Des Hommes et des Dieux…

J’ai eu la chance, comme bien d’autres personnes, de voir récemment le film « Des Hommes et des Dieux » de Xavier Beauvois. Je ne dirais pas que c’est un film splendide, mais que c’est un film puissant sur la Vie.

Connaissant bien les Trappistes, notamment Tamié (qui a fourni l’un ou l’autre des moines de Tibhirine) et Aiguebelle (l’Abbaye mère) ; ayant suivi « l’affaire » de ces sept moines ; lu quelques ouvrages sur Christian de Chergé et ayant prié à plusieurs reprises en communion avec ces figures… mon attente était grande ! Mais je n’ai pas été déçu !

Le choix des chants, des textes bibliques, la façon dont le film rend compte de la liturgie monastique, j’ai trouvé tout cela très juste. Il est vrai que j’ai eu un peu de mal à retrouver dans Lambert Wilson la figure de Christian de Chergé : on ne devient pas moine en un film ! Mais le ton et le jeu des acteurs étaient globalement très justes (notamment Michael Lonsdale jouant frère Luc).

Le cœur du propos, à savoir, la décision de partir ou de rester, le sens d’un éventuel martyr, est très bien exprimé. Le combat intérieur des moines nous est rendu accessible et nous interroge. Ils prennent finalement conscience que l’éventuelle mort qui les attend est en continuité avec leur vie, déjà donnée, il y a de nombreuses années… J’ai particulièrement apprécié la formule lapidaire de frère Luc : « Partir c’est mourir ! »… Formule, ô combien évangélique : « Qui cherchera à conserver sa vie la perdra et qui la perdra la sauvegardera » Lc 17,33

La vie très simple et humaine de ces moines, leurs relations avec la population environnante m’ont semblé biens rendus. Ma seule réserve concerne la façon dont est présenté l’amour du Christ… Certaine scènes, certains propos, laisse entendre un amour plutôt immature, charnel, du style « je t’aime à la folie mon doux Jésus »… Je pense que c’est assez loin du véritable amour du Christ dans la vie religieuse : non pas un succédané d’époux ou d’épouse pour compenser notre célibat, mais un amour tendu vers une dimension beaucoup plus universelle qui ouvre à l’amour fraternel et à l’amour de la Vie sous toute ses formes.

Bref, si l’occasion se présente à vous, n’hésitez pas à voir ce film !

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Une vie libérée ?

3 octobre 2010, 27° dimanche C, Lc 17,5-10 /

Une fois de plus, nous pouvons ressentir un certain malaise après une première lecture du passage d’Évangile de ce dimanche. En effet, la relation maître-serviteur qui est proposée à notre méditation n’est, d’une part, plus très actuelle et, d’autre part, véhicule des images troublantes : un maître insensible au poids du jour qui pèse sur les épaules de son serviteur, toujours plus exigeant et sans reconnaissance pour le travail rendu et un serviteur qualifié de quelconque, voir d’inutile. Où est la Bonne Nouvelle ?… Peut-être Jésus Christ nous indique-t-il le chemin d’une vie libérée, donnée et gratuite ?

Une vie libérée…

Comme toujours dans une parabole, on ne peut faire correspondre exactement les personnages et les réactions à la réalité, sans quoi la parabole serait inutile et l’Évangile adopterait un langage plus direct. L’utilisation d’images, de petites histoires, permet au contraire de nourrir notre réflexion, et d’évoluer dans la compréhension de l’Évangile selon notre situation et l’étape de vie que nous traversons. N’enfermons donc pas trop vite le langage parabolique dans un langage systématique… Lisons attentivement : la figure du maître exigeant et sans compassion, ne renvoie pas d’abord à Dieu mais aux auditeurs : « Lequel d’entre vous, quand son serviteur vient de labourer… est reconnaissant envers ce serviteur ? » (Lc 17,7.9) et la comparaison de mettre l’accent sur le serviteur : « De même, vous aussi, dites-vous : “ Nous sommes des serviteurs quelconques. ˮ » (Lc 17,10) La pointe du texte porte donc sur l’attitude du serviteur que nous sommes qui ne doit pas courir après la reconnaissance, c’est-à-dire qui ne doit pas agir en fonction d’une récompense ou d’une punition mais qui doit conduire sa vie d’une façon libre. Ni sous le joug des hommes, ni sous le joug d’un Dieu manipulateur, bonne nouvelle donc d’une vie libérée !

Une vie donnée…

« Quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé » (Lc 17,10) : comme toujours, l’Évangile réaffirme, dans un même mouvement, que nous sommes libres et que la vraie liberté se trouve dans l’obéissance. Obéissance, non pas à un Dieu despotique, mais à Dieu Père qui connaît le chemin de notre bonheur, on pourrait donc dire tout simplement qu’il s’agit d’une obéissance à la Vie ou encore, si vous préférez, de se donner les moyens d’une Vie pleine, fidèle et heureuse dans l’Amour. Je ne peux m’empêcher de réentendre quelques passages du film « Des hommes et des Dieux » qui illustre cela parfaitement. Les moines de l’Atlas, s’interrogeant sur leur éventuel départ, face aux menaces terroristes et au climat de violence, découvrent que leur vie, qu’ils ont déjà donnée au moment de leur vœux monastiques, perdrait sens s’ils décidaient de partir (de fuir ?), en abandonnant leurs amis algériens pris dans la spirale de la violence… « Partir c’est mourir », résume le frère Luc, sachant que rester fait courir le risque d’être tué… mais en étant Vivant ! Sans être nécessairement confrontés à des choix aussi extrêmes, l’évangile de ce jour ne nous redit-il pas que notre vie ne peut trouver sens que dans une vie donnée, une vie de service, parfois très exigeante, mais qui prend sens dans l’Amour ?

Une vie gratuite…

Enfin, que faire de cette fameuse expression du « serviteur quelconque » ou du « serviteur inutile ». La encore, ne nous trompons pas de point de vue. L’Évangile ne nous dit pas que Dieu nous considère comme des serviteurs quelconques et inutiles, mais nous invite, nous-mêmes, à nous considérer ainsi. Vous le savez bien, de nombreux passages de la Bible nous disent combien nous sommes chers, chacun personnellement, aux yeux de Dieu : « Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés, soyez donc sans crainte… » (Mt 10,30) ou encore : « Tu as du prix à mes yeux, et moi je t’aime » (Is 43, 4) ce n’est donc pas du regard de Dieu dont il s’agit ici. Par contre, se considérer soi-même comme inutile, peut, dans un sens bien compris, être source de joie. Être inutile cela veut dire ne pas être instrumentalisé, Dieu ne nous a pas créés pour nous utiliser ou nous faire travailler à sa place (comme cela est présenté dans certains récits de création des religions mésopotamiennes par exemple), il nous a créés gratuitement, par amour… Si notre vie peut prendre sens, ce n’est pas dans une nécessité utilitaire mais dans une vie libre et donnée gratuitement ! Quelle joie !

Alors ne pensez-vous pas, malgré certaines apparences, que ce récit est plein de bonnes nouvelles ?

Donner sa vie par amour, librement, gratuitement

N’est-ce pas ce à quoi vous aspirez ?

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Lettre à Proba sur la Prière (St Augustin, extrait)

Dans cet extrait de la « Lettre à Proba sur la Prière », c’est la prière du Notre Père, comme modèle de toutes les prières, qu’Augustin nous présente, n’hésitant pas à déclarer que toutes les paroles de l’homme en prière ne peuvent que se rattacher à cette prière que Jésus a donné à ses disciples quand ils le suppliaient : « Apprends-nous à prier ! » (Luc 11, 1) Toute autre forme de prière serait « illicite » pour les hommes spirituels que nous sommes appelés à être.

