Des Hommes et des Dieux…

J’ai eu la chance, comme bien d’autres personnes, de voir récemment le film « Des Hommes et des Dieux » de Xavier Beauvois. Je ne dirais pas que c’est un film splendide, mais que c’est un film puissant sur la Vie.

Connaissant bien les Trappistes, notamment Tamié (qui a fourni l’un ou l’autre des moines de Tibhirine) et Aiguebelle (l’Abbaye mère) ; ayant suivi « l’affaire » de ces sept moines ; lu quelques ouvrages sur Christian de Chergé et ayant prié à plusieurs reprises en communion avec ces figures… mon attente était grande ! Mais je n’ai pas été déçu !

Le choix des chants, des textes bibliques, la façon dont le film rend compte de la liturgie monastique, j’ai trouvé tout cela très juste. Il est vrai que j’ai eu un peu de mal à retrouver dans Lambert Wilson la figure de Christian de Chergé : on ne devient pas moine en un film ! Mais le ton et le jeu des acteurs étaient globalement très justes (notamment Michael Lonsdale jouant frère Luc).

Le cœur du propos, à savoir, la décision de partir ou de rester, le sens d’un éventuel martyr, est très bien exprimé. Le combat intérieur des moines nous est rendu accessible et nous interroge. Ils prennent finalement conscience que l’éventuelle mort qui les attend est en continuité avec leur vie, déjà donnée, il y a de nombreuses années… J’ai particulièrement apprécié la formule lapidaire de frère Luc : « Partir c’est mourir ! »… Formule, ô combien évangélique : « Qui cherchera à conserver sa vie la perdra et qui la perdra la sauvegardera » Lc 17,33

La vie très simple et humaine de ces moines, leurs relations avec la population environnante m’ont semblé biens rendus. Ma seule réserve concerne la façon dont est présenté l’amour du Christ… Certaine scènes, certains propos, laisse entendre un amour plutôt immature, charnel, du style « je t’aime à la folie mon doux Jésus »… Je pense que c’est assez loin du véritable amour du Christ dans la vie religieuse : non pas un succédané d’époux ou d’épouse pour compenser notre célibat, mais un amour tendu vers une dimension beaucoup plus universelle qui ouvre à l’amour fraternel et à l’amour de la Vie sous toute ses formes.

Bref, si l’occasion se présente à vous, n’hésitez pas à voir ce film !

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2 réponses à Des Hommes et des Dieux…

  1. Josée dit :

    J’ai bien hâte de voir ce film! Il doit arriver à Québec en février 2011.

    J’ai pris conaissance de cette tragédie des moines de Tibhirine, à Aiguebelle en 2007 lors de notre voyage Culture et Spiritualité. Nous avons visionné un documentaire sur leur histoire, et l’attitude du frère Christian en particulier m’a beaucoup impressionnée.

    Je reproduis ici son testament spirituel, écrit quelques temps avant son assassinat. Sa vision œcuménique élargie aux religions non-chrétiennes me rejoint totalement. De même que la capacité de pardon à ses éventuels bourreaux.

    ****Quand un A-Dieu s’envisage****

    S’il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Eglise, ma famille, se souviennent que ma vie était donnée à Dieu et à ce pays. Qu’ils acceptent que le Maître Unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu’ils prient pour moi: comment serais-je trouvé digne d’une telle offrande ? Qu’ils sachent associer cette mort à tant d’autres aussi violentes laissées dans l’indifférence de l’anonymat. Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre. Elle n’en a pas moins non plus.

    En tous cas, elle n’a pas l’innocence de l’enfance. J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas prévaloir dans le monde, et même de celui-là qui me frapperait aveuglement. J’aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité en même temps que de pardonner de tout coeur à qui m’aurait atteint.

    Je ne saurais souhaiter une telle mort. Il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j’aime soit indistinctement accusé de mon meurtre. C’est trop cher payé ce qu’on appellera, peut-être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu’il soit, surtout s’il dit agir en fidélité à ce qu’il croit être l’Islam.

    Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. Je sais aussi les caricatures de l’Islam, qu’encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes. L’Algérie et l’Islam, pour moi, c’est autre chose, c’est un corps et une âme. Je l’ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j’en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l’évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Eglise, précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans.

    Ma mort, évidemment paraîtra donner raison à ceux qui m’ont rapidement traité de naïf ou d’idéaliste: « Qu’il dise maintenant ce qu’il en pense ! »

    Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s’il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui ses enfants de l’ l’Islam tels qu’Il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de Sa Passion, investis par le Don de l’Esprit dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.

    Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l’avoir voulue tout entière pour cette Joie-là, envers et malgré tout. Dans ce MERCI où tout est dit désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d’hier et d’aujourd’hui et vous, ô amis d’ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes soeurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis !

    Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’auras pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je veux ce merci, et cet A-DIEU en-visagé de toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. Amen ! Inch’Allah !

  2. Frère Benoît dit :

    Merci beaucoup Josée pour le testament spirituel de Christian de Chergé…

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