La flamme de notre baptême ?

6 novembre 2011, 32ème dimanche A, Mt 25,1-13 /

Cette parabole des « vierges sages et des vierges folles » a déjà fait consommer beaucoup

Portail sud de la cathédrale de Strasbourg

d’encre, de peinture et même de débris de pierre puisque, outre les commentaires des Pères de l’Église et des prédicateurs au long des siècles, les artistes eux-mêmes se sont emparés de cette parabole pour en faire des vitraux, des pièces de théâtre ou des portails entiers de cathédrale ! Je ne peux en effet m’empêcher de me remémorer ce portail sud de la cathédrale de Strasbourg, où les cinq vierges insensées sont flanquées du tentateur tandis que les cinq vierges sages sont accueillies par le Christ lui-même. Cette parabole donc, pas si simple, a suscité de nombreuses interprétations. Par exemple chez St Augustin, les cinq vierges peuvent représenter la maîtrise des cinq sens ; en vue de Dieu, pour les sages, mais uniquement en vue de la reconnaissance des hommes, pour les insensées. C’est bien le propre des paraboles d’ouvrir à des lectures multiples afin de nourrir notre foi tout au long de notre vie et de nos différents questionnements. Voici donc encore quelques pistes de lecture, parmi bien d’autres possibles : cette flamme n’est-elle pas celle remise à notre baptême ? N’est-ce pas l’huile de l’amour, l’huile de la prière et l’huile de la communauté fraternelle qui peuvent durablement l’alimenter ?

L’huile de l’amour !

Remarquons d’emblée que les dix vierges, ou les dix jeunes filles (suivant les traductions), s’en allèrent à la rencontre de l’époux ! La parabole vise donc des personnes qui connaissent le Christ et qui savent qu’un festin de noces les attend. L’introduction à la parabole est explicite : « Jésus parlait à ses disciples de sa venue ». Nous pouvons donc légitimement penser ici aux baptisés qui marchent à la rencontre du Christ. D’ailleurs Matthieu, au chapitre septième, évoque une parabole semblable en partie : « Il ne suffit pas de me dire Seigneur, Seigneur… Beaucoup me diront : « N’est-ce pas en ton nom que… »… « Je ne vous ai jamais connus ; écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité ! » (Mt 7,21…23) Une réponse semblable à celle que donne le Christ aux cinq jeunes filles insensées : « Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas. » Il est donc clair, et peut-être trop banal, de dire que le titre de « Chrétien » ne suffit pas pour entrer dans le Royaume de Dieu. Une flamme nous a été remise à notre baptême, mais qu’en avons-nous fait ? L’avons-nous entretenue en vivant conformément à la vie du Christ et en laissant l’Esprit Saint agir en nous ? Avons-nous engagé notre vie au service de nos frères et sœurs, particulièrement les plus délaissés, les plus malheureux pour alimenter la flamme reçue à notre baptême de l’huile de l’amour ?

L’huile de la prière !

Nous le savons déjà, mais encore faut-il le redire, quelle que soit notre capacité à aimer, quelle que soit la bonté de notre vie, ce n’est pas à la force de nos bonnes œuvres que nous pourrons saisir le Royaume de Dieu. Le passage obligé, pour l’humanité entière, c’est le Christ ! Son incarnation, sa mort et sa résurrection furent nécessaires pour nous ouvrir les portes de la vie éternelle. Ce n’est que par notre participation à la vie même du Christ que nous pourrons passer de cette vie ici-bas à une vie en Dieu. Puisque notre baptême nous a déjà configurés au Christ, avons-nous pris les moyens d’entretenir, au long de notre vie, cette intimité avec le Christ inaugurée à notre baptême ? Voilà le rôle principal de la prière : laisser la vie du Christ grandir en nous, par la méditation de sa Parole, par la pratique des sacrements, par des temps de cœur à cœur avec Lui, dans le silence de l’Oraison. Pour alimenter la flamme reçue à notre baptême, utilisons-nous l’huile de la prière ?

L’huile de la communauté fraternelle !

Insensés, ou sages, croyons-nous enfin pouvoir entretenir cette flamme de notre baptême tout seul ? Oui notre baptême nous a configurés au Christ mais pas dans un seul à seul avec lui ! Cette intimité avec le Christ passe par l’agrégation à son Corps ressuscité que forme la communauté de ses disciples. Chaque membre remplissant un rôle spécifique dans ce Corps du Christ qu’est l’Église, il nous revient et de recevoir des autres chrétiens soutient pour notre marche, et d’apporter notre spécificité, nos dons à l’édification de ce Corps. Pour approfondir notre foi, pour nous soutenir dans la joie et dans les épreuves, pour inventer ensemble une charité plus effective, avons-nous recours à l’huile de la communauté ? « Quel plaisir, quel bonheur de se trouver entre frères ! C’est comme l’huile qui parfume la tête, et descend sur la barbe, sur la barbe d’Aaron, qui descend sur le col de son vêtement. » (Ps 133(132))

Alors, lorsque nous nous présenterons devant le Christ, qu’en sera-t-il de la flamme de notre baptême ? Nul autre que nous ne pourra fournir l’huile qui aura alimenté, ou non, notre vie de baptisé :

L’huile de l’amour !

L’huile de la prière !

L’huile de la communauté fraternelle !

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L’Esprit d’Assise

C’est au lendemain de la rencontre de représentants des grandes religions à Assise que je vous écris et j’aimerais vous en faire écho.

Il y a vingt cinq ans le pape Jean-Paul II lançait cette invitation prophétique. Hier, de nouveau, le souffle de l’Esprit d’Assise était à l’œuvre. 300 représentants de diverses religions mais aussi, chose nouvelle, du monde de l’agnosticisme ont prié ensemble et se sont reconnus « pèlerins de la vérité, pèlerins de la paix ». 176 délégués de traditions religieuses non chrétiennes et non juives étaient présents(en 1986, ils n’étaient que 28), dont 67 bouddhistes de onze pays, 48 musulmans (ils n’étaient que onze en 1986), sans oublier, une dizaine de représentants juifs et évidemment, 31 délégations d’Églises, communautés ecclésiales et organisations chrétiennes mondiales.

Dans son discours, Benoît XVI a d’abord rappelé que si, depuis la dernière rencontre, le mur de Berlin était tombé renvoyant au passé l’affrontement entre les deux blocs Est / Ouest ; il n’en demeure pas moins que de façon plus disséminée de multiples dissensions alimentent la violence qui prend de « nouveaux et effrayants visages. »

Benoît XVI a ensuite évoqué deux types de violence : celle dû au terrorisme et celle dû au refus de Dieu.

Comme en 1986, le pape a d’abord réaffirmé que si la religion servait parfois de prétexte à la violence et au terrorisme cela n’était pas dans sa vraie nature. Et en particulier, en ce qui concerne l’Église catholique, le pape a reconnu humblement : « oui, dans l’histoire on a aussi eu recours à la violence au nom de la foi chrétienne. Nous le reconnaissons, pleins de honte. Mais il est absolument clair que ceci a été une utilisation abusive de la foi chrétienne, en évidente opposition avec sa vraie nature. » Aussi aujourd’hui nous revient-il de sans cesse purifier la foi chrétienne afin qu’elle soit vraiment un instrument de la paix de Dieu dans le monde.

Par ailleurs, reprenant un des thèmes qui lui est cher, Benoît XVI a affirmé que « le « non » à Dieu a produit de la cruauté et une violence sans mesure, qui a été possible seulement parce que l’homme ne reconnaissait plus aucune norme et aucun juge au-dessus de lui, mais qu’il se prenait lui-même seulement comme norme. »

De façon forte intéressante, Benoît XVI a présenté ensuite de façon positive l’agnosticisme :

« Des personnes auxquelles n’a pas été offert le don de pouvoir croire et qui, toutefois, cherchent la vérité, sont à la recherche de Dieu. Des personnes de ce genre n’affirment pas simplement : « Il n’existe aucun Dieu ». Elles souffrent à cause de son absence et, cherchant ce qui est vrai et bon, elles sont intérieurement en marche vers Lui… Elles ôtent aux athées militants leur fausse certitude, par laquelle ils prétendent savoir qu’il n’existe pas de Dieu, et elles les invitent à devenir, plutôt que polémiques, des personnes en recherche, qui ne perdent pas l’espérance que la vérité existe et que nous pouvons et devons vivre en fonction d’elle. Mais elles mettent aussi en cause les adeptes des religions, pour qu’ils ne considèrent pas Dieu comme une propriété qui leur appartient, si bien qu’ils se sentent autorisés à la violence envers les autres. Ces personnes cherchent la vérité, elles cherchent le vrai Dieu, dont l’image dans les religions, à cause de la façon dont elles sont souvent pratiquées, est fréquemment cachée. »

Enfin, en conclusion, le Pape a assuré les représentants présents que « l’Église catholique ne renoncera pas à la lutte contre la violence, à son engagement pour la paix dans le monde. »

Que cet Esprit d’Assise anime donc notre ouverture aux frères d’autres religions, reconnaissons-nous aussi « pèlerin de la vérité et pèlerin de la paix », et ne nous considérons jamais propriétaire de Dieu au risque de faire violence à nos frères ou de cacher son vrai visage !


 Une vie pour s’édifier mutuellement !

De nouveau une semaine écoulée et déjà deux mois de vie partagée au noviciat. Il me semble qu’un bon travail continue à s’opérer chez les novices, se découvrant, ainsi que leur frères, plus en profondeur et surtout passant d’une communauté rêvée à une communauté concrète. Le père d’Alzon, notre fondateur a de belles lignes sur cette vie communautaire « réelle » où des frères, pas toujours édifiants, nous sont donnés à vivre :

« Pourquoi êtes-vous venu chercher la vie commune dans un cloître, sinon pour vous faire soutenir par les rapports quotidiens que vous auriez avec des hommes qui tendraient comme vous à la perfection ? Sans quoi vous n’aviez qu’à rester dans votre solitude et y garder le genre de vie qui vous eût convenu le plus.

Du moment que vous cherchez la société de certains hommes, pour avoir un plus grand moyen de vous sanctifier, vous devez vous pénétrer de la solidarité que vous avez contractée envers eux. Vous avez demandé à être introduit dans leur compagnie, pour qu’ils pussent vous édifier et vous soutenir ainsi dans votre marche vers les vertus plus parfaites; mais, à votre tour, vous avez quelque chose à leur rendre. Ils vous édifient : édifiez-les de votre côté, et souvenez vous que, si leur conduite vous est une prédication vivante, bien plus puissante que celle de la parole, cette prédication, ils sont en droit de la réclamer de votre part. Que si, au contraire, vous malédifiez, comme votre mauvais exemple sera évidemment suivi et en entraînera d’autres, le résultat sera qu’un certain nombre de religieux tomberont dans la décadence.

Mais, direz-vous, depuis que je suis religieux, que de mauvais exemples n’ai-je pas reçus ? Quoi donc, et que dites-vous là ? Vous vous plaignez d’avoir été victime du mal que vous avez fait, que vous faites tous les jours aux autres ? Depuis quand les fautes de telle ou telle personne peuvent-elles être votre excuse ? C’est vraiment un singulier raisonnement que celui-là. Voyons : vous êtes entré dans la vie d’un couvent pour vous sanctifier en la compagnie de vos frères ; au lieu de cela, vous y trouvez une mauvaise édification ; donc, vous allez vous mettre à malédifier à votre tour. En d’autres termes, on vous donne de mauvais exemples, capables de vous entraîner à la perte de l’esprit religieux, à des défaillances graves, peut-être en enfer. Donc vous allez, sans gêne et en vertu des scandales reçus, vous mettre en train de faire perdre l’esprit religieux aux autres, de les entraîner à des fautes graves, peut-être en enfer ! Admirable raisonnement que celui-là. Mais convenez qu’il n’a pas été inspiré par Notre-Seigneur quand il disait : « Malheur à celui par qui le scandale arrive ! »

Voyez, au contraire, le bien immense que vous pourriez faire, si vous le vouliez un peu fortement. Je vous accorde que certains de vos frères pourraient être plus édifiants. Qu’en concluez-vous, si vous avez l’esprit religieux ? Eh! Peut-être, à la nécessité de bien examiner où l’on entre, mais ensuite de voir aussi quels efforts à faire pour porter nos frères à toute perfection, plus par notre édification que par nos paroles. » (P. d’Alzon, 31° méditation, Écrits spirituels p. 569-570)

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Humilité, humilité, humilité !

30 octobre 2011, 31ème dimanche A, Mt 23,1-12 /

« Ne vous faites pas donner le titre de Maître… Ne donnez à personne le nom de Père… Ne vous faites pas non plus appeler Docteur… » (Mt 23,8-10 traduction TOB) Me voilà bien mal placé pour commenter ces versets de l’Évangile puisqu’en tant que responsable de noviciat on me nomme couramment non seulement « Père », mais encore « Maître des novices » et même « Père Maître » ! Mais ma situation est loin d’être spéciale puisqu’on donne dans chaque famille le nom de père, dans chaque école les titres de maître ou de maîtresse et dans chaque université les titres de docteur ou de professeur ! Alors qu’est-ce à dire, faut-il faire fi de ces versets de l’Évangile et ne point en tenir compte ? Quelle estla Bonne Nouvelle révélée ici ?

Par configuration !

Mettons-nous à l’écoute de saint Jérôme : « On se demande comment, contrairement à ce précepte, l’Apôtre [Paul] s’est appelé lui-même le docteur des nations, et pourquoi aussi, dans les monastères, les religieux, dans le langage ordinaire, se donnent réciproquement le nom de pères. Nous répondons qu’il y a deux manières différentes d’être père ou maître : l’une par nature, l’autre par condescendance ou par concession. C’est ainsi qu’en donnant à un homme le nom de père nous honorons son âge, sans le reconnaître pour l’auteur de nos jours. Nous l’appelons également maître, à cause de son union avec le véritable Maître. […] De même qu’un seul Dieu et un seul Fils de Dieu par nature n’empêchent pas que les hommes soient appelés dieux ou enfants de Dieu par adoption, de même un seul Père et un seul Maître ne font pas obstacle à ce que le nom de pères et de maîtres soit donné aux hommes par extension. » Si je comprends bien, les titres évoqués le sont par participation à Celui qui détient ces titres par nature ! Loin d’être une simple concession, il en va, me semble-t-il, de la divinisation de l’homme : en tant qu’enfants de Dieu, en tant que membres du Corps du Christ ressuscité, en tant que co-créateurs avec l’unique Père-Créateur, nous sommes rendus capables d’être maître, père, docteur. L’interdiction énoncée par Jésus Christ concernait les scribes, les pharisiens et ses disciples avant Sa mort et Sa résurrection. Mais puisque, par le mystère pascal, nous sommes configurés au Christ, ne sommes-nous pas rendus capables d’être, par participation au mystère de Dieu, des maîtres, des pères, des docteurs ?

Pour servir !

Evidemment, cette justification ontologique ne dispense pas d’une extrême prudence, d’une extrême vigilance dans l’emploi de ces titres. Ils ne doivent surtout pas être « utilisés » pour notre gloire ou pour notre honneur personnel : « Ils aiment les places d’honneurs… les premiers rangs… les titres ! » (Mt 23,6-7) Comment envisager une telle chose puisque la configuration au Christ ne nous associe pas qu’à sa seigneurie, mais aussi à son abaissement, à sa servitude, à son humiliation ? Et c’est bien dans cet abaissement que se situe notre « gloire », voilà la Bonne Nouvelle : « Le Christ s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout et lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms. » (Ph 2,8-9) Que l’on pense pour s’en rappeler aux initiales S.S. accolées aux noms des papes, non pas « Sa Sainteté » mais « Serviteur des Serviteurs ». Pour le dire autrement, tous les titres honorifiques donnés aux papes et aux hommes ne peuvent l’être que dans la mesure où ils furent effectivement serviteurs des serviteurs de Dieu !

Avec humilité !

Dernière finesse encore de notre passage d’Évangile : « Ne vous faites pas donner… Ne vous faites pas appeler ! »… Comme l’évoquait saint Jérôme, si l’on donne le nom de père à un père spirituel ou le nom de maître à un maître spirituel, c’est parce que l’on reconnaît en lui la sagesse, la profondeur, la proximité de sa vie avec la vie du Christ qui en font un père ou un maître spirituel. Ce n’est surtout pas l’intéressé qui pourrait se faire donner le titre de maître ou de père, cela démentirait d’emblée une prétendue sagesse qui va forcément de pair avec une extrême humilité ! Les « petits maîtres », les « petits chefs » sont légions mais les vrais maîtres, forcément remplis d’humilité, sont rares. Voici ce qu’on disait d’un père du désert : « Un jour, il demanda à Dieu l’interprétation d’une parole dela Bible. Pourl’obtenir, en tant que maître de vie ascétique, il passa soixante-dix semaines en ne mangeant qu’une fois la semaine. Mais Dieu ne la lui révéla pas. Il se dit en lui-même : « Je me suis donné tant de peine, sans rien obtenir ; je vais donc aller chez mon frère et l’interroger ». Et comme il fermait la porte derrière lui pour aller chez son frère, un ange du Seigneur lui fut envoyé. Il lui dit : « Les soixante-dix semaines durant lesquelles tu as jeûné ne t’ont pas approché de Dieu ; mais lorsque tu t’es humilié toi-même en partant chez ton frère, j’ai été envoyé pour t’annoncer le sens de cette parole ». Et il répondit parfaitement à sa recherche sur la parole dela Bible. »

Alors quels sont les titres que l’on vous donne habituellement ?

Les accueillez-vous par configuration au Christ,

pour servir Dieu et vos frères,

 et avec une extrême humilité ?

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Missionnaires !

En cette semaine mondiale des missions, voici que je me retrouve du côté des missionnaires… À vrai dire, du côté de l’image que l’on a habituellement du missionnaire : le « père blanc » en Afrique. Mais étais-je moins missionnaire durant mes neuf années à Québec ou dans le travail de pastorale jeunesse à Cachan, à  Strasbourg ou à Lille ? J’aurais tendance, non seulement à répondre par la négative, mais encore à affirmer que le lieu où je me suis confronté à la mission la plus difficile était certainement en France, auprès de jeunes évoluant dans une culture si éloignée de la « culture de l’Église ». Mon expérience m’incite donc à mesurer le degré de la mission en fonction de l’effort de sortie de soi que cela demande. Certes, il est vrai que se retrouver sur un autre continent demande un certain nombre de déplacements, mais franchement cette dimension est relativement négligeable comparée à l’énergie à fournir pour rejoindre une culture sécularisée. Bref, je suppose que vous voyez où je veux en venir : j’ai l’impression que vous – qui me lisez en Occident – êtes  plus confrontés aux défis de la mission que moi-même dans une culture où Dieu est omniprésent et le catholicisme déjà bien implanté. Tout ceci demanderait bien des nuances, car nombre de valeurs évangéliques marquent fortement l’Occident, même si elles ne se réfèrent plus directement à Jésus Christ : tolérance, dignité de la personne, liberté de l’individu, solidarité, etc., tandis que des cultures traditionnellement croyantes véhiculent des images de Dieu et des rapports humains toujours plus à évangéliser.

Décidément, moi qui voulais sortir du cliché : « nous sommes tous missionnaire », m’y retrouve pleinement… Je vous souhaite donc une bonne mission dans vos milieux, et n’oubliez pas ces autres missionnaires au loin, confrontés eux aussi à l’annonce de l’Évangile, une annonce qui va de pair, ici comme chez vous, avec la mise en place d’une société plus juste, plus fraternelle, plus solidaire… mais avec des moyens non comparables cette fois-ci !

Petite chronique du quotidien !

 L’eau courante est revenue depuis lundi matin, au neuvième jour de la pénurie… Il fallait garder l’espoir ! La deuxième session de récolte du maïs s’est bien passée et mon teint a pris quelques couleurs… Le menuisier du coin a enfin réussi à nous réaliser un jeu de dame chinoise et les novices ont pu découvrir ce divertissement hautement stratégique. Notre communauté de Ouagadougou vient de tenir son chapitre local dans l’enthousiasme de jeunes religieux fondateurs… Et le dernier pré-postulant – Thomas – a enfin rejoint la communauté de Komah ! Nous devions partir la semaine prochaine pour la première rencontre de l’inter-noviciat mais, apparemment, la session devra être reportée en raison de problèmes de calendrier, liés de loin à la venue du pape au Bénin dans quelques semaines… Ceci ne nous a pas empêchés d’entrer dans le vif du sujet avec une mini session, tenue au noviciat, sur la relecture de l’histoire de notre vie affective ! Si l’inter-noviciat est effectivement reporté, cela nous permettra d’avoir un peu de temps devant nous pour mettre en place les activités apostoliques !

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À la force de notre cœur ?

23 octobre 2011, 30ème dimanche A, Mt 22,34-40 /

Le double commandement de l’amour qui résume la Torah : voilà un passage incontournable de l’Évangile ! En est-il le centre ? Peut-être pas… D’ailleurs, dans la version lucanienne de ce même passage, c’est le légiste qui, à la question de Jésus : « Dans la Loi, qu’y-a-t-il d’écrit ? » répond : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit ; et ton prochain comme toi-même. » (Lc 10,26-27) Ce double commandement n’est donc pas une révélation de l’Évangile mais du premier Testament ! Mais il est vrai que nous avons parfois tendance à le confondre avec le « commandement nouveau » rapporté en saint Jean : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ! » (Jn 13,34) Ces deux formulations sont-elles équivalentes ?

Le strict minimum ?

« Tu aimeras ton prochain… Mais qui est mon prochain ? » (cf Lc 10,27.29) Le rapport à la loi ou au commandement peut être très légaliste. Comment faire le strict minimum pour me mettre en règle ? Si untel n’est pas dans la catégorie « prochain », je n’ai pas à l’aimer ? Ou encore, alors que l’on parle d’aimer Dieu de tout son cœur, la question suivante ne manque pas de surgir régulièrement : « Est-ce que ma messe de vendredi ou de samedi comptera, mon père, à la place de celle de dimanche ? » Jésus, même si on le qualifie de Rabbi, ne passera pas son temps à ergoter sur l’interprétation de la Loi, mais il la mettra en œuvre ; et sa mesure à lui, c’est la démesure de l’amour. « La mesure de l’amour c’est d’aimer sans mesure » résumera saint Augustin. Pour ma part, j’aime traduire le double commandement  de l’amour ainsi : tu feras exister Dieu et tu feras exister l’autre ! Légitimement vous pourriez me rétorquer que Dieu n’a pas besoin de nous pour exister… Mais en êtes-vous bien sûrs ? De quel Dieu parlez-vous ? D’un Dieu père ? Et comment pourrait-il exister pleinement comme père, pour moi, si je l’ignore, le refuse, le méprise ? Quant à faire exister l’autre, c’est-à-dire lui permettre de devenir pleinement ce à quoi il est appelé et lui donner une place dans ma vie, n’est-ce pas plus explicite que le langage galvaudé de l’amour ? La nouveauté de l’Évangile est bien là : le Christ a donné au Père toute la place dans sa vie, il lui a remis toute sa volonté. Et, dans le même mouvement, chaque pécheur croisé et pardonné a tellement pris de place dans sa vie qu’il en est mort en croix : « Celui qui n’avait pas connu le péché, Dieu l’a identifié au péché pour nous. » (2 Co 5, 21), nous sommes loin du strict minimum pour être en règle !

L’un plus que l’autre ?

Revenons encore à la différence entre nos deux formulations du commandement de l’amour. Quelle audace, pourrait-on dire, de la part de Jésus de ne pas mentionner l’amour de Dieu dans son commandement à lui : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ! » Et ce n’est pas la première fois dans l’Évangile qu’il fait ce genre d’impasse. À l’homme riche qui veut obtenir la vie éternelle Jésus rappelle les commandements, mais il n’en cite que six, tous relatifs au rapport à l’autre, et aucun de ceux relatifs à Dieu ! (cf. Mc 19,18-19) Pourquoi cela ? Jésus délaisserait-il le commandement de l’amour de Dieu ? Certes non, mais en tant que Dieu, « son commandement » peut être traduit ainsi : « Aimez-vous les uns les autres comme Dieu vous a aimés en moi ! » Dieu ne revendique pas d’être aimé pour lui-même, mais il nous donne les moyens de l’aimer réellement en aimant nos frères. Ces deux amours ne font pas nombre, ils « sont semblables » nous dit l’évangile (Mt 22,39). Pourrait-on aller jusqu’à dire qu’ils sont équivalents ? La première épitre de Jean abonde en ce sens : « Celui qui aime Dieu qu’il aime aussi son frère » (1 Jn 4,21) mais la réciproque est vraie : « A ceci nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu : Si nous aimons Dieu et mettons en pratique ses commandements. » (1 Jn 5,2) Donc, pas un amour plus que l’autre, comme y conduiront certaines interprétations pharisiennes du double commandement de l’amour, mais un même amour !

À la force de notre cœur ?

Enfin, dernière différence et non des moindres, les ressources évoquées pour satisfaire au commandement de l’amour sont bien différentes. Dans le cas du double commandement on fait appel au cœur, à l’intelligence, à la force,  bref à la puissance de la volonté. Dans le nouveau commandement, c’est la force d’amour de Dieu qui est première : puisque je vous ai aimés, je vous rends capables de vous aimer les uns les autres ! Il s’agit donc d’aimer non seulement comme le Christ, mais avec lui et grâce à lui ! Ce n’est plus à la force de notre cœur que nous sommes rendus capables d’amour, ni grâce aux sentiments qui nous animent, mais à la force de Son cœur à Lui et grâce à la foi qui nous dit objectivement que chaque être est foncièrement aimable !

