Veillez sur l’Espérance !

27 novembre 2011, 1er dimanche de l’Avent, année B, Mc 13,33-37 /

« Veillez ! » Habituellement, les commentaires sur cette « veille » insistent sur la dimension dynamique de l’attente : il ne s’agit pas de rester passif, mais de mettre en œuvre une attente active qui prépare l’avènement du Royaume. Bien sûr cela est essentiel ! Mais je vous propose de réfléchir à un autre aspect de cette veille : veiller, non pas « dans » l’Espérance, mais « sur » l’Espérance ! Veiller sur l’attente, sur le désir, c’est-à-dire maintenir la porte ouverte vers la plénitude à laquelle nous sommes appelés. Ces deux dimensions sont bien présentes dans le texte (cf. Mc 13,34) : l’homme, parti en voyage a, d’une part, fixé « à chacun son travail » -c’est l’attente active- mais il a, d’autre part, « recommandé au portier de veiller », c’est-à-dire de tenir la porte ouverte pour le retour du maître… Ne s’agit-il pas ici de « veiller sur l’Espérance » ? Veiller sur le sens… Veiller sur le souhaitable… Veiller sur la promesse…

Veillez sur le sens !

Dans notre monde, si prompt à vouloir nous enfermer dans le rôle du consommateur, n’est-il pas urgent de veiller sur le sens de la vie ? L’endormissement, évoqué comme un risque dans l’évangile, est bien à l’œuvre dans notre monde. Tout est fait pour nous divertir, pour occuper nos journées, pour susciter de nouveaux besoins de consommation, pour nous entraîner dans une course folle à je ne sais quelle chimère : le prochain gadget électronique, les prochaines vacances, la prochaine exposition de peinture, le prochain épisode de « ma » série télévisée à ne surtout pas rater, etc. etc. Et lorsque notre corps et notre esprit disent halte à cette course effrénée, la réponse est encore plus radicale et c’est à coup d’antidépresseurs et d’anxiolytiques qu’on vous endort pour de bon ! Ouvrir des espaces pour réfléchir au sens de la vie… Offrir des lieux de silence, de halte, de méditation…  Témoigner du sens profond des fêtes religieuses qui rythment nos sociétés… Proposer la foi au Christ, celui qui nous a révélé pleinement qui est l’Homme et qui est Dieu… Bref, remplir notre rôle de portier, ouvrir des portes, La porte, qui donne accès au sens de la vie, à la foi. Veiller sur le sens, n’est-ce pas urgent ?

Veillez sur le souhaitable !

Nous retrouvons ici, un peu plus, la dimension active de notre veille. Car si l’on maintient ouverte la porte de l’Espérance d’une vie à venir pleinement accomplie, nécessairement cela rejaillit sur notre façon de vivre aujourd’hui. Veiller sur l’Espérance, c’est donc aussi veiller sur ce qu’il est souhaitable, ou non, de faire aujourd’hui. Espérer le retour du Christ c’est, en effet, espérer que mes actes d’amour seront menés à leur accomplissement en Dieu mais aussi que mes actes de haine ne seront pas sans conséquences. Espérer le retour du Christ, c’est croire que chaque être humain sera invité par Lui à entrer dans la joie et la communion des sauvés. Le plus petit, le plus malade, le « compté pour rien » ici-bas, sera mené à sa pleine stature d’enfant de Dieu aimé et choyé par le Père. Alors oui, veiller sur l’Espérance, c’est veiller sur mes actes, sur ma « morale » individuelle mais plus encore sur les choix éthiques de nos sociétés : veiller sur le souhaitable, ici et maintenant, en vue de ce qui nous attend en Dieu.

Veillez sur la promesse !

Spontanément  des versets de psaumes reviennent à mon esprit : « Dieu de l’univers, reviens ! » Ps 79 (de ce dimanche) ; « Que ta promesse me soutienne, et je vivrai : ne déçois pas mon attente. » Ps 118 ; « Dans ton amour, ne m’oublie pas. » Ps 24. Veiller sur la promesse, c’est crier haut et fort l’écart entre ce que nous vivons ici-bas et ce qui nous est promis : « un pays ruisselant de lait et de miel. » Par la prière, notamment, nous entretenons donc le désir d’une vie pleinement réussie, l’attente de la promesse, la soif de l’avènement du Royaume de Dieu… C’est ce qui nous est particulièrement donné de vivre dans ce temps de l’avent. En nous préparant à Noël, nous nous appuyons sur l’attente de tout l’Ancien Testament, déjà accomplie dans l’Incarnation, pour raviver notre espérance d’une Incarnation du Verbe, menée à sa plénitude lorsque tout sera récapitulé en Lui ! Veiller sur la promesse, c’est à la fois la partager à tous ceux qui souffrent aujourd’hui, mais aussi à tous ceux qui ne vivent qu’avec un horizon limité à ici-bas, mais encore se la rappeler à soi-même et dire à Dieu que nous ne l’avons pas oubliée. Veiller sur la promesse, c’est donc jouer notre rôle de portier qui, dans la pièce sombre, noire et sans espoir où nous nous trouvons parfois, indique qu’il y a une porte avec un petit rayon de lumière visible au pied de cette porte. Une porte qui s’ouvrira un jour comme Dieu nous l’a promis !

Veillez sur l’Espérance ! C’est-à-dire :

Veillez sur le sens… sur la foi !

Veillez sur le souhaitable… sur l’éthique !

Veillez sur la promesse… sur l’à venir !

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2 réponses à Veillez sur l’Espérance !

  1. Monique dit :

    « Bref, remplir notre rôle de portier, ouvrir des portes ». Que voilà, par ailleurs, une façon magnifique de décrire le métier d’enseignant ! …Pourvu que l’on comprenne la place que tient l’enseignant dans la vie d’un petit humain…

  2. Monique dit :

    En fait, est-ce que j’ai raison de croire que ces enseignements religieux sont aussi des enseignements pour tous les aspects de la vie du chrétien, ou pas ? Un chrétien qui ne médite pas sur, ou qui ne prend pas en compte « Veillez sur le sens », « Veillez sur la promesse », « Veillez sur le souhaitable », a deux vies inconciliables : la privée et la publique. Et ça… C’est sûr qu’il n’est pas évident de voir les considérations de sens, de promesse et de souhaitable dans l’enseignement des participes passés, de l’algèbre, etc. Mais s’il faut veiller « sur », il faut s’assurer qu’on ne se permet pas des petites vacances le temps d’une équation ou d’un exercice de grammaire. Il me semble que cela doit nous habiter partout, chaque fois que nous sommes éveillés. Et puis, le devoir de portier, ce serait pour quoi sinon pour ça ? Mais bon, peut-être que je fais violence aux enseignements religieux en voulant en colorer chaque parcelle de nos actions. Même les plus banales à première vue. Simone Weil a un beau titre pour un chapitre d’un de ses livres : « Réflexions sur le bon usage des études scolaires en vue de l’Amour de Dieu ». Mais peut-être que je mêle tout et/ou que je suis trop romantique…

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