Discerner pour décider…

Comme chaque semaine, je vais essayer de vous partager quelques éléments de ma session de formation. Celle-ci portait sur le discernement. On le sait, Ignace de Loyola a transmis, à l’Église, un certain savoir faire en ce domaine, relayé et travaillé par les Jésuites depuis leur fondation. À vrai dire, en abordant cette session, je craignais un peu les recettes toutes faites, d’autant plus que j’avais eu l’occasion de côtoyer quelques personnes par le passé, férues de ces méthodes et pourtant pas vraiment bien situées dans leur vie… Heureusement, je fus agréablement surpris !

D’abord, comme c’est le cas pour toutes les sessions de cette formation, la matière principale est celle des expériences apportées par les participants : des situations de discernement fort diverses, notamment à cause de la dimension internationale de notre groupe. Deuxièmement, on ne nous a pas livré des recettes à appliquer, mais plutôt un savoir faire, une sagesse, des repères, dont j’aimerais vous partager quelques éléments.

– Bien sûr, il y a les fameux mouvements de l’âme mis en exergue par St Ignace, et qu’il nous apprend à repérer : La consolation spirituelle ( la vraie paix, la joie profonde, le désir de découvrir le Christ, la confiance… qui attestent d’une situation en phase avec l’Esprit de Dieu), sur l’autre versant, la désolation spirituelle (vaste indifférence, plus de goût pour la prière, trouble, repli sur son égo, etc. … qui attestent soit d’un laisser-aller, soit d’une vie moins en phase avec l’Esprit de Dieu, soit d’un temps d’épreuve où je dois apprendre à me tenir debout dans la tempête) et puis des situations plus subtiles où nous pouvons nous laisser prendre par des mirages (exagération euphorisantes ou déprimantes, etc. …) et des mouvements divers à repérer… Retenons, sans entrer dans le détail, que pour discerner il ne faut pas simplement cogiter mais aussi être attentifs à ces mouvements qui nous habitent…

–  Un autre élément, qui m’a semblé fort intéressant, est la recherche de son désir profond, dans telle ou telle situation, mais aussi dans une option foncière de vie… L’identification de ce désir fondamental peut nous permettre de faire la part des choses entre la fin recherchée et les moyens qui se présentent à nous dans toutes les petites décisions du quotidien… Dois-je acheter ceci ? Dois-je prendre du temps avec telle personne ? Dois-je faire cette activité ? etc. … S’arrêter un bref instant, faire remonter mon désir fondamental (ou telle image qui me parle de ce que je veux vivre) peut me permettre de choisir, avec plus de cohérence, dans ce genre de petits discernements dans la vie courante…

– Le discernement ne doit jamais partir de l’aspect négatif d’une décision (arrêter telle relation, partir d’un lieu, refus d’une proposition) mais de l’aspect positif : quel est mon désir ? Y a-t-il un appel à travers cela ? Est-ce que mon choix sera source de vie ? etc. …

– Et puis, bien sûr, il y a les grosses décisions à prendre… Plus la décision est importante, plus le soutien d’un accompagnateur sera le bienvenu. Quatre étapes généralement : 1- Faire mémoire de choix précédents et puis, surtout, identifier le choix en terme d’une alternative claire sur laquelle je veux exercer mon discernement (évacuer les troisièmes voies)… 2- Se rendre disponible à  Dieu pour accéder à une vraie liberté intérieure. En mettant de côté l’alternative en question (pour un temps), je me replace face à la finalité essentielle de ma vie  qui est de l’ordre de la communion avec Dieu et avec les autres, et je me rends disponible en relativisant des choix moins fondamentaux que celui-ci… 3- Entrer alors en délibération : durant un jour ou plusieurs jours, je me place du côté de la première alternative et je pèse le pour et le contre, je prends des notes, je réfléchis, je regarde ce qui se passe dans mon cœur, je prends du temps pour envisager cette possibilité dans la prière… Puis, durant un ou plusieurs jours, je me place du côté de la deuxième alternative et je fais le même travail… Ce jeu de bascule peut se faire plusieurs fois… 4- Puis, l’ayant laissé mûrir, vient le moment de la décision… Je me décide donc et présente cette décision au Seigneur… Normalement la paix s’établit en moi, et je me sens confirmé dans ma décision… Mais si le trouble ou l’angoisse se manifeste, cela veut dire que la décision n’était pas mûre. Il faudrait alors remettre les choses en chantier en se donnant encore du temps et, si possible, une date butoir pour prendre sa décision…

– Dernier point, et non des moindres, il s’agit aussi de découvrir que la volonté de Dieu pour moi n’est pas décidée précisément d’avance, ni inscrite nulle part, comme si je devais reconnaître un chemin écrit, sans moi, d’avance… Non, la volonté de Dieu est de l’ordre d’un désir pour moi, d’une alliance, d’une espérance à laquelle je puis répondre en toute liberté… C’est la rencontre de deux désirs, qui va permettre d’écrire ensemble une page nouvelle et inédite… Dieu veut mon bonheur et, quel que soit le chemin choisi, il me proposera sans cesse d’inventer une vie plus conforme à son désir et plus conforme au mien, en profondeur…

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3 réponses à Discerner pour décider…

  1. ioan dit :

    salut benoit, je suis tres content de reste en contact avec toi. merci de me partager ton chemin de foi. j’approfite de tes reflections pour rester engager dans la vie chretienne.
    ioan

  2. JEANNINE BOUCHARD dit :

    J’aime beaucoup recevoir votre enseignement qui
    m’explique une manière de vie plus près de celle
    du Christ.

    Merci

  3. Ade dit :

    Très clair, merci beaucoup.
    Je vais réciter un je vous salue marie pour vous

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