Désirons-nous la venue du Seigneur ?

1er décembre 2013, 1er dimanche de l’Avent, année A, Mt 24,37-44 /

Voici une nouvelle année liturgique qui commence, au cours de laquelle nous serons accompagnés par l’évangéliste Matthieu ! Elle s’ouvre, comme chaque année, par le temps de l’Avent, ce temps mystérieux qui nous tourne à la fois vers le début de l’ère chrétienne, avec la préparation à Noël, et à la fois vers la fin des temps, avec l’attente de l’avènement du Fils de l’Homme : « Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. » (Mt 24, 44) On parle ici d’un double avènement de Dieu : par l’Incarnation en Jésus de Nazareth et par le retour du Christ à la fin des temps. Or, je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais se préparer aux fêtes de Noël cela nous met habituellement le cœur en joie ; par contre, je ne pense pas que l’on désire vraiment le retour du Christ et l’imminence de l’apocalypse ! La liturgie de l’Avent nous fera chanter : « Venez, divin Messie, nous rendre espoir et nous sauver ! Vous êtes notre vie ! Venez, venez, venez ! »… mais y croyons-nous vraiment ? Désirons-nous la venue du Seigneur ? Ne cherche-t-on pas, au contraire, à remplir notre vie d’activités, pour ne pas trop se poser de questions et repousser de toutes nos forces (notamment grâce aux progrès de la médecine) le moment de la rencontre ?

Craindre la fin des temps ?

« L’avènement du Fils de l’homme ressemblera à ce qui s’est passé à l’époque de Noé. » (Mt 24,37) à savoir le déluge ! Comparativement aux doucereuses musiques de Noël qui vont envahir nos centres commerciaux, c’est plutôt la douche froide, c’est le cas de le dire ! Mais ne nous y trompons pas, l’enjeu ne consiste pas à connaître la date de la fin du monde -comme s’y évertuent désespérément certaines sectes-, mais bien plutôt à nous inquiéter de notre propre fin du monde, c’est-à-dire de notre mort, de notre passage en Dieu. Désirons-nous faire ce passage ? Peut-être qu’à un certain moment de notre vie nous avons pu dire au Seigneur « Je suis prêt tu peux venir me chercher… » Mais souvent c’est plutôt la crainte qui nous saisit. Une amie me partageait récemment : «  Au fur et à mesure que je prends de l’âge, j’éprouve un besoin immense de savoir vers quoi je me dirige… Ce qui était pour moi conviction profonde devient questionnement. » Par ailleurs, je retiens toujours cette phrase du père Christian Blanc sachant sa mort proche : « Comment, après avoir prêché Jésus Christ toute sa vie, craindre le moment de la rencontre ? »

Que craignons-nous, en fait ?

Oui, que craignons-nous ? La souffrance ? Il est légitime de la craindre et de la fuir et, Dieu merci, la médecine peut grandement atténuer cette souffrance… Est-ce la peur du néant ?  Mais s’il n’y a rien après la mort, nous ne serons plus là pour l’expérimenter ; il n’y a donc aucune crainte à avoir de ce côté-là… Le jugement de Dieu ? Si l’on a foi au Christ, nulle crainte à avoir en ce sens, il est tout amour et plein de miséricorde, il attend simplement que nous acceptions son pardon et sa miséricorde… La perte de notre monde, de tout ce à quoi, et tous ceux à qui nous nous sommes attachés, tout ce qui a fait notre vie ? Je crois que c’est surtout cela que nous craignons, cette perte de nos repères, comme le fœtus qui sort du sein de sa mère, et pourtant c’est pour un surcroit de vie ! Oui notre monde d’ici-bas est fragile et périssable, et il s’en va, mais si nous nous attachons à vivre aujourd’hui selon le monde de Dieu, alors nulle crainte à avoir, ce que nous expérimentons de façon très partielle et voilée, nous le vivrons en plénitude. Il ne s’agit pas de regretter notre belle vie d’ici-bas, ou de fuir la dureté de cette vie, mais plutôt de prendre conscience toujours plus que, ce qu’il y a de beau, de bon, de vrai dans notre vie terrestre, participe déjà de la vie de Dieu et donc que nous retrouverons tout ceci, au centuple, lors de notre passage vers Lui.

Se préparer pour la rencontre !

L’évangile de ce dimanche ne veut donc pas insuffler la crainte en nous, mais nous redire : « Ne vivez pas comme s’il n’y aura pas de rencontre finale ! » : « À cette époque, avant le déluge, on mangeait, on buvait, on se mariait… Les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’au déluge qui les a tous engloutis. » (Mt 24, 38) Au contraire, jour après jour, préparons-nous pour la rencontre. Il ne s’agit peut-être pas de vivre chaque jour comme s’il était le dernier, ce serait peut-être excessif, mais de placer chaque jour notre vie sous le regard de Dieu. La prière d’Alliance peut être un bon outil pour nous y aider : Dieu veut, jour après jour, faire alliance avec nous, il nous tend des perches pour plus de vie, de soutien mutuel, de qualité existentielle… les saisissons-nous ? Trois petites questions peuvent nous aider chaque soir : de Toi à moi  (Qu’est-ce que le Seigneur a fait dans ma vie aujourd’hui ?) ; de moi à Toi (Quelle fut ma réponse -action de grâce et demande de pardon-) ; nous deux demain (Je veux me rendre de nouveau disponible à cette vie d’Alliance que tu me proposeras demain).  Pourquoi ne pas essayer cet outil pour mieux vivre ce temps de l’Avent tourné vers le double avènement de Dieu dans nos vies ?

Faut-il craindre la fin des temps, ou de notre temps ?

Que craignons-nous en fait ?

Le moment de la rencontre ?

Finalement… Désirons-nous la venue du Seigneur ?

Publié dans Commentaires de l'évangile dominical | 3 commentaires

Clôture de l’année de la foi !

Fête du P. d'Alzon

Fête du P. d’Alzon

            Souvenez-vous, il y eut : l’année du grand Jubilé de l’an 2000 ; l’année de l’Eucharistie (2004-2005) ; l’année jubilaire St Paul (2008-2009) ; l’année du Sacerdoce (2009-2010) et, enfin, l’année de la Foi (2012-2013)… Si je n’en oublie pas… Il me semble que cette année de la foi fut un bon cru, car elle nous a permis de revisiter les fondamentaux de la foi, même si on aurait aimé que cela se traduise, dans certaines paroisses, par autre chose que le choix de chanter plus souvent le credo en latin… (D’ailleurs le Credo de Nicée-Constantinople a été écrit en grec !!!) Mais, globalement, de nombreuses et belles initiatives ont été prises à tous les niveaux : international, diocésain, paroissial, pour aider chacun à se réapproprier la foi de l’Église.

      C’est ainsi que nous avions fait le choix, durant cette année, de relire un certain nombre de texte du concile Vatican II, dans le cadre de notre émission radiophonique hebdomadaire « Parole d’Église pour aujourd’hui ! » et, bien sûr, d’aider nos auditeurs à approfondir la lecture de la première encyclique du pape François, « Lumen Fidei ». De nombreuses initiatives proposaient également de re-parcourir les articles du Crédo… Pour conclure cette année de la foi, dans le diocèse, un triduum de prière est organisé dans chaque paroisse, culminant dans la célébration de la fête du Christ Roi. –Au Togo cette fête est célébrée de façon particulièrement solennelle, puisqu’en raison de la saison des pluies en juin, les processions du Saint Sacrement qui se font habituellement à la « Fête Dieu » (la fête du Saint Sacrement en juin), sont déplacées à la fête du Christ Roi, où le climat est beaucoup plus serein–.

            J’espère que pour vous aussi l’année de la foi fut l’occasion d’aller aux sources de la foi et de nourrir votre foi… Car n’oublions pas que la foi n’est pas un ensemble de choses à croire, mais une relation vivante à entretenir : « La foi naît de la rencontre avec le Dieu vivant, qui nous appelle et nous révèle son amour, un amour qui nous précède et sur lequel nous pouvons nous appuyer pour être solides et construire notre vie. » (Lumen Fidei n°4)

            Je ne sais pas si l’année qui vient sera une nouvelle année spéciale, mais il me semble qu’il y a encore beaucoup à vivre et à approfondir de cette année de la foi, ne serait-ce que la dimension de l’annonce de la foi, qui sera particulièrement mise en avant avec la publication, ce dimanche, de la première exhortation apostolique du pape François, « Evangelii Gaudium » sur l’Évangélisation, suite aux travaux du dernier Synode sur la Nouvelle Évangélisation.

            Cette clôture de l’année de la foi, c’est aussi, tout simplement, la clôture d’une année liturgique et, la semaine prochaine, nous entrerons en Avent… L’occasion de relire l’année écoulée et de reprendre souffle pour aller de l’avant. Le rythme de l’année liturgique qui nous bouscule parfois, nous permet notamment de ne pas nous attarder sur le passé, mais d’aller toujours de l’avant, de laisser notre vie être aimantée non par nos pesanteurs passées, mais par l’avenir de plénitude qui nous est promis : un dynamisme salutaire, lorsque nous serions tentés par la nostalgie ou le découragement d’un quotidien difficile et morose !

_________________

La vie par ici

Fête du P. d'Alzon

Fête du P. d’Alzon

           Nous avons donc fêté cette semaine le dies natalis de notre fondateur, le P. Emmanuel d’Alzon. Une dizaine d’amis avaient rejoint nos deux communautés assomptionnistes de Sokodé pour célébrer avec nous ce grand jour. Nous en avons profité pour aller relire un texte du P. d’Alzon, pas si évident que cela, sur l’amour de l’Église : une conférence du 11 décembre 1870 aux religieuses de l’Assomption (E.S. 1030-1040) qui commence par « La révolution ennemie de l’Église »… Il s’agissait surtout de voir que les intuitions du père d’Alzon, sur un monde qui veut se construire sans Dieu, sont toujours plus actuelles à la vue de nos sociétés sécularisées, de plus en plus éloignées des « choses de la foi »…

Publié dans Accueil | 2 commentaires

Régner comme le Christ !

24 novembre 2013, Christ Roi, année C, Lc 23, 35-43 /

Fête du Christ Roi

Fête du Christ Roi

            Nous sommes bien trop habitués à certains textes… Étonnons-nous de nouveau, en cette fête du Christ Roi, que soit proposée à notre méditation une scène de crucifixion, la figure d’un homme bafoué, raillé, torturé ! Lorsque nous pensons « royauté » et même dans les représentations habituelles du Christ Roi, ce n’est pas l’image du Christ en croix qui vient à notre esprit… « Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même ! » disent les soldats et, comme eux, nous imaginons tous qu’un roi doit être puissant, majestueux, décideur. Or, au Golgotha, nous assistons à un couronnement de l’existence du Christ, pour le moins surprenant, voire scandaleux… En quoi cette royauté déroutante du Christ est-elle Bonne Nouvelle pour nous aujourd’hui ? Si à notre baptême nous sommes devenus prêtre, prophète et roi, n’est-il pas essentiel de comprendre cette royauté du Christ afin de la faire nôtre ?

« Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même ! » (Lc 23,37). Cette interpellation des soldats ressemble étrangement aux tentations de Jésus au désert : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ;  car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder » ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » (Lc 4,9-11) Oui, dans certains textes de l’Ancien Testament, le Messie-Roi attendu se présentait comme un vaillant chef d’armée, vainqueur de tous les ennemis d’Israël… Mais dans d’autres textes, surtout chez Isaïe, c’est la figure du Serviteur souffrant qui est mise en avant. Jésus a choisi son camp ; à travers sa vie, sa mort et sa résurrection, il nous dit que la véritable royauté n’est pas de ce monde, mais que régner c’est servir, se maîtriser et reconnaître que son autorité vient d’un Autre.

Régner c’est servir !

La mort du Christ est en cohérence avec ce que fut sa vie. À longueur de page d’évangile, Jésus se présente comme serviteur et invite les disciples à le suivre sur ce chemin du service, à ne pas rechercher la première place, mais la dernière.  Quel que soit le régime politique, les rois, les présidents, les premiers ministres sont en place pour le service de leur peuple ! Et j’imagine qu’un chef d’Etat pouvant regarder en arrière, avec fierté, ce qu’il a fait au service de sa nation, est beaucoup plus heureux que celui qui, au soir de sa vie, se présente devant Dieu avec une conscience qui lui reproche d’avoir profité de sa charge pour ne servir que lui-même et son clan ! Chacun à notre mesure, comment régnons-nous sur notre « petit royaume », c’est-à-dire notre famille, nos employés, nos amis, notre charge communautaire, etc. : en maître ou en serviteur ? Et sommes-nous bien convaincus que ce chemin du service est source d’une joie profonde et vraie, bien plus que les avantages passagers que nous pourrions tirer des charges qui nous sont confiées ?

Régner c’est se maîtriser !

Une autre dimension de cette royauté concerne la maîtrise de soi : régner sur soi et non pas se laisser conduire par ses instincts, par ses besoins. C’est ce qu’évoque notamment la première tentation : « ‘Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain.’  Jésus répondit : ‘Il est écrit : Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu’ » (Mt 4,3-4). Nos besoins, nos désirs sont à prendre en considération, mais il s’agit de les reconnaître pour ce qu’ils sont : les signes d’un manque, d’une finitude, d’un désir plus grand qui nous habite. Aussi, ne convient-il pas de vouloir combler tous ses besoins et désirs, sans quoi nous tuons l’instinct de vie en nous, le désir de plénitude et finalement la quête de salut. N’est-ce pas le drame de nos sociétés nanties, de ces enfants gâtés qui ne trouvent plus goût à la vie ? Alors que, dans les sociétés pauvres, la joie est, paradoxalement, souvent au rendez-vous ? La capacité de pouvoir régner sur soi est encore une bonne nouvelle en cette fête du Christ Roi, Lui qui nous en indique le chemin !

Régner c’est recevoir son autorité d’un Autre !

« Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut » (Jn 19,11) dit Jésus à Pilate. Tout au long de sa vie, et jusqu’à la croix, Jésus montre combien, lui, agit selon la volonté de son Père et en union avec Lui. Et n’est-ce pas dans cette confiance jusqu’à la mort en croix, confirmée par la Résurrection de Jésus par son Père, qu’est signifié, de façon indépassable, que toute autorité vient de Dieu le Père ? Quelle libération, quelle joie que de pouvoir s’en remettre à la volonté de ce Père plein d’amour. Ceux qui veulent faire de Dieu un rival, et qui plaident pour une autonomie libératrice de l’être humain, permettent au contraire à toutes sortes de pouvoirs de prendre possession de l’homme : ses passions, l’argent, le dernier gourou à la mode, les manipulateurs de la consommation, etc. Le Christ nous l’assure : se mettre sous l’autorité de Dieu est source d’une libération définitive de tout mal et nous libère de toute tentation de nous mettre sous le joug d’un autre maître qui finirait par nous asservir. C’est se reconnecter à la source de la Vie. Voilà encore ce que nous célébrons dans la figure du Christ Roi !

Comme le Christ-Roi, désirons-nous servir, être maître de soi, recevoir son autorité de Dieu ?

Régner comme le Christ n’est-il pas Bonne Nouvelle pour notre vie aujourd’hui ?

 

Publié dans Commentaires de l'évangile dominical | Laisser un commentaire

Apprendre à aimer !

            La dernière session d’Inter-Noviciat fut consacrée au thème de la sexualité et de la maturité affective. La Sr Mary Lembo, psychologue, de la congrégation des Sœurs de Sainte Catherine, a conduit cette session avec beaucoup de tact et de sincérité, et fut très appréciée de tous les participants. Les objectifs de cette session, qui s’adressait à 60 pré-postulant(e)s, postulant(e)s et novices, étaient multiples :

Sr Mary

Sr Mary

    • Prendre conscience de son monde affectif
    • Le nommer
    • L’accueillir
    • L’accepter/ assumer
    • L’intégrer
    • L’Orienter vers un don

Dans un premier temps, la sœur a d’abord fourni plusieurs éléments de compréhension du développement psycho-sexuel chez l’être humain, puis elle a évoqué la question des sentiments, de l’estime de soi, du rapport à son corps, des déviations sexuelles, du lien entre sexualité et spiritualité et, enfin, elle a proposé un certain nombre de pistes pour permettre de « gérer » sa sexualité dans le cadre de la vie religieuse.

Les questions et les échanges, à partir de cas concrets, n’ont pas manqué, notamment grâce à une boîte à questions permettant de sauvegarder l’anonymat… Espérons que cette session ait permis au plus grand nombre de se situer et de mieux discerner les difficultés, les défis  et les exigences pour une vie religieuse équilibrée et vraie qui fasse place à cette dimension de toute vie humaine.

