Relecture annuelle… ou quotidienne ?

Au moment de changer d’année, il est toujours intéressant de s’arrêter pour relire l’année écoulée et prendre de bonnes résolutions pour celle à venir… Cette pratique, intéressante en soi, ne serait-elle pas plus fructueuse si nous nous-y exercions non seulement une fois par an, mais de préférence une fois par semaine ou, mieux encore, une fois par jour ? Ne serait-il pas plus profitable, en effet, au lieu de prendre des résolutions annuelles, de l’ordre de pas de géant que nous ne tiendrons pas, d’emprunter un chemin beaucoup plus réaliste pour avancer jour après jour, à notre rythme ?

Une prière d’Alliance…

Cet exercice quotidien s’appelait autrefois « l’examen de conscience », il prend plutôt aujourd’hui la tonalité d’une « relecture de journée » ou d’une « prière d’alliance ». Assez loin de l’examen de conscience, par trop moralisant, la prière d’Alliance nous renvoie à notre désir profond. De quoi s’agit-il ? Un ancien maître des novices, jésuite, résumait cela merveilleusement dans une prière à trois temps : De Toi à moi ? De moi à Toi ? Et nous-deux demain ?

De Toi à moi ?

Dans un premier temps, il s’agit de faire mémoire de sa journée, pour y discerner tout ce que Dieu nous a offert gratuitement en ce jour : la santé, telle rencontre, telle lecture, tel moment de joie, telle beauté contemplée etc. D’autre part, cette relecture de la journée peut nous rendre plus attentifs aux appels que Dieu nous aura lancés à travers les événements de ce jour… Que ce soit dans des situations heureuses ou plus difficiles, à quoi le Seigneur nous appelle-t-il pour être plus fidèle à l’Évangile, plus en conformité avec notre désir profond ? Quoi, de Toi à moi ?

De moi à Toi ?

Ce deuxième temps interroge notre réponse. Comment, à travers les bonheurs et les difficultés de ce jour, ai-je répondu au Seigneur ? Invitation à l’action de grâce, pour mes oui, pour telle ou telle disponibilité effective à l’Esprit, mais aussi demande de pardon pour mes non, pour mes refus, pour mes replis, pour mes énergies dépensées à mauvais escient etc. Quoi, de moi à Toi ?

Et nous-deux demain ?

C’est ici qu’interviennent les petits pas à notre mesure… Après avoir relu la journée écoulée, qu’ai-je envie de faire de ma journée de demain pour progresser dans ma relation avec Dieu, dans notre Alliance mutuelle, c’est-à-dire pour mieux vivre ce que je désire vivre en profondeur, au quotidien de mes jours… Et nous-deux demain ?

Se saisir du temps qui passe…

Alors, plutôt que de nous affoler au 31 décembre pour une année que nous n’aurons pas vu passer, peut-être que ces quelques minutes, consacrées chaque jour à la relecture de notre vie, nous aurons permis de nous saisir du temps qui nous a été donné pour progresser sur le chemin de la vie ? Peut-être que ce quart d’heure quotidien consacré à la prière d’Alliance nous aura fait sortir de la spirale étourdissante du temps qui passe pour entrer déjà en éternité ? Alors, au moment du changement d’année, notre sentiment intérieur ne sera peut-être plus celui de l’affolement d’une vie qui nous échappe, mais celui de la joie d’une vie déjà donnée !

Qu’en dites-vous ?

Relecture annuelle ou relecture quotidienne ?

Bonne année 2011 !

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3 réponses à Relecture annuelle… ou quotidienne ?

