisant du bien), L’Association Maminou …. Nous recevons ainsi de multiples dons, en nature, en espèce… qui nous permettent d’acheter les médicaments, des vivres, du matériel…

Bernard :Quels sont vos principaux objectifs pour les années à venir ?

Marcel : Pour les années à venir, l’objectif majeur, c’est le bien-être des PVVIH, et des orphelins.

Bernard : Quelles difficultés rencontrez-vous sur le terrain ?

Marcel :Nous sommes confrontés à quatre types de difficultés

-         l’intégration de la PVVIH dans son milieu de vie

-         la formation des orphelins, leur insertion professionnelle

-         le financement

-         la diminution du nombre de partenaires

Bernard : Quel souci portez-vous pour la jeunesse d’aujourd’hui ?

Marcel :Je demande toujours aux jeunes d’être prudents dans tous leurs engagements ; engagement affectif, professionnel, vocationnel ! Il faudrait qu’ils comprennent d’où ils viennent, et où ils vont : prudence !

 

Monsieur Yaya KPAPILE, assistant médical au compte de l’Association « Vivre dans l’espérance » répond aux questions de Bernard BAMOGO.

 

Bernard : M. Yaya KPAPILE, qui êtes-vous et que faites-vous au sein de l’association « Vivre dans l’espérance » ?

Yaya KPAPILE : Je suis assistant médical de formation et je m’occupe de la prise en charge des PVVIH et je leur prescris les Anti Rétro Viraux (ARV)

Bernard : Dans l’accompagnement des PVVIH, quelles mesures prenez-vous pour un patient qui vient d’apprendre son statut sérologique et qui se sait contaminé par le VIH ?

Yaya KPAPILE : Avant même le test, nous préparons psychologiquement les gens au cours d’un counseling pré-test, à accepter leur statut sérologique quel qu’en sera le résultat. Et avant de révéler son statut à un patient, surtout quand celui-ci se révèle positif, il faut lui faire comprendre tous les paramètres de la séropositivité, et cela se fait au cours d’un counseling post-test. Certains n’acceptent pas facilement leur séropositivité ; ce sont souvent des patients très fragiles ou des gens qui ne se reprochent, à juste titre, aucun comportement douteux. Il faut leur faire comprendre alors que ce n’est pas la fin du monde, ce n’est pas une fatalité. Il faut leur expliquer qu’il y a un traitement, non curatif bien sûr, mais qui améliorera leur condition de vie, leur état de santé, pour leur permettre de vivre longtemps. Nous mettons surtout en eux l’espoir de vivre malgré leur séropositivité. Il y a des exemples concrets, des gens qui témoignent d’un bon état de santé physique, qui vivent longtemps malgré leur séropositivité qu’ils ont pu accepter.

Bernard : Qu’est-ce qu’un couple discordant et que faites-vous pour ce genre de couple ?

Yaya KPAPILE : Un couple discordant est un couple dont l’un des deux partenaires est séropositif et l’autre non : l’homme peut être séropositif et la femme séronégative ou vice versa. Dans de pareils cas, nous rencontrons le couple pour les accompagner dans leur situation, mais avant, l’un et l’autre doivent se révéler à tout prix leur statut. Nous les accompagnons alors pour qu’ils puissent faire des options. Et la première des mesures à prendre, c’est l’utilisation du préservatif. Mais lorsque le couple veut avoir des enfants, la situation devient encore plus compliquée. Le risque de contamination peut considérablement baisser si le partenaire contaminé suit bien son traitement ; la charge virale peut baisser et devenir même indétectable et là ils peuvent tenter d’avoir un enfant sans se contaminer ; mais le risque zéro n’existe pas encore. Dans les pays développés, il y a le lavage de sperme ou la fécondation in vitro mais dans nos réalités on n’y est pas encore. Les exemples ne manquent pas ; de nombreux couples vivent cette situation et il arrive quelquefois que par amour de l’autre, l’un prenne le risque de se laisser contaminer.

Bernard : Parlant de pauvreté, quel lien pouvez-vous faire avec le VIH ?

