Encore quelques excursions à venir…

Cette semaine, je pars avec le Noviciat sur les pas du père d’Alzon dans la région de Nîmes, j’espère pouvoir réaliser un diaporama à partir de cette expérience, je vous en donnerai donc des nouvelles prochainement. Enchaînant avec un temps de vacance avec les novices (puisque leur maître sera pris par la deuxième session du chapitre provincial), je ne suis pas sûr de pouvoir mettre régulièrement à jour le blogue les semaines à venir… Mais rassurez-vous je ne vous oublie pas, et je ferai mon possible pour rester fidèle à cet engagement…

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Nouvel album photo

J’ai mis quelques photos du Noviciat de Juvisy dans l’album… Bonne visite !

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Assimiler sa Vie !

26 juin 2011, Saint Sacrement A, Jn 6,51-58 /

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ! »(Jn 6,54) Chrétiens pratiquants, nous sommes peut-être trop habitués à ce langage, au risque de ne plus entendre ce qu’il a de provoquant : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »(Jn 6,52) Que signifie cette affirmation de Jésus Christ ? Renvoie-t-elle uniquement à l’eucharistie ? Implique-t-elle un salut magico-religieux ? De quelle chair et de quel sang parle-t-il ? Manger sa chair et boire son sang, n’est-ce pas aussi mâcher sa Parole, absorber sa manière d’être, assimiler sa Vie ?

Mâcher sa Parole !

Comme toujours lorsqu’on veut méditer sérieusement un passage d’évangile, nous faut-il l’interpréter en cohérence avec l’ensemble de la Parole de Dieu, et non pas isolément. Or, c’est bien l’évangile selon Jean qui commence en nous parlant de chair : « Au commencement était le Verbe… et le Verbe s’est fait chair ! » (Jn 1,1…14) Cette chair, donc, que Jésus nous offre en nourriture c’est lui-même, Verbe de Dieu fait chair. Dans le repas proposé, il en va donc d’abord de la réception du Verbe, du Logos, non seulement de l’accueil des paroles de Jésus, mais de l’Intelligence des évènements qu’elles nous permettent. La logique essentielle de notre Monde est toujours de l’ordre du déploiement de la Création, animée en profondeur par le Verbe, en qui tout fut créé. (cf. Jn 1,3) Lire, réfléchir, méditer la Parole sans cesse, la mastiquer, la mâcher et la remâcher longuement permet d’entrer dans cette intelligence spirituelle des évènements personnels, ou globaux que nous vivons. Et c’est ainsi que nous pouvons reconnaître l’œuvre de Dieu et entrer dans la vie éternelle : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu. » (Jn 17,3) La référence à la manne, dans la première lecture tirée du Deutéronome, induit la même logique : « Dieu t’a donné à manger la manne pour te faire découvrir que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur » (Dt 8,3) Alors non, la communion à la chair du Christ n’est pas de l’ordre du magico-religieux ! Toute spiritualité qui se focalise sur le pain eucharistique en le déconnectant de la liturgie de la Parole, n’est pas dans la logique de l’Évangile. Manger la chair du Fils de l’homme, c’est d’abord mâcher sa Parole !

Absorber sa manière de vivre !

Mais il est un deuxième aspect, tout aussi essentiel, pour entrer dans la vie éternelle : la configuration de notre vie à la manière de vivre du Christ ! Communier à la chair du Christ consiste à communier à tout ce qui fit sa vie. Il suffit de se rappeler ici la conclusion du célèbre passage de Matthieu, au chapitre 25 : « Alors il leur répondra: En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait. Et ils s’en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à une vie éternelle. » (Mt 25,46) Boire le sang du Christ consiste donc à être, comme lui, serviteur ; à donner, comme lui, sa vie jusqu’au bout. Alors non, le repas dont le Christ nous parle, ne se tient pas qu’au moment de la liturgie ! La vie éternelle, dans laquelle nous pouvons entrer dès maintenant, se joue dans chacune de nos relations, et en particulier dans notre solidarité avec les plus petits, les exclus, les malheureux, les déprimés… Nous sommes loin du magico-religieux ! Boire le sang du Fils de l’homme, c’est absorber, dans toutes les dimensions de notre vie quotidienne, sa manière de vivre.

Assimiler sa Vie !

Cependant, il est un troisième aspect à ne pas négliger. Jésus de Nazareth n’est pas qu’un simple prophète venu nous transmettre la Parole de Dieu et nous révéler comment nous comporter sur cette Terre. Il est, aussi, Celui par qui tout fut créé, il est notre Sauveur ! Celui qui a épousé notre condition humaine afin de la conduire jusqu’au cœur de Dieu. Celui qui nous a obtenu, une fois pour toute, le Salut ! Celui qui nous offre gratuitement d’entrer dans la communion divine, si tant est que nous nous rendons disponibles à l’action de sa grâce en nous ! Cet aspect est plus mystérieux, et plus profond : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. » (Jn 6,56) Dans ce repas, il s’agit donc, à la fois, de se laisser assimiler par le Christ, pour entrer dans son Corps, dans sa vie, mais aussi, de l’assimiler pour qu’il entre en notre corps, en notre vie. Comme la nourriture est assimilée en nos corps pour leur donner l’énergie nécessaire à la vie, la chair et le sang du Christ peuvent être assimilés, en nous, pour nous donner l’énergie nécessaire à la vie éternelle ! Mais attention, en affirmant cela, n’oublions pas les deux premiers aspects développés plus haut !

Ne croyez-vous pas que

manger la chair et boire le sang du Fils de l’homme c’est à la fois :

Mâcher sa Parole, absorber sa manière de vivre et assimiler sa Vie ?

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Retour de Sokodé…

Comme c’est souvent le cas, les voyages nous réservent des surprises… Recherchant, comme la plupart d’entre nous, le meilleur rapport qualité prix, j’avais choisi de voyager avec Brussels Airlines, ce qui impliquait une escale à Accra (Ghana) et bien sûr à Bruxelles pour rentrer sur Paris. Mais un avion étant tombé en panne à Monrovia (Libéria), on nous a d’office réquisitionnés comme bons Samaritains pour porter secours aux passagers restés en rade à Monrovia, sur ce point les voyageurs furent bien compréhensifs… Si bien que le voyage en avion, par sauts de puces, a duré au total 14 heures et le porte à porte (incluant le voyage Sokode-Lomé) 29 heures.

N’étant pas vraiment pressé, j’ai bien vécu ce voyage, mais je fus étonné par plusieurs réactions de mes covoyageurs. Personnellement je suis toujours frappé par la rapidité des voyages en avion, qui ne permet guère de prendre le temps psychologique de « changer de monde ». D’aucun s’interroge sur l’avenir de ce moyen de locomotion à l’heure où pollution, empreinte écologique et gestion des ressources fossiles questionnent… Je crois, pour ma part, qu’un voyage en bateau serait plus acceptable écologiquement et psychologiquement parlant.

Mais ce sont surtout quelques aberrations « culturelles » qui ont retenu mon attention :

D’une part nous sommes partis en retard de Lomé, car apparemment quelques voyageurs indélicats étaient en retard, et furent attendus (nous sommes partis une heure et demie en retard), jusque-là rien d’anormal dans une culture où l’on met la relation à l’autre en premier. Ce qui fut plus surprenant ce sont les réactions de quelques voyageurs (africains) prenant à parti l’hôtesse de l’air (belge) car la compagnie (belge) attendait des passagers en retard (africains)… Pourquoi s’empresser d’emprunter à l’autre ses mauvais travers ?

D’autre part, une petite famille belge, (c’est une histoire belge), avait jugé bon, pour avoir un meilleur tarif, d’aller de Lomé à Bruxelles en poursuivant en avion jusqu’à Paris pour revenir en TGV à Bruxelles. Le billet d’avion Lomé Paris (passant par Bruxelles avec changement d’avion) revenant apparemment moins cher que le billet Lomé Bruxelles (direct) ??? Ils ne pouvaient s’arrêter à Bruxelles car leurs bagages étaient enregistrés jusque Paris… Je ne sais pas si vous me suivez… Leur grande inquiétude était de perdre leur billet de TGV (Paris Bruxelles) à cause du retard… Mais jusqu’où l’argent nous fera-t-il marcher sur la tête ?

Voyage compris, le séjour à Sokodé fut donc fort agréable, et ma nomination à venir se précise, mais je vous en dirai plus quand tout sera officiel. Je vous laisse avec quelques nouvelles photos dans l’album de Sokodé, belle visite !

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Ô toi, l’au-delà de tout !

19 juin 2011, Fête de la Trinité A, Jn 3,16-18 /

Que de controverses, dès que l’on cherche des mots pour dire notre foi en un Dieu Trinitaire ! Le commentateur pourrait choisir l’option du silence pour ne pas tomber, sans s’en rendre compte, dans une des multiples formulations déjà condamnées. Pour ma part je me sentirais assez proche de la tradition « apophatique », une théologie négative -chère à Grégoire de Nysse ou à Maître Eckhart- qui consiste en une approche de Dieu, par la négative, en formulant ce qu’il n’est pas. Cette démarche n’empêche pas d’affirmer quelques idées fortes sur Dieu, car il y a tout de même eu Révélation en Jésus-Christ, mais il s’agit d’avoir toujours à l’esprit que Dieu est au-delà de ce que l’on peut en dire.

Au-delà du Père et du Fils !

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ! » (Jn 3,16) Nous connaissons tous la réaction de ce petit garçon, lors d’une séance de catéchisme : « Pourquoi le Père n’est pas venu lui-même pour faire le travail et pourquoi avoir envoyé son Fils se faire tuer à  sa place ? »… Sous entendu : « moi je n’aime guère que mon père me fasse faire des corvées à sa place ! » Cette remarque nous fait bien percevoir la difficulté à ne pas projeter trop vite, en Dieu, nos expériences et nos mots terrestres ! La relation du Père et du Fils est au-delà de ce que nous connaissons de la relation Père-Fils. Nous ne sommes plus dans la mythologie grecque, avec des relations divines à l’image de nos relations terrestres, nous croyons en un Dieu unique, et non en trois dieux ! Entre parenthèse, l’expression la plus utilisée par Jésus pour parler de lui-même est celle de « Fils de l’Homme » et non de « Fils de Dieu ». Soyons attentif au fait que Jésus s’adressait à des adultes en général, à des pères de familles, qui pouvaient donc comprendre ce que signifie l’amour d’un père pour son enfant, du point de vue du père. Il ne s’agit pas de projeter en Dieu, du point de vue de sa propre filiation, les problèmes de relation avec son propre père. Certes, les relations Père-Fils, nous disent quelque chose de la relation entre Jésus et son Père, mais il faut aller bien au-delà ! La Bible nous parle également d’un Dieu Mère, d’un Dieu époux, d’un Dieu épouse, d’un Dieu ami…

Au-delà du Père, du Fils et de l’Esprit !

« Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit Saint soient avec vous tous. » (2 Co 13,13) ; « Baptisez les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » (Mt 28,19) Notons d’abord que nous disposons de plusieurs formulations trinitaires dans le nouveau testament, et que la Trinité n’est pas une invention des théologiens ! Mais là encore soyons attentifs à ne pas séparer chaque personne de la Trinité. Si nous parlons du Père, du Fils et de l’Esprit cela ne signifie pas que chacun agit indépendamment des deux autres. Nous donnons à chacun un rôle distinct, où cependant les trois sont actifs et présents. On pourrait ainsi dire que « le Père est un peu plus Créateur que les deux autres », que « le Fils est un peu plus Sauveur que les deux autres », que « le Saint Esprit est un peu plus Sanctificateur que les deux autres ». Mais tous sont créateurs, sauveurs et sanctificateurs ! Certain sont même allés jusqu’à célébrer des messes pour l’Esprit, des messes pour le Fils et bien sûr des messes pour le Père, afin de n’oublier personne… Cela n’a aucun sens, chaque eucharistie est une plongée dans le mystère trinitaire, une célébration du salut opéré par le Père, en son Fils dans l’Esprit. Oui il y a bien communion de trois personnes en Dieu, car notre Dieu est amour, relation, don total, mais plus encore cet amour trinitaire ouvre un espace de plénitude pour la création tout entière. Il faut donc envisager un au-delà du Père, du Fils et de l’Esprit !

Ô toi, l’au-delà de tout !

« Ô toi, l’au-delà de tout, n’est-ce pas là tout ce qu’on peut chanter de toi ?

Quelle hymne te dira, quel langage ? Aucun mot ne t’exprime. A quoi l’esprit s’attachera-t-il ? Tu dépasses toute intelligence. Seul, tu es indicible, car tout ce qui se dit est sorti de toi. Seul, tu es inconnaissable, car tout ce qui se pense est sorti de toi.

Tous les êtres, ceux qui parlent et ceux qui sont muets, te proclament.
Tout les êtres, ceux qui pensent et ceux qui n’ont point de pensée, te rendent hommage.
Le désir universel, l’universel gémissement tend vers toi, tout ce qui est te prie, et vers toi tout être qui pense ton univers fait monter un hymne de silence.

Tout ce qui demeure, demeure par toi ; par toi subsiste l’universel mouvement. De tous les êtres tu es la fin ; tu es tout être, et tu n’en es aucun. Tu n’es pas un seul être, tu n’es pas leur ensemble.

Tu as tout les noms et comment te nomerai-je, toi seul qu’on ne peut nommer ?
Quel esprit céleste pourra pénétrer les nuées qui couvrent le ciel même ?

Prends pitié,

Ô toi, l’au-delà de tout, n’est-ce pas tout ce qu’on peut chanter de toi ? »

Attribué à Grégoire de Nazianze (329-390), un des trois cappadociens, père de l’Eglise  avec Grégoire de Nysse et Basile de Césarée

 

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Pentecôte en marche !

Quelle chance de pouvoir vivre ces jours de Pentecôte dans le contexte d’une jeune Église, l’Église catholique au Togo, en train de se bâtir. En découvrant le travail de mes frères, soucieux de bâtir une radio catholique digne de ce nom, avec des locaux, du matériel, mais aussi des émissions toujours plus au service du milieu, comment ne pas penser aux premiers temps de l’Église avec ses apôtres de l’Évangile inventifs et intrépides pour annoncer, à tous les peuples, la Bonne Nouvelle du Salut. En constatant la construction de nouveaux bâtiments au service de la vie de l’Église : grand séminaire, centre de récollection, noviciat, église paroissiale, comment ne pas penser aux bâtisseurs d’autres époques qui ont mis en œuvre tout leur génie, toutes leurs ressources pour répondre aux défis de leur temps. Avoir des locaux suffisamment grands pour accueillir les candidats à la vie religieuse ou les paroissiens de plus en plus nombreux, n’est-ce pas de formidables défis ? Et comment serait-ce possible sans entraide entre Églises « aînées » et « jeunes » Églises ?

La vie religieuse, grâce à son internationalité, permet vraiment cette solidarité : en termes de personnel, de moyens financiers, mais aussi d’expérience de vie chrétienne… Quelle chance, comme religieux, d’avoir « sa maison », sa « famille », son « chez-soi », aussi bien à Paris, à Québec, à Mexico, à Rome qu’à Sokodé ou à Saïgon ! N’est-ce pas un signe, modeste mais réel, d’une Pentecôte qui se déploie ? C’est-à-dire, d’une universalité, d’une fraternité, d’une disponibilité aux appels de l’Esprit, humbles mais tangibles ?

En écrivant ces quelques mots je pense à mes ami(e)s de France et de Québec, vous avez déjà eu bien des occasions d’expérimenter cette fraternité universelle, mais sachez que je vous porte particulièrement au cœur, même à des milliers de kilomètres, pour vous inclure dans cette expérience d’universalité, prometteuse d’une communion universelle plénière à venir… C’est bien la « magie » d’Internet  de pouvoir vous partager ainsi ce qui m’habite avec « mes mots », et chacun, chacune, chez-soi peut entendre « dans sa propre langue », avec ses propres perceptions cette vie de l’Esprit qui agit ici et ailleurs… Comme au jour de Pentecôte… Cultivons ensemble, si vous le voulez bien, cette sensibilité à l’action de l’Esprit en nous et autour de nous !

Je vous laisse avec de nouvelles photos de Sokodé !

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L’Esprit Saint agit-il en nous ?

12 juin 2011, Pentecôte A, Jn 20,19-23 /

Cette fête de Pentecôte nous renvoie à la question de la présence effective, ou non, de l’Esprit Saint en nous : qu’en est-il de ce langage que chacun, grâce à l’Esprit, comprenait dans sa propre langue, ce dont nous parlent les Actes des Apôtres ? La manifestation des dons de l’Esprit est-elle caduque ? La puissance réconciliatrice, confiée par Jésus à ses disciples dans le même mouvement où il insuffle en eux son Esprit, n’est-elle plus effective ? Bref, nous qui sommes loin de certaines Églises où l’Esprit semble si tangible par ses manifestations insolites, sommes-nous vraiment crédibles en nous prétendant animés par le souffle de l’Esprit ?

Un Esprit agissant dans l’ordinaire !

Je suis resté marqué, lors d’un pèlerinage à Lourdes, par le témoignage du médecin responsable des questions liées aux miracles opérés à Lourdes. Son propos, limpide, consistait à dire qu’il y avait eu beaucoup de miracles au début des pèlerinages à Lourdes, afin de faire reconnaître ce lieu comme un véritable lieu de rencontre avec le Christ. Mais, puisque maintenant le sanctuaire est reconnu comme un endroit privilégié pour être renouvelé dans sa foi, dans son espérance, dans sa charité, les miracles ne sont plus autant « nécessaires ». Les véritables miracles de Lourdes, poursuivait-il, sont toutes les conversions de cœurs qui s’opèrent à la chapelle de la Réconciliation et sur tout le territoire du sanctuaire. La communion rétablie avec Dieu et avec les frères, voilà ce qui a valeur d’éternité contrairement à une rémission passagère d’un problème de santé ! Ce détour par Lourdes ne peut-il pas éclairer la question des manifestations de l’Esprit dans l’Église. Au jour de Pentecôte, au jour de la naissance -en quelque sorte- de l’Église, l’aspect miraculeux des manifestations de l’Esprit était certainement « nécessaire » -ou pour le moins utile- afin d’authentifier le message des premiers disciples et de le rendre audible. Mais puisque l’Église est maintenant globalement reconnue comme la communauté des disciples de Jésus Christ, les manifestations « extra-ordinaires »  de l’Esprit sont-elles toujours autant nécessaires ?  Cela ne signifie pas que l’action de l’Esprit aurait disparu, bien au contraire, mais qu’elle doit prendre consistance, de façon encore plus profonde, dans la vie ordinaire des disciples… Pour se faire comprendre par tous, la glossolalie n’est pas nécessaire, mais la passion de l’annonce de l’Évangile avec intelligence et discernement est des plus utiles ! Saurons-nous rejoindre les questions, les attentes des humains de notre époque et de notre culture afin qu’ils puissent entendre et recevoir, aujourd’hui, dans leur quotidien, l’annonce de la Bonne Nouvelle ? Serons-nous au service de l’Esprit déjà agissant au cœur de leurs vies ?

Un Esprit sanctifiant toute la vie !

Un autre témoignage, écrit cette fois, peut encore éclairer notre réflexion. Un  théologien orthodoxe, Léonide Ouspensky, présentant la théologie des icônes, explique que l’icône est « un témoignage de la déification de l’homme, de la plénitude de la vie spirituelle, une communication par l’image de ce qu’est l’homme en état de prière sanctifiée par la grâce ». Et de préciser que cet état de sanctification n’est pas à confondre avec celui de l’extase. En effet, « l’état extatique n’est pas une union de la nature humaine avec Dieu, il ne transfigure pas la créature. Il est une rupture de l’âme avec l’organisme sensible (raptus), une vision qui arrive parfois à des débutants dans la vie spirituelle. À mesure que le débutant croît dans la grâce, sa nature s’en pénètre tout entière ; il n’est plus ébloui par la vision du monde surnaturel ; il « connaît dès ici-bas, dès la vie présente, le mystère de sa déification » (saint Syméon le Nouveau Théologien, Sermon 83, chapitre 3). »[1][1] Ainsi la véritable action sanctifiante de l’Esprit, loin de s’exprimer par des manifestations extérieures plus ou moins étranges et insolites, consiste en une sanctification « paisible » de tout l’être, à la manière dont le visage d’un vieux moine témoigne d’une vie toute transfigurée par l’Esprit ! Serons-nous, à notre tour, témoins d’un Esprit sanctifiant toute la vie ?

Un Esprit guérissant les profondeurs !

« Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis… » (Jn 20,23) Comme nous l’évoquions avec Lourdes, le but de la remise de l’Esprit aux disciples, le but du salut est de réconcilier les humains entre eux et avec Dieu, c’est-à-dire de les faire entrer dans une pleine communion divino-humaine. Ici encore les guérisons extraordinaires peuvent être des signes d’une guérison plus profonde, mais c’est bien cette guérison des profondeurs, cette réconciliation de chacun avec lui-même, avec les autres et avec Dieu qui est la visée ultime. Serons-nous donc d’effectifs collaborateurs de cette guérison des profondeurs que veut opérer l’Esprit en chacun de nos frères ?

Finalement la discrétion de l’Esprit aujourd’hui n’est-elle pas significative :

d’une époque qui n’est plus celle des commencements,

mais celle de la Transfiguration de notre monde en train de s’opérer en profondeur,

dans la mesure où nous laissons l’Esprit agir, sanctifier et guérir à travers nous ?

 

 

 

 


[1] Le sens dogmatique de l’icône, extrait des Mélanges de l’Institut orthodoxe français de Paris, IV, 1948.

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Nouvelles du Togo

Je prends enfin le temps de publier un petit mot depuis le Togo où je suis arrivé la semaine dernière.  C’est avec joie que j’ai retrouvé des frères connus et découvert de nouveaux visages notamment de novices et de postulants. L’Afrique de l’ouest, que j’avais quittée il y a tout juste vingt ans, reste fidèle à elle-même : chaleureuse, dans tous les sens du terme, pleine de jeunesse et d’énergie et toujours confrontée à de nombreux défis. Je n’aurai pas l’indécence, après huit jours de présence, de vous faire un tableau de la situation, je laisse cela aux journalistes. Vous connaissez l’adage : le journaliste qui passe huit jours dans un pays peut écrire un livre, celui qui y reste quelques mois n’écrira que dix pages, quand au missionnaire qui y aura passé plusieurs années il ne produira que quelques lignes… elles seront, cependant, peut-être plus justes…

Nous sommes présents au Togo depuis 2006, grâce aux Religieuses de l’Assomption et aux Orantes de l’Assomption qui nous y ont précédés. Nous sommes ici en charge d’une paroisse, de la radio diocésaine et, avec d’autres, nous animons le centre culturel Saint Augustin (conférences, bibliothèque, rencontres et sessions diverses) dans une dynamique œcuménique et interreligieuse. Par ailleurs nous y avons un noviciat, avec une première promotion de sept novices qui termineront leur année dans quelques mois. Ils iront poursuivre leur formation au Burkina Faso à l’automne prochain. Cinq postulants devraient prendre le relais au noviciat… J’anime durant ces quelques semaines une session sur l’œcuménisme et la découverte des différentes églises chrétiennes… les novices (assomptionnistes et orantes) ainsi que les postulants sont très disponibles au parcours proposé, c’est agréable pour l’intervenant. En fin de séjour, je devrais avoir un peu plus de temps pour des découvertes en dehors de Sokodé…

Je vous laisse avec quelques photos… Ainsi qu’avec la méditation pour l’évangile de ce dimanche  (celle du septième dimanche de Pâques et non pas de l’Ascension fêtée ici le Jeudi) : « Rendre gloire à Dieu ! »…

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Rendre gloire à Dieu !

5 juin 2011, 7ème dimanche de Pâques A, Jn 17, 1b-11a /

Rendre gloire à Dieu, qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? La question nous semble peut-être lointaine, pourtant dans les quelques versets proposés à notre méditation pour ce dimanche, ce n’est pas moins de six fois que l’évangéliste nous parle de gloire et de glorification, sans compter la première lecture, de la première lettre de Pierre, qui reprend, elle aussi par deux fois, ce même vocabulaire. La question n’est donc pas optionnelle : si nous voulons suivre le Christ, nous devons nous aussi rendre gloire à Dieu comme le Christ a rendu gloire à Dieu et, vous le savez déjà, cette gloire-là est bien loin de nos critères humains… Mettons-nous donc à l’écoute de l’évangile.

L’humilité de Dieu…

« Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais confiée. » (Jn 17,4) Toute la vie de Jésus Christ fut donc une glorification de Dieu, une révélation de l’être véritable de Dieu. Est-il venu en grande pompe pour éblouir le monde de sa grandeur, de sa majesté, de sa puissance et pour réclamer une soumission sans faille ? D’une certaine manière, si Dieu était vraiment ainsi, il n’y aurait pas eu besoin de la Révélation. Ce Dieu-là, c’est celui que les hommes ont imaginé depuis la création du monde, pour lequel ils ont construit des pyramides immenses, sacrifié des humains et fait des guerres impitoyables. Jésus de Nazareth, lui, qui pourtant était le vrai Dieu, a vécu trente années, dont nous ne savons quasiment rien, dans un obscure village de Palestine, et quand il décida de se manifester, il le fit en changeant de l’eau en vin, en guérissant des malades, en s’invitant chez des publicains ou en prenant la défense d’une femme adultère ! Ne sommes-nous pas trop habitués à ces textes d’évangile, au point de ne plus percevoir le hiatus entre nos images de Dieu et le visage si humble qu’il nous révéla ? De plus, l’ultime révélation sera celle de la Passion et de la Croix, annoncée en ces termes : « Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie. » (Jn 17, 1) N’allons pas trop vite du côté de la Résurrection : un Dieu qui ressuscite c’est « normal », mais un Dieu si humble qu’il se laisse malmener « comme un agneau que l’on mène à l’abattoir »,  un Dieu qui pardonne à ses bourreaux et qui respecte le refus des hommes jusqu’à mourir… cela c’est  inimaginable ! Un Dieu glorifié par son humilité ? Quelle révélation !

La fraternité des disciples…

Après sa passion, comment Jésus Christ compte-t-il poursuivre sa mission de glorification du Père ? En apparaissant ressuscité, triomphant, au sommet du Temple de Jérusalem ? Non point… Mais en s’en remettant entièrement à ses disciples : « Je prie pour eux… et je trouve ma gloire en eux. Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde… » Ou encore, quelques versets plus loin : « Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi ; qu’eux aussi soient un en nous afin que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17, 21) Un Dieu qui s’en remet entièrement à la fraternité de douze bons hommes et quelques autres disciples pour se manifester : quelle glorification ! Quelle révélation !

La gloire retrouvée ?

« Donne-moi la gloire que j’avais auprès de toi avant le commencement du monde ! » (Jn 17,5) Attention la tentation est grande de retomber dans nos images d’avant révélation ! On pourrait en effet interpréter cette expression de Jésus comme un retour à une « vraie gloire » de « vrai Dieu », passé la parenthèse de l’Incarnation. Or il n’en n’est rien ! Jésus Christ est venu nous révéler qui est Dieu, et non pas jouer un personnage durant trente-trois années. Si nous retombons dans nos vieilles images d’une gloire trop humaine, la venue de Jésus Christ aura été vaine : « Or, la vie éternelle, c’est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ. » (Jn 17,3) Depuis avant le « commencement du monde » Dieu est ainsi : humble, fragile, tendre, bref « Tout amour »… et c’est cela sa gloire ! Et c’est cela que Jésus est venu nous révéler !

Saurons-nous alors glorifier Dieu ?

Lui bâtirons-nous des palais dorés ?

Ou emprunterons-nous, comme le Christ,

le chemin de l’humilité, de la fraternité, du service… de l’amour jusqu’au bout ?

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Trouver sa place !

22 mai 2011, 5ème dimanche de Pâques A, Jn 14,1-12 /

L’évangile de ce jour commence par évoquer le trouble des disciples, alors que Jésus vient de leur annoncer, avec des mots tendres, son départ : « Mes petits enfants, je ne suis plus avec vous que pour peu de temps. » (Jn 13,33) Ils avaient trouvé, en lui, un phare pour leur vie, un rôle à jouer dans le monde, un roc sur lequel fonder leur demeure… et puis voici qu’il disparaît ! Est-ce que tout va s’écrouler ? La parole de consolation du Christ est étonnante ! Avant de leur annoncer, plus loin, qu’il sera toujours avec eux, qu’il leur enverra son Esprit, il commence par leur dire l’essentiel, à savoir qu’ils ont une place auprès de Dieu et qu’ils connaissent le chemin pour rejoindre cette place !

Une place unique !

Trouver sa place dans le monde, n’est-ce pas une question essentielle ? Une théologienne-psychanalyste présente ainsi la maturité affective : « Au fond, le critère n’en serait-il pas très simplement le fait d’être à sa place (place à la fois reçue et inventée), de tenir avec plaisir cette place, mais rien que cette place ? Et depuis cette place d’accepter d’être affecté par l’autre, aussi bien dans la joie que dans la peine. »[1] Je trouve que cette définition consonne très bien avec l’évangile : « Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures : sinon vous aurais-je dit que j’allais vous préparer une place ?» (Jn 14,2) et ailleurs, à propos de savoir se laisser affecter par d’autres : « Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé ! Nous avons entonné un chant funèbre, et vous ne vous êtes pas frappé la poitrine !  » (Mt 11,17) Jésus connaît bien le cœur de l’humain et les angoisses profondes qu’il peut vivre s’il se retrouve comme un être perdu dans l’univers, sans place ni repères, sans personne avec qui partager en profondeur de la joie ou de la peine. Et donc, au moment ultime de son départ, Jésus annonce qu’une place unique est réservée à chacun pour vivre une pleine communion avec Dieu et avec les autres. Le combat pour trouver sa place dans le monde aura une fin, car cette place nous est offerte gratuitement, sans avoir à la mériter, ni à la conquérir, simplement parce que nous sommes aimés tels que nous sommes !

Une place à recevoir !

Ce qui complique souvent la recherche de sa place dans le monde, c’est le refus de ses racines, de son histoire, de ses blessures. Il y a un « déjà-là » de nos vies : la famille plus ou moins bancale dans laquelle nous sommes nés, la culture qui nous a façonné, les difficultés affectives de notre enfance, la jalousie plus ou moins bien intégrée, les joies partagées, mais aussi les blessures, les peines, etc… Il nous faut consentir à notre vie, à cette place qui nous a été donnée dans le monde sans que nous l’ayons choisie. Et c’est seulement à partir de cette place, à laquelle nous aurons consenti, qu’il nous sera possible, partiellement, d’inventer notre vie. Ce que nous vérifions par les sciences humaines, Jésus nous l’annonce aussi pour notre vie spirituelle. Il y a un « déjà-là » de notre vie spirituelle : un Père qui nous aime, qui nous a donné la vie, qui nous désire auprès de lui, des blessures dans notre relation à Dieu (et aux autres), une culture religieuse qui nous a plus ou moins bien permis de découvrir son visage, ou qui nous l’a occulté, etc… Il nous faut donc consentir à cette place, sans toujours vouloir régler nos comptes avec Dieu, avec nos parents, avec notre passé pour être capable de recevoir cette place unique qui sera la nôtre auprès de Dieu. Car c’est à partir de ce que nous sommes que Dieu nous appelle à tenir notre place auprès de lui.

Une place déjà là et à venir !

Vous comprenez bien, alors, que cette place auprès de Dieu, que Jésus nous a préparée, n’est pas une récompense que nous recevrons après la mort, mais une place à recevoir dès maintenant. Tenir sa place auprès de Dieu, c’est-à-dire sa vraie place dans le monde, consiste à vivre, d’ores et déjà, de la vie du Christ ressuscité : « Quant au lieu où je vais, vous en savez le chemin. » (Jn 14,4) La demeure à laquelle nous aspirons nous est déjà accessible, peut-être pas encore en plénitude, mais elle est déjà dans le chemin emprunté. Vous le savez bien, l’expérience du pèlerin de Compostelle n’est pas dans l’arrivée à Compostelle, mais dans le chemin lui-même : chemin de communion avec le divin, chemin de simplicité, chemin de solidarité. Et beaucoup se sentent un peu perdus à l’arrivée, s’ils n’avaient pas compris que la route de Compostelle n’est qu’une figure de notre pèlerinage sur terre, où nous nous habituons à tenir notre vraie place auprès de Dieu.

Une place unique,

Une place à recevoir,

Une place déjà là mais encore à venir…


[1] Nicole Jeammet, Le célibat pour Dieu, Regard psychanalytique, Cerf, 2009, p. 248

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