Vivons sous l’emprise de l’Esprit !

6 juillet 2014, 14ème Dimanche année A, Mt 11,25-30/

« Vivez sous l’emprise de l’Esprit ! » : voilà, en résumé, ce que nous dit saint Paul tout au long de ses écrits, et particulièrement dans le passage de l’épitre aux Romains proposé à notre méditation ce dimanche. Cette clef de lecture éclaire tout l’Évangile et notamment le passage de ce dimanche. Il ne s’agit pas de se fier à nos sagesses et sciences humaines, mais de vivre sous l’emprise de l’Esprit, pour accéder à ce qui est « révélé aux tout-petits ». Il ne s’agit pas de vouloir découvrir Dieu par nos propres élucubrations, mais de se laisser enseigner par son Esprit car « personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. » Il ne s’agit pas de se mettre sous des jougs impossibles, mais de se mettre sous l’emprise de l’Esprit, « ce joug si facile à porter, et ce fardeau si léger » ! Que l’Esprit éclaire donc notre intelligence, façonne notre cœur, et préside à nos actions !

Que l’Esprit éclaire notre intelligence !

…Et tout d’abord notre intelligence des Écritures : attention, lorsque Paul parle de « vivre sous l’emprise de l’Esprit » et non « sous l’emprise de la chair », ne faisons pas de contresens ! Il ne parle pas ici d’une opposition entre deux composantes de l’être humain que seraient le corps et l’âme. « Ce que Paul appelle chair, ce n’est pas ce que nous appelons habituellement corps, ce que Paul appelle Esprit, ce n’est pas ce que nous appelons l’âme. »[1] « Vivre selon la chair », pour Paul, c’est vivre selon le péché, selon ce qui nous éloigne de Dieu. « Vivre selon l’Esprit », c’est vivre selon l’Esprit du Christ, l’Esprit de Dieu : « vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair, mais sous l’emprise de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. » (Rm 8,9) Ne voyons donc pas dans ces expressions un rejet du corps, mais l’invitation à vivre selon l’Esprit de Dieu qui habite en nous. Si nous sommes des êtres spirituels, nous ne nous fierons pas d’abord à notre intelligence, à notre sagesse, à nos études, mais à ce que nous révèle l’Esprit : « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. » (Mt 11, 25) Jésus ne nie pas la nécessité de l’intelligence, mais affirme que notre intelligence doit être éclairée. Il ne dit pas que les tout-petits sont inintelligents, bien au contraire, mais qu’ils ont reçu une « intelligence des choses » qui leur vient de Dieu, par révélation, et non de la sagesse humaine. Il suffit de penser à la petite Thérèse déclarée docteur de l’Église !

Que l’Esprit façonne notre cœur !

« Personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. » (Mt 11, 27) Pour avancer sur le chemin d’une vie spirituelle, il ne s’agit pas, non plus, d’attendre une révélation d’en haut « extra-ordinaire »… Le chemin, nous le connaissons, c’est Jésus Christ ! Il nous faut donc prendre les moyens de scruter sans cesse la Parole de Dieu, et particulièrement les évangiles, le lieu où le Fils nous révèle le Père, par ses paroles, par ses actes, par son être même, par sa mort et sa résurrection. Scruter sans cesse la Parole de Dieu, cela passe par la méditation, la prière, la Lectio Divina… Que faisons-nous de ces trésors ? La Lectio Divina est parfois entourée d’une certaine aura monastique qui la rendrait inaccessible au commun des chrétiens. Il n’en est rien, comme nous le rappelle Benoît XVI dans Verbum Domini au n° 87, cette riche tradition de méditation de l’Écriture est pour tous et se vit très simplement. Après avoir demandé l’aide de l’Esprit, la Lectio divina se déroule en quatre temps : 1- la lecture (lectio), que dit en soi le texte ?, sans projeter trop vite ma précompréhension du texte. 2- la méditation (meditatio) que me dit le texte ? 3- la prière (oratio) que disons-nous au Seigneur en réponse à sa Parole ? 4- la contemplation (contemplatio) pour voir le monde avec le regard de Dieu et se demander quelle conversion de l’esprit, du cœur et de la vie le Seigneur nous demande-t-il ? Voilà une méthode simple, et éprouvée par la tradition, pour permettre à l’Esprit d’éclairer notre cœur !

Que l’Esprit préside à nos actions !

« Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. » (Mt 11, 29) Quel est-il ce joug sinon celui de la loi d’amour que nous a laissée le Christ ? « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » (Jn 13,34) Nous ne pouvons prétendre vivre selon l’Esprit sans aimer et servir nos frères ! Les prophètes déjà nous l’affirmaient à plus forte raison les auteurs du Nouveau Testament ! Mais ne prenons pas ce commandement comme une exigence pénible, c’est au contraire un joug léger qui rend heureux, qui donne sens à notre vie, qui comble notre désir profond d’aimer et de se savoir aimé. Si notre intelligence est éclairée par l’Esprit, si notre cœur se laisse façonner par l’Esprit, alors notre agir ne pourra qu’être en cohérence avec l’Esprit de Dieu !

Qu’en pensez-vous ?

Vivre sous l’emprise de l’Esprit…

… n’est-ce pas la voie royale pour notre épanouissement ?

[1] Marie-Noëlle Thabut, L’intelligence des Écritures, édit. Soceval, tome 2, p 209

Ce contenu a été publié dans Commentaires de l'évangile dominical. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

1 réponse à Vivons sous l’emprise de l’Esprit !

  1. Thérèse L.-Vézina dit :

    Merci, Père Bigard, pour la traduction des métaphores de la Bible …

    Pablo Neruda ajouterait à ce merci : « La poésie n’appartient pas à ceux qui l’écrivent, mais à ceux qui en ont besoin. »
    TLV

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *