Petite tranche de vie !

Comment vous faire partager quelques éléments de mon quotidien ici ? Hier, 29°, ciel couvert mais un peu de vent, la journée est très agréable, je ne sais pas si les degrés sont moins forts ici ou si on s’habitue… Ce matin 25° presque frais… Le samedi permet une grâce matinée : lever 6h15 au lieu de 5h30 ! Chez les voisins, là où donne ma fenêtre, le réveil est plutôt vers 4h45… Peut-être que de décrire les sons alentours vous donnerait une petite idée. 4h45 c’est l’appel à la prière de nos frères musulmans, et tout de suite des bruits de seaux que l’on remplit chez les voisins. Assez rapidement les coqs et autres chèvres se mettent de la partie. La mère chèvre appelle souvent son petit avec insistance… Vers 6h c’est le clocher de la cathédrale qui sonne l’angélus… Deux routes assez passantes, encadre le quartier, et les camions qui peinent dans la côte sont parfois bruyants, surtout la nuit. Les « Z » bien sûr, vrombissent dès le petit matin : ce sont les motos privées ou taxi, le moyen de déplacement le plus répandu en ville. Plus tard dans la journée, le jeu des enfants du voisinage prend le relais, ils semblent bien profiter de leur innocence ! À toute heure de la journée, surtout en matinée ou en soirée, c’est le groupe de prière évangélique du coin qui s’en donne à cœur joie : chants d’exaltation, mais aussi cris d’exorcismes et de combats contre le diable !!! Bien sûr un chantier proche ne manque pas de nous bercer de coups de marteaux répondant à la scierie voisine qui ne cesse de débiter ses planches. Ce matin, nous avons eu droit à un spécial de la part des voisins : pendant une heure et demie la même chanson en boucle, style reggae,  sur… le divorce… « Le choix que j’ai fait n’a pas marché… les femmes belles sont toujours le jeu d’autres hommes… je n’avais pas compris les belles parole de l’Évangile… Il faut être prêt à l’humilité et au pardon… » (Résumé en gros) Je crains que le couple voisin aie quelques difficultés. Finalement vers 7h45 c’est le bruit du pilon qui a prit le relais…

Quand je vous disais que l’Afrique déborde d’énergie ! Je crains de regretter ces bruits quand nous serons installés en dehors de la ville dans  notre nouveau « monastère » !

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Un dessein tenace !

2 octobre 2011, 27ème dimanche A, Mt 21,33-43 /

 Alors que tant de personnes s’interrogent sur leur place en ce monde, sur le sens de cette existence ; alors qu’un certain nombre de scientifiques nous affirment que nous ne sommes que le fruit du hasard, Dieu lui-même, en Jésus-Christ, nous révèle le véritable sens de notre aventure humaine ! Sommes-nous prêts à entendre son appel et à remplir pleinement la tâche à laquelle nous sommes appelés ?

Un dessein d’amour qui nous précède !

« Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’un clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. » (Mt 21,34) Ce début de parabole nous en dit long sur le sens de notre histoire ! Contrairement à ce que pensent bon nombre de nos contemporains, dans la ligne du philosophe Démocrite pour qui « tout ce qui existe dans l’univers est le fruit du hasard et de la nécessité », la tradition judéo-chrétienne affirme qu’ « au commencement Dieu créa le ciel et la terre ». Dire « Dieu au commencement », c’est dire qu’un sujet, qu’une volonté, qu’une liberté président à notre histoire et non pas le déterminisme des lois de la nature ou du hasard ‒ des lois réelles mais secondes par rapport au projet créateur de Dieu ‒.  Un dessein d’amour nous précède, un Dieu plein de sollicitude agit au fondement de notre histoire : il plante, clôture, creuse, bâtit ! Et cette création, loin d’être un divertissement pour un dieu esseulé, est de nature existentielle pour le Dieu d’amour : de par son Être même, l’amour débordant du Dieu trinitaire ne peut que se déployer en une Création libre, appelée à l’amour et au bonheur ! Croyons-nous, nous autres humains, pouvoir nous réaliser pleinement en dehors d’une réponse libre et confiante à ce projet de vie qui nous précède ?

Une connivence inventive !

« Un homme était propriétaire d’un domaine… puis il donna la vigne en fermage à des vignerons et partit en voyage. » Nous ne sommes pas propriétaires de notre Terre ! Ce que le courant écologiste réaffirme avec force, les chrétiens devraient en être pleinement convaincus, non par militantisme mais par une réception confiante de la Révélation. De plus, face à cette prise de conscience néo-païenne, parfois, de nos contemporains, il nous faut réaffirmer que le fondement du respect dû à la Création ne se situe pas dans un égalitarisme de tous les êtres animés ou inanimés, ni dans une Terre divinisée pour elle-même, mais bien dans notre coresponsabilité, avec le Créateur, pour faire produire de bons fruits à cette vigne qui nous est confiée. Là encore, dire « Dieu au commencement », c’est dire un vis-à-vis, un Autre à qui je dois rendre des comptes, une volonté libre qui suscite une réponse libre, une « liberté responsable », une « action inventive en connivence avec la Création » (cf. Adolphe Gesché, L’Homme, p.68) Dieu se retire, se fait discret, pour que les humains puissent pleinement prendre leur place de co-créateurs, en toute liberté… Que ferons-nous de cette liberté ? En profiterons-nous pour exploiterla Terre à outrance, gaspiller les biens qu’elle nous offre, marcher sur nos frères pour augmenter notre confort et notre bien-être, ou serons-nous effectivement co-créateurs, coresponsables en connivence inventive avecla Création qui se déploie, avec le Royaume qui advient ?

La pierre angulaire !

« Finalement, il leur envoya son fils… » Dieu a donc planté la vigne, mis en place le nécessaire pour qu’elle produise de bons fruits et remis tout cela entre nos mains, mais il ne s’arrête pas là ! Loin d’abandonner le monde à son propre sort, il envoya tout au long de l’histoire des prophètes et des justes pour rappeler aux hommes leur devoir, leur vocation de co-créateurs qui est chemin de bonheur plénier ! Mais, nous le savons, il lui faudra envoyer jusqu’à son propre fils pour rappeler aux hommes leur vocation à ce bonheur-là ! Mis à mort, Dieu s’est donné jusqu’au bout cette fois-ci, il ne peut aller plus loin pour solliciter notre liberté à entrer dans son projet d’amour. Voilà pourquoi la vie, la mort et la résurrection du Christ sont devenues le point focal de l’histoire du monde, la pierre angulaire offerte de façon unique et définitive pour bâtir enfin le royaume de justice et de paix voulu par Dieu. Refuserons-nous, comme les vignerons homicides. cet ultime don de Dieu ? Ou nous appuierons-nous sur la pierre angulaire pour devenir ce à quoi nous sommes appelés ?

Puisqu’un dessein d’amour est inscrit au cœur de notre monde…

Puisqu’une connivence inventive avec ce projet nous est proposée…

Puisque la pierre angulaire pour le réaliser nous est connue…

Que ferons-nous de notre liberté ?

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Un noviciat pour s’exercer à désirer !

Désir actif / Désir passif

Nous avons médité, lors de la fête de saint Matthieu, le 21 septembre, le récit de son appel, qui renvoie à une autre rencontre : celle de Jésus avec le publicain Zachée. Dans le cas de Zachée – vous connaissez bien le récit de ce petit bonhomme qui monte sur le sycomore pour voir Jésus – nous avons affaire à la rencontre de deux désirs. Zachée fait preuve d’un désir actif : il a tellement envie de voir Jésus qu’il prend tous les moyens pour atteindre son but ! Et Jésus, en le voyant, rejoint son désir au-delà de ses espérances : « Aujourd’hui il me faut demeurer chez toi ! »… Dans le cas de Matthieu la rencontre est plus asymétrique. Matthieu est « assis à son bureau » de collecteur d’impôts et toute l’initiative est du côté de Jésus : « il le vit », c’est-à-dire qu’il vit, non seulement cet homme assis, là, mais il vit en lui tout le désir inexprimé : celui d’une autre vie, de suivre Jésus, d’une vie pleine de sens ! Le désir était bien présent puisque dès que Jésus l’appelle, il se lève, il laisse tout en plan et il le suit… Sans questions… sans tergiverser… Nous avons donc l’illustration, à travers ces récits, de deux types de désir : un désir actif – celui de Zachée – et un désir passif – celui de Matthieu –. C’est le regard plein d’amour de Jésus sur Matthieu qui lui permit de dépasser son propre enfermement dans son péché, son manque de foi en lui-même et en sa capacité de changer… Bref, ce regard d’amour lui a permis d’accéder à son désir enfoui, de l’activer et de le voir comblé !

Le désir comme tâche

N’est-ce pas une de nos principales tâches d’homme que de creuser sans cesse le désir d’une vie meilleure pour nous-même et pour le monde ? De laisser le Christ et ses promesses aiguiser en nous le désir d’une vie d’amour et de plénitude ? De purifier nos désirs superficiels pour atteindre l’unique désir qui nous habite en profondeur. Saint Augustin qui prit du temps pour accéder à son véritable désir, nous indique ce chantier comme un travail essentiel pour nos vies :

 « Sans doute tu ne vois pas encore ce que tu désires, mais le désir te rend capable, quand viendra ce que tu dois voir, d’être comblé. Supposons que tu veuilles remplir quelque objet en forme de poche et que tu saches la surabondance de ce que tu dois recevoir ; tu étends cette poche ou ce sac; tu sais combien est grand ce que tu as à y mettre et tu vois qu’il est étroit. En l’étendant, tu augmentes sa capacité. De même Dieu en faisant attendre étend le désir ; en faisant désirer, il dilate l’âme ; en dilatant l’âme, il la rend capable de recevoir. Désirons donc, frères, parce que nous devons être comblés. »  JN 4.6

« Telle est notre vie : nous exercer en désirant. Or, un saint désir nous exerce d’autant plus que nous avons détaché nos désirs de l’amour du monde… Vide à fond ce qui doit être rempli. Le bien doit remplir ton âme ; déverse le mal. Suppose que Dieu veuille te remplir de miel : si tu es plein de vinaigre, où mettre le miel ? Il faut répandre le contenu du vase ; il faut purifier le vase lui-même ; il faut le purifier, fût-ce à force de peiner, à force de frotter, pour le rendre apte à recevoir cette réalité mystérieuse. Que cette réalité, nous n’arrivions pas à lui donner son vrai nom, que nous la nommions or, que nous la nommions vin, quelque nom que nous donnions à ce qui ne peut être nommé, quelque nom que nous prétendions lui donner, son nom est Dieu. » 1 JN 4.6.

« Tout désir qui appelle Dieu en nous est déjà une prière. Ton désir c’est ta prière. Il y a une prière intérieure qui jamais ne se tait : c’est ton désir. Si tu veux prier sans cesse, ne cesse jamais de désirer. Ce désir incessant, c’est ta parole. La tiédeur de ton amour sera le silence de ton cœur ; ton ardeur, le cri de ton cœur. » PS 37.14.

Un noviciat pour exercer son désir

Voilà donc bien une tâche centrale pour le Novice : exercer son désir ! Retrait, silence, coupure de son réseau naturel de relations… Non pas pour combler sa vie par la vie du Christ, mais bien pour creuser toujours plus le désir de Dieu, le désir du Royaume, le désir d’une vie toute donnée :

« Dieu ne comble pas le vide de notre cœur en y versant sa consolation. Non ! Dieu n’est pas un substitut à l’amour humain, il ne compensera jamais l’absence d’une femme dans notre vie »… « Lorsque nous sommes loin de ceux que nous aimons, nous devons tenir bon sans combler l’absence, c’est une très grande consolation, car le fait de laisser le vide béant sauve le lien qui nous unit. » … « Dieu ne comble pas le cœur qui se donne à lui : il le laisse vide, et ce vide est justement sa présence en creux au fond de nous ! » (Henri Boulad, Chasteté et consécration, Anne Sigier, Québec, 2003, p.15 et 16)

Evidemment je parle ici depuis mon lieu d’apostolat… Mais ce travail qui consiste à exercer son désir du Beau, du Bon du Bien… Ce travail de désencombrement de toutes les futilités qui remplissent notre vie n’est-il pas une tâche essentielle pour chacun ? La vie humaine n’est-elle pas notre lieu de Noviciat pour l’apprentissage de la vie en Dieu ?

À part cela la vie au Noviciat se poursuit bien, et le chantier intérieur, aussi bien qu’extérieur, avance… Voir ici des photos de l’avancement des travaux (extérieurs)

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Reprendre sans cesse le chemin de la vie !

25 septembre 2011, 26ème dimanche A, Mt 21,28-32 /

Nous sommes tous pécheurs et Dieu le sait bien ! Nous avons en nous une réticence spontanée, voire une incapacité, à vivre selon l’Évangile… D’une certaine manière le problème ne se situe pas là, mais bien dans notre attitude par rapport à notre péché : Croyons-nous que Jésus nous en a délivrés ? Croyons-nous que nous sommes aimés en tant que pécheurs ? Sommes-nous capable de reconnaître notre péché ? Osons-nous regarder en arrière nos gestes et nos paroles pour éventuellement nous en repentir et reprendre sans cesse le chemin dela Vie ?

Une réticence spontanée…

« Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne. » Le premier répondit : « Je ne veux pas. » La réponse du second fut : « Oui, Seigneur ! »… et il n’y alla pas. (cf. Mt 21,29)  Nous avons, ici, deux formes de cette réticence spontanée à répondre à l’appel de l’Évangile : soit  notre volonté se cabre lorsqu’il s’agit d’entreprendre une démarche qui nous coûte ; soit notre énergie nous fait défaut pour mettre en œuvre ce à quoi nous nous sommes engagés depuis notre baptême, notre profession de foi, notre confirmation, notre mariage, nos vœux, etc. Le refus est parfois sournois, puisqu’il se fait, dans certains cas, au nom même de « la religion », de « ma » religion : c’est le cas des pharisiens qui défendent la « vraie religion » contre Jésus qui vient tout bouleverser. Les responsables de communautés chrétiennes connaissent bien cette forme de résistance : « On a toujours fait comme ça ! » Toutes ces attitudes sont naturelles, spontanées, seulement l’Evangile nous demande des attitudes surnaturelles et, pour cela, il faut passer outre notre spontanéité.

Dépasser notre spontanéité…

« Pris de remords, il y alla » (Mt 21,29) C’est ici que tout se joue ! Oui, nous avons nos refus impulsifs, nos paroles vives, notre instinct de conservatisme, mais après coup, à tête reposée, dans la prière, qu’en ferons-nous ? Aurons-nous assez d’humilité pour revenir sur nos paroles ou sur nos décisions ? Cela demande un vrai travail intérieur comme nous le mentionnions, il y a quelques semaines, à propos des démarches de pardon. La seconde lecture, tirée de la lettre aux Philippiens, nous en donne une belle formulation : « Ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres. » (Ph 2,3-4) Oui, dans le vif de l’action, ma langue a pu s’emballer… « Il faut dire qu’un tel m’agace sérieusement ! » Mais, dans la prière, à tête reposée, au-delà de tout ce qui m’indispose ou m’énerve chez cette personne, suis-je capable de reconnaître ses qualités, les dons que le Seigneur lui a confiés – qui ne remettent pas en cause mes propres dons – suis-je capable de dépasser mes réactions instinctives pour accueillir ce frère, cette sœur et l’aider à grandir ?  Ce retour sur soi peut même être tardif : « Les publicains, eux, et les prostituées ont cru en Jean le Baptiste; et vous, devant cet exemple, vous n’avez même pas eu un remords tardif qui vous fît croire en lui. » (Mt 21,32  traduction de la Bible de Jérusalem)

Reprendre sans cesse le chemin de la vie !

C’est vraiment ici que se situe le cœur de la Bonne Nouvelle : quels que soient nos refus, nos chemins de traverse, nos promesses non tenues, Dieu propose sans cesse de revenir sur le chemin de la vie ! Cela fut vérifié tout au long de l’histoire d’Israël quand, à l’infidélité de son peuple, Dieu répondait par sa miséricorde en ouvrant de nouveaux chemins pour l’Alliance. Cette ténacité de Dieu le mena même jusqu’à la mort du Christ en croix, pour ouvrir à l’humanité entière le chemin de la vie ! Comment répondre, à notre mesure, à ce don infini ? Non pas par une vie parfaite (même si nous devons en cultiver le désir) mais en ne nous enfermant pas dans notre péché, en nous rappelant nos engagements et les élans de notre jeunesse, en remettant sans relâche l’ouvrage sur le métier, en relisant notre vie jour après jour pour revenir inlassablement sur le chemin de la vie ! « Pris de remords, il y alla ! »

Oui, l’amour de Dieu pour le pécheur est tenace !

Ne demeurons pas troublé par notre péché, nos infidélités et nos réactions spontanées,

Mais prenons le temps de la relecture, du repentir, du remords,

Pour être capable de revenir sans cesse sur le chemin de la vie !

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Pluies torrentielles !

Il paraît que cette année il n’y a pas beaucoup de pluie ! Qu’est-ce que cela devait être ? Je ne sais pas quelle image vous avez de l’Afrique ? Le soleil et les bananiers… Ce n’est pas faux, mais l’Afrique c’est grand, et les climats sont très variés… Ne serait-ce qu’au Togo -ce petit pays- entre le sud (au bord de l’océan), le centre (plus clément) et le nord (plus sec et plus chaud) il y a bien des différences. Nous sommes donc dans la saison des pluies, qui dure bien six mois dans la région, et des pluies torrentielles qui ne sont pas sans causer de dégâts. Des quartiers de Lomé sont régulièrement inondés, et parfois des ponts ne résistent pas au choc… Mais pour l’instant à Sokodé pas de problème, notre maison tient bon, même s’il y a bien quelques fuites de-ci, de-là. Bizarrement, ces périodes de pluie torrentielle me rappellent le Québec et ses tempêtes de neige : de la même manière la vie se ralentit  mais ne s’arrête pas. Ce sont en fait surtout les coupures de courant – qui nous sont offertes « gracieusement et sans compter » par la compagnie électrique – qui sont un peu gênantes, mais on s’organise… et nous n’avons pas de maison à chauffer ! C’est une forme d’entrainement pour le futur noviciat, car étant un peu décentré du centre ville, il se situe dans un nouveau quartier (disons dans des champs où poussent quelques maisons) et du coup il n’y a pas d’électricité. Nous ne savons pas encore comment nous pourrons faire pour résoudre le problème car Togo Electricité nous demande bien trop cher pour tirer une ligne jusque là…

Voir quelques photos en cliquant ici

La vie au Noviciat

Je ne vous ai guère parlé de la retraite de rentrée avec les novices, en voici quelques échos par l’un d’entre eux : « Nous avons passé cinq jours en retrait sans aucune prédication mais plutôt des heures d’oraison (4 par jour) lancées sur des pistes ou orientations communes.

A priori, on pourrait croire que de si longues heures destinées à la prière en solitude seraient fort ennuyeuses et représenteraient des charges si pesantes. Cependant, au fil de l’exercice, nous nous sommes facilement rendu compte de la beauté du « face à face » avec Dieu à travers des passages de Sa Parole. En somme on pourrait dire que nous étions au cours de ces jours de retraite à une grande école d’initiation à l’oraison. C’est plutôt cette passion de rentrer et de se stabiliser dans ce bel acte de prière qui nous donnait l’envie de passer toujours plus de temps au pied du Seigneur avec Sa Parole. En même temps que nous vivions une intense période de prière, nous étions selon moi, à une grande épreuve de responsabilité : c’est-à-dire chacun était maître de son emploi de temps ce qui nous confirmait davantage dans la liberté responsable vécue en présence du Seigneur. » Ces temps d’oraison étaient également relus et accompagnés lors d’une rencontre quotidienne avec le maître des novices…

De retour à la maison, le programme se met en place petit à petit. Avec l’aide des frères, nous assurerons des parcours sur la vie religieuse, sur le P. d’Alzon, sur l’histoire de la congrégation, sur la règle de vie, sur St Augustin, sur les psaumes, sur la prière… Mais l’essentiel est ailleurs : la place faite à l’Oraison, à la prière commune, à la lecture, à l’accompagnement spirituel, pour permettre à chacun de se laisser configurer au Christ ! Petit à petit, d’autres éléments se mettront en place : l’engagement apostolique, des sessions d’inter-noviciat (2 ou 3), des sorties communautaires… Sans oublier ces temps importants pour la vie fraternelle : les repas, les soirées de détente et de jeu, les classes de chants, etc… Une vie, somme toute, bien réglée afin de mieux structurer la vie de chacun sur l’essentiel. Les premières semaines se passent bien et chacun est à son affaire…

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Embauchez !

18 septembre 2011, 25ème dimanche A, Mt 20,1-16a /

« Personne ne nous a embauchés. » (Mt 20,7) Voilà bien le malheur d’un grand nombre de personnes, et en particulier des plus jeunes. La générosité et l’énergie sont bien au rendez-vous de chaque génération, mais n’est-ce pas la cause mobilisatrice, l’exigence des aînés, l’embauche qui fait défaut ? Et fondamentalement, n’est-ce pas l’appel de Dieu qui n’est plus relayé ? Car, nous en sommes témoins, quel bonheur que de travailler à l’avènement du Royaume de Dieu. Alors embauchez, donnez sens à la vie, indiquez le vrai salaire !

Embauchez !

Nous le savons bien, il n’y a pas de recette miracle pour mettre en branle la générosité, parfois enfouie, chez un jeune. Il y a tellement de sollicitations et de gadgets pour détourner les énergies vers de petits bonheurs superficiels. Mais n’en doutons pas, derrière tous les dénis il y a bien ce désir profond de servir, d’aider, de se rendre utile. Jésus Christ nous le dit clairement, il faut embaucher à temps et à contretemps, et cela demande, de notre part aussi, de l’énergie, ce même dynamisme que nous souhaitons raviver chez les jeunes. Le passage de ce dimanche nous dit que par cinq fois le maître du domaine sortit – de son domaine (de nos églises, de nos milieux…) – pour aller embaucher : quelle ténacité ! Certains répondront tout de suite à l’appel, d’autres uniquement au soir de la journée, au soir de leur vie. Je pense à un exemple, parmi d’autres, de cette énergie déployée pour l’appel. Depuis plus de vingt ans, les frères assomptionnistes de France organisent des camps d’été « anglais, prière et solidarité » pour de jeunes adultes. Trois semaines, entièrement aux frais des participants, pour repeindre des bâtiments avec des sans domiciles, pour couper des oignons dans une soupe populaire, ou livrer des repas à des malades du Sida. Comme le résumait, avec humour, un de nos confrères aînés : « Que d’énergie déployée pour aller laver des vitres à New-York ou à Londres !… » Depuis plus de vingt ans, à la première, à la troisième, à la cinquième heure, nous partons à l’embauche et la générosité des jeunes y répond… Certains depuis sont devenu religieux, chez nous ou ailleurs, d’autres sont engagés comme laïcs de l’Assomption, bon nombre d’entre eux demeurent des chrétiens engagés mais d’autres ne répondront peut-être qu’au soir de leur vie à ce qui fut semé à ce moment-là ! Oui, il nous faut être inventif et dépenser beaucoup d’énergie pour embaucher à la vigne du Seigneur !

Donnez sens à la vie !

Le ressort puissant de l’appel du Seigneur, c’est ce sens plénier qu’il peut donner à une vie ! Et, vue sous un certain angle, l’époque est plutôt bonne pour relayer cet appel car il n’y a guère de concurrents qui puissent donner vraiment sens à une vie ! En effet, mettre en œuvre sa générosité pour un monde plus juste, plus fraternel, plus respectueux de la création, en sachant que ce monde avance, non pas vers le néant mais est en train de devenir ce à quoi il est appelé depuis sa fondation : quelle source de joie ! Donner de soi-même en constatant, jour après jour, que l’on reçoit bien plus que l’on donne : quel bonheur ! Donner sens à sa vie, à l’histoire du monde qui se déploie – et même à la mort -, dans un projet d’amour de Dieu pour l’humanité : quelle paix ! Alors cet appel à travailler au champ du Seigneur que nous avons à relayer, ce n’est pas pour augmenter le nombre des disciples, ou pour nous conforter sur notre chemin, mais bien pour donner du sens et apporter la joie, le bonheur, la paix à celle, à celui, que nous appelons.

Indiquez le vrai salaire !

Quant au salaire à proposer, il est unique : une pièce d’argent, c’est-à-dire, la vie en plénitude ! Un salaire, non pas différé, comme une récompense à venir, mais un salaire payé, dès maintenant, en monnaie sonnante et trébuchante : la joie, le bonheur, la paix d’une vie pleine de sens, d’une vie fructueuse et généreuse. Mettons-nous bien d’accord sur le salaire pour ne pas faire de mécontent : « Mon ami, je ne te fais aucun tort. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour une pièce d’argent ? » (Mt 20,13) Certes, non, nous ne recevrons pas les honneurs, ni une vie facile, ni une bonne situation, ni le confort d’une vie douillette, nous ne serons pas payés proportionnellement à l’énergie dépensée, mais cette pièce d’argent nous est promise : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite… Et votre joie, nul ne pourra vous la ravir ! » (Jn 15,11 ; 16,22)… Même pas la mort !

Alors n’hésitez-plus :

Embauchez ! Donnez sens à la vie ! Indiquez le vrai salaire !

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Un pardon impossible ?

11 septembre 2011, 24ème dimanche A, Mt 18,21-35 /

Quelle tristesse de voir cet homme, mis en scène dans la page d’évangile de ce dimanche, incapable de pardonner, alors que lui-même vient d’être acquitté d’une dette énorme auprès de son maître ! Pourquoi ce pardon impossible ? Qu’est-ce qui se joue donc tellement profondément en nous, qui nous rend toute démarche de pardon si pénible voir impossible ? Il n’en va pas que de notre bonne volonté, ce serait trop simple… Il nous est demandé de pardonner de « tout notre cœur », mais peut-on commander à son cœur ?

Qu’est-ce qui joue en moi ?

Avant de parler du pardon, attardons-nous sur ce qui le motive. Tel évènement, telle attitude, telle remarque, tel geste m’a blessé, m’a fait mal… Je me sens lésé d’une partie de ma dignité, spolié d’un bien qui m’appartient, d’une justice qui m’est due : d’où ces images de dettes employées dans les évangiles.  Mais qu’est-ce qui est touché en moi ? Souvent ce n’est qu’un aspect superficiel de mon être qui est affecté. Par exemple, si l’on m’a agressé sur ma tenue, sur mon apparence, sur un bien que je possède, en fait ce n’est pas moi que l’on a attaqué mais une image de moi à laquelle je suis très attaché. Car je ne suis pas mes vêtements, ni mon tour de taille, ni ma voiture, ni ma capacité à chanter juste ou à organiser un repas familial… Mon être est bien plus profond que cela, il est tout à fait ailleurs. Prendre conscience de cette distance entre l’image que je me suis construite de moi-même et ce que je suis réellement peut me permettre déjà de grands pas vers le pardon. « Oui je me suis senti blessé par tes propos sur tel ou tel aspect de l’image que j’ai de moi-même, mais je puis te pardonner car je ne suis pas ce que tu as critiqué chez moi… » Cette blessure peut même être une chance à saisir pour progresser vers la profondeur de mon être et quitter un peu plus une certaine superficialité de ma vie. –Peut-être est-ce aussi parce que Dieu n’est pas pris dans ce jeu de l’image qu’il peut infiniment pardonner. Il sait bien que son être n’est pas atteint par tout ce qu’on veut lui faire subir et même par une mort en croix–. Mais creusons encore les ressorts de cette blessure.

Un pardon impossible ?

Au fond, ce qui peut-être touché de plus existentiel, je crois, c’est la foi en ma capacité à être aimé : « on ne m’aime pas… je ne suis pas aimable… » ; ou en ma faculté à aimer : « tout l’amour que j’avais mis dans cet enfant, ce meurtrier me l’a pris, je ne puis plus aimer… » Et ce sentiment mortifère peut être extrêmement destructeur. Comment puis-je, à partir de là, entrer dans une démarche de pardon ? À vue humaine c’est impossible, cela ne dépend pas d’une démarche volontariste ! La seule voie possible est celle de la guérison intérieure. Pour pouvoir pardonner de tout son cœur, il faut que mon cœur soit restitué, que l’amour soit de nouveau envisageable pour moi.

Une guérison intérieure !

C’est ici que le drame se joue. La parabole nous parle bien d’un pardon de Dieu qui est premier, d’un amour infini capable de remettre une dette infinie. Mais sa puissance de pardon est limitée par notre liberté à vouloir l’accueillir. Puisque Dieu me pardonne au-delà de tout, c’est que je suis aimable et réellement aimé. Mais me laisserai-je aimer de nouveau ? Emprunterai-je de nouveau le chemin de mon cœur au risque de blessures ultérieures ? Le « débiteur impitoyable » semble plutôt avoir emprunté le chemin inverse : « Puisque j’en ai réchappé cette fois-ci, je ne me laisserai plus prendre. Je ne veux plus être ni débiteur, ni prêteur pour personne, je ne veux plus emprunter le chemin de mon cœur… » Oui, ici l’amour de Dieu reste impuissant. Il ne s’agit pas de comptabilité, ou de vengeance de la part de Dieu –ce serait le comble ! – : « Puisqu’il ne pardonne pas je ne lui pardonnerai pas non plus, et lui ferai expier sa faute… » Non ! La balle est bien dans notre camp, ou plutôt dans notre cœur : si le pardon offert sans compter par Dieu ne touche pas mon cœur, je serai incapable et de l’accueillir pleinement et de pardonner à mon tour !

Alors le pardon est-il impossible ?

Qu’est-ce qui se joue vraiment en moi ?

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De la liberté par consentement…

Accompagnant les jeunes novices dans leur retraite, et pensant également aux autres jeunes qui s’engagent ces jours-ci – notamment les trois novices qui, à Juvisy, vont prononcer leurs premiers vœux ce samedi 10 septembre dans notre congrégation religieuse –, je fus amené à réfléchir à cette liberté chrétienne qui consiste à consentir à ce à quoi nous sommes appelés… Comment conduire à cette liberté intérieure ? Comment s’engager aujourd’hui pour la vie ? Or, la providence aidant, quelques belles pages nourrirent ma réflexion :

Il y a quelques jours, je publiais sur le blogue quelques beaux extraits d’Adolphe Gesché sur « l’homme et son énigme » : « Tout être humain devra de plus en plus apprendre, pour être homme, à vivre l’énigme…

Homme, tu te détruirais si tu croyais arriver au bout de ta bienheureuse et salutaire énigme. » Ce qui rejaillit sur la façon de comprendre le travail de l’enseignant, du formateur. Voir la suite ici…

Poursuivant ma lecture, et passant outre quelques passages arides, je tombai de nouveau sur des pages limpides relatives à la liberté… Je ne puis m’empêcher de vous en partager de larges extraits. Le fruit à recueillir est plutôt vers la fin de ce texte, mais tenez-bon dans les préliminaires…

L’auteur situe d’abord la position de nombreux philosophes présocratiques et atomistes, partagée par un grand nombre de nos contemporains à savoir que « Tout ce qui existe dans l’univers est le fruit du hasard et de la nécessité » (Démocrite), c’est-à-dire de la nature : du hasard et des « lois de la nature ». Ici tout ce qui est de l’ordre de la technique, de l’art, du travail est secondaire (artificiel) et ne fait qu’agir sur le réel produit par le hasard et la nécessité. L’art (l’artisanat, la créativité…) n’est donc qu’imitation de la nature. (cf. Aristote)

Dans la tradition judéo-chrétienne nous affirmons qu’« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. »

 ‟ « Au commencement, Dieu… » Dieu, c’est-à-dire cette fois un sujet, une liberté, non un hasard ou une nécessité. […] En disant Dieu, on désigne au départ des choses une intention et une volonté, et non pas la nécessité et le hasard. Ce qui est évidemment tout différent.

a) Dire Dieu au commencement, c’est déjà dire que la réalité est le résultat – ou plutôt la création – d’une liberté… Nous quittons le régime de la nécessité, pour entrer dans celui de la liberté.

b) C’est ensuite échapper à l’anonymat (du régime des lois de la nature) pour être placé d’emblée dans le règne de la personne. C’est dire, cette fois, que la création, portée par un sujet, répond à un dessein. […] Et non à un destin impersonnel et nécessaire.

c) Mettre Dieu au commencement, c’est encore dire que l’art (la technè, l’invention, la création, ici l’acte posé par Dieu) est premier, chronologiquement et essentiellement, tandis que la nature et la nécessité, elles, sont secondes (créées). La séquence grecque est renversée. […]

On devine les conséquences anthropologiques de tout ceci. L’homme grec, dominé par la nature, sera pour grande part condamné à l’imitation… L’homme judéo-chrétien, dont l’univers est gouverné par une « invention »… est donc d’emblée dans le domaine de la liberté. Ce qui revient à dire que la liberté est essentielle, qu’elle est à l’origine de l’être, qu’elle tient à la nature des choses. La liberté n’est pas conquête aléatoire et inquiète, mais développement « naturel » de l’être.

d) Placer Dieu et son geste de création au commencement, c’est dire aussi que la liberté et l’invention sont, en régime chrétien de plein droit, et du même coup étrangères à toute notion de mauvaise conscience. Je m’explique. […] Chez les Grecs, la liberté est toujours arrachée aux dieux ou à la nature. […] La liberté grecque n’est pas tout à fait permise […] ce qui implique une part inévitable de culpabilité. Les Grecs, au fond, sont peu libres. C’est ce qui explique que le factum (la fatalité) occupe chez eux une telle place. […] C’est que les Grecs précisément n’ont pas une métaphysique de la liberté : ils conquièrent celle-ci sur le plan éthique et politique, mais non point dans l’être… puisque ce qui domine c’est la nature, c’est-à-dire le hasard et la nécessité. […] Tout à la différence du paradigme chrétien de création, où la liberté est inscrite dans l’être ; où elle est vue non comme l’objet (tardif) d’un arrachement, mais comme le droit (premier) d’un don.

e) Dire Dieu à l’origine, c’est poser une altérité et sortir d’une immanence, où les lois sont celles que la nature se dicte à elle-même. […] Parler d’altérité, c’est, à l’inverse de l’immanence tautologique, poser une transcendance. C’est dire une référence, et vis-à-vis de laquelle il y a à répondre, à exercer une responsabilité. Or, là est le premier chemin, et le chemin royal, de la liberté. La liberté n’est pas d’abord possibilité de choisir – ce n’est là qu’une conséquence psychologique et morale. La liberté est d’abord cette capacité métaphysique, ce droit ontologique à assumer personnellement son destin de manière responsable, c’est-à-dire en en rendant compte. L’affirmation d’un Tiers, d’une Transcendance, d’une Altérité, loin de déprimer la liberté, l’annonce en signifiant que devant elle l’homme a droit et pouvoir de décision et de liberté parce qu’il est capable de rendre compte, ce qui ne se peut dans le cercle fermé de l’immanence. […]

Peut-être pourrait-on parler ici, à condition de bien s’entendre, de liberté de consentement ou d’approbation. À condition de bien s’entendre, car il ne s’agit pas de résignation à la fatalité – ce qui serait retomber dans le schéma grec. Parler de consentement, c’est parler ici de consentement à l’être, et précisément à l’être dont nous avons vu qu’il est posé et créé dans et pour être créateur. Cette liberté dans l’être, cette liberté métaphysique, je l’appellerais volontiers, avec Charles Morgan, « liberté de jouissance et d’accueil ». Précisément parce qu’elle n’est plus conquête arrachée, mais connivence inventive.

[…]

Car la liberté sans vis-à-vis est-elle liberté ?… La liberté commence par cette provocation de la responsabilité. C’est en ce sens qu’on peut parler, paradoxalement, de « liberté d’obéissance ». Ce qu’avait parfaitement compris saint Paul, qui voyait dans l’obéissance de la foi, la libération de toute servitude. Parce que cette obéissance est consentement à la réalité (à l’altérité), et non pas replis sur soi. « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. » […]

J’ai parlé de liberté de consentement – on pourrait dire aussi : liberté responsable – parce que le consentement est ici action inventive en connivence avec la création et décentrement de solitude. L’autre n’est pas agression. […]

La liberté par consentement à un don n’a rien d’une aliénation. En régime chrétien, la liberté, inscrite dans et dès la création, est une liberté « autorisée », voulue, « permise », désirée. Bref une liberté donnée, créée, attestée. […] Disons-le : l’inconvénient d’une liberté conçue comme arrachée est le risque de passer son temps dans la conquête de la liberté. En revanche, la conception d’une liberté natale et donnée, pleine et entière, permet d’acquérir d’autres biens, ceux-là même qui sont le fruit d’une liberté déjà assurée.ˮ

Extraits de Adolphe Gesché, L’Homme, collection Dieu pour penser, Cerf, Paris, 1993, p. 60-68

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Action de grâce !

C’est d’abord une action de grâce que j’aimerais vous partager, celle de l’engagement des six novices dimanche dernier à Sokodé. Leur joie était communicative… Car il est vrai que pour un jeune qui cherche sa voie dans le monde et dans l’Église depuis des années, pouvoir enfin s’engager clairement dans un lieu, avec des frères, pour un bel idéal de vie : quelle Joie, et quel soulagement aussi… Certaines questions peuvent être mises à distance, pour un temps du moins, dans la joie de l’action. Souhaitons-nous d’être ensemble à la hauteur de ce que nous désirons vivre : hommes de communion, proposant la foi et solidaires des pauvres !…Pour retrouver des photos de cette fête cliquer ici !

 Tous novices

 Tout en étant novice en bien des domaines, me voici donc en charge d’accompagner de jeunes novices vers  la vie religieuse. Je suis en effet tout à fait novice dans cette nouvelle charge qui plus est dans une nouvelle culture et un nouveau pays, avec de nouveaux frères et dans une nouvelle charge de supérieur… Ayant reçu tout cela dans l’obéissance religieuse, c’est en fait, avec une grande confiance que j’aborde cette année. Si le Seigneur me demande de vivre cela –via mes supérieurs-, c’est qu’il m’en juge capable et sera à mes côtés pour l’accomplir.

