Attendrons-nous la Parousie ?

14 novembre 2010, 33° dimanche C, Lc 21,5-19 /

Peut-être trouverez-vous ce commentaire trop loin de vos préoccupations et trop loin du sens littéral de l’évangile de ce dimanche, dans ce cas, n’hésitez pas à passer à autre chose. Mais peut-être cela fera-t-il sens pour vous, bien que ma méditation soit très marquée par une récente session de relecture de mon histoire affective… Nous approchons de la fin de l’année liturgique, et le thème de la Parousie (du retour du Christ à la fin des temps) est omniprésent. Dans ce contexte apocalyptique, Luc nous parle de destruction du Temple, de persécutions à vivre, de témoignage à rendre et de persévérance. Mais j’y entends – aujourd’hui en tout cas- dépassement de l’image de soi, consentement à ses blessures  et accueil de la Vie.

Dépasser l’image de soi !

« Quelques-uns parlaient du Temple, de son ornementation de belles pierres et d’ex-voto. Jésus dit : ‟Ce que vous contemplez, des jours vont venir où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit.ˮ » (Lc 21,5) Cette destruction du Temple, nous le savons, ouvrira à un culte « en esprit et en vérité », à une présence de Dieu, non plus cantonnée au Temple, mais inscrite dans les cœurs… Or, des temples, nous en construisons à longueur de vie : non seulement pour cantonner Dieu à ce qu’il devrait être (selon nous), mais aussi pour cantonner notre vie à ce qu’elle devrait être (selon nous). Ce temple, cette « image taboue » de nous-mêmes,  nous empêche bien souvent de vivre de façon juste et en vérité : « Je suis nul » ; « Je suis médiocre » ; « Je dois être fort » ; « Je ne dois pas pleurer » ; « Je suis mal-aimé » etc… Peut-être qu’à une certaine période de nos vies, cette image fut utile pour survivre… Mais vivre, c’est autre chose… « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai » (Jn 2,19)… Accepter de dépasser l’image de soi – s’autoriser à pleurer, à se montrer faible, à apparaître non-maquillée…. –  et se rendre compte que le monde ne s’écroule pas, mais que nous pouvons aussi exister sur ce mode-là, et même plus, découvrir que nous existons de façon plus juste, plus vraie : relevés « en esprit et en vérité » ! Quelle expérience libératrice…

Consentir à ses blessures !

« Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. » (Lc 21,16) Cette parole nous paraît dure, improbable, et pourtant nous avons tous vécu cela à divers degrés ! Blessures d’enfance, d’adolescence ou de notre vie adulte, jalousies, désir de se conformer aux attentes de nos parents, deuils vécus comme des trahisons, culpabilité traînée comme un boulet… Oui, tous et chacun, d’une manière ou d’une autre, nous sommes livrés à la vie avec toutes nos blessures, et qui font d’autant plus mal, lorsqu’elles nous sont infligées par ceux que nous aimons, et qui nous aiment : livrés [en pâture à la vie] par nos parents, nos frères, notre famille et nos amis… Et pour certains cela conduit à une non-vie : ils feront mettre à mort certains d’entre vous… Alors comment vivre ? « Mettez-vous dans l’esprit que vous n’avez pas à préparer votre défense. »(Lc 21,14) Il s’agit d’abord de reconnaître ces blessures, qui ont façonné ce que nous sommes, avec toutes nos fragilités et nos forces. De ne pas s’en défendre, au sens de ne pas s’en cacher… Croyez-vous que l’on puisse aimer sans souffrir, sans être blessé ? Croyez-vous qu’il existe des personnes qui n’ont pas de blessures (ce ne serait pas des êtres humains mais des robots) ? Croyez-vous que vous seriez vivants sans ces blessures, sans ces séparations et en étant demeurés dans le cocon du sein maternel ? Il s’agit aussi certainement de pardonner à nos parents, à ceux qui nous ont blessés car ils ont fait comme ils ont pu avec ce qu’ils étaient… bref, de pardonner à la vie, c’est-à-dire de consentir à la vie qui nous a été donnée de vivre en quittant nos rêves stériles –nos temples– d’une autre vie.

Accueillir la vie !

Et Dieu dans tout cela ? Et bien c’est Lui qui nous a donné la vie, et qui nous la donne en abondance ! « Ne vous effrayez pas ! […] Je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction […] Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. […] C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. » (Lc 21) Nous n’avons pas le choix de vivre ce que nous avons à vivre, mais nous avons le choix de lui donner un sens, de reconnaître que cette vie, qui nous anime, c’est la vie même de Dieu, qu’il n’est pas dans un temple, qu’il n’est pas dans nos chimères, mais qu’il est au cœur de notre vie avec toutes nos blessures. La persévérance n’est pas de l’ordre du combat à la force de nos poignets, contre nos blessures, contre les autres mais de l’ordre du consentement à la Vie de Dieu en nous ! De l’Alliance avec la Vie, qui nous vient de Dieu, qui habite en nous et qui anime chacun de nos frères et sœurs !

Pour ce consentement à la Vie,

pour ce retour de la Vie de Dieu en nous,

attendrons-nous la Parousie ?

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Résurrection ?

7 novembre 2010, 32° dimanche C, Lc 20,27-38 /

Les Sadducéens, juifs ne croyant pas à la résurrection, cherchent à piéger Jésus sur le sujet, à partir d’un cas d’école – comme on aime en poser dans la tradition rabbinique -. Leur questionnement rejoint le nôtre : « Qu’en est-il de la résurrection ? ». Mais nos questions ne sont-elles pas trop alambiquées sur le sujet ? Jésus livre, au contraire, une réponse limpide, et nous invite à vivre pour Dieu dès maintenant.

Questions alambiquées…

Les Sadducéens, partant d’un raisonnement logique, visent à démontrer que la résurrection n’existe pas : « une femme, veuve sept fois, aura-t-elle sept maris à la résurrection ? N’importe quoi ! » Remarquons la faiblesse de leur pseudo raisonnement… Qu’un homme ait plusieurs femmes (comme cela était possible dans le judaïsme ancien) ne les choque pas, mais qu’une femme ait plusieurs maris leur semble tellement ridicule que cela justifierait la non-existence de la résurrection… Cette façon de poser le problème nous paraît bien caduque et notre contexte culturel est très différent, mais n’abordons-nous pas, nous aussi, la question de la résurrection de façon trop alambiquée ? Dans notre monde matérialiste, plusieurs personnes posent la question à partir du « comment cela peut-il se faire ? ». Puisque notre corps disparaît, rongé par les vers ou réduit en cendres, comment envisager une résurrection ? Puisqu’il nous semble reconnaître parfois des personnes ou des situations, comme si nous les avions déjà vécues, n’est-ce pas plutôt de réincarnation dont il s’agirait ? Puisque certains semblent avoir expérimenté la proximité de la mort comme un passage, à travers un tunnel, vers une lumière apaisante où les attendent ceux qu’ils ont aimés, existe-t-il réellement quelque chose après la mort ou est-ce seulement une production de notre cerveau lorsqu’il s’éteint ? Bref, les questions alambiquées ne manquent pas… Mais, posons-nous les bonnes questions ?

Réponse limpide !

Jésus répond d’abord que la question des Sadducéens est à côté de la plaque, car ils projettent simplement un prolongement de la vie matrimoniale d’ici-bas dans l’au-delà. Or, dans le Royaume de Dieu, il n’y a plus de contrat de mariage (heureusement diraient certains)… Il n’y a plus de recherche de descendance (à l’origine de cette loi demandant d’épouser la veuve de son frère)… Il n’y a plus de possession de l’autre (n’oublions pas que le mariage par amour est une invention récente, et qu’il s’agissait plutôt, par le passé, d’un acquis patrimonial)… Mais la vraie réponse est ailleurs : « Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants ; tous vivent en effet pour lui. »(Lc 20,38)… Cette vraie réponse est de l’ordre de celle que l’on donne à un enfant qui vient de perdre sa mère : « ta maman n’est pas disparue, elle est dans le ciel et dans ton cœur, tu pourras toujours lui parler quand tu voudras. C’est-à-dire qu’elle existera toujours tant qu’elle existera pour toi !… » Cette réponse vous semble-t-elle manquer de consistance ? Et pourtant, n’est-ce pas la réponse de Jésus : « Tous vivent en effet pour Dieu ! » Même si leur corps à disparu, tout ce que fut leur vie est recueilli en Lui, existe en Lui… Or, si nous croyons que Dieu est au fondement de l’Être du monde, exister en Lui c’est exister tout simplement ! Cette vie en Dieu est donc de la même nature, que nous soyons encore ici-bas ou déjà de l’autre côté… Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants… Réponse limpide !

Vivre pour Dieu dès maintenant !

Alors oui, il faut sans cesse le répéter, car nous avons du mal à y croire vraiment, la mort à craindre n’est pas celle de notre corps mais celle d’une mort à Dieu, d’une mort aux autres, d’une mort à ce que nous sommes en profondeur : c’est ce qu’on appelle le péché. Exister, au contraire, c’est vivre en ressuscité dès maintenant, mettre au cœur de nos vies ce qui a de la valeur aux yeux de Dieu : fraternité, amitié, amour, don de soi… toutes choses déposées et cachées en Lui, à partir desquelles il nous ressuscitera. Saint Paul résume cela magnifiquement : « Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est d’en haut. […] ; c’est en haut qu’est votre but, non sur terre. Vous êtes morts [au péché], en effet, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire. » (Col 3,3)

Alors, désirons-nous quitter nos questions alambiquées sur l’au-delà ?

Désirons-nous accueillir la réponse limpide de Jésus ?

Et vivre pour Dieu dès maintenant ?

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Discerner pour décider…

Comme chaque semaine, je vais essayer de vous partager quelques éléments de ma session de formation. Celle-ci portait sur le discernement. On le sait, Ignace de Loyola a transmis, à l’Église, un certain savoir faire en ce domaine, relayé et travaillé par les Jésuites depuis leur fondation. À vrai dire, en abordant cette session, je craignais un peu les recettes toutes faites, d’autant plus que j’avais eu l’occasion de côtoyer quelques personnes par le passé, férues de ces méthodes et pourtant pas vraiment bien situées dans leur vie… Heureusement, je fus agréablement surpris !

D’abord, comme c’est le cas pour toutes les sessions de cette formation, la matière principale est celle des expériences apportées par les participants : des situations de discernement fort diverses, notamment à cause de la dimension internationale de notre groupe. Deuxièmement, on ne nous a pas livré des recettes à appliquer, mais plutôt un savoir faire, une sagesse, des repères, dont j’aimerais vous partager quelques éléments.

– Bien sûr, il y a les fameux mouvements de l’âme mis en exergue par St Ignace, et qu’il nous apprend à repérer : La consolation spirituelle ( la vraie paix, la joie profonde, le désir de découvrir le Christ, la confiance… qui attestent d’une situation en phase avec l’Esprit de Dieu), sur l’autre versant, la désolation spirituelle (vaste indifférence, plus de goût pour la prière, trouble, repli sur son égo, etc. … qui attestent soit d’un laisser-aller, soit d’une vie moins en phase avec l’Esprit de Dieu, soit d’un temps d’épreuve où je dois apprendre à me tenir debout dans la tempête) et puis des situations plus subtiles où nous pouvons nous laisser prendre par des mirages (exagération euphorisantes ou déprimantes, etc. …) et des mouvements divers à repérer… Retenons, sans entrer dans le détail, que pour discerner il ne faut pas simplement cogiter mais aussi être attentifs à ces mouvements qui nous habitent…

–  Un autre élément, qui m’a semblé fort intéressant, est la recherche de son désir profond, dans telle ou telle situation, mais aussi dans une option foncière de vie… L’identification de ce désir fondamental peut nous permettre de faire la part des choses entre la fin recherchée et les moyens qui se présentent à nous dans toutes les petites décisions du quotidien… Dois-je acheter ceci ? Dois-je prendre du temps avec telle personne ? Dois-je faire cette activité ? etc. … S’arrêter un bref instant, faire remonter mon désir fondamental (ou telle image qui me parle de ce que je veux vivre) peut me permettre de choisir, avec plus de cohérence, dans ce genre de petits discernements dans la vie courante…

– Le discernement ne doit jamais partir de l’aspect négatif d’une décision (arrêter telle relation, partir d’un lieu, refus d’une proposition) mais de l’aspect positif : quel est mon désir ? Y a-t-il un appel à travers cela ? Est-ce que mon choix sera source de vie ? etc. …

– Et puis, bien sûr, il y a les grosses décisions à prendre… Plus la décision est importante, plus le soutien d’un accompagnateur sera le bienvenu. Quatre étapes généralement : 1- Faire mémoire de choix précédents et puis, surtout, identifier le choix en terme d’une alternative claire sur laquelle je veux exercer mon discernement (évacuer les troisièmes voies)… 2- Se rendre disponible à  Dieu pour accéder à une vraie liberté intérieure. En mettant de côté l’alternative en question (pour un temps), je me replace face à la finalité essentielle de ma vie  qui est de l’ordre de la communion avec Dieu et avec les autres, et je me rends disponible en relativisant des choix moins fondamentaux que celui-ci… 3- Entrer alors en délibération : durant un jour ou plusieurs jours, je me place du côté de la première alternative et je pèse le pour et le contre, je prends des notes, je réfléchis, je regarde ce qui se passe dans mon cœur, je prends du temps pour envisager cette possibilité dans la prière… Puis, durant un ou plusieurs jours, je me place du côté de la deuxième alternative et je fais le même travail… Ce jeu de bascule peut se faire plusieurs fois… 4- Puis, l’ayant laissé mûrir, vient le moment de la décision… Je me décide donc et présente cette décision au Seigneur… Normalement la paix s’établit en moi, et je me sens confirmé dans ma décision… Mais si le trouble ou l’angoisse se manifeste, cela veut dire que la décision n’était pas mûre. Il faudrait alors remettre les choses en chantier en se donnant encore du temps et, si possible, une date butoir pour prendre sa décision…

– Dernier point, et non des moindres, il s’agit aussi de découvrir que la volonté de Dieu pour moi n’est pas décidée précisément d’avance, ni inscrite nulle part, comme si je devais reconnaître un chemin écrit, sans moi, d’avance… Non, la volonté de Dieu est de l’ordre d’un désir pour moi, d’une alliance, d’une espérance à laquelle je puis répondre en toute liberté… C’est la rencontre de deux désirs, qui va permettre d’écrire ensemble une page nouvelle et inédite… Dieu veut mon bonheur et, quel que soit le chemin choisi, il me proposera sans cesse d’inventer une vie plus conforme à son désir et plus conforme au mien, en profondeur…

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Rencontre de deux désirs…

31 octobre 2010, 31° dimanche C, Lc 19,91-10 /

En peu de mots, quelle belle rencontre ! Non pas tant celle de deux hommes que celle de deux désirs ! Le désir caché de Zachée trouve écho dans le désir tenace de Dieu et c’est la joie profonde qui surgit… Cette rencontre ne nous parle-t-elle pas de ce qui se cherche dans chacune de nos vies ? Mon désir ? Son désir ? Une plénitude possible ?

Quel est mon désir ?

« Zachée cherchait à voir qui était Jésus » (Lc 19,3). Quel était le motif de cette recherche ? Une curiosité passagère, le signe d’une soif plus profonde, un désir secret non identifié ? En tout cas, cette quête est suffisamment importante pour l’inciter à prendre certains moyens afin d’arriver à ses fins… Et le voilà escaladant un sycomore pour dépasser le double obstacle de la foule et de sa petite taille. La suite du texte nous révélera qu’effectivement, loin d’une curiosité malsaine, un désir profond l’habitait : celui d’une vie juste et d’une conscience apaisée. En effet, son métier de collecteur d’impôts l’avait entraîné vers une vie qu’il ne désirait pas vraiment, il s’était enrichi en collaborant avec l’occupant et en prenant sa part sur le dos de ses frères et sœurs juifs… Mais la rencontre de Jésus va bouleverser sa vie !  Et nous ?… Vivons-nous la vie que nous désirons réellement vivre ? Ne nous sommes-nous pas laissé entraîner vers une autre vie que la nôtre ? Quel est notre désir profond ? Irons-nous, comme Zachée, jusqu’à prendre les moyens de nous élever au-dessus de la foule, au-dessus du conformisme, au-dessus de notre routine pour nous arrêter et retrouver le désir profond qui nous habite ? Profiterons-nous de ces espaces de silence, de retrait, de discernement, qui nous sont proposés dans divers lieux d’Église, pour renouer avec celui ou celle que nous sommes en profondeur ?

Quel est le désir de Dieu ?

