Absences…

Voici juste un petit mot pour vous signaler que je suis en récollection de fin d’année de formation, j’ai tout de même réussi à publier une méditation cette semaine. Cependant les semaines à venir je vais être au Togo pour trois semaines, je ne sais pas trop quelle sera ma disponibilité et mes capacités techniques pour assurer le suivi du blogue…

Bref, je ferai ce que je peux les semaines à venir…

Rendez-vous fin juin et peut-être avant !

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L’art de célébrer !

Nous avions cette semaine, une session relativement courte sur la liturgie. Cependant, le P. Jérôme Guingand, s.j., a mené d’une main de maître ce parcours, aussi bien en mettant en place les fondements de la liturgie, qu’en rappelant le parcours historique depuis la réforme du Concile de Trente (1545-1563) jusqu’à aujourd’hui, ou en reprenant les questions tous azimuts qui ont pu être exprimées. En voici quelques échos :

Dans la liturgie, « notre Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu prie pour nous, prie en nous et est prié par nous. Il prie pour nous comme notre prêtre, il prie en nous comme notre tête, il est prié par nous comme notre Dieu. Reconnaissons donc nos paroles en lui, et ses paroles en nous. » (St Augustin, Commentaire du psaume 85, cité dans la Présentation générale de la Liturgie des heures) A travers les psaumes par exemple, l’Esprit suscite, oriente, dirige notre prière, qui devient alors prière de Jésus ressuscité. Prier avec les psaumes c’est répondre à la parole de Dieu avec les mots mêmes de Dieu, puisque la prière n’est rien d’autre sinon la réponse que la Parole de Dieu suscite par l’Esprit dans le cœur de l’homme. (cf Rm 8,14-16.26)

Il résulte de ce fondement que la liturgie est d’abord à recevoir de l’Église, elle exige une certaine dépossession de soi : « J’entre donc dans la liturgie : je ne la crée pas… Il faut y entrer dans une attitude de service et non de manipulation. On sert la liturgie. On ne s’en sert pas… La célébration est essentiellement faite d’écoute, d’accueil, d’obéissance… Elle est la maison dont je suis l’hôte. » (Cardinal Godfried Danneels, Comment entrons-nous dans la liturgie ? dans Question actuelles, novembre-décembre 1999, p. 28)

« Comprendre la liturgie, c’est aussi refuser toute tentative de la réduire à n’importe quelle autre bonne chose : à un exercice pour activer ses batteries et réveiller ses énergie… Subjuguer la célébration à un enseignement théologique, à une catéchèse, à une protestation, à une campagne de conscientisation ou de recherche de fonds, c’est l’instrumentaliser. Chaque fois qu’on soumet la liturgie à un autre maître, on la tue… La véritable liturgie se célèbre dans les monastères. Là, au moins, elle ne sert à rien. Elle prend du temps et toute la personne… Elle est tout entière dans la réception savoureuse du Christ à travers l’action liturgique. » (Idem, p.29-31)

Ces remarques ne signifient pas qu’une certaine souplesse soit impossible, au contraire. Le texte officiel qui régit la Liturgie des Heures (ce que l’on appelait autrefois le bréviaire), la Présentation Générale de la Liturgie des Heures, propose beaucoup de variations possibles (choix de lectures, de psaumes, d’antiennes, d’hymnes, de temps de silence, d’omission de certaines parties etc…). « La créativité en liturgie est, comme en musique, une variation sur un thème imposé : le thème m’est donné, il ne vient pas de moi. » (Danneels, op. cit., p.28)

La répétition, que l’on pourrait percevoir comme une routine, est au contraire une chance. Comme dans tout rite social, le geste ritualisé crée un espace particulier de mise en relation : que l’on pense au gâteau d’anniversaire par exemple… La ritualité, donne une structure, une colonne vertébrale, où l’on peut se sentir libre et confiant. On n’est pas dans l’instabilité angoissante d’une célébration à inventer à chaque fois. La répétition permet de faire mémoire, de revenir sur la même chose, d’approfondir, c’est un lieu d’apaisement qui laisse chacun libre. Au contraire, celui qui impose une célébration nouvelle qu’il invente prend le pouvoir sur l’assemblée et peut lui faire violence. La colonne vertébrale permet ensuite une certaine souplesse (c’est parce que l’on a une colonne vertébrale que l’on peut danser). On peut donner une couleur particulière à telle ou telle célébration mais jamais en instrumentalisant la célébration ou en la refermant sur moi ou sur ma communauté : c’est d’abord l’œuvre du Christ, poursuivie par l’Église qui est entrain de se déployer !

Encore un élément important à vous partager : l’essentiel, dans l’action liturgique est dans l’union des cœurs et non dans l’observance des règles. Ainsi chaque communauté, chaque prêtre, sont marqués par une histoire, une tradition liturgique… Si l’Église recommande de célébrer de telle ou telle manière, la communauté et ses responsables devront réfléchir ensemble pourquoi, sur tel ou tel point, ils sont en décalage avec l’exigence de l’Église, de façon posée, et en prenant le temps nécessaire pour faire évoluer les choses. La célébration n’est pas le lieu de la violence ou du scandale, elle est le lieu par excellence de  la communion !

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Fidélité créatrice !

Je suis impressionné par le travail du 32ème chapitre général qui avance à grands pas. En effet la réforme des structures est acquise, même s’il reste encore à préciser les découpages géographiques (ce qui ne sera pas une mince affaire), la nouvelle curie généralice est élue, et les orientations pour les années à venir se précisent. Extrait du journal du chapitre du 12 mai :

« En attendant de parler – bientôt ! – des nouvelles délimitations provinciales, le Chapitre a donc adopté hier, et de fort belle manière, le schéma d’ensemble de ce nouveau dispositif. Clé de voûte de celui-ci : l’articulation des processus de décision entre un Conseil général restreint, comprenant le Supérieur général et ses assistants (dont l’économe général fera désormais partie d’office) et un Conseil général plénier, formé du précédent et de l’ensemble des supérieurs majeurs.

C’est le Conseil général plénier qui a retenu le plus l’attention du Chapitre. Il prend la place du Conseil de Congrégation, qui se réunissait annuellement avec des pouvoirs assez limités. Selon la nouvelle formulation de la Règle de Vie adoptée hier (n. 124), ce nouvel organe, résolument collégial, qui se réunira « au moins deux fois par an », a « pour mission d’assurer le bien de l’ensemble du corps de la Congrégation » : ainsi, « il étudie les problèmes d’adaptation que pose à notre Congrégation l’évolution du monde et de l’Eglise. Il établit en conséquence les besoins de la Congrégation en termes de formation adéquate, de spécialisation en théologie et dans d’autres disciplines, et il imagine ou confirme des fondations novatrices ».

Les attributions de ce nouveau Conseil général plénier ne s’arrêtent pas là ! Le Chapitre a décidé qu’avec son consentement, il reviendra désormais au Supérieur général, notamment :

– d’autoriser l’ouverture d’une maison ;

– de décider de l’affectation des ressources dans le cadre de la solidarité ;

– d’agréer, sur proposition du Provincial, les Responsables de la formation de chaque Province, ainsi que les responsables des maisons de formation importantes ;

– de faire la première nomination apostolique de tout religieux au terme de sa formation, en lien étroit avec le Supérieur majeur compétent.

Plusieurs articles de la Règle de Vie ont été modifiés pour intégrer ces nouvelles dispositions. Est-ce une révolution ? Non, Sire : une logique de communion ! »

Les membres du nouveau Conseil général restreint est maintenant connu :

 

 

P. Benoît Grière,  (de France), supérieur général :

 

 

 

 

P. Emmanuel Kahindo Kihugho (de RDC), Vicaire général

 

 

 

 

 

Fr. Didier Remiot (de France), économe et assistant général

 

 

 

 

 

P. John Franck (des Etats-Unis), assistant général

 

 

 

 

P. Marcelo Marciel (du Chili), assistant général

 

 

 

 

Merci aux frères d’avoir accepté ces services : notre prière et notre fraternité vous accompagnent ! Que les six années à venir soient aussi pour vous une belle aventure spirituelle ! Et bon travail encore  à tous les capitulants pour la semaine à venir …

 

Pour plus de détail sur le chapitre et sur les élus, voir les sites : www.assomption.org ou

www.assumptio.org

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Une voix(e) intérieure ?

15 mai 2011, 4ème dimanche de Pâques A, Jn 10,1-10 /

Le découpage liturgique de l’évangile de ce dimanche est un peu difficile, car ce passage regroupe deux paraboles différentes, avec d’une part l’image du bon berger, et d’autre part l’image de la porte. De plus, la parabole du bon berger est explicitée aux versets 11 à 18 qui ne sont pas retenus pour ce dimanche : « Je suis le bon berger : le bon berger se dessaisit de sa vie pour ses brebis, etc. » Arrêtons-nous donc, pour ne pas mêler les images, à cette parabole du bon berger. Loin des connotations peu attrayantes du troupeau bêlant, le Christ ne nous parle-t-il pas, au contraire, d’une rencontre personnelle avec lui, qui libère et ouvre à une vie plénière et féconde ?

Ecouter pour être libre !

Notre société occidentale ne nous facilite pas la tâche pour entrer dans cette image du bon berger qui conduit son troupeau. C’est au contraire, en théorie, l’autonomie qui prévaut ; l’idéologie d’une liberté-libertaire qui n’a de comptes à rendre à personne ; la méfiance envers toute autorité prétendant vouloir conduire un peuple, un état, une entreprise, une religion… Concomitamment, croyant être tout à fait libre, la grande majorité fait preuve d’un suivisme et d’une pensée unique des plus remarquables ! Qu’avons-nous fait de ces millénaires de sagesse où l’éducation à la liberté se faisait à travers l’écoute des aînés, d’un maître, d’un guide spirituel ? Or, nous n’avons pas ici, en Jésus Christ, affaire à un simple maître spirituel ou à un sage, mais à notre Créateur lui-même, qui demeure déjà en nous par son Esprit ! Ce n’est pas une voix extérieure qui nous interpelle, mais une voix intérieure : « Les brebis écoutent sa voix, […] il les appelle chacune par son nom, […] et elles le suivent car elles connaissent sa voix. » (v. 3-4) Ils sont nombreux, les saints, à avoir fait cette découverte du maître intérieur, et Augustin le premier : « Tu étais au-dedans de moi quand j’étais au-dehors, et c’est dehors que je te cherchais […] Tu étais avec moi, et je n’étais pas avec toi. » (Confessions X, 27, 38)… « En suivant le sens de la chair, c’est toi que je cherchais ! Mais toi, tu étais plus intime que l’intime de moi-même, et plus élevé que les cimes de moi-même. » ( Conf. III, 6, 2). Plus loin, il précise, à propos des paroles d’un psaume: « Ce que je lisais au-dehors, je le reconnaissais au-dedans» (Conf. IX, 4, 10). Croyons-nous que cette écoute du maître intérieur peut nous conduire à la vraie liberté ?

Fuir pour être libre !