« Je ne suis pas venu abolir mais accomplir la loi » ! (Mt 5,17)

Du double commandement de l’amour au commandement nouveau :

Avons-nous fait ce passage ?

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À l’eau !

Savez-vous quelle fut ma grande préoccupation cette semaine ? La quête de l’avènement du Royaume ? Certes… mais surtout l’ajustement de bidons sous les gouttières des toits. Non nous ne souffrons pas d’inondations mais de la défaillance de la « Togolaise des eaux » qui nous a coupé l’eau depuis dimanche matin, c’est-à-dire depuis maintenant sept jours… Le comble c’est que le problème vient d’un excès d’eau puisque c’est une rivière impétueuse qui a emporté une partie des tuyaux qui acheminent l’eau depuis un lac jusqu’à Sokodé ! Récolte de l’eau de pluie (sauf qu’il ne pleut pas tous les jours) ; aller retour au noviciat en chantier, où nous avons un forage et dépannage des sœurs orantes qui ont également un puits nous permettent de nous organiser tant bien que mal… Mais la vie continue : cours, prière communautaire, temps d’oraison, accompagnement spirituel, lectures, mise en place des apostolats et…

Travaux des champs

Ce samedi matin, en effet, nous sommes allés au champ, sur le territoire du futur noviciat pour récolter le maïs… Une belle activité communautaire, menée de conserve par le noviciat et les jeunes pré-postulants et postulant, voir quelques photos. Ces jeunes qui viennent d’arriver à Komah (notre seconde communauté à Sokodé) sont au nombre de sept, ils sont d’ailleurs venus nous rendre visites samedi dernier pour un temps d’échange et de prise de contact. Voir ci-dessous ce qu’un des novices rapporte de cette rencontre…

Visites des nouveaux candidats à la vie assomptionniste

Article Emile Boccovi, novice

« Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis ! » (Ps : 132,1)

Les années passent et les promotions se suivent à l’Assomption ; signe de la vigueur de la mission assomptionniste en Afrique de l’Ouest. Cet après midi du samedi 8 octobre 2011, dans une joie simple et profonde, les novices de Sokodé ont accueilli leurs frères, candidats à la vie assomptionniste, qui viennent d’arriver dans la communauté de Komah.

L’idée de cette rencontre fut émise au cours du chapitre local du noviciat, mercredi dernier, et déjà la voilà mise en œuvre. Cette rencontre eut lieu dans le but de faire connaissance des uns et des autres. Ce fut pour les novices l’occasion, entre autres, de connaitre les jeunes qui les remplacent à Komah, de les écouter et de partager avec eux ce qu’ils ont vécu dans ces étapes de pré-postulat et de postulat. Pour les jeunes également, ce fut une opportunité pour connaitre leurs frères et échanger avec eux leurs motivations et leurs aspirations.

Cette année, c’est une plus grande équipe, de sept jeunes, qui vient faire  l’expérience de la vie communautaire à Komah. Il s’agit de : Pierre-Paul, Valéry, Nestor, Yves, Paul (archidiocèse de Lomé-Togo) ; Bonaventure (postulant du diocèse d’Atakpamé au Togo)     ; Rémy-Clovis (archidiocèse de Ouagadougou au Burkina-Faso).

Au cours d’un tour de table, chacun s’est présenté et a brièvement partagé les circonstances de sa rencontre avec l’Assomption. Tous, nous avons écouté le récit du parcours du maître des novices qui a participé patiemment à toute la rencontre. A la fin des présentations, la rencontre s’est poursuivie avec des échanges libres et francs qui ont permis à l’un et à l’autre de creuser davantage certaines questions comme : les activités apostoliques des jeunes de Komah (qui donnent des cours cette année à l’Institut Technique Catholique tenu par les Religieuses de l’Assomption) ; la vie et les activités du noviciat. Avant de se séparer, les jeunes ont souhaité se revoir de temps à autre pour vivre des moments pareils. La rencontre s’est poursuivie jusqu’aux alentours de 17h45’.

Voir les photos de la rencontre ici

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Avec, parfois contre, toujours au-delà !

16 octobre 2011, 29ème dimanche A, Mt 22,15-21 /

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » (Mt 22,21) Cette célèbre réponse de Jésus qui ne se laisse pas piéger par l’embuscade tendue par ses adversaires, résume bien ce que fut son propre rapport aux autorités politiques de son époque, c’est-à-dire ni opposition de fond, ni soutien systématique mais discernement, tout en finesse, à la lumière de l’autorité suprême, celle de Dieu. Les affres de l’histoire nous ont appris que tenir une autre place que celle-là est antiévangélique : les périodes de collusion entre le « sabre et le goupillon » ne furent guère reluisantes, non plus que  les oppositions systématiques contre un monde supposé « foncièrement mauvais et dans l’erreur », qui ne reconnaissent pas la puissance de l’Esprit qui agit aussi en dehors de l’Eglise et qui nous précède. Dans un message du 11 octobre 2005, à un congrès tenu en Italie sur « laïcité et liberté », Benoît XVI évoquait « une saine laïcité de l’Etat en vertu de laquelle les réalités temporelles sont régies par des normes propres, auxquelles appartiennent aussi ces instances éthiques qui trouvent leur fondement dans l’essence même de l’homme », et invitait à « une “laïcité positive” qui garantisse à tout citoyen le droit de vivre sa foi religieuse avec une liberté authentique y compris dans le domaine public ». Pour promouvoir cette laïcité positive, ne s’agit-il pas d’agir avec les autorités, parfois contre et toujours au-delà ?

Avec !

