Notre bien véritable !

19 septembre 2010, 25° dimanche C, Lc 16,1-13 /

« Votre bien véritable, qui vous le confiera ? » (Jn 16,12) Le passage d’évangile de ce dimanche paraît simple : servir Dieu ou l’Argent et pourtant… Ne suggère-t-il pas que Dieu fait de nous des gérants, qu’il remet entre nos mains un argent trompeur et qu’il fait, de plus, l’éloge de ce gérant trompeur ? À y regarder de près, ce n’est pas clair : que faire ? Gérer ? Tromper ? En vue de quel bien ?

Gérer ?

« Rends-moi les comptes de ta gestion, car désormais tu ne pourras plus gérer mes affaires. » (Lc 16,2) Ce vocabulaire économique n’est peut être pas très poétique, mais il traduit des réalités existentielles centrales : les biens dont nous disposons ne nous appartiennent pas, nous en avons simplement la gérance… Nos ancêtres, nos parents, nous ont légué ce qu’ils avaient utilisé un temps : une terre nourricière, de l’air respirable, une maison, … mais aussi une culture, une éthique de vie, une sagesse, éventuellement une spiritualité… Qu’avons-nous fait de ces biens, les avons-nous fait fructifier ? Les avons-nous oubliés, gaspillés ? Que transmettrons-nous aux générations qui nous suivent ? Mais dans ce bref verset, il y a une autre bonne nouvelle : la vie du monde à un sens, Dieu mène « son affaire », son projet de bonheur pour l’humanité et, de plus, pour le réaliser, Dieu à besoin de nous : de gérants inventifs sur qui il peut compter. Désirons-nous gérer les affaires du Père, comme Jésus qui disait devoir être aux affaires de son Père ? (cf. Lc 2, 49)

Tromper ?

Une fois encore, il faut bien lire le texte… Qui trompe qui ? De qui fait-on l’éloge ? Le texte nous dit d’abord que l’Argent est toujours trompeur mais, pour autant, que nous pouvons l’utiliser avec intelligence et discernement… C’est bien de l’argent trompeur qui nous a été confié : « Si vous n’avez pas été dignes de confiance avec l’Argent trompeur… qui vous confiera le bien véritable » ( Luc 16,11) D’une certaine manière, ce lien à l’argent est comme un test auquel le gérant a en partie échoué, puisqu’il s’est laissé séduire par l’argent trompeur. Mais, dans un deuxième temps, ce test il l’a en partie réussi, puisqu’il a trompé l’argent trompeur en le mettant au service de quelque chose de plus essentiel : tisser des liens de fraternité. Ne nous leurrons pas, les amis obtenus par l’argent sont souvent des amis bien superficiels, là n’est pas la pointe du texte ! Mais tromper l’argent trompeur, n’est-ce pas digne d’éloge ?

Notre bien véritable…

« Faites-vous des amis avec l’Argent trompeur, afin que ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. » (Lc 16,9) Voilà le bien véritable, non pas un bien extérieur, étranger, mais un bien qui nous appartient en propre, puisque nous sommes engagés dans les relations tissées. Non pas un bien passager, trompeur, mais du relationnel durable qui constitue le cœur de notre être, cet intime de nous-même qui sera « re-suscité »… On pressent, bien sûr, que ceux qui nous accueilleront, ce ne sont pas que les amis et les frères mais, à travers eux, Dieu lui-même. « Qui vous confiera votre bien véritable ? » : Dieu bien sûr, non pas comme une récompense, mais en nous redonnant ce que nous aurons déposé en lui de l’ordre de ce bien véritable…

Être aux affaires du Père…

Tromper le Trompeur…

En vue du bien véritable…

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Une réponse à Notre bien véritable !

  1. Monique dit :

    Merci, P. Benoît pour cette chaude animation de l’évangile, encore une fois. Comme d’habitude, votre réflexion, je la prends au sérieux et alors il me vient plusieurs idées qui me sont suggérées par le texte, par les mots du texte. J’ai envie d’en colliger ici quelques unes brièvement et je souhaite vivement que d’autres en fasse autant :
    « Trompeur » : je me suis demandé : quelle autre chose est aussi dans la catégorie des Trompeurs ? Un mirage sur la route ou dans le désert, un miroir, un menteur…
    « Argent » : c’est un moyen et non une fin. C’est un moyen qui peut se faire passer pour une fin. Alors, dans ce cas, l’Argent est Trompeur.
    Si « la vie du monde a un sens », comme Benoît l’écrit, alors la vie a une direction, un but, une fin. Pour nous chrétiens, cette fin, c’est Dieu. Se laisser abuser, séduire ou tromper par des choses qui ne sont que des moyens, les prendre pour des fins, c’est là que nous pouvons être appelés des mauvais gérants du bien véritable qui est confié à notre liberté (gérance). Ce bien véritable, il est double : « tisser des liens de fraternité » (aime ton prochain), et « servir Dieu » (aime Dieu). Dieu nous aurait fait des gérants de cette fin : « Qui vous confiera votre bien véritable ? » Benoît répond : « Dieu, bien sûr, non pas comme une récompense, mais en nous redonnant ce que nous aurons déposé en lui de l’ordre de ce bien véritable… » Moi, je dirais la même chose avec une nuance : « Dieu, bien sûr, non pas comme une récompense mais en nous confirmant dans ce qu’Il a déposé en nous dans l’ordre de ce bien véritable. » Je crois qu’Augustin (De Trinitate) serait d’accord avec moi ! Qu’en pensez-vous ? Plusieurs détracteurs se plaisent à dire que l’Église a prêché contre l’argent. Si ces gens avaient lu le texte de cet évangile autrement qu’au premier degré, peut-être qu’ils auraient dit moins de bêtises et auraient acquis plus de profondeur…

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