Identifier notre désir profond est un excellent pas pour nous aider à discerner nos choix. Mais n’est-ce pas trop tard pour changer de vie ? « Jésus levant les yeux, l’interpella : “ Zachée, descends vite : aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer chez toi !ˮ » (Lc 19,5). Quelle que soit l’étape où nous en sommes dans notre quête spirituelle, nous pouvons entendre cet appel ! Au minimum, Jésus nous dit : «  Le désir profond qui t’habite, c’est l’appel à la Vie… Une Vie qui te précède, qui t’a été donnée, qui est enfouie en toi et qui ne demande qu’à prendre toute sa place. Quitte ce qui sème la mort en toi et laisse La Vie demeurer chez toi, prendre sa place et revivifier tes branches mortes. » En terme plus chrétien, on parlera plus volontiers de l’Esprit de Dieu qui désire demeurer en nous ; qui, en fait, demeure déjà en nous et ne demande qu’à nous vivifier, à nous communiquer sa force, son dynamisme, sa paix, etc. … Nous ne sommes donc pas seuls avec notre désir, comme s’il s’agissait d’un rêve utopique ! Notre désir profond, c’est aussi le désir de Dieu pour nous, un désir tenace (il me faut demeurer chez toi) ! « Dieu plus intime à moi-même que moi-même » disait saint Augustin… Et nos ressources profondes pour changer de vie, ce sont les forces mêmes de Dieu.

Et jaillissement de joie !

« Vite, Zachée descendit et l’accueillit tout joyeux » ( Lc 19,6). Lorsque notre désir profond rejoint celui de Dieu, alors la joie peut jaillir, et une joie effective, agissante, décisionnelle : « Eh bien Seigneur, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens et, si j’ai fait tort à quelqu’un, je lui rends le quadruple ! » (Lc 19,8)… Zachée, qui se croyait enfermé dans son rôle de collecteur d’impôts mais qui rêvait d’une autre vie, va trouver, en Jésus, toutes les ressources nécessaires pour changer totalement de vie ! Et ce n’est pas un changement superficiel : « Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison ! » (Lc 19,9)… Il a renoué avec la Vie, avec la vie de l’Esprit de Dieu en lui et avec les autres, et cela passera la mort… Voilà jusqu’où l’a mené l’escalade de son sycomore !

Et nous, quel sycomore avons-nous à escalader pour voir Jésus ? C’est-à-dire, quels moyens prendre pour renouer avec notre désir profond qui n’est autre que le désir de Dieu pour nous ?

Permettrons-nous la rencontre de ces deux désirs

pour que jaillisse la joie d’une vie unifiée ?

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De la jalousie à la louange…

Comme la semaine dernière j’aimerais vous partager l’un ou l’autre élément de la semaine écoulée. Notre session s’intitulait : « De la jalousie à la louange ! »…

Pour nous donner un peu de grain à moudre, en plus de nos propres expériences, nous avons débuté la semaine avec le film Amadeus, de Milos Forman, qui met en scène la jalousie exacerbée de Salieri vis-à-vis de Mozart… Le film fait apparaître magistralement les ressorts de la jalousie…

Dans une première partie de la semaine, plutôt sous l’angle de vue psychologique, nous avons découvert ou redécouvert quelques vérités essentielles :

– D’abord, que tout être humain est marqué par la jalousie, qu’il ne s’agit donc pas de s’apitoyer sur son sort, mais de chercher à humaniser cette jalousie. Elle remonte en effet à la petite enfance, où l’enfant vit de l’illusion que son père et sa mère ne vivent que pour lui (mais cette étape est fondatrice)… Puis, petit à petit, il doit faire face à la désillusion : sa mère vit aussi pour son père, pour ses frères et sœurs, pour ses ami(e)s etc… d’autres personnes peuvent la rendre heureuse : ce qui fait naître la jalousie, non seulement le besoin d’être aimé, mais aussi d’être préféré… Dans le meilleur des cas, cette jalousie peut aider à grandir et à déployer ses propres atouts, mais une blessure demeure plus ou moins profonde…

– Deuxième découverte importante : la jalousie est parfois un mécanisme de défense face à la déception : la jalousie plutôt que la déception ! On peut voir  notamment cela dans la vie d’un couple : au départ, on ne voit que ce qui est gratifiant chez l’autre – sa beauté, son intelligence, son humour etc. – puis, petit à petit, (comme l’enfant envers sa mère) on doit vivre une certaine désillusion… Plus l’idéalisation fut importante, plus la déception peut être grande ;  alors, pour ne pas avoir à souffrir de cette déception insupportable, celle-ci se transforme en méfiance et en jalousie. Plutôt que d’être déçu par mes illusions et par l’autre, je préfère l’accuser et le rendre coupable. On voit très bien ce fonctionnement à propos de Salieri : au début du film, il a entendu parler de Mozart et il l’idéalise ; il cherche d’ailleurs, dans l’assemblée, à découvrir le visage de ce compositeur hors pair… Mais, quand il découvre que Mozart est un jeune homme dévergondé et libertin, sa déception est immense et se transforme en jalousie criminelle : « Pourquoi Dieu a-t-il choisi ce gamin insolent plutôt que moi ?  Moi qui ne suis qu’un compositeur médiocre et pitoyable… » La jalousie, même si elle me fait souffrir, est moins douloureuse que de me décevoir moi-même et d’être déçu de l’autre… Et, bien sûr, cette jalousie réactive les blessures, les déceptions, les jalousies de mon enfance….