Yaya KPAPILE : On peut dire que ces deux réalités vont de pair. La plupart de nos patients ici, sont très pauvres. Il faut d’abord reconnaitre que le sida est une maladie qui appauvrit lorsque l’on ne se rend pas compte à temps de sa séropositivité. Il arrive qu’on dépense tout son avoir pour se soigner en vain ; on dépense ainsi son argent sans succès, et pendant qu’on est malade on ne peut surtout pas travailler ; ce qui est pénible ; et s’il se trouve qu’on est déjà pauvre : c’est le comble, surtout dans la savane ici. Ce que nous vivons au quotidien ici dans l’association nous donne à voir de nombreux cas pareils.

Un autre phénomène est la prostitution liée à la pauvreté ; une femme qui, pour fuir la pauvreté se prostitue et tombe dans le piège du VIH perdra alors le peu de biens qu’elle a amassés pour se soigner, et dans le cas contraire, elle multiplie encore les victimes quand elle ne se protège pas et, là encore, il faut dire que c’est le comble.

Bernard : En tant qu’assistant médical, quel conseil avez-vous pour la jeune génération ?

Yaya KPAPILE : J’invite la jeunesse actuelle au changement de comportement ; à la prise de conscience des voies de prévention. Jusqu’ici il n’y pas de traitement curatif ; alors pourquoi prendre des risques ? J’encourage chaque jeune à l’abstinence sexuelle. Beaucoup de gens parlent du préservatif, lorsqu’ils se disent qu’ils ne peuvent pas s’abstenir ; moi je dirai plutôt qu’ils ne veulent pas s’abstenir. L’abstinence pour la jeunesse, c’est une voie de réussite, tant en classe, dans les études que dans la vie ; et dans tous les couples, contaminés ou pas, la fidélité est incontournable pour la réussite et la sauvegarde de la vie familiale.

Nous sommes ainsi à la fin de notre séjour chez les Sœurs Hospitalières de Dapaong aux côtés desquelles nous avons passé d’agréables moments ; nous avons eu l’occasion d’expérimenter la vie communautaire autrement, et nous repartons riches de ce que nous avons pu apprendre avec les membres de l’Association. Nous remercions la communauté des religieuses qui nous ont accueillis comme des amis, et nous ont donné davantage le goût de la vie religieuse. Nous n’oublions pas non plus le personnel de l’Association ; un groupe organisé dont tous les membres se sont dévoués pour tout partager avec nous ! Pour nous apprendre la douceur de la compassion, de l’amour gratuit, de l’amour du prochain ! Merci à nos formateurs et surtout au Seigneur qui nous donne de faire toutes choses en son Nom !


Séjour au monastère d’Agban

 

Pour ma part j’ai pris une dizaine de jours dans un monastère de bénédictins apostoliques, non loin d’ici, à Agban (près de Kara), pour un temps de retrait et de travail. Ce genre de vie n’est pas très répandu dans le monde francophone, mais un peu plus du côté germanophone ou anglophone. Ce sont des bénédictins avec des œuvres apostoliques (écoles, paroisses…) Le monastère d’Agban est, en fait, une fondation locale rattachée par la suite à la congrégation bénédictine de St Odile… Bien sûr,  toute vie religieuse est marquée par les deux dimensions : apostolique et contemplative, mais avec des accents différents… Pour vous faire une idée de ce monastère voir leur site : www.agbang.org

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Retour au quotidien…

Après un carême particulièrement intensif, la semaine sainte paru presque légère et le temps pascal prend des couleurs de vacances pour certain et d’engagement intensif pour d’autres…

Triduum Pascal…

Vous ayant déjà partagé la plupart des activités du carême, j’aimerais vous donner quelques échos de notre Semaine Sainte à travers quelques faits marquants à mes yeux : quatre heures de célébration pour le Vendredi Saint avec le chemin de croix dans les rues du quartier, sous un soleil ardent (33°C),  suivi de la liturgie de la Passion… Trois heures de célébration lors d’une Veillée Pascale, sous le ciel étoilé, très appréciée : il faut dire que cette célébration en plein air était une grande première pour la paroisse… Celle-ci prit fin à minuit, mais tous étaient de nouveau à pied d’œuvre à 7 heures, au matin de Pâques, pour la célébration du dimanche de la Résurrection : eucharistie au cours de laquelle furent baptisés 20 petits enfants… Durant ce temps d’autres frères célébraient dans les stations secondaires (églises villageoises) de la paroisse…

