Semaine de prière pour l’unité des chrétiens…

Chaque année on s’y remet avec courage, mais parfois aussi avec un certain découragement, comment avancer vers une plus grande communion entre les Églises chrétiennes ?

Dans notre famille religieuse on essaie, depuis un siècle et demi, avec ténacité, d’inventer des passerelles entre les Églises chrétiennes … Que ce soit par le biais de nos établissements scolaires interconfessionnels de Turquie, de Bulgarie et d’ailleurs ; par la recherche théologique (les études byzantines, le groupe des Dombes, les études sur Luther, ou l’enseignement dans une université méthodiste américaine), mais aussi par notre présence continue dans des pays à majorité orthodoxe, protestante ou anglicane ou par notre proximité avec Taizé et d’autres lieux œcuméniques…

C’est dans cette droite ligne que nous venons d’inaugurer, contre vent et marée, le Centre  St Pierre-St André à Bucarest (Roumanie), un centre œcuménique bien sûr! Pour en savoir plus sur ce geste prophétique, voir l’article dans La-Croix : http://www.la-croix.com/a-Bucarest-l-incroyable-odyssee-d-un-Institut-sur-le-christi/article/2452450/4078

Reproduction de l’icône des deux frères, réalisée par M. et Mme Ioan Antonescu, bénie (par onction d’huile sainte) lors de l’inauguration, ce 17 janvier 2011, Copyright Centrul Sf. Petru si Andrei

La méditation de ce dimanche porte également sur le modèle d’unité auquel nous sommes invité : Une Église ou des Églises !

Bonne ténacité sur ce chemin vers l’unité !

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Une Église ou des Églises !

23 janvier 2011, 3ème dimanche A, Mt 4,12-23 /

Les deux péricopes proposées à notre méditation dans l’évangile de ce dimanche, rapprochent deux dimensions caractéristiques de la révélation chrétienne, son universalité et sa singularité ! D’une part, en effet, la citation d’Isaïe évoque les Nations, toutes appelées à accueillir la grande lumière du Verbe fait chair, d’autre part, l’appel de quelques pêcheurs sur les rives du lac de Génésareth marque la dimension locale et singulière de la vie de Jésus de Nazareth. Or, c’est bien en raison de son Incarnation singulière, dans un peuple, dans un lieu, dans une époque, dans une culture donnés que l’Homme-Dieu rejoint tout être humain, nécessairement lié à un peuple, à un lieu, à une époque, à une culture… Un Homme-Dieu au dessus de ces réalités, n’aurait pas adhéré à notre condition humaine. La façon dont l’universalité du christianisme se joue dans sa capacité à s’incarner dans des lieux, des époques, des cultures différentes, m’apparaît essentielle en cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens !

Des Églises apostoliques !

Vous verrez parfois l’Église représentée sous la forme d’un arbre avec des branches multiples, comme si d’un unique tronc, qui correspondrait au premier temps de l’Église, avaient émergé, au cours des siècles, les différents rameaux du christianisme. Cette image est assez éloignée de la réalité historique. En effet, dès le départ, nous n’avons pas une Église unique, un tronc unique, mais des Églises apostoliques, c’est-à-dire fondées par les apôtres. Qui plus est, le plus grand fondateur d’Églises, saint Paul, ne faisait pas partie des Douze et il se donnera à lui-même le nom d’Apôtre ! Si le Nouveau Testament témoigne des ordres de mission donnés aux apôtres, « Allez donc : de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28,19), aucun texte cependant, pas même parmi les écrits apocryphes, ne nous donne une liste complète des apôtres avec le champ missionnaire réservé à chacun d’eux. La tradition nous rapporte, par exemple, que la Perse et l’Inde furent évangélisées par Thomas, (dont se réclament donc les Églises Assyriennes, Malabares, Malankares, Syro-Malankares) ; l’Église Éthiopienne se réclame de Matthieu, l’Église Apostolique Arménienne de Jude (ou Thadée) et Barthélémy, l’Église Copte de Marc (qui n’était pas apôtre), Constantinople se rattache indirectement à André, considéré également comme l’évangélisateur de la Roumanie. L’Église de Jérusalem se réfère à deux Jacques, le mineur (apôtre) et le « frère du Seigneur ». Quant à Rome, bien sûr, ses pierres de fondation sont les apôtres Pierre et Paul… Voilà comment l’appel d’hommes singuliers –pêcheurs, collecteur d’impôt, zélote, disciples du Baptiste, chercheurs de Dieu…– engendrera des Églises singulières…

Des Églises en communion !