« Jamais les brebis ne suivront un inconnu, elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus. » (v.5) De la même manière que nous sommes sensibles à la voix du maître intérieur, ne faut-il pas développer une vigilance intérieure pour ne pas se laisser entraîner par des voix trompeuses. Ne faut-il pas savoir prendre ses distances avec le suivisme si répandu que nous évoquions plus haut ? La parabole nous parle de voleur, de mercenaire, d’inconnu et, plus loin encore, de loup qui ne recherchent tous que leur propre intérêt, qui veulent utiliser les autres à leur fin. Dès que nous entendons une petite voix qui nous caresse dans le sens du poil, qui cherche à nous séduire, qui nous promet un bonheur facile et égoïste : fuyons ! La liberté est à ce prix ! Le vrai maître de nos vies fait appel à ce qu’il y a de plus exigeant en nous, de plus altruiste, de plus beau pour le mener à sa pleine finalité, pour correspondre à ce que nous sommes en profondeur, à notre désir d’aimer et d’être aimé, et c’est en cela que nous trouverons notre vraie liberté. Pour être libre, suivons donc le maître intérieur, la voix qui résonne juste en nous, et fuyons les faux maîtres, les voix qui sonnent faux en nous !

Être libre pour vivre en plénitude !

« Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance. » (v.10) La finalité de notre être est de parvenir à cette vie féconde, pleine et abondante. Voilà une autre façon de parler du salut, de la rédemption, de la vie éternelle. Les mots du Christ sont limpides ici, il ne parle pas de rachat des pécheurs, de justice de Dieu à satisfaire, de rançon à payer, mais tout simplement du don renouvelé et généreux de la Vie ! Et pour atteindre cela, il donne sa propre vie : « Le bon berger se dessaisit de sa vie pour ses brebis. » (Jn 10,11) Alors, avons-nous quoi que ce soit à craindre de nous laisser conduire par ce berger-là ?

Qu’en dit votre petite voix intérieure ?

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Chapitre général…

Juste un petit mot cette semaine pour vous signaler que notre congrégation est en chapitre général (du 2 au 23 mai), cette rencontre internationale qui se tient tous les six ans revêt une importance particulière cette année. D’une part, le supérieur général terminant son deuxième mandat (12 années) devra être remplacé –les élections se tiendront dans la semaine à venir– ; d’autre part la congrégation est à un tournant de son organisation structurelle : provinces, régions, conseil général doivent être repensés pour s’adapter à la réalité. Par ailleurs comme chaque chapitre, ce sera le temps de relire les six années passées et de donner une direction au six années à venir. Enfin, après une première présence au chapitre de 2005, les laïcs de l’Assomption plus structurés, plus nombreux, plus demandeurs tiennent une place renouvelée au chapitre qui reflète leur part toujours plus prégnante dans le partage du charisme confié à la famille de l’Assomption au service de l’Église et du Monde. Pour suivre tout cela de près, si cela vous intéresse, je vous renvoie au site de la province de France ou au site généralice qui publient un journal quotidien du chapitre et de nombreuses photos…

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Renouvelés sur le chemin de la vie !

8 mai 2011, 3ème dimanche de Pâques A, Lc 24,13-35 /

Nous connaissons bien la structure eucharistique de ce récit d’Emmaüs : le temps de l’accueil, de la liturgie de la Parole, de la liturgie eucharistique proprement dite et de l’envoi en mission… Mais ce qui retient mon attention aujourd’hui, c’est le chemin de vie chrétienne qu’il indique. Ne s’agit-il pas pour nous, comme les disciples d’Emmaüs, de reconnaître la présence du Christ à nos côtés, de relire notre vie à la lumière de  la Parole de Dieu et de repartir, renouvelés, sur le chemin de la vie ?

Reconnaître…

« Il marchait avec eux, mais leurs yeux étaient aveuglés, et il ne le reconnaissaient pas. » (Lc 24,15-16) Dans notre quotidien parfois difficile, dans notre monde toujours en crise quelque part  –je préférerais dire toujours en devenir–, dans notre chemin de foi chaotique, c’est parfois la désillusion, la tristesse, la lassitude qui nous emportent. Comment alors reconnaître que le Christ ressuscité marche à nos côtés et ouvre un avenir de paix, de joie et de plénitude pour le monde ? Seraient-ce nos sens  – « Leurs yeux étaient aveuglés » – qui ne sont pas suffisamment aiguisés pour déceler sa présence ? Peut-être… parfois… Mais n’est-ce pas, encore plus fondamentalement, notre compréhension du projet salvifique de Dieu en train de se déployer, qui ne serait pas suffisamment profonde ? Car bien des saints, que l’on pense à saint Jean de la Croix ou à la bienheureuse Mère Teresa, ont traversé de longues nuits de la foi sans perception sensible de la présence du Ressuscité à leur côté. Et pourtant leur foi profonde leur a permis de cheminer de façon féconde et de participer à l’avènement du Royaume de Dieu en marche. Même si nos sens ne nous permettent pas de le reconnaître, même si nos capacités intellectuelles pour appréhender Dieu demeurent partielles, le récit d’Emmaüs évoque une « intelligence du cœur » qui peut entretenir notre foi et notre espérance : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Écritures ? » (Lc 24,32)

Relire…

« Esprits sans intelligence, cœurs lents à croire […] Et, en partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur expliqua dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. » (Lc 24,25-27) Relire sans cesse la Parole de Dieu, relire sans cesse notre vie à la lumière de cette Parole, n’est-ce pas la clef de notre foi ? Car, tout de même, si le Verbe s’est fait chair, c’est-à-dire si Dieu lui-même est venu nous parler, s’adresser à notre cœur et à notre intelligence, à travers la vie et les paroles de Jésus de Nazareth, comment ne pas venir puiser incessamment à cette source de vie ? Ils sont nombreux, et moi le premier, à avoir fait cette expérience que plus on médite la Parole de Dieu, plus elle devient nourrissante et profonde et, qu’à contrario, plus on la délaisse, moins on y trouve de goût. L’effort personnel d’écrire cette page de méditation chaque semaine en est, pour moi, un bon exemple. Je pourrais facilement trouver prétexte à ne pas m’y astreindre et pourtant ce rendez-vous devient de plus en plus nécessaire pour approfondir ma propre foi, ma propre espérance, ma propre disponibilité à l’Esprit. Dans les joies comme dans les peines, n’est-ce pas la relecture de notre vie à la lumière de la Parole de Dieu qui peut lui donner son véritable sens, nourrir notre quête, éclairer notre chemin ?

Repartir…

« À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. » (Lc 24,33) Après avoir vécu ce temps hors du temps, où « l’intelligence de leur cœur » fut renouvelée, les disciples d’Emmaüs, avec une énergie toute nouvelle, repartent sur le chemin de la vie. N’est-ce pas à cette même dynamique à laquelle nous sommes invités : prendre le temps du ressourcement, de la prière, de la méditation de la Parole de Dieu, si possible avec d’autres (vu notre intelligence « lente à comprendre »), pour discerner le sens des évènements vécus au quotidien et repartir, renouvelés, sur le chemin de la vie ? N’est-ce pas la dynamique même de l’eucharistie : cette reprise de notre vie à la lumière de la Parole de Dieu, cette revitalisation essentielle à la table de la communion avec le Christ qui nous renvoie dans le monde pour une vie féconde au service de l’avènement du Royaume de Dieu ?

Ne sommes-nous pas tous des disciples d’Emmaüs sur le chemin de la vie ?

Reconnaître sa présence à nos côtés…

Relire notre vie à la lumière de La Parole…

et Repartir, renouvelés, sur le chemin de la vie ?

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Signes de résurrection !

Le temps pascal est un temps privilégié pour exercer notre regard à déceler des signes de résurrection, ou si vous préférez, du Royaume de Dieu en marche. J’aimerais avec vous rendre grâce pour quelques-uns de ces signes…

Chaque fête pascale, dorénavant, nous pouvons nous réjouir des baptêmes d’adultes. En 2011 ce sont près de 3 000 adultes (2 952) qui ont reçu le baptême en France au cours des fêtes pascales – à comparer avec les 2 335 baptêmes de 2002 par exemple. Par ailleurs le nombre de « recommençants » augmentent également : 1700 en 2008 et 2000 en 2010. On note, de plus, que ces nouveaux baptisés sont représentatifs de tous les milieux sociaux. (source Témoignage chrétien n° 3441) Cela ne compense pas la perte des baptêmes d’enfants qui sont passés en 10 ans de 380 000 à 300 000 mais cela augure d’un nouveau visage d’Église, et de chrétiens qui seront, a priori, plus engagés dans leur foi. Les réalités paroissiales sont très diversifiées, mais pour le jour de Pâques j’étais à la célébration à l’église saint Pierre de Montrouge (Paris 14°), et l’église, pourtant très vaste était archi-remplie avec des paroissiens de tous âges. Il faut dire que la paroisse est la seconde de Paris en nombre d’habitants sur son territoire.

Demain aura lieu la béatification de Jean-Paul II, voici un autre signe du Royaume de Dieu en marche. Une Église de plus en plus universelle (1er pape polonais), une Église humble qui a su demander pardon (cf. les gestes prophétiques de Jean-Paul II), une Église présente aux défis de notre époque (fin de la guerre froide…), une Église qui a su rejoindre de nouvelles générations (JMJ…), une Église qui a su promouvoir le dialogue entre les confessions chrétiennes et entre les religions (cf. Rencontres d’Assise) etc… Bien sûr Jean-Paul II fut aussi marqué par les défauts de ses qualités… Un certain repli identitaire et dogmatique, lié certainement à l’histoire de l’Église de Pologne ; une gestion de la curie romaine laissée un peu trop aux mains des divers groupes de pression, versus de cette papauté vécue hors les murs du Vatican ; une confiance un peu trop rapide dans les jeunes mouvements de renouveau, versus de son désir de rejoindre les jeunes ; une centralisation et personnification de l’Église, versus de son charisme médiatique … Reconnaître cela n’empêche pas de reconnaître que le pontificat de Jean-Paul II fut un pontificat exceptionnel et prophétique qui aura contribué largement à l’avènement du Royaume de Dieu et que Karol Wojtyla eu une vie de sainteté !

J’aurais aussi envie de citer, non pas le mariage de Kate et William, mais ce qu’il représente et les nombreux jeunes couples qui croient en l’amour, même s’ils ont rarement les moyens de faire grandir cet amour dans une maturité qui fasse passer de la passion à un amour plus fécond, plus ouvert, plus fidèle, plus durable. Accueillir tous ces jeunes couples et les accompagner, sans être cynique ni désabusé est source de joie et d’espérance. Et ils sont nombreux celles et ceux qui, au nom de leur foi et de leur valeurs humaines, tentent, dans ce contexte si difficile, de construire des foyers chrétiens, de transmettre la foi à leur enfants, de s’engager dans l’Église etc… Il suffit de voir tous ceux qui répondent aux fins de semaines proposées, par divers lieux d’Église, pour relire sa vie de couple après une année, dix années, vingt années… de mariage.

Bien sûr le dynamisme des peuples qui, de l’Afrique du Nord, à l’Afrique noire, en passant par l’Amérique du sud, les Caraïbes et l’Asie, combattent pour leur liberté, pour plus de justice, pour une vie meilleure sont des signes de ce Royaume en marche. Il est fini le temps où nous ne savions pas ce qui se passait à l’autre bout du monde, et où chacun se désintéressait du sort d’autrui à l’autre bout de la planète… La mondialisation n’a pas qu’un versant négatif, elle est aussi le signe d’une communion entre les humains qui se construit tant bien que mal…

On pourrait encore citer les progrès de la médecine, la place faite aux personnes handicapées dans nos sociétés, les formidables recherches du côté d’un plus grand respect de la Création et d’une vie plus durable, le chemin parcouru contre la violence faite aux enfants et aux femmes etc…. Bien sûr les contre-exemples sont aussi nombreux, mais vraiment, en ce temps de Pâques, entrons dans des dynamismes de résurrection et non pas dans des dynamismes de mort…

Et vous, quels sont les signes de résurrection qui vous parlent ?

(Le blogue est ouvert à toutes et à tous…)

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Trouver la Paix !

1er mai 2011, 2ème dimanche de Pâques A, Jn 9,19-31 /

Qu’est-ce qui nous empêche de trouver la paix, cette paix profonde à laquelle nous aspirons ? Angoisse de la mort, confrontation au mal et à la souffrance, sentiment d’impuissance, quête d’identité, soif d’amour toujours inassouvie ?… N’est-il pas très éclairant de noter que Jean, dans son évangile, ne parle de cette paix possible pour les disciples qu’au moment ultime de la Pâque du Seigneur. Il n’y a, en effet, chez Jean, aucune mention de cette paix avant le récit du jeudi pascal et puis, subitement à six reprises, entre le récit du soir de la cène et le double récit d’apparition du ressuscité -que nous méditons ce dimanche- Jésus évoque cette paix maintenant possible. N’est-ce-pas une façon de nous indiquer qu’en cet unique évènement de l’histoire, nos questions existentielles peuvent enfin trouver une réponse ?

Trouver la paix face à l’angoisse de la mort

« La paix soit avec vous ! » (v.19) Cette première salutation, dans notre texte, est intimement liée à la manifestation de Jésus comme étant le crucifié-ressuscité : « Tout en parlant, il leur montra ses mains et son côté. » (v.20) Au-delà de la joie immédiate de retrouver celui qu’ils croyaient mort, se dessine une autre joie, plus profonde. Puisque le Christ est ressuscité, cela signifie que sa façon de vivre, que ses paroles, étaient justes, vraies et sources d’une vie véritable. Cela manifeste indubitablement que le mal et la mort n’ont plus le dernier mot et que celui qui est venu assumer la condition humaine peut, si nous l’acceptons de tout notre être, nous faire passer de la mort à la vie ! Cette conviction essentielle de tout disciple du Christ n’est-elle pas source de paix ? Bien sûr cet évènement n’a pas marqué la fin de la violence, du malheur et de la mort sur notre terre car, foncièrement, notre vie humaine est estampillée à la fois par le péché et par la finitude. Mais n’avez-vous pas fait cette expérience, au cœur des situations les plus désespérée, au cœur des deuils vécus, que vraiment le mal, la souffrance et la mort n’ont pas le dernier mot ? Qu’au-delà des vagues et même des tempêtes de surface, il y a une lame de fond, paisible, qui nous emporte vers la Vie ?

Trouver la paix face à son rôle dans le monde

« La paix soit avec vous ! » (v.21) Cette deuxième affirmation va de pair, cette fois-ci, avec un envoi en mission : « Comme le Père m’a envoyé à mon tour je vous envoie. » (v.21), puis il insuffle en eux l’Esprit (comme au jour de la Création) afin qu’ils libèrent les uns et les autres de l’emprise du péché. Les disciples ne sont plus hébétés, apeurés (ils s’étaient enfermés à double tour), ne sachant que faire de leur vie, mais vont dorénavant pouvoir mener une vie pleine de sens et ô combien féconde. Cette seconde séquence ne vient-elle pas apporter réponse à cette question existentielle propre à tous les humains sur le sens de leur vie, sur leur place dans le monde, sur la fécondité possible de leur vie ? La mission de disciple, vous le savez aussi bien que moi, peut se décliner dans biens des domaines, cette libération du péché peut aussi bien s’exercer à travers une lutte politique, une lutte pour plus de justice que par une action plus directement spirituelle au service du développement de l’intériorité. Il en va autant de la recherche scientifique pour trouver des solutions aux souffrances humaines qu’à la qualité de notre présence auprès de nos proches et en particulier de ceux qui souffrent. Elle peut trouver à s’exprimer autant dans le respect de la Création que dans l’annonce explicite de l’Évangile, etc. Chacune, chacun d’entre nous, peut accueillir sa part de cette mission unique qui consiste à libérer le monde de ses entraves, en vue de hâter la venue du Royaume de Dieu. Trouver ainsi sa place dans le monde, le sens de sa vie, n’est-ce pas source de paix ?

Trouver la paix face à son désir d’amour

« La paix soit avec vous ! » (v.26) La troisième annonce de paix est liée plus particulièrement à une personne singulière, à Thomas, huit jour plus tard. Thomas, notre jumeau… Thomas qui sera le premier à affirmer si directement sa foi : « Mon Seigneur et mon Dieu. » (v.28) Thomas qui était absent de la rencontre fraternelle dominicale, comme nous parfois… Son éloignement ne lui avait pas permis de vivre la première présence du ressuscité au milieu de ses frères. Ce second récit ne vient-t-il pas nous dire à la fois que la relation à Dieu est éminemment individuelle et intime (avance ton doigt ici… touche-moi… mon Seigneur… mon Dieu) et éminemment fraternelle, puisque Thomas ne pourra faire cette découverte qu’au sein de la communauté réunie. Cette double affirmation ne vient-elle pas répondre aussi à une autre double quête existentielle, celle de se sentir personnellement aimé et celle de savoir aimer ? La communion fraternelle des disciples du Christ n’est-elle pas le lieu concret où pourra se vivre notre désir profond de communion avec tous les humains ? Ne plus se sentir perdu face à un amour universel impossible, n’est-ce pas source de paix ?

Puisque vous croyez que le Christ est ressuscité…

La paix est-elle en vous ?

 

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Pâques 2011 !

