Suis-je bien vivant ?

28 août 2011, 22ème dimanche A, Mt 16,21-27 /

 Une fois de plus, la prédication de Jésus est déroutante, et particulièrement pour notre époque. Aujourd’hui, on  ne cesse de prôner le développement personnel, le déploiement de ses potentiels, l’affirmation de sa personnalité… Or le Christ nous parle de perdre sa vie, de prendre sa croix et de se renier soi-même ! Ce discours n’est pas vraiment dans l’air du temps et, par ailleurs, en quoi peut-il être intéressant ? Où est la Bonne Nouvelle dans ces propos ? Comme toujours, lorsque les paroles de Jésus nous déroutent, regardons sa vie et ses actes.

Perdre sa vie ?

« Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » Ce que demande le Christ à ses disciples, ce n’est pas de faire ceci ou cela pour lui faire plaisir, mais de marcher à sa suite, c’est-à-dire d’emprunter le même chemin d’humanité, le seul chemin pour une vie pleinement réalisée selon le cœur de Dieu. Oui, il aurait pu employer sa puissance pour anéantir ses ennemis, mais alors comment aurait-il pu manifester l’amour de Dieu ? Oui, il aurait pu éviter la souffrance et la peine, mais alors comment aurait-il pu assumer la vie de tous les souffrants de cette terre ? Oui, il aurait pu « sauver sa peau », comme Pierre le lui conseille, mais alors comment aurait-il pu traverser le passage de la mort, comme tout humain y est contraint, afin de l’ouvrir à la Vie ? Oui, en un sens il a perdu sa vie, il s’en est laissé dessaisir, il ne l’a pas sauvegardée et, cependant, loin d’être une vie perdue, ce fut une vie pleine, comblée d’amour et source de vie pour tous celles et ceux qui ont croisé son chemin sur les routes de Palestine et qui le croisent encore aujourd’hui ! La vie du Christ fut-elle une vie perdue ?

Un choix théorique ?

Lorsqu’on avance graduellement dans le récit de l’Evangile, on voit bien comment peu à peu la croix se dessine à l’horizon ; comment, petit à petit, les choix de vie du Christ suscitent l’animosité d’un certain nombre et, finalement, comment il consent à cette mort infamante qui s’annonce. Porter sa croix, souffrir, donner sa vie jusqu’au bout, ne relèvent pas d’un choix théorique ! Mais c’est la fidélité du Christ à ses choix de vie, à ses options fondamentales en faveur de la vérité, de la non-violence, du respect de chaque être humain… qui le conduira jusqu’au don total de sa vie. Et ils sont nombreux, ses disciples, à avoir emprunté ce même chemin. Avaient-ils recherché le martyre, tous ses témoins qui ont versé leur sang plutôt que de renier ce qu’ils étaient ? Avaient-ils prémédité leur mort ces moines de Tibhirine, dont l’engagement auprès de la population les conduisit jusqu’au martyre ? N’est-ce pas plutôt la fidélité à leurs engagements et à ce qu’ils étaient qui leur permit petit à petit de consentir à donner leur vie ? Etait-ce un choix théorique celui du P. Maximilien Kolbe, lorsqu’il s’offrit au bourreau du camp d’Auschwitz en échange du père de famille tiré au sort ?… Non, ces gestes d’amour ultime ne relèvent pas d’un choix théorique, mais d’une décision préparée par bien d’autres engagements moins dramatiques ; mais d’une vie de plus en plus unifiée ; mais d’un cœur déjà façonné par la Parolede Dieu ; mais d’une vie rendue disponible à l’amour. Sans présager « en théorie » de ce qui nous sera peut-être demandé un jour, c’est cette disponibilité grandissante  qui relève de notre responsabilité pour l’instant !

Suis-je bien vivant ?

Revenons à la question de la Bonne Nouvelle, contenue dans cette invitation au don total… Finalement la question ne serait-elle pas : suis-je bien vivant ? Car retenir sa vie, la sauvegarder, n’est-ce pas finalement s’empêcher de vivre ? Les propos du Christ ne sont peut-être pas si loin de ces recherches effrénées de vie réussie, remplie d’activités de tous ordres… Mais pour quelle fin ? Si ces activités nous centrent toujours sur nous-même et notre petite recherche de bonheur, il y a fort à parier que ce remplissage superficiel ne nous ouvrira guère à une vraie vie. Mais si nos engagements, quels qu’ils soient, nous rendent de plus en plus disponible à la vie des autres, il y a fort à parier que la souffrance, nous atteindra, -peut-être même la mort- mais avec elle, l’amour et la vie ! Il y a ainsi des vivants qui semblent déjà morts, tellement leur vie est compromise avec l’exploitation des autres à leur service et des morts tellement vivants par ce qu’ils ont engendré dans leur sillage… Pour notre part : sommes-nous bien vivants ?

Perdre sa vie ou la garder ?

Un choix théorique ou un accomplissement ?

Suis-je bien vivant ?

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Lettre d’Afrique…

Voici ma première lettre de Sokodé… Merci d’abord à la technologie informatique qui me permet de poursuivre le blogue depuis le Togo. Je suis bien arrivé ce mercredi 24 août à Lomé, puis à Sokodé dans la journée du 25. La route principale entre Lomé et Sokodé ne s’est pas améliorée depuis le mois de juin. Six heures trente furent donc nécessaires (arrêt repas compris) pour parcourir ces 340 km de route « internationale ». Mon séjour commence par quelques journées de transition avant de m’installer vraiment dans ma nouvelle tâche en cours de semaine prochaine. Je suis heureux de retrouver les frères qui sont bien pris par les préparatifs de la célébration des vœux de nos six premiers frères togolais. Préparation liturgique, mais aussi abattage du veau pour la fête… Les six jeunes proviennent de six diocèses différents (sur sept diocèses que compte le Togo) et représentent une belle diversité du pays… Après quelques temps de vacances en famille, ils rejoindront leur nouvelle communauté à Ouagadougou (au Burkina-Faso) pour commencer les études, ce sera aussi l’aventure d’une nouvelle fondation au Burkina pour la congrégation. Quand à la nouvelle promotion de novices (3 togolais et un burkinabais), ils feront leur entrée au Noviciat ce lundi 29 août. Pour quelques mois, nous prendrons nos quartiers dans la maison louée en ville depuis déjà un an, avant de nous installer dans le nouveau noviciat en construction, nous espérons d’ici la fin de l’année. Le chantier avance bien, pourvu que les finances suivent…

 

J.M.J

 Les frères novices de Juvisy, quant à eux, participèrent, après Lourdes, aux journées mondiales de la jeunesse à Madrid… Ce fut, bien sûr, une belle expérience d’Église et d’internationalité, mais qui n’a pas manqué de susciter chez eux quelques questions face à ce rassemblement à taille peu humaine dont l’organisation était loin d’être parfaite… Je crois que ce genre de rassemblement peut jouer un bon rôle chez des jeunes chrétiens un peu isolés ou un peu loin de l’Église. Mais pour des moins jeunes déjà bien engagés en Église, la pertinence de cet « happening » n’est peut-être pas aussi évidente…

Bonne fête de Saint Augustin, même si elle sera quelque peu occultée, puisqu’elle tombe un dimanche. Ce sera en tous cas une belle journée de fête pour les Assomptionnistes de la Province de France avec les premiers vœux de 6 jeunes togolais ici et de 4 jeunes vietnamiens au Vietnam…

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Transfiguration !

Ce samedi 6 août nous fêtions la Transfiguration du Seigneur… Cela m’a rappelé une prédication, à la fois pleine d’humour et de profondeur, de notre fondateur (cf. Anthologie Alzonienne, Tome 1, P. Jean-Paul Perier-Muzet, Rome 2003, p.81). Elle nous  est rapportée par le chanoine Galeran, ancien élève de notre collège de Nîmes. Celui-ci nous a laissé de célèbres « croquis » de notre fondateur, témoignages éloquent des prédications du P. d’Alzon qui retentirent dans toutes les Églises de Nîmes et dans tous les sanctuaires et autres chapelles du diocèse. Ne l’a-t-on pas surnommé le « prédicomane » ?

Voici donc ce souvenir du jeune Galeran que l’on peut dater des années 1846-1849: « Un samedi soir, après le chant des litanies, dans l’ancienne petite chapelle de la rue de la Servie, le père d’Alzon commença son instruction, ex abrupto, de la façon suivante :

 Messieurs, avez-vous jamais vu M. Matton, mort curé retiré de Saint- Baudile [Église de Nîmes] ? M. Matton était fort laid : un nez, ou mieux, une trogne épanouie sur une petite figure ronde de la forme et de la couleur d’une tomate, avec deux petits yeux noirs percés à la vrille ; et tout cela, couronné de cheveux blancs mal peignés, à moitié couverts d’une vieille calotte de cuir. Ce portrait est exact. Qu’en pensez-vous ? Eh bien ! Je vous dis franchement que plusieurs fois j’ai vu ce prêtre en prière, surtout pendant son action de grâces ; je me suis mis à genoux aussi près que possible et obliquement, afin de contempler la beauté de cette physionomie et la sainteté de son expression. J’ai été là, témoin d’une vraie transfiguration. Je me suis alors rappelé certaines figures humaines irréprochables au point de vue de l’art, de la finesse des traits, de l’exactitude des proportions; et ces figures ne m’avaient rien dit, je ne les avais pas trouvées belles. Pourquoi? D’où vient donc la beauté? En quoi consiste-t-elle ? Ayons des notions précises une fois pour toutes. L’Ecriture a un mot qui nous donne la réponse à ces questions : « Notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour » 2 Co 4, 16. La vraie beauté est le reflet de l’âme. Plus l’âme est perfectionnée, plus l’expression extérieure est belle. À la résurrection, nos corps seront transformés en raison directe de la transfiguration de nos âmes…

 Parti de là, le Père se jeta dans des développements admirables. C’est une des plus originales et des plus intéressantes instructions qu’il m’ait é té donné d’entendre ».

 D’après Henri-Dieudonné Galeran, Croquis du P. d’Alzon,

Paris, édit. Bonne Presse, 1924, p. 16-17

Noces d’or… Une autre transfiguration…

C’est à la fois relativement courant, mais en même temps de plus en plus exceptionnel : la célébration de cinquante années de mariage ! Ce n’est pas qu’une tranche de vie, mais toute une vie, que nous célébrerons la semaine prochaine, en famille ! C’est, en effet, en 1961, que mes parents se sont mariés et ont fondé cette famille chrétienne qui verra naître quatre enfants et sept petits enfants. Leur fidélité interroge nos propres fidélités, et surtout notre capacité à pardonner, à tenir bon et à se recentrer toujours sur l’essentiel…

Ici aussi, il en va d’une certaine transfiguration ! Les corps, marqués par les années, par le travail, par les souvenirs, par les joies, par les souffrances, par les épreuves nous parlent des personnes elles-mêmes dans leur totalité : le poids de chacune de leur vie, le poids de ce qu’ils ont construit ensemble ou permis d’exister, c’est tout cela qui participe à la transfiguration d’une vie purement terrestre en une vie qui a saveur d’éternité ! Merci à toutes celles et ceux qui nous ont précédés sur ce chemin et en particulier à mes parents…

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Quel Dieu habite nos désirs ?

7 août 2011, 19ème dimanche A, Mt 14,22-23 /

À travers cette question, se pose, en fait, notre capacité à reconnaître Dieu lors de son passage dans nos vies. Si nous désirons un Dieu puissant et grandiose, nous aurons tendance à l’associer aux évènements spectaculaires ou extraordinaires de nos vies, mais ne risque-t-on pas alors de projeter du divin sur ce qui ne relève que de phénomènes qui nous échappent ? Comment reconnaître le vrai visage de Dieu ?

Des ressorts archaïques…

Avant d’en arriver à l’évangile du jour, arrêtons-nous quelques instants à cette étonnante première lecture du livre des rois. Elie, sur la montagne de l’Horeb, va devoir faire ce travail de reconnaissance du passage de Dieu : « Tiens-toi devant le Seigneur, car il va passer ! » (1 R 19,11) Et on connaît la suite : « il y eut un violent ouragan […] mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan… puis un tremblement de terre, mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre… puis un feu, mais le Seigneur n’était pas dans le feu. » (1 R 19, 11-12) ; et enfin, suivant la traduction choisie, « le murmure d’une brise légère », « le bruissement d’un souffle ténu », « un bruit de fin silence », dans lequel Elie reconnut la présence du Seigneur ! Ce texte dénonce la propension des humains, de tous les temps, à associer Dieu aux phénomènes grandioses et souvent catastrophiques qui marquent notre monde. Ces manifestations autrefois divinisées – chez les grecs par exemple, avec Zeus (dieu du tonnerre), Poséidon (dieu des mers et des tremblements de terre) ou Héphaïstos (dieu du feu et des volcans) – sont aujourd’hui utilisées contre Dieu : « Si un Dieu bon existe, pourquoi ces tremblements de terre et autres catastrophes naturelles ? » Dans un cas comme dans l’autre, c’est le même ressort archaïque qui fonctionne, le même désir secret qui est à l’œuvre : celui d’une sacralisation de ce qui nous fait peur ou de ce qui nous échappe, et l’association systématique de Dieu à ce genre de phénomène ! Quel Dieu habite nos désirs ?

Des théophanies ambivalentes…

La Bible, dans le premier comme dans le second testament, témoigne de cette lente recherche d’adéquation entre les images humaines de Dieu et le vrai visage de Celui-ci qui cherche à se révéler à nous. Dans les Écritures inspirées, tout est de l’homme et tout est de Dieu ! C’est pourquoi les théophanies bibliques –les manifestations de Dieu racontées dans la Bible–  sont ambivalentes : certaines relèvent plus des tâtonnements humains pour parler de Dieu tandis que d’autres, comme des rais de lumière à travers les nuages, laissent Dieu se révéler à nous. La nuée qui accompagne le peuple d’Israël, la montagne tonitruante du Sinaï ou le Fils de Dieu qui marche sur les eaux et apaise la tempête relèvent d’un divin qui nous convient aisément, et on le reconnaît comme tel : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! » (Mt 14,23). Mais le « bruit de fin silence », le serviteur souffrant du livre d’Isaïe, l’enfant dans la mangeoire ou l’homme crucifié mourant en croix, sont bien loin de nos attentes. Seuls les cœurs disponibles reconnaîtront là le vrai visage de Dieu : un Elie, un Isaïe, quelques bergers ou le centurion au pied de la croix qui s’exclame, selon l’évangile de Marc : « Vraiment celui-ci était fils de Dieu ! » ( Mc 15,39) (Chez Matthieu par contre, ce sera de nouveau un tremblement de terre qui permettra au centurion de reconnaître Dieu dans le crucifié…) Pierre lui-même a besoin de ces signes : pêche miraculeuse, marche sur les eaux, etc… mais il sera le premier à s’opposer à l’idée d’une souffrance de Jésus : « Dieu t’en garde Seigneur » qui lui vaudra un cinglant : « Passe derrière moi, Satan ! » (Mt 16,23)… Quel Dieu habite nos désirs ?

Une vigilance incessante…

Convertir nos désirs de toute-puissance projetés en Dieu, se laisser enseigner parla Parole, et s’attacher résolument au vrai Dieu révélé par Jésus Christ demandent un combat, une vigilance de chaque instant ! Qu’il est difficile de croire en un Dieu serviteur, en un Dieu qui s’efface, en un Dieu dont toute la puissance dérive de son amour ! Quand les uns et les autres nous réclament un « Dieu qui soit Dieu, nom de Dieu ! » : quelle foi nous est demandée ! Elle est bien plus exigeante que celle nécessaire pour croire en un Dieu qui marche sur les eaux, cette foi capable de reconnaître sa présence dans un « bruit de fin silence », dans un malade qui agonise ou dans un humble geste d’amour !

Ne serions-nous pas mieux à même de reconnaître son passage,

si le vrai visage de Dieu habitait nos désirs ?