  1. Monique B. Grégoire dit :

    Cher Benoît,
    Merci pour ces belles réflexions de fin d’année inspirantes et qui nous lancent en avant comme ces Mages qui n’ont pas hésité à tout laisser pour aller vers l’inconnu..
    Oui! à la relecture quotidienne comme Marie l’a sans doute faite en vivant sa vocation de mère de Dieu. Comment « mettre Jésus au monde » en nous et autour de nous au quotidien dans notre monde qui est froid comme l’hiver face aux questions de la foi?
    Malgré le réchauffement climatique souhaitons-nous le feu de l’Esprit qui ravive sans cesse notre espérance dans un monde meilleur.
    J’apprécie beaucoup les photos de ton coin de terre natale. C’est un beau cadeau. Merci!
    Heureuse et Sainte année remplie de petits bonheurs quotidiens.
    Monique B.

  2. Monique dit :

    Et si je l’essayais ? J’y arriverais ?
    Et si je l’essayais chez mon Gabriel ? Ça marcherait ?
    Et si je…
    Et si je…
    Et si je…
    Que de conditions, n’est-ce pas ? Que de conditionnels dans mes phrases ! Ignorance ou peur ? L’imagination manque pour discerner ce qui arriverait si on suivait vos conseils, alors qui ose se lancer dans ce qui n’apparaît pas ? Je ne demande pas pourquoi, parce que si vous parlez de ces choses, c’est qu’elles ont du sens, elles ont un pourquoi. Alors pourquoi je me sens comme celui qui ne voulait pas regarder l’invisible de peur d’y voir quelque chose ? Votre générosité à nous communiquer ces règles de vie est admirable, c’est peut-être pour cela que ça me touche. Pourquoi générosité ? Parce que plus personne n’ose parler comme ça aujourd’hui, mais vous, vous osez ! Vous sentez sûrement qu’il faut en parler… et vous le faites ! À suivre…

  3. Anne-Marie dit :

    Je crois comprendre ce que tu trouves inquiétant Monique, mais nous pourrions aussi prendre la suggestion de Benoît différement. Ce que j’aime dans cette «règle de vie», c’est le côté «beaucoup plus réaliste» de cette façon de procéder, si nous la comparons à cette manie de faire un bilan une fois que tout est passé, et depuis longtemps, et que nous ne voyons cette dernière année que de manière globale, sans détailler les évènement qui s’y sont produits. Bien sûr, si nous prenons cette habitude de prendre une pause, chaque jour, pour revoir vraiment ce que fut cette journée et ce que nous sommes, nous verrons des choses que nous ne voulons pas voir. Mais je ne sais pas quel mal est moindre entre prendre conscience, à notre rythme, de ce que nous pouvons faire, ou changer, ou vouloir, ou encore réaliser que dans ces mois que nous n’avons pas vu passer, nous avons de manière générale, par exemple, manquer de manière flagrante de volonté dans tous les aspects de notre vie. Si nous n’examinons pas, en reprenant l’exemple, à quel moment, ou dans quelle circonstance, nous manquons de volonté, comment arriverons-nous à changer? N’aurons-nous pas plutôt le réflexe de prendre une résolution pour l’année suivante que nous ne saurons pas tenir? Réaliser, année après année, que nous ne voyons pas passer le temps a quelque chose de beaucoup plus effrayant à mes yeux que ce que pourrait nous dévoiler une relecture de la journée. Nous pourrions nous rendre jusqu’à notre mort de cette façon, sans avoir vu passer les années. Qui a dit déjà qu’il fallait à tout prix éviter d’arriver insensiblement à la mort? Pascal? Personnellement, ça me donne le vertige.

    Je me sens moralisatrice en ce moment. Comme si moi j’arrivais à avancer un peu plus chaque jour. C’est facile à dire, mais peut-être es-tu plus lucide que je ne le suis, Monique. Il se pourrait que je ne sois pas vraiment consciente de l’ampleur de la tâche que propose Benoît. Peut-être n’ai-je jamais osé une telle réflexion sur moi-même. Mais je crois que nous pourrions nous y risquer, si cela peut éviter «l’affolement d’une vie qui nous échappe». Non?
    Ça donne à réfléchir à tout cas. Merci.

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