Toujours dans la joie ?

joie rire bachoux14 décembre 2014, 3ème dimanche de l’Avent, année B, Jn 1,6…28 /

         « Soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. » (1 Th 5,16) Voilà un drôle d’impératif, voire de commandement, au nom de la volonté de Dieu, s’il vous plait ! Comment peut-on demander à quelqu’un d’être toujours dans la joie ? La liturgie de ce 3ème dimanche de l’Avent, surnommé « Gaudete » (Soyez dans la joie), interpelle nos sociétés souvent maussades, tristes et désenchantées… En fait, il y est question de la joie de Noël… Certains nous disent que, pour eux, le temps des fêtes est loin d’être un temps de joie, mais qu’il leur renvoie plutôt leurs échecs familiaux, leur solitude, la nostalgie d’un temps révolu ou encore le manque d’un être cher… À fortiori, lorsqu’on vit les épreuves de la maladie, de la guerre, de la violence, du manque d’amour, de la vie qui s’en va… comment être dans la joie ? Et finalement de quelle joie s’agit-il ?

Une joie que nous n’avons pas à créer.

              Premièrement, il faut se dire que c’est joie n’est pas d’abord la nôtre, mais celle de Dieu. La veille de sa passion, à cette heure si tragique de sa vie, Jésus dit : « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète. » (Jn 15,11) et encore : « Vous aussi, maintenant vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne pourra vous la ravir. » (Jn 17,22) C’est Dieu lui-même qui veut nous communiquer sa joie, une joie issue de son amour, de son projet d’amour pour l’humanité qui se déploie, malgré les soubresauts de l’histoire. La joie dont nous parlons n’est donc pas d’abord le sentiment superficiel qui peut nous habiter, de temps à autre, mais cette vie, cet amour, cette énergie, cette joie qui, venant de Dieu, irrigue tous les éléments et tous les êtres de la Création. Cela demande donc d’abord un décentrement de nous-mêmes, de nos soucis, de notre époque, de notre coin de planète pour contempler et faire nôtre la joie de la Création qui se déploie. L’impératif de Paul ne consiste pas à nous inviter à créer des sentiments de joie, à l’aide de la méthode Coué : « Je suis joyeux, je suis joyeux, je suis joyeux… », mais à accueillir une autre joie, celle de Dieu.

Une joie sereine !

         Nous avons la chance d’avoir un pape qui illustre bien cette joie à laquelle il nous invite sans cesse. Dans sa lettre aux consacrés, sa première attente est ‘Que soit toujours vrai ce que j’ai dit un jour: « Là où il y a les religieux il y a la joie ». Que nous soyons appelés à expérimenter et à montrer que Dieu est capable de combler notre cœur et de nous rendre heureux, sans avoir besoin de chercher ailleurs notre bonheur.’ Mais cette joie n’est pas béate, ni superficielle. Elle est plutôt cette joie sereine de celui qui se sait sauvé par Dieu, aimé de lui et promis à une vie de plénitude. C’est ainsi qu’elle peut être présente même au sein de nos épreuves : « Savoir que Dieu est proche, attentif et plein de compassion, non indifférent, qu’il est un père miséricordieux qui s’intéresse à nous dans le respect de notre liberté, est motif d’une joie profonde que les aléas du quotidien ne peuvent atténuer. […] La caractéristique unique de la joie chrétienne est qu’elle peut être partagée avec la souffrance puisqu’elle est entièrement basée sur l’amour. En effet, le Seigneur qui nous est proche au point de se faire homme vient pour communiquer sa joie, la joie d’aimer. C’est seulement ainsi que l’on comprend l’allégresse sereine des martyrs jusque dans l’épreuve, ou bien le sourire des saints de la charité face à qui souffre. C’est un sourire sans offense, qui console… » (Jean Paul II, Angelus du 3e dimanche de l’Avent 2003)

Une joie « que nul ne pourra vous ravir » !