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Nouvelle mission…

Je pense que vous avez pu le pressentir à travers mon récent séjour au Togo : c’est bien à Sokodé que je suis nommé à partir de ce mois d’août (je prendrai l’avion le 24) ! Je serai, en principe, maître des novices, dans la logique de l’année de formation que je viens de suivre. Une tâche à la fois passionnante et délicate puisqu’il s’agit d’accompagner des frères dans une décision essentielle pour leur vie. Mais comme le rappel la « Directive pour la formation dans les instituts religieux » (1990), c’est d’abord l’Esprit de Dieu qui est le premier éducateur, il agit à travers le jeune candidat qui est le premier responsable de sa formation et de sa réponse à l’appel de Dieu, et aussi à travers les formateurs, comme médiateurs de l’action de l’Esprit. C’est donc dans cette confiance en l’Esprit que je réponds au service demandé.

Partir au Togo c’est aussi changer, de nouveau, de continent. Après l’Europe et l’Amérique du Nord, je reviens sur un continent déjà abordé rapidement lors de mes deux années en Côte d’Ivoire… J’en espère une vie plus proche de l’essentiel et moins encombrée par la technologie qui accapare nos vies occidentales. Mais sommes toutes, comme aimait à le rappeler le père Christian Blanc, sous toutes les latitudes il y a le ciel et la terre et entre les deux des hommes et des femmes qui cherchent à vivre au mieux leur vie. Mon expérience internationale déjà non négligeable, soit par la vie dans d’autres pays -durant 11 années-, soit par la pratique d’une vie communautaire internationale depuis déjà 23 ans, me permet d’affirmer que les différences culturelles ne sont pas premières dans les relations : la personnalité de chacun est bien plus marquante que sa couleur de peau ou que ses habitudes culturelles. Ainsi ai-je pu nouer d’excellentes amitiés bien au-delà de mes cercles naturels d’appartenance.

Permettez-moi de nuancer un peu mon propos sur les technologies accaparantes, car je compte bien être fidèle aux liens déjà tissés notamment grâce à la technologie ! Mon court séjour à Sokodé, m’a permis de constater que l’accès à Internet sera, en principe, suffisant pour demeurer fidèle au blogue et à la lettre hebdomadaire… Le Togo, en ce sens, ne sera pas plus loin que Juvisy sur Orge !

 Je compte sur votre prière, pour cette nouvelle étape de ma vie religieuse…

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Réaction évangélique !

31 juillet 2011, 18ème dimanche A, Mt 14,13-21 /

Des milliers de personnes à nourrir, une situation imprévue, des disciples désemparés… Cette page d’évangile nous renvoie, en miroir, aux défis auxquels notre époque doit faire face et à nos propres impuissances et autres découragements. La famine qui ressurgit, des pays qui s’enfoncent dans la misère, des sociétés de plus en plus inégalitaires, tant de laissés pour compte sur le chemin de nos sociétés « modernes », etc. Comment répondre évangéliquement à ces chantiers titanesques, sans crouler sous le poids de la charge ou de la culpabilité ? L’attitude des disciples et surtout de Jésus ne peut-elle pas nous inspirer ? Comme eux, ne faut-il pas demeurer sensible, s’avancer désarmé et communier dans l’action ?

Demeurer sensible !

La première tâche, et non des moindres, consiste peut-être à ne pas se voiler les yeux, à ne pas se blinder, à ne pas se laver les mains à bon compte… Les disciples, en effet, sont sensibles à la situation de ces milliers de gens qui ont faim maintenant, au soir de cette journée suspendue aux lèvres de Jésus. Eux avaient prévu de quoi se sustenter, car ils ont déjà l’habitude de voyager avec Jésus : quelques pains et quelques poissons. Mais tous ces gens inconséquents et imprévoyants, comment vont-ils faire ? Les disciples eux-mêmes se laissent tenter par une réponse facile : « Renvoie la foule, qu’ils aillent dans les villages s’acheter à manger ! » Jean dela Fontainedénoncera aussi, non sans sarcasme, ce bon sens trop facile : « vous chantiez, j’en suis fort aise, et bien dansez maintenant ! » Comme il est tentant de renvoyer la faute des miséreux sur eux-mêmes : « ils n’ont qu’à travailler au lieu de se faire la guerre, de se dorer au soleil, de vivre en assistés… » Jésus n’entre aucunement dans ce genre d’argumentation, dans ces autojustifications qui permettent de se tenir à l’écart de nos frères en difficulté ! Le problème est là, il faut y répondre ! D’ailleurs, une analyse plus resserrée des conséquences de nos modes de vie ne nous laisserait pas indemne à bon compte… Fuyons donc les réponses trop faciles et demeurons sensibles aux situations insoutenables !

S’avancer désarmé !

Les disciples de Jésus, le connaissant déjà suffisamment, croyaient-ils vraiment que Jésus allait suivre leur conseil de renvoyer ces gens ? Ils savaient bien qu’ils prenaient le risque de s’entendre dire : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » Mais ils s’avancent vers lui, désarmés, avec leurs cinq pains et leurs deux poissons ! Ce qui nous retient de faire un geste, c’est peut-être, trop souvent, d’envisager le problème concret auquel nous sommes confrontés à une échelle trop globale, trop générale. En effet, si les disciples cherchent à savoir comment partager cinq pains à cinq mille personnes, ils demeureront tétanisés. Mais s’ils décident de partager ces pains au premier cercle qui les entoure, alors le miracle pourra se produire ! C’est ce que nous constatons chez de nombreux saints : une Mère Teresa ou un Vincent de Paul… Ils n’ont pas cherché à compter celles et ceux qu’ils devraient aider avant de se mettre à la tâche, mais ils ont commencé par aider quelques-uns, avec leurs faibles moyens, et le miracle s’est produit : des milliers de personnes se sont mises à leur école pour soutenir toujours plus de miséreux et d’indigents… Ne réfléchissons pas trop avant d’agir, mais avançons désarmés pour répondre, à notre mesure, aux toutes petites sollicitations, et qui sait jusqu’où cela nous conduira ?

