L’art de célébrer !

Nous avions cette semaine, une session relativement courte sur la liturgie. Cependant, le P. Jérôme Guingand, s.j., a mené d’une main de maître ce parcours, aussi bien en mettant en place les fondements de la liturgie, qu’en rappelant le parcours historique depuis la réforme du Concile de Trente (1545-1563) jusqu’à aujourd’hui, ou en reprenant les questions tous azimuts qui ont pu être exprimées. En voici quelques échos :

Dans la liturgie, « notre Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu prie pour nous, prie en nous et est prié par nous. Il prie pour nous comme notre prêtre, il prie en nous comme notre tête, il est prié par nous comme notre Dieu. Reconnaissons donc nos paroles en lui, et ses paroles en nous. » (St Augustin, Commentaire du psaume 85, cité dans la Présentation générale de la Liturgie des heures) A travers les psaumes par exemple, l’Esprit suscite, oriente, dirige notre prière, qui devient alors prière de Jésus ressuscité. Prier avec les psaumes c’est répondre à la parole de Dieu avec les mots mêmes de Dieu, puisque la prière n’est rien d’autre sinon la réponse que la Parole de Dieu suscite par l’Esprit dans le cœur de l’homme. (cf Rm 8,14-16.26)

Il résulte de ce fondement que la liturgie est d’abord à recevoir de l’Église, elle exige une certaine dépossession de soi : « J’entre donc dans la liturgie : je ne la crée pas… Il faut y entrer dans une attitude de service et non de manipulation. On sert la liturgie. On ne s’en sert pas… La célébration est essentiellement faite d’écoute, d’accueil, d’obéissance… Elle est la maison dont je suis l’hôte. » (Cardinal Godfried Danneels, Comment entrons-nous dans la liturgie ? dans Question actuelles, novembre-décembre 1999, p. 28)

« Comprendre la liturgie, c’est aussi refuser toute tentative de la réduire à n’importe quelle autre bonne chose : à un exercice pour activer ses batteries et réveiller ses énergie… Subjuguer la célébration à un enseignement théologique, à une catéchèse, à une protestation, à une campagne de conscientisation ou de recherche de fonds, c’est l’instrumentaliser. Chaque fois qu’on soumet la liturgie à un autre maître, on la tue… La véritable liturgie se célèbre dans les monastères. Là, au moins, elle ne sert à rien. Elle prend du temps et toute la personne… Elle est tout entière dans la réception savoureuse du Christ à travers l’action liturgique. » (Idem, p.29-31)

Ces remarques ne signifient pas qu’une certaine souplesse soit impossible, au contraire. Le texte officiel qui régit la Liturgie des Heures (ce que l’on appelait autrefois le bréviaire), la Présentation Générale de la Liturgie des Heures, propose beaucoup de variations possibles (choix de lectures, de psaumes, d’antiennes, d’hymnes, de temps de silence, d’omission de certaines parties etc…). « La créativité en liturgie est, comme en musique, une variation sur un thème imposé : le thème m’est donné, il ne vient pas de moi. » (Danneels, op. cit., p.28)

La répétition, que l’on pourrait percevoir comme une routine, est au contraire une chance. Comme dans tout rite social, le geste ritualisé crée un espace particulier de mise en relation : que l’on pense au gâteau d’anniversaire par exemple… La ritualité, donne une structure, une colonne vertébrale, où l’on peut se sentir libre et confiant. On n’est pas dans l’instabilité angoissante d’une célébration à inventer à chaque fois. La répétition permet de faire mémoire, de revenir sur la même chose, d’approfondir, c’est un lieu d’apaisement qui laisse chacun libre. Au contraire, celui qui impose une célébration nouvelle qu’il invente prend le pouvoir sur l’assemblée et peut lui faire violence. La colonne vertébrale permet ensuite une certaine souplesse (c’est parce que l’on a une colonne vertébrale que l’on peut danser). On peut donner une couleur particulière à telle ou telle célébration mais jamais en instrumentalisant la célébration ou en la refermant sur moi ou sur ma communauté : c’est d’abord l’œuvre du Christ, poursuivie par l’Église qui est entrain de se déployer !

Encore un élément important à vous partager : l’essentiel, dans l’action liturgique est dans l’union des cœurs et non dans l’observance des règles. Ainsi chaque communauté, chaque prêtre, sont marqués par une histoire, une tradition liturgique… Si l’Église recommande de célébrer de telle ou telle manière, la communauté et ses responsables devront réfléchir ensemble pourquoi, sur tel ou tel point, ils sont en décalage avec l’exigence de l’Église, de façon posée, et en prenant le temps nécessaire pour faire évoluer les choses. La célébration n’est pas le lieu de la violence ou du scandale, elle est le lieu par excellence de  la communion !

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