Être insouciants ?

27 février 2017, 8° dimanche ordinaire, Année A,  Mt 6,24-34 /

« Ne vous faites pas de souci pour demain… À chaque jour suffit sa peine. » (Mt 6,34) L’évangile de ce dimanche nous désarçonne… On peut le trouver soit trop naïf et déconnecté de nos réalités humaines, soit terriblement moderne dans la mouvance des sagesses orientales qui nous recommandent de ne vivre que l’instant présent. En fait, dès que nous sommes décontenancés par un passage d’évangile, le réflexe devrait toujours, d’une part, de ne pas l’isoler de l’ensemble de l’Écriture Sainte et, d’autre part, d’aller voir comment Jésus de Nazareth a mis cela en pratique… Prenons donc ensemble ce chemin, si vous le voulez bien ?

Ne pas vivre dans l’oisiveté…

Les passages du Nouveau Testament parlant d’une suite du Christ bien enracinées dans les contingences d’ici-bas ne manquent pas. Premièrement, Jésus a travaillé jusqu’à trente ans environ aux côtés de son père charpentier, il était donc loin de vivre dans l’oisiveté à attendre que tout lui tombe du ciel… Puis, lorsqu’il commence à rassembler des disciples, le groupe parcourir le pays -sans une pierre où reposer la tête-, mais l’Évangile nous parle également : de la maison de Jésus à Capharnaüm, d’une bourse commune pour subvenir à leurs besoins, ou de préparatifs pour la Pâques. Habituellement les textes ne nous parlent pas des soucis de nourriture ou de vêtements des disciples, cela laisse entendre qu’ils sont bien organisés, sauf quand ils sont débordés par le nombre (récits de la multiplication des pains) ou lorsqu’ils glanent quelques grains dans les champs. Du côté de saint Paul c’est encore plus évident : « Nous ne nous sommes fait donner par personne le pain que nous mangions, mais de nuit comme de jour nous étions au travail, dans le labeur et la fatigue, pour n’être à la charge d’aucun de vous. »  (2 Th 3,8) « Quand nous étions chez vous, nous vous donnions cette consigne : si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. Or, nous apprenons que certains parmi vous vivent dans l’oisiveté, affairés sans rien faire. À ceux-là, nous adressons dans le Seigneur Jésus Christ cet ordre et cet appel : qu’ils travaillent dans le calme pour manger le pain qu’ils auront gagné. (2 Th 3,10-12) Nous pouvons donc retenir ce premier élément, les textes du Nouveau Testament ne font pas l’apologie de l’oisiveté !

Ne pas mettre notre espérance au mauvais endroit…

            Ayant établi qu’il ne s’agit pas de vivre dans l’oisiveté, l’évangile de ce jour nous dit également de ne pas mettre toute notre espérance, toutes nos énergies, tout notre cœur dans les biens d’ici-bas. Nous le savons bien, nous n’emporterons rien dans notre tombe, si ce n’est les relations d’amour, de fraternité, d’amitié, de solidarité, tissées ici-bas. Lorsque Jésus nous invite à rechercher « d’abord le Royaume de Dieu et sa justice », cela ne renvoie pas d’abord à notre vie après la mort, mais au Royaume de Dieu à construire dès ici-bas, avec la grâce de Dieu, tel que Jésus lui-même a cherché à le vivre. Un Royaume de Justice et de Paix, d’harmonie avec la Création où chaque être humain, chaque peuple, est respecté dans sa dignité et peut vivre décemment sa vie. Si nos énergies sont orientées vers cette quête d’un monde qui corresponde toujours plus au projet de Dieu, alors heureux sommes-nous, car nous seront désencombrés de nos propres soucis du quotidien, de plus en plus détachés des contingences d’ici-bas et notre qualité d’être prendra du poids en vue de notre passage en Dieu.

Vivre chaque jour comme si c’était le dernier…

« Ne vous faites pas de soucis pour demain… à chaque jour suffit sa peine. » Comme je l’évoquais plus haut, l’évangile semble terriblement moderne sur ce point. En effet, les ressources en développement personnel foisonnent pour nous inciter, et nous apprendre, à vivre l’instant présent afin d’éviter toute frustration et toute angoisse. Cette tendance à la mode, s’appuie, de façon plus ou moins implicite, sur les religions orientales et notamment le bouddhisme : « Le présent est la seule réalité à notre portée : le passé nous a échappé et le futur ne nous appartient pas. Or, nous passons beaucoup de temps à regretter l’un et à appréhender l’autre. Ne pas vivre le moment présent, c’est donc tout simplement vivre dans une illusion et une frustration permanente. » Je ne suis pas sûr que l’Évangile aille tout à fait dans ce sens… Car nous ne pouvons pas détacher cette invitation évangélique de la recherche du Royaume de Dieu. La logique de l’Évangile nous invite à grandir dans le détachement des « choses d’en bas » pour nous attacher aux « choses d’en haut » et non à vivre l’instant présent pour éviter les éventuelles frustrations et angoisses. Jésus lors de la Transfiguration ne s’entretenait-il pas avec Elie et Moïse de sa passion à venir, Jésus n’a-t-il pas manifesté son angoisse au jardin de Gethsémani à la perspective de sa passion ? Ne pas se laisser complétement absorber par les soucis matériels d’ici-bas est une chose, vivre de façon inconséquente sans envisager notre avenir en Dieu en est une autre !

Oui ce passage de Matthieu nous désarçonne…

L’avons-nous bien compris ?

Il ne fait certainement pas l’apologie de l’oisiveté et de l’insouciance…

Mais nous invite à plus de détachement des « choses d’en bas » …

En vue d’une recherche plus intense du Royaume de Dieu !

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2 réponses à Être insouciants ?

  1. Thérèse Lesage-Vézina dit :

    « Ne vous faites pas de soucis pour demain… »

    J’inscris cette invitation évangélique à mon « Journal de dernière heure ».
    Merci aux passeurs du message !

  2. Thérèse Lesage-Vézina dit :

    « Ne vous faites pas de soucis pour demain… »

    J’inscris cette invitation évangélique dans mon « Journal de dernière heure ».
    Merci aux passeurs du message !

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