Tout de suite cependant, il faut ajouter que le Christ n’a pas appelé les apôtres pour les envoyer directement en mission, individuellement. Il les a rassemblés, les a invités à partager sa vie itinérante durant trois années et parfois à partir en mission deux par deux. On retrouve d’ailleurs ces groupes de missionnaires après la pentecôte : Philippe, Barthélémy et Jean prêchent ensemble à Hiérapolis ; Paul évangélise avec Marc et  Barnabé etc. Il ne s’agit pas de prêcher pour soi mais de prêcher l’Évangile de Jésus Christ, ce que rappelle Paul avec virulence dans la seconde lecture de ce dimanche : « Chacun de vous prend parti en disant : ‟Moi, j’appartiens à Paulˮ, ou bien : ‟J’appartiens à Apollosˮ, ou bien : ‟J’appartiens à Pierreˮ, ou bien : ‟J’appartiens au Christˮ. Le Christ est-il donc divisé ? Est-ce donc Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? » (1 Co 1,12-13) Dès le départ se pose donc la question de la communion entre des Églises locales singulières. Et dès les débuts de l’Église, des synodes, des conciles vont être nécessaires pour inventer l’unité. Il suffit de penser à l’assemblée de Jérusalem, où Paul vint poser la question des modalités d’accueil des pagano-chrétiens dans l’Église. Ces rencontres n’impliqueront jamais qu’un apôtre, ou qu’un de leurs successeurs ait un pouvoir de juridiction sur l’ensemble des Églises. Mais elles témoignent d’une communion qui s’est inventée dans le respect des singularités de chaque Église.

Des Églises tendues vers l’unité !

N’oublions pas, enfin, le but ultime de cette communion, il n’en va pas simplement de la crédibilité du témoignage chrétien –bien que le contre-témoignage de notre division soit un scandale– ; fondamentalement, il en va du salut de l’humanité, puisque le Christ est venu rassembler en lui tous les humains afin de les porter dans la communion trinitaire. L’unité vers laquelle nous sommes tendus, n’est autre que la Tri-unité du Père du Fils et de l’Esprit, trois personnes singulières et pourtant un seul Dieu. Cet horizon trinitaire eschatologique révèle le type d’unité-communion à construire entre les Églises, mais nous permet aussi de reprendre conscience que cette unité est au service de l’humanité entière en marche vers sa plénitude en Dieu, et de reconnaître qu’elle ne peut être qu’inachevée ici-bas !

Alors, pour une mission universelle réellement incarnée :

Une Église… ou des Églises ?

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Quelques découvertes !

Suite aux cours de cette semaine…

L’origine du péché, c’est la satiété !

Pour Origène, nous confiait le P. Michel Fédou, l’origine du péché c’est la satiété… Quelle piste intéressante ! Nous devisions, en effet, de la Trinité et Origène précisait que  si le Père donne à tous les êtres l’existence, le Christ, puisqu’il est logos rend certains êtres raisonnables quant à l’Esprit, il  sanctifie ceux qui se rendent disponibles à son action, notamment les baptisés… Ainsi l’action continuelle sur nous du Père, du Fils et du Saint Esprit nous rend, de degrés en degrés,  « digne de Dieu », capable de Dieu et Origène poursuit : « Cependant c’est à grand peine, si cela est possible, que nous pouvons envisager la vie sainte et bienheureuse dans laquelle, quand nous y sommes parvenus après beaucoup de luttes, nous devons rester sans être jamais saisi par la satiété de ce bien ; mais plus nous percevons de cette béatitude, plus le désir de la posséder s’étend et s’augmente en nous, dans la mesure où plus ardemment et avec plus de capacité nous recevons et possédons le Père, le Fils et l’Esprit Saint. » (Traité des principes, I,3,8)… Désir ou satiété, il en va bien de la vie et de la mort, non ?

Des moines mobiles !

Deux cours, sur l’histoire des religieux et sur la théologie de la vie religieuse, nous invitent à repenser l’identité propre de la vie religieuse et à renouveler notre vocabulaire. La Sr. Sylvie Robert nous faisait remarquer, avec plusieurs auteurs, que nous n’avons plus de nom ! En effet, le concile Vatican II, a rejeté, à juste titre, le vocabulaire de la perfection, employé par le passé pour qualifié la vie religieuse comme l’état de la vie parfaite. Mais quel vocabulaire employer ?

–          La vie religieuse ? Mais toute personne spirituelle a une vie religieuse…

–          La suite du Christ par les conseils évangéliques (pauvreté, chasteté, obéissance) ? Mais tout chrétien est appelé à vivre de ces conseils évangéliques…

–          La vie consacrée ? Mais tout baptisé est consacré à Dieu…

–          Une vie de perfection ? Mais tout disciple est invité à « être parfait comme le Père céleste est parfait »…

–          Une vie prophétique ? Elle ne semble pourtant guère être perçue comme telle !

De plus, le vocabulaire de « vie contemplative », ou « vie apostolique », ne convient plus, non plus, car une vie monastique non apostolique n’est pas chrétienne et une vie apostolique non contemplative ne l’est guère plus. Toute vie religieuse chrétienne doit être, et contemplative et apostolique !

Le P. Lécrivain, nous rappelait avec vigueur que la vie monastique est l’unique grande matrice de toute vie religieuse ! Ne retrouvons-nous pas là la grande intuition de notre fondateur, le P. d’Alzon, qui grâce à sa proximité avec la pensée d’Augustin voulait une congrégation de moines-apostoliques ? Dans l’état actuel de mes réflexions il me semble que le vocabulaire le plus approprié serait celui de moines stables ou moines mobiles, ou si vous préférez de moines hors de la cité et de moines dans la cité… Cela ferait-il sens aujourd’hui ?

La bible, un livre qui grandit avec celui qui grandit !

C’est la relecture des Confessions d’Augustin, qui a permis au P. Dominique Salin, de nous rappeler cette phrase supposément célèbre : « La bible est un livre qui grandit avec celui qui grandit ! » Vous le savez, après la lecture de l’Hortensius de Cicéron, Augustin se tournant vers la Bible trouvera ce livre « indigne d’être comparé à la majesté cicéronienne. » (Confessions, III,5)… Mais relisant bien plus tard cette expérience, il se rendit compte que ce livre ne se découvre pas aux superbes, que son entrée est basse, qu’il faut courber la tête pour y entrer mais qu’il est fait « pour grandir avec les petits… mais je dédaignais d’être petit, et plein d’enflure, je me croyais grand. » (Confessions III,5) Accompagnant des groupes bibliques durant plus de dix ans, combien de fois avons-nous fait cette expérience d’une richesse qui se dévoile petit à petit, d’une profondeur des textes qui s’approfondit au fur et à mesure de nos explorations, mais encore faut-il décider d’entrer par la porte basse…

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Reconnaître !

16 janvier 2011, 2ème dimanche A, Jn 1,29-34 /

Nous relisons ce dimanche le récit du baptême de Jésus, mais dans une dynamique très différente des évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc). Avec Jean, le récit, beaucoup moins factuel, renvoie à une question primordiale de son évangile : comment connaître Dieu, ou plutôt, comment le reconnaître ? Ces verbes, qui apparaissent près de soixante fois dans son évangile, établissent clairement le lien entre salut, plénitude, joie et connaissance de Jésus-Christ… En sommes-nous tout à fait convaincus ? Si oui, avons-nous le désir de faire connaître, reconnaître, le Christ à d’autres ?

Reconnaître son désir !

Le premier pas, pour se tourner vers le Christ, consiste certainement à identifier, à reconnaître son désir profond. Finalement, qu’est-ce que je cherche ? À être heureux ? C’est-à-dire ?… À avoir de l’argent ? À être reconnu ? À fonder une famille ? À donner sens à ma vie ? À être aimé ?… Derrière cette multiplicité de désirs, ne s’en cacherait-il pas un seul plus essentiel ? N’est-ce pas la quête de plénitude qui m’habite, la quête de Dieu ? Saint Augustin, comme bien d’autres disciples du Christ en fera aussi la découverte : « Mais moi, ce n’était pas de vos créatures les meilleures, c’était de vous seul […] que j’avais faim et soif et on ne me servait que de brillants fantasmes. » (Confessions III, 6)… Mais avant de pouvoir reconnaître cette vérité existentielle, Augustin confessera d’abord : « Bien tard je t’ai aimée, ô Beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard je t’ai aimée. Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors, et c’est là que je te cherchais, et sur la grâce de ces choses que tu as faites, pauvre disgracié, je me ruais ! Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi ; elles me retenaient loin de toi, ces choses qui pourtant, si elles n’existaient pas en toi, n’existeraient pas. » (Confessions X, 27) Propos tout à fait en consonance avec le prologue de Jean : « Le Verbe était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu dans son propre bien et les siens ne l’ont pas accueilli. » (Jn 1,10-11) Reconnaître que notre désir ultime, que notre Patrie (cf. St Augustin), que notre demeure c’est Dieu, voici déjà tout un préalable !

Reconnaître Dieu en Jésus Christ !

La deuxième étape, qui correspond plus particulièrement au texte d’aujourd’hui, consiste à reconnaître, en Jésus Christ, le chemin vers Dieu, le visage de Dieu, Dieu lui-même. Si, et j’insiste, si nos contemporains recherchent la finalité ultime de leur vie, s’ils consentent à reconnaître leur unique désir, alors, peut-être, pourrons-nous, comme Jean le Baptiste, leur indiquer « l’Agneau de Dieu », celui qu’ils recherchent sans le connaître. Souvent, me semble-t-il, nos paroles de croyants sont trop lointaines de nos interlocuteurs, trop rapides, trop extérieures et donc irrecevables… Une fois encore, j’en trouve une belle illustration dans les Confessions d’Augustin (cf. Confessions III, 12). Vous le savez, Monique, la mère d’Augustin, versera de nombreuses larmes pour la conversion de son fils ? Aussi, le jour où elle vient trouver un évêque, pour lui demander de s’entretenir avec son fils afin de réfuter ses erreurs, l’évêque lui répond que cela ne servirait à rien, « mais, dit-il, laissez-le comme il est ; priez seulement pour lui. Par ses lectures il reconnaîtra lui-même son erreur et son impiété. » Nul ne peut faire le parcours de la foi à la place d’un autre, puisqu’il en va de la reconnaissance personnelle, en Jésus Christ, de Celui que nous cherchons fondamentalement. Mais, bien sûr, pour pouvoir le reconnaître, encore faut-il qu’il nous soit d’abord annoncé et  le rôle du Baptiste est central pour orienter la quête des chercheurs de Dieu. La ligne de crête, sur laquelle se maintenir n’est donc pas simple, et combien de mères, comme Monique, en font encore aujourd’hui l’expérience : donner le goût de Jésus Christ, susciter la quête existentielle tout en laissant son enfant suivre, à son rythme, son propre chemin spirituel.

Se reconnaître en Jésus Christ !

La dernière étape pour devenir disciple, c’est de suivre le Christ ! Deux disciples de Jean Baptiste, chercheurs de Dieu et bénéficiaires du témoignage de Jean envers Jésus, vont se mettre à la suite de Jésus Christ. Est-ce uniquement parce que Jean leur a dit « voici l’agneau de Dieu » ? Apparemment pas, car de nombreux autres disciples de Jean, qui l’ont aussi entendu, ne semblent pas avoir emprunté la même trajectoire… Puisque Jean, l’évangéliste cette fois-ci, nous dit qu’il en va de la reconnaissance, on peut facilement en déduire que, non seulement les disciples de Jésus ont reconnu en lui le visage de Dieu, mais qu’ils ont aussi reconnu en lui le visage de l’homme pleinement réalisé. Puisqu’ils ont reconnu en lui leurs aspirations profondes, c’est-à-dire puisqu’ils se sont reconnus en lui, alors ils ont pu se mettre à sa suite… Là encore, ce travail intime en chacun, à la fois nous échappe et, à la fois, dépend de notre témoignage, c’est-à-dire du visage du Christ, homme et Dieu, que nous donnons à voir… Permettrons-nous à d’autres de se reconnaître en Jésus-Christ ?

Pour que d’autres puissent faire ce travail de reconnaissance,

saurons-nous, comme Jean Baptiste, indiquer l’unique Sauveur,

mais aussi, comme lui, nous tenir en retrait ?

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Lendemains de fête…

Non, je ne veux pas évoquer ici d’éventuelles « gueules de bois », après les excès des fêtes, mais plutôt poursuivre la réflexion de la semaine passée sur le temps et les moyens ordinaires pour mener notre vie.

Temps de Noël

Précisons d’abord, car nos sociétés sont un peu à l’envers, que nous sommes encore dans le temps de Noël… En effet, celui-ci commence le 24 décembre au soir jusqu’à la fête du Baptême de Jésus, qui est célébrée cette année le dimanche 9 janvier… C’est donc durant cette période, normalement, que les maisons, les villes et les villages devraient être décorés en habits de fête avec moult sapins et autres guirlandes… et non pas de début novembre à la fin décembre, comme veulent nous le faire croire les grands prêtres de la consommation… Bref, c’est donc ce lundi 10 janvier que, liturgiquement, nous revenons au temps ordinaire délaissé depuis le début de l’Avent…

Temps ordinaire

Il est vrai que l’on a besoin de fêtes, et de temps hors de l’ordinaire, pour marquer nos vies mais comment ne pas survaloriser l’un au détriment de l’autre. Je m’explique : d’une part, il semble que de nombreuses personnes ne vivent plus que pour les loisirs, les vacances, l’extra-ordinaire ne considérant leur travail que sous l’angle d’un mal nécessaire pour gagner leur vie et ne voyant le quotidien que sous le voile d’une triste grisaille ; d’autre part, pour une autre catégorie de personnes, les fêtes et autres réjouissances programmées sont des plus pénibles et ils n’ont qu’une hâte, celle de retrouver la quiétude quotidienne… Il en va ici essentiellement de notre capacité à accéder à la Joie, et c’est essentiel ! Comment, à la fois, trouver la Joie dans notre quotidien et  pouvoir se réjouir avec d’autres dans des temps plus spécifiques…

Aux sources de la Joie

Jésus, lui-même, la veille de sa passion, alors qu’il s’apprête à subir l’humiliation publique, la violence, la torture et la mort évoque cette Joie : «  Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète. Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n’a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis. » (Jn 15,11-13) Et voici un bref commentaire de ce passage, par des frères de Taizé : « À la veille de sa mort, Jésus veut, non pas transmettre un savoir ou des consignes, mais assurer le jaillissement de sa joie dans ses amis. Tout son effort veut dégager cette source au plus profond d’eux-mêmes pour que la tempête qui s’annonce ne puisse pas la détruire. Sa joie n’est pas la ‟satisfactionˮ de celui qui arrive au bout, mais bien la fondation la plus intime qui l’anime et le motive depuis le début de sa mission. « Celui-ci a toute ma joie », c’est la parole entendue par Jésus lors de son baptême. Être le bonheur de son Père, au milieu des hommes, c’est là ce qui a soutenu sa mission. En livrant solennellement à ses amis son ‟commandementˮ, Jésus met toute son autorité dans ses paroles. Il y concentre tout le sens de son existence. En même temps, il les fait porteurs et responsables, envoyés vers un avenir. Il met en eux une source où se renouvellera l’élan de toute une existence. Donnant ce qui est à la source même de son engagement, il rend capable de donner sa vie, jour après jour. »[1]

Alors, en ces lendemains de fête, comment cultiver la Joie dans notre quotidien ? Pour redonner saveur à notre temps ordinaire, certainement faut-il se donner les moyens de se maintenir du côté de l’essentiel et non pas du superficiel – l’exercice de relecture évoqué la semaine passée peut nous-y aider –. Mais peut-être aussi faut-il aller puiser sans cesse aux sources de la Joie : se savoir aimé de Dieu… donner sa vie… se réjouir de la joie de ses frères et sœurs… servir… et vraisemblablement laisser plus de place à l’esprit de fête et de gratuité dans notre quotidien ?


[1] Frères de Taizé, En ton amour je me confie, Presse de Taizé, 2003

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Accéder à son identité !

9 janvier 2011, Baptême du Seigneur, Mt 3,13-17 /

L’évangéliste Matthieu ne traîne pas en route. À peine sortis des récits relatifs à la naissance de Jésus, nous voici propulsés au début de sa vie publique avec cette scène du baptême de Jésus par Jean. Ce silence de l’évangile, avec à peine quelques versets supplémentaires chez Luc, recouvre tout de même environ trente années d’une vie qui n’en connu que trente-trois… Pourquoi ces longues années ? Ne serait-ce pas le temps qui fut nécessaire à Jésus pour accéder à son identité ?  Celle d’un homme pleinement homme, celle d’un Dieu vraiment Dieu, celle d’un Fils pleinement Fils ? Le passage de ce dimanche nous en donne, en tout cas, quelques indices…

Un homme pleinement homme…

Le premier geste public rapporté par l’évangile est des plus étonnants, non ? Pour aborder la vie du Fils de Dieu, ce n’est pas d’un miracle retentissant dont on nous parle, ni même d’une désignation évidente par son précurseur, mais d’un rite de purification pour les pécheurs… Cela augure mal de la sainteté du personnage ! Et pourtant, comment Jésus aurait-il pu sauver l’humanité, s’il n’était pas allé la rejoindre jusqu’au plus bas de son éloignement de Dieu ? Saint Paul nous dit cela avec des mots très forts : « Celui qui n’avait pas connu le péché, Dieu l’a, pour nous, identifié au péché, afin que par lui nous devenions justice de Dieu. » (2 Co 5,21) Ce premier geste publique de Jésus est donc exactement du même ordre que celui de sa mort en croix. Jésus, en acceptant le baptême de Jean, s’identifie aux pécheurs, au risque de la dérision et de l’incompréhension, comme ce sera le cas au Golgotha, afin de pouvoir les sauver. Ne fallait-il pas alors, en effet, une trentaine d’années pour que l’itinéraire de son l’Incarnation le conduise jusque là ? Ne fallait-il pas une trentaine d’années pour accéder à cette identité mystérieuse d’un être capable de s’approcher du péché, sans se laisser engloutir par lui ? N’est-ce pas cela notre condition humaine et chrétienne ? Non pas des purs, non pas des parfaits, mais des pécheurs, qui savent être proches de leurs frères et sœurs, également pécheurs, mais qui, grâce au Christ, peuvent ne plus se laisser engloutir par le péché ?

Un Dieu vraiment Dieu…

Deuxième interrogation, au seuil de la vie publique de Jésus : comment incarner son identité de Messie, comment être Sauveur ? À la manière des poèmes du serviteur souffrant d’Isaïe ou à la manière des chants de victoires militaires des psaumes royaux ? Dès la scène du baptême, la question se pose : « Comment pourrait-il prétendre être le Messie, celui qui débute sa vie publique en se soumettant à un baptême de conversion ? » Jean, lui-même, ne sait trop quoi penser : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » (Mt 4,14) Dès le départ, donc, Jésus enseigne que sa messianité, que son identité ne correspondent pas aux attentes du judaïsme de l’époque. Et, tout au long de sa vie publique, il révélera, par ses paroles, par ses gestes, par sa proximité avec les pécheurs, par son acceptation d’une mort en croix, par son amour jusqu’au bout, le vrai visage de Dieu ! Aussi, ne faut-il pas minimiser le combat intérieur de Jésus de Nazareth pour se maintenir, en toute situation, du côté de la fragilité de l’amour et non du côté d’une puissance écrasante. Le récit des tentations qui suit immédiatement notre passage explicite dramatiquement ce combat intérieur. Ne fallait-il pas trente années pour se préparer à ce combat, pour accéder à cette identité mystérieuse d’un être animé de la puissance de Dieu mais capable de maîtriser cette puissance au service de l’amour ? L’homme moderne, fier de sa puissance technologique, se laissera-t-il interpeller par l’identité mystérieuse de cet homme ?

Un Fils pleinement Fils…

Troisième surprise de ce texte, la manifestation du Père et de l’Esprit n’intervient qu’après le baptême, autrement dit après les trente années de silence depuis la naissance de Jésus… N’y a-t-il pas là l’indication de l’infini respect de Dieu envers la liberté de chaque être, y compris de son Fils ? En effet, ce n’est qu’après que Jésus a choisi librement d’entrer en mission, par un geste équivoque et pourtant nécessaire, que Dieu se manifeste pour le confirmer dans son choix et dans son identité : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. » (Mt 3,17) Ici aussi se prépare le choix ultime du jardin de Gethsémani, où le Père brillera par son silence, laissant le Fils à son entière liberté d’aller jusqu’au bout du don de lui-même, la confirmation divine n’interviendra qu’au matin de Pâques ! Que cette liberté d’être Fils et non esclave est exigeante ! Ne fallait-il pas trente années pour accéder à cette identité mystérieuse d’un Fils bien-aimé et pour cela, seul, face à ses choix ? Or, chacun d’entre-nous est enfant bien-aimé du Père, et donc éminemment libre de ses choix…

Cela prit trente années à Jésus de Nazareth pour accéder à son identité…

Combien de temps nous faudra-t-il, éclairés par l’Évangile ?

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Relecture annuelle… ou quotidienne ?

Au moment de changer d’année, il est toujours intéressant de s’arrêter pour relire l’année écoulée et prendre de bonnes résolutions pour celle à venir… Cette pratique, intéressante en soi, ne serait-elle pas plus fructueuse si nous nous-y exercions non seulement une fois par an, mais de préférence une fois par semaine ou, mieux encore, une fois par jour ? Ne serait-il pas plus profitable, en effet, au lieu de prendre des résolutions annuelles, de l’ordre de pas de géant que nous ne tiendrons pas, d’emprunter un chemin beaucoup plus réaliste pour avancer jour après jour, à notre rythme ?

Une prière d’Alliance…

Cet exercice quotidien s’appelait autrefois « l’examen de conscience », il prend plutôt aujourd’hui la tonalité d’une « relecture de journée » ou d’une « prière d’alliance ». Assez loin de l’examen de conscience, par trop moralisant, la prière d’Alliance nous renvoie à notre désir profond. De quoi s’agit-il ? Un ancien maître des novices, jésuite, résumait cela merveilleusement dans une prière à trois temps : De Toi à moi ? De moi à Toi ? Et nous-deux demain ?

De Toi à moi ?

Dans un premier temps, il s’agit de faire mémoire de sa journée, pour y discerner tout ce que Dieu nous a offert gratuitement en ce jour : la santé, telle rencontre, telle lecture, tel moment de joie, telle beauté contemplée etc. D’autre part, cette relecture de la journée peut nous rendre plus attentifs aux appels que Dieu nous aura lancés à travers les événements de ce jour… Que ce soit dans des situations heureuses ou plus difficiles, à quoi le Seigneur nous appelle-t-il pour être plus fidèle à l’Évangile, plus en conformité avec notre désir profond ? Quoi, de Toi à moi ?

De moi à Toi ?

Ce deuxième temps interroge notre réponse. Comment, à travers les bonheurs et les difficultés de ce jour, ai-je répondu au Seigneur ? Invitation à l’action de grâce, pour mes oui, pour telle ou telle disponibilité effective à l’Esprit, mais aussi demande de pardon pour mes non, pour mes refus, pour mes replis, pour mes énergies dépensées à mauvais escient etc. Quoi, de moi à Toi ?

Et nous-deux demain ?

C’est ici qu’interviennent les petits pas à notre mesure… Après avoir relu la journée écoulée, qu’ai-je envie de faire de ma journée de demain pour progresser dans ma relation avec Dieu, dans notre Alliance mutuelle, c’est-à-dire pour mieux vivre ce que je désire vivre en profondeur, au quotidien de mes jours… Et nous-deux demain ?

Se saisir du temps qui passe…

Alors, plutôt que de nous affoler au 31 décembre pour une année que nous n’aurons pas vu passer, peut-être que ces quelques minutes, consacrées chaque jour à la relecture de notre vie, nous aurons permis de nous saisir du temps qui nous a été donné pour progresser sur le chemin de la vie ? Peut-être que ce quart d’heure quotidien consacré à la prière d’Alliance nous aura fait sortir de la spirale étourdissante du temps qui passe pour entrer déjà en éternité ? Alors, au moment du changement d’année, notre sentiment intérieur ne sera peut-être plus celui de l’affolement d’une vie qui nous échappe, mais celui de la joie d’une vie déjà donnée !

Qu’en dites-vous ?

Relecture annuelle ou relecture quotidienne ?

Bonne année 2011 !

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Science et foi…

2 janvier 2011, Fête de l’Épiphanie, Mt 2,1-12 /

Le récit de l’Épiphanie illustre à merveille l’alliance possible entre science et foi. Car, malgré la mauvaise foi de quelques faux philosophes populistes d’aujourd’hui, il n’y a pas vraiment opposition entre science et foi, mais bien plus un appel respectif à une vérité toujours plus haute, toujours plus juste. En fait, dès la naissance du christianisme, le dialogue s’est instauré entre philosophie, science et théologie et, si il y a une chose que l’on ne peut nier à l’Église, c’est sa fécondité intellectuelle au long des siècles qui produisit les plus grands penseurs occidentaux en tous domaines. Observons simplement, à partir de notre texte, le parcours qui, d’un saint Augustin à un physicien comme Louis Leprince-Ringuet, par exemple, permit à de nombreux chercheurs de vérité de concilier science et foi.

Une quête existentielle !

Le premier pas, qui finalement est celui de chaque humain, relève de la quête existentielle. Pourquoi le monde ? Quel est son sens ? Quelle est ma raison d’être ? Ces questions animaient assurément les mages, ces sages venus d’Orient. Ils ne sont ni rois, ni trois dans l’évangile, mais plutôt des quêteurs de sens, qui pratiquent une des hautes sciences de l’antiquité, à savoir, l’astrologie. Ils scrutent les étoiles, non par simple curiosité gratuite, mais pour déceler les signes des temps et y répondre par leur vie. En effet, dès qu’ils comprennent le sens de ce nouvel astre qui vient de naître, ils se mettent en route pour « rendre hommage » au roi des juifs et lui apporter des présents somptueux. Ils avaient certainement pressenti, en cette royauté nouvelle, une dimension existentielle qui dépassait, de loin, ce petit peuple juif qui n’était, à l’époque, que l’ombre de lui-même. Ces véritables chercheurs de sens interpellent les scientifiques d’aujourd’hui et le curieux qui sommeille en nous : quand nous cherchons à comprendre, à inventer, quelle en est la finalité ? L’opposition ne se situe donc pas tant entre la science et la foi, qu’entre des préoccupations matérialistes et une quête existentielle…

Une quête éclairée !

Étant maîtres dans leur art, ces sages orientaux sont donc allés directement à Jérusalem, le siège de la royauté juive, pour y rendre hommage au nouveau roi. Mais ils ne le trouvent pas… leur science a des limites… C’est un point essentiel à noter ! Oui, les éminents chercheurs de chaque époque, déployant l’intelligence humaine à son maximum, peuvent découvrir de grandes choses, et inventer bien des outils extraordinaires, mais encore leur faut-il reconnaître les limites de leur science et ne pas faire des extrapolations abusives, du type : « Nous n’avons pas rencontré Dieu sur la lune ou dans nos télescopes donc il n’existe pas… » Les mages vont avoir besoin du peuple détenteur de la Parole de Dieu pour éclairer leur quête : selon les Écriture, c’est à Bethléem que doit naître le Messie. De même, nulle intelligence humaine ne peut découvrir, à l’aide de microscopes ou de philosophie, que le vrai visage de Dieu se donne à voir, non seulement dans un enfant, mais surtout dans un homme crucifié, abandonné des siens et mort sur une croix. C’est là qu’intervient la nécessité de la Révélation. Les humains cherchent, en effet, le sens de la vie, l’ultime, le divin, Dieu parfois… Et, en réponse, Dieu vient éclairer leur quête en se révélant dans l’histoire humaine, de façon voilée, jusqu’à ce que sa Parole prenne chair. Ainsi, recherche existentielle et accueil de la révélation définitive en Jésus de Nazareth sont deux mouvements intérieurs qui collaborent en vue de la Vérité.

Une quête en dialogue !

Les subtilités ne manquent pas dans ce texte que l’on croit connaître : ce n’est qu’après avoir été éclairés par la Parole de Dieu que le signe de l’étoile devient évident. En effet, les Mages avaient vu se lever une étoile nouvelle et, par leur science, en avaient déduit qu’il s’agissait de la naissance d’un grand roi juif, d’où leur voyage vers Jérusalem, mais l’étoile ne leur indiquait pas encore le chemin… Ce n’est qu’après avoir reçu l’éclairage de la Parole de Dieu, leur précisant que l’enfant devait naître à Bethléem, que l’étoile les guida : « Voici que l’astre qu’ils avaient vu se lever, les précédait jusqu’à ce qu’il vint s’arrêter au dessus de l’endroit où était l’enfant. À la vue de l’astre ils se réjouirent d’une très grande joie.»(Mt 2,10) Deux éléments forts importants sont à retenir ici. La Parole de Dieu ne vient pas anéantir la recherche scientifique mais elle vient l’éclairer : l’astre est encore plus parlant ! De plus, elle ouvre à une cohérence de vie qui apporte une « très grande joie ». Finalement, quand science et foi entrent en dialogue et s’épaulent mutuellement, une unification de notre être est possible, car nous ne sommes pas que cœur, ou qu’intelligence mais les deux…  Alors, une joie profonde, celle du véritable chercheur de sens, celle du véritable chercheur de Dieu peut enfin nous habiter.

Ces mages, ces scientifiques, chercheurs de sens et de bonheur,

N’interpellent-ils pas « l’humain moderne » que nous sommes ?

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Noël…

Avec le temps des fêtes, je suppose que, comme moi, vous n’aurez pas trop de temps à passer devant votre écran, je ne serai donc pas long. Je voudrais juste vous souhaiter une belle fête de Noël qui donne place à toutes les rencontres familiales, à toutes les occasions de renouer les liens avec les amis plus éloignés, mais également qui vous permette de prendre du temps pour méditer ce que nous célébrons et pour en témoigner -de différentes manières- autour de vous. Que ces fêtes soient aussi l’occasion de reprendre souffle, de vous replonger dans une joie profonde qui puisse nourrir les mois à venir !

Pour apporter ma contribution à ces souhaits, je vous ai laissé, comme à l’habitude, une méditation sur l’évangile du jour de Noël, le prologue de Jean, à la rubrique « Commentaires de l’évangile dominical »…

Joyeux , profond, et ressourçant Noël !