N’étant plus en situation pastorale, il m’est un peu plus difficile, cette année, d’entrer plus profondément dans les fêtes pascales, d’autant plus que ma réflexion est plutôt accaparée par un travail de rédaction sur un aspect de la formation à la vie religieuse un peu particulier à savoir : « Comment intégrer la dimension sexuée de toute vie humaine dans la vie religieuse ? ». Je vous en partagerai peut-être quelques éléments plus tard…

Cependant je ne pouvais rester muet, face aux différentes questions de Monique sur le sens de la mort du Christ (commentaire à mon minuscule billet « Vacances »). J’ai donc publié sur le blogue une réflexion « Pourquoi Jésus est-il mort ? », qui reprend des réflexions mises en œuvre lors de récollections de vendredis saints des années passées. Je ne suis pas reparti directement des questions de Monique, mais j’espère que cela pourra aider…

La semaine sainte fut également marquée par la célébration de la Confirmation de mon neveu Simon, au temple de Fouday, en Alsace. Indépendamment de l’aspect familial, il est toujours intéressant de pouvoir participer à certaines célébrations de nos frères chrétiens d’autres confessions. La confirmation, dans la tradition protestante de cette région, marque la fin de la catéchèse et l’engagement personnel des jeunes dans la foi, en confirmation de leur baptême reçu enfant. Vous pouvez retrouver quelques photos de cette journée sur le blogue.

Bien sûr un commentaire de l’évangile de Pâques est disponible sur le blogue, à l’emplacement habituel. Il s’intitule : « Ah oui ? »…

Je vous souhaite à toutes et à tous de belles fêtes pascales. Qu’elles soient un temps de ressourcement dans l’Espérance active de la Résurrection !

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Pourquoi Jésus est-il mort ?

Mourir mais pour-quoi ? Dieu devait-il en passer par là ?

Je vous partage, ci-dessous, quelques réflexions, reprises à l’occasion de plusieurs récollections de vendredi saint… À l’origine, donc, pour un usage oral : j’espère que c’est lisible…

Une première série de réponses…

I – Plusieurs  niveaux  dans la réponse :

1- Jésus est mort parce qu’on l’a tué !

Il y a d’abord les causes historiques : Jésus est mort parce que des hommes l’ont tué, et non pas parce qu’un Dieu vicieux l’aurait fait mourir en croix, ni parce que Jésus aurait souhaité cette mort. Il y a consenti mais il ne l’a pas recherchée… Or cette mort voulue par les hommes – les autorités religieuses autant que les autorités civiles – était une conséquence de sa vie, de son parti-pris pour les pauvres,  de sa proclamation de la vérité contre toutes les déviances de la religion, et surtout parce qu’il appelait Dieu son Père. Sa mort n’est que l’aboutissement de sa vie donnée jusqu’au bout et on ne peut l’interpréter en dehors de ce que fut sa vie. La lumière que Jésus portait sur les paroles, les actions et la vie des hommes commençait à devenir un peu trop crue, un peu trop aveuglante. « La lumière est venue dans le monde, nous dit St Jean, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises ». Une lumière qui gêne, on l’éteint; une parole qui dérange, on la fait taire; un geste qui compromet, on tente de le faire disparaître dans l’oubli. C’est tout cela qu’on a voulu faire disparaître avec Jésus.

Mais cela ne suffit pas :

2- Le Christ est mort pour nous révéler le chemin de la Vie en Dieu : Christ l’illuminateur !

Jésus est « l’astre levant venu d’en haut » (Lc 1,7-8 ; cf. Jn 1,4-5 ; 3,19 ; 9,5), qui nous fait passer « des ténèbres à son admirable lumière » (1 P 2,9 ; Jn 12,46), celui qui manifeste la gloire de Dieu (Jn 2,11, Mt 17,2, Lc 9,32, etc) et donne à connaître le Père: « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jn 17,3; voir aussi Mt 11,27 ou Jn 14,9-10). Dans cette perspective, la mort de Jésus est nécessairement associée aux ténèbres: cf. Jn 13,30, Lc 22,53, Mt 27,45.

Le Christ est sacrifié,  au même titre que tous les sacrifiés et torturés, du fait que le mal est présent dans le monde. Et se laissant broyer par le mal, le Christ le désarme, posant une brèche dans le cercle vicieux de la vengeance et de la haine : « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». « Si l’on te frappe sur la joue tends l’autre joue » « Aimez-vos ennemis ». L’amour est plus fort que la haine… « Dans son infinie sagesse, Dieu a établi de vaincre le mal en le subissant, en le prenant de quelque manière sur lui. Il a voulu vaincre, conformément à sa nature, non par la force, mais par l’amour, nous donnant l’exemple, lui le premier, de la manière dont nous devons vaincre le mal par le bien » » (Zundel)

Mais cela ne suffit pas encore :

3) Le Christ nous a obtenu, une fois pour toute, le Salut

Mais quand on a dit cela, on n’a pas encore tout dit : il faut encore tenir que le Christ n’est pas simplement venu nous montrer le moyen de nous sauver, mais qu’Il nous obtient, Lui, le Salut, une fois pour toute.

On a beaucoup employé le vocabulaire de la rançon, de la victime expiatoire, du rachat, du sacrifice… mais attention à ce vocabulaire : à qui est payée la rançon ? Au Mal, à Dieu ? Ce sacrifice était-il un sacrifice offert à Dieu pour calmer sa colère, pour rendre Dieu plus propice aux hommes (cf. la victime propitiatoire). Mais qu’elle est l’image de Dieu que nous colportons avec ce vocabulaire : un Dieu Père ? (Nous y reviendrons plus loin)

Quelques pistes :

  • Ce n’est pas sa mort qui nous sauve, c’est l’ensemble du mystère de sa vie, de sa mort et de sa Résurrection. La mort, c’est ce dont Dieu nous sauve, et le Christ est le premier des sauvés ou celui en qui Dieu nous sauve.
  • Le Christ nous a, de plus, ouvert le chemin de l’union et de la confiance en Dieu jusqu’au bout : « Non pas ma volonté mais ta volonté »… « Entre tes mains je remets mon Esprit »… Or cette vie unie à Dieu c’est justement la vie éternelle. N’étant pas capables, par nous-mêmes, de vivre cette union au Père, le Christ, avec la force de son Esprit-Saint, nous permet de réaliser cette union en lui. C’est le thème cher aux églises d’orient de la « divinisation de l’Homme » : Dieu s’est fait Homme pour que l’Homme devienne Dieu.
  • Le problème du mal, c’est d’abord la question de la souffrance de Dieu, et non pas sa mise en accusation. Que veut dire la croix sinon que Dieu meurt d’amour pour ceux-là mêmes qui refusent de l’aimer.
  • Le Christ est venu non seulement nous montrer le chemin, mais nous sommes sauvés dans sa Mort/Résurrection, c’est le sens du baptême, plongés avec lui dans la mort, nous ressuscitons en lui : Car le véritable miracle de Pâques ce n’est pas tant que Jésus-Christ ressuscite car tout était vie en lui, vie éternelle, vie de Dieu. Il est restauré dans ce qu’il est de part sa nature… Le miracle c’est que le Fils de Dieu soit mort. Car, nous dit Zundel, Jésus est mort non pas de sa mort mais de notre mort. Le Christ va s’identifier à chacun de nous, et prendre sur lui tout le poids du péché, toutes nos entraves (c’est-à-dire nos refus de Dieu). C’est la cohabitation en lui de l’infinie innocence et de l’infinie culpabilité qui l’a tué « Celui qui était sans péché, Dieu l’a fait péché pour nous  » 2 Co 5,21. Mais puisque la mort n’a aucun pouvoir sur lui car il est la Vie, le Christ s’identifiant à chacun de nous peut nous emporter avec lui vers la Vie.

 

Pour aller plus loin…

II – Jésus est mort pour nos péchés

Quand on affirme que Jésus est mort pour nos péchés, on a encore rien explicité ! D’abord, cette expression peut se comprendre de trois façons différentes :

1- Jésus est mort pour nos péchés, pour nous, en notre faveur, pour nous libérer de nos péchés  (thème le plus fréquent dans le nouveau testament : cf. Col 1,13-14 Ac 26,17-18)

2- Jésus est mort à cause de nos péchés cf. Rm 4,25

3- Jésus est mort à notre place Ga 3,13  2 Co 5,21

Les différents mots utilisés sont ceux de rachat,  de rédemption, de satisfaction, mais mal compris cela donne ceci : « Il faut satisfaire à la justice de Dieu moyennant quoi Dieu pourra pardonner aux hommes, et comme l’offense est infinie, du fait que le péché atteint Dieu lui-même, qui est infini, il fallait qu’un prix infini fut payé. Et c’est la justice de Dieu qui exigeait ce prix. Or l’homme étant fini, ne peut fournir une satisfaction infinie. Il fallait donc que Dieu lui-même se fit homme pour payer le prix exigé par la justice divine. » cf. Varillon, La Pâque de Jésus, p.64.

Mais cela pose quelques problèmes :

– Si la justice de Dieu exige une compensation pour le péché, peut-on encore parler du pardon ? Comme si Dieu ne pouvait pas donner libre cours à son pardon avant d’être vengé ? Dieu au contraire est tout Amour, tout Père, tout Don gratuit de Vie… Dans cette vision compensatoire, nous établissons en Dieu un conflit entre sa justice et son amour : or Il n’y a pas de conflit, en Dieu, entre sa justice et son amour.

– Toutes les difficultés viennent de ce que nous transposons, en Dieu, la justice telle que nous la voyons fonctionner ici-bas. Or la justice de Dieu c’est sa sainteté, et la sainteté de Dieu n’est pas autre chose que l’intensité infinie de son amour.

– Cette façon de voir s’accompagne en plus d’une image effroyable : l’image d’un Père impassible dans sa transcendance, pendant que son pauvre fils Jésus paye, de sa vie, le prix nécessaire à la satisfaction de la justice de son Père.

Pour avancer dans notre compréhension, un passage obligé :

Une juste compréhension du thème du  Sacrifice du Christ :

1- Le sacrifice dans l’Ancien Testament

Au moins trois, sinon quatre, sortes de sacrifices : (cf. Mgr Rouet, autour du Credo, p.108)

  • Le sacrifice d’oblation, de don : l’holocauste, sacrifice où la victime est brûlée en entier, disparaissant totalement. Ce sacrifice est typiquement le sacrifice de substitution : Je retire quelque chose de mes biens pour que Dieu puisse avoir un endroit où venir se poser. Dans ce manque Dieu va pouvoir prendre place. C’est un don sans retour, l’offrant n’en reçoit rien…
  • Le sacrifice d’expiation cf Lv 4 (ou sacrifice pour le péché ou de réparation) Dans ce sacrifice, les graisses sont brûlées sur l’autel, la chair est consommée par les prêtres (sauf s’il offre le sacrifice pour lui-même ou le peuple), et le sang joue le rôle le plus important. Celui qui avait fauté imposait les mains sur l’animal : non pas pour expulser sa faute sur l’animal – sinon il aurait offert à Dieu ses péchés – mais pour incorporer l’animal à sa propre culpabilité. L’identification symbolique de l’animal et de sa culpabilité permettait, en faisant disparaître l’animal, de faire disparaître sa faute. On ne peut pas appliquer ce fonctionnement à la mort du Christ ne serait-ce que parce qu’il ne disparaît pas mais  ressuscite ! Sa mort possède une autre signification ! C’est la mort de l’agneau.

Dans saint Jean « Aucun de ses os ne sera brisé » (Jn 19,36) est la définition de l’agneau pascal (Ex 12,46   et Ex 12,5.26 )

  • Le sacrifice de Communion L’agneau est réservé pour le sacrifice de paix, ou sacrifice de Communion, ou sacrifice d’Alliance (cf. Lv 3) Dans le sacrifice dit de « communion », la victime est partagée entre Dieu et l’offrant. À l’époque ancienne, ce type de sacrifice était le plus fréquent, et formait le rite central des fêtes, exprimant, par excellence, la communauté de vie, la relation d’alliance et d’amitié entre le fidèle et son Dieu (cf. Bible de Jérusalem).  Il s’agit d’un sacrifice qui comporte une jonction entre l’humanité et Dieu. Qui rétablit la communion, qui scelle une Alliance…

2- Le sacrifice du Christ

Le Christ donne sa vie pour faire alliance avec son Père ( cf Sang de la nouvelle Alliance). Il meurt pour nous, parce qu’il est l’un d’entre nous. Il entre complètement dans son Père, voilà que l’un d’entre-nous est capable d’atteindre Dieu en son intimité. Ce n’est pas une disparition, ce n’est pas une mort accidentelle, c’est un retour, c’est un départ, c’est la plongée du Fils dans le sein du Père. C’est l’aspiration, par l’amour du Père, de ce Fils qu’il nous a donné.

Là, le sacrifice est éminemment positif puisque c’est un sacrifice de paix, d’Alliance qui nous conjoint avec Dieu. Ce sacrifice relie, ce sens unique est présent dans l’épître aux Hébreux. cf Hb 9,15 «  Voilà pourquoi il est médiateur d’une nouvelle alliance, afin que, sa mort ayant eu lieu pour racheter les transgressions de la première alliance, ceux qui sont appelés reçoivent l’héritage éternel promis. » et encore en Hb 10,8-9 « Il commence par dire: Sacrifices, oblations, holocaustes, sacrifices pour les péchés, tu ne les as pas voulus ni agréés —  et cependant ils sont offerts d’après la Loi — , alors il déclare: Voici, je viens pour faire ta volonté. » Il abroge le premier régime pour fonder le second.

Originellement, la croix constitue un acte de paix (cf Col 1,19-20 ) : « … car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude  et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui,   aussi bien sur la terre que dans les cieux,   en faisant la paix par le sang de sa croix.« 

Elle est la signature de Paix. On peut dire que Dieu a signé l’Alliance avec nous d’une croix !

Sacrifice veut dire faire du sacré : ce n’est pas la mort, Dieu ne veut la mort de personne. C’est le Fils qui retourne à son Père, totalement, hors de nos limites. Par conséquent, en son humanité, le Fils devait dépasser, outrepasser les limites de l’humanité pour aller dans le sein de Dieu. Donc en son Corps tré-passer. L’agneau pascal, c’est l’agneau du passage en Dieu.

Le sacrifice eucharistique est le sacrifice de la Nouvelle Alliance, nous ne sommes pas la religion de la mort, nous sommes la religion du dépassement. Ce qui veut dire que notre vie est plus grande que nos propres limites…. Notre vie est faite pour être donnée…

3) « Jésus-Christ est mort pour nos péchés » signifie alors

1-  Jésus est mort pour nous : Il nous a libérés de l’emprise du péché, par son sacrifice de paix, une fois pour toute, il est vainqueur de la mort, la communion avec Dieu est rétablie (Nouvelle Alliance). Non pas parce que Dieu ne voulait pas nous pardonner avant, mais parce que l’un d’entre nous a pu  atteindre le cœur de Dieu, alors que notre péché nous en empêchait. Il nous suffit alors de nous laisser incorporer au Christ pour ressusciter avec lui. (Cf le Baptême et l’Eucharistie). Le péché, la mort n’ont pas le dernier mot et ne sont rien à côté de la capacité du Père à aimer, c’est-à-dire à donner la Vie !

2-  Jésus est mort à cause de nos péchés : face à nos refus à notre violence, la seule arme réellement puissante dans l’ordre de l’amour c’est l’anéantissement la kénose (cf Ph 2,7), l’abaissement, l’humilité de Dieu ( cf. Varillon) qui ne se place pas en rival (sans quoi il pourrait nous balayer de la main) ni en puissant selon nos critères, mais en quête incessante de notre amour : Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui dit : « Où es-tu ? » Gn 3,9. Le drame originel (pour ne pas parler de péché originel) ce n’est pas l’homme qui veut être Dieu, c’est l’Homme qui ne veut être que soi, sans vis-à-vis : ni Dieu (peur de Dieu, il se cache et le prend pour un rival) ni autre être humain (refus de la complémentarité Homme-Femme et de la fraternité cf Caïn et Abel). Mais dans ces conditions, l’homme n’existe tout simplement pas !  L’être humain pécheur n’est plus en direction de Dieu mais du Néant. Eh bien Dieu, par son anéantissement, va nous rechercher jusque-là ! (C’est cela aussi la descente aux enfers…)

3- Jésus est mort à notre place : Non, si l’on pense que l’on méritait la mort à cause de nos péchés et que le Christ s’en est chargé pour nous libérer (Sans quoi on retombe dans le problème de la justice de Dieu séparée de son amour). Oui, dans le sens où le péché nous conduisant au néant, Dieu a pris ce même chemin d’anéantissement pour nous en libérer. Ainsi la mort ne nous conduit plus au néant mais à Dieu. Il n’y a plus de lieu où nous conduirait notre péché et où Dieu serait absent, c’est ce que l’on veut dire par « la communion est rétablie ! » C’est ce que l’on veut dire par un sacrifice d’Alliance.

On pourrait conclure par « Jésus est mort pour nous donner la Vie, sa Vie ! »

Si le grain tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit… Pour entrer dans la vraie Vie qui est don total de soi, il faut accepter de mourir à soi… C’est ce que nous disions tout à l’heure : nous ne sommes pas la religion de la mort mais la religion du dépassement, dépassement de nos limites, de notre péché pour entrer en communion avec Dieu. Cette offrande, ce don de soi, ce sacrifice de communion, Jésus l’a réalisé de façon unique, et s’étant identifié réellement à tout être humain dans tous les recoins possibles de nos refus, il nous fait entrer avec lui dans la Vie même de Dieu…

Si nous y consentons…

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