– Troisième découverte : la jalousie plutôt que la solitude. L’enfant, quand sa mère le quitte pour être avec d’autres personnes qui la rendent heureuse, découvre petit à petit la solitude. Il doit accepter des sentiments d’exclusion et cela lui permet de se construire : il n’est pas sa mère, un travail de différentiation s’opère donc. Paradoxalement, rester dans la jalousie peut m’éviter de faire ce travail de solitude. L’autre m’obsède, m’habite constamment et je ne suis pas seul… Je ne peux exister sans l’autre, mais dès que je suis en présence de l’autre, c’est sur le mode de l’affrontement…

Bref, j’ai déjà été trop long sur ce sujet…

L’autre versant de la session, plus spirituel, vers la louange, nous invitait à trouver des chemins de guérison :

– Reconnaître nos blessures et découvrir que c’est là particulièrement que Dieu vient nous rencontrer… C’est la parabole de la brebis perdue : non pas au sens de la personne perdue que Dieu va rechercher, mais dans le sens où Dieu va rechercher la part de nous-mêmes qui s’est égarée, qui est blessée… Voilà pourquoi cette 100ème brebis cause tellement de joie au berger, non pas parce que les 99 autres n’auraient pas d’importance, mais il en va ici de la joie de l’être unifié ! Nous retrouvons notre unité intérieure, nous ne sommes plus divisé. (cf Lytta Basset)… Nous pouvons découvrir à la relecture de notre vie que, dans les pires moments de notre vie, Dieu était là à nos côtés… et même qu’il se tient de préférence là, avec nos blessures, avec le cœur brisé. La résurrection ne prend sens que si nous laissons le Christ atteindre ce qui est mort en nous…

– À partir de cette guérison intérieure, nous devenons capables de pardon envers nous-mêmes, envers les autres, envers Dieu… Nous pouvons aussi convertir notre regard sur Dieu et faire la différence entre notre Père du ciel et les relations plus ou moins bonnes que nous avons eues avec notre propre père terrestre…

– Enfin, nous pouvons cheminer vers l’action de grâce, vers la louange pour les talents de chacun, pour nos différences, pour la beauté du monde. Dans la prière, nous pouvons cheminer vers un regard sur l’autre  qui soit de plus en plus celui de Dieu : un regard bienveillant qui désire faire grandir l’autre à partir de ce qu’il est et qui nous donne de contribuer, chacun à sa place, à la beauté du monde et à l’avènement du Règne de Dieu…

J’espère que ce partage est compréhensible, car, une fois de plus, résumer une semaine en quelques lignes est un exercice difficile…

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Quelle est ma place ?

24 octobre 2010, 30° dimanche C, Lc 18,9-14 /

« Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain. [Moi] je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne ! » (Luc 18,10) Quelle prière ! Est-ce vraiment une prière ? Les traits de ce personnage peuvent nous paraître grossiers, mais n’oublions pas qu’il s’agit d’une parabole qui, à la manière d’un conte, campe des personnages porteurs d’une typologie. En l’occurrence, Jésus veut donner un enseignement à ceux qui se croient justes et méprisent tous les autres… La question mise en scène, me semble-t-il, est celle de notre juste place : face à Dieu, face aux autres, face à nous-mêmes.

Quelle place face à Dieu ?

Nous retrouvons un vocabulaire en harmonie avec l’évangile de la semaine dernière, non plus celui de la justice, mais de la justesse et de la justification. L’évangile nous dit clairement que nous ne pouvons nous ajuster par des rites, par des observances, c’est-à-dire par nos propres forces, à la vie de Dieu. Une autre manière de dire que nous ne pouvons pas prétendre devenir comme Dieu par nous-mêmes et que nous ne sommes pas Dieu. Ce désir de toute puissance remonte à la petite enfance : nous croyons, au départ, être le centre du monde, et que notre mère n’existe que pour nous, puis, progressivement, nous prenons conscience qu’elle existe aussi pour d’autres : pour son mari, pour nos frères et sœurs, pour ses ami(e)s… Le « petit dieu »  apprend donc, en principe petit à petit, qu’il n’est pas le centre du monde, qu’il dépend des autres, qu’il n’est pas à l’origine de sa vie, qu’il ne peut maîtriser la vie des autres. Prendre conscience de cela opère un décentrement salutaire : nous n’avons plus à maîtriser la vie ni les personnes, nous n’avons plus à être parfaits ni à porter la responsabilité des échecs et des souffrances qui nous entourent…  Donner sa place à Dieu, qui est le seul maître du monde, n’est donc pas un mouvement d’humiliation, mais de libération : « Qui s’abaisse sera élevé… » (Luc 18,14)

Quelle place face aux autres ?

Nous le disions, les traits sont biens marqués, car cet homme ne semble exister que dans la comparaison, que dans la compétition, comme s’il lui fallait écraser les autres pour pouvoir exister : quel malheur ! Mais attention, l’évangile ne nous parle pas  de ce personnage fictif pour que nous le jugions, mais afin qu’il joue le rôle d’un miroir grossissant. Car, bien-sûr, tous les humains participent de ces sentiments… Pour advenir à l’autonomie, à la différentiation, l’enfant en passe par la comparaison, la compétitivité, la jalousie. Et celles-ci s’installent durablement dans le cœur de chacun…. Alors que faire ? Culpabiliser ? Certainement pas… Il nous faut d’abord reconnaître cette jalousie qui nous habite, la nommer (en quoi suis-je jaloux ?) et ainsi pouvoir déjà la mettre à distance… Et la prière, ne peut-elle pas nous aider à regarder l’autre avec les yeux de Dieu : il est différent de moi, je n’existe pas par lui, je n’ai pas à me comparer à lui, il a des talents, il est aimé de Dieu de façon unique… Et même si je n’ai aucun sentiment d’affinité envers cette personne, je peux l’aimer, c’est-à-dire l’aider à se réaliser… N’est-ce pas tellement plus simple et reposant d’accepter l’autre, dans sa différence, et même de l’aider plutôt que de m’épuiser dans la comparaison, la compétition et la jalousie… Donner sa place à l’autre dans ma vie, qu’elle libération !

Quelle place face à nous-mêmes ?