Nous avons notamment réaffirmé que les trois fonctions de la sexualité – à savoir, la fonction fécondité, la fonction relationnelle et la fonction plaisir – doivent trouver place dans une vie religieuse féconde, ouverte à tous, et se ménageant des temps de gratuité et de plaisirs sains. Tout en rappelant que la suite du Christ, qui est promesse de plénitude, implique un certain nombre de renoncements et d’exigences, quel que soit l’état de vie choisi… Prendre conscience de ses besoins ne signifie pas vouloir les satisfaire tous et tout de suite, mais peut nous aider à creuser en nous le désir d’une plénitude… J’aime beaucoup ces réflexions d’Henri Boulad, sur la chasteté dans la vie religieuse :

 « Dieu ne comble pas le vide de notre cœur en y versant sa consolation. Non ! Dieu n’est pas un substitut à l’amour humain, il ne compensera jamais l’absence d’une femme dans notre vie »… « Lorsque nous sommes loin de ceux que nous aimons, nous devons tenir bon sans combler l’absence, c’est une très grande consolation, car le fait de laisser le vide béant sauve le lien qui nous unit. » … « Dieu ne comble pas le cœur qui se donne à lui : il le laisse vide, et ce vide est justement sa présence en creux au fond de nous ! » (Henri Boulad, Chasteté et consécration, Anne Sigier, Québec, 2003, p.15 et 16

             Quel que soit notre état de vie, n’oublions jamais que la vie est le temps qui nous est donné pour apprendre à aimer ! Pour certains, ce sera à travers le mariage, pour d’autres, à travers le célibat… La dimension sexuée de notre vie est profondément le signe de ce manque existentiel qui nous habite, d’un désir de plénitude, que seul Dieu pourra combler… « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi ! » (St Augustin)


La vie par ici

Au sortir des deux sessions sur la relecture de son histoire affective, et sur la sexualité, nous avons hâte de reprendre un rythme plus régulier… Ce sont donc les rencontres habituelles qui marqueront cette semaine : parcours sur la vie religieuse, classe de chant, relecture des sessions, accompagnement spirituel, histoire de la congrégation, parcours sur la règle de vie, cours avec les postulants, émission de radio, groupe biblique, etc…

Cette semaine, nous fêterons également, particulièrement, le 21 novembre, jour du retour au Père de notre fondateur ; nous serons en union de prière avec tous les frères sœurs et laïcs de la famille de l’Assomption… Je vous laisse donc avec cette prière en partage :

1-Pour que l’Assomption cherche avant  tout le Royaume de Dieu et que lui soit donné par surcroit tout le reste : des frères, l’unité, la joie et le courage de servir.

Fais venir ton Règne, Seigneur

2– Pour que l’Assomption soit fidèle à l’Esprit de son fondateur dans son Amour pour le Christ, la Vierge et l’Église.

Fais venir ton Règne, Seigneur

3– Pour que l’Assomption, fidèle à la mission du Christ, soit, comme Lui, présente au monde et qu’elle soit gardée du mal.

Fais venir ton Règne, Seigneur

4– Pour que l’Assomption aime et serve l’Église à la suite du Christ qui l’a aimée et s’est livré pour elle.

Fais venir ton Règne, Seigneur

 5– Pour que l’Assomption, dans l’espérance et la prière attende le jour ou l’Église reconnaitra la sainteté du vénérable  Emmanuel d’Alzon.

Fais venir ton Règne, Seigneur

Publié dans Accueil | Un commentaire

Attendrons-nous la Parousie ?

(En raison de mes activités, reprise d’une méditation de 2010)

17 novembre 2013, 33° dimanche C, Lc 21,5-19 /

Peut-être trouverez-vous ce commentaire trop loin de vos préoccupations et trop loin du sens littéral de l’évangile de ce dimanche, dans ce cas, n’hésitez pas à passer à autre chose. Mais peut-être cela fera-t-il sens pour vous, bien que cette méditation soit très marquée par une récente session, avec les novices, de relecture de leur histoire affective… Nous approchons de la fin de l’année liturgique, et le thème de la Parousie (du retour du Christ à la fin des temps) est omniprésent. Dans ce contexte apocalyptique, Luc nous parle de destruction du Temple, de persécutions à vivre, de témoignage à rendre et de persévérance. Mais j’y entends – aujourd’hui en tout cas- dépassement de l’image de soi, consentement à ses blessures  et accueil de la Vie.

Dépasser l’image de soi !

« Quelques-uns parlaient du Temple, de son ornementation de belles pierres et d’ex-voto. Jésus dit : ‟Ce que vous contemplez, des jours vont venir où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit.ˮ » (Lc 21,5) Cette destruction du Temple, nous le savons, ouvrira à un culte « en esprit et en vérité », à une présence de Dieu, non plus cantonnée au Temple, mais inscrite dans les cœurs… Or, des temples, nous en construisons à longueur de vie : non seulement pour cantonner Dieu à ce qu’il devrait être (selon nous), mais aussi pour cantonner notre vie à ce qu’elle devrait être (selon nous). Ce temple, cette « image taboue » de nous-mêmes,  nous empêche bien souvent de vivre de façon juste et en vérité : « Je suis nul » ; « Je suis médiocre » ; « Je dois être fort » ; « Je ne dois pas pleurer » ; « Je suis mal-aimé » etc… Peut-être qu’à une certaine période de nos vies, cette image fut utile pour survivre… Mais vivre, c’est autre chose… « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai » (Jn 2,19)… Accepter de dépasser l’image de soi – s’autoriser à pleurer, à se montrer faible, à apparaître non-maquillée…. –  et se rendre compte que le monde ne s’écroule pas, mais que nous pouvons aussi exister sur ce mode-là, et même plus, découvrir que nous existons de façon plus juste, plus vraie : relevés « en esprit et en vérité » ! Quelle expérience libératrice…

Consentir à ses blessures !

« Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. » (Lc 21,16) Cette parole nous paraît dure, improbable, et pourtant nous avons tous vécu cela à divers degrés ! Blessures d’enfance, d’adolescence ou de notre vie adulte, jalousies, désir de se conformer aux attentes de nos parents, deuils vécus comme des trahisons, culpabilité traînée comme un boulet… Oui, tous et chacun, d’une manière ou d’une autre, nous sommes livrés à la vie avec toutes nos blessures, et qui font d’autant plus mal, lorsqu’elles nous sont infligées par ceux que nous aimons, et qui nous aiment : livrés [en pâture à la vie] par nos parents, nos frères, notre famille et nos amis… Et pour certains cela conduit à une non-vie : ils feront mettre à mort certains d’entre vous… Alors comment vivre ? « Mettez-vous dans l’esprit que vous n’avez pas à préparer votre défense. »(Lc 21,14) Il s’agit d’abord de reconnaître ces blessures, qui ont façonné ce que nous sommes, avec toutes nos fragilités et nos forces. De ne pas s’en défendre, au sens de ne pas s’en cacher… Croyez-vous que l’on puisse aimer sans souffrir, sans être blessé ? Croyez-vous qu’il existe des personnes qui n’ont pas de blessures (ce ne serait pas des êtres humains mais des robots) ? Croyez-vous que vous seriez vivants sans ces blessures, sans ces séparations et en étant demeurés dans le cocon du sein maternel ? Il s’agit aussi certainement de pardonner à nos parents, à ceux qui nous ont blessés car ils ont fait comme ils ont pu avec ce qu’ils étaient… bref, de pardonner à la vie, c’est-à-dire de consentir à la vie qui nous a été donnée de vivre en quittant nos rêves stériles –nos temples– d’une autre vie.

Accueillir la vie !

Et Dieu dans tout cela ? Et bien c’est Lui qui nous a donné la vie, et qui nous la donne en abondance ! « Ne vous effrayez pas ! […] Je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction […] Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. […] C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. » (Lc 21) Nous n’avons pas le choix de vivre ce que nous avons à vivre, mais nous avons le choix de lui donner un sens, de reconnaître que cette vie, qui nous anime, c’est la vie même de Dieu, qu’il n’est pas dans un temple, qu’il n’est pas dans nos chimères, mais qu’il est au cœur de notre vie avec toutes nos blessures. La persévérance n’est pas de l’ordre du combat à la force de nos poignets, contre nos blessures, contre les autres mais de l’ordre du consentement à la Vie de Dieu en nous ! De l’Alliance avec la Vie, qui nous vient de Dieu, qui habite en nous et qui anime chacun de nos frères et sœurs !

Pour ce consentement à la Vie,

pour ce retour de la Vie de Dieu en nous,

attendrons-nous la Parousie ?

 

Publié dans Commentaires de l'évangile dominical | Un commentaire

Ça va-ira !

    Par ici, lorsqu’on demande à quelqu’un si ça va, la réponse invariable est : « ça ira » ! Ou encore : « ça va-ira »… L’optimisme, ou plutôt l’habitude de se battre au quotidien pour un avenir meilleur, façonne les esprits et les cœurs. Chacun espère que, petit à petit, sa situation va s’améliorer…

Sortie à Sotouboua

Sortie à Sotouboua

Je suis impressionné par cette résilience, malgré la dureté du quotidien ! On lit, de-ci de-là, qu’il y a de la croissance en Afrique, que c’est un marché en plein décollage, etc… Mais la réalité du terrain reste bien loin de tous ces beaux plans sur la comète… Je crois qu’effectivement les choses bougent petit à petit, mais les combats à mener sont nombreux : des salaires décents, l’accès aux soins, l’éradication de certaines maladies chroniques comme le paludisme ou le choléra, la propreté des villes et villages, l’accès à l’électricité stable (vous savez qu’ici les coupures de courant sont quotidiennes !), un réseau routier potable, une administration sérieuse et au service de la population, un développement respectueux des ressources locales etc., etc. Mais, « Ça va-ira ! »

La misère ouvre grand les portes aux manipulateurs de toutes sortes : pasteurs auto-proclamés chantres de « la théologie du succès », charlatans et adeptes des pratiques magiques ou de sorcellerie, sectes ésotériques qui sèment le malheur dans les familles… Chacun mène son combat, avec ses armes, mais, « Ça va-ira ! »

Beaucoup se lancent dans l’auto-entreprenariat, des congrégations religieuses également poursuivent leur travail au service du développement économique. Les frères marianistes, que nous sommes allé visiter hier, avaient lancé un grand projet en ce sens il y a quelques années : une grande ferme agro-pastorale et une entreprise de BTP (bâtiments et travaux publiques)… Tout cela avait fort bien démarré, et fut bien pensé, l’entreprise de BTP plus rentable permettant d’épauler la ferme, jusqu’au jour où le frère responsable de l’entreprise de BTP -qui avait pris soin de tout mettre à son nom- quitta la congrégation en emportant avec lui l’entreprise !!! Les frères ont donc dû laisser tomber également la grande ferme, incapable d’être autonome et se sont restreints à un petit élevage familial… Et ils ont relancé de nouveaux chantiers avec l’ouverture, il y a trois ans, d’un lycée scientifique… « Ça va-ira ! »

Je ne voudrais pas, par mes propos, entretenir l’afro-pessimisme. Oui des signes d’espérance pointent également de-ci de-là, mais le chemin à parcourir est encore long et lent, alors je fais mienne la devise locale : « Ça va-ira ! »

Dans nos sociétés occidentales, dans des situations incomparablement plus avantageuses, plutôt que de dire « rien ne va plus ! », peut-être que cette devise modeste pourrait apporter l’étincelle d’espérance nécessaire à nos vies : « Ça va-ira ! » Surtout si on la comprend dans la logique de l’espérance chrétienne : modeste, humble, mais tenace et solide… en Dieu notre rocher ! 