Un de nos frères, spécialiste en éthique économique, ne manquait pas une occasion de dire qu’il aimait payer ses impôts ! Pourquoi ? Tout simplement parce que l’impôt est une façon d’organiser la solidarité entre tous les membres d’une nation, de fournir des services publiques, de répartir les richesses, etc. Evidement la question de la justesse de l’impôt est une autre affaire ; et le contrôle de son utilisation demande une attention constante et un jeu de contre-pouvoir effectif. Mais sur le fond, un impôt juste et bien mis en œuvre est une chose excellente et qui va tout à fait dans  le sens des exigences évangéliques d’une société plus juste et plus solidaire. Jésus ne semble pas dire le contraire à propos de l’impôt à César. Nous le savons, même si la société de l’époque est bien éloignée de la nôtre, l’empire romain a permis un développement économique et culturel, une stabilité, la mise en place de structure juridiques… De plus, il pratiqua – sauf à de rares périodes – une laïcité positive, en permettant à chaque peuple de poursuivre sa pratique religieuse si elle ne mettait pas en cause l’autorité romaine. L’Évangile nous invite donc clairement, comme chrétiens, à travailler avec les autorités et avec la société civile sur la base de valeurs humaines partagées. Bien des valeurs évangéliques nous ont été restituées d’ailleurs par la société civile, parfois en avance sur une institution ecclésiale encline au conservatisme : que l’on pense à la déclaration des droits de l’homme, au respect dû àla Création, à l’égalité homme-femme, etc.

Parfois contre !

Il n’est pas banal de noter que Jésus ne s’en prend jamais, dans les évangiles,  aux autorités romaines, mais souvent aux autorités religieuses de son époque et parfois au pseudo-roi Hérode à la solde des romains. Cependant, les premières communautés chrétiennes, se trouvant dans un autre contexte, celui d’un empire persécuteur, devront résister au pouvoir en place ! Notons bien qu’il ne s’agissait nullement d’imposer les vues chrétiennes à l’ensemble de la société, mais de défendre leurs droits à honorer le vrai Dieu et à refuser l’idolâtrie de la religion d’Etat. Ces luttes pour le respect des droits des chrétiens à vivre leur foi seront de tous les temps et de tous les lieux : que l’on pense, par exemple, aux idéologies laïques voulant imposer la « religion de la non-religion » ; aux régimes communistes persécuteurs d’hier et d’aujourd’hui ; ou aux religions d’Etat intolérantes. Non, nous n’avons pas à imposer un régime chrétien à l’ensemble de la société, mais nous avons le devoir de lutter avec nos frères qui ne partagent pas notre foi, contre tous les régimes injustes, inconséquents, incompétents qui abusent de leur pouvoir et méprisent la dignité humaine.

Au-delà, toujours !

Dans la sentence de Jésus, il en va bien d’une certaine autonomie du temporel et du spirituel, qui ne sont pas du même ordre, mais  aussi d’une mise en perspective du respect envers l’autorité temporelle par rapport au respect envers l’autorité divine : l’impôt qui est dû à César n’a pas le caractère définitif et absolu de l’obéissance à Dieu. Certes nos sociétés doivent s’organiser pour le mieux, mais notre visée ultime, c’est le Royaume de Dieu ! Au-delà de l’ordre établi, au-delà d’un engagement citoyen, au-delà des appartenances nationales, comment promouvoir sans cesse les valeurs radicales du Royaume ? Certains parlent de désobéissance civile  parfois nécessaire : que l’on pense à un Mahatma Gandhi, ou aux objecteurs de conscience refusant de porter les armes par exemple. L’Évangile n’invite-t-il pas, lui aussi, à des gestes prophétiques libérés de tout conformisme ?

Alors, ce rapport aux autorités temporelles ?

Avec ? Parfois contre ? Toujours au-delà ?

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Communier à la joie de Dieu !

9 octobre 2011, 28ème dimanche A, Mt 22,1-14 /

De nouveau une parabole de noces, une parabole du Royaume. Il en va ici bien sûr, dans la perspective de Matthieu, d’une invective contre les premiers invités du Seigneur : « le peuple de l’Alliance » qui refuse l’invitation des noces lancée par Jésus Christ et se voit défait de ses prérogatives au profit de tous ceux qui veulent bien entrer dans la salle du banquet, « les mauvais comme les bons ». Empruntons, si vous le voulez bien, une autre clef de lecture : communier à la joie de Dieu !

Entrer dans la joie d’autrui !

Premièrement, interrogeons-nous sur le pourquoi de ce refus des premiers invités. « Un roi célébrait les noces de son fils » et les invités n’en ont que faire : les uns sont préoccupés de leur champ, les autres de leur commerce, d’autres encore maltraitent et tuent les envoyés. Non seulement ils ne se sentent pas concernés par cette fête, mais plus encore ils se sentent agressés par l’invitation. Cela ne vous rappelle-t-il pas une autre parabole ? Ce fils aîné incapable d’accéder à la fête et de se réjouir comme son père du retour du fils aventureux ? Oui, c’est vrai, nous ne sommes pas toujours au centre de la fête, mais n’est-ce pas une superbe place que de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que la fête réussisse et pour entrer dans la joie d’autrui ? Jean-Baptiste nous le dit superbement : « L’époux, c’est celui à qui l’épouse appartient ; quant à l’ami de l’époux, il se tient là, il entend la voix de l’époux, et il en est tout joyeux. C’est ma joie, et j’en suis comblé. » (Jn 3,29) Qu’est-ce qui nous retient au seuil de la joie de Dieu ? La jalousie ? Le besoin de reconnaissance ? Mes propres soucis ? L’indifférence à ce qui se vit autour de moi ? Comment entrer dans la joie d’autrui ?

Une joie à recevoir !

« On conçoit souvent la joie comme la récompense de nos efforts, liée, par exemple, à la satisfaction d’un travail bien fait, instant fugace dans une existence riche en soucis »[1]. Or, la joie nous précède, puisqu’elle est d’abord Joie de Dieu pour tout ce qui fait grandir la vie donnée ! Ainsi cette joie nous devance dans chaque rencontre : « l’autre est source de joie, non pas par les satisfactions qu’il peut m’apporter, mais parce qu’il est aimé de Dieu d’une manière unique et qu’il m’est confié par Dieu. Tu es la joie de Dieu, Il veut que tu sois aussi la mienne. »1 Ce désir de Dieu de nous partager sa joie est essentiel ! Alors qu’il n’a plus guère de temps parmi ses disciples, Jésus résume ainsi sa prédication : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète. » (Jn 15,11)  Nous n’avons donc pas à créer la joie, qui est Vie et qui nous précède, mais nous avons à l’accueillir, à répondre à l’invitation des noces relancée sans cesse malgré tout nos refus.