Nous serons donc sept en communauté : un père malgache, un père roumain, quatre novices et moi-même. La communauté n’est pas encore tout à fait constituée, cela prendra encore quelques jours. Pour l’instant j’accompagne les novices dans leur retraite de lancement d’année, un temps fondateur pour l’année à venir. Après quelques jours d’aménagements dans notre maison nous avons donc déjà pris nos sacs, pour vivre ce temps de retrait chez les sœurs de Ste Catherine qui ont une belle maison d’accueil à Sokodé. Voici donc une semaine que le Noviciat est commencé et pour l’instant cela se passe bien… À suivre…

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Quelle responsabilité !

4 septembre 2011, 23ème dimanche A, Mt 18,15-20 /

Le passage d’évangile de ce dimanche, où Jésus nous explique les différentes étapes à suivre pour la correction fraternelle, n’est-il qu’un simple recueil pratique sur la meilleure façon de procéder ? Peut-être pas… La sentence centrale ouvre un tout autre horizon : « tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. » (Mt 18,18) N’est-il pas principalement question de notre responsabilité personnelle et de notre responsabilité collective pour que l’œuvre de libération, opérée par Dieu lui-même, puisse pleinement advenir ?

Responsabilité personnelle

« Si ton frère a commis un péché… » Jésus n’évoque pas un différent personnel ni un conflit à résoudre. Il ne dit pas : « si ton frère a commis un péché contre toi », mais évoque un péché en soi qui, a priori, ne me concerne pas personnellement. Cela induit une lecture très différente, peut-être, de celle que nous pourrions avoir au départ. Il en va essentiellement de notre responsabilité face à un frère, déjà disciple du Christ, qui emprunte un chemin de non-vie ! Jésus nous invite à ne pas rester indifférent face à ce frère mais à le remettre sur le chemin de la vie. Et c’est vrai que cela demande un certain courage pour aller trouver ce frère au risque d’être renvoyé à son propre péché. Et Jésus d’insister : « s’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes » et si cela ne suffit pas « dis-le à l’Église »… À y regarder de près, toute cette démarche, n’a pas que pour but de tout mettre en œuvre pour sauver le frère, mais c’est aussi une manière de vérifier si ce que nous estimons être un péché, chez notre frère, est objectivement un péché suffisamment grave pour que des frères soient pris à témoin, et pour que la communauté chrétienne elle-même en soit informée. Tout au long de la démarche, il en va de ma responsabilité personnelle éclairée par une responsabilité collective. Si je n’ose pas dire à la communauté ce que j’aurais envie de dire au frère peut-être est-ce parce que mon jugement est trop partial. Envisager jusqu’où la démarche peut nous conduire -devant l’Église- me permettra de trouver l’attitude juste pour parler à ce frère. Ce n’est que dans l’humilité, et dans la conscience de ma responsabilité de disciple face à un autre disciple du Christ, qui objectivement se perd, qu’une telle démarche peut et doit être faite !

Responsabilité collective

« Ce que vous aurez lié… ce que vous aurez délié… » Ce fameux « pouvoir des clefs » n’est pas ici remis uniquement à Pierre ou aux apôtres mais est confié collectivement aux disciples. Certes, une responsabilité particulière est confiée « à l’Église » et à ses ministres en dernier ressort –comme nous venons de le lire– notamment en ce qui concerne le sacrement de la réconciliation, mais cela n’enlève rien à la responsabilité collective qui consiste à faire advenir le salut pour tout être humain, à le libérer de ses entraves, à lui ouvrir le chemin de la vie. Et c’est dans ce contexte qu’il faut entendre la suite du texte : « Encore une fois, je vous le dis, si deux ou trois se mettent d’accord pour demander quelque chose, ils l’obtiendront de mon Père. » La demande évoquée n’est pas de n’importe quel type mais elle est ordonnée à ce travail de libération. Si deux ou trois s’accordent pour proposer le pardon à un frère, pour dénoncer une injustice, pour lutter contre les œuvres de mort, pour libérer les exploités, alors Jésus nous assure que Dieu sera à leur côté. La libération du péché ne se joue pas que dans le sacrement de la réconciliation. Tous nos engagements au service de la dignité humaine, de la paix, de la justice participent de l’unique œuvre de salut opérée par Jésus Christ, si tant est qu’ils soient authentifiés par la communauté chrétienne.

Sous la responsabilité de Dieu

Oui, c’est bien le Père qui porte, de façon existentielle, le souci d’offrir sa vie à tous les humains. Or toute l’histoire du Salut aboutit à cette remise entre les mains des disciples de l’œuvre de son Fils. Aussi, lorsque le Christ affirme sa présence aux deux ou trois qui se réunissent en son nom, ce n’est pas pour justifier la démultiplication de micro-églises. Mais, sans sortir cette sentence de son contexte, nous pouvons entendre que c’est bien l’œuvre puissante de libération réalisée par le Christ lui même qui peut s’opérer dès que deux ou trois se mettent d’accord, et agissent ensemble au service du Royaume de Dieu ! Quand des disciples du Christ s’engagent, c’est le Corps du Christ ressuscité qui est engagé.  Quand nous nous sentons personnellement et collectivement responsable de nos frères, c’est bien la responsabilité même de Dieu, pour la vie de tous les humains qui est engagée ! Lorsque nous libérons des frères de leurs entraves, c’est bien Dieu lui-même qui peut agir à travers nous !

Responsabilité personnelle, responsabilité collective,

pour que Dieu lui-même puisse libérer et sauver

Quelle responsabilité !

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