La vie par ici

            Comme annoncé la semaine dernière nous avons donc eu notre session de « relecture de son histoire affective », quelque peu perturbée par des soucis de santé chez un des novices, aujourd’hui rétabli… Je crois que chacun a pu profiter de ce travail de relecture…

            Les grèves dans l’enseignement se poursuivent et même se radicalisent puisque tous les établissements scolaires sont pour l’instant fermés, par décision du gouvernement, jusqu’à nouvel ordre… La rentrée n’a jamais vraiment commencé !

            L’émission de radio et le groupe biblique ont repris comme prévu…

            Hier nous étions de sortie vers Sotouboua et Aouda, une belle journée de rencontres et de découvertes…

Publié dans Accueil | Un commentaire

Ressusciterons-nous ?

32ème dimanche, année C, Lc 20, 27-38 /

En ce mois de novembre qui nous tourne vers l’au-delà de la vie, la question s’impose : qu’en est-il de notre vie après la mort ? Ressusciterons-nous ? Et, si c’est le cas, comment cette vie après la vie se manifestera-t-elle ? Le débat entre Pharisiens –ayant foi en la résurrection des morts– et Saducéens –ni croyant pas– rejoint avec grande actualité nos sociétés contemporaines, notamment occidentales, qui ne sont plus du tout dans l’évidence d’une vie après la mort, comme cela pouvait être le cas par le passé. Quoique cette affirmation serait fortement à nuancer, car si un certain nombre d’occidentaux ne croient plus en la résurrection selon ce qu’en disent les chrétiens, la plupart se construisent une idée de la vie après la mort différente du néant : réincarnation, vie en esprit, « quelque chose »… La réponse pseudo-scientifique souvent avancée serait que, face à l’angoisse du vide et du néant, les hommes s’inventent une vie après la mort  – ils ont besoin de croire en quelque chose -, et ce serait un acte de courage que d’accepter ce vide après la mort…  Comment Jésus répond-il à ce débat ? À partir de deux réponses : « Méfiez-vous de vos raisonnements purement humains ! » ; « Si vous croyez en Dieu, croyez en la Résurrection ! » et, aussi, d’un événement inouï : sa propre mort et résurrection !

Méfiez-vous de vos raisonnements purement humains !

À l’époque de Jésus, le débat prend la forme de joutes théologiques dans les écoles rabbiniques et de cas d’école soumis à la sagacité du Maître : « Si vous croyez en la résurrection, cela veut dire qu’une veuve ayant eu sept maris, l’un après l’autre, se retrouvera avec sept maris pour la vie éternelle ! C’est du n’importe quoi ! » pensent-ils… Remarquons que l’inverse, à savoir un homme avec sept femmes pour l’éternité, leur aurait certainement semblé plus intéressant (comme on le laisse miroiter dans certaines divagations pseudo-religieuses)… Aujourd’hui, le débat serait plutôt de cet ordre : « Nous n’avons aucune preuve tangible de la résurrection, nous pensons donc que ce n’est qu’élucubration ! »… Jésus n’apporte pas de preuve, mais il répond d’abord que la vie en Dieu n’est pas une simple prolongation de ce que nous vivons ici-bas, et donc qu’il y a un saut qualitatif qui disqualifie tout raisonnement s’appuyant uniquement sur ce que nous connaissons ici-bas, sur notre façon d’organiser notre vie ensemble (cf. la question du mariage) ou, encore, sur notre rapport à la matière (cf. la quête de preuves de nos contemporains). N’essayons donc pas trop d’imaginer le comment…

Si vous croyez en Dieu, croyez en la Résurrection !

Le deuxième élément de réponse est radical : « Le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob, n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants, car tous sont vivants pour lui ! » (Lc 20,37-38) avec un ajout cinglant chez Marc : « Vous êtes complétement dans l’erreur. » (Mc 12,27) Suivons bien le raisonnement : on nous accuse de croire en Dieu par peur du néant après la mort… Or, chez les Juifs de l’époque, tous bien-sûr croyaient en Dieu qui les avait accompagnés tout au long du chemin de l’histoire d’Israël, mais ils ne croyaient pas nécessairement en la résurrection. L’expérience de Dieu, la foi en Dieu est donc première, et totalement déconnectée de la question de la résurrection. N’est-ce pas l’expérience de tout croyant ? D’abord une expérience du divin en nous et autour de nous, indépendamment de la question de la mort ? Ne nous laissons donc pas enfermer dans ce que les autres projettent sur nous. Dans un second temps, Jésus nous dit : « Eh bien, ce Dieu, lui dont vous avez fait l’expérience et qui est le Créateur, le Fondement de l’Univers, il donne solidité et consistance à votre vie, au-delà de ce que vous en expérimentez pour l’instant. Si vous laissez la vie de Dieu prendre son espace naturel en vous, votre vie se poursuivra, évidemment, au-delà de l’étape de la mort de votre enveloppe charnelle : il n’est pas le Dieu des morts, des cadavres, mais celui des vivants ! » Si l’on croit à « du divin », sans croire en la résurrection, c’est que « notre divin » n’est qu’une pâle image lointaine et déformée du vrai Dieu !

Appuyez-vous sur la mort et résurrection du Christ !

Le troisième élément de réponse vous paraîtra peut-être simpliste  mais, pourtant, ce qui fonde notre foi en la résurrection, c’est bien la résurrection du Christ qui est un événement historique et tangible ! Historique, non par l’apport de preuves tangibles de la résurrection de Jésus en elle-même, mais parce que la communauté de disciples qui est née, suite à cet événement, est bien tangible, elle ! Suite à la mort/résurrection de Jésus, des centaines et bientôt des milliers de chrétiens vont témoigner de leur foi, jusqu’à donner leur vie ! Et cette communauté de disciples s’est constituée sur la base du témoignage des premiers disciples : « Jésus Christ, qui est mort sur une croix, est ressuscité ! » En ce sens l’événement mort/résurrection du Christ est bien historique et tangible ! Et c’est sur cet événement que s’appuie notre foi aujourd’hui !