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Au fondement…

25 décembre 2010, Fête de la Nativité, Jn 1,1-18 /

Le prologue de Jean : quelle hymne ! Chaque année, pour le jour de Noël, la liturgie nous propose de méditer ce merveilleux texte, mais comment se rendre de nouveau disponible à l’écoute, à la lecture, à la méditation de ces versets qui nous semblent déjà tellement connus ? Noël peut-il opérer ce miracle en nous ? Car, de même que l’émerveillement devant un nouveau-né, un nouvel être vivant, engendre une relation unique entre lui et moi, de même chaque lecture, chaque méditation d’un texte vivant engendre une nouvelle relation entre lui et moi… À fortiori quand il s’agit d’un texte d’évangile. Espérons que les quelques pistes ci-dessous soutiendront ce travail en vous…

Au fondement : le Verbe créateur !

Le premier outil pour renouveler notre lecture, consiste à relire le début du texte non pas avec des verbes au passé mais au présent, afin de sortir d’une lecture par trop chronologique : « Au fondement est le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe est tourné vers Dieu, et le Verbe est Dieu. Il est au fondement tourné vers Dieu.» La première expression de l’Évangile de Jean, traduite habituellement par « au commencement », est la même que celle utilisée pour le début de la Genèse. Elle ne vise pas un temps chronologique mais veut indiquer ce qui est premier, ce qui est à la source, ce qui est au principe (cf. version latine In principio), d’où cette lecture possible au présent. Au fondement de toute chose se trouve, donc, le Verbe, la Parole. Et Jean précise bien, non pas que le Verbe est auprès de Dieu de façon statique, mais son expression grecque implique un mouvement : le Verbe est tourné vers Dieu, il est en relation, en dialogue avec Dieu. Et ce dialogue, riche de Vie et de Lumière -où l’on décèle la troisième personne de la Trinité, l’Esprit Saint- fait œuvre de Création depuis le commencement du monde jusqu’à aujourd’hui. Le Verbe n’est pas l’origine, mais le vecteur de la Vie qui à sa source dans le Père : « tout est par lui », « la vie est en lui ». C’est donc bien de la Trinité dont il s’agit : le Verbe, la Vie et la Source c’est-à dire le Fils, l’Esprit et le Père !  Or c’est de ce Verbe créateur dont il est question dans ce petit enfant né d’une femme à Bethléem !

Au fondement : le Verbe en enfantement !

Jean, dans son prologue, ne nous donne pas vraiment la raison de l’Incarnation, il n’évoque pas un monde dévoyé, brisé à venir réparer… On a plutôt le sentiment d’une certaine continuité, dans le  déploiement de la Création qui passe par l’Incarnation du Verbe. C’est effectivement un enfantement du Verbe dans le monde que nous sommes conviés à contempler : le Verbe suscite tous les éléments du monde -« tout fut par lui »-, c’est-à-dire qu’il anime de l’intérieur, de façon implicite pourrait-on dire, toute matière, du règne minéral au règne animal en passant par le règne végétal. Et c’est cette dynamique même de la vie du Verbe qui se déploie dans le monde, qui lui donne sens et qui devrait éclairer notre propre compréhension du monde : « et la vie était la lumière des hommes ». Mais les êtres humains, en général, ne reconnaissent pas cette présence, cette logique de la Création (logique, vient de logos, le Verbe) : « Il était dans le monde, lui par qui le monde s’était fait, mais le monde ne l’a pas reconnu. ». Alors, après le temps préparatoire, de sa présence implicite vient le temps de sa présence explicite : « Le Verbe est la vraie lumière qui en venant dans le monde illumine tout homme… Il est venu dans son propre bien ! » C’est donc bien d’une nouvelle étape de cet enfantement du Verbe dans le monde dont nous parlons. Non pas une Incarnation accidentelle, mais un parachèvement de la Création. Or c’est de cet enfantement du Verbe dont il est question dans ce petit enfant né d’une femme à Bethléem !

Au fondement : le Verbe prend chair !

La dernière partie du prologue utilise un terme qui redit bien ce parachèvement, un mot typique de ces hymnes christologiques des premiers chrétiens, celui de « Plénitude ». En prenant chair, le Verbe vient mener à sa plénitude, non seulement la Création, de façon théorique, mais la vie concrète de chacun d’entre nous. Le Verbe vient assumer ce qui donne chair à notre vie : un milieu de naissance, une famille, une culture, un travail mais aussi des blessures d’enfance, des incapacités à aimer, des fragilités, la corruptibilité de notre corps, et finalement notre finitude et notre mort. Et par sa grâce, c’est-à-dire par sa proposition gratuite de vie, il nous donne, à notre tour, d’assumer tout cela et de le mener à sa plénitude en lui, le Verbe de Dieu : « Tous, nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce. » Or c’est de ce Verbe qui assume notre chair, dont il est question dans ce petit enfant né d’une femme à Bethléem !

Saisirons-nous l’occasion de cette fête de Noël pour revenir au fondement de notre vie,

pour accueillir, en nous et autour de nous, le Verbe en désir d’enfantement ?

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