Communier dans l’action !

Bien sûr, malgré Jésus, malgré les premiers disciples, malgré de nombreux saints, la misère du monde n’a pas disparu ! Cette multiplication des pains nous parle aussi de l’unique nourriture qui peut rassasier définitivement : une intimité, une communion, un amour avec Dieu et avec les autres, devenus possibles grâce à Jésus Christ et qui passeront la mort et nous rassembleront dans le Royaume de Dieu. C’est ce vers quoi nous avançons si chaque eucharistie à laquelle nous participons rejaillit effectivement dans une communion de plus en plus effective avec les pauvres de la terre. Cette tâche, loin d’être un fardeau individuel à porter, est aussi de l’ordre de la communion des saints : les disciples du Christ, « les saints » comme Paul nommait les premiers disciples, s’ils travaillent ensemble à l’avènement du Royaume, peuvent déplacer des montagnes ! Cette communion dans l’action, dont nous parle la multiplication des pains, est donc tout autant une communion spirituelle, une communion fraternelle et une communion agissante dès maintenant…

Alors, face aux défis du monde, ne nous voilons pas la face, ne soyons pas timorés, ne cherchons pas de bonnes ou de mauvaises raisons pour ne pas agir mais :

Demeurons sensibles,

Avançons désarmés

Et communions dans l’action !

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Un tri salutaire !

24 juillet 2011, 17ème dimanche A, Mt 13,44-52 /

Trier, choisir, discerner… Autant de verbes qui pourraient convenir pour résumer le passage évangélique de ce dimanche. Attardons-nous surtout à la notion de tri, car elle est peut-être la plus problématique avec ces « anges qui viendront séparer les méchants des justes et les jetteront dans la fournaise où il y aura des pleurs et des grincements de dents. » (Mt 13,49-50) Mais avant d’en arriver à ce tri ultime, et pour le comprendre, il nous faut le situer dans la logique d’une vie selon l’Évangile. Ne réclame-t-elle pas des tris, des choix, des discernements dans toutes les dimensions de notre vie : dans notre histoire personnelle, dans notre culture et pour le Royaume ?

Faire du tri dans son histoire personnelle !

« Tout scribe devenu disciple du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. » (Mt 14,52) Notons d’emblée la perspective : c’est dans l’optique d’être de plus en plus « disciple du Royaume » que des choix sont nécessaires, sans quoi ils n’ont pas de sens. Ainsi la façon d’assumer, comme chrétien, notre histoire personnelle, ne relève pas d’un simple humanisme, ou d’une visée de développement personnel. Il s’agit, certes, d’accueillir ce qui nous a façonnés, mais d’y opérer un tri au tranchant de l’Évangile. Nous avons reçu, par exemple, certaines traditions familiales : une famille « tricotée serrée » -mais du coup pouvant exclure l’étranger- ou une maison accueillante ; un sens exigeant du travail -parfois au détriment des personnes- ou une valorisation des dons de chacun ; une culture du non dit, ou une parole libre et facile, etc… Toute cette culture familiale nous marque encore aujourd’hui, mais elle n’est pas d’emblée évangélique ! Il nous faut opérer un tri à la lumière de l’Évangile : qu’est-ce qui doit être gardé et qu’est-ce qui doit être rejeté de cette tradition familiale ? Comment tirer de ce trésor du neuf et de l’ancien ?

Faire du tri dans sa culture !

« On ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien ! » (Mt 13,48) Lorsque l’Évangile rencontre une culture, ce tri s’opère nécessairement. Ce fut le cas par rapport au judaïsme, mais aussi dans toute démarche missionnaire à la rencontre d’une autre culture et d’une autre religion (culture et religion sont souvent très liées). Mais attention, il ne suffit pas de venir d’une culture de tradition chrétienne pour être en phase avec l’Évangile ! La façon dont le christianisme prend forme à une époque donnée et dans un lieu donné n’a rien d’absolu et doit être sans cesse interpellée par l’Évangile. De plus, l’histoire nous a appris que lorsque le christianisme devient religion d’état ou l’unique référence d’une société, il s’éloigne de plus en plus de l’Évangile et se laisse enfermer dans un système religieux et des institutions de plus en plus idolâtrés pour eux-mêmes. Il nous faut donc, sans cesse, faire œuvre de discernement et opérer un tri salutaire parmi ce que nous recevons de notre culture, fut-elle chrétienne. L’efficacité, la rentabilité, la méritocratie, la culpabilité sont-elles évangéliques ? Dans d’autres cultures, apparemment moins performantes, le temps pris pour la rencontre, pour la fête, pour la palabre n’est-il pas plus évangélique ? Que restera-t-il, lors du tri final, à amasser dans les paniers du Royaume ? Notre vie réussie selon les critères de notre culture ou ce qui, dans notre vie, aura contribué à une plus grande fraternité, au déploiement du projet de Dieu pour notre monde ? N’est-il pas urgent de faire nous-même le tri ?

Faire du tri en vue du Royaume !