Face aux questions de nos contemporains,

Saurons-nous témoigner encore de notre foi en la résurrection ?

Sans arrogance, ni preuves, mais grâce à l’authenticité de notre témoignage de vie et de foi ?

Publié dans Commentaires de l'évangile dominical | Un commentaire

Tournés vers l’au-delà de la vie…

Cimetière des non-musulmans- Komah

Cimetière des non-musulmans- Komah

Le mois de novembre oriente toujours notre regard vers l’au-delà de la vie, avec les fêtes de la Toussaint et celle des Défunts… Visiter « ses morts » au cimetière, c’est à la fois un regard vers le passé, et vers l’avenir comme le résume très bien cette épigraphe que l’on trouve à l’entrée de certains cimetières ou ossuaires : « Ce que vous êtes, nous l’avons été… Ce que nous sommes, vous le serez ! » Evidemment, si l’on s’arrête à la perspective matérielle de cette affirmation, cela n’est pas forcément très réjouissant, quoique, avec l’écologie qui gagne du terrain, entrer dans le cycle du vivant, où certains éléments se décomposent pour permettre à d’autres formes de vie de s’en nourrir, suffit pour certains (encore faut-il prendre toutes les précautions nécessaires pour que notre dépouille mortelle ne vienne pas polluer le sol, en raison des produits d’embaumement et autres cercueils peu écologiques),  et je ne suis pas sûr que la crémation soit très écologique non plus, vu la quantité d’énergie déployée dans nos crématoires occidentaux.

Cimetière musulman - Komah

Cimetière musulman – Komah

En fait, à l’heure où je vous parle, j’ai, comme chaque jour, une vue imprenable sur les deux cimetières de notre quartier de Sokodé : le cimetière musulman et le cimetière des « non-musulmans » (chrétiens de tout acabit et animistes)… Les tombes sont modestes du côté « non-musulmans », mais elles sont surtout écologiques du côté musulman, puisque les dépouilles mortelles sont déposées en terre dans un simple linceul et rien ne permet de matérialiser la tombe si ce n’est la petite butte de terre qui indique qu’un corps a été déposé là… Ici, oui, le cycle du vivant correspond à quelque chose !

Mais revenons à nos moutons : « Ce que vous êtes, nous l’avons été… Ce que nous sommes, vous le serez ! » Il me semble qu’il faut entendre cela dans la perspective de notre double fête : la Toussaint et la « Tousdéfunts » ;  j’aurais aimé pour ma part que ces fêtes soient inversées chronologiquement, ce qui indiquerait mieux que notre mort n’est qu’un passage vers la vie de plénitude à laquelle nous sommes appelés et dont nous parlent les saints. Aussi, entendons, non seulement les dépouilles mortelles, mais surtout les saints nous dire : « Ce que vous êtes, nous l’avons été… Ce que nous sommes,  vous le serez ! » Du coup, la perspective est beaucoup plus réjouissante et stimulante ! Non pas la mort comme un couperet, auquel nous n’échapperons pas, mais plutôt la vie, comme ce temps qui nous est donné pour laisser grandir en nous la sainteté ! Entendons-nous bien, laisser grandir en nous la sainteté, ce n’est pas devenir des parfaits (en conduite), mais c’est plutôt laisser grandir en nous la vie de Dieu, laisser mûrir en nous le fruit d’amour qui sera cueilli au terme de notre vie ici-bas !

Dernière remarque : que les morts nous interpellent à travers cette épigraphe, c’est aussi un clin  d’œil, qui nous indique que nos morts ne sont pas dans le néant, mais dans une autre réalité que la nôtre… Notre esprit, pseudo scientifique, occidental voudrait nous faire croire au vide après la mort, alors que toutes les traditions religieuses et sagesses nous disent autre chose. Je vous assure qu’ici, dans ce coin d’Afrique de l’Ouest, les défunts sont loin d’être dans le néant, car ils interviennent à temps et à contre temps  dans la vie des vivants, comme protecteurs, fauteurs de trouble, ou réminiscences dans leurs descendants…

Puisque notre noviciat est situé au-delà des cimetières, nous vivons en permanence dans l’au-delà, ce n’est peut-être pas souhaitable toute une vie !… Mais qu’une fois dans l’année, nous approchions de cet au-delà pour réorienter notre tâche de vivant, ce n’est pas si mal non ?


Publié dans Accueil | Laisser un commentaire

Sur quel arbre grimper ?

31ème dimanche, année C, Lc 19, 1-10 /

« Il grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui devait passer par là. » (Lc 19,4) Zachée, qui n’a rien d’un croyant exemplaire, est pourtant travaillé par le désir intérieur d’approcher Jésus de Nazareth. Il pressent que cet homme a quelque chose de spécial… et la rencontre effective bouleversera sa vie ! Peut-être avons-nous fait cette expérience de la rencontre du Christ qui a chamboulé notre vie ? Ou peut-être sommes-nous, comme Zachée, dans le pressentiment diffus que ce Jésus Christ a quelque chose de spécial et que d’avancer plus avant à sa rencontre pourrait, par trop, déranger notre vie ? Mais plutôt que de se projeter trop vite en avant, ne convient-il pas, pour être honnête avec nous-même, de donner toute sa place à notre désir profond et de prendre les moyens nécessaires pour cela… C’est-à-dire de grimper notre sycomore ! Mais sur quel arbre grimper ?

Sur quel arbre grimper ?