Vous le pressentez bien, la question profonde au cœur de cette incapacité à se bien situer face à Dieu et aux autres concerne notre rapport à nous-mêmes, à ce que nous sommes en vérité. « Mon Dieu, prends-pitié du pécheur que je suis !…  Quand ce dernier rentra chez lui, c’est lui qui était devenu juste, et non pas l’autre… » (Luc 18,13-14) Ici, l’accent est mis sur le péché, mais ailleurs dans l’Évangile, il est aussi mis sur les talents… À chacun d’en prendre conscience : Il ne s’agit pas de m’autoflageller, ou de m’automutiler en ne voyant que mon péché, mais de regarder ma vie en vérité, avec mes défauts, mes jalousies, mes incapacités à aimer, mais aussi mes talents, l’amour dont je suis capable, etc. … En me plaçant ainsi en vérité devant Dieu, sans me comparer à Lui ou aux autres, sans vouloir me justifier, alors Il peut venir guérir mes blessures. Me permettre d’unifier de nouveau ma vie, de rentrer chez moi (dans mon intériorité) justifié. C’est-à-dire de me situer de façon juste face à qui je suis en vérité. Comme les autres, avec mes talents et mes défauts, je peux alors reconnaître ma contribution singulière, unique, à la beauté du monde et au projet de Dieu qui se déploie.

Face à Dieu, aux autres, à moi-même, prendre ma juste place…

n’est-ce pas libérateur ?

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Réclamerons-nous justice ?

17 octobre 2010, 29° dimanche C, Lc 18,1-8 /

Sept fois ! Oui, dans ces quelques lignes de l’évangile de Luc, on retrouve par sept fois, les mots juge ou justice ! Alors que l’introduction précise qu’il s’agit d’un enseignement sur la prière ! Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais ma première impression est de l’ordre  de l’interrogation : que vient faire ce champ sémantique de la justice à propos de la prière ?… Puisqu’il y a problème, essayons de creuser cette question. De quoi parle-t-on : Quel juge ? Quelle injustice ? Quel désir ?

Quel juge ?

D’abord, il y a cette contre-image du juge sans justice… utilisée par Jésus pour dire que Dieu n’est pas ainsi et, qu’au contraire, il rendra justice promptement. C’est déjà un premier point… Mais pour creuser la figure biblique du juge, je ne peux m’empêcher de penser au Livre des Juges. Vous vous souvenez, ce livre évoque la période juste après la conquête de la terre promise (le livre de Josué) et juste avant l’institution de la royauté. Période présentée, par la Bible, comme une période où Dieu menait lui-même son peuple par l’intermédiaire de Juges. Dans ce livre on voit, d’une part, des Juges qui, non seulement rendent la justice, mais également commandent l’armée et gouvernent. La fonction du Juge est donc celle d’un quasi roi, qui gouverne à la place du Seigneur Dieu, le vrai roi d’Israël. D’autre part, le titre de Juge est également donné à des héros-sauveurs, la figure la plus connue étant celle de Samson, personnage héroïque qui libère Israël du joug ennemi, quitte à y laisser la vie (cela ne vous rappelle personne ?)… Les interlocuteurs de Jésus sont donc habités par cette culture biblique. Lorsqu’on leur parle d’un Dieu Juge, ils entendent ce Dieu Sauveur, qui libère des ennemis et qui mène son peuple vers le bonheur promis… Ils n’ont pas l’image d’un Dieu comptable avec une balance entre les mains. Et Jésus sait ce qu’il peut en coûter de se présenter comme Juge… Première étape donc pour entendre ce texte, ouvrir notre compréhension du mot « juge ».

Quelle injustice ?

Revenons à notre question de départ. Si je comprends bien, on nous parle donc de la prière, en termes de réclamations pour des injustices subies ? « Rends-moi justice contre mon adversaire. » (Lc 18,3)… De quelles injustices s’agit-il ? D’injustices ponctuelles ? D’épreuves injustes ? De la pauvreté, de la maladie, d’une relation rompue ? Oui, ces éléments habitent certainement nos prières… Mais, plus fondamentalement encore, percevons-nous la vie comme une injustice ? C’est-à-dire, en termes positifs : avons-nous l’intuition profonde que nous avons droit au bonheur, que nous existons pour être heureux, pour aimer et être aimés ? Pourquoi alors notre vie ne correspond-elle pas à cette attente ?… De même, en ce qui concerne Dieu : nous estimons, au fond de nous-mêmes, que Dieu devrait être bon, pourquoi nous envoie-t-il donc toutes ses épreuves ? Ou, plus radicalement, puisque le mal et le malheur sont partout c’est que Dieu n’existe pas ! D’une certaine manière, ce sentiment d’injustice envers la Vie, envers Dieu, est excellent : c’est le versant négatif d’une attente, d’un désir, d’une intuition profonde que la Vie est faite pour le bonheur et que Dieu doit agir pour ce bonheur… Réclamer justice, comme Job, face à son malheur, est excellent. Ne donnons pas trop vite de réponses explicatives pour justifier l’injustifiable (c’est ce que font les faux-amis de Job, qui seront désavoués par Dieu lui-même), ne nous résignons pas à des demi-vies, mais réclamons justice !

Quel désir ?

« Je vous le déclare, Dieu leur fera justice bien vite » (Lc 18,8). Luc veut-il évoquer, comme dans d’autres passages, que la Parousie (la fin des temps) ne saurait tarder ? Ce qui corrobore ce que nous évoquions : la prière n’a pas tant à voir avec « des prières », ponctuelles et à des fins immédiates, qu’avec « La Prière », le Désir de plénitude et de bonheur qui nous habite ! Désir que Dieu viendra combler à la fin des temps lorsqu’il jugera, c’est-à-dire : sauvera, gouvernera, conduira le monde à sa plénitude… « Mais le Fils de l’homme quand il viendra trouvera-t-il la foi sur terre ? »(Lc 18,8) Dans la logique de ce que nous venons de dire, la question n’est pas : « Trouvera-t-il des gens pieux sur terre ? » (qui justifient tous les malheurs), mais,  plutôt,  trouvera-t-il des êtres de désir ? Qui réclament justice… comme cette veuve ? Or, les plus révoltés, les plus acharnés contre Dieu, sont peut-être, justement, ceux qui ont le plus grand désir d’un Dieu bon, juste, vrai ! Quel est notre Désir ? Quelle est notre Prière ?