Par ailleurs nous avons vraiment vécu une dynamique pascale au noviciat ! Depuis une dizaine de jours, en effet, notre groupe électrogène donnait des signes de faiblesse, il fut donc totalement mis en pièces par le réparateur  le jeudi saint… Nous étions littéralement dans les ténèbres durant trois jours, et ce n’est que peu avant la veillée pascale que la lumière revint ! Alléluia !

Stage apostolique…

Pas de trêves pour les novices, qui étaient fortement impliqués dans l’animation des célébrations pascales, car dès le lundi de Pâques ils prirent la route pour trois semaines de stage, à Dapaong, auprès de la sœur Stella, de sa communauté, et de l’association « Vivre dans l’espérance » qui s’occupent de malades et d’orphelins du sida. (cf. Pèlerin) Les uns aident à l’accueil des malades, d’autres sillonnent les villages pour leur rendre visite ou travaillent auprès des enfants et chacun essaie de se rendre disponible aux multiples sollicitations de l’association. En voici déjà quelques échos par Bernard Bamogo, un des novices :

Visite dans les villages avec Sr Stella

« Cela fait donc deux jours qu’avec l’association « Vivre dans l’espérance », nous rendons visite à des malades à domicile, nous rencontrons des orphelins, des personnes vivant avec le sida et nous réfléchissons ainsi à notre désir de nous engager dans la vie religieuse, notre désir d’accueillir Jésus à travers les petits et les pauvres, notre désir de devenir assomptionnistes, hommes de foi, hommes de communion et solidaires de pauvres !

Nous en avons pour trois semaines et déjà, les journées débutent en vitesse de croisière et s’achèvent en un clin d’œil ! Il y a tellement de travail, tellement de nécessiteux ! Quand on voit la plupart des malades contaminées par le VIH sida, il y a lieu de se laisser convaincre qu’en dehors des modes de transmission les plus connus, l’ignorance, la pauvreté et la misère en sont d’autres non moins importants ! Il n’y a pas de doute ; l’Assomption en Afrique de l’Ouest a du pain sur la planche ; et il faut du pain pour les corps, et du Pain pour les âmes !

Nous sommes déjà reconnaissants envers nos formateurs qui nous donnent l’avant-gout de la mission assomptionniste en Afrique de l’ouest, et nous nous réjouissons aussi de l’ouverture d’esprit des sœurs Hospitalières et des membres de l’association « Vivre dans l’espérance », qui ne ménagent aucun effort pour l’efficacité de notre formation !

Notre espoir est dans le Seigneur, lui qui a déjà béni ces trois semaines de stage, et nous regardons vers l’avenir avec courage ! »

Pour ma part je m’apprête à prendre quelques jours dans un monastère proche : un temps pour souffler mais également pour préparer les activités à venir, notamment l’animation du prochain inter-noviciat sur la vie fraternelle et sur l’accompagnement spirituel.

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Faire sauter les verrous !

2eme dimanche de Pâques, année B, Jn 20,19-31 /

« Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient… » (Jn 20,19) et encore « Huit jours plus tard… Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées. » (Jn 20,26) Il est évident qu’au moment où l’Évangile est mis par écrit, ces rencontres des disciples font référence aux assemblées dominicales des premières communautés et, dans le contexte de la persécution, la tentation était grande de verrouiller les portes ! Cette tentation n’est-elle pas toujours bien vivace dans nos communautés ?… Car il y a bien des manières de verrouiller l’accès à Jésus Christ… Verrou du langage… Verrou du fusionnel… Verrou de la peur et du découragement…

Verrou du langage !

