Notre foi Trinitaire : quel mystère et quelle chance !

9 juin 2017, Sainte Trinité, Année A,  Jn 3,16-18 /

Lorsque le petit commentateur dominical veut aborder le mystère de la Sainte Trinité, il le fait avec crainte et tremblements… Comment ne pas tomber dans une formulation inajustée voir hérétique, comme il y en eu tant au cours des siècles de la vie de l’Église ? La question fondamentale reste toujours la même : Comment parler à la fois d’un Dieu unique et de trois personnes ? D’un Dieu trinitaire et non pas de trois dieux ? D’un Dieu tout autre et d’un Dieu tout proche ? D’une vie divine intra-trinitaire et d’une vie divine qui sort d’elle-même pour nous rejoindre ? Je serais assez tenté, pour ma part, d’emprunter le chemin de l’apophatisme, c’est-à-dire d’une approche par la négative essayant au moins de dire ce que Dieu n’est pas, faute de pouvoir dire ce qu’il est ! Nous ne croyons pas en trois dieux… Nous ne prions pas trois dieux… Nous ne croyons pas en un Dieu refermé sur lui-même…

Nous ne croyons pas en trois dieux !

Cela vous paraît peut-être évident, mais c’est loin de l’être à mon sens. D’une part, pour les non-chrétiens, qui entendent parler de notre foi de loin, notre monothéisme reste à prouver. Pour un certain nombre de musulmans (mais pas tous) les chrétiens sont assimilés aux associateurs, c’est-à-dire aux polythéistes… « Ô gens du Livre (Chrétiens), n’exagérez pas dans votre religion, et ne dites d’Allah que la vérité. Le Messie Jésus, fils de Marie, n’est qu’un Messager d’Allah, Sa parole qu’Il envoya à Marie, et un souffle (de vie) venant de Lui. Croyez donc en Allah et en Ses messagers. Et ne dites pas « Trois ». Cessez ! Ce sera meilleur pour vous. Allah n’est qu’un Dieu unique. Il est trop glorieux pour avoir un enfant. » (Coran 4,171)

D’autre part, au sein de l’Église elle-même, à travers certaines dévotions et certaines prières, des chrétiens semblent diviser Dieu en s’adressant trop exclusivement au Père, au Fils ou à l’Esprit. Par exemple certains groupes parlent de « Messes du Saint Esprit », la messe habituelle étant qualifiée de « Messe du Fils » et pour que le troisième ne soit pas en reste il faut organiser des « Messes du Père ». Nous avons aussi cette pratique de prier le Père ou de prier le Fils ou encore de prier l’Esprit Saint, comme si l’on s’adressait à trois entités séparées… Dans la liturgie, au contraire, toutes les oraisons sont normalement trinitaires, adressée au Père, par le Fils dans l’Esprit. Bien sûr quand Jésus se déplaçait sur les routes de Palestine, on s’adressait à lui, mais il était toujours, sans que ses interlocuteurs en aient conscience, pleinement uni au Père par l’Esprit : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14,8), « Toi, Père, tu es en moi et moi en toi.» (Jn 17,21), « Celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu, car Dieu lui donne l’Esprit sans compter. » (Jn 3, 34) Il est donc certainement légitime de s’adresser à l’une des personnes de la Trinité mais en cultivant la conscience que chacun n’est qu’une manifestation du Dieu unique, et en ne laissant jamais croire que nous croyons en trois dieux et que l’on pourait s’adresser à l’un plutôt qu’à l’autre suivant ce que l’on voudrait obtenir. Nous ne prions donc pas trois dieux…

Nous ne croyons pas en un Dieu refermé sur lui-même.

Un autre aspect de notre foi au Dieu Trinitaire, c’est que Dieu n’est pas une entité autosuffisante qui éventuellement s’intéresserait à ce qui se passe autour d’elle. Mais Dieu est en lui-même relation, communion dans la différence et donc amour. Il ne peut se contenter de vivre sur lui-même ou d’être indifférent à sa Création car en son être même il est ouverture à l’autre : Père car ayant un Fils, Fils car ayant un Père, Esprit car l’Amour du Père et du Fils est source de vie… Les religions juive ou musulmane, par peur du polythéisme, sont évidemment réticentes à parler de cette fracture en Dieu, de Père, de Fils, et pourtant beaucoup de leurs traditions mystiques ont cherché à dire comment l’être humain peut participer à la vie divine, ou encore comment le divin peut agir dans l’humanité. D’où, dans la cabale juive les dix entités appelées sefirôt qui sont les dix aspects de la divinité, ses modes d’action, de perception ou de réaction par rapport à ce qui ce produit ici-bas (la plus connue et la plus proche de nous étant la chekinah, la lumière entourant l’arche d’alliance ou le Christ à la Transfiguration)… Dans l’Islam aussi, à travers le soufisme et à partir d’Ibn Arabi notamment, on affirmera que notre monde d’ici-bas n’est que le reflet manifesté de la Seule Existence divine et que l’esprit humain est une émanation de l’Essence incréée. Bref, le Dieu unique de l’Islam, du point de vue de certaines traditions soufies, n’a rien d’une entité refermée sur elle-même car toute la Création participe, émane du divin. Notre foi en un Dieu Trinitaire n’est donc pas si étrangère que cela aux autres religions monothéistes lorsqu’elles réfléchissent à la façon dans le créé, l’humain et le divin interagissent.

On pourrait dire beaucoup d’autres choses sur notre foi en la Très Sainte Trinité,

Mais encore faut-il assurer le minimum :

Nous ne croyons pas en trois dieux…

Nous ne prions pas trois dieux…

Nous ne croyons pas en un Dieu refermé sur lui-même !

Quel mystère et quel chance !

 

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