Une voix(e) intérieure ?

15 mai 2011, 4ème dimanche de Pâques A, Jn 10,1-10 /

Le découpage liturgique de l’évangile de ce dimanche est un peu difficile, car ce passage regroupe deux paraboles différentes, avec d’une part l’image du bon berger, et d’autre part l’image de la porte. De plus, la parabole du bon berger est explicitée aux versets 11 à 18 qui ne sont pas retenus pour ce dimanche : « Je suis le bon berger : le bon berger se dessaisit de sa vie pour ses brebis, etc. » Arrêtons-nous donc, pour ne pas mêler les images, à cette parabole du bon berger. Loin des connotations peu attrayantes du troupeau bêlant, le Christ ne nous parle-t-il pas, au contraire, d’une rencontre personnelle avec lui, qui libère et ouvre à une vie plénière et féconde ?

Ecouter pour être libre !

Notre société occidentale ne nous facilite pas la tâche pour entrer dans cette image du bon berger qui conduit son troupeau. C’est au contraire, en théorie, l’autonomie qui prévaut ; l’idéologie d’une liberté-libertaire qui n’a de comptes à rendre à personne ; la méfiance envers toute autorité prétendant vouloir conduire un peuple, un état, une entreprise, une religion… Concomitamment, croyant être tout à fait libre, la grande majorité fait preuve d’un suivisme et d’une pensée unique des plus remarquables ! Qu’avons-nous fait de ces millénaires de sagesse où l’éducation à la liberté se faisait à travers l’écoute des aînés, d’un maître, d’un guide spirituel ? Or, nous n’avons pas ici, en Jésus Christ, affaire à un simple maître spirituel ou à un sage, mais à notre Créateur lui-même, qui demeure déjà en nous par son Esprit ! Ce n’est pas une voix extérieure qui nous interpelle, mais une voix intérieure : « Les brebis écoutent sa voix, […] il les appelle chacune par son nom, […] et elles le suivent car elles connaissent sa voix. » (v. 3-4) Ils sont nombreux, les saints, à avoir fait cette découverte du maître intérieur, et Augustin le premier : « Tu étais au-dedans de moi quand j’étais au-dehors, et c’est dehors que je te cherchais […] Tu étais avec moi, et je n’étais pas avec toi. » (Confessions X, 27, 38)… « En suivant le sens de la chair, c’est toi que je cherchais ! Mais toi, tu étais plus intime que l’intime de moi-même, et plus élevé que les cimes de moi-même. » ( Conf. III, 6, 2). Plus loin, il précise, à propos des paroles d’un psaume: « Ce que je lisais au-dehors, je le reconnaissais au-dedans» (Conf. IX, 4, 10). Croyons-nous que cette écoute du maître intérieur peut nous conduire à la vraie liberté ?

Fuir pour être libre !

« Jamais les brebis ne suivront un inconnu, elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus. » (v.5) De la même manière que nous sommes sensibles à la voix du maître intérieur, ne faut-il pas développer une vigilance intérieure pour ne pas se laisser entraîner par des voix trompeuses. Ne faut-il pas savoir prendre ses distances avec le suivisme si répandu que nous évoquions plus haut ? La parabole nous parle de voleur, de mercenaire, d’inconnu et, plus loin encore, de loup qui ne recherchent tous que leur propre intérêt, qui veulent utiliser les autres à leur fin. Dès que nous entendons une petite voix qui nous caresse dans le sens du poil, qui cherche à nous séduire, qui nous promet un bonheur facile et égoïste : fuyons ! La liberté est à ce prix ! Le vrai maître de nos vies fait appel à ce qu’il y a de plus exigeant en nous, de plus altruiste, de plus beau pour le mener à sa pleine finalité, pour correspondre à ce que nous sommes en profondeur, à notre désir d’aimer et d’être aimé, et c’est en cela que nous trouverons notre vraie liberté. Pour être libre, suivons donc le maître intérieur, la voix qui résonne juste en nous, et fuyons les faux maîtres, les voix qui sonnent faux en nous !

Être libre pour vivre en plénitude !

« Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance. » (v.10) La finalité de notre être est de parvenir à cette vie féconde, pleine et abondante. Voilà une autre façon de parler du salut, de la rédemption, de la vie éternelle. Les mots du Christ sont limpides ici, il ne parle pas de rachat des pécheurs, de justice de Dieu à satisfaire, de rançon à payer, mais tout simplement du don renouvelé et généreux de la Vie ! Et pour atteindre cela, il donne sa propre vie : « Le bon berger se dessaisit de sa vie pour ses brebis. » (Jn 10,11) Alors, avons-nous quoi que ce soit à craindre de nous laisser conduire par ce berger-là ?

Qu’en dit votre petite voix intérieure ?

Ce contenu a été publié dans Commentaires de l'évangile dominical. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à Une voix(e) intérieure ?

  1. Denise Rhéaume dit :

    Ma petite Voix intérieure me dit que plus je m’aime, plus j’entends l’Amour résonner en moi. S’aimer inconditionnellement est un exercice de longue haleine. Je dois avoir ce grand désir de croire que je suis Sa fille, quIl m’a créée à Son image donc l’être extraordinaire qu’Il désirait. A partir de là, je ressens que Sa Voix est la plus forte, je ne suis pas la mode, le monde et toutes ses dépendences. Je suis tel que Dieu m’a créée. J’ai la ferme convicton que si un jour je m’éloigne de Son troupeau, entraîner par une voix manipulatrice ou trompeuse, il viendra me chercher par la main afin que je retourne vers Ses verts pâturages car mon Père c’est le plus fort.

  2. Monique dit :

    « La finalité de notre être est de parvenir à cette vie féconde, pleine et abondante. Voilà une autre façon de parler du salut, de la rédemption, de la vie éternelle. »

    Je suis, il me semble, assez contente, P. Benoît, de lire cette phrase de votre méditation sur l’évangile du bon pasteur. Je suis contente parce que la première partie de la phrase me donne une clé pour comprendre la seconde. Vous me savez chaque fois confondue quand le langage est entouré de mystère ; je me sens bien plus à l’aise avec les mots de la table de la cuisine. En réalité, et tout à fait entre nous, la formule « la vie éternelle », par exemple, est particulièrement obscure, non ? Qui a l’expérience de l’éternité ? On parle de quoi alors ? Je peux désirer ne « jamais » mourir, ou que mon amour dure « toujours », mais j’en parle avec des mots qui proviennent de mon expérience du temps (jamais et toujours parlent du temps). Or il m’a toujours semblé que l’éternité n’est pas du temps, que ce n’est pas non plus ce qui arrivera à la fin de ma vie – si je suis sage ! L’éternité, en tant qu’éternité, n’a ni commencement ni fin à ce que j’ai toujours compris. Si cela est vrai, alors l’éternité ne « commence » pas à la fin de mes jours. Ce serait une éternité sur mesure : la mienne, la tienne, la leur… ! Absurde, on le voit. C’est donc pas si simple…
    D’un autre côté, que serait pour chacun(e) de nous une vie « féconde, pleine et abondante » ? Là est toute la question – car ça nous laisse une question : comment réaliser ça concrètement ? Est-ce que la fécondité a quelque chose à voir avec l’éternité ? Et puis, de quelle abondance s’agit-il ? Qu’est-ce qu’une vie pleine « pour un humain » ? Pour un pommier, je crois pouvoir l’imaginer… (quoique…) : on parle aisément d’un pommier « généreux » et cela nous fait sens ! Mais pour un humain, ce serait quoi ? J’attrape au vol ces questions parce qu’il me semble qu’elles me permettront, mardi prochain, d’alimenter une discussion de groupe sur le film « Des hommes et des dieux ». Il nous faudra peut-être, tout compte fait, répondre à la question : la vie de ces religieux avait-elle le caractère de l’abondance ? de la fécondité ? de la plénitude ? Ça m’agace de résoudre ces questions par la sempiternelle réponse : ils sont allés jusqu’au martyre par amour. D’après le dialogue du film et d’après le testament de Fr Christian, ces hommes ne se voyaient pas des martyrs. Ils sont peut-être allés tout simplement (!) jusqu’à assumer leur choix de vie : vivre parmi les musulmans, parmi et avec, pour témoigner du mode de vie d’un chrétien. Jour après jour. Rappelons-nous que les chrétiens avaient presque tous déserté le pays après la guerre d’Algérie. N’était-ce pas le choix de vie de ces moines ? Dans un ordre de choses tout à fait différent, certains se consacrent à l’art au péril parfois de leur santé mentale, d’autres à l’éducation en acceptant d’avance toutes les inquiétudes « afférentes », d’autres à la recherche fondamentale avec ses désespérances, mais par souci de la vérité, etc. etc… Peut-être faut-il comprendre que toutes ces vocations humaines, « pleinement » assumées, sont aussi une sorte de « dessaisissement » de sa vie – i.e. d’une vie tout simplement paresseuse -, au profit d’une autre qui a fondamentalement et résolument un sens. La « vie éternelle » ne serait-elle pas du côté du sens ? ? ?
    Quant à savoir ce que seraient une vie « pleine » et une vie « abondante », alors là, on n’est pas sortis de l’auberge… ! D’autant que vous en parlez, P. Benoît, comme la « finalité de notre être… », c’est pas rien ! Si je comprends bien, il faut s’y mettre, n’est-ce pas, au risque de rater notre salut ? …peut-être ? Z’y allez pas avec le dos de la cuiller ! Sommes-nous tous appelés à viser notre finalité propre ? Ça prend alors des éducateurs appropriés ; où sont-ils aujourd’hui ? Ils bloguent ?
    Au fil de ma réflexion, je me rends compte que je vais arriver à notre rencontre de discussion, mardi prochain, un peu moins perdue que je ne l’étais au sortir du cinéma quand j’ai vu le film de Xavier Beauvois…

  3. Ginette Coulombe dit :

    Ma petite voix qui me fait avancer dans le temps avec une joie intérieure profonde demeure en union avec le Bon berger d’un coeur à coeur.Comme la semaine dernière c’était au Québec la fête des mères, je fais le suivi de la fécondité qui me dit qu’après avoir été maman et avoir élevé la marmaille je n’en suis pas moins féconde pour le monde et pour mes enfants devenus grands.Unir le corps et l’âme est une fécondité nouvelle.
    Demeurer ainsi et donner le meilleur de soi…Se dessaisir de sa vie pour ses brebis…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *