Accéder à son identité !

9 janvier 2011, Baptême du Seigneur, Mt 3,13-17 /

L’évangéliste Matthieu ne traîne pas en route. À peine sortis des récits relatifs à la naissance de Jésus, nous voici propulsés au début de sa vie publique avec cette scène du baptême de Jésus par Jean. Ce silence de l’évangile, avec à peine quelques versets supplémentaires chez Luc, recouvre tout de même environ trente années d’une vie qui n’en connu que trente-trois… Pourquoi ces longues années ? Ne serait-ce pas le temps qui fut nécessaire à Jésus pour accéder à son identité ?  Celle d’un homme pleinement homme, celle d’un Dieu vraiment Dieu, celle d’un Fils pleinement Fils ? Le passage de ce dimanche nous en donne, en tout cas, quelques indices…

Un homme pleinement homme…

Le premier geste public rapporté par l’évangile est des plus étonnants, non ? Pour aborder la vie du Fils de Dieu, ce n’est pas d’un miracle retentissant dont on nous parle, ni même d’une désignation évidente par son précurseur, mais d’un rite de purification pour les pécheurs… Cela augure mal de la sainteté du personnage ! Et pourtant, comment Jésus aurait-il pu sauver l’humanité, s’il n’était pas allé la rejoindre jusqu’au plus bas de son éloignement de Dieu ? Saint Paul nous dit cela avec des mots très forts : « Celui qui n’avait pas connu le péché, Dieu l’a, pour nous, identifié au péché, afin que par lui nous devenions justice de Dieu. » (2 Co 5,21) Ce premier geste publique de Jésus est donc exactement du même ordre que celui de sa mort en croix. Jésus, en acceptant le baptême de Jean, s’identifie aux pécheurs, au risque de la dérision et de l’incompréhension, comme ce sera le cas au Golgotha, afin de pouvoir les sauver. Ne fallait-il pas alors, en effet, une trentaine d’années pour que l’itinéraire de son l’Incarnation le conduise jusque là ? Ne fallait-il pas une trentaine d’années pour accéder à cette identité mystérieuse d’un être capable de s’approcher du péché, sans se laisser engloutir par lui ? N’est-ce pas cela notre condition humaine et chrétienne ? Non pas des purs, non pas des parfaits, mais des pécheurs, qui savent être proches de leurs frères et sœurs, également pécheurs, mais qui, grâce au Christ, peuvent ne plus se laisser engloutir par le péché ?

Un Dieu vraiment Dieu…

Deuxième interrogation, au seuil de la vie publique de Jésus : comment incarner son identité de Messie, comment être Sauveur ? À la manière des poèmes du serviteur souffrant d’Isaïe ou à la manière des chants de victoires militaires des psaumes royaux ? Dès la scène du baptême, la question se pose : « Comment pourrait-il prétendre être le Messie, celui qui débute sa vie publique en se soumettant à un baptême de conversion ? » Jean, lui-même, ne sait trop quoi penser : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » (Mt 4,14) Dès le départ, donc, Jésus enseigne que sa messianité, que son identité ne correspondent pas aux attentes du judaïsme de l’époque. Et, tout au long de sa vie publique, il révélera, par ses paroles, par ses gestes, par sa proximité avec les pécheurs, par son acceptation d’une mort en croix, par son amour jusqu’au bout, le vrai visage de Dieu ! Aussi, ne faut-il pas minimiser le combat intérieur de Jésus de Nazareth pour se maintenir, en toute situation, du côté de la fragilité de l’amour et non du côté d’une puissance écrasante. Le récit des tentations qui suit immédiatement notre passage explicite dramatiquement ce combat intérieur. Ne fallait-il pas trente années pour se préparer à ce combat, pour accéder à cette identité mystérieuse d’un être animé de la puissance de Dieu mais capable de maîtriser cette puissance au service de l’amour ? L’homme moderne, fier de sa puissance technologique, se laissera-t-il interpeller par l’identité mystérieuse de cet homme ?

Un Fils pleinement Fils…

Troisième surprise de ce texte, la manifestation du Père et de l’Esprit n’intervient qu’après le baptême, autrement dit après les trente années de silence depuis la naissance de Jésus… N’y a-t-il pas là l’indication de l’infini respect de Dieu envers la liberté de chaque être, y compris de son Fils ? En effet, ce n’est qu’après que Jésus a choisi librement d’entrer en mission, par un geste équivoque et pourtant nécessaire, que Dieu se manifeste pour le confirmer dans son choix et dans son identité : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. » (Mt 3,17) Ici aussi se prépare le choix ultime du jardin de Gethsémani, où le Père brillera par son silence, laissant le Fils à son entière liberté d’aller jusqu’au bout du don de lui-même, la confirmation divine n’interviendra qu’au matin de Pâques ! Que cette liberté d’être Fils et non esclave est exigeante ! Ne fallait-il pas trente années pour accéder à cette identité mystérieuse d’un Fils bien-aimé et pour cela, seul, face à ses choix ? Or, chacun d’entre-nous est enfant bien-aimé du Père, et donc éminemment libre de ses choix…

Cela prit trente années à Jésus de Nazareth pour accéder à son identité…

Combien de temps nous faudra-t-il, éclairés par l’Évangile ?

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Une réponse à Accéder à son identité !

  1. Accéder à son identité !
    Tout vient avec le temps — de notre capacité à accéder à la joie et à la paix promises aux « pèlerins » de bonne volonté … :
    — « .. se donner les moyens de se maintenir du côté de l’essentiel et non pas du
    superficiel …
    — en puisant sans cesses aux sources de la joie : se savoir aimé de Dieu …etc. »
    À relire la méditation de dimanche 9 janvier 2011 de frère Benoït.

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