L’évangile nous parle de ce tri, de ce choix, en termes radicaux : vendre tout ce que l’on possède pour acheter le trésor du Royaume ou la perle des perles ! C’est-à-dire, ne pas hésiter à relativiser ce qui nous a façonnés : notre histoire personnelle, nos traditions familiales, notre culture pour nous attacher à l’unique nécessaire : la quête ardente d’une vie selon le Royaume de Dieu ! Tout vendre pour acheter la perle des perles, ne consiste certainement pas à rejeter tout ce qui nous a constitués, mais à ne pas le prendre pour acquis sans discernement… Peut-être nous faut-il acheter de nouveau les trésors reçus, c’est-à-dire faire le tri, pour constituer notre trésor impérissable à partir de ce qui est ancien et bon dans notre histoire personnelle et collective, mais aussi à partir de ce qui est nouveau et très bon dans l’Évangile !

Disciples du Royaume,

n’est-il pas urgent de faire ce tri salutaire,

avant le tri ultime ?

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Vacances aux sources…

C’est dans un lieu cher au cœur des Assomptionnistes, Notre-Dame des Châteaux à Beaufort, que j’ai pu passer quelques jours de vacances avec des « anciens » de la communauté de Strasbourg. Même si le soleil ne fut guère au rendez-vous, la chaleur de l’amitié et la beauté des lieux et de leur histoire valaient à eux seuls cette escapade.

Retrouvez quelques photos de ces vacances en cliquant ici et l’histoire abrégée de ce lieu assomptionniste, premier alumnat d’une longue série ci-dessous :

Site et histoire de Notre-Dame des Châteaux

Extraits de la présentation faite par le P. Jean-Paul Périer-Muzet…

C’est à Notre-Dame des Châteaux, piton rocheux au-dessus de Beaufort-sur-Doron (Savoie), que le P. d’Alzon a établi le 28 août 1871 le premier alumnat de la Congrégation et a fondé l’œuvre de Notre-Dame des Vocations.

Ce lieu lui avait été signalé par l’ex-Père Charles Désaire (1845-1910), natif de Hauteluce. Les contacts pris avec l’évêché de Tarentaise ont permis de dégager un accord durable : les religieux en s’établissant à demeure y desserviraient le sanctuaire traditionnel voué à Notre-Dame et pourraient y établir un petit séminaire, laissant aux jeunes en fin d’études le choix d’opter entre une congrégation religieuse ou un diocèse. L’éducation y fut toute monacale, à la manière des anciennes écoles monastiques : vie autarcique et rude à la campagne en internat, recrutement en milieu populaire de nombre limité, formation classique avec apprentissage du latin, prière chorale utilisant le chant grégorien, travail intellectuel et travaux manuels au contact d’une petite communauté religieuse qui formait le seul encadrement, détachement par rapport au milieu familial, indépendance par rapport aux programmes scolaires étatiques, soutien financier d’un réseau de ‘donateurs-bienfaiteurs’, tels sont les ingrédients essentiels qui fixèrent pour longtemps la formule typique chère à l’Assomption désignée sous le néologisme d’alumnat, du latin alumnus : ‘nourisson’ ou aleo : ‘faire grandir, élever’. Elle allait durer presqu’un siècle et fournir nombre de prêtres séculiers et de religieux.

Ce premier établissement, situé à une altitude de presque mille mètres, fut marqué au départ par une certaine pauvreté et même une évidente rudesse dues au milieu naturel. Notre-Dame des Châteaux, site médiéval où les Seigneurs de Beaufort avaient aménagé contre les incursions sarrazines une forteresse défensive dont il restait encore quelques tours plus ou moins ruinées, avait connu des heures glorieuses et tristes. De sa longue histoire dont seul avait subsisté tant bien que mal un petit sanctuaire, retenons quelques épisodes plus récents que le P. d’Alzon ne pouvait ignorer :

« En 1536, Jacques de Savoie-Nemours avait offert aux Dominicaines expulsées de Genève par la Réforme protestante, ce manoir retiré. Elles n’y restèrent que deux ans, mais les Dominicains d’Annecy continuaient à desservir la chapelle. En 1614, ce furent ceux de Chambéry qui prirent la relève et y établirent le vicariat de Notre-Dame de Beaufort. Dans les années 1770, les frères firent construire sur ce site quinze oratoires consacrés aux mystères du Rosaire ».

Après l’expulsion des Dominicains sous la Révolution, les bâtiments sécularisés, d’abord laissés à l’abandon, purent être à nouveau réunis par un ancien moine, Dom Claude Bill, dont le premier souci était de préserver le patrimoine religieux du site. En novembre 1837 il en fit donation au séminaire de Tarentaise. C’est ainsi qu’un chanoine professeur, l’abbé Antoine Martinet (1802-1871), y élut domicile, y vécut en ermite une trentaine d’années et y composa des traités de théologie. La tradition veut même qu’il y reçut un jour Louis Veuillot, comme lui apologiste et amoureux du passé chrétien. .

Les Assomptionnistes ne voulurent en un sens que reprendre une tradition que les malheurs des temps n’avaient pu effacer. Ils firent plus cependant en construisant dès 1873 un nouveau bâtiment d’habitation […] La propriété étendue en bois et prairies permettait aussi quelques cultures et un peu d’élevage d’auto-subsistance à partir de chalets d’alpage. La fonction religieuse du site ne fut pas oubliée, un mouvement de pèlerinages au sanctuaire fut encouragé, des liens amicaux avec le clergé local noués.

[…]Notre-Dame des Châteaux prospérait et ses contingents allaient permettre la fondation d’autres alumnats, faisant de la souche une cellule-mère féconde comparée à un berceau : Arras, Nice, Nîmes. En 1880, lors de l’application des lois Ferry, l’alumnat de Notre-Dame des Châteaux ne fut ni inquiété ni perquisitionné.

