Assimiler sa Vie !

26 juin 2011, Saint Sacrement A, Jn 6,51-58 /

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ! »(Jn 6,54) Chrétiens pratiquants, nous sommes peut-être trop habitués à ce langage, au risque de ne plus entendre ce qu’il a de provoquant : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »(Jn 6,52) Que signifie cette affirmation de Jésus Christ ? Renvoie-t-elle uniquement à l’eucharistie ? Implique-t-elle un salut magico-religieux ? De quelle chair et de quel sang parle-t-il ? Manger sa chair et boire son sang, n’est-ce pas aussi mâcher sa Parole, absorber sa manière d’être, assimiler sa Vie ?

Mâcher sa Parole !

Comme toujours lorsqu’on veut méditer sérieusement un passage d’évangile, nous faut-il l’interpréter en cohérence avec l’ensemble de la Parole de Dieu, et non pas isolément. Or, c’est bien l’évangile selon Jean qui commence en nous parlant de chair : « Au commencement était le Verbe… et le Verbe s’est fait chair ! » (Jn 1,1…14) Cette chair, donc, que Jésus nous offre en nourriture c’est lui-même, Verbe de Dieu fait chair. Dans le repas proposé, il en va donc d’abord de la réception du Verbe, du Logos, non seulement de l’accueil des paroles de Jésus, mais de l’Intelligence des évènements qu’elles nous permettent. La logique essentielle de notre Monde est toujours de l’ordre du déploiement de la Création, animée en profondeur par le Verbe, en qui tout fut créé. (cf. Jn 1,3) Lire, réfléchir, méditer la Parole sans cesse, la mastiquer, la mâcher et la remâcher longuement permet d’entrer dans cette intelligence spirituelle des évènements personnels, ou globaux que nous vivons. Et c’est ainsi que nous pouvons reconnaître l’œuvre de Dieu et entrer dans la vie éternelle : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu. » (Jn 17,3) La référence à la manne, dans la première lecture tirée du Deutéronome, induit la même logique : « Dieu t’a donné à manger la manne pour te faire découvrir que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur » (Dt 8,3) Alors non, la communion à la chair du Christ n’est pas de l’ordre du magico-religieux ! Toute spiritualité qui se focalise sur le pain eucharistique en le déconnectant de la liturgie de la Parole, n’est pas dans la logique de l’Évangile. Manger la chair du Fils de l’homme, c’est d’abord mâcher sa Parole !

Absorber sa manière de vivre !

Mais il est un deuxième aspect, tout aussi essentiel, pour entrer dans la vie éternelle : la configuration de notre vie à la manière de vivre du Christ ! Communier à la chair du Christ consiste à communier à tout ce qui fit sa vie. Il suffit de se rappeler ici la conclusion du célèbre passage de Matthieu, au chapitre 25 : « Alors il leur répondra: En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait. Et ils s’en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à une vie éternelle. » (Mt 25,46) Boire le sang du Christ consiste donc à être, comme lui, serviteur ; à donner, comme lui, sa vie jusqu’au bout. Alors non, le repas dont le Christ nous parle, ne se tient pas qu’au moment de la liturgie ! La vie éternelle, dans laquelle nous pouvons entrer dès maintenant, se joue dans chacune de nos relations, et en particulier dans notre solidarité avec les plus petits, les exclus, les malheureux, les déprimés… Nous sommes loin du magico-religieux ! Boire le sang du Fils de l’homme, c’est absorber, dans toutes les dimensions de notre vie quotidienne, sa manière de vivre.

Assimiler sa Vie !

Cependant, il est un troisième aspect à ne pas négliger. Jésus de Nazareth n’est pas qu’un simple prophète venu nous transmettre la Parole de Dieu et nous révéler comment nous comporter sur cette Terre. Il est, aussi, Celui par qui tout fut créé, il est notre Sauveur ! Celui qui a épousé notre condition humaine afin de la conduire jusqu’au cœur de Dieu. Celui qui nous a obtenu, une fois pour toute, le Salut ! Celui qui nous offre gratuitement d’entrer dans la communion divine, si tant est que nous nous rendons disponibles à l’action de sa grâce en nous ! Cet aspect est plus mystérieux, et plus profond : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. » (Jn 6,56) Dans ce repas, il s’agit donc, à la fois, de se laisser assimiler par le Christ, pour entrer dans son Corps, dans sa vie, mais aussi, de l’assimiler pour qu’il entre en notre corps, en notre vie. Comme la nourriture est assimilée en nos corps pour leur donner l’énergie nécessaire à la vie, la chair et le sang du Christ peuvent être assimilés, en nous, pour nous donner l’énergie nécessaire à la vie éternelle ! Mais attention, en affirmant cela, n’oublions pas les deux premiers aspects développés plus haut !

