Soigner le cœur de l’homme !

netilat-yadaim30 août 2015, 22ème dimanche, année B, Mc 7, 1…23 /

« Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. » (Mc 7,15) La réponse de Jésus à la controverse sur le lavage des mains avant les repas est bien plus profonde qu’on ne le pense à première lecture. Bien sûr le Seigneur précise d’abord que ce ne sont pas les aliments ou les contacts avec telle catégorie de personnes qui rendent impurs, mais bien plutôt ce qui vient du cœur de l’homme, ses intentions, ses pensées. Cela nous paraît évident dans notre culture chrétienne, mais cette évidence est loin d’être partagée par tous ceux qui sont, encore aujourd’hui, attachés à des pratiques cultuelles alimentaires, des règles vestimentaires censées protéger de l’impudicité ou qui refusent des contacts physiques anodins, même médicaux, avec des personnes de l’autre sexe… Mais la réponse de Jésus va plus loin, me semble-t-il, c’est-à-dire si les « vices » viennent du cœur de l’homme, cela signifie que nul n’est perdu ou impur une fois pour toutes, mais que son cœur est à soigner ! C’est bien ce qu’il fera dans ses rencontres avec les abimés de la vie ! D’où ces questions : Qui est pur ? Dans quel but cultiver la pureté ? Comment se libérer de l’impureté ?

Qui est pur ?

La question du lavage des mains n’est pas d’abord une question d’hygiène, dans le débat qui nous est relaté… Dans la logique du judaïsme ancien, la pratique trouve son explication dans la mise à part du peuple élu qui doit se garder pur pour que le Très Saint puisse demeurer au milieu de son peuple. Les pharisiens, justement, prétendent incarner cette mise à part puisque pharisien signifie « séparé »… Voilà pourquoi, de retour du marché, ils doivent faire de grandes ablutions pour se purifier des contacts avec les pécheurs et les païens (commerçants et occupants romains), avec les animaux morts ou impurs et avec tous les objets ayant pu transmettre cette impureté (lavage de coupes, de carafes, de plats etc.) Or, Jésus, en libérant ses disciples de ces pratiques, laisse entendre qu’il n’y a plus de catégories de personnes, d’animaux, d’aliments ou d’objets qui soient pures ou impures. On peut donc entrer en contact avec toute personne et avec tous les éléments de la Création qui sont bons en eux-mêmes ; ce dont il faut se méfier c’est de notre cœur, de notre regard, de nos pensées qui peuvent pervertir nos relations aux autres humains, aux autres créatures, aux biens mis à notre disposition. Ne nous trompons donc pas de pureté !

Dans quel but cultiver la pureté ?

Cette critique d’une religiosité qui scinderait l’humanité en deux, purs et impurs, est fondamentale ! Les premiers chrétiens ont pris du temps pour sortir de cette logique (pensons au baptême de Corneille par Pierre par exemple)… Mais le judaïsme est lui aussi traversé par ce débat depuis des siècles : faut-il cultiver la mise à part ou comprendre l’élection comme une mission au service de toute l’humanité ? Cela donne aujourd’hui des tendances très diverses au sein du judaïsme. En d’autres termes, faut-il se préserver des autres et de toute impureté pour obtenir le salut, ou faut-il cultiver une pureté de cœur, un comportement exemplaire, une éthique exigeante pour servir de phare à l’humanité et permettre à tous d’accéder au salut : « Je fais de toi la lumière des nations  pour que mon salut atteigne aux extrémités de la   terre. » (Is 49,6) C’est bien de cela dont parle l’Église lorsqu’elle se prétend « experte en humanité » selon les mots de Paul VI (cf. Populorum Progressio n°13), ou lorsqu’elle veut apporter sa voix aux grandes questions de notre temps, comme s’y emploie, par exemple, notre pape François dans sa dernière encyclique « sur la sauvegarde de la maison commune » !

Comment se libérer de l’impureté ?

Convenez avec moi que, face à la liste des douze vices, sources d’impureté, dénoncés par Jésus, le lavage des mains paraît bien ridicule pour s’en libérer. Et bien plus, ne s’apparenterait-il pas au lavage des mains de Pilate ? Ayant rempli les prescriptions cultuelles extérieures, nous n’aurions plus à nous soucier du reste… Cette liste, qui pourrait nous accabler, me semble au contraire source d’espérance : les maux qui nous guettent ne nous tombent pas dessus par hasard, par destin ou en raison de notre naissance dans telle ou telle famille, dans tel ou tel peuple, dans telle ou telle religion. Ces maux viennent du cœur de l’homme, il suffit donc de guérir ce cœur blessé pour lui permettre de se libérer de ces sources d’impureté. Du coup, il n’y a plus de débauché, de voleur, de meurtrier, d’adultère, etc. en soi, comme si leur vice disait toute leur identité, mais des hommes au cœur blessé : par leur histoire, par le contexte dans lesquels ils ont évolué, par les épreuves qui les ont abimés, etc. Des hommes qui ne savent pas, ou ne savent plus, aimer, respecter l’autre et ses biens, être fidèle, etc. Prendre soin du cœur de l’homme, voilà la solution : n’est-ce pas ce que Jésus fait avec la Samaritaine, avec Zachée le publicain, avec la femme adultère, avec les possédés, etc. Oui, la mission de tous les disciples du Christ consiste à prendre soin du cœur de l’homme, avec les ressources de nos sciences humaines, mais aussi avec la force de la miséricorde, de la compassion et de la grâce de Dieu.

Ne nous trompons donc pas de religiosité :

Il ne s’agit pas de se garder pur par des ablutions ou par d’autres rites…

Il ne s’agit pas de se séparer des « impurs », des méchants, des vicieux…

Mais, de purifier notre cœur…

D’indiquer à tous le chemin d’une vie bonne et belle…

Et, surtout, de soigner le cœur de l’homme abimé par la vie !

 

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