Une joie active

L’invité qui ne porte pas le vêtement des noces illustre une autre forme de refus. Tout est prêt pour le banquet, la table est dressée, il accepte l’invitation, mais il ne fait pas le minimum nécessaire pour participer à la joie du festin : il ne revêt pas l’habit de fête. La joie ne peut être passive, elle requiert notre consentement actif. Il est donc significatif de noter le lien qu’opère Jésus dans la citation de Jean mentionnée ci-dessus : « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète. Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n’a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis. » (Jn 15,11-12) Le vêtement des noces, n’est-ce pas tout simplement ce que nous mettons en œuvre pour transmettre, autour de nous, la joie reçue gratuitement ? Non pas à la manière d’un boutentrain, mais par l’amour partagé, le pauvre relevé, la justice rétablie,la Création valorisée, etc. ?

La phrase finale, enfin, sur les élus peu nombreux, comme toujours dans les Évangiles, n’a pas pour objectif de susciter en nous une curiosité malsaine sur le nombre de sauvés, mais de renvoyer chacun à l’exigence de sa propre vie :

Souhaitons-nous entrer dans la joie d’autrui ?

Voulons-nous accueillir la joie de Dieu qui nous précède ?

Et faire de cette joie une source active pour notre vie ?

Bref, désirons-nous communier à la joie de Dieu ?



[1] Extrait de commentaires de Taizé surla Parole de Dieu

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Chapitre local

En début d’année scolaire, chaque communauté assomptionniste, après les recomposi

La communauté du Noviciat

tions de l’été, se rassemble en chapitre local pour relire l’année passée et surtout envisager l’année à venir dans une réponse toujours plus fidèle au charisme qui lui est confié. C’est donc ce à quoi nous nous sommes attelés cette semaine. Evidemment, en tant que noviciat, nous avons déjà toute une structure, tout un programme, pour soutenir notre vie, mais cela ne nous a pas empêchés de revisiter, avec exigence, les questions suivantes :

-Comment incarner dans notre vie de noviciat les trois orientations fondamentales fixées par les derniers chapitres : « Être hommes de foi, hommes de communion, solidaires des pauvres»… Des initiatives à prendre ? Une réflexion à poursuivre ?

 -En ce qui concerne la pastorale des jeunes et des vocations… Quelle implication à notre niveau ? Comment appeler ? Comment accompagner ?

 – En attendant le chapitre économique, et la proposition de budget à voir ensemble… Y-a-t-il des efforts à faire sur notre niveau de vie, sur nos ressources, sur nos manières de faire et leurs conséquences économiques ?

 Beaucoup d’idées furent émises, il s’agira de les mettre en œuvre… Parmi nos rêves : constituer un véritable groupe de laïcs qui puissent porter avec nous le charisme de l’Assomption à Sokodé ; fonder une école pour répondre à l’immense défi de la scolarisation (certaines classes ont 120 élèves !) ; trouver des moyens pour nous financer, pourquoi pas en se lançant dans l’exportation de confiture de mangues (y-a-t-il des preneurs ?) etc.

 

Mais dans l’immédiat, avec la communauté de Komah (insérée en paroisse mais également lieu d’accueil des candidats et des postulants) déjà bien des engagements nous attendent :

Au centre culturel Saint Augustin (Œuvre diocésaine dont nous avons la charge):

 – L’espace d’Alzon : organisation de conférences mensuelles et autres activités (questions de société, questions d’Église, œcuménisme, dialogue interreligieux…)

– Aumônerie des écoles publiques et privées du centre ville… 20 000 élèves (Sokodé est La ville de l’enseignement au Togo)

– Propositions pour les couples et les familles

– Animation culturelle du centre (films, informatique, bibliothèque)

– Formations pour adultes (groupes bibliques etc.)

– Voyage d’intégration dans la sous-région

À la radio diocésaine (dont nous avons la charge):

– Poursuivre les émissions déjà en place : la messe radiodiffusée, les méditations sur l’Évangile du dimanche, une émission pour les couples et la vie de famille…

– Inventer ou reprendre d’autres émissions : lecture de textes du magistère, émission à destination des élèves : « Rendez-vous avec le succès », catéchèses, etc.

          À la paroisse de Komah :

 – Assurer toute l’animation de cette paroisse qui est composée d’une paroisse mère et de quatre stations secondaires (plus ou moins distantes) : les célébrations, la catéchèse, les mouvements, les formations pour adultes, les récollections, l’accompagnement des communautés chrétiennes de base et des groupes de prière, l’organisation de la diaconie (œuvres caritatives), la pastorale des jeunes (organisation de pèlerinage, de la marche des jeunes…) etc.

 Tout ceci, bien sûr, en plus de l’accompagnement des 4 novices et des 8 regardants, mais aussi grâce à leurs implications apostoliques. Le chantier est immense !

La communauté en chapitre local

En parlant de chantier, vous pouvez voir dans l’album, quelques photos de l’avancement des travaux au nouveau noviciat.

Le nouveau noviciat en chantier

Nouveau blogue assomptionniste

 Parmi les réponses à la question de la pastorale des jeunes et des vocations, nous venons d’ouvrir un nouveau blogue sur les Assomptionnistes en Afrique de l’Ouest : www.aaouestafrique.frerebenoit.net , vous y découvrirez des témoignages des jeunes profès et des novices, des échos de notre vie, des photos, etc. C’est une véritable gageure de se lancer dans le maintien à jour de deux blogues vu la connexion dont nous disposons… Elle est d’une part très chère et de plus fonctionne très mal ! Mais avec la grâce de Dieu…

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Les treize branches de la famille de l’Assomption

J’ai dû faire pas mal de recherches, qui seraient encore à poursuivre, pour présenter aux novices un tableau un peu complet des treize branches issues du tronc commun de la famille de l’Assomption. On trouve des éléments disparates de-ci de-là mais rarement des données complètes. Je me propose donc de vous partager ce travail :

1-Les six premières familles historiques de l’Assomption :

Les Religieuses de l’Assomption (R.A.), fondées à Paris (Seine), rue Férou, en 1839. Maison mère au ‘château d’Auteuil, la Tuilerie’ depuis 1857, transfert au Val Notre-Dame en Belgique en 1900, retour à Auteuil en 1953.

– Co-fondateurs : Mère Marie-Eugénie de Jésus, née Anne-Eugénie Milleret de Brou (1817-1898) Béatifiée en 1975 et canonisée en 2007 ; fondatrice avec l’Abbé Combalot

-(en 2002): 1356 religieuses,  44 nationalités présentes dans 34 pays, 181 communautés

-fusion en 1968 avec les Gardiennes Adoratrices de l’Eucharistie, dites Sœurs de Saint-Aignan.

