Sobriété heureuse…

Simplicité volontaire...

Simplicité volontaire…

            Commençons par une citation du père d’Alzon notre fondateur : «  L’homme qui désire les biens terrestres est l’esclave de ceux qui peuvent le satisfaire ; l’homme qui ne veut que son pain du jour et de quoi se couvrir, est bien fort contre les obstacles et les séductions. […] Je vous en conjure donc, mes chers frères, de fuir l’amour des richesses et de protester ainsi contre cette tendance au bien-être matériel qui est un des grands avilissements de l’époque présente et la destruction de toutes les aspirations à la perfection chrétienne et à l’ordre surnaturel. » (‘Dégagement de toute préoccupation matérielle’, dans Ecrits spirituels du P. d’Alzon page 157) Certes, ces propos s’adressent à des religieux et datent de 1868, mais je les trouve finalement d’une grande actualité, non seulement pour des religieux mais pour tout chrétien soucieux d’une vie évangélique aujourd’hui… Ne sont-ils pas précurseurs de ces quelques paragraphes de Laudato si’ -dont on n’a pas fini de parler- que je voudrais reprendre avec vous :

222. La spiritualité chrétienne propose une autre manière de comprendre la qualité de vie, et encourage un style de vie prophétique et contemplatif, capable d’aider à apprécier profondément les choses sans être obsédé par la consommation. Il est important d’assimiler un vieil enseignement, présent dans diverses traditions religieuses, et aussi dans la Bible. Il s’agit de la conviction que “moins est plus”. En effet, l’accumulation constante de possibilités de consommer distrait le cœur et empêche d’évaluer chaque chose et chaque moment. En revanche, le fait d’être sereinement présent à chaque réalité, aussi petite soit-elle, nous ouvre beaucoup plus de possibilités de compréhension et d’épanouissement personnel. La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété, et une capacité de jouir avec peu. C’est un retour à la simplicité qui nous permet de nous arrêter pour apprécier ce qui est petit, pour remercier des possibilités que la vie offre, sans nous attacher à ce que nous avons ni nous attrister de ce que nous ne possédons pas. Cela suppose d’éviter la dynamique de la domination et de la simple accumulation de plaisirs.

223. La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. Ce n’est pas moins de vie, ce n’est pas une basse intensité de vie mais tout le contraire ; car, en réalité ceux qui jouissent plus et vivent mieux chaque moment, sont ceux qui cessent de picorer ici et là en cherchant toujours ce qu’ils n’ont pas, et qui font l’expérience de ce qu’est valoriser chaque personne et chaque chose, en apprenant à entrer en contact et en sachant jouir des choses les plus simples. Ils ont ainsi moins de besoins insatisfaits, et sont moins fatigués et moins tourmentés. On peut vivre intensément avec peu, surtout quand on est capable d’apprécier d’autres plaisirs et qu’on trouve satisfaction dans les rencontres fraternelles, dans le service, dans le déploiement de ses charismes, dans la musique et l’art, dans le contact avec la nature, dans la prière. Le bonheur requiert de savoir limiter certains besoins qui nous abrutissent, en nous rendant ainsi disponibles aux multiples possibilités qu’offre la vie.

Je sais que tout ce qui, dans l’encyclique du pape François, touche à la baisse de la consommation et à la décroissance en fait sursauter plus d’un… Car, la plupart de nos économistes, politiciens et chefs d’entreprises sont incapables d’imaginer un autre modèle de société… Et pourtant, c’est bien le rôle de guides spirituels de nous dire cela, non ? Cette sagesse n’est d’ailleurs pas propre au christianisme comme nous le rappel le pape et les pionniers de la simplicité volontaire ou de la sobriété heureuse ne se réclament pas spécialement d’une foi particulière… Et puis regardons-y de près, le pape y met bien des nuances dans ces propos, car lorsqu’il parle d’une certaine décroissance, il ne vise pas toutes les sociétés :

193. Nous savons que le comportement de ceux qui consomment et détruisent toujours davantage n’est pas soutenable, tandis que d’autres ne peuvent pas vivre conformément à leur dignité humaine. C’est pourquoi l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties. Benoît XVI affirmait qu’ ‘il est nécessaire que les sociétés technologiquement avancées soient disposées à favoriser des comportements plus sobres, réduisant leurs propres besoins d’énergie et améliorant les conditions de son utilisation’.

