Retraite selon les Exercices de saint Ignace

Comme annoncé précédemment, les deux semaines écoulées furent consacrées à un temps de retraite selon les Exercices spirituels de saint Ignace, puis à une relecture et une présentation plus théorique des Exercices mis en pratique. Il y avait donc un double objectif, nous permettre de faire retraite selon la tradition ignatienne, et prendre du recul pour pouvoir, non pas donner les exercices, mais au moins nous donner des repères dans nos futures responsabilités de formateur et d’accompagnateur.

Le cadre…

Le cadre, que j’avais déjà évoqué dans la lettre aux amis du blogue, est celui d’une retraite fermée en silence, c’est-à-dire coupée de toutes sollicitations extérieures, avec trois éléments principaux dans nos journées : les quatre temps d’oraison (d’une heure chacun), la rencontre journalière avec un accompagnateur, et un temps de relecture de la journée. S’ajoute à cela, les laudes, l’eucharistie, des temps de détente et l’une ou l’autre lecture spirituelle (notamment durant les repas).

Les étapes…

Celles et ceux qui ont déjà pratiqué les exercices connaissent la progression proposée en quatre étapes (appelées semaines dans le livret des Exercices), chaque étape prenant plus ou moins de temps suivant le temps global que l’on s’est donné (30 jours, 10 jours, etc…) et suivant le rythme de chaque retraitant. Pour notre part la retraite s’est faite en deux temps : trois jours puis 8 jours…

Voici, en résumé, ce que j’ai retenu de la progression proposée :

En 1ère semaine :

–  Se mettre en présence de Dieu,  et se rendre disponible…

C’est-à-dire accueillir le Dieu d’amour (avec peut-être un certain nombre d’images de Dieu à convertir) puis lui remettre notre disponibilité (en reconnaissant que nos désirs profonds, rejoignent les désirs de Dieu pour nous…)

Avec un texte charnière important intitulé « Principe et fondement » : voir ci-dessous une version personnelle…

–  Puis prendre conscience que nous sommes pécheur, mais aussi pécheur sauvé !

En 2ème semaine :

–  Sommes-nous prêt à entendre l’appel, à marcher à la suite du Christ ? Avec en fin de parcours l’élection ou la prière d’offrande, c’est-à-dire la façon dont nous avons choisi de suivre le Christ…

Les 3ème et 4ème semaines, plus légères, plus gratuites sont de l’ordre de la confirmation des étapes précédentes. Avec d’abord la contemplation de la Passion du Christ, puis de sa Résurrection…

Ce parcours est rendu possible à l’aide, d’une suite de contemplations sur des textes bibliques ou des textes charnières d’Ignace, ainsi que par les différents exercices de relecture personnelle et avec l’accompagnateur de tout ce qui nous traverse durant cette retraite…

Et moi ?…

C’était donc une découverte pour moi et j’en retire de bons fruits -je crois-, mais je ne vous partagerai pas ce jardin secret ici… L’aspect « travail à faire sur soi » est évidemment profitable, et complète bien d’autres types de retraite, soit en vue d’une évangélisation et d’un approfondissement de la foi (retraite prêchée) ; soit dans une dynamique plus communautaire ; soit encore des retraites plus « gratuites » où l’on prend tout simplement du temps pour cultiver son intimité avec Dieu…

Pour vous partager tout de même un peu plus du contenu de la retraite, voici donc une version personnelle du texte « Principe et fondement » d’Ignace… La proposition nous était faite de traduire avec nos mots le texte du XVI° forcément daté, où Ignace nous invite à nous remettre face au fondement de notre Vie :

Principe et fondement

(traduction avec mes mots)

L’humain est créé       pour accueillir l’amour de Dieu,

pour l’aimer en retour de toutes les fibres de son être,

pour que cette réciprocité d’amour serve la Vie…

…et entrer ainsi dans la Vie en plénitude !

Les autres éléments du monde, les autres êtres vivants sont, eux aussi tendus, à leur manière, vers cette plénitude de Vie et permettent ainsi à l’humain d’avancer dans sa vocation propre.

Il s’ensuit que l’humain doit faire Alliance avec les éléments du monde, dans la mesure où ils contribuent à augmenter sa capacité à aimer et à servir la Vie. Mais il doit se dégager de ceux qui l’empêchent d’aimer et l’emprisonnent dans des forces de mort et de destruction.

Pour cela, il est nécessaire d’accueillir avec équanimité tout ce qui se présentera dans nos vies, sans vouloir d’avantage :    La santé plutôt que la maladie

La richesse plutôt que la pauvreté

L’honneur plutôt que le déshonneur

La sécurité plutôt que l’insécurité

Le confort plutôt que la précarité

Une vie longue plutôt qu’une vie courte …

Mais, en tout ce qui relève de notre libre arbitre, choisir et désirer uniquement ce qui augmentera notre capacité à aimer et à servir  !

P.S. Pour une présentation du texte Principe et fondement de saint Ignace, cliquer ici.


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Une naissance exceptionnelle ?

19 décembre 2010, 4ème dimanche de l’Avent A Mt 1, 18-24 /

À première vue, oui, la naissance de Jésus est exceptionnelle ! Et pourtant, à y regarder de près, chacun d’entre nous n’est-il pas, comme Jésus, fruit de multiples engendrements : fruit de l’évolution de l’humanité, fruit de l’amour de ses parents et fruit de l’amour de Dieu ? Comment Jésus assumera-t-il ces racines ? Sa filiation divine fut-elle une évidence ? Et la nôtre alors ?

Enfant(s) de ses parents…

« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint… » (Mt 1,20) L’annonciation à Joseph, qui nous est moins familière que l’annonciation à Marie, vient redire avec d’autres mots ce que nous disaient les versets précédents, concluant la généalogie de Jésus depuis Abraham, en passant par David : « … Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus, que l’on appelle Christ. » (Mt 1,16) Matthieu, qui s’adresse à des judéo-chrétiens, veut signifier avec insistance que Jésus vient accomplir les Écritures et donc qu’il est bien, à la fois, et descendant de David, par Joseph ; et né d’une vierge, par Marie ; et Fils de Dieu, par l’Esprit Saint. Mais, pour nous-autres, cartésiens, qui aimons raisonner à l’aide du principe de non-contradiction (cela ou cela), qu’il est difficile de tenir ensemble ces affirmations ! Il suffirait pourtant de regarder du côté des familles recomposées pour entrevoir comment peut se vivre une double paternité ou une double maternité… Mais, plus fondamentalement, chaque être humain n’est-il pas à la fois : fruit de l’évolution du Vivant, et cela est marqué dans nos gènes ; fruit de l’amour de nos parents, et cela est marqué dans nos gènes ; fruit de l’Esprit Saint, et cela est marqué dans nos gènes ! Car notre patrimoine génétique n’est pas constitué que de chromosomes mais aussi de l’intelligence et des savoir-faire accumulés depuis des milliers de générations. Il est forgé également  par la culture, la religion, la langue, les traditions, etc. dont nos parents sont porteurs. Et il est encore marqué du chromosome « Esprit », ce souffle de Dieu insufflé en chaque humain, qui atteste de notre capacité à devenir Fils de Dieu… Comme Jésus non ?

Enfant(s) légitime(s) de Dieu…

Oui mais quand même… Jésus est le Fils unique, et nous, nous sommes des enfants adoptifs non ? N’est-ce pas ce que nous dit saint Paul ? « Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils adoptifs… Cet Esprit lui-même atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » (Rm 8,15-16) En fait, littéralement, le texte dit que nous avons reçu un « esprit d’adoption filiale », et que cet Esprit lui-même atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu… Je ne sais pas si je suis à côté de la plaque, mais j’entends dans ces propos que nous sommes fondamentalement enfants de Dieu, que nous l’avons oublié, et que l’Esprit Saint, cet « esprit d’adoption filiale », vient l’attester de nouveau à notre esprit. Il nous invite donc à « adopter » Dieu comme notre Père, à consentir librement à être enfants de Dieu ! Comme nous avons, d’une certaine manière, à adopter nos parents ou, si vous préférez, à accepter et choisir librement d’être effectivement les enfants de nos parents – avec les éventuels pardons nécessaires-. De plus, fondamentalement, nos parents ne sont pas à l’origine de la vie. Ils nous ont transmis, ce que tous les êtres vivants transmettent, une vie qui vient de Dieu depuis la Création du Monde. Nous sommes donc bien des enfants légitimes, et non adoptifs, de Dieu… Comme Jésus non ?

Enfant(s) bien-aimé(s)…

Oui mais quand même, il y a bien une différence entre Jésus et nous, non ?… Ne voulant pas raviver ici les querelles christologiques des premiers siècles, je sais bien que la filiation entre Jésus et son Père est différente de la nôtre. Il est le Verbe fait chair, de même nature que le Père, une des personnes de la Trinité… Nous sommes pour notre part des êtres créés par Dieu… Mais si notre origine est différente, notre destinée l’est-elle ? L’incarnation du Verbe est justement l’aboutissement de la Création. Lui qui a dû lutter contre les tentations tout au long de sa vie terrestre pour être fidèle à sa filiation divine, nous a ouvert le chemin de la fidélité à notre propre filiation divine. En effet, au début de sa vie publique, il reçoit la confirmation du ciel qu’il est vraiment le « Fils bien-aimé » du Père, et tout de suite il est conduit par l’Esprit au désert afin d’y être tenté, c’est-à-dire afin de le fortifier face aux différentes tentations à ne pas assumer cette filiation. Ne l’a-t-il pas vécue pour nous de façon unique et salvatrice, mais aussi pour nous apprendre à accepter de vivre en enfants bien-aimés… Comme lui non ?

Alors, cette naissance unique et exceptionnelle que nous allons célébrer,

N’est-elle pas aussi la célébration de notre propre filiation divine ?…

Y consentirons-nous ?

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Se préparer à la rencontre…

Pas de méditation cette fin de semaine (11 et 12 décembre) car je suis toujours en retraite spirituelle… – J’ai écris ce petit mot à l’avance –  J’espère que vous aurez, vous-aussi, le temps de faire une halte, au minimum pour souffler, et peut-être pour prier, afin de vous préparer aux fêtes et aux rencontres de fin d’année…

C’est en ce sens que je vous partage le texte suivant, glané dans l’excellent livre de Fr. Emmanuel de Taizé, Un amour méconnu [1], p. 246, cette note, écrite à propos de la vie de couple mais qui, je crois, peut être étendue à d’autres rendez-vous, vous parlera peut-être :

Se préparer à la rencontre

« Se retrouver en présence d’un autre que soi-même, avec toute sa part de mystère, d’attente, de désir d’être compris et d’être aimé exige un investissement particulier, un combat intérieur contre la routine et le laisser-aller. Un des moments névralgiques de la journée est sans doute celui du retour chez soi après une journée de travail parfois marquée par des soucis et des tentions diverses. Trente secondes seraient parfois suffisantes pour effectuer en son cœur un renouvellement de l’essentiel avant de franchir le seuil de la porte, par exemple sur le stationnement, dans l’escalier ou l’ascenseur, etc. Un tel renouvellement, accessible à tous et adapté au rythme de la vie moderne, pourrait changer toute l’atmosphère d’une soirée : se laisser saisir par cette vérité que rien n’est plus important que de manifester son amour à l’être aimé, que de contribuer à la croissance de sa confiance d’être aimé et de sa capacité d’aimer [et de la mienne], soutiendrait activement une qualité d’écoute, de compréhension, de communion à ce que l’autre vient de vivre, à ce qu’il ressent et attend maintenant ; ce bref mais intense renouvellement participerait ainsi concrètement à l’épanouissement d’une vie commune, tout en limitant les risques de l’abîmer par un comportement désagréable lié à une fatigue insuffisamment maîtrisée ou à un emportement caractériel qui aurait pu être évité…[…] Bien sûr cette attention doit être réciproque sans quoi un sentiment d’injustice à cause des efforts déployés à sens unique pourrait nourrir une réelle souffrance. »

Ces conseils ne pourrait-ils pas être utiles également pour les retrouvailles de fin d’année ?

Il faudrait lire aussi les pages à l’origine de cette note, c’est à dire l’épilogue Amours divino-humaines. Une fois encore je vous recommande la lecture de ce livre… Certains chapitres vous correspondront peut-être moins mais on peut l’aborder, je crois, par l’un ou l’autre de ses quatre thèmes : Le mal contredit-il l’existence d’un Dieu d’amour ?  Sentiment de culpabilité et peurs secrètes de Dieu. D’une lointaine condescendance à une réciprocité d’amour. Facettes méconnues d’un amour encore plus grand. Je vous recommande fortement de lire toutes les notes, car le texte est très dense… et demande parfois à être relu plusieurs fois… Cela demande un effort de lecture mais qui sera très profitable…

À la semaine prochaine…


[1] Frère Emmanuel, de Taizé, Un amour méconnu, Bayard, 2008, 250 p.

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Le combat du roi…

C’est sous ce titre, un peu étonnant, que nous avons abordé, dans une nouvelle session, le combat spirituel. Le défi était de taille, car l’option de départ consistait à relire l’Évangile selon Marc, à partir d’un document vidéo portant sur un travail de mise en scène du rôle du Messie. Notre groupe en formation étant très international, il ne fut pas évident pour tout le monde d’entrer dans la démarche proposée… très occidentale… Pour ma part, j’ai trouvé la semaine bien intéressante et j’aimerais vous en partager quelques éléments :

Le support vidéo utilisé, intitulé Le combat du roi, est un ensemble de huit courts métrages de 30 minutes chacun, réalisés par Michel Farin, s.j. en 1986. Ils relatent le travail préparatoire à la mise en scène de l’Évangile selon saint Marc, à partir du point de vue du combat mené par Jésus pour « interpréter son rôle » de roi-messie selon l’Esprit de Dieu et non pas selon l’esprit du tentateur… Le document alterne les scènes de travail, où Michel Farin et trois acteurs lisent et méditent l’Évangile de Marc à la lumière de l’ensemble des Écritures, et les scènes de répétitions, où les trois acteurs cherchent comment rendre ce combat. En fait, l’essentiel se joue sur un troisième plan, celui du monde du spectacle, faut-il produire une pièce qui plaira au public et aux critiques, qui rapportera de l’argent et servira la carrière… ou faut-il être fidèle à l’esprit de l’auteur (Dieu) quitte à faire un fiasco (comme le fut, dans une certaine lecture, la vie de Jésus) ?

L’acteur, qui joue le rôle de Jésus, est entouré de deux actrices symbolisant l’esprit de Dieu d’une part et l’esprit du mal d’autre part. Et le combat se joue, à l’intérieur de l’acteur, sous ces deux influences, pour savoir comment tenir son rôle de roi, en fidélité avec l’Écriture. Comment aussi être fidèle à ce qu’il veut être en tant qu’acteur, en se laissant mener par l’esprit du bien et non par la tentation de la réussite.

Avec finesse, le réalisateur nous a permis d’entrer dans le combat intérieur de Jésus, qui est aussi le combat de chacun d’entre nous. Dès le début de l’Évangile de Marc, après le baptême de Jésus, celui-ci est conduit par l’Esprit au désert pour y être tenté… Mais la victoire, relativement facile de Jésus au désert, inaugure le combat de toute sa vie : sera-t-il un roi puissant, un messie guerrier ; tracera-t-il son chemin selon sa propre volonté ; sur quel registre devra-t-il combattre l’ennemi, le tentateur ; comment interpréter les Écritures, n’est-ce pas un Messie libérateur du joug romain qui est attendu, etc. ? À longueur d’Évangile le combat sera présent, tout au long du chemin Jésus devra cultiver son intimité avec le Père et se laisser conduire par son Esprit car, durant toute sa vie publique, le tentateur aussi sera présent, sous bien des visages : celui des scribes et des pharisiens qui font appel à l’autorité de l’Écriture et à la Loi ; celui du succès des guérisons, de la puissance des miracles et des foules admiratrices ; celui de sa famille qui le traite de fou ; celui du Temple beau et sacré ; celui de ses disciples – « dressons ici trois tentes »- ; et en particulier celui de Pierre : « Dieu t’en préserve, Seigneur, tu ne mourras pas à Jérusalem »… « Passe derrière-moi Satan ! »

Le combat le plus dur sera celui de la dernière heure, où Jésus semble être abandonné, non seulement des siens, mais même de son Père. Crucifixion de ses entrailles où la royauté qui lui est demandée est celle d’un roi démuni, blessé, bafoué, abandonné de tous ayant échoué apparemment dans sa mission… Et pourtant, dans ses dernier cris, il pourra dire à la fois : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » et « Mon Dieu… Entre tes mains je remets mon esprit »… C’est-à-dire que, jusqu’au bout, il se laissera mener par l’Esprit de Dieu et ne succombera pas à l’esprit tentateur : « Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ! »

Pour passer du plan du combat de Jésus, au plan de nos propres combats intérieurs, nous avons emprunté le plan intermédiaire qui est celui du combat de l’acteur. Démarche nous permettant d’aller vers une actualisation de ce combat spirituel à mener tout au long de la vie. Pour l’acteur, le combat se jouait entre succès mondain ou fidélité à la Parole ; moyens clinquants du spectacle ou moyens pauvres et démunis d’une mise en scène fidèle à l’Évangile ; image de l’acteur adulé à l’ego hypertrophié ou acteur méconnu mais heureux de faire son métier avec authenticité…

Et dans notre société moderne ? Quels sont les masques qu’emprunte l’esprit mauvais, quelles sont nos idoles : notre liberté individualiste (je fais ce que je veux) ; notre efficacité (Je suis efficace et utile donc j’existe) ; nos droits (droit à un gros salaire, droit aux vacances à l’autre bout du monde, droit à la retraite à 60 ans, droit à être secourus au fond d’une grotte, droit à me déplacer comme je veux même s’il y a de la neige ou de la tempête, etc. ) ; notre désir d’un amour passionnel (où le(a) conjoint(e) est au service de la satisfaction de tous mes plaisirs) ; notre capacité à consommer (je consomme donc j’existe, la société ne raisonnant qu’en termes de clients, de consommateurs, d’électeurs…) ; Notre besoin de communication immédiate et de transparence voyeuriste (tout, tout de suite) ?…

Et quels sont les combats à mener dans nos sociétés :

–          un bonheur dû ou un bonheur à construire ?

–          un travail alimentaire ou un travail qui a du sens ?

–          l’efficacité ou la qualité relationnelle ?

–          l’utilitaire ou le temps gratuit ?

–          la consommation à tout va ou la consommation responsable ?

–          l’individualisme ou le désir de vivre ensemble (avec le sens du bien commun) ?

–          la satisfaction immédiate de tous mes besoins ou le sens du sacrifice ?

–          mes droits ou mes devoirs ?

–          des épreuves à fuir ou des épreuves à traverser ?

–          s’étourdir dans le bruit, s’enivrer dans toutes sortes d’addictions ou faire place au silence ?

–          vivre à la surface de nos vies ou prendre du temps pour leur donner sens ?

–          dépenser comme je l’entends ou savoir être solidaire ?

–          etc.

La dernière dimension de ce combat, d’ordre personnel, appartient à chacun… D’abord avons-nous conscience que nous avons un combat à mener pour être fidèle à notre vocation, à notre « rôle » à jouer de Fils de Dieu dans ce monde ? Avons-nous conscience que l’Esprit de Dieu est là pour nous guider, qu’il préexiste à la Création du monde, qu’il en est le fondement même et qu’il fut vainqueur, en Jésus-Christ, pour chacun d’entre nous ? Mais, en-même temps, sommes-nous conscients que l’esprit du mal, pas forcément personnalisé d’ailleurs, c’est-à-dire tout ce qui nous attire vers le bas, vers la médiocrité de nos vies, vers la mort mènera le combat jusqu’au bout… Le démasquer sous toutes ses formes et s’attacher à l’Esprit coûte que coûte, voilà notre combat spirituel ! À chacun de nommer les figures que prend l’adversaire dans son cas… À chacun de nommer ses propres lieux de vigilance… À chacun de repérer et d’utiliser les armes évangéliques qui lui permettront de s’associer à la victoire déjà obtenue pour nous !

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Se convertir à la Vie !

5 décembre 2010, 2ème dimanche de l’Avent A Mt 3, 1-12 /

Lors du dernier dimanche de l’année liturgique, nous faisions écho à une interrogation fondamentale : qui règne sur nos vies ? Et nous évoquions les despotes extérieurs et intérieurs rôdant alentour, ainsi que l’autre voie possible, celle d’un roi libérateur. La page d’évangile qui nous est proposée pour ce dimanche nous permet de faire un pas de plus : après la prise de conscience, comment mettre en œuvre notre véritable désir, celui d’une allégeance libératrice à un maître intérieur voulant notre liberté et notre bonheur ? « Convertissez-vous », proclame le Baptiste : convertissez-vous à la Foi, convertissez-vous à l’Espérance et convertissez-vous à l’Amour !

Convertissez-vous à la Foi !

Cela peut paraître bizarre, non ? On a la foi, ou on ne l’a pas, dit-on habituellement… Elle nous est donnée ou pas… Peut-on s’échauffer intérieurement en disant je veux croire, je veux croire, je veux croire ?… Précisons ! Le Baptiste nous dit : « Convertissez-vous : le Règne de Dieu s’est approché. » (Mt 3,2) Il ne nous demande pas de nous convertir à l’existence de l’au-delà, à l’existence d’un Dieu lointain, mais de changer notre regard sur le monde pour y déceler un projet, un mouvement de Vie en train de se réaliser, en nous et autour de nous. Ne pouvons-nous pas tous, en effet, consentir à reconnaître que nous avons reçu la Vie d’un « ailleurs », pas seulement de nos parents ; que la Vie en l’être humain est puissante ; que l’humanité chemine dans la Vie depuis des millénaires malgré toutes les affres de l’histoire ? Ne peut-on pas se convertir à la Vie qui bouillonne dans un jeune qui réussit à se sortir d’une jeunesse mal engagée ; dans un peuple qui réussit à prendre son destin en main ; dans un héros d’aujourd’hui ou de l’histoire qui donne sa vie pour plus de justice ou pour sauver un frère ? Ne pouvons-nous pas nous aussi choisir la Vie, avoir foi en la Vie, c’est-à-dire au règne de l’amour qui se déploie petit à petit sous nos yeux ? Ne peut-on pas se convertir à cette Foi en la Vie ? Ce que les chrétiens nomment le Règne de Dieu en marche…

Convertissez-vous à l’Espérance !

De retour depuis peu en France, je suis marqué par le pessimisme ambiant. D’aucuns me diront qu’il est tout à fait justifié vu « la crise »… peut-être, mais c’est plutôt le sens de la vie et le mode de vie qui me semblent en crise… Il paraît que les Français ont dépensé en moyenne 650 euros pour les fêtes de fin d’année en 2009… en moyenne ! Redire notre espérance chrétienne dans ce contexte, qu’est-ce à dire ? Il y aurait bien des dimensions à souligner de cette espérance, mais celle qui me paraît essentielle, en lien avec ce que j’évoquais plus haut sur la foi en la Vie, consiste à témoigner que la conversion est toujours possible – non pas tant la conversion des mœurs, qui est seconde, bien qu’elle ne soit pas secondaire – mais le fait que le retour sur le chemin de la Vie soit toujours possible. Se convertir, dans l’acception du prophétisme de l’Ancien Testament, signifie changer de direction… Les rencontres entre Jésus et les humains, pécheurs, sont exemplaires en ce domaine. Jésus remet chacun en contact avec la Vérité, avec la Vie, avant de l’inviter à convertir son agir… Or c’est là le cœur de l’Évangile : croire que la Vie est plus forte que toute mort, mettre son espérance dans un retour toujours possible dans la Vie, malgré toutes nos infidélités, nos médiocrités, nos misères et même toute mort… Car Dieu,  qui est la source de la Vie, espère, contre toute espérance, que nous acceptions de faire alliance avec lui au service de la Vie ! L’Avent, ce temps d’attente de l’avènement définitif de la Vie nous y invite : convertissez-vous à l’Espérance !

Convertissez-vous à l’Amour !

Encore une drôle de formulation… Elle me vient, en fait, d’une mise en perspective des façons de faire de Jean-Baptiste et de Jésus. Jean-Baptiste demeure, malgré tout, du côté de l’Ancien Testament : il exige de ceux qui viennent à lui de produire un bon fruit : « Engeance de vipère, qui vous a montré le moyen d’échapper à la colère qui vient ? Produisez donc du fruit qui témoigne de votre conversion ! » (Mt 3,8) Il ne peut offrir qu’un baptême dans l’eau, qui se situe du côté d’une démarche de pénitence et d’un désir de changement de mœurs grâce à sa propre volonté.  Les rencontres avec Jésus ne sont pas du même ordre : d’abord il accueille tout le monde, et principalement les pécheurs, et il les baptise dans le feu de l’Esprit, c’est-à-dire qu’il les remet debout, qu’il guérit leurs blessures et qu’il les rend, de nouveau, capables d’aimer. Dans ce baptême de feu, chacun vient puiser à la source originelle de l’Amour qui rend capable d’aimer à son tour. Se convertir à l’Amour, ne relève donc pas d’une décision volontariste qui consisterait à « vouloir aimer » mais d’une démarche humble et confiante, pour sortir de soi-même et se tourner vers la source de l’Amour, de la Vie, du Bien, du Beau, du Bon pour devenir capables, à notre tour, d’aimer, de servir la Vie, le Bien, le Beau, le Bon !

Oui, en ce temps de l’Avent, en ce temps d’attente de l’avènement de la Vie en plénitude,

le Christ nous l’assure et nous en donne les moyens,

nous sommes toujours capables de réorienter notre chemin et de nous convertir à la Vie !

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Retraite…

Juste un petit mot cette fin de semaine, car je n’ai pas eu le temps d’écrire une méditation pour ce dimanche… Nous étions, en effet, en retraite et je n’avais pas accès à mon ordinateur et, de plus, j’ai trois activités communautaires (deux journées de sorties dans Lyon et une soirée autour de la Chine…) avec mon groupe de formation ce week-end… Reprenant lundi une nouvelle session il m’a semblé plus sage de profiter des instants qu’il me reste pour reprendre souffle…

Je vous signale juste que l’émission de télévision à l’occasion de la clôture de l’année du bicentenaire de la naissance de notre fondateur avec quelques reportages sur les Assomptionnistes, et la messe télévisée de dimanche dernier est disponible sur le site du « Jour du Seigneur » au lien suivant : http://www.lejourduseigneur.com/Programmation/France-2/Les-Assomptionnistes-Dire-Dieu-au-quotidien Les festivités furent pour moi l’occasion de retrouver bien des visages de la famille de l’Assomption…

Je vous parlerai plus longuement la semaine prochaine de mes activités… Je vous laisse avec une photo du Châtelard sous quelques millimètres de neiges…

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Apprendre à vivre ensemble…

Cette année, pas le temps de trouver l’automne tristounet, car les sessions de formation qui se succèdent maintiennent le rythme.  Cette semaine s’achève donc une des dernières sessions plutôt « psy » intitulée : « Vie de groupe et vie relationnelle », avant le temps des retraites ignatiennes.  À travers photo-langages, jeux de rôles, exercices corporels, décryptage de films etc… plusieurs éléments furent soulignés :

– Je retiens d’abord que la vie d’un groupe se situe en tension entre le besoin de sécurité et d’efficacité d’une part et le besoin, pour chaque membre, d’exister et d’être entendu d’autre part. Dans une salle d’opération par exemple, ce n’est pas le temps d’écouter l’état d’âme de chacun, s’instaure un « Modèle d’ordre », hiérarchique, qui permet l’efficacité. Par contre dans un groupe de partage de vie, l’essentiel est ailleurs, il s’agit de permettre à chacun de parler, c’est donc un groupe à  « Modèle d’équilibre » qui s’instaure où la place et la parole de chacun est respectée. En fait, la plupart des groupes fonctionne dans un modèle intermédiaire entre ces deux pôles.

– Deuxième découverte, très importante pour moi, c’est qu’un travail commun ne peut avancer tant que chaque personne n’aura pas été entendue dans ce qu’elle a à dire. Et faire place à cette parole, parfois dérangeante pour le groupe, ne veut pas dire que le groupe va se laisser entraîner par cette position singulière. Mais ayant été entendue, cette personne peut, ensuite, accepter d’entrer dans autre chose, alors que dans le cas contraire cela lui est, tout simplement, impossible…

– Troisième élément, qui paraît évident, mais qui n’est pas toujours en place, c’est que pour qu’un groupe fonctionne il faut au minimum : un but bien défini, des valeurs partagées, des règles de fonctionnement acceptées, des fonctions reconnues par tous, et une méthode de travail (temps donné, outils etc…). Quand un nouveau membre arrive dans le groupe, je pense par exemple à nos communautés religieuses, il est impératif de reprendre le travail de base à savoir la reformulation du but, des règles de fonctionnement etc… et de ne pas s’embarquer sur le non-dit.

– En écho aux deux remarques précédentes, découverte également que le temps pris pour écouter quelqu’un, pour se mettre d’accord sur le but, sur le sens du travail entrepris etc., est loin d’être du temps perdu car tôt ou tard, si ce travail n’a pas été fait, un blocage interviendra.

– En cas de conflit entre deux personnes dans un groupe, attention à ne pas mettre le conflit au centre. Les autres membres du groupe n’ont pas à s’intéresser au problème entre les deux personnes (cela leur appartient) mais à se mettre en relation avec chaque personne (et non avec leur problème)… « Et toi, de quoi aurais-tu besoin ? » ; « Qu’est-ce que tu fais pour prendre en compte ce besoin ? »… Et puis aussi, lorsqu’une personne ne veut plus parler à une autre, par exemple à son supérieur, le supérieur doit lui signifier que lui a envie de lui parler, même si ce n’est pas dans l’immédiat… Car en fait, l’expérience montre que lorsque qu’on ne veut plus parler à quelqu’un le désir profond est plutôt, au contraire, qu’on aurait beaucoup de chose à lui dire….

Ces découvertes, ces façons de faire, ne peuvent s’apprendre en théorie, ce n’est que par une expérience vigilante, un travail de relecture, que petit à petit nous pouvons avancer…  C’est ce que nous avons essayé de faire au cours de cette semaine… Finalement le travail porte essentiellement sur notre qualité d’écoute, à l’écoute de La Vie, qui nous vient d’une même Source, celle qui anime chaque groupe et chaque être.

P.S. Un excellent film, qui plus est très divertissent, illustre parfaitement le travail de cette session : « Douze hommes en colère » de Sydney Lumet, 1957, avec Henry Fonda… Il s’agit des délibérations d’un jury de cours d’Assise (ou plutôt de son équivalent aux USA)… Je vous le recommande.

21 novembre…

Ce n’est que cette fin de semaine que je vais retrouver de nombreux frères pour célébrer avec eux la clôture de l’année du bicentenaire de notre fondateur ainsi que celle de la première session du chapitre provincial. Ce soir plusieurs laïcs prononceront leur engagement, je ne sais pas sous quelle forme, je vous reparlerai de tout cela la semaine prochaine.

Partout dans le monde assomptionniste, divers activités ont lieu autour du 21 novembre, date de la naissance au ciel de notre fondateur qui est aussi jour de fête pour notre congrégation. Je souhaite donc à tous et à chacun de bonnes célébrations, et en particulier à la communauté chrétienne de Québec qui se rassemble pour une journée assomptionniste. Que la fraternité vécue à cette occasion nous donne goût d’une fraternité plus aboutie, celle du Royaume de Dieu !