Réclamerons-nous justice ?

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Ecoute et dialogue

Je viens de terminer, dans le cadre de ma formation, une session intitulée « Écoute et dialogue » avec Mme Maryse Laval, et je me suis dit que cela pouvait être intéressant (d’abord pour moi, et éventuellement  pour vous), de vous en partager quelques éléments.

Le cadre du travail était plus particulièrement celui d’un entretien entre un « écouté » et un « écoutant », c’est-à-dire lorsqu’une personne vient demander à une autre de parler d’une situation vécue, de ce qu’elle vit etc., éventuellement dans le cadre d’un accompagnement spirituel… Mais cela nous a permis d’évoquer aussi d’autres considérations plus générales sur l’écoute, la parole… par exemple : « Les humains peuvent traverser bien des épreuves mais la seule chose qu’ils ne peuvent pas faire c’est de les traverser sans paroles ».

Je vous livre donc quelques découvertes et convictions :

– Il n’y a pas de bon ou de mauvais écoutant, comme si c’était une qualité innée, mais l’écoute est un travail. Travail pour être attentif à ce que me dit l’autre, dans ses paroles, dans ses gestes, dans ses sentiments… C’est aussi un combat pour faire advenir l’autre à lui-même, pour le faire accéder à ce qui est non-dit, pour ne pas se laisser disperser par les éléments du récit, pour ne pas lui servir la « sagesse des nations » (un propos général sur ce genre de situation) mais pour s’intéresser uniquement à l’écouté, à son ressenti, à ce qui se joue en lui à travers tel ou tel récit.

– Ce travail ne consiste pas à faire le travail de la personne écoutée. Il ne s’agit pas de lui donner des solutions, de résoudre un problème mais de lui permettre de se remettre en connexion avec la Vie, avec la Vérité, avec son Désir… De lui permettre de trouver les mots pour se dire…

– L’écoute est un espace de liberté et de gratuité. Il ne s’agit pas de vouloir être efficace et de trouver une solution.

L’écoutant ne sait rien, ne comprend rien de l’histoire de l’autre, et son but n’est pas de comprendre. Même nos erreurs, en tant qu’écoutant, peuvent permettre à l’autre de se situer… C’est l’écouté qui sait ce qu’il vit. Notre travail consiste à reconnaître la source de vie en l’autre, avec laquelle il peut avoir perdu le contact dans telle ou telle situation.

– Il n’y a pas de recette à appliquer dans l’écoute puisque chaque cas est unique. Appliquer une technique ou une recette nous met forcément en faux par rapport à ce qui se vit. Le principal travail de l’écoutant consiste à se tenir dans la Vérité devant l’autre. De se mettre en obéissance, en contact avec la Vie, pour entendre le vital en l’autre… Il y a une Parole, une Origine, une Vie, une Vérité à laquelle nous sommes reliés, écoutant comme écouté… Mon écoute n’est pas à deux termes (écouter l’autre) mais à trois termes (écouter la Vie, la Vérité en l’autre)… Comme chrétien, on nomme se troisième terme l’Esprit de Dieu…

– L’écouté peut dire tout ce qu’il veut, il peut se taire, il peut laisser sortir ses émotions, c’est un espace pour lui. Par contre la marge de manœuvre du côté de l’écoutant est beaucoup plus étroite, il ne peut tomber ni dans la curiosité, ni abonder dans le sens de l’écouté, ni chercher des solutions, mais se tenir droit devant l’autre dans la Vérité…

Je ne sais pas si ces propos font sens pour vous ? Car ces convictions sont le fruit d’une semaine de session à partir d’exercices pratiques et non de théories… En tout cas, je vous recommande deux films, vus durant la session, qui illustrent bien le travail de l’écoutant : « La dernière marche » de Tim Robbins, 1995 et « Miracle en Alabama » d’Arthur Penn, 1962

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Fraternité universelle !

Cette année encore l’internationalité sera un élément central de ma vie quotidienne. En jetant un bref regard en arrière, je me souviens que cette dimension fut une des raisons qui m’ont conduit à la vie religieuse assomptionniste. Qu’elle chance en effet de pouvoir vivre au quotidien avec des frères et sœurs de différentes nationalités ! Quelle chance de pouvoir passer deux années en Afrique, neuf années en Amérique du Nord etc… Quelle chance d’avoir une maison, un chez-soi sur les cinq continents ! Quelle chance d’avoir un regard de l’extérieur sur sa propre culture ! Au-delà de toute ces raisons, il y a plus profondément, je crois, la chance de vivre de façon un peu prophétique une fraternité universelle : ce à quoi nous sommes appelés en Dieu ! Dans un monde marqué par la mondialisation, par les phénomènes d’immigration et d’émigration, la vie religieuse internationale nous permet d’inventer de vrais chemins de fraternité. Il ne s’agit ni d’accueillir, ni d’intégrer, ni de découvrir (à la manière d’un touriste) mais de dépasser nos racines (sans les renier) – il serait peut être plus juste de dire de relativiser notre propre culture  – pour construire avec des sœurs et des frères une culture commune, celle de l’Évangile ! Je n’ai jamais fait la liste des nationalités expérimentées au quotidien de ma vie religieuse au cours de mes 22 années en communauté, même si je ne peux m’empêcher de penser à la plus pittoresque, un frère franciscain, anglican des îles Salomon… Mais pour cette année ma vie sera partagée avec des frères et des sœurs de Chine, de Corée, du Vietnam, de Roumanie, du Burkina-Faso, du Rwanda, de Madagascar, du Liban, d’Argentine et de France… pas mal non ? Bien sûr notre culture nous marque, mais pas « petite expérience » en ce domaine m’incite à vous confier que la personnalité de chacun est bien plus prépondérante que ses origines, je ne vais pas vivre avec des chinois, des vietnamiens etc… mais avec Zaho, Duc, Kim Tien…. Quelle chance !