Premier verrou à faire sauter : celui du langage ! Le diocèse de Montréal avait diligenté une enquête auprès des non-pratiquants, pour rechercher les raisons de leur désaffection. Or, loin de mettre en avant tel ou tel grief envers l’Église, l’exploration fit ressortir que les rassemblements et célébrations en Église leur étaient passablement étrangers, avec un langage et des préoccupations ne les rejoignant pas du tout. Aussi, pour ne pas perturber ce qui se passait devant eux, mais sans eux, la plupart des personnes préféraient, tout simplement, se retirer sur la pointe des pieds… Voici donc une première façon de verrouiller l’accès au Christ Ressuscité, avec un langage et des préoccupations beaucoup trop marqués par « notre boutique » ! Avant de parler et de donner des réponses, ne faut-il pas d’abord donner la parole, être à l’écoute des préoccupations, des angoisses mais aussi des joies et des espérances de ceux qui nous entourent ? Pensons à la dynamique d’Emmaüs : « De quoi discutiez-vous tout en marchant ? » (Lc 24,17)… La plupart des personnes ont d’excellentes intuitions sur ce qui est essentiel pour leur vie, il suffit de leur permettre d’accéder à cet essentiel et, seulement dans un second temps, de les éclairer par la vie et les paroles de Jésus Christ : « Alors commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait. » (Lc 24,27)

Verrou du fusionnel !

Deuxième verrou à faire sauter : l’illusion du fusionnel ! Que ce soit de notre volonté, ou non, comment voulez-vous qu’un jeune de 20 ans se trouve à l’aise au milieu d’une assemblée dominicale de septuagénaires ? Ou que de nouveaux immigrants, habitués à des assemblées chantantes et dansantes, se retrouvent à l’aise avec notre liturgie beaucoup plus paisible ? Ou encore que des occidentaux renient toute leur tradition culturelle et musicale pour faire place aux jeunes ou aux nouveaux venus ? Tout cela en décourage plus d’un et verrouille l’accès à Jésus Christ… Doit-on pour autant rêver de communauté où tous se sentent à l’aise ? Certainement pas, cela flirterait bien trop avec une recherche de vie fusionnelle qui n’a rien d’évangélique ! Le Christ ne dit pas aux disciples : « Ouvrez votre assemblée à tous », mais : « Allez, je vous envoie ! » Et cet envoi donnera naissance à des communautés bien différentes et bien typées : des communautés judéo-chrétiennes, des communautés pagano-chrétiennes, des communautés syriaques, coptes, arméniennes, etc. Tout à fait dans la logique de l’Incarnation. Je crois profondément que certaines assemblées dominicales se fourvoient en voulant des célébrations qui fassent place à tous… et qui finalement ne font place à personne ! Le but de l’Église n’est pas de créer une super communauté englobante, mais de valoriser des communautés chrétiennes à tailles humaines, avec chacune leur sensibilité propre et capables, de temps à autre, de se rassembler pour célébrer leur unité dans la diversité !

Verrou de la peur et du découragement !

Troisième verrou : celui de la peur et du découragement ! Et il n’est pas facile de s’en débarrasser ! Avez-vous remarqué que, malgré le premier dimanche où Jésus avait apporté la paix aux disciples, répandu sur eux son Esprit Saint et envoyé ceux-ci en mission, ils se retrouvent, huit jour plus tard, exactement dans la même situation : avec les portes de nouveau verrouillées ! Jésus ne semble pas s’en offusquer : il connaît le cœur de l’homme ! Oui nous avons peur de quitter nos habitudes, de sortir vers l’autre, nous sommes parfois gagnés par le découragement en raison de toutes nos initiatives infructueuses… Mais cela n’empêche pas le Ressuscité de nous rejoindre : « Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. » (Jn 20,26) C’est le Christ lui-même qui vient faire sauter ce troisième verrou : « Ne soyez pas paralysés par la peur ou le découragement mais, en toute circonstance que : ‘La paix soit avec vous’ (Jn 20,19.21.26) »

Alors vous sentez-vous capables de faire sauter ces verrous ?

Et plus encore, de laisser le Christ déverrouiller lui-même nos portes closes ?

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