Les Augustins de l’Assomption, dits Assomptionnistes (A.A.), fondés à Nîmes (Gard), collège de l’Assomption rue de la Servie, en 1845. Maison-mère à Nîmes, maison généralice passée à Paris sous Picard, à Rome depuis le P. Bailly (Palazzo Filippani en 1893, transfert à Tor di Nona en 1929, transfert à Via San Pio V en 1958.

– Fondateur : P. Emmanuel Marie Joseph Maurice Daudé d’Alzon (1810-1880) Déclaré vénérable en 1991

-(en 2008) : 950 religieux, 125 communautés dans 30 pays

– absorption en 1925 de la branche anglaise des Pères de Saint-Edme ou Oblats du Sacré-Cœur de Jésus et du Saint-Cœur Immaculé de Marie fondés en 1843 par le P. Muard.

Les Sœurs Missionnaires de l’Assomption (M.S.A), fondées en 1852 au Cap (Afrique du Sud), par scission d’avec les Religieuses de l’Assomption de Paris. Maison mère à Grahamstown, puis transfert de la maison généralice à Johannesburg.

– Fondatrice : Mère Marie-Gertrude Henningsen (1822-1904)    

-Environ 70 dans 10 communautés

Les Oblates de l’Assomption, religieuses missionnaires (O.A.), fondées à Rochebelle du Vigan (Gard) en mai 1865. Maison généralice à Nîmes rue Séguier en 1873, puis à Paris, rue Lecourbe en 1926.

-Co-fondateurs : P. Emmanuel d’Alzon avec Mère Emmanuelle Marie de la Compassion, née Marie Correnson (1842-1900)

-(en 2002) : 516 religieuses, 78 communautés présentes dans 16 pays

– scission en 1882 entre les Oblates de Nîmes et les Oblates de Paris, réunification en 1926;

-scission en 1912 d’avec les Oblates de Notre-Dame de la Consolation dites de Bordeaux (Les Mères Frank), réunification en juin 1991

-absorption en 1963 des Norbertines du Mesnil-Saint-Denis fondées en 1889 par Marie de Husson-Carcenac (1865-1897).

Les Petites Sœurs de l’Assomption (P.S.A.), fondées à Paris (Seine) en juillet 1865, rue Vanneau, puis rue Saint-Dominique. Implantation de la maison mère et généralice à Paris rue Violet en 1870.

Co-fondateurs : P. Etienne Pernet, a.a. (1824-1899) avec Mère Marie de Jésus, née Antoinette Fage (1842-1900)

– (en 2002): 1247 religieuses, 182 communautés présentes dans 28 pays.

– Union avec les Servas des Pobres (Portugal) en 1949 et avec les Petites Sœurs des champs de Malause (Tarn-et-Garonne) en 1962.

– Scission en juin1993 en Italie des PSA d’avec les Sœurs de la charité de l’Assomption.

Les Orantes de l’Assomption (ORa), fondées à Paris (Seine), rue François Ier, en décembre 1896. Ex-maison mère rue Berton à Paris, puis à Sceaux en 1919, à Bonnelles (Yvelines) en 1970, puis à Cachan et actuellement à Créteil(Val-de-Marne).

– Co-fondateurs : P. François Picard, a.a.  (1831-1903) avec Mère Isabelle-Marie de Gethsémani, née Isabelle de Clermont-Tonnerre, veuve d’Ursel (comtesse) (1849-1921)

– (en 2002): environ 160 religieuses, 21 communautés dans 11 pays

– Fusion avec les Sacramentines de Marseille en 1941, religieuses fondées en 1639 par le P. Antoine Le Quien o.p.

 

2-Les autres fondations de la famille sont du XXème siècle

Elles ne portent pas toutes le nom Assomption, même si elles doivent leur origine à un religieux assomptionniste. De plus, leur spiritualité n’est plus toujours très en lien avec le reste de la « famille historique » :

Les Sœurs de Sainte-Jeanne d’Arc, S.J.A., fondées en 1914 à Worcester (USA), maison généralice en 1917 à Sillery (Québec)

– Co-fondateurs : P. Marie-Clément Staub, a.a. (1876-1936) avec Mère Jeanne du S.C. née Célina Benoît

-Environ 100 sœurs  au Canada et aux Etats Unis

Les Sœurs ouvrières catéchistes, fondées à Mendoza en Argentine, en 1934. Aujourd’hui Hermanas Obreras Catequistas de Jesús Sacramentado

– Co-fondateurs : P. José Maria Moreau, a.a.  (1897-1947) ; Mgr Anibal Verdaguer ; Mère Teresa Carrillo et Elena Garcia

-Présentes dans trois pays : Paraguay, Argentine, Chili. … Nombre ?

Les Sœurs de la Croix, fondées en 1939 à Athènes. Maison généralice rue Ipirou, Agia Paraskevi.

– Fondateur : P. Elpide Stephanou, a.a.  (1896-1978)

– Quelques sœurs subsistaient encore récemment… Nombre ?

Les Frères de l’Assomption, fondés en 1951 à Béni au Congo R.D. ; maison généralice à Butembo.

– Fondateur : Mgr Henri Piérard, a.a.  (1896-1978) premier supérieur général : Frère Benoît Kanyororo

– Ils sont un peu plus de 50 membres, catéchistes, mais aussi artisans et éducateurs.

Les Petites Sœurs de la Présentation, fondées en 1952 à Béni au Congo R.D. ; maison généralice actuelle à Butembo.

– Fondateur : Mgr Henri Piérard, a.a.  (1896-1978) première supérieure générale :  Sœur Monique-Marie Meso

– Elles sont près de 300. Leurs apostolats : orphelinats, dispensaires maternités, vaccinations, éducation sanitaire, animation sociale de développement, éducation sanitaire et nutritionnelle, catéchèse, alphabétisation.

Les Petites Missionnaires de la Croix, fondées en 1955 en Colombie, devenues un Institut séculier. (Fraternité des Missionnaires de la Sainte Croix et de Notre-Dame des Douleurs).

– Fondateur : P. Nicolaes Niklaes, a.a.  (1914… ? perdu de vue ayant quitté l’Assomption)

– Aujourd’hui un Institut séculier sans lien avec la famille de l’assomption, nombre ?

Les Sœurs de la Charité de l’Assomption, (S.C.A.), fondées en 1993 en Italie dans la mouvance de Comunione e liberazione par scission d’avec les P.SA.

– Fondateurs : Le 17 Janvier 2006 Le P Luigi Giussani (fondateur de Communione e liberazione) est reconnu par le Saint-Siège, fondateur de l’Institut, avec le Père Pernet.

– Environ 90 religieuses dans 7 communautés

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