Le P. d’Alzon aux Châteaux

Il y a au cours de l’année terrible 1871, marquée par la guerre franco-allemande, la défaite de la Commune et la prise de Rome par les Piémontais, une halte favorable dans la chronologie du P. d’Alzon, son fameux premier séjour fondateur au sanctuaire de Notre-Dame des Châteaux en août 1871, au cours duquel il inaugura le premier alumnat de la Congrégation. Tout séduit le P. d’Alzon à la vue de ce nid d’aigle. Depuis longtemps les religieux insistaient pour un contact vocationnel de l’Assomption auprès de classes plus populaires que celles des collèges. Des essais analogues, apparentés aux écoles monastiques du Moyen-Age, dont celui du P. Foresta jésuite, avaient déjà vu le jour. Les PP. Halluin et Pernet montraient dans leurs engagements sociaux une vie pleine de promesses : rechristianiser ab origine le peuple, en offrant à la jeunesse du milieu populaire une porte d’accès adaptée aux formes d’engagement et de dévouement dans l’Eglise. Le P. d’Alzon franchit le pas et sut partager son enthousiasme.

Ce premier séjour aux Châteaux (23-28 août 1871) fut suivi d’un second en août 1875 (2 août-3 septembre), tout aussi enthousiaste si l’on en croit ces lignes : « Quel dommage, écrit-il le 3 août 1875 à Mère Correnson, que vous ne puissiez pas jouir des belles montagnes, du bon lait, de l’eau gazeuse et de la foi des paysans et des paysannes ! Quoi qu’on en dise, les Pyrénées ne sont rien auprès des Alpes, et cela commence entre Valence et Grenoble. Je vais bien prier pour que la Sainte Vierge vous donne avec la santé la sainteté… ».

« Le lundi 28 août, à 7 heures du matin, le P. d’Alzon dit la messe devant les cinq premiers élèves, âgés de 12 à 14 ans, que des prêtres des environs avaient envoyés. Un sixième enfant, à peu près du même âge, se joignit à leur groupe, un petit inconnu qui, voyant la chapelle ouverte, entra pour prier la Madone et se retira aussitôt la messe entendue. « Image, a dit un témoin de la scène, de tous ceux qui devaient dans la suite frapper à la porte de l’oeuvre et n’y pas persévérer. » En se retournant de l’autel pour leur adresser quelques mots, le P. d’Alzon vit six enfants réunis devant lui, et son esprit prime-sautier, en même temps que nourri de la Sainte Ecriture, pensa aux six urnes des noces de Cana.
Mes chers enfants, leur dit-il en substance, vous êtes un peu comme les cruches de Cana. Vous ne contenez actuellement rien de bien précieux, mais Notre-Seigneur va vous remplir du vin exquis de la science et des vertus; le nouveau miracle se fera pour vous comme pour le maître d’hôtel dont parle l’Evangile, par l’entremise de la Sainte Vierge.

Le mot et l’image firent fortune, et les six cruches sont restées légendaires dans l’histoire de l’institution. » Extrait de Siméon Vailhé : Vie du P. Emmanuel d’Alzon – Tome II – CHAPITRE XXIV

L’Assomption aux Châteaux

De 1880 à la fin du XIXème siècle, l’alumnat poursuivit tranquillement sa route. Il n’en fut pas de même à partir de l’offensive anti-congrégationniste de 1899…Les religieux sur place, le P. Eugène Monsterlet (1866-1922), supérieur, le P. Cyprien Gouelleu (1873-1930), économe, l’abbé Silvestre, directeur, le P. Xavier Marchet (1872-1933), mandaté expressément, luttèrent pied à pied contre les tribunaux de 1900 à 1903 ; mais même sécularisés et placés sous la juridiction de Mgr Lucien Lacroix(18551922), l’évêque républicain de Tarentaise qui menait double jeu, ils ne purent sauver le nid d’aigle de la Congrégation. [Assimilé officiellement au clergé diocésain pour échapper aux lois anti-congrégationnistes, Mgr Lacroix voulu les disperser au service du diocèse… Les religieux résistèrent puisque cette appartenance diocésaine n’étaient-là que pour donner le change à l’état… Du coup l’évêque les dénonça aux autorités et ils furent contraints de quitter les lieux. ndlr]

La mort dans l’âme, ils descendirent une dernière fois de la colline enneigée, le dimanche 20 décembre 1903, après une ultime visite à la chapelle. Un graffiti rageur en souilla longtemps le mur : Tes fils te vengeront’. Le départ en voiture de Beaufort pour la gare d’Albertville fut réconforté par des marques de sympathie de la population. Notre-Dame des Châteaux allait retomber dans sa solitude pour une vingtaine d’années.

Saint-Sigismond, survie des Châteaux

L’Assomption renoua, à partir de l’alumnat de Saint-Sigismond, en 1920, avec les Châteaux, les fils d’une histoire tourmentée et héroïque, là où les souvenirs s’estompent aux portes de la légende.

Après la première guerre mondiale en effet, les Assomptionnistes comme nombre de congrégations chassées du sol français à partir de 1901, avaient en quelque sorte reconquis subrepticement un droit au sol par la dette du sang. C’est ainsi qu’une opportunité permit d’envisager une nouvelle implantation savoyarde à quelque vingt kilomètres de Beaufort, au niveau de la plaine de l’Isère, à Saint-Sigismond, près d’Albertville.

L’alumnat Notre-Dame prenait en quelque sorte le relais des Châteaux dans un site moins pittoresque sans doute, mais au climat plus attrayant. […] Mgr Biolley, évêque de Tarentaise, autorisa la transaction et la fondation d’un nouvel alumnat, sachant combien son diocèse était redevable à l’apport vocationnel des alumnats. Notre-Dame ouvrit ses portes le 4 janvier 1918. Le 31 août 1921, on retourna avec joie sur la colline des Châteaux où quelques ‘anciens’ évoquèrent à loisir leurs souvenirs, dont le P. Maubon. Peu à peu grâce à l’aide des prêtres de Faverges, le domaine des Châteaux fut racheté. Une société propriétaire se constitua selon les dispositions de la loi 1901. Le P. Marcellin, économe de Saint-Sigismond, se dévoua pour remettre les lieux en état au mieux de ses moyens et Notre-Dame des Châteaux pût ainsi reprendre aux belles journées de l’été ses activités d’antan. .

Les bâtiments de l’alumnat construits en 1873 ont été rasés pour des questions de sécurité en 2001. Ils avaient servi après la seconde guerre mondiale de lieu de promenade pour les alumnistes de Saint-Sigismond aux fêtes de Pentecôte et ils hébergèrent une vingtaine d’années une colonie de vacances de Bourges, durant l’été. Un ancien chalet-étable sur la bordure du terre-plein central a été transformé et agrandi, permettant une habitation estivale. La tour ronde a été couverte par protection d’une plateforme en béton, un escalier intérieur adossé à la muraille permet l’accès en terrasse. Quant au bâtiment du haut, en dehors du sanctuaire restauré, il comprend une surface d’hébergement pour une dizaine de personnes.

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Cluny, Cîteaux, Taizé

Juste un petit mot pour vous signaler que je n’oublie pas le blogue, mais qu’il a pris un rythme estival …

Le temps de vacance des novices, que j’accompagne,  est rythmé par la découverte de lieux importants pour la foi en France : Cluny, Cîteaux, Ars, Taizé, Paray le Monial, mais aussi Lyon – lieu de la première communauté chrétienne de France- ou les Hospices de Beaune avec sa tradition toujours vivante d’une congrégation religieuse au service du soin des pauvres. Autant de réalités susceptibles d’affermir nos propres engagements et de solliciter notre créativité… Pour voir l’album, cliquer sur la photo…

En attendant un rythme plus régulier pour le blogue, je vous souhaite également de bons temps de ressourcement durant cet été,

A bientôt…

 

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Nouveaux visages…

Quelle chance dans la vie religieuse de ne pouvoir faire carrière, contrairement à ce qui se passe souvent dans le monde ou même dans certains rouages de l’Eglise… Les différents mandats confiés aux religieux sont toujours limités -3 ans pour les supérieurs locaux et provinciaux et 6 ans pour le supérieur général et ses conseillers-, mandats renouvelables une fois et de façon exceptionnelle deux fois. Ensuite retour à la « case départ » comme « simple religieux » ! Il est vrai que le service des frères, dans ces charges, est toujours exigeant et qu’on ne court pas, en général, après ces responsabilités. Mais l’humain étant ce qu’il est, j’entends des frères penser parfois en termes de carrière, de promotion ou de mise au placard… La logique de l’Évangile n’est pas de cet ordre, et puisque nous fêtons ces jours-ci saint Jean-Baptiste, « le plus grand des enfants des hommes », laissons-nous éduquer par sa grandeur : Il vécut au désert, comme un moine hirsute, il s’attira les foules mais aussi les foudres des autorités, il s’effaça devant Celui qu’il avait pour mission d’annoncer et il mourut de façon dramatique dans la trentaine !!! Le plus grand des enfants des hommes, le précurseur du Sauveur, l’ami de l’époux ! Le seul saint, avec Marie, dont nous fêtons et le jour de sa naissance terrestre, et le jour de sa naissance au ciel ! La logique de l’Évangile est toujours désarmante, elle appelle à l’abaissement dans le service et le don de soi afin de trouver le véritable bonheur !

Sous le patronage de Jean le Baptiste, rendons grâce pour les frères qui viennent de passer leur charge à d’autres, qui « s’effacent pour que d’autres puis grandir » …

Le P. Richard Lamoureux (supérieur général de 1999 à 2011) ;

 

le P. Marcel Poirier (économe général de 1993 à 2005, puis supérieur provincial d’Amérique du Nord de 2005 à 2011) ;

 

le P. Jean-Daniel Gullung (économe général de 2005 à 2011) ;

 

le P. André Brombart (assistant général de 2005 à 2011) ;

le P. Lucas Chuffart (secrétaire général de 2005 à 2011) et tous les frères assistants et économes provinciaux…

Confions aussi au Seigneur, sous le patronage de Jean Baptiste, tous les frères qui ont accepté ou qui accepteront de nouvelles missions, au cours de cet été :

 

le P. Benoît Grière (supérieur général),

 

 

le Fr. Didier Remiot (économe général),

 

le P. Benoît Gschwind (provincial de France),

 

 

le P. Miguel Diaz Ayllon (provincial d’Amérique du Nord) et tous leurs assistants et collaborateurs… Ainsi que tous ceux qui seront nommés dans une nouvelle communauté… Ils savent que dans quelques années ils passeront la main à d’autres, et à leur tour s’effaceront pour que d’autres grandissent… Quelle chance que de suivre le Christ dans la vie religieuse !

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