« Les paroles nous sont nécessaires, à nous, afin de nous rappeler et de nous faire voir ce que nous devons demander. Ne croyons pas que ce soit afin de renseigner le Seigneur ou de le fléchir.
Aussi, lorsque nous disons : Que ton nom soit sanctifié, c’est nous-mêmes que nous exhortons à désirer que son nom, qui est toujours saint, soit tenu pour saint chez les hommes aussi, c’est-à-dire ne soit pas méprisé, ce qui profite aux hommes et non pas à Dieu.
Et lors que nous disons : Que ton règne vienne, alors qu’il viendra certainement, que nous le voulions ou non, nous excitons notre désir de ce règne, afin qu’il vienne pour nous, et que nous obtenions d’y régner.
Quand nous disons : Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel c’est pour nous que nous demandons une telle obéissance, afin que sa volonté soit faite en nous comme elle est faite au ciel par ses anges.
Quand nous disons : Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour, aujourd’hui signifie « dans le temps présent ». Ou bien nous demandons d’avoir ce qu’il nous faut en désignant le tout par la partie la meilleure, qui est le pain ; ou bien nous demandons le sacrement des croyants qui nous est nécessaire dans le temps présent pour obtenir non pas le bonheur dans ce temps, mais le bonheur éternel.
Quand nous disons : Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés, nous rappelons à nous-mêmes et ce que nous demandons et ce que nous devons faire pour être exaucés.
Quand nous disons : Ne nous soumets pas à la tentation, nous rappelons à nous-mêmes ce qu’il faut demander : que nous ne consentions pas à une tentation trompeuse, ou que nous ne fléchissions pas sous une tentation accablante, parce que nous serions privés du secours divin.
Lorsque nous disons : Délivre-nous du Mal, nous rappelons à nous-mêmes qu’il ne faut pas nous croire établis dans ce lieu où nous n’aurons plus à souffrir aucun mal. Et cette demande placée en dernier lieu dans la prière du Seigneur a une telle ampleur que le chrétien soumis à n’importe quelle épreuve exprime sa plainte par elle, verse des larmes par elle, commence par elle, s’y attarde et termine par elle sa prière. Nous avions besoin de ces paroles pour confier les réalités elles-mêmes à notre mémoire.

Car lorsque nous disons n’importe quelles autres paroles, soit que le cœur  de l’homme en prière les forme d’abord pour voir clair en lui, soit qu’il s’y attache en conclusion pour s’épancher, nous ne disons rien d’autre que ce qui se trouve déjà dans cette prière du Seigneur, du moins si nous prions de façon juste et appropriée. Si l’on dit quelque chose qui ne puisse pas se rattacher à cette prière évangélique, même si la prière n’est pas illicite, elle est charnelle. Et je ne sais pas comment on pourrait ne pas l’appeler illicite, puisque la prière spirituelle est la seule qui convienne à des hommes qui ont reçu du Saint-Esprit la nouvelle naissance. »

Commentaire de la Lettre à Proba sur la Prière :

« Les paroles nous sont nécessaires, à nous », insiste Augustin : au Seigneur le silence qui dit plus que toutes les paroles d’homme. Ce silence du cœur  à cœur où le cœur  de Dieu rencontre notre cœur  et sait déjà ce que nous demandons vraiment. Alors que nous demandons tous les biens de ce monde, alors que nous réclamons l’amitié ou l’amour qui fait défaut à l’homme solitaire, Dieu sait que c’est notre soif la plus profonde que nous disons… Notre soif éternelle… La soif qui ne connaîtra l’apaisement que dans les bras de Dieu. « C’est nous-mêmes que nous exhortons à désirer » : le nom de Dieu est « saint » de toujours à toujours, mais voulons-nous assez proclamer cette sainteté à la face du monde ? Ne sommes-nous pas trop souvent tentés de nous taire, et d’oublier les paroles de St Paul : « Annoncer l’Évangile en effet n’est pas pour moi un titre de gloire; c’est une nécessité qui m’incombe. Oui, malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! » (1 Co 9, 16) ? Puissions-nous tous comme le prophète ne plus nous taire, dévorés par le feu de la parole : Je me disais : « Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. » Mais il y avait en moi comme un feu dévorant, au plus profond de mon être. Je m’épuisais à le maîtriser, sans y réussir. s
Comment hésiter encore à dire « Que ta volonté soit faite », quand nous savons que la volonté de Dieu c’est l’Amour ? Comment ne pas désirer l’Amour ? Comment ne pas vouloir, ce que Dieu veut, puisque Dieu veut le bonheur de l’homme ? Mais nous désirons mal la volonté de Dieu. Constamment interfère notre désir de l’immédiat, dont notre coeur ne saurait être comblé : Dieu lui veut nous combler de ce qui demeure (« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons en lui notre demeure », Jn 14, 23).
Notre pain de ce jour, n’est-ce pas cette nourriture qui nous fait grandir pour la vie éternelle ? Le pain de vie : « Je suis le pain de vie. Qui vient à moi n’aura jamais faim ; qui croit en moi n’aura jamais soif. » (Jn 6, 35). Mais notre faim n’est pas apaisée, car nous ne sommes pas encore assez à Lui, nous ne croyons pas encore et notre soif est dévorante…
« Nous rappelons à nous-mêmes et ce que nous demandons et ce que nous devons faire pour être exaucés » : dans un même mouvement, nous prenons conscience de ce que nous désirons ardemment (être pardonné) et comment nous pouvons l’obtenir : en pardonnant à qui nous a offensé ! Cette démarche n’est peut-être pas toujours naturelle, et St Césaire d’Arles (470-543), qui connaissait bien les complexités du coeur humain, nous montre le Christ nous pardonnant de sa croix :
« Vous savez ce que nous dirons à Dieu dans la prière, avant d’en arriver à la communion :
« Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. » Préparez-vous intérieurement à pardonner, car ces paroles, vous allez les rencontrer dans la prière. Comment allez-vous les dire ? Peut-être ne les direz-vous pas ? Finalement, telle est bien ma question : direz-vous ces paroles oui ou non ? Tu détestes ton frère, et tu prononces : « Pardonne-nous comme nous pardonnons » ? J’évite ces mots, diras-tu. Mais alors, est-ce que tu pries ? Faites bien attention, mes frères. Dans un instant, vous allez prier : pardonnez de tout votre cœur   !
Mais alors, comme tu ne veux pas pardonner, ton âme s’attriste quand tu lui dis : cesse de haïr. Eh bien, réponds-lui : « Pourquoi es-tu triste, mon âme ? Et pourquoi me troubles-tu ? Espère en Dieu » (Ps 41, 6). Tu es mal à l’aise, tu soupires, ton mal te blesse, tu n’arrives pas à te débarrasser de ta haine. Espère en Dieu, c’est le médecin. Il a été pendu pour toi sur la croix, sans en venir encore à la vengeance. Et toi, c’est ta vengeance que tu cherches, car tel est bien le sens de ta rancoeur. Regarde ton Dieu sur sa croix : c’est pour toi qu’il souffre, pour que son sang devienne ton remède. Tu veux te venger ? Regarde le Christ pendu, écoute-le prier : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » (Lc 23, 34) » (St Césaire d’Arles : Aux néophytes, Sur le Saint-Sacrement, Sermon 272)
« Ne nous soumets pas à la tentation » : tentation trompeuse, tentation accablante, nous dit Augustin. Si sur le sentier rude et escarpé de la vie l’homme est « assailli de tentations multiples », Augustin conseille (Sermon sur la montagne, 18, 55) : « s’il redoute de ne pas atteindre le but, qu’il prenne conseil pour obtenir du secours. » Demandons à Dieu d’intervenir pour que nous ne soyons pas tentés, non pas par Lui (la traduction française n’est pas heureuse sur ce point), mais que nous ne soyons pas tentés au-delà de nos forces, dans toutes les circonstances de la vie.
Oh, Oui, mon Dieu, « délivre-nous du Mal » : délivre-nous de tout ce qui fait mal, de toute souffrance à nous envoyée, mais aussi de toute la souffrance que plus ou moins consciemment nous donnons aux autres… Quand nous doutons, quand nous n’aimons pas assez, quand nous ne pensons qu’à nous… et que nous oublions que le véritable Amour ne peut être trouvé qu’en s’approchant du coeur de Dieu qui n’est qu’Amour.

NB : A propos des sept demandes du Notre Père, Augustin les rapprochera des sept béatitudes (en fait huit dans Matthieu, mais ramenée à sept par Augustin pour le parallélisme) et également des sept dons de l’Esprit.

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Peut-on vivre heureux ?

26 septembre 2010, 26° dimanche C, Lc 16,19-31 /

« Tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur. Maintenant il trouve ici la consolation et c’est ton tour de souffrir » (Lc 16, 25) Quelle affirmation ! Une vie heureuse aurait pour conséquence une vie de souffrance après la mort et, pour être heureux en Dieu, nous devrions être malheureux ici-bas ? Quelle tragédie ! Il n’y a donc nul bonheur possible ici-bas ?… Pourtant l’Évangile est  Bonne Nouvelle ! Le chemin du bonheur doit bien exister quelque part…

Confort ou bonheur ?

Une fois de plus la traduction liturgique de l’Évangile peut être trompeuse. Le texte grec est sensiblement différent. Il ne parle pas de bonheur mais de biens, ni de malheur mais de maux… Il ne dit pas : « c’est ton tour de souffrir », ce qui sous-entendrait une punition mais constate : « maintenant toi, tu souffres ». Réentendons ce verset : « souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et que Lazare a eu les maux pendant la sienne ; maintenant il est ici consolé, et toi, tu souffres. » La nuance est importante, la parabole nous dit, d’abord, qu’il ne faut pas confondre une vie confortable (des biens) et une vie heureuse… L’opulence est dénoncée pour une double raison : nous risquons de nous leurrer nous-même en croyant être heureux puisque nous vivons de façon confortable ; d’autre part, elle risque fort de nous rendre égoïste, replié sur nos biens et insensible à celui qui souffre à notre porte. Les conséquences pour une vie en Dieu ne sont pas de l’ordre de la récompense ou de la punition. Une fois de plus, il nous faut comprendre les réalités de la foi de manière plus existentielle. Puisque la vie en Dieu est communion entre les êtres vivants et avec Dieu lui-même, si nous avons passé notre vie à agir contre cette communion, à diviser, à exclure et à compter uniquement sur nos biens terrestres, alors forcément nous nous sommes exclu de cette communion et nous souffrons. Il faudrait ajouter, ici, que cette parabole ne dit pas tout de l’Évangile, elle insiste sur les conséquences de notre façon de vivre, sur l’urgence à changer de vie ici-bas, mais n’oublions pas non plus la miséricorde du Père…

Misère ou pauvreté ?

Revenons à notre question de départ : peut-on vivre heureux ? S’agit-il de vivre comme Lazare pour trouver le réconfort en Dieu ? Affirmons-le sans ambages : non ! L’Évangile ne prône pas la misère et nous invite, au contraire, à lutter contre toutes les formes qu’elle peut prendre. Mais… l’Évangile invite à la pauvreté, non seulement la pauvreté du cœur, mais aussi à une vie modeste et simple ! Comment peut-on croire que gagner des millions alors que tant d’hommes et de femmes vivent dans la misère peut être juste ? Une fois encore je ne peux m’empêcher d’évoquer ces recherches d’une alternative à nos vies opulentes qui se nomme « simplicité volontaire » ; « abstinence heureuse » ; mouvement « slow » etc. N’est-ce pas une façon de réinventer, pour aujourd’hui, ce que la vie religieuse tente de vivre et d’annoncer, de façon plus ou moins heureuse selon les lieux et les époques, à savoir le vœu de pauvreté ? Non pas un vœu de misère mais la promotion d’une vie modeste et simple, d’une mise en commun des biens, d’un droit de regard de mes frères et sœurs sur ma façon de vivre mais aussi un vœu qui interroge ma solidarité avec ceux qui subissent une pauvreté non choisie !

Solitaire ou solidaire ?

La pointe du texte n’est peut-être pas tant mise sur la dénonciation de la richesse de cet homme que sur l’aveuglement qu’elle engendre, le manque de sensibilité, de fraternité, de solidarité avec celui qui se meurt à sa porte. Pensons-nous pouvoir vivre heureux seul, au milieu d’un océan de misère ? Non ! Mais là encore l’Évangile est très sage : il ne veut pas engendrer en nous la culpabilité face à la souffrance infinie de l’humanité, comme si nous pouvions prendre toute la misère du monde sur nos épaules… Mais il nous invite, à travers la figure de Lazare (le seul qui porte un nom dans cette histoire), à nous laisser toucher par telle ou telle personne bien concrète en situation de besoin, car Dieu place sur nos chemins des personnes, des situations à notre portée (« mon joug est facile à porter et mon fardeau léger ») . Il ne s’agit pas de répondre à la misère du monde mais à celui ou celle qui frappe à ma porte… et peut-être que, petit à petit, ma solidarité s’ouvrira au plus lointain. C’est cette dynamique que nous pouvons constater chez toutes les grandes figures solidaires de ce monde…

Alors peut-on vivre heureux ici-bas et en Dieu ?
L’Évangile ne nous indique-t-il pas le chemin
d’une vie modeste, simple et solidaire ?

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Encore trois mots…

(Texte prononcé lors de la célébration de départ de Québec, le 12 septembre 2010)

Lorsque je suis arrivé à Québec, quelqu’un m’avait annoncé que lorsqu’on met les pieds en terre québécoise, ceux-ci prennent dans la glace et qu’on ne peut plus repartir… Cela à failli marcher mais, je suppose que cela est dû au réchauffement climatique, mes pieds sont de nouveau libres pour repartir vers d’autres aventures… Alors encore trois mots en guise d’au revoir : merci, profondeur et sérénité !

Merci !

Un gros merci pour les années vécues ici. Cela n’a pas toujours été facile : en tant que Français, j’étais attendu au tournant et il me fallait faire mes preuves… Mais après un petit temps d’apprivoisement mutuel qui aura pris environ neuf années, nous étions prêts pour cheminer ensemble encore longtemps. Un merci tout particulier à tous les habitués du Montmartre : amis laïcs de l’Assomption, bénévoles, communauté chrétienne, participants réguliers aux formations et au cours, frères et sœurs de la famille de l’Assomption… Le P. Christian aimait redire que ce dont il avait rêvé dans plusieurs lieux, notamment à Valpré (notre maison d’accueil à Lyon), s’était enfin réalisé ici ! À savoir, une communauté chrétienne fraternelle qui a le goût de se retrouver, le goût d’approfondir sa foi, le goût de participer aux débats de son temps, le goût d’inventer des chemins d’Évangile. Alors oui, merci à vous…

Profondeur !

J’avoue avoir été heureux ici, en communauté, mais aussi à travers les rencontres de formations, les « cours » si vous préférez, qui m’ont donné l’occasion d’approfondir ma compréhension de la foi et de trouver des mots pour la partager. Je crois qu’ensemble nous avons pu descendre à une certaine profondeur relationnelle (bien que je ne coure pas après les becs), mais surtout à une certaine profondeur spirituelle, celle qui permet de traverser toutes les épreuves. À l’image du calme au fond de l’océan que les vagues en surface n’atteignent pas. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de vagues (épreuves personnelles, épreuves liées à l’Église institutionnelle, etc.), sans quoi nous ne serions pas humains, mais si nous vivons nos vies à leur juste profondeur, c’est-à-dire au niveau du plan divin qui se déploie, alors les différentes épreuves peuvent prendre sens… Le calme de Québec (le gros village comme disait Christian… mais moi-même étant issu d’un village de 320 habitants ce qualificatif n’a rien de péjoratif), sa vie tranquille et sereine, sa qualité de vie m’ont permis de traverser ces neuf années paisiblement, de faire ce travail d’approfondissement de la foi malgré des activités biens prenantes – vous le savez, j’ai tendance à prendre en charge trop de dossiers surtout lorsque je vois qu’ils sont en souffrance… Je vous souhaite donc de continuer, grâce au Montmartre, à descendre dans la profondeur de vos vies, où Dieu est plus intime à nous-même que nous-même disait St Augustin.

Sérénité !

En guise de dernier mot, j’aurais pu choisir Joie, mais cela dépend de quelle joie on parle… Sérénité évoque une joie profonde qui n’empêche pas d’être triste, notamment lors de la séparation d’êtres chers… Je pars serein pour l’avenir du Montmartre, la continuité est assurée et le sang neuf lui permettra de grandir ! Je pars serein face à l’avenir qui s’ouvre à moi, même si je ne sais pas trop encore ce à quoi je serai appelé ! Je pars serein, enfin, pour les relations fraternelles tissées ici qui, si elles s’arrêtent sur un certain mode, pourront se poursuivre sur un autre et déploieront toute leur plénitude en Dieu.

Merci à vous pour ces belles années !

Poursuivez la descente vers les profondeurs de la foi !

Et soyez sereins pour l’avenir !

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Bien arrivé…

Juste un petit mot pour signaler que je suis bien arrivé en France, le voyage s’est déroulé pour le mieux… J’ai même eu le temps de mettre en ligne la méditation pour ce dimanche 19 septembre… Bonne lecture…

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Notre bien véritable !

19 septembre 2010, 25° dimanche C, Lc 16,1-13 /

« Votre bien véritable, qui vous le confiera ? » (Jn 16,12) Le passage d’évangile de ce dimanche paraît simple : servir Dieu ou l’Argent et pourtant… Ne suggère-t-il pas que Dieu fait de nous des gérants, qu’il remet entre nos mains un argent trompeur et qu’il fait, de plus, l’éloge de ce gérant trompeur ? À y regarder de près, ce n’est pas clair : que faire ? Gérer ? Tromper ? En vue de quel bien ?

Gérer ?

« Rends-moi les comptes de ta gestion, car désormais tu ne pourras plus gérer mes affaires. » (Lc 16,2) Ce vocabulaire économique n’est peut être pas très poétique, mais il traduit des réalités existentielles centrales : les biens dont nous disposons ne nous appartiennent pas, nous en avons simplement la gérance… Nos ancêtres, nos parents, nous ont légué ce qu’ils avaient utilisé un temps : une terre nourricière, de l’air respirable, une maison, … mais aussi une culture, une éthique de vie, une sagesse, éventuellement une spiritualité… Qu’avons-nous fait de ces biens, les avons-nous fait fructifier ? Les avons-nous oubliés, gaspillés ? Que transmettrons-nous aux générations qui nous suivent ? Mais dans ce bref verset, il y a une autre bonne nouvelle : la vie du monde à un sens, Dieu mène « son affaire », son projet de bonheur pour l’humanité et, de plus, pour le réaliser, Dieu à besoin de nous : de gérants inventifs sur qui il peut compter. Désirons-nous gérer les affaires du Père, comme Jésus qui disait devoir être aux affaires de son Père ? (cf. Lc 2, 49)

Tromper ?

Une fois encore, il faut bien lire le texte… Qui trompe qui ? De qui fait-on l’éloge ? Le texte nous dit d’abord que l’Argent est toujours trompeur mais, pour autant, que nous pouvons l’utiliser avec intelligence et discernement… C’est bien de l’argent trompeur qui nous a été confié : « Si vous n’avez pas été dignes de confiance avec l’Argent trompeur… qui vous confiera le bien véritable » ( Luc 16,11) D’une certaine manière, ce lien à l’argent est comme un test auquel le gérant a en partie échoué, puisqu’il s’est laissé séduire par l’argent trompeur. Mais, dans un deuxième temps, ce test il l’a en partie réussi, puisqu’il a trompé l’argent trompeur en le mettant au service de quelque chose de plus essentiel : tisser des liens de fraternité. Ne nous leurrons pas, les amis obtenus par l’argent sont souvent des amis bien superficiels, là n’est pas la pointe du texte ! Mais tromper l’argent trompeur, n’est-ce pas digne d’éloge ?

Notre bien véritable…

« Faites-vous des amis avec l’Argent trompeur, afin que ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. » (Lc 16,9) Voilà le bien véritable, non pas un bien extérieur, étranger, mais un bien qui nous appartient en propre, puisque nous sommes engagés dans les relations tissées. Non pas un bien passager, trompeur, mais du relationnel durable qui constitue le cœur de notre être, cet intime de nous-même qui sera « re-suscité »… On pressent, bien sûr, que ceux qui nous accueilleront, ce ne sont pas que les amis et les frères mais, à travers eux, Dieu lui-même. « Qui vous confiera votre bien véritable ? » : Dieu bien sûr, non pas comme une récompense, mais en nous redonnant ce que nous aurons déposé en lui de l’ordre de ce bien véritable…

Être aux affaires du Père…

Tromper le Trompeur…

En vue du bien véritable…

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Photos de la journée d’aurevoir à Québec

Les habitués du Montmartre avaient préparé une superbe journée, pour se dire au revoir… Un immense merci à toutes et à tous pour cette célébration et pour les neuf années passées… Pour sentir, un peu, ce qui s’est vécu au cours de cette journée, voir les photos au lien vers l’album dans le menu… Ou en cliquant ici !

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A propos de la lettre hebdomadaire

Juste un petit mot pour signaler qu’il est possible de s’abonner à la lettre hebdomadaire du Blog en cliquant sur le lien ci-contre « Je m’abonne » ou en cliquant ici

Par ailleurs pour les personnes qui n’arrivent pas à s’abonner ou pour m’envoyer un courriel personnel vous pouvez cliquer sur le lien « Pour m’envoyer un courriel » en bas à gauche ou cliquer ici...

