Dieu récompense-t-il ?

30ème dimanche, année C, Lc 18, 1-8 /

Aiguisons notre lecture de la Parole, car il ne manque pas d’expressions dans la Bible pour nous dire que Dieu récompense les justes ou ses serviteurs, ou les pauvres… Dans la première lecture de ce dimanche par exemple : « Il écoute la prière de l’opprimé » (Si 35,13) ; « Celui qui sert Dieu de tout son cœur est bien accueilli, et sa prière parvient jusqu’au ciel ! » (Si 35, 16) ou encore dans le psaume de ce dimanche : « Le Seigneur regarde les justes, il écoute attentif à leurs cris » (Ps 33 (34),16) Or le publicain de notre parabole dominicale n’est ni juste, ni opprimé, ni pauvre, ni serviteur de Dieu –en tout cas cela n’est pas mentionné-. Mais c’est un « collabo » avec l’envahisseur romain, qui se remplit les poches grâce à sa fonction de collecteur d’impôts… Le pharisien, lui, sert Dieu, jeûne plus qu’il n’est demandé, paye la dime et se conduit comme il faut : ni voleur, ni injuste, ni adultère… ET POURTANT, c’est la prière du publicain qui sera exaucée !!! C’est à n’y rien comprendre ! À moins de sortir de la logique de la méritocratie, de la compensation et d’entrer dans celle d’un amour gratuit « qui ne fait pas de différence entre les hommes » (Si 35,12).

Sortir de la méritocratie !

Cette première étape nous est déjà difficilement accessible, car nous sommes marqués par une éducation, par une société, par une idéologie libérale qui ne récompensent que le mérite. Or, notre rapport à Dieu n’a rien à voir avec l’esprit de compétitivité d’une société menée par la finance et par l’argent. Dieu est tout amour : il n’a pas besoin de sélectionner ceux qu’il va daigner aimer. Une mère aime-t-elle ses enfants en fonction de leurs mérites, ou parce qu’ils sont ses enfants ? Ne va-t-elle pas, même, être plus attentive à celui qui galère plus que les autres pour réussir sa vie ? La logique du mérite risque fort de conduire à l’autosatisfaction et au repli sur soi, car finalement on n’a plus besoin ni de sa mère, ni de son père, ni des autres, ni de Dieu… mais on reçoit uniquement le fruit de nos efforts, et l’on en vient à mépriser ceux qui ne savent pas se prendre en main ! C’est bien le drame de ce pharisien : autosatisfaction, autojustification, mépris des autres et nul besoin de Dieu ! Pourquoi sa prière n’est-elle pas exaucée ? Tout simplement parce qu’il ne demande rien à Dieu !!! Et puis, ceux qui sont convaincus d’être justes sont-ils vraiment dans la vérité ? Le père Jaouen, qui s’est occupé toute sa vie de jeunes en difficulté s’exclame : « C’est à croire qu’ils ne se sont jamais trompés  de leur vie, ceux qui prétendent pouvoir juger des actes des autres ! »

Sortir de la logique de la compensation !

Un pas de plus nous est demandé… Dieu préfère-t-il les pauvres ? Ce n’est pas ce que nous dit Ben Sirac « Dieu ne fait pas de différence entre les hommes » (Si 35,12) ou encore « Dieu fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. » (Mt 5,45) ou encore la figure de ce riche publicain… Si Dieu préférait les pauvres, ce serait une autre forme d’injustice… MAIS l’on peut dire deux choses, me semble-t-il : Dieu déploie tout son amour, toute sa tendresse pour aller à la recherche de celui qui en a le plus besoin, de celui qui est perdu, pauvre, opprimé, veuve, orphelin (cf. les récits du « Bon pasteur », ou du « Fils prodigue »)… D’autre part, si la prière du pauvre est exaucée, ce n’est pas en compensation pour sa situation, mais peut-être parce que le pauvre est beaucoup mieux disposé pour une prière juste, vraie, authentique : un cri qui vient des entrailles comme celui de ce publicain, qui n’est nullement pauvre économiquement mais authentique dans sa prière : « Il n’osait même pas lever les yeux au ciel ; mais se frappait la poitrine en disant : ‘Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis !’ » (Lc 18, 13) C’est un authentique « pauvre de cœur » !

S’ouvrir à la gratuité de l’amour !

Le cas du Bon Larron –toujours chez Luc, cela n’est pas anodin– reste pour nous incroyable. Or, ce Bon Larron, ressemble beaucoup à notre Publicain : « ‘Pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal.’… Et il disait : ‘Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne.’ Jésus lui répondit : ‘Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis.’ » (Lc 23,42-43) N’est-ce pas le plus bel exemple de cette gratuité de l’amour de Dieu, qui n’a rien à voir avec la méritocratie, la compensation ou la punition ? Même pas de demande de pardon, même pas de purgatoire pour ce salopard de brigand : non, vraiment, humainement c’est inconcevable ! Seul l’Esprit de Dieu qui nous habite peut nous faire entrer dans cette logique…

Alors, Dieu récompense-t-il les justes, ses serviteurs, les pauvres…

ou aime-t-il tout simplement ?

Et vous, voulez-vous être semblables à Dieu ?

