Un dessein tenace !

2 octobre 2011, 27ème dimanche A, Mt 21,33-43 /

 Alors que tant de personnes s’interrogent sur leur place en ce monde, sur le sens de cette existence ; alors qu’un certain nombre de scientifiques nous affirment que nous ne sommes que le fruit du hasard, Dieu lui-même, en Jésus-Christ, nous révèle le véritable sens de notre aventure humaine ! Sommes-nous prêts à entendre son appel et à remplir pleinement la tâche à laquelle nous sommes appelés ?

Un dessein d’amour qui nous précède !

« Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’un clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. » (Mt 21,34) Ce début de parabole nous en dit long sur le sens de notre histoire ! Contrairement à ce que pensent bon nombre de nos contemporains, dans la ligne du philosophe Démocrite pour qui « tout ce qui existe dans l’univers est le fruit du hasard et de la nécessité », la tradition judéo-chrétienne affirme qu’ « au commencement Dieu créa le ciel et la terre ». Dire « Dieu au commencement », c’est dire qu’un sujet, qu’une volonté, qu’une liberté président à notre histoire et non pas le déterminisme des lois de la nature ou du hasard ‒ des lois réelles mais secondes par rapport au projet créateur de Dieu ‒.  Un dessein d’amour nous précède, un Dieu plein de sollicitude agit au fondement de notre histoire : il plante, clôture, creuse, bâtit ! Et cette création, loin d’être un divertissement pour un dieu esseulé, est de nature existentielle pour le Dieu d’amour : de par son Être même, l’amour débordant du Dieu trinitaire ne peut que se déployer en une Création libre, appelée à l’amour et au bonheur ! Croyons-nous, nous autres humains, pouvoir nous réaliser pleinement en dehors d’une réponse libre et confiante à ce projet de vie qui nous précède ?

Une connivence inventive !

« Un homme était propriétaire d’un domaine… puis il donna la vigne en fermage à des vignerons et partit en voyage. » Nous ne sommes pas propriétaires de notre Terre ! Ce que le courant écologiste réaffirme avec force, les chrétiens devraient en être pleinement convaincus, non par militantisme mais par une réception confiante de la Révélation. De plus, face à cette prise de conscience néo-païenne, parfois, de nos contemporains, il nous faut réaffirmer que le fondement du respect dû à la Création ne se situe pas dans un égalitarisme de tous les êtres animés ou inanimés, ni dans une Terre divinisée pour elle-même, mais bien dans notre coresponsabilité, avec le Créateur, pour faire produire de bons fruits à cette vigne qui nous est confiée. Là encore, dire « Dieu au commencement », c’est dire un vis-à-vis, un Autre à qui je dois rendre des comptes, une volonté libre qui suscite une réponse libre, une « liberté responsable », une « action inventive en connivence avec la Création » (cf. Adolphe Gesché, L’Homme, p.68) Dieu se retire, se fait discret, pour que les humains puissent pleinement prendre leur place de co-créateurs, en toute liberté… Que ferons-nous de cette liberté ? En profiterons-nous pour exploiterla Terre à outrance, gaspiller les biens qu’elle nous offre, marcher sur nos frères pour augmenter notre confort et notre bien-être, ou serons-nous effectivement co-créateurs, coresponsables en connivence inventive avecla Création qui se déploie, avec le Royaume qui advient ?

La pierre angulaire !

« Finalement, il leur envoya son fils… » Dieu a donc planté la vigne, mis en place le nécessaire pour qu’elle produise de bons fruits et remis tout cela entre nos mains, mais il ne s’arrête pas là ! Loin d’abandonner le monde à son propre sort, il envoya tout au long de l’histoire des prophètes et des justes pour rappeler aux hommes leur devoir, leur vocation de co-créateurs qui est chemin de bonheur plénier ! Mais, nous le savons, il lui faudra envoyer jusqu’à son propre fils pour rappeler aux hommes leur vocation à ce bonheur-là ! Mis à mort, Dieu s’est donné jusqu’au bout cette fois-ci, il ne peut aller plus loin pour solliciter notre liberté à entrer dans son projet d’amour. Voilà pourquoi la vie, la mort et la résurrection du Christ sont devenues le point focal de l’histoire du monde, la pierre angulaire offerte de façon unique et définitive pour bâtir enfin le royaume de justice et de paix voulu par Dieu. Refuserons-nous, comme les vignerons homicides. cet ultime don de Dieu ? Ou nous appuierons-nous sur la pierre angulaire pour devenir ce à quoi nous sommes appelés ?

