Augustin toujours d’actualité !

Je viens de terminer un atelier de lecture des Confessions, de saint Augustin, avec le P. Dominique Salin. Ce n’était pas la première fois que je lisais ce monument de la littérature occidentale, mais on en redécouvre toujours de nouveaux aspects…

Durant mon noviciat, il y a près de vingt ans, le père Marcel Neusch présentait les Confessions, à partir des trois conversions d’Augustin… Conversion à la sagesse (après la lecture de l’Hortensius de Cicéron) ; Conversion à la philosophie néo-platonicienne (à Milan) et conversion à Jésus Christ (Baptême)… Si mes souvenirs sont justes…

Le parcours de cette année, qui s’arrêtait aux neuf premiers livres (auto-biographiques), à travers une lecture très vivante, quasi théâtrale, fit apparaître des aspects complémentaires.

1-D’abord, la grande précocité de cette œuvre du IV° siècle au sein de la littérature occidentale :

– C’est la première auto-biographie de l’histoire, et il faudra attendre le XVI° siècle et Thérèse d’Avila pour une deuxième auto-biographie, puis Rousseau au XVIII° et Chateaubriand au XIX°… (Celle d’Ignace de Loyola n’était que partielle…). Ce genre, très occidental, donnera une place centrale à l’individu, ce qui conduira aussi vers l’agnosticisme, l’athéisme et l’individualisme…

– Par ailleurs les réflexions d’Augustin sur la toute jeune enfance, sur la vie intra-utérine, sur les tendances à la toute-puissance de l’enfant, sur l’importance du sein maternel, sur les conséquences chez l’adulte des premiers moments de son existence annoncent, bien avant l’heure, la psychologie moderne, et Freud… De même, ces propos sur l’éducation des enfants, sur l’état d’âme des enfants, et contre les corrections corporels, témoignent d’un modernisme étonnant…

– Enfin, bien sûr, les fines réflexions de saint Augustin sur la psychologie humaine demeurent incontournables.

2- Deuxièmement, le long cheminement d’Augustin, invite le lecteur à un véritable « exercice spirituel », on ne peut rester spectateur de cette âme qui se livre à nous, sans s’interroger soi-même sur la question de Dieu, la question du Mal, la question de la Création, le sens de la vie etc… Le père Salin fit apparaître admirablement la puissance mimétique du récit, qui œuvre dans le lecteur. En effet deux récits majeurs précèdent la conversion d’Augustin : Le récit de la conversion de Marius Victorinus (le grand professeur de rhétorique de Rome), ainsi que le récit de la conversion des amis de Ponticianus (hauts fonctionnaires à Trêves). Or, ces hauts fonctionnaires se convertissent à la suite de la découverte de la vie monastique et du récit de la conversion d’Antoine (le père du monachisme) ; lui-même converti à la suite du récit évangélique du jeune homme riche, « Va vends tout ce que tu as puis viens et suis-moi… » Ce qui nous donne le schéma suivant :

Récit du jeune homme riche

→ Récit de la conversion d’Antoine (à la lecture du jeune homme riche)

→ Récit de la conversion des Amis de Ponticianus (à la lecture de la conversion d’Antoine)

→Récit de la conversion d’Augustin (Confessions, à la suite de la conversion des amis de Ponticianus )

→Récit de la conversion de Thérèse d’Avila (À la lecture des Confessions)

→ Récit de la conversion d’Edith Stein (À la lecture de Thérèse d’Avila)

… etc.

→ Le lecteur aujourd’hui

 

Puissance du témoignage et du récit, bien expliquée aujourd’hui par la théologie narrative

 

3- Enfin le plan des Confessions, fut bien explicité par Joseph Ratzinger dans un article de 1957 dans la Revue des Etudes Augustiniennes, p 375ss… Il ne s’agit pas d’un récit linéaire contrairement aux apparences :

Les Confessions est un récit d’action de grâce, à la manière des psaumes d’action de grâce… Non pas un sacrifice de viande au Temple de Jérusalem, mais un sacrifice du récit, un sacrifice des lèvres, afin de confesser, bien sûr, les péchés et les errances, mais surtout la miséricorde de Dieu, sa bienveillance, l’œuvre de sa grâce en Augustin comme en chacun de nous !

Bref, un parcours fort stimulant, qui nous permit de prendre conscience, une fois de plus, de la grande actualité d’Augustin. Cependant pour pouvoir lire les Confessions, dans toute leur richesse, mieux vaut trouver un initiateur qui puisse nous transmettre les clefs de lectures, et surtout sa passion d’Augustin, grâce à cette force mimétique du récit !… À la manière d’un Dominique Salin… Merci…

Ce contenu a été publié dans Accueil. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à Augustin toujours d’actualité !

  1. Monique B. dit :

    Merci Benoît de nous partager tes découvertes si enrichissantes sur St-Augustin et autres formations.
    L’initiateur est tout trouvé mais il ya un océan qui nous sépare de lui. En espérant que l’avenir nous réserve de nouvelles visites d’outre-mer.
    Hier, premier vendredi du mois, je t’assure que tu n’es pas loin ( Loin des yeux mais près du coeur) lors de cette prière de Taizé que tu nous as fait goûter si généreusement lors de ton séjour ici.
    J’apprécie toujours les magnifiques photos que tu joins à tes envois.
    Bonne route vers Pâques.

  2. Monique dit :

    Comme c’est amusant : j’ai passé la fin de semaine en autobus à lire… le petit livre de Benoît XVI sur Augustin : « Saint Augustin, Docteur de la grâce », publié en juin dernier. Votre résumé arrive à point, P. Benoît ! J’aimerai, si vous permettez, revenir demain pour souligner quelques thèmes qui m’ont aussi frappée – Augustin était aussi philosophe ! Je suis contente que vous ayez retrouvé les Confessions aussi intactes et vivantes qu’il y a 20 ans ! Et elles ont 1600 ans, c’est pas peu dire ! J’ai bien aimé la partie où vous déployez « la puissance mimétique du récit, qui œuvre dans le lecteur » que vous présentez comme suit : « Le long cheminement d’Augustin, invite le lecteur à un véritable « exercice spirituel », on ne peut rester spectateur de cette âme qui se livre à nous, sans s’interroger soi-même sur la question de Dieu… ». L’intimité a toujours un aspect universel… où peut-être nous découvrons le vrai sens de ce que l’on appelle le « bien commun ». Enfin, grâce à ce que vous dites si à propos, c’est l’intimité du récit qui vient de me frapper ! Or l’intimité n’est jamais quelque chose de banal : outre son aspect psychologique, il y a là une révélation de notre nature, de notre mode de connaître et – c’est peut-être le plus important -, une clé pour atteindre à la vérité. Je veux parler de la vérité au-delà du seul ressenti personnel, bien sûr… Dans l’intimité, on le voit bien dans les Confessions, c’est du désir qu’il est chaque fois question, non ? Et s’il est vrai que la lecture (ou l’écoute à un autre moment) ne laisse pas notre âme indifférente, c’est que nous avons le « même » désir… Troublant, non ? Le désir ne serait pas, comme on le croit trop légèrement, une passion mais un dynamisme ! ! Encore plus troublant… !

  3. Emmanuel FENELUS dit :

    Saint Augustin ne peut viellir… il est mort mais son oeuvre nous donne toujours de respirer un bon parfum… en le lisant, c’est si on le sent pour une premiere fois…

Répondre à Monique B. Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *