Chemin de vie…

12 septembre 2010, 24° dimanche C, Lc 15,1-32 /

Habituellement, à partir du récit du « Fils prodigue », l’accent est mis sur la grande miséricorde du Père, ce qui est tout à fait juste. Mais, pour approfondir d’autres harmoniques de ce texte, regardons cette fois-ci plus précisément le chemin de vie de ce fils cadet. Ne nous parle-t-il pas du chemin de vie d’un grand nombre de nos contemporains et peut-être du nôtre : une autonomie revendiquée, une crise salutaire et une fraternité renouvelée ?

Une autonomie nécessaire !

Le jeune fils, désireux de sortir du cocon familial, réclame donc sa part d’héritage pour courir l’aventure et découvrir la vie. Remarquons, d’emblée, que le père ne lui fait aucun reproche et acquiesce immédiatement à sa demande. De la même manière, nos sociétés occidentales réclament leur autonomie vis-à-vis de Dieu : Soit sous la forme d’un agnosticisme bien commode – « On ne sait pas ce qu’il en est de Dieu, autant faire alors comme s’il n’existe pas » –  ; soit sous la forme du refus d’un certain Dieu oppressant et aliénant ; soit, dans de rares cas, sous la forme d’un athéisme convaincu et réfléchi. Dans tous les cas, le Père continue de prodiguer à chacun sa part d’héritage : un souffle de vie, un soleil qui brille, une terre où habiter…  Que ce soit au plan de l’histoire de l’humanité ou au niveau individuel, cette autonomie, cette prise de distance n’est-elle pas nécessaire pour grandir vers une relation plus mature avec Dieu ? En effet, le fils aîné, n’ayant pas pris cette distance, n’arrivera pas à sortir de la jalousie et à découvrir la miséricorde du Père… On le sait, ce fils aîné évoque des juifs de l’époque mais aussi, certainement, des gens très pieux d’aujourd’hui, apparemment très fidèles, mais enfermés dans de fausses images de Dieu. Le jeune fils, lui, fera l’expérience de cette miséricorde, pourra laisser tomber ses fausses images du Père –« Je ne mérite plus d’être appelé ton fils… » – et passer de la mort à la vie. Accueillons donc, sereinement, cette autonomie revendiquée par nos contemporains. N’est-elle pas nécessaire pour passer de la mort à la vie ?

Une crise salutaire !

Après avoir profité de son héritage et exploré les pays lointains, le jeune fils est rattrapé par une question de vie et de survie, une crise salutaire qui va lui permettre d’aller vers son père et de le découvrir en vérité ! Dans chaque vie survient ce type de crise : perte du travail, vie de couple difficile, confrontation à la maladie, à la mort… Et les questions existentielles, mises entre parenthèses un temps, ressurgissent… Ces questions existentielles se posent non seulement au niveau individuel, mais également sur un plan plus global. Nos sociétés occidentales, après avoir gaspillé les ressources de la planète et vécu « une vie de désordre » (cf. Lc 15,13), s’interrogent : le chemin emprunté est-il le bon ? Pouvons-nous continuer à empoisonner la planète ? Où nous mène cette société de surconsommation ? Peut-on encore se voiler la face sur les rapports injustes que créent nos modes de vie, entre pauvres et riches ? etc… Et ils sont nombreux à tenter de répondre à ces questions, non seulement sur un plan technique mais sur un plan spirituel ! Sauf que… à la manière du jeune fils, leur chemin de conversion (un mot devenu cher au monde de l’écologie par exemple), reste encombré par les fausses images de Dieu, les propos convenus sur le christianisme, mais aussi l’image parfois déroutante renvoyée par l’Église… Cependant, même si ce retour au spirituel emprunte des chemins insolites, la crise vécue n’est-elle pas déjà salutaire ?

Une fraternité renouvelée…

Le chemin de vie évoqué plus haut, partant d’une autonomie nécessaire à une redécouverte de l’essentiel à l’occasion d’une crise existentielle, ne mènera pas nécessairement au christianisme… Et pourtant, c’est bien le cas pour un certain nombre de  « nouveaux convertis », de « recommençants » ou d’adultes qui se font baptiser ! Quelle est notre attitude face à ce phénomène… Serons-nous, comme le frère aîné, jaloux de ces nouveaux convertis ? Mais cette remarque part, peut-être, d’une fausse certitude… En effet, sommes-nous des frères aînés empêtrés dans nos fausses images de Dieu et nos dévotions surannées, n’avons-nous pas nous aussi fait le parcours du jeune fils ? N’avons-nous pas pris nos distances avec certaines images de Dieu et fait l’expérience de sa miséricorde, n’avons-nous pas dû nous convertir ? Si c’est bien le cas, nous sommes des mieux placés pour accueillir ceux qui viennent à la foi et cheminer avec eux vers une foi plus mature, mais aussi pour accompagner, vers une rencontre personnelle avec Jésus Christ et son Père, tout ceux qui cherchent un nouveau sens à leur vie… Saurons-nous inventer de vrais lieux de rencontre, de dialogue, de fraternité renouvelée pour désencombrer le chemin du retour au Père ou, plutôt, de la découverte, enfin, du Dieu-Père ?

Le chemin du jeune fils n’est pas l’itinéraire des moutons noirs…

C’est le chemin de vie de tous les disciples du Christ !

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Apprendre à aimer !

5 septembre 2010, 23° dimanche C, Lc 14,25-33 /

« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. » (Lc 14,26)… « Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tous ses biens, ne peut pas être mon disciple. » (Lc 14,33) Quelles affirmations ! Il y a de quoi nous faire froid dans le dos ! La suite du Christ implique-t-elle de se couper totalement de nos liens affectifs et matériels à la manière de certaines sectes bien connues ? Une fois de plus, il faut faire l’effort d’interpréter ce passage dans la logique de l’ensemble de l’Évangile et de la tradition chrétienne. Le but n’est-il pas d’apprendre à aimer ? Aimer nos proches, mais aussi s’ouvrir à un amour universel jusqu’à être capable de passer en Dieu…

Apprendre à aimer nos proches !

Il est  clair que, dans la logique de l’Évangile, avant de vouloir aimer en théorie, il s’agit d’aimer nos proches. Que l’on songe aux commandements anciens (« Tu honoreras ton père et ta mère ») ou à la première épître de saint Jean « Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas. » (1Jn 4,20) L’évangile de ce jour ne nous incite donc pas à nous détourner de l’amour de nos proches, mais à préférer le Christ à nos proches. Qu’est-ce à dire… si ce n’est que l’amour du Christ doit nous apprendre à grandir dans nos amours humaines ? L’amour que le Christ a manifesté pour l’humanité nous révèle le summum de l’amour, il devient une référence pour nos amours humaines, il doit être préféré à tout autre critère. Ainsi, préférer le Christ à l’amour de son père peut vouloir dire se libérer d’une certaine emprise paternelle : dans les sociétés patriarcales en particulier, l’autorité paternelle, sacrée, peut être très destructrice. Préférer l’amour du Christ à l’amour de sa mère peut vouloir dire se libérer d’une mère possessive. Préférer l’amour du Christ à l’amour de ses enfants peut vouloir dire se libérer de l’enfant roi dominateur ou, à l’inverse, de notre propension à considérer nos enfants comme notre bien. Comme le dit si bien Khalil Gibran : « Vos enfants ne sont pas vos enfants…. Ils viennent à travers vous, mais non de vous, et bien qu’ils soient en vous ils ne vous appartiennent pas ». Bref, préférer l’amour du Christ à nos amours humaines nous permet d’orienter toutes nos relations vers un amour plus juste, plus ouvert, plus respectueux, plus oblatif. Le Christ nous apprend ainsi à mieux aimer nos proches.

S’ouvrir à un amour universel !

Sans concurrence et dans la même logique, l’amour du Christ nous invite à dépasser nos liens naturels, de sang, de clan, d’amitié pour avancer vers un amour plus universel. Le Christ, à l’aide de deux petites paraboles, nous dit qu’il ne faut pas oublier le but à atteindre : celui qui veut bâtir une tour doit prévoir sa dépense avant de commencer les travaux, le roi qui part en guerre doit évaluer ses forces avant de se lancer dans une aventure périlleuse… De même, celui qui veut suivre le Christ, ne doit pas viser des bienfaits immédiats (comme les foules qui recherchaient guérisons ou nourriture miraculeuse) mais doit penser au but ultime : une communion universelle de tous les êtres en Dieu ! Et pour atteindre cette communion, nulle autre voie que celle du Christ, celle d’un amour universel qui dépasse les liens familiaux (« Qui est ma mère, qui sont mes frères » Mt 12,48), celle d’un amour universel qui se fait serviteur (« Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. » Jn 13,14), celle d’un amour universel quitte à en payer le prix (« Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple. » Lc 14,27).

Se préparer à notre passage en Dieu !

Si nous avons, bien présent à l’esprit, l’horizon ultime de nos vies, – cette communion universelle de tous les êtres en Dieu -, nous comprenons alors aisément que le but de nos vies, ici–bas, n’est pas de se constituer un patrimoine, ni de cultiver notre clan familial, mais d’entrer dans un certain détachement nécessaire : « Celui qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient, ne peut pas être mon disciple. » (Lc 14,33) Le passage en Dieu est à ce prix, et le passage en Dieu commence ici-bas ! Non pas un détachement comme une fin en soi, mais pour une qualité d’être plus grande, pour une plénitude de vie, où tous nos liens familiaux, d’amitiés, mais aussi avec les biens de cette terre et les autres êtres vivants seront portés à leur plénitude !

Avons-nous suffisamment le désir de cette plénitude,

pour prendre les moyens d’y parvenir

et apprendre à aimer à la suite du Christ ?

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L’écologie n’est pas une mode !

« Voilà que l’Église se met à parler d’écologie puisque c’est à la mode… Quelle idée ! » A travers ce genre de réflexion beaucoup de chrétiens se demandent jusqu’où l’Église ira se fourvoyer pour correspondre à l’air du temps…

L’écologie n’est pas une mode !

J’avoue être plutôt abasourdi par ce genre de réaction mais pas vraiment surpris ! Il est vrai que l’Église occidentale en mettant en exergue la valeur incomparable de l’être humain créé à l’image de Dieu a véhiculé aussi une relativisation excessive des règnes animal, végétal, minéral. Cependant une vision plus holistique, englobante, cosmique du plan de Dieu a toujours été défendue au sein de l’Église.

La création gémit dans les douleurs de l’enfantement !

En caricaturant un peu nous pourrions dire que deux visions du monde coexistent : D’une part une vision radicalement pessimiste, occidentale, dans la lignée de saint Augustin et radicalisée par l’augustinisme, Luther ou Pascal… Vision d’un monde profondément corrompu par le « péché originel » et que Dieu vient sauver par la grâce seule. D’autre part une vision plus optimiste, orientale, dans la lignée de saint Irénée et saint Thomas…. Vision d’une création certes imparfaite mais en train de se déployer vers sa plénitude, d’une humanité blessée par le péché, incapable de réaliser seule sa vocation divine mais que Dieu vient accompagner et accomplir en Jésus Christ…Dans cette vision l’incarnation est moins une venue du Verbe de Dieu pour « réparer les pots cassés » qu’une incarnation du Verbe nécessaire, prévue depuis la fondation du monde (cf. Saint Bernard) pour achever la Création, pour transfigurer en Lui et l’humanité et le monde afin de les mener en Dieu.

Nombreux sont les théologiens qui demandent une reformulation de la vision pessimiste du monde,  c’est à dire de la conception classique occidentale du « péché originel », trop marqué par les reliquats d’une lecture fondamentaliste de la Genèse… Paul VI, dès 1966,  réclamait une “définition et une présentation du péché originel qui soient plus modernes, c’est-à-dire qui satisfassent davantage aux exigences de la foi et de la raison, telles qu’elles sont ressenties et exprimées par les hommes de notre temps” [1] . Vingt ans plus tard, lui faisaient écho les propos du cardinal J. RATZINGER qui reconnaissait : “L’incapacité de comprendre et de présenter le « péché originel » est vraiment un des problèmes les plus graves de la théologie et de la pastorale actuelle.” [2]

La création chemine vers sa Transfiguration !

Ce grand détour pour bien situer la question du rapport de l’être humain à la Création. En s’intéressant à l’écologie, il ne s’agit donc pas uniquement, même si cela est éminemment nécessaire, de lutter contre les effets pervers de notre vie moderne, de lutter contre la pollution, le réchauffement climatique, la disparition accélérée des espèces,  les conséquences dramatiques pour les peuples les plus vulnérables etc… sachant que de toute façon le monde est corrompu et sauvé par la grâce ! La véritable profondeur de l’écologie chrétienne se fonde dans cette vision renouvelée de la Création qui chemine vers sa Transfiguration : un monde habité dès le commencement par le Verbe de Dieu (par qui tout fut créé), c’est-à-dire orienté et capable de Dieu, un monde qui se déploie vers sa plénitude. Or les semences du Verbe, cachées dans les règnes minéral, végétal et animal deviennent explicites dans l’être humain créé à l’image du Verbe de Dieu. La mission de l’être humain n’est donc pas d’être uniquement gardien de la création mais co-créateur, « co-transfigurateur », du monde pour le mener, avec nous, en Jésus Christ vers sa plénitude : “ Le Christ, crucifié et ressuscité, a fait don à l’humanité de son Esprit sanctificateur, qui conduit le cours de l’histoire, dans l’attente du jour où le retour glorieux du Seigneur inaugurera « un ciel nouveau et une terre nouvelle » (2 P 3, 13) où résideront pour toujours la justice et la paix. Toute personne a donc le devoir de protéger l’environnement naturel pour construire un monde pacifique.” [3]

Souhaitons que ce cinquième Festival de la Bible, intitulé « L’écologie de la Bible à nos jours » soit l’occasion de mieux prendre conscience des racines profondes d’une écologie chrétienne. Gageons que ces journées nous permettront, non seulement, de renouveler notre agir, notre engagement environnemental mais plus fondamentalement encore notre spiritualité, notre vision de la Création et notre place dans le Cosmos !

Non, l’écologie n’est pas une mode !


[1] Paul VI, Allocution du 11 juillet 1966 aux participants du Symposium sur le péché originel

[2] Joseph RATZINGER, Entretiens sur la foi, Paris, Fayard, 1985, p.91

[3] Benoît XVI, Message pour la journée mondiale de la paix : Si tu veux construire la paix, protège la création, janvier 2010, §14

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Un salut universel ?

22 août 2010, 21° dimanche C, Lc 13,22-30 /

Comme dans l’évangile de ce jour, nous nous posons parfois la question de savoir qui sera sauvé, combien le seront et si nous ferons partie des élus ? Qu’en est-il du salut de ceux qui ne connaissent pas le Christ ? etc… Jésus nous invite à passer de spéculations théoriques : « N’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? » (Lc 13,23) à une éthique personnelle de vie : « Efforcez vous d’entrer par la porte étroite ! » (Lc 13,24) Une porte étroite… Une cohérence de vie… Une relation vivante…

Une porte étroite…

Le contexte de notre passage d’évangile est important. Jésus, c’est-à-dire Dieu fait homme, vient à la rencontre de l’humanité, en prenant chair dans le peuple juif, le peuple élu, le peuple préparé à l’accueil du vrai Dieu. Or, nous le savons, un certain nombre de juifs suivra le Christ mais un grand nombre ne le reconnaîtra pas comme Sauveur. Alors face aux questions liées au salut, à longueur d’Evangile, le Christ proclame que l’enjeu n’est pas de se conformer à la Loi ou de se conforter dans son appartenance au peuple élu, mais qu’il s’agit de l’accueillir Lui-même, de marcher à sa suite puisqu’il est l’unique porte, l’unique chemin, l’unique pasteur pour accéder à la vie en Dieu. Nous imaginons mal, l’aspect révolutionnaire de cette affirmation au sein du judaïsme ! Mais aujourd’hui encore cela fait scandale, comment les chrétiens osent-ils affirmer qu’eux seuls détiennent la vérité et la porte du salut ? En fait, il faut être bien précis dans nos prétentions… nous ne prétendons pas détenir la vérité ni les clefs du salut mais nous prétendons que le Christ est l’unique vérité et l’unique porte du salut. Or c’est justement cette unicité du Christ qui fonde son universalité ! Le Christ ne fait pas nombre parmi les sages de ce monde, ou les fondateurs de religions… Il est le lieu, la personne de la Trinité, en qui Dieu ouvre sa Vie à l’humanité. Ainsi, quelles que soient son appartenance, sa religion, sa non-religion, l’accès à la Vie en Dieu ne peut se faire que par le Christ. L’unique porte…

Une cohérence de Vie…

Pour entrer par cette porte étroite, les chrétiens sont logés, quasiment, à la même enseigne que tous les autres. Ce n’est pas notre titre de chrétien, notre baptême, notre appartenance ecclésiale, qui nous donnent automatiquement accès à la Vie en Dieu. C’est notre disponibilité à vivre de la Vie du Christ, à vivre sous la mouvance de son Esprit, à vivre de sa Grâce (c’est-à-dire du don gratuit de la Vie de Dieu) qui nous fait entrer dès maintenant, et pour l’éternité, dans la Vie de Dieu. Concrètement cela signifie que ce ne sont ni nos titres, ni nos œuvres qui nous obtiennent le salut mais, la qualité de notre vie, de nos actes, de nos relations atteste, ou non, que l’Esprit du Christ irrigue toutes les dimensions de notre vie. La cohérence de notre vie quotidienne avec le nom de « chrétien » que nous prétendons porter, contresigne notre adhésion au Christ. En tant que chrétiens, nous bénéficions donc de cette connaissance de l’Évangile et de la grâce des sacrements, mais ces « outils », ces « moyens », ne dispensent pas de l’effort nécessaire pour entrer par la porte étroite, de l’effort nécessaire pour une cohérence de vie. Ces remarques sont importantes dans notre prétention à affirmer que le Christ est l’unique porte du Salut. En effet, toute personne peut vivre de la Vie du Christ, peut vivre en cohérence avec l’amour de Dieu et du prochain, même si elle ne connaît pas le nom du Christ  : « On viendra du nord et du midi prendre place au festin dans le Royaume de Dieu ! » (Lc 13,29)

Une relation vivante…

C’est certainement très bien de connaître le nom du Christ, mais c’est encore mieux d’être connu de Lui : « Je ne sais pas d’où vous êtes (« Je ne vous ai jamais connu » chez Matthieu 7,23). Eloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal. » (Lc 13,27) En fait il y a une connaissance du Christ qui n’en est pas vraiment une, comme lorsqu’on dit de quelqu’un que c’est une connaissance, cela veut dire qu’on se connaît de loin… Comme on dit, également, de quelqu’un qu’on le connaît de nom, c’est-à-dire par ouï-dire… Or, on le sait bien, la connaissance, au sens biblique, implique une connaissance intime. Luc dénonce cette fausse connaissance de Dieu chez ceux qui n’ont pas reconnu le Christ et l’on pourrait dénoncer aujourd’hui cette fausse connaissance du Christ chez ceux qui le connaissent de nom, mais qui ne prennent jamais le temps de venir le rencontrer dans la prière, dans la vie ecclésiale, dans le visage des humains en attente de fraternité. Si nous tissons, au contraire, une relation vivante avec le Christ, il nous reconnaîtra au temps du Salut… Et nous serons peut-être étonnés de ceux et celles qu’il reconnaîtra alors que nous les pensions loin de lui…

Oserons-nous proclamer à travers une vie cohérente que le Christ est La porte étroite ?

Et que c’est pourtant là que se fonde l’universalité du Salut ?

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Longue vie à la communauté de Taizé !

Frère Roger, fondateur de la communauté de taizé (2015-2005)

Ce mois d’août 2010 nous donne l’occasion de redécouvrir une figure marquante du vingtième siècle : le frère Roger Shultz, fondateur de la communauté de Taizé. En effet la communauté de Taizé fête les 70 ans de sa fondation et les cinq années de la mort tragique de son fondateur. Je pourrais parler longuement de Taizé : de son esprit oecuménique, de son type de vie religieuse, de son désintéressement, des centaines de millier de jeunes  et moins jeunes qui ont été marqués par l’expérience de Taizé etc…

Pour ne pas être trop long je vous renvoie tout simplement au site de Taizé qui publie à cette occasion plusieurs messages de soutien dont celui de Benoît XVI et une série de courtes vidéos inédites de frère Roger. Merci à frère Roger et à sa communauté pour le souffle d’espérance apporté à l’Eglise et au monde depuis 70 ans déjà !

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Bonne fête de l’Assomption !

Peinture d'Arcabas, maison provinciale des assomptionnistes à Paris

Dans le langage interne de notre famille religieuse, le vocable « Assomption » recouvre des réalités bien différentes… Au sens large il désigne l’ensemble des congrégations internationales « de l’Assomption » issue de la même racine, Marie-Eugénie Milleret et le P.  Emmanuel d’Alzon : Les Religieuses de l’Assomption, les Augustins de l’Assomption, les Oblates de l’Assomption, les Petites soeurs de l’Assomption, les Orantes de l’Assomption. On dira alors par exemple : « à l’Assomption« , nous déployons avec des spécificités propres à chaque branche, un apostolat doctrinal, social et oecuménique. Mais parfois aussi « à l’Assomption » désigne juste une des branches les Religieuses de l’Assomption ou les Assomptionnistes, etc… tout dépend du contexte…

Vous comprenez alors que lorsque nous « fêtons l’Assomption », nous fêtons non seulement l’élévation de Marie dans la gloire de Dieu, mais aussi notre famille religieuse. Pour corser le tout il faut préciser que nous ne sommes pas des congrégations mariales, mais christocentrées, bien que Marie ait sa place dans notre spiritualité… Certainement que la quête de l’avènement du Royaume de Dieu unifie les différentes dimensions de notre fête : Marie nous précède dans le Royaume de Dieu pour l’avènement duquel nous voulons consacrer toutes nos énergies : Que ton Règne vienne, en moi, en nous, autour de nous…

Pour un commentaire sur la fête de l’Assomption cliquer ici

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Comme Marie ?…

15  août 2010 – Assomption   / Lc 1, 39-56

En cette fête de l’Assomption, nous célébrons l’exaltation de la Vierge Marie « qui après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste. » (cf. Dogme de l’Assomption)  Dieu, en faisant bénéficier Marie de cette « résurrection de la chair », lui a communiqué ce qui est également promis à tout croyant. En effet, la destinée de Marie ne peut, en aucun cas, être dissociée de celle que la tradition chrétienne a très tôt reconnue aux martyrs et aux saints, et il n’est pas anodin que ce dogme de l’Assomption ait été promulgué en la fête de la Toussaint ! Si l’Assomption n’est reconnue explicitement qu’à propos de Marie, en raison de ce qu’elle est l’unique « Mère de Dieu », cela n’en signifie pas moins que cette fête préfigure ce à quoi sont appelés tous les croyants…

Comme Marie, se laisser habiter par l’Esprit !

Ce n’est pas par ses propres mérites que Marie est devenue la Mère du Seigneur, mais par sa disponibilité à l’action de l’Esprit en elle. À la promesse de l’ange « l’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre » (Lc 1, 35), elle répondit : « Je suis la servante du Seigneur, que tout se passe pour moi comme tu me l’as dit. » (Lc 1, 38) Prendre conscience de cela est très important, cela signifie que chacun d’entre nous, malgré nos faiblesses, nos limites, notre finitude peut se rendre disponible à l’Esprit, comme Marie. Elisabeth ne lui dit pas qu’elle est bien gentille de venir lui rendre visite, mais qu’elle est « bénie entre toutes les femmes ». L’ange ne lui dit pas qu’il est venu à elle car elle est la meilleure, mais « Réjouis-toi, comblée de grâce ! ». Ne sommes-nous pas, nous aussi, chacun de façon spécifique, comblés de grâces, de dons gratuits de la part de Dieu : d’un corps qui fonctionne (plus ou moins bien), d’une intelligence, de talents mais aussi d’une terre, d’une famille, d’amis, etc ? Saurons-nous, comme Marie, nous rendre disponibles à ces grâces qui nous constituent ? Saurons-nous nous laisser revêtir par l’Esprit ?

Comme Marie, devenir croyant !

« Heureuse celle qui a cru… » lui dit Elisabeth. « Elle a cru, c’est-à-dire qu’elle a accepté d’entrer dans le projet de Dieu sur elle, sans tout comprendre. »[1] Croire, ce n’est pas une démarche intellectuelle, on ne peut croire de l’extérieur au projet de Dieu, cela engage toute la vie. Dans un mariage, on accorde sa confiance à celui ou celle envers qui on s’engage, sans savoir par avance où cela nous mènera, sans connaître pleinement l’autre, mais dans l’objectif de construire un projet de vie ensemble. Il en va de même dans la foi. Marie ne connaissait pas d’avance tous les glaives qui transperceraient son cœur de mère : un enfant qui sera d’abord « aux affaires de son Père » (Lc 3,49) ; un enfant qui revendiquera une famille universelle : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? » (Mt 12,48) ; un enfant, enfin, qui sera crucifié comme un bandit… À travers ces épreuves, Marie passera de son statut de mère à celui de disciple, mais elle savait bien, dès le départ, que son oui ne consistait pas à écrire une histoire individuelle avec Dieu, mais l’ouvrait à l’horizon large du projet de Dieu pour le monde. Son Magnificat en témoigne admirablement : « tous les âges me diront bienheureuse… son amour s’étend d’âge en âge… il disperse les superbes… il élève les humbles… il se souvient de la promesse faite à nos pères… ». Sommes-nous prêts, comme Marie, à devenir croyants, à entrer dans le projet de Dieu, même si nous ne savons pas jusqu’où cela nous engagera ?

Comme Marie, entrer dans la vie de Dieu !

Revenons au cœur de notre fête : si Marie est élevée dans la gloire de Dieu, c’est parce qu’elle s’est laissée habiter par l’Esprit, c’est parce qu’elle est devenue croyante… comme de nombreux autres saints ou martyrs. Cette vie en Dieu, n’est pas une récompense, elle était déjà en œuvre de son vivant. Et c’est ce à quoi tout disciple est appelé ! Contrairement à une certaine croyance, le dogme de l’Assomption ne dit pas que Marie n’est pas morte (même Jésus est mort !), mais il implique que son corps n’a pas connu la corruption, ce dont nous avons une idée par l’exemple de plusieurs saints dont le corps est demeuré intact. Il y a donc bien là une spécificité mais non pas une sortie de notre condition humaine : Marie, simplement, nous précède ! Peut-être quelques-uns d’entre vous bénéficieront-ils de cette incorruptibilité du corps… mais tous nous sommes appelés, comme la mère de Jésus, à entrer dans la vie de Dieu, dans la famille de Dieu, car il nous l’assure : « ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique ! » (Lc 8,21)

Comme Marie ?

[1] Marie-Noëlle Thabut, L’intelligence des Écritures, Tome 2, page 269

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Être ambitieux ?

8 août 2010, 19° dimanche C, Lc 12,32-48 /

Ambitieux ? Le qualificatif n’a pas toujours bonne presse, car on l’associe souvent aux personnages sans scrupules, alors qu’au sens premier, l’ambitieux est celui qui désire passionnément réussir. Dieu n’est-il donc pas ambitieux pour le Royaume ? À travers les trois petites paraboles de l’évangile de ce jour, ne nous invite-t-il pas à cultiver, nous aussi, ce désir passionné de réussite en vue du Royaume de Dieu ?

Réussir sa vie !

Plusieurs expressions de notre passage parlent d’attente, de veille, de vigilance mais certainement pas dans le désoeuvrement, les mains jointes, et l’abandon apathique à la supposée volonté de Dieu. Au contraire, loin de nous sortir de nos responsabilités humaines, le Seigneur se réjouit de celui ou celle qui fait fructifier ses talents : «  Heureux serviteur que le maître en arrivant trouvera à son travail… » (Lc 12,43) Notre réserve, face à l’idée de réussite, vient peut-être d’une fausse représentation du Royaume de Dieu, c’est-à-dire d’une projection dans l’au-delà de ce Royaume. Il y aurait la vie ici-bas, plus ou moins pénible, plus ou moins heureuse et la vie à venir, plus ou moins béatifique, plus ou moins infernale… Oserai-je dire qu’il n’y a qu’Une vie, qu’il n’y a qu’Une réalité qui se déploie depuis cette terre jusque dans « les cieux » ? Si c’est bien le cas, comme je le crois, alors être ambitieux pour sa vie et être ambitieux pour le Royaume de Dieu ne font qu’un !  Si c’est bien le cas, alors travailler au « salut de son âme » et travailler au développement de cette terre ne font qu’un ! Si c’est bien le cas, alors réussir sa vie ici-bas et en Dieu ne font qu’un !

Quelle est notre ambition ?

Il va sans dire qu’être ambitieux pour le Royaume, ou en vue du Royaume et être ambitieux tout court, cela n’est pas la même chose : « Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’a pourtant rien préparé, ni accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups. »(Lc 12,47) Quelle est donc notre ambition ? Réussir sa vie matériellement ? Réussir sa vie relationnellement ? Réussir sa vie spirituellement ? Encore une fois, si le Royaume commence dès ici-bas, ces différentes dimensions peuvent légitimement nourrir notre ambition. Mais j’ajouterais volontiers un accent peut-être plus évangélique : il s’agirait de réussir sa vie avec les autres, et même, si l’on pense au Christ en croix, de réussir sa vie pour les autres ! Quelle est notre ambition pour les autres ? Pour nos proches, mais aussi pour nos frères, nos sœurs à l’autre bout de la planète ? Connaissant la situation dramatique de bien des personnes dans nos sociétés et de bien des peuples au loin, en tant que chrétiens, nous devrions avoir les ailes grandes déployées pour nous porter là où l’être humain est menacé. Et, nous en sommes de plus en plus conscients, cela va de paire avec un engagement pour une planète plus respectée dans toutes ses dimensions : minérale, végétale, animale… humaine. Quelle est notre ambition ? Vers où nous porterons-nous pour hâter la venue du jour de Dieu, comme dit Pierre (2P 3,12) ?

Dans l’espérance !

« Gardez vos lampes allumées… tenez-vous prêts ! ». L’Espérance, le désir confiant est une dimension essentielle pour orienter notre ambition. Nous le savons, notre monde est imparfait et malgré tous nos efforts il est marqué par sa finitude. Mais l’espérance chrétienne, c’est l’assurance que nous ne travaillons pas en vain et que le Royaume de Dieu est déjà là, même s’il ne l’est pas encore en plénitude. « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12,32) Benoît XVI a longuement développé, dans son encyclique Spe Salvi, la dimension dynamique de cette espérance qui, loin de nous tétaniser dans l’attente d’un Royaume à venir, nourrit notre agir : « Le  Règne de Dieu n’est pas un au-delà imaginaire, placé dans un avenir qui ne se réalise jamais ; son règne est présent là où il est aimé et où son amour nous atteint. Seul son amour nous donne la possibilité de persévérer avec sobriété jour après jour, sans perdre l’élan de l’espérance, dans un monde qui, par nature, est imparfait. Et, en même temps, son amour est pour nous la garantie qu’existe ce que nous pressentons vaguement et que, cependant, nous attendons au plus profond de nous-mêmes : la vie qui est « vraiment » vie. » (Spe Salvi § 31)

De nos petites vies étriquées, à l’avènement du Royaume de Dieu, il y a de l’espace pour nos ambitions !

Voulez-vous, vous aussi, réussir votre vie ?

Serez-vous ambitieux…

…en vue du Royaume ?

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Les pieds sur terre

1er août, 18° dimanche  C –  Lc 12, 13-21 /

« Être riche en vue de Dieu » ?  Ne pas penser à ses vieux jours, ni à ses descendants ?  C’est bien beau tout cela, mais nous ne sommes pas des anges ! Et « si la richesse ne fait pas le bonheur… elle y contribue » nous dit la sagesse populaire ! L’Évangile veut-il faire de nous des êtres éthérés et inconséquents, ou bien des êtres incarnés, orientés vers le Royaume et liés les uns aux autres ?

Incarnés !

« La vie d’un homme ne dépend pas de ses richesses. » (Lc 12,15) Premièrement, n’hésitons pas à le redire, l’Évangile ne veut pas nous extraire de notre situation humaine pour faire de nous des anges. Il ne s’agit donc certainement pas de rejeter la dimension matérielle de nos vies pour travailler au salut de nos âmes ! Nous sommes des êtres de chair, c’est-à-dire qui avons besoin de nourriture, d’une maison, de vêtements… pas seulement pour prendre soin d’un corps qui serait une enveloppe encombrante, mais pour vivre tout simplement… Que serait la vie sans le plaisir de la nourriture, sans la beauté d’un espace où je me sens bien, sans des vêtements qui me permettent de me sentir bien et d’entrer en relation avec les autres autrement que sur le mode d’un corps brut dénudé ? Nous ne sommes pas des âmes prisonnières dans un corps, nous sommes des êtres de chair qui n’existent que comme des êtres unifiés avec un corps, un intellect, un esprit mais aussi, dans une mesure différente, avec des vêtements, une habitation, une culture, des relations qui donnent chair à notre être. C’est de cette chair-là dont parle le Credo lorsque nous proclamons que nous croyons en la résurrection de la chair ! Bien sûr l’évangile de ce jour dénonce l’excès de confiance dans les biens matériel, mais ne tombons pas dans une spiritualité désincarnée. L’invitation insistante à nourrir l’affamé, à habiller celui qui est nu, à accueillir celui qui n’a pas de demeure,  nous dit bien l’importance de la dimension charnelle de nos vies : nous sommes des êtres incarnés !

Orientés !

« Être riche en vue de Dieu ! », littéralement « auprès de Dieu » c’est-à-dire « en contribuant au Royaume de Dieu ». Peut-être, pour sortir encore de notre vision, par trop dualiste, opposant matériel à spirituel, faut-il nous replacer dans une vue plus large, plus holistique, plus « cosmique » du salut : « la création garde l’espérance, car elle aussi sera libérée… Elle gémit dans les douleurs de l’enfantement » (Rm 8,20-21). La création tout entière est orientée vers l’avènement du Royaume ! En effet, avec les problèmes environnementaux, nous devenons de plus en plus conscients que nous ne sommes pas maîtres de la nature, que nous ne la possédons pas comme si nous pouvions en faire ce que nous voulons, nous ne sommes que les gestionnaires de cette terre qui nous a été confiée pour « la cultiver et la garder » (Gn 2,15). Tous nos biens matériels, de notre parcelle de terre à notre ordinateur, en passant par notre voiture et nos vêtements, ne sont que des éléments de la nature, minéraux, végétaux, animaux, transformés à notre service. Que vont-ils devenir après que nous aurons fini de les utiliser ? Vont-ils revenir à la nature ? Pourront-t-ils être libérés en vue de l’avènement du Royaume ? Notre rapport aux biens n’est donc pas simplement de l’ordre du détachement, lié à l’évidence que nous n’emporterons rien dans notre tombe, mais, bien plus, de l’ordre d’une matière que nous devons accompagner vers sa libération, vers sa christification dirait Teilhard de Chardin. La création tout entière, y compris nos êtres charnels, est fondamentalement orientée vers le Royaume.

Liés !

L’Évangile dénonce donc les richesses non orientées vers la construction du Royaume de Dieu, l’appropriation des biens de ce monde par quelques-uns au détriment du grand nombre, « l’âpreté au gain » qui entraîne moult injustices et rend aveugle envers les « pauvres Lazare » qui croupissent à nos portes. Mais Jésus Christ va plus loin et semble dénoncer également le désir légitime de transmettre un héritage à ses descendants. Cela ne nous est guère facile à admettre, mais l’Évangile nous invite toujours à dépasser nos attaches naturelles pour entrer dans une fraternité universelle. Nous ne pouvons être heureux tout seuls, ou vouloir uniquement le bonheur de notre clan familial, tandis que le monde qui nous entoure vivrait dans la misère et la douleur. L’avènement du Royaume de Dieu nécessite une fraternité universelle et donc la prise de conscience d’un héritage universel, parcelle de cette terre, qui nous a été prêtée un temps et que nous avons à transmettre aux êtres qui nous suivront, puisque nous sommes tous liés à la création qui chemine vers sa libération.

Alors pensez-vous pouvoir atteindre le bonheur sans aucun bien matériel ?

Ou désirez-vous vivre les pieds sur terre, en êtres incarnés, orientés vers le Royaume et liés à la destinée de tout le Cosmos ?

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Passages !

Un mot cher à mes yeux, puisqu’il évoque, tout à la fois notre Pâque, passage définitif en Dieu, mais aussi toutes les petites morts de nos vies qui sont autant de passages plus ou moins faciles à négocier…

Après 9 années à Québec, le temps est venu pour moi de passer le relais à d’autres, de passer à autre chose, et d’entreprendre un de ces passages qui marquent nos vies.

Passer le relais à d’autres : c’est ainsi dans la vie religieuse, si l’on ne veut pas tourner en rond, s’accaparer une oeuvre, et se rendre toujours disponible aux appels de l’Esprit, il faut savoir se détacher d’un lieu et d’une mission… Depuis 11 années, avec l’arrivée du P. Christian Blanc, nous avons remodelé à notre manière le projet du Montmartre, présentant ainsi la charte du Montmartre :

Le Montmartre, animé par les Augustins de l’Assomption et leurs amis laïcs, s’est donné pour mission de rejoindre en particulier les personnes voulant approfondir leur foi ou revenant à la foi chrétienne, en constituant une communauté chrétienne avec une coloration particulière qui se caractérise par :

Trois axes apostoliques :

– S’approprier de façon adulte sa foi

– Célébrer, faire place à l’intériorité

– Susciter la rencontre et la convivialité

Et deux chantiers :

– Être présent au monde des jeunes

– Grandir dans l’alliance  laïcs-religieux

Fidèles à notre charisme demandant une dimension doctrinale, sociale et œcuménique à toutes nos activités nous avons la conviction que le temps pris pour approfondir sa foi, pour la partager, pour en retrouver les racines, est autant de liberté gagnée pour entrer en dialogue avec la modernité, avec la société déchristianisée, avec les autres confessions chrétiennes ou les autres religions…

Sur ces bases, le projet va grandir, et d’autres se l’approprieront à leur manière… Déjà trois frères, Joseph, Gaston et Ai ont pris leurs marques et deux autres arriveront sous peu, le P. Edouard Shatov et le P. Sébastien Bangandu pour épauler les laïcs engagés au Montmartre, le P. Marcel Poirier  et le frère Pierre-Jean Genest, fidèles au poste. Passage de relais, donc, qui se fait déjà bien concrètement à travers plusieurs aspects informatiques, liturgiques etc… Mais aussi à travers les propositions, déjà en place, pour l’automne…

Passer à autre chose : la congrégation, à travers le provincial de France m’a demandé de me rendre disponible pour la formation de jeunes frères… Je vais donc profiter d’une année de « formation des formateurs religieux » avant d’être ré-envoyé en mission… Une année, entre les mains de nos confrères Jésuites, qui me conduira à Lyon et à Juvisy (en région parisienne)…

Un de ces passages qui marquent nos vies : forcément quitter un lieu, un pays, des amitiés après neuf années implique quelques petites morts… nous préparant à la grande… J’avais déjà vécu cela lors de mon départ de Côte d’Ivoire, des relations qui s’arrêtent sur un certain mode et qui s’acheminent avec une certaine accélération vers le mode relationnel du Royaume… Je veux dire par là, que toutes les relations nouées ici, comme ailleurs, ne disparaîtront pas, mais qu’elles font partie de ce qui  meurt en nous, pour être caché, avec le Christ, en Dieu et qui, lorsqu’Il paraîtra dans sa gloire, paraîtra avec lui en pleine gloire. (cf. la seconde lecture de ce dimanche Col 3,1-5)

Je suis encore à Québec pour quelques semaines (jusqu’à la mi-septembre)… Et je peux déjà vous annoncer qu’à la demande de plusieurs personnes, un site ou un blog personnel devrait voir le jour pour continuer de partager avec ceux et celles qui le souhaitent quelques idées et notamment les méditations dominicales

…C’est ce qui prend forme ici…

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