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Où rencontrer Dieu ?

10 octobre 2010, 28° dimanche C, Lc 17,11-19 /

Voici une scène bien connue : dix lépreux sont envoyés par Jésus vers les prêtres (le Temple), ils sont guéris en cours de route, et seul le Samaritain du groupe vient remercier Jésus. Qu’est-ce qui est en jeu ici ? La politesse, l’ingratitude ou le lieu de la rencontre de Dieu ? Une fois de plus, l’Évangile nous demande de faire demi-tour, c’est-à-dire de nous convertir, pour ne pas foncer bille en tête dans nos habitudes et passer à côté de l’essentiel…

Du sacrifice à Jésus-Christ…

Sous un certain angle de lecture, les neuf lépreux qui obéissent à Jésus en se rendant vers les prêtres, c’est-à-dire vers le Temple, sont très justes dans leur attitude, à plusieurs points de vue. D’une part, ils obéissent à Jésus et ils obéissent à la Loi (qui demande, en cas de guérison de la lèpre, de faire authentifier celle-ci par les prêtres, afin de pouvoir être réintégré dans la communauté). D’autre part, pour rendre grâce à Dieu de leur guérison, y a-t-il un lieu plus indiqué que le Temple ? Des sacrifices spécifiques sont mêmes prévus pour cela : les sacrifices d’action de grâce ! Jésus ne leur reproche donc pas d’être ingrats mais de se tromper de lieu pour rencontrer Dieu : « Et les neuf autres, où sont-ils ?»… Les sacrifices, le Temple, comme moyens et lieux de communication avec le divin, s’ils étaient légitimes par le passé, deviennent caducs puisque Dieu lui-même s’est rendu présent en Jésus-Christ… Quant au Samaritain, il n’a peut-être pas tant de mérite que cela puisqu’en tant que Samaritain, il ne pouvait se rendre au Temple à l’époque de Jésus ! En tout cas cela le libère pour reconnaître, en Jésus, la présence de Dieu. Son geste de prosternation, en effet, face contre terre, est un geste d’adoration réservé au divin. La question nous est renvoyée : où sont-ils, où me cherchent-ils ? Dans des pratiques rituelles ? En suivant le dernier gourou à la mode ? Dans la littérature ésotérique qui encombre les rayons religieux de nos librairies ? Où en Jésus-Christ, Dieu fait homme ?

Du Temple à l’église…

Nous pensons, souvent à tort, que nous ne sommes plus au temps de l’Ancien Testament, et nous nous croyons libérés d’un certain archaïsme religieux… Mais est-ce bien le cas ? Dans le passage de l’Ancienne à la Nouvelle Alliance, il y a d’abord passage du temple à l’église. C’est-à-dire du lieu des sacrifices multiples au lieu de célébration de l’unique sacrifice ; du lieu sacré par excellence au lieu du rassemblement ; de la demeure de Dieu au lieu où se constitue le Corps du Christ. Le mot église, en effet, comme le mot synagogue signifie l’assemblée, le lieu du rassemblement. C’est pourquoi le centre d’une église c’est l’autel, lieu d’une présence éphémère, où le Christ prend Corps, non pour venir habiter le bâtiment, mais pour être mangé, assimilé et prendre Corps dans l’assemblée des fidèles. Vous le savez bien, les tabernacles, lieux de la réserve eucharistique pour les malades, étaient auparavant dans les sacristies mais, avec le développement de la dévotion eucharistique, les tabernacles prirent une place de plus en plus importante dans les églises. Ceci n’est pas une mauvaise chose, mais attention à ne pas retomber dans un rapport au sacré archaïque. Le tabernacle n’est pas la petite maison de Dieu au sein de la maison de Dieu que serait l’église. Il nous faut passer de la logique du temple (demeure de Dieu) à la logique de l’église (lieu où l’assemblée des fidèles devient Corps du Christ)… En fait, même Salomon dans sa prière de consécration du Temple avertit de ne pas prendre celui-ci pour la demeure de Dieu, mais pour le lieu où il se laisse rencontrer… « Les cieux ne peuvent te contenir ! Combien moins cette Maison que j’ai bâtie !… Mais que tes yeux soient ouverts sur cette Maison jour et nuit ! » 1 Roi 8,27.29

De l’église à l’Église !

Il nous faut donc passer du Temple, lieu sacré du Saint des Saints (où le grand prêtre ne pénétrait qu’une fois l’an), au bâtiment église, lieu où l’assemblée se constitue en Corps du Christ, pour aller plus loin : le véritable lieu de rencontre de Dieu, c’est donc le Christ en son Corps qu’est l’Église (avec une majuscule)… Toutes les imperfections, et les péchés de ses membres n’y changent rien : puisque Dieu veut rassembler l’humanité en son Fils pour la conduire à sa plénitude, le lieu concret de communion à la vie de Dieu c’est l’Église, lieu des prémices d’une fraternité universelle… Lieu où notre éventuelle communion au divin se vérifie dans cette fraternité non choisie, à construire jour après jour… Paradoxalement, il ne s’agit donc pas nécessairement de faire venir à l’église ceux qui en sont loin, mais plutôt de faire sortir l’Église de ses églises pour permettre une découverte du Christ, semblable à celle dont bénéficia le Samaritain sur les routes de Palestine.

Reposons nous la question : Où rencontrer Dieu ?

Et où permettre sa rencontre ?

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