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Qui règne sur nos vies ?

21 novembre 2010, 34° dimanche C – Christ Roi, Lc 23, 35-43 /

Que répondriez-vous à cette question ? Qui règne sur votre vie ? Peut-être que, spontanément, vous répondrez avec fierté : « Mais personne ! Je suis le maître de ma vie ! » Est-ce si sûr ? N’y a-t-il pas quelques despotes extérieurs ou intérieurs cachés quelque part ? Accepter que le Christ règne sur nos vies, et c’est ce que nous fêtons en ce dimanche du Christ Roi, ne serait-il pas plus libérateur ?

Des despotes extérieurs…

Depuis la nuit des temps, malheureusement, nous constatons que vivre en liberté n’est pas le choix le plus facile. Rappelons-nous simplement l’histoire de Babel, elle ne nous parle pas tant d’une tour bâtie par des hommes orgueilleux voulant atteindre le ciel, que d’une humanité qui refuse, à priori, de vivre en liberté.  L’espace de ce commentaire est un peu court pour relire avec vous les premiers textes de la Genèse, mais disons rapidement que d’un projet de vie, de fécondité, d’envoi dans le monde, d’expulsion hors du jardin pour cultiver la Terre, on arrive à une humanité rassemblée dans une seule ville – Babel-, parlant la même langue – ou plutôt babillant les mêmes mots-, travaillant à une même tâche, sous le joug de Nemrod, un roi despotique ! Ce que dénonce ce texte, c’est le choix d’un joug rassurant, répondant à nos besoins de sécurité plutôt que l’acceptation d’une liberté par trop risquée… Le geste salutaire de Dieu sera de disperser ces hommes sur la surface de la terre, dans une diversité de langues permettant d’exister dans la différence et dans la liberté. À l’époque de Jésus, on retrouve ainsi ceux qui préfèrent respecter la loi à la lettre plutôt que de se risquer du côté de la liberté, ceux qui préfèrent cantonner Dieu à ce qu’ils croient en connaître plutôt que de s’ouvrir à sa présence : « Qu’il se sauve lui-même s’il est le Messie de Dieu ! » (Lc, 23,35)… Scribes et pharisiens prendront le relais du despote Nemrod… Aujourd’hui, rien de nouveau sous le soleil : les nouveaux despotes ne s’appellent plus Nemrod ou Pharisiens, mais Management, Consommation et Conformisme. Il est tout de même plus simple de se laisser mener par une publicité omniprésente, et qui nous promet une vie meilleure, que de vivre « hors normes », éventuellement en utilisant des couches lavables et sans posséder de télévision… Qui règne sur nos vies ?

Des despotes intérieurs…

Plus subtilement, peut-être encore, la vigilance chrétienne nous oblige à démasquer nos despotes intérieurs… Qu’est-ce qui mène nos vies ? Le comparatisme, la jalousie, la culpabilité, comme nous l’évoquions les semaines passées ? Ou la liberté intérieure ? Ce sont ces despotes intérieurs qui permettent aux despotes extérieurs de prendre le pouvoir sur nos vies. Le chapitre huitième du premier livre de Samuel est édifiant à ce propos. Le peuple réclame un roi, au prophète, plutôt que de vivre sous le règne de Dieu… Et le prophète de les prévenir : « Si je vous donne un roi, il sera despote, il prendra vos fils pour faire la guerre, vos filles pour son plaisir, le meilleurs de vos vignes, de vos champs, de vos oliviers etc. »… Et le peuple de répondre que, peu importe, ce qu’il veut c’est un roi pour être comme toutes les nations, c’est un chef qui combatte ses combats ! N’est-ce pas ce mécanisme qui fonctionne en nous ? Plutôt que d’apprendre à vivre libre, en assumant nos échecs et nos fragilités, plutôt que de combattre nos combats intérieurs, nous préférons nous livrer, pieds et points liés, aux humains qui nous promettent un bonheur facile, aux blessures intérieures qui prendront les décisions pour nous, aux complexes omniprésents qui combattront pour nous… Oui, qui règne sur nos vies intérieures ?

Un roi libérateur ?

L’évangile nous propose un autre prétendant, pour régner sur nos vies… Un roi difficilement identifiable : il ne se sauve pas de la croix. Il n’exerce pas d’autre puissance que celle de l’amour, que celle de la Vie créatrice. Il ne manipule pas mais libère… ne nous enferme pas dans notre histoire personnelle, mais nous permet de grandir. Il se fait serviteur de chacun et prend la dernière place… C’est ce roi-là qui veut régner sur nous ! Maître de liberté intérieure, face aux légistes, face aux moralistes et même face à la mort, il nous révèle ainsi le chemin d’une vraie liberté. Alors, franchement, pourquoi hésiter à lui remettre notre allégeance, lorsqu’on connaît tous les despotes extérieurs et intérieurs, prêts à régner sur nous si nous leur laissons le champ libre ?…

Saurons-nous dire comme le bon larron :

« Souviens-toi de moi, quand tu viendras inaugurer ton Règne ! » (Lc 23,42)

Oui, qui souhaitons-nous voir régner sur nos vies ?

