La Prière du cœur…

Christ Pantocrator

Christ Pantocrator

25 octobre 2015, 30ème dimanche, année B, Mc 10,46b-52 /

Un cri, dans le brouhaha de la foule retentit : « Jésus, fils de David, prends pitié de moi ! » (Mc 10,47) et l’aveugle Bartimée d’insister : « Fils de David, prends pitié de moi ! » (Mc 10,48)… Ce cri, cette prière toute simple, rejoint d’autres cris de l’Évangile… Celui du publicain dans le Temple de Jérusalem : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis. » (Lc 18,10) ; le cri de Pierre qui s’enfonce dans l’eau : « Seigneur, sauve-moi ! » (Mt 14,30). Dans tous ces cas, remarquons-le, la prière sera exhaussée ! Cette prière toute simple avec ses variantes aura un grand succès dans les Églises de tradition orientale, c’est ce qu’on appelle « la Prière du cœur » ou « la Prière de Jésus » : « Seigneur, prends-pitié de moi ! » ou « Kyrie eleison » ou « Seigneur fais-nous miséricorde » ou une version plus développée : « Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur. » ou encore celle-ci que je préfère : « Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, prends pitié de nous, pécheurs. » La Prière de Jésus est un des plus importants éléments de la spiritualité orthodoxe ; elle peut être considérée comme la « perle précieuse » de la spiritualité orthodoxe. C’est une prière toute simple, c’est une prière complète, c’est une prière à essayer…

Une prière toute simple…

La forme extérieure de la Prière est très simple : elle consiste à invoquer aussi fréquemment que possible le saint Nom de Jésus en une formule toute simple, celle qui nous convient le mieux[1]. Une des formes de cette prière consiste à répéter simplement « Jésus », mais la formule la plus répandue en orient est « Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur. » L’intérêt spirituel de cette pratique consiste en « la descente de l’intelligence dans le cœur » : ce que je comprends avec mon intelligence, je le saisis, je l’accepte et je l’embrasse avec tout mon être, avec mon cœur, dont le cœur physique est le symbole. C’est ainsi que la prière devient véritablement la « Prière du cœur ». Elle peut donc nous accompagner dans toutes nos activités et ainsi être prononcée intérieurement en permanence, sans interruption, afin de répondre à l’exhortation de St Paul de « prier sans cesse » (1Th 5,17). Cette prière devient perpétuelle, si bien que même la nuit, selon une expression du Cantique des cantiques que les moines orthodoxes prennent comme devise : « Mon corps dort mais mon cœur veille » (Ct 5,2). En orient on a l’habitude d’utiliser un chapelet de laine pour aider au rythme de la répétition. C’est d’ailleurs ce chapelet qui est à l’origine du chapelet musulman servant à égrainer le nom de Dieu. On peut aussi bien l’utiliser dans un temps de méditation silencieux que dans un temps de travail où nos mains sont occupées à autre chose. Bien sûr c’est une formule pleine de richesse spirituelle, nous allons le voir, mais la pratique consiste plutôt à ne pas se focaliser sur les mots, mais à diriger notre esprit vers le Sauveur, grâce à ces mots porteurs. Il s’agit de les répéter de moins en moins avec l’intellect mais de plus en plus avec le cœur.

Une prière complète…

« Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur. » Regardons chaque terme. « Seigneur ! » : rien que ce mot est plein de richesse, en le proclamant nous reconnaissons Jésus comme le Seigneur de notre vie, celui dont nous voulons faire la volonté à chaque instant, car nous savons qu’il nous aime et veut pour nous le meilleur. « Jésus Christ » : nous confessons ici l’incarnation du Verbe de Dieu en Jésus, le nom que lui donnèrent Marie et Joseph et, en le nommant Christ, nous confessons sa Divinité, sa Transfiguration, sa Résurrection. Il est l’oint de Dieu (c’est ce que signifie christ). Quand nous disons que Jésus est le Christ, nous confessons qu’il est le Messie attendu, le Sauveur, le Rédempteur de l’humanité… « Fils de Dieu » : cette prière est aussi trinitaire, car le Fils fait référence au Père et leur amour mutuel c’est l’Esprit Saint. En priant le nom de Jésus Christ, Fils de Dieu, nous rendons grâce pour la Sainte Trinité qui a pris chair en Jésus de Nazareth pour assumer et exalter notre humanité… « Aie pitié de moi, pécheur. » : cette formule confesse à la fois la miséricorde de Dieu et notre incapacité à avoir une vie belle et bonne, ici-bas, sans le secours de la grâce de Dieu. Pour échapper à la connotation un peu dévalorisante du mot pitié, plusieurs préfèrent traduire cette fin de phrase par « fais-nous miséricorde. » Cela a aussi l’avantage d’élargir notre prière vers une dimension plus communautaire. Ce ne sont là que quelques exemples des aspects de notre foi contenus dans cette prière.

Une prière à essayer

« Avant de prononcer le nom de Jésus, il faut d’abord essayer de se mettre soi-même en état de paix et de recueillement, puis implorer l’aide du Saint-Esprit par lequel seul on peut dire que Jésus est le Seigneur (1 Co 11,3). Tout autre préliminaire est superflu. De même que, pour nager, il faut se jeter à l’eau, ainsi faut-il tout d’un coup se jeter dans le nom de Jésus. Ce nom ayant été prononcé une première fois avec une adoration aimante, il n’y a qu’à s’y attacher, à y adhérer, à le répéter lentement, doucement, tranquillement. »1

L’aveugle Bartimée a su reconnaître en Jésus le Messie, le Fils de David et crier vers lui son besoin, s’aurons-nous, nous aussi crier vers Jésus pour le confesser comme Seigneur de notre vie et recevoir de lui tout ce dont nous avons besoin pour vivre ? La ‘Prière du cœur’ peut nous y aider :

Une prière tout simple…

Une prière complète…

Une prière à essayer…

[1] Pour aller plus loin voir : http://www.pagesorthodoxes.net/coeur/coeur-c.htm dont je me suis largement inspiré.

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2 réponses à La Prière du cœur…

  1. Daniela et Christian Sacy dit :

    Merci de nous rappeler de cette prière, Père Christian l’aimait aussi beaucoup et nous en parlait de temps en temps.

  2. Daniel LeBlanc dit :

    Je suis maintenant un homme plutôt âgé et je ne me souviens malheureusement plus où j’ai trouvé cette perle nommé La prière du cœur. Un moine de Rawdon au Québec m’avait remis un chapelet orthodoxe sur lequel je récite encore cette belle prière. La formulation que j’emploie me plaît beaucoup à cause des rimes qui s’y trouve:
    « Jésus, fils de Dieu, Sauveur,
    Aie pitié de moi pécheur. »
    Merci de m’avoir lu et que Dieu vous protège!

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