Tenir les deux bouts…

Rejoindre chacun dans ses épreuves...

Rejoindre chacun dans ses épreuves…

Ce qui retient mon attention, en ce temps pascal 2014, c’est la nécessité de tenir deux réalités en même temps ! À savoir que pour vraiment annoncer le Christ ressuscité en vérité et de façon concrète, il faut à la fois tenir d’une main, j’allais dire, la main de Dieu et de l’autre toutes celles et ceux qui souffrent, qui traversent une épreuve et que le Seigneur a mis sur notre chemin ou dont nous pouvons nous rendre proche. Il ne suffit pas de chanter Alléluia, Alléluia, Christ est ressuscité ! Mais de pouvoir le « chanter » auprès de ceux qui sont marqués par la souffrance, par l’exclusion, par la désespérance, par l’épreuve, par la mort… à travers un geste de soutien, une oreille attentive, une parole d’espérance… À la manière de ces icônes représentant le Christ descendant au séjour des morts, pour libérer Adam et Eve de l’emprise des ténèbres et de la mort.

Cela me rappelle également ce beau passage du pape François sur l’évangélisation de personne à personne : « Dans cette prédication, toujours respectueuse et aimable, le premier moment consiste en un dialogue personnel, où l’autre personne s’exprime et partage ses joies, ses espérances, ses préoccupations pour les personnes qui lui sont chères, et beaucoup de choses qu’elle porte dans son cœur. C’est seulement après cette conversation, qu’il est possible de présenter la Parole, que ce soit par la lecture de quelque passage de l’Écriture ou de manière narrative, mais toujours en rappelant l’annonce fondamentale : l’amour personnel de Dieu qui s’est fait homme, s’est livré pour nous, et qui, vivant, offre son salut et son amitié. C’est l’annonce qui se partage dans une attitude humble, de témoignage, de celui qui toujours sait apprendre, avec la conscience que le message est si riche et si profond qu’il nous dépasse toujours. Parfois il s’exprime de manière plus directe, d’autres fois à travers un témoignage personnel, un récit, un geste, ou la forme que l’Esprit Saint lui-même peut susciter en une circonstance concrète. Si cela semble prudent et si les conditions sont réunies, il est bon que cette rencontre fraternelle et missionnaire se conclue par une brève prière qui rejoigne les préoccupations que la personne a manifestées. Ainsi, elle percevra mieux qu’elle a été écoutée et comprise, que sa situation a été remise entre les mains de Dieu, et elle reconnaîtra que la Parole de Dieu parle réellement à sa propre existence. » (Evangelii Gaudium n° 128)

Pensez-vous que cela est vivable : cette double exigence de proximité avec celles et ceux qui traversent des épreuves, d’une part, et avec le Christ Ressuscité, d’autre part, qui vient éclairer toutes ténèbres et autorise, au milieu des pires situations, une vraie parole d’Espérance ?

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La Vie par là-bas…

N’étant pas ici (au Togo), je vous parle de là-bas…

Il n’empêche que la semaine fut bien remplie à Sokodé avec notre conférence mensuelle dans le cadre de l’espace d’Alzon qui portait sur le thème suivant : « Vu le marché de l’emploi, faut-il attendre une place de fonctionnaire ou se lancer dans l’auto-entreprenariat ? Comment faire ? Quels soutiens possibles ? » et fut animé par M. Hyacinthe ALAO… Un article devrait suivre sur le blog des AA en Afrique de l’Ouest pour vous en donner des échos…

Par ailleurs c’est la session vocationnelle annuelle, qui se tient à Sokodé Komah, avec 27 jeunes aspirant à la vie religieuse assomptionniste, pour quelques jours sur le mode du « Viens et vois ! » : je vous laisse découvrir l’article sur le blog AA

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Les aspirants durant le repas fraternel…

Pour ma part j’ai donc commencé mon périple européen, et en suis, déjà, à la deuxième étape… Après quelques jours à Paris, accueilli à la communauté de Cachan –petits contrôles de santé et courses– me voici en « Alsace vosgienne » chez ma sœur… Dimanche soir commencera le chapitre provincial d’Europe : je compte sur votre prière, pour que ce rendez-vous permette un nouvel élan pour nos communautés européennes… Je ne vous cache pas que les fragilités de notre province ne manquent pas, évangéliquement cela peut être un atout… Mais comment faire, pour qu’effectivement ces fragilités nous rapprochent du Christ et soient sources de vie en nous et autour de nous ?

En famille...

En famille…

Fraternellement,

Fr. Benoît

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4 réponses à Tenir les deux bouts…

  1. Thérèse L.-Vézina dit :

    Bon périple européen à Benoît !
    Douces souvenances de l’Alsace vosgienne et de l’accueillante famille de là-bas…

    Une pèlerine de Neuviller La Roche/Wildersbach (2007),

    Thérèse L.-Vézina

  2. Monique dit :

    « Pensez-vous que cela est vivable : cette double exigence de proximité… ? » demandez-vous P. Benoît.

    La question me frappe. Une première intuition m’invite à commencer ma réflexion comme ceci : Si Dieu lui-même n’a pas hésité à descendre parmi les hommes, on peut supposer qu’il visait une quelconque exigence de proximité, non ? Dieu pouvait-il vouloir demeurer étranger à sa créature humaine ? Peut-il même être étranger à sa création ? Il me semble qu’il ne convient pas au Dieu des chrétiens de se tenir à distance – une distance qui ne saurait être qu’incommensurable, bien sûr – de l’homme. « Être auprès », voilà déjà ce que signifie le mot « proximité ».

    Quelques distinctions pourraient être éclairantes. – Le lecteur comprendra que je pense tout en écrivant, n’est-ce pas ? Écrire favorise la méditation -. Deux pommes dans un panier ne sont pas « proches » l’une de l’autre ; elles resteront éternellement à distance, complètement étrangères l’une à l’autre. De même deux chevaux dans un pré ; ils ne sont pas « ensemble ». Les choses ne sont qu’extériorité pure, des objets dans l’espace, des êtres « jetés-là devant nous », comme le dit le sens premier du mot « ob-jet ». Pouvons-nous penser l’humain comme un « objet », une chose jetée dans l’espace ? La réponse à cette question pourrait s’articuler comme ceci : il y a en l’humain quelque chose de mystérieux qui s’appelle une intériorité, un for intérieur. On le sait très bien par expérience. Qui soutiendrait le contraire serait le prototype de l’étranger : étranger à soi.

    Autre point : au contraire des choses, il y a chez l’être humain un visage et une parole. Il convient de se demander pourquoi… Un visage strictement tourné vers l’autre ; une parole qui parle à un autre. Il y a ainsi chez les humains, toujours et essentiellement semble-t-il, cette notion de l’autre. Je ne me connais, je n’existe, que grâce à l’autre et Aristote aurait eu raison de formuler ça ainsi : « L’autre est un autre soi ». « Je » parle mais je parle à un « autre » ; qui me « répond », dira plus tard Emmanuel Lévinas. Il devient évident dès lors, si l’on m’accorde ça, que l’être humain n’est pas fait pour vivre replié sur soi, un étranger parmi les autres êtres humains. Ainsi, la question de savoir si l’exigence de la proximité est « vivable » commence à se résoudre d’elle-même.

    Dès lors, permettre la libre circulation de la parole en partant des récits de soi ne me paraîtrait pas être une étape, un « moment », comme ce que je crois lire dans le texte de François ; ce serait plutôt le début d’une aventure « à deux » qui risque de mener vers l’Espérance dont vous parlez, Benoît, …pourvu qu’il y ait de vrais interlocuteurs. Je ne vois pas comment la Parole viendrait comme se superposant en temps et lieu. Un dialogue n’est pas fait de deux parties mises bout à bout du genre : tantôt c’est toi, maintenant c’est moi. Cette forme s’appellerait un dialogue de sourds. Le mystère du vrai dialogue humain, c’est qu’il est le témoignage vivant, déjà, de la réelle présence de l’Esprit Saint parmi nous, même dans nos circonstances concrètes. Je rêve d’un jour où un pasteur dominical ne guettera pas le moment favorable pour substituer à notre écoute amicale – le dialogue vrai suppose l’amitié – des passages « icônofiés » de l’Écriture.

  3. Monique dit :

    Petite lettre en lieu et place de la bonne réflexion à laquelle vous nous avez habitués, P. Benoît.
    Cher P. Benoît,
    Je me demande si là où vous êtes, vous réussissez à tenir non pas les deux bouts de l’autre semaine, mais à tenir tout court. Car enfin, vous avez l’esprit à votre voyage et à votre formation, mais vous avez la tête au Togo. Et vous avez, en même temps, le coeur qui est privé du contact méditatif avec vos ouailles – je veux dire, bien sûr, les ouailles que vous avez semées (dans les deux sens du mot !) au cours de votre parcours religieux. Puis vous avez sans doute l’imagination qui prépare votre retour à Sokodé comme maître des novices et comme responsable du développement des aa en cette partie de l’Afrique. Et comme quoi encore si ça se trouve ?

    Et la santé dans tout cela, est-ce qu’elle tient elle aussi ?

    Ici ce qui tient, c’est le froid et le vent, quoiqu’aujourd’hui, je crois que c’était l’été ! Vous vous souvenez ? l’été nous arrive comme ça, tout d’un coup, dure une journée ou deux et puis c’est fini. Cette année peut-être pourrons-nous dire que l’été c’était… un samedi. On pourrait écrire tout une thèse sur comment la vertu arrive aux Québécois : le Québécois (et la Québécoise, bien sûr), est un être qui attend : on attend l’été et puis on attend Noël. Entre les deux, on tient… le coup.
    Bon séjour en Europe, Benoît,
    Monique

  4. Thérèse L.-Vézina dit :

    L’absence temporaire de votre réflexion hebdomadaire me permet de revoir les thèmes de grande portée du 25 avril 2014.

    Merci à cet « ami virtuel » qui a laissé son empreinte ici et là-bas ! L’écrivaine québécoise d’origine macédonienne me souffle à l’oreille : « La seule unité de mesure d’une relation est ce qu’elle vous laisse pour continuer sans elle. » (A. Apostolska)

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