Sortir du pays de la dissemblance…

22ème dimanche, année B, Mc 7,1…23 /

Finalement, qu’est-ce qui est en question dans la controverse, sur le pur et l’impur, que rapporte la page d’évangile de ce dimanche ? L’impureté, dans la tradition de l’Ancien Testament, c’est ce qui empêche de s’approcher de Dieu… La question est donc : qu’est-ce qui m’empêche de m’approcher de Dieu, de lui ressembler ? Une impureté rituelle et extérieure ou le péché qui habite mon cœur ? Une fois de plus, il en va d’abord de notre connaissance ou méconnaissance de Dieu : «  Il est inutile le culte qu’ils me rendent ! » (Is 29,13) Libérons-nous de nos fausses images de Dieu… de nos fausses images de l’autre… de nos fausses images de nous-mêmes. Pour sortir du pays de la dissemblance (comme le dit saint Augustin),  et entrer dans celui de la ressemblance… à Dieu !

Libérons-nous de nos fausses images de Dieu !

La première fausse image, dans ces questions de pureté et d’impureté, réside dans la supposition que Dieu aurait besoin que nous soyons purs pour s’approcher de nous. Or, l’Incarnation du Verbe, la vie de Jésus sur les routes de Palestine, témoignent au contraire que Dieu n’a aucune difficulté à s’approcher  de tous : des étrangers, des lépreux, des pécheurs, des pharisiens, d’une humanité pécheresse… Le problème n’est donc pas du coté de Dieu mais du nôtre. Par conséquent, rien de ce qui vient de la Création, et donc indirectement de Dieu, ne peut nous empêcher de nous approcher de lui : la nourriture, la saleté, le sang… Mais c’est uniquement ce qui vient du cœur de l’homme, ce qui nous entraine dans la région de la dissemblance qui peut entraver notre accueil de la vie de Dieu. Dieu vient sans cesse à notre recherche, mais nous pouvons choisir de nous cacher loin de sa face : « Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui dit : ‘Où es-tu donc ?’ L’homme répondit : ‘Je t’ai entendu dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché’. » (Gn 3, 9-10) Sommes-nous convaincus que Dieu veut sans cesse nous rejoindre, et s’approcher de nous, même au sein de toutes nos impuretés ?

Libérons-nous de nos fausses images de l’autre !

La seconde fausse image, dans cette question du pur et de l’impur, se tient du côté de l’élection, de la mise à part (pharisien signifie « séparé »). Toute la vie du Judaïsme de l’Ancien Testament est organisée en ronds concentriques, du plus pur au moins pur,  à partir du Saint des Saints, dans le Temple de Jérusalem : le grand prêtre (qui s’approche du Saint des Saints au Yom Kipour), les Lévites (mis à part pour le culte de Dieu),  les hommes puis les femmes du peuple élu et, enfin, les gentils, les païens ; il suffit de penser aux différents lieux et parvis du Temple réservés à chaque catégorie. Dans cette logique, celui qui appartient à une catégorie pure doit se préserver de tout contact, ou se purifier lorsqu’il entre en contact avec une catégorie moins pure. C’est ce qui est évoqué par les pharisiens avec l’aspersion nécessaire au retour du marché. Peut-être pensons-nous être sortis depuis longtemps de ces catégories archaïques, mais est-ce si sûr ? Ne cherchons-nous pas à nous préserver de l’étranger, du sorti de prison, du sidéen, de la personne handicapée, du Rom, de l’adepte d’une autre religion … bref de celui qui est différent de soi ? Rentrer en contact avec quelqu’un de différent va-t-il me rendre moins pur ? Mais de quelle pureté parle-t-on ici ? Notre avenir dépend-il d’un repli identitaire ou d’une humanité toujours plus universelle ? Celui qui est particulièrement différent de moi, n’est-il pas au contraire une chance offerte pour entrer plus avant dans la ressemblance au Christ à laquelle nous sommes appelés ?

Libérons-nous de nos fausses images de nous-mêmes !

La dernière fausse image, me semble-t-il, dans cette question du pur et de l’impur, c’est l’hypocrisie, ou si vous trouvez le mot trop fort, l’incohérence, entre l’image que nous avons de nous-mêmes et ce que nous vivons réellement. Pour pouvoir progresser sur le chemin de l’Évangile, il nous faut d’abord regarder nos vies avec le regard que Dieu pose sur elles. Peut-être que dans certains domaines nous nous déprécions à tort, alors que dans d’autres nous nous croyons, indûment, justes. Seul le regard d’amour, que le Christ a posé sur tous les pécheurs rencontrés, peut nous permettre à la fois de nous relever, de retrouver confiance et d’être plus lucide sur notre propre vie. La page d’évangile de ce dimanche évoque douze intentions perverses, universelles pourrait-on dire, qui sortent du cœur de l’homme… Ne sommes-nous pas taraudés par l’une ou l’autre d’entre elles ? « Inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil, démesure. » (Mc 7,21-22) Le reconnaître, devant le regard d’amour de Dieu, ne va pas nous accabler mais nous permettre de nous en libérer pour avancer vers Dieu ; de purifier notre cœur de ce qui le maintient dans le pays de la dissemblance…

Qu’est-ce que la véritable pureté ?

L’image du sacré que nous projetons en Dieu ?

Ou ce qui nous permet de passer du pays de la dissemblance à celui de la ressemblance ?

Ce contenu a été publié dans Accueil. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

1 réponse à Sortir du pays de la dissemblance…

  1. Comme suite à la lecture du blogue, j’ai apprécié la possibilité de poursuivre avec le journal La Croix en regard du décès du cardinal jésuite Carlo Maria Martini.
    De la parole et de l’écoute de ce penseur, je retiens entre autres :

    « Courage ! […] Davantage de courage, c’est ce que je
    souhaite à nous tous dans l’Église. »

Répondre à Thérèse L.-Vézina Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *