Quel Roi ! ?

20 novembre 2011, Fête du Christ, Roi de l’univers, année A, Mt 25,31-46 /

Drôle de choix de lectures pour fêter le Christ, roi de l’univers ! La première lecture et le psaume évoquent le Bon Berger, ce qui indique déjà toute une façon de concevoir la royauté ! Mais l’Évangile évoque les affamés, les assoiffés, les étrangers, les dénudés, les malades et les prisonniers… N’y-a-t-il pas erreur de « casting » ? Heureusement Paul sauve la mise en parlant de « pouvoir royal » du Christ qui « mettra sous ses pieds tous ses ennemis. » (cf. 1 Co 15,24-25) Méfions-nous, encore une fois, d’un vocabulaire qui nous est trop familier : de quelle royauté parlons-nous ? Le roi des pauvres… Le roi de tous les pauvres… Le roi des pauvres mortels…

Le roi des pauvres !

« Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! […] Ce que vous n’avez pas fait à l’un de ces petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait. » (Mt 25, 40.45) Quand je parle de roi des pauvres, je ne veux pas dire que Jésus Christ ne règne que sur les pauvres, mais qu’il est le premier d’entre eux, ou, plus exactement, qu’il s’identifie à chacun d’entre eux. Le service du Christ Roi est clair, il ne se joue que dans le service de l’affamé, de l’assoiffé, de l’étranger, du dénudé, du malade, du prisonnier et on pourrait allonger la liste…, mais celle-ci demeure terriblement d’actualité, quand on pense qu’elle fut proclamée il y a 2000 ans !  Pendant longtemps j’ai eu un peu de mal à admettre que l’on aide « les pauvres » car l’on verrait en eux le Christ ! Cela résonnait en moi plutôt comme une « instrumentalisation  des pauvres » pour obtenir son salut, pour gagner son ciel… Mais tous ceux qui sont engagés dans quelque proximité que ce soit auprès des infortunés d’aujourd’hui, ont nécessairement fait l’expérience de rencontres éminemment humaines, bouleversantes, réelles, réciproques d’ailleurs – car on reçoit beaucoup –  qui n’ont rien à voir avec de la condescendance, de la pitié ou du calcul spirituel. Donc, d’une certaine manière, que l’on voit ou non, dans « un pauvre », la figure du Christ n’est pas le problème… L’évangile est clair sur ce point, on peut être tout à fait inconscient du lien entre le pauvre et le Christ et être sauvé : « Quand est-ce que nous t’avons vu…? Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ? » ; Quelle que soit, donc, notre religion, nos étiquettes, nos motivations… Mais nous chrétiens savons que servir le pauvre, c’est servir le Roi des pauvres !

Le roi de tous les pauvres !

Le Christ, « Roi de l’univers » ! Je suis assez sensible à cette dimension cosmique de la royauté du Christ, en qui tout est créé, en qui tout existe,  et en qui tout est maintenu (cf. Col 1,15-20). Mais l’évangile de ce jour m’oblige aussi à une autre lecture de cette dimension universelle de la royauté du Christ ! Le caractère dramatique du tri qui s’opère, en fonction du service de nos frères les plus pauvres, laisse entendre qu’on ne peut participer à la plénitude du bonheur de Dieu tant qu’un être humain souffre sur Terre. L’identification du Christ avec l’humanité entière, et avec chaque être humain en particulier, voilà éminemment où se situe l’universalité de la royauté du Christ ! Alors, si nous voulons vivre de la vie du Christ, nous devons avancer vers cette même universalité, vers une fraternité universelle, sans jamais nous croire arrivés au bout du chemin de l’ouverture à l’autre : « Ce que vous n’avez pas fait à l’un de ces petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait.. » Oui, la fête du Christ Roi, renvoie à la fin des temps – c’est le dernier dimanche de l’année liturgique – car cette royauté universelle, cette joie définitive à laquelle nous sommes invités, ne pourra vraiment se réaliser que dans la Royaume de Dieu : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes. […] ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé. » (Ap 21,3-4) Sommes-nous tendus, comme Dieu, vers cette joie en plénitude pour chaque humain, puisque notre roi est le roi de tous les pauvres ?

Le roi des pauvres mortels…

Encore une autre dimension de cette royauté universelle que j’aimerais souligner, grâce à saint Paul. Certes celui-ci nous parle d’un roi vainqueur de ses ennemis, mais il précise : « le dernier ennemi qu’il détruira c’est la mort ! » (1 Co 15,26) Alors, au-delà du jugement terrible évoqué, sur la base de notre amour effectif ou non pour les pauvres, soyons assurés que nous ne sommes pas ou dans le camp des sauvés, ou dans le camp des réprouvés : parfois nous avons aidé le pauvre, et parfois nous sommes restés sourds à son appel… Nous avons chacun notre face de lumière et notre face de ténèbres… La mort voudrait nous entraîner de son côté, mais le Christ est vainqueur de la mort, et c’est lui, et non la mort, qui aura le dernier mot puisqu’il règne sur nos vies de pauvres mortels… Cela ne vous rassure-t-il pas ?

Quel roi !

Le roi des pauvres,

Le roi de tous les pauvres,

Le roi des pauvres mortels, que nous sommes !

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