Ah oui ?

24 avril 2011, Dimanche de Pâques A, Jn 9, 1-9 /

Christ est ressuscité ! « Ah oui ? Vous avez des preuves ? »… Christ est ressuscité ! «  Ah oui ? Mais je ne connais pas ce gars-là… »… Christ est ressuscité ! « Ah oui ? Et qu’est-ce que cela change ? »… Scepticisme, indifférence, condescendance : des réactions biens courantes chez nos contemporains !… Rien de nouveau sous le soleil, c’était déjà le cas du temps des premiers chrétiens « Lorsque les Athéniens entendirent Paul parler de résurrection des morts, les uns se moquèrent, et les autres dirent : Nous t’entendrons là-dessus une autre fois. » (Ac 17,32) Alors comment annoncer cette résurrection du Christ qui, pour nous chrétiens, est le pivot de l’histoire de l’humanité ? Le texte de ce matin de Pâques peut peut-être nous éclairer…

« Ah oui ? Vous avez des preuves ? »

Un tombeau vide, des bandelettes, un linceul, c’est un peu léger comme preuves… Marie Madeleine se fait d’ailleurs porte-parole d’une explication bien simple : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. » Simon-Pierre semble rester interrogateur : « Il regarde… ». Heureusement, l’évangéliste nous rapporte que le disciple que Jésus aimait  « vit et crut ». Certes, le récit tente d’expliquer que les linges qui entouraient le corps semblent s’être affaissés de l’intérieur, ils sont « en place » et donc que le corps n’a pas été enlevé, sans quoi les bandelettes seraient parties avec… Mais tout cela est bien ténu… Disons-le clairement, ce ne sont pas des preuves mais des indices, des signes à interpréter. Les autres récits sont ceux qui nous rapportent les rencontres du Ressuscité avec plusieurs de ses disciples, mais il n’est apparu ni à Pilate, ni aux autorités juives… Et d’ailleurs que valent ces récits de disciples ? Pas grand-chose… Et pourtant si, tout de même, il y a une historicité incontestable, un événement inouï et mesurable : des centaines et bientôt des milliers de disciples vont se mettre en route sur la base de cette foi en la Résurrection du Christ ! Nombre d’entre eux vont donner leur vie par fidélité à cette foi. Une Église va naître et, quelques années plus tard, le christianisme va changer la face du monde. L’unique « preuve » de la Résurrection du Christ, ce sont ces vies bouleversées par la foi en celle-ci, hier, comme aujourd’hui ! S’il y avait eu des preuves indiscutables, l’adhésion libre au Christ, c’est-à-dire la foi, aurait été impossible ! La seule « preuve » que je peux apporter de la résurrection du Christ, c’est mon propre témoignage d’une vie bouleversée par la rencontre du Ressuscité, à la suite de tous les témoins qui m’ont précédé.

« Ah oui ? Mais je ne connais pas ce gars-là »

Jésus de Nazareth n’est pas venu sur terre incognito pour mourir et ressusciter… Sans quoi, effectivement, sa résurrection ne nous aurait pas concernés. Il a d’abord vécu, aimé, tissé des liens, enseigné, guéri, mis en route des amis, des disciples… Et, cela me frappe toujours, c’est uniquement à ses amis qu’il va apparaître après sa résurrection et, ainsi, restaurer des relations nouées de son vivant et, certainement aussi, parce que seuls ses disciples pouvaient donner sens à cette rencontre. (Le cas de Paul est à part, mais Paul sera aveuglé par sa rencontre, il aura besoin des disciples de Jésus pour sortir de son aveuglement.) Jésus ressuscité n’apparaîtra pas au sommet du Golgotha avec tambours et trompettes, comme une preuve évidente manifestée à la face du monde. Dans notre récit, on nous précise que c’est celui qui avait la relation la plus forte avec Jésus (le disciple que Jésus aimait) qui comprendra le plus vite, et adhérera tout de suite au Christ ressuscité. Ces précisions scripturaires ne sont pas anodines, elles nous indiquent la voie à suivre pour annoncer le Ressuscité. Il ne s’agit pas  de proclamer de but en blanc, de manière exaltée, « Christ est ressuscité ! » à qui ne le connaît pas, ou à qui le connaît mal, cela ne peut faire sens pour cette personne ! L’unique chemin à suivre est celui emprunté par le Christ lui-même, à savoir celui du compagnonnage sur la route de la vie, celui de la main secourable, celui d’une identité qui se dévoile petit à petit. Alors oui, si une relation vivante est nouée avec le Christ, sa résurrection prendra tout son sens, car cette relation ne sera pas détruite par la mort, il précédera la personne, l’attirera à lui, la fera participer à sa Résurrection… L’annonce consiste donc éminemment à susciter d’abord, chez quelqu’un, cette rencontre avec le Christ !

« Ah oui ? Et qu’est-ce que cela change ? »

Si le Christ est présent dans notre vie, sa résurrection change tout ! L’horizon de notre vie n’est plus uniquement terrestre, le mal et la mort n’ont pas le dernier mot ! Nos luttes, nos engagements ici-bas pour plus de fraternité, pour plus de justice, construisent le Corps du Ressuscité ! Notre monde prend sens, profondément, il chemine vers sa plénitude, et nous avons un rôle dans cette construction ! Alors oui, quelle joie que celle de la Résurrection du Christ ! Quelle joie de pouvoir choisir librement de croire au Ressuscité, sans preuves contraignantes ! Et quel désir de le faire rencontrer à d’autres !

Christ est ressuscité… ah oui ?

Ah Oui !

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2 réponses à Ah oui ?

  1. Christian et Daniela dit :

    Ça nous as particulièrement touché de t’entendre dire que ta rencontre avec le Christ a bouleversé ta vie. On n’a pas de difficulté à le croire car pour une personne aussi rationnelle que toi. Seul une rencontre bouleversante pouvait t’amener à prendre ce chemin, privé de certitudes tangibles.

    Christ est ressuscité… ah oui ?

    Ah Oui !

    Même Benoit le dit
    Joyeuses Paques

    Daniela et Christian

  2. De Québec (Canada), félicitations à Simon Grandgeorge (neveu du P. Benoît, a.a.), pour sa récente «Confirmation» marquant son engagement personnel dans la foi.
    On aime se souvenir de Simon comme ce petit garçon «serviable» placé à la table des quatre-vingts ans lors de l’accueil de la communauté protestante de Wildersbach des pèlerins du Montmartre de Québec (19 mai 2007).
    Un même défi envers la société attend cet adolescent d’aujourd’hui …
    Mes voeux les meilleurs ! Thérèse Lesage-Vézina

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