Pour avancer plus avant à la rencontre du Christ, quel que soit le stade où nous en sommes de notre vie spirituelle, nous avons un certain nombre d’obstacles à franchir : la distance entre cet homme ayant vécu sur terre il y a deux mille ans et le contexte de notre troisième millénaire ; tout ce que l’on connaît de la foi chrétienne, de l’histoire de l’Église et qui risque de faire écran entre Jésus Christ et nous ; les promesses de « bonheur » de notre société de consommation qui nous détournent de l’essentiel ; les contraintes de notre vie qui nous entraînent là où nous ne voudrions pas aller, etc… Pour franchir ces obstacles, quel sycomore grimper ? Passer le seuil d’une église pour voir, de visu, ce qui s’y passe plutôt que d’en rester à de fausses impressions ? Se donner un temps de silence, pourquoi pas dans un monastère, en partageant ses questionnements avec un moine ? Entreprendre le chemin de Compostelle pour se retrouver face à ses désirs profonds ?  Se faire conseiller un bon livre qui puisse présenter l’essentiel de la foi chrétienne, dépouillée de ses vieux oripeaux ? Rejoindre un groupe de réflexion, de solidarité ou de prière ? Etc… Êtes-vous prêt à grimper un tel arbre ou préférez-vous fuir ce désir intérieur ? Je pense à vous lecteurs, mais aussi à vos amis, à vos enfants que vous pouvez interpeller en ce sens…

Oser croire à la réponse du Christ !

« Descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » (Lc 19,5) Zachée a fait un geste à sa mesure et Jésus vient maintenant répondre à son désir, au-delà de ce que Zachée avait imaginé ! Tous  ceux et celles qui ont fait une expérience de rencontre du Christ peuvent témoigner de cela, oui un jour ils ont décidé de faire un pas vers Jésus, vers l’Église, vers leurs frères, et le Christ est venu à leur rencontre de façon surprenante et bien au-delà de ce à quoi ils s’attendaient : une retraite bouleversante, une rencontre inoubliable avec un témoin de la foi, une redécouverte de l’essentiel de la vie humaine, une confiance retrouvée,  etc… Osons-nous faire confiance à ceux qui nous ont précédés sur le chemin de la rencontre et qui nous disent  « vas-y, ne crains pas ! » Comme aimait à le répéter Benoît XVI : « Celui qui fait entrer le Christ dans sa vie, ne perd rien, rien – absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande. Non ! Dans cette amitié seulement s’ouvrent largement les portes de la vie. Dans cette amitié seulement, se libèrent réellement les grandes potentialités de la condition humaine. […] Chers jeunes : n’ayez pas peur du Christ ! Il n’enlève rien, et il donne tout. Celui qui se donne à lui, reçoit le centuple. Oui, ouvrez, ouvrez tout grand les portes au Christ – et vous trouverez la vraie vie. ».[1]

Aller jusqu’au bout de la rencontre !

« Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » (Lc 19, 8) Zachée n’en reste pas à un accueil de courtoisie, mais il va jusqu’au bout de ce que cette rencontre suscite en lui comme conversion… Oui, rencontrer le Christ peut bouleverser nos vies, mais non pas vers une aliénation, une diminution de notre être, mais plutôt pour un surcroit de vie ! Ainsi les changements à opérer dans nos vies, ne sont pas de l’ordre d’un ascétisme ou d’une morale à suivre dorénavant à la lettre, mais disons plutôt que la rencontre du Christ nous donne la force de réaliser enfin ce que nous voulions faire, ce qui nous habitait mais que nous n’osions pas envisager sérieusement. C’est donc une réelle libération de notre être, que le Christ veut et peut opérer en nous !

N’ayons-donc pas peur de prendre les moyens d’avancer à la rencontre du Christ !

Pour cela, repérons le bon arbre à escalader,

Croyons d’avance que le Christ nous répondra,

Et allons jusqu’au bout de la rencontre !



[1] Benoît XVI, Homélie de la messe inaugurale de son pontificat.

Publié dans Commentaires de l'évangile dominical | 8 commentaires

Rentrée pastorale

ecolesLa rentrée scolaire est toujours tardive par ici, et elle n’est pas encore effective. D’abord la date officielle était le 7 octobre, puis le 14 octobre, la veille de la Tabaski qui est jour férié, et ce fut finalement le 16 octobre. Puis, chaque année, c’est le même rituel, les professeurs du public se mettent en grève, pour obtenir des salaires un peu plus décents…

Du coup, la rentrée pastorale suit le rythme, surtout dans une ville comme Sokodé, fortement marquée par l’afflux d’élèves en période scolaire… Au noviciat, ce n’est donc que maintenant que les activités apostoliques prennent leur cours normal (cela correspond aussi au rythme souhaité pour les novices, presque deux mois au service de l’intériorité, avant de s’ouvrir à la dimension apostolique…) Cette année ils seront donc engagés dans divers services : à la radio (comme technicien ou en charge d’émission) ; au Centre Culturel pour du soutien scolaire ; à l’aumônerie des écoles et lycée ; à la paroisse (catéchèse, groupe des lecteurs) ; à l’aumônerie de l’hôpital et dans une association d’accompagnement des malades du sida…

Pour ma part, je relance également mes activités apostoliques : l’émission de radio « Parole d’Église pour aujourd’hui » où nous aidons à lire les textes de l’Église ; au Centre Culturel, « l’Espace d’Alzon », c’est-à-dire le cycle de conférences mensuelles à organiser ; et enfin le groupe biblique hebdomadaire.

Nous nous sommes également rencontrés à plusieurs niveaux inter-assomption : entre nos deux communautés assomptionnistes pour programmer l’année, mais aussi entre supérieurs de nos cinq communautés sokodéennes d’Augustins, d’Orantes et de Religieuses de l’Assomption. Trois soirées pour partager notre charisme avec les laïcs ont été programmées, ainsi qu’une journée de partage et de réflexion et une journée de sortie-détente pour l’ensemble de la famille de l’Assomption.

Il nous reste à assurer la mise en œuvre et la fidélité à tous ces engagements…

Publié dans Accueil | 2 commentaires