Puisqu’un dessein d’amour est inscrit au cœur de notre monde…

Puisqu’une connivence inventive avec ce projet nous est proposée…

Puisque la pierre angulaire pour le réaliser nous est connue…

Que ferons-nous de notre liberté ?

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2 réponses à Un dessein tenace !

  1. Monique dit :

    Voilà, j’ai envie de tenter quelques réflexions décousues à partir de votre phrase, P. Benoît : « Contrairement à ce que pensent bon nombre de nos contemporains, dans la ligne du philosophe Démocrite pour qui « tout ce qui existe dans l’univers est le fruit du hasard et de la nécessité », la tradition judéo-chrétienne affirme qu’ « au commencement Dieu créa le ciel et la terre ».

    Je crois qu’il faut se souvenir que pour les premiers penseurs Grecs, le hasard n’est pas une explication scientifique de sorte que la traduction habituelle de la phrase de Démocrite n’est pas fiable ; Les Grecs parlaient plutôt de « contingence », concept qui s’oppose à « nécessité ». Contingence qui signifie que quelque chose aurait pu ne pas être. Tout dans notre monde n’est pas nécessaire, déterminé, il y a aussi beaucoup de contingence, et ça, on le sait d’expérience. Mais « hasard » fait plus… provocant !

    Quelques 400 ou 500 ans avant Jésus, les premiers philosophes de la nature ont essayé d’imaginer toutes sortes de théories qui pourraient expliquer le monde matériel, le ciel et la terre. Démocrite a redit ce que son maître Leucippe avait dit : « Tout provient d’une cause. » Mais aucun encore n’avait découvert la cause finale ou, dit autrement, le « en vue de quoi ». Il faudra attendre Aristote… D’un autre côté, il faut se rappeler que 50 ans avant, Anaxagore avait supposé que seule une Intelligence serait ce qui expliquerait tout ça. Il n’était pas loin de la vérité…

    Aujourd’hui, plutôt que s’y attaquer, plusieurs scientifiques se taisent tout simplement. Pourquoi ? Parce que la science repose sur le postulat qui affirme que le monde naturel ne répond à aucune intention, aucune volonté préexistante, aucun projet qui expliquerait son origine. C’est affirmé, c’est tout. Le monde scientifique, depuis Descartes, est fondé sur cet axiome sans argument, a priori.

    Si ce que je dis a du sens, alors on comprend que pour répondre à la question des premiers penseurs : « Quelle est la cause de tout ce qui est là et qui aurait tout aussi bien ne pas être ? », il faut peut-être faire intervenir, comme Aristote, l’idée de projet (ou dessein) et celle d’un être intelligent. La Révélation, elle, ajoute « un être aimant » : « un dessein d’amour nous précède », dites-vous, Benoît. Je crois que c’est le lien intime (et nécessaire) intelligence/amour qui est difficile à comprendre pour un esprit scientifique moderne, et surtout à une échelle de l’envergure de l’univers. Elle est peut-être là la différence qui fait d’un humain un croyant… Et qui fait que pour les croyants, la vie a un sens, une direction…

    « Croyons-nous, nous autres humains, pouvoir nous réaliser pleinement en dehors d’une réponse libre et confiante à ce projet de vie qui nous précède ? », dites-vous aussi Benoît. Et qui dès lors nous appelle, pourrions-nous ajouter ? Et qui nous trace la direction ? Cette « réponse libre et confiante », ce serait pas ça qu’on appelle la foi ?

  2. Un dessein tenace !
    Ce thème me renvoie à la lecture (et à la relecture) de Adolphe Gesché : «Dieu pour penser, ll, L’ Homme » (Cerf. Paris, 1993) — référence du Blogue du 10 septembre 2011. J’y retiens, entre autres, : « L’ homme créé créateur de lui-même …» et « L’homme, un être pour le bonheur ». TLV

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