 

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Une longue année…

Voici déjà une année, jour pour jour, que trois pères assomptionnistes du Congo RDC sont captifs ! N’ayant d’autres armes, nous relançons notre prière au noviciat pour leur libération ainsi que celle des plus de 800 autres captifs dans la région, à l’aide d’une neuvaine de prière au P. d’Alzon pour leur libération ; n’hésitez pas à vous joindre à notre prière.

Je vous partage la récente lettre de nos frères de la province d’Afrique, ainsi que celle cosignée par le provincial d’Afrique et notre supérieur général :

 trois frères

 

MESSAGE DE NOS FRERES ASSOMPTIONNISTES DE LA PROVINCE D’AFRIQUE

Le samedi 19 octobre prochain, les trois pères assomptionnistes vont accomplir une année de captivité

C’est depuis la nuit du 18 au 19 octobre 2012, au presbytère de la Paroisse Notre Dame des Pauvres de Mbau, Diocèse de Butembo-Beni en Province du Nord-Kivu, que les Pères BAMTUPE KISUGHU Edmond, MUMBERE NDULANI Jean-Pierre et KAKULE WASUKUNDI Anselme, trois prêtres assomptionnistes, sont victimes d’un enlèvement vers une destination inconnue. Cela est arrivé après l’enlèvement de plusieurs centaines de personnes dans leurs champs en paroisses d’Oicha et Eringeti.

Et depuis ce jour, le Calvaire a commencé pour l’Église et toute la population de la région. Il ne s’est plus passé deux jours sans apprendre des enlèvements principalement dans les paroisses de Mbau, Oicha, Eringeti, Buisegha et quelques fois Mutwanga. Cette année aura été la plus douloureuse pour les Augustins de l’Assomption, pour la communauté chrétienne de Mbau et toutes les familles biologiques des personnes kidnappées dont le nombre dépasse actuellement huit cents personnes. Parmi ces victimes,    l’on compte indistinctement des hommes, des femmes, des enfants voire des bébés.

Ce qui inquiète davantage, c’est l’ignorance qui plane sur le sort de toutes ces personnes depuis près d’une année. Les investigations entreprises pour obtenir ne fût-ce qu’une nouvelle d’elles restent infructueuses jusqu’à ce jour. Les services étatiques, la société civile et les organismes internationaux en activité dans la région ont été contactés afin de s’impliquer dans la recherche et la libération des trois prêtres et leurs fidèles, mais en vain.

Il semble qu’ils sont détenus dans une zone inaccessible, même à l’armée gouvernementale. Des rumeurs qui circulent dans nos cités situent les lieux de détention de toutes ces personnes tantôt dans le Parc National de Virunga dans l’axe Mbau – Kamango, tantôt au Mont Ruwenzori du côté de Kikingi – Kikura (en secteur des Watalinga), ou encore dans la région entre Kainama et Boga à la frontière entre la province du Nord-Kivu et la Province Orientale. Mais il ne s’agit que des rumeurs qui ne sont vérifiées par personne en raison de l’inaccessibilité de toutes ces zones.

L’impression est qu’il s’est constitué, dans cette partie du grand parc national de Virunga, des Etats au sein de l’Etat. En fait l’on y entend souvent parler d’une prolifération des groupes armés sans pour autant en savoir les objectifs. Et les victimes sont les pauvres paysans sans aucune ambition politique ou géopolitique. Le malheur des populations locales est qu’elles ne savent plus vaquer à leurs activités champêtres déjà à quelques kilomètres de la grand-route, de peur d’être déportées. Et l’armée reste impassible, sans aucune action pouvant donner de l’espoir à la population. Incapacité ? ou complicité ? Dieu seul sait.

Pendant tout ce temps, il se forme un système d’escroquerie. Des personnes, qui se font passer pour des probables intermédiaires pouvant contribuer à la libération de tous ces otages, se mettent à rançonner à plusieurs reprises les familles en leur promettant de leur ramener leurs proches dans un délai très bref. Pour éviter d’être dénoncées, elles musellent leurs interlocuteurs sous menace de déportation ou de mort en cas de fuite d’information. Cette cruauté constitue un réel fléau qui place la population dans un climat de terreur et qui appauvrit davantage les familles angoissées par la disparition des leurs. C’est dans ce contexte que vivent l’Eglise et toute la population de cette région de la République Démocratique du Congo.

Dans cette situation d’angoisse, les Pères Assomptionnistes demandent le concours de tous pour la libération de leurs frères Edmond, Jean-Pierre, Anselme et de toutes les personnes qui sont détenues dans des conditions et pour des raisons ignorées de tous. Cet appel pathétique s’adresse principalement au gouvernement congolais, au haut commandement des Forces armées de la République Démocratique du Congo, à la MONUSCO ainsi qu’à toute personne capable de rendre ce grand service à notre peuple. Les Pères Assomptionnistes demandent aux ravisseurs d’être attentifs aux larmes de tout un peuple constitué de leurs frères et sœurs qui leur sollicitent la paix.

Rendez-nous nos prêtres, nos parents, nos frères et sœurs, nos enfants. Ecoutez la voix de votre conscience et convertissez-vous à cette voix qui vous rappelle que nous sommes frères dans l’humanité. Nous vous aimons de tout cœur.

 

Nairobi, le 16 octobre