      On comprend alors, que la joie de Noël, pour qui n’a pas la foi, peut être bien superficielle et ce temps des fêtes même pénible pour certains. Mais pour nous qui sommes chrétiens, même si nous traversons des épreuves, nous devrions témoigner de cette joie sereine, de cette joie profonde que nul ne peut nous ravir. Ce ne sont ni les cadeaux, ni même l’anniversaire de naissance de Jésus, ni les retrouvailles familiales et encore moins les bons gueuletons au programme qui peuvent nourrir notre vraie joie. Mais uniquement cette foi profonde que le Royaume de Dieu est en train de se déployer, de se réaliser et que nous y avons toute notre place, dans l’assurance d’une vie de plénitude avec tous ceux que nous avons aimés et tous ceux que nous devrons encore apprendre à aimer. Cette joie-là, nul ne pourra nous la ravir : «  ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur. » (Rm 8,38-39)

Alors peut-on être toujours dans la joie ?

Non, en ce qui concerne nos sentiments et nos affects… Mais…

… Oui, si notre joie est celle de Dieu !

… Oui, si notre joie est cette joie sereine, ancrée sur notre foi !

… Oui, même dans l’épreuve, cette joie-là, nul ne pourra nous la ravir !

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4 réponses à Toujours dans la joie ?

  1. Monique dit :

    L’enseignement religieux a de ces mystères parfois ! Le mot « joie » en est un et « la réalité de la joie » aussi. La joie apparaît comme l’une de ces choses, comme aussi le temps, dont on sait très bien ce que c’est… jusqu’à ce qu’on nous demande de le dire. Car enfin, un petit détour par un dictionnaire des cooccurences est impressionnant. Là on découvre que le mot joie sert à désigner plusieurs, plusieurs choses. Le mot « table » veut dire à peu près cette sorte de meuble à surface plane qui nous sert pour manger ou faire de menus travaux, dont faire la cuisine, les devoirs, la couture, le bricolage, écrire une lettre… Bon, il y a aussi les tables de multiplications, les tables de concertation, tables de conversion et quelques autres usages étonnants du mot « table ». Ainsi, on le voit vite, « table » se dit de multiples façons et désigne tout à la fois des réalités semblables – toutes les tables sont des tables – ; et des réalités tout à fait disparates : on n’écrit pas sur une table de multiplication. Toutefois, comparé à « joie », du mot « table » on a vite fait l’inventaire et je ne sais pas pourquoi, on s’en accommode. D’un autre côté, et c’est heureux, le mot « bicyclette » se dit des bicyclettes et c’est tout. Beaucoup plus simple.

    Le mot « joie », lui, c’est une tout autre affaire. Dès qu’on lui met un qualificatif on découvre une foule de choses aussi dissemblables les unes que les autres : une joie absolue et une joie amère, qui dirait que c’est de la même famille ? Une joie ardente et une joie excessive ne sont pas, on le pressent, de la même catégorie ; il y a des joies vives, des joies sombres, des joies malignes, des joies grisantes, joies intérieures ; il y a les joies sadiques, les belles joies tranquilles, d’autres sont au contraire des joies trompeuses, d’autres des joies sincères, certaines sont des joies enfantines, d’autres sont des joies viriles… : toutes ces joies sont-elles également des joies ? Que veut donc dire le mot « joie » s’il désigne des réalités si diverses, des sentiments si opposés ?

    En commençant la lecture de votre billet, P. Benoît, j’aurais volontiers assimilé la joie à la lumière, à la splendeur, et cela me remplissait… de joie ; mais une joie âpre, une joie stupide, superficielle, maligne, ne cadrent pas avec la lumière, il me semble…

    À moins que la joie ne soit pas un sentiment, mais tout autre chose… ! Qu’est-ce que c’est donc ? On est emballé quand on lit : « Gaudete » ; mais quelle est cette activité qui consisterait à se réjouir ? Qu’est-ce qu’on fait exactement quand on se réjouit ? Quand on fait de la bicyclette, on sait ce qu’on fait mais quand on se réjouit… ?

  2. jovic dit :

    apres lecture, je me demande: comment communiquer cette joie de Dieu au quotidien? quels sont mes outils que nous disposons pour y parvenir?

  3. Joseph dit :

    La joie dont nous parle l’Evangile est une Joie parfaite parce qu’elle vient de Dieu, elle seule peut nous combler le Seigneur nous la donne avec abondance, encore faut il lui ouvrir notre coeur largement, que ce temps de l’Avent nous conduise tous sur ce chemin.

  4. Thérèse L.-Vézina dit :

    Là où est la question, là est une réponse « ancrée sur notre foi » :

    … Oui,
    … Oui,
    … Oui,

    « Et tout le reste n’est que littérature » dirait Verlaine.
    Des conventions de langage, quoi !

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