Ne croyez-vous pas que

manger la chair et boire le sang du Fils de l’homme c’est à la fois :

Mâcher sa Parole, absorber sa manière de vivre et assimiler sa Vie ?

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4 réponses à Assimiler sa Vie !

  1. Assimiler sa Vie !
    Où se situer dans cette expérience mystique ?
    . . . que « Le Divin conduit à l’humain quand il est recherché en
    vérité et en profondeur. »
    tlv

  2. Monique dit :

    Aïe ! aïe ! aïe ! Là, la tension Verbe (Logos)/chair déployée dans la méditation de dimanche, 26, est insupportable ! D’une part, la « chair » renvoie à l’animal ; c’est l’animal qui a une chair. Pas l’arbre, pas la pierre, pas l’eau. Mais voici que le Verbe de Dieu se fait « chair » ! ? A priori on peut supposer que ce n’est pas pour adopter la vie de l’animal. Mais alors ? Tout se corse quand Jean dit : « Et il a habité parmi nous ». Or ce « nous », ce ne sont pas les animaux qui le réclament. Ce nous johannique nous détache d’un seul coup des animaux. Qui donc sommes-nous ? Quel être avons-nous donc ? « L’homme est un animal raisonnable », disaient les Grecs. Mais le texte de Jean ne dit pas que le Verbe s’est insinué dans la raison, dans l’âme, dans le psychisme de cet animal d’un type particulier qu’est l’homme grec. Il dit que le Verbe, le Logos, la pensée, l’immatériel par excellence, « s’est fait chair » ! Ou bien ce discours n’a ni queue ni tête, ou il est im-pensable ! ! Vous dites, P. Benoît : « Chrétiens pratiquants, nous sommes peut-être trop habitués à ce langage, au risque de ne plus entendre ce qu’il a de provoquant »… et vous avez réussi à faire ressortir ce qu’il y a de provoquant dans ce langage, à précipiter l’abyssal contenu dans ces phrases que l’on dit, en effet, à la légère ! J’ai lu déjà une réflexion qui disait à peu près l’impossibilité technique qu’un Dieu, en tant que Dieu, puisse se faire homme sous la forme du Verbe se faisant chair ! – Déjà avec cette seule phrase on est plongé dans le tournis ! ! Mais quand vous aggravez le tout, cher Père Benoît, en ajoutant des phrases comme : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang… etc. », alors là, vous ne nous faites pas de quartier ! Qu’est-ce qu’on fait, nous, simples mortels avec ça ? ? Les questions alors se bousculent, les objections aussi. Mais il en est une d’objection qui les résume peut-être : comment quelqu’un comme le Christ est-il purement et simplement concevable ? ? En la posant, néanmoins, il me monte une tentative de réponse – oh les vertus de la méditation… ! Cette réponse serait : mais, justement, il n’est pas
    « concevable » ! Il n’est pas un « concept », il ne se connaît pas, ne s’appréhende pas, par la raison. Et là, je suis bien attrapée… ! Benoît, vous êtes redoutable… !

  3. Josée dit :

    « Manger sa chair et boire son sang, n’est-ce pas aussi mâcher sa Parole, absorber sa manière d’être, assimiler sa Vie ? »

    Cette interprétation me rejoint davantage que la compréhension traditionnelle au premier degré !

  4. Catherine dit :

    Mais, quand même… Pour la partie plus obscure, je vais sûrement sembler trop simpliste, mais je me réfère à un bébé ou à un très jeune enfant. Sans le savoir et sans savoir pourquoi, il a foi et confiance dans le regard aimant et dans les gestes tendres de sa mère. Et parce que tout son être l’y porte, il ouvre la bouche et avale la nourriture qu’elle lui donne. Ce faisant, il ne le sait pas, il n’est pas en mesure de le comprendre, mais il assure sa survie.

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