Plutôt que ne monter sur ses grands chevaux, en traitant le pape d’inconscient, de communiste, de gauchiste, laissons-nous inspirer par ses propos et par toutes celles et ceux qui vivent déjà dans cette logique depuis des années ! On s’est amusé des soixante-huitards élevant des chèvres sur les plateaux du Larzac, et certains brandissent encore ces vieux clichés pour ridiculiser toute recherche en ce sens, mais ceux qui font ainsi brillent par leur ignorance, car ces dernières années bien des initiatives d’un mode de vie non conduit exclusivement par la croissance et la consommation existent et fonctionnent dans la durée. Personne ne veut revenir à l’époque des cavernes, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut se laisser manipuler par la logique de la consommation déraisonnable…  Entre ces deux extrêmes, bien des façons de faire et de vivre sont possibles… Le pape François en mettant le projecteur sur la ‘sobriété heureuse’, n’invente rien mais s’inscrit dans des mouvements en marche depuis une trentaine d’années déjà :

La simplicité volontaire, ou la sobriété heureuse a déjà son histoire : L’expression « voluntary simplicity » a été créée en Inde en 1936 par Richard Gregg, un Américain disciple de Gandhi, dans un texte intitulé The Value of Voluntary Simplicity. Ignorée pendant plus de 40 ans, l’expression sera redécouverte par deux chercheurs américains, Arnold Mitchell et Duane Elgin en 1977, puis popularisée aux États-Unis par le livre de Duane Elgin, Voluntary Simplicity, toward a way of life outwardly simple and inwardly rich, publié en 1981. Au Québec, c’est en 1985 que Serge Mongeau publiera son premier livre sur la simplicité volontaire, La simplicité volontaire, plus que jamais… Mais c’est au cours des années 90 que le mouvement prendra vraiment son essor avec, notamment, la publication de nombreux ouvrages, l’apparition de groupes d’étude et de soutien, le développement de plusieurs organisations et réseaux (surtout aux États-Unis) et la présence de plus en plus fréquente de ces questions dans les médias.

C’est aussi une réalité qui porte des noms multiples, selon les priorités et les pays : simplicité volontaire, simple living, downshifting, mouvement slow, good life, consumerinden, austérité joyeuse, sobriété heureuse, décroissance, etc.

Le Réseau Québécois pour la Simplicité Volontaire (RQSV)  a choisi de se donner une définition à plusieurs volets, voulant refléter par-là la richesse de l’idée et la multiplicité de ses formes. Voici la définition adoptée par l’Assemblée générale en avril 2003 :

  • Une façon de vivre qui cherche à être moins dépendante de l’argent et de la vitesse, et moins gourmande des ressources de la planète.
  • La découverte qu’on peut vivre mieux avec moins.
  • Un processus individualisé pour alléger sa vie de tout ce qui l’encombre.
  • Un recours plus grand à des moyens collectifs et communautaires pour répondre à ses besoins et donc un effort pour le développement d’une plus grande solidarité.
  • Le choix de privilégier l’être plutôt que l’avoir, le « assez » plutôt que le « plus », les relations humaines plutôt que les biens matériels, le temps libéré plutôt que le compte en banque, le partage plutôt que l’accaparement, la communauté plutôt que l’individualisme, la participation citoyenne active plutôt que la consommation marchande passive.
  • La volonté d’une plus grande équité entre les individus et les peuples dans le respect de la nature et de ses capacités pour les générations à venir.
  • Un courant social important qui, bien au-delà du RQSV, tente de répondre à des problèmes de société de plus en plus pressants (course folle de la vie moderne, endettement excessif, insatisfaction malgré une consommation débridée, épuisement professionnel, gaspillage et épuisement des ressources naturelles, désintégration du tissu social, etc.).

Quand j’étais au Québec, nous avons essayé, de temps à autre, de mettre en lumière ce mouvement, mais maintenant que le pape en parle, n’est-ce pas l’occasion d’y regarder de plus près ? Voici donc un bon site, plein de ressources pratiques, pour celles et ceux qui voudraient avancer sur la question : http://simplicitevolontaire.org/ (Réseau québécois vous donnant aussi des liens vers d’autres réseaux dans le monde…)

 


La vie par ici

Je fus plutôt silencieux, ces dernières semaines, sur notre vie au Noviciat, car nous étions plutôt dans l’action que dans la communication… Voici donc un petit rappel des événements de ces dernières semaines :

– Durant les grandes vacances, les pères Vincent et Serge-Patrick, de la communauté de Komah, sont rentrés dans leurs pays respectifs pour leurs congés trisannuels. Le père Vincent a terminé son séjour avec un paludisme récalcitrant qui l’a fortement secoué, la pleine santé n’est pas encore au rendez-vous… Le père Aristide a profité du Forum en France pour devancer son séjour, participer au pèlerinage national à Lourdes et découvrir le pays du père d’Alzon ! Le père Jean-Raphaël garda seul la barre à la communauté de Komah

A l'issue de la retraite

A l’issue de la retraite

– 14 août : arrivée des nouveaux novices… Ils sont huit à s’engager dans cette année spéciale de formation à la vie religieuse, principalement togolais (Honoré, Valère, Bernardin, Marius, David, Jean-Paul) mais également burkinabè (Armel) et camerounais (Jovic)… Bonne route…

– 19 et 20 août : jeune assomption sur les NTIC pour les 16 novices et quelques jeunes frères togolais sous la houlette du père Jean-Paul Sagadou.

– 21 août : renouvellement des vœux, dans la petite chapelle de la communauté de Komah, pour les frères Adams, Bonaventure, Ignace et Thomas.

– 22 août : premiers vœux des novices de la promotion 2014-2015… Ces huit jeunes religieux sont envoyés dans trois lieux différents pour leurs études : Ouagadougou (Augustin, Honoré, Justin, Martin et Pierre), Kinshasa (Yvon et Nicodème) et Antananarivo (Gérard). Mais ils prennent d’abord quelques jours de congés en famille.

– Semaine du 24 août : les pères Iosif et Bien-Aimé partent en France pour le Forum de la Province d’Europe Assomptionniste et une rencontre de formation des économes de ladite province. Avec les frères originaires d’Afrique de l’Ouest aux études en France, et ceux qui les ont rejoints pour ce temps de Forum, ce ne sont pas moins de 12 assomptionnistes de notre délégation qui furent présents au Forum, de quoi faire sentir un peu plus à nos frères d’Europe le poids que prend cette « fondation » dans notre province.

– Du 2 au 10 septembre : retraite de rentrée des nouveaux novices, chez nos sœurs de sainte Catherine, dans la lignée des quatre promotions précédentes : une retraite sous forme d’exercices Ignatio-d’Alzoniens. Quatre fois une heure d’oraison par jour et une rencontre quotidienne avec l’accompagnateur… À partir de textes bibliques et des écrits spirituels du père d’Alzon…

– Semaine du 7 septembre : les frères Vincent, Serge, Aristide, Iosif et Bien-Aimé rentrent de leurs périples…

– 10 septembre arrivée des 9 nouveaux pré-postulants à Komah, venant du Togo (Pascal, Noel, Valentin, Augustin, Credo,  Christian), de Côte d’Ivoire (Fiacre), du Nigéria (Dominic) et du Burkina-Faso (Rodrigue)

– Semaine du 14 septembre : les jeunes frères rejoignent leurs nouvelles communautés et le diocèse de Sokodé marque son entrée dans l’année pastorale qui sera aussi l’année jubilaire du 60ème anniversaire du diocèse.

Voilà tout pour l’instant. Avec ces quelques nouvelles je vous souhaite donc une belle semaine… Sur les chemins d’une vie toujours plus évangélique, plus heureuse et peut-être aussi plus simple…

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