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L’âme en question…

Je reproduits ci-dessous un échange (entre Monique et moi), qui prit naissance à partir d’une réflexion sur « les âmes du purgatoire »… Il en va en fait de l’âme, de l’être, de la personne

Pour une invitation adressée à celles et ceux, et  d’abord à moi-même, qui voudraient poursuivre l’échange…

Monique :

Objet : L’âme en question

Ne diriez-vous pas :

1. que quelque chose « irradie » d’une icône ?

2. que le Concerti Grossi de Corelli a une âme ?

3. que son âme est différente du Concerto en G pour viole de Téléman ?

4. que la flûte à bec a une âme particulière, une « âme » qui est une sorte de « chose » différente du bois dans lequel la flûte réside ?

5. que quand deux personnes se réunissent pour faire de la musique, ils sont alors trois : les deux amis et la musique ?

6. que cette musique n’a pas moins d’être que les deux amis qui sont là ?

Question : quel est l’être de l’« âme » ?

Remarque : la question des « âmes du purgatoire » n’est pas tant de savoir ce qu’est l’âme que de savoir ce qu’est le purgatoire, non ? Pour l’âme, on sait ce que c’est – même si on ne peut s’en faire une représentation ou une image -, mais s’agissant du purgatoire, tout ce qu’on a ce sont des mots et les mots, comme dirait votre maître, Augustin, n’enseignent pas (De Magistro) !

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Ingrid, vous et moi…

Une belle semaine s’achève, avec, qui plus est, le soleil au rendez-vous… Belle semaine à plus d’un titre, dont je voudrais vous partager au moins deux éléments, autour d’un même thème, celui de la relecture de vie…

Ingrid… Même le silence a une fin

Je viens, en effet, d’achever la lecture du livre d’Ingrid Betancourt sur ses six années et demie de captivité dans la jungle amazonienne de Colombie aux mains des FARC. Chapeau bas ! Au long de ces 700 pages, Ingrid nous dévoile, certes, les conditions de ses années de détention, mais elle nous dévoile surtout son âme !

L’admirable ici n’est pas tellement l’aspect héroïque de cette vie, elle ne se présente ni comme une sainte, ni comme une victime à plaindre… L’admirable est plutôt du côté de la mise à nu de son âme, de la lutte pour demeurer humaine, de sa capacité à nous renvoyer à notre propre humanité.

Plusieurs personnes, depuis sa libération, y compris certains de ses codétenus, ont tenté de descendre Ingrid de son piédestal : on l’a présentée comme sournoise et égoïste, on l’a raillée pour sa demande d’indemnisation à l’Etat Colombien… Mais comment peut-on se permettre de poser de tels jugements, face à une femme enchaînée par le cou durant des années, face à une femme humiliée dans toutes les dimensions de son être ! Et quel en est l’intérêt ? Ceux qui veulent la rabaisser pensent-ils que cela va les grandir ?

Rien de cette jalousie, ou de cette amertume, dans le récit d’Ingrid ! Elle nous partage, au contraire, son regard acéré sur ses propres difficultés, celles de ses compagnons de détention, et celles de ses gardes à rester des humains dans des conditions inhumaines… Son livre n’est pas un long gémissement, mais un hymne à la Vie. À longueur de page, elle nous redit qu’elle a finalement accueilli cette épreuve pour apprendre à vivre, pour se convertir à une vie plus humaine, pour redécouvrir ce qui est essentiel dans une vie… Et que, peut-être, elle devait vivre cela…

Rien de l’ordre de la mesquinerie dans le récit d’Ingrid ! Mais un tempérament bien trempé, qui refuse l’injustice, qui refuse de jouer le rôle du coupable, qui prend des risques incroyables pour défendre sa dignité et celle des autres, qui tentera de s’évader cinq fois, avec les mesures de rétorsions qui en découleront… Comportements qui ne manqueront pas de susciter la jalousie, la rancœur, l’humiliation. Bien sûr, il y aura des moments de descente aux enfers, des périodes où la mort rôde alentour, et des moments de répit… Mais c’est surtout le témoignage que la Vie, finalement, réussira à se frayer un chemin, grâce aux autres – il leur arrive d’être des anges- : les messages radio des proches, de sa mère, de ses enfants, tel détenu qui apporte son aide, son amitié, tel gardien dont la compassion se réveille, et tous ceux et celles qui ont travaillé, sans relâche, à la libération des détenus…

Une relecture de vie admirable, où la souffrance, comme les étincelles de joie sont recueillies pour en faire jaillir la Vie !

Relire sa vie…

J’avais déjà eu l’occasion de relire ma vie, d’en rechercher le fil conducteur, c’est-à-dire la grâce de Dieu, qui m’avait conduit jusqu’où j’en suis aujourd’hui. Mais je ne l’avais jamais vécue à cette profondeur… Une fois de plus la session proposée, intitulée « Notre vie affective et son histoire », fut très fructueuse… Je ne peux guère vous en dire trop sur cette expérience, à la fois personnelle, et vécue à plusieurs… Mais vous saurez lire entre les lignes de mon commentaire d’évangile de ce dimanche, et dans le partage de ma lecture du livre d’Ingrid Betancourt, qu’il en va de l’accueil de ses blessures, du consentement à ce qui nous est donné de vivre, du pardon à la vie pour se laisser relever et faire alliance avec la Vie, qui n’est autre que celle de Dieu…

Cela vous parle-t-il ?

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