Enfin, avec le déménagement de Québec à la France… La mise en place régulière de la lettre hebdomadaire peut prendre quelque temps, ne vous inquiétez pas si vous ne la recevez pas cette semaine…

A plus…

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Nouvel élan !

Après neuf années au Montmartre à Québec, et à la veille du départ : Petit historique, action de grâce et nouvel élan ! (Reprise de l’éditorial de juin 2010 de La vie du Montmartre)

Petit historique !

En 1999, le P. Christian Blanc venait au Montmartre pour permettre au P. Gilles Blouin de souffler un peu et d’aller vers d’autres horizons. C’est durant cette première année, qu’avec le supérieur provincial d’Amérique du Nord de l’époque, le P. John Frank, avec le P. Marcel Poirier, le Fr. Pierre-Jean Genest et en collaboration avec les supérieurs provinciaux de France et d’Afrique, fut décidée la fondation d’une nouvelle communauté internationale : la communauté d’Alzon (communauté désignant ici l’implantation locale d’une maison de notre congrégation : les Augustins de l’Assomption). Triple mission pour cette nouvelle communauté : Être présente dans le milieu étudiant et proposer la vocation assomptionniste ; Animer le Montmartre ; Poursuivre la présence assomptionniste au Québec. C’est ainsi qu’en 2001 fut mise en place la communauté d’Alzon, avec cinq frères (roumain, congolais, français) renforcée durant deux années par un frère malgache.

Action de grâce !

En relisant ces neuf années, les raisons de rendre grâce ne manquent pas ! D’abord, ce fut la chance d’avoir des responsables stables et constants durant près d’une décennie,- ce qui est plutôt rare dans notre congrégation- de quoi donner une impulsion, une couleur, un élan soutenu. Et puis, si l’on regarde les objectifs de départ, tenant compte du contexte de l’Église à Québec, nous n’avons pas de quoi rougir. En effet, trente-six jeunes ont logé dans la communauté ou dans le foyer, durant ces années. L’un d’entre eux est maintenant assomptionniste, un autre fut postulant, plusieurs sont séminaristes diocésains et tous ont pu profiter de ce temps pour approfondir leur vocation humaine et chrétienne. Sur le plan de l’animation du Montmartre, beaucoup a été fait et mis en place… Ils sont nombreux, en effet, ceux et celles qui nous disent trouver au Montmartre un lieu de ressourcement, de fraternité et de nourriture spirituelle profonde. Je ne peux ici faire l’inventaire du travail accompli, juste mentionner que le fichier tenu à jour des personnes qui participent aux activités du Montmartre contient 1400  noms, sans compter celles qui participent aux célébrations, aux retraites dans la vie, ou qui sont affiliées à la Guilde… Enfin, la continuité de la présence assomptionniste fut assurée et elle le sera encore puisque 3 frères étudiants (congolais et vietnamien) sont arrivés récemment pour reprendre le flambeau, avec 2 pères (congolais et russe) qui arriveront sous peu et avec la présence du groupe des laïcs assomptionnistes maintenant bien établi à Québec.

Nouvel élan !

Le Montmartre existe depuis 85 ans à Québec ! La mission s’est déployée sous différentes formes au cours de ces années ;  elle fut belle, parfois rude, mais toujours persévérante et inventive, car la fidélité à l’Évangile demande à tous et à chacun d’entre nous, à chaque génération, d’être à la fois héritiers et fondateurs ! Les dix années passées s’inscrivent dans cette histoire et il est temps de laisser place à un nouvel élan. Certes, les détachements sont toujours difficiles, mais ils sont aussi prometteurs d’avenir : de nouvelles idées vont se concrétiser, de nouveaux réseaux vont se tisser, et le partenariat religieux-laïcs inauguré va pouvoir se développer encore. Durant ces années, de nouvelles pierres ont été apportées à la construction du Montmartre, le ciment est solide, la maison communautaire est belle : la mission peut se poursuivre avec confiance dans la continuité mais aussi dans un nouvel élan !

Merci pour ces années québécoises…

Soyez à la fois héritiers et fondateurs,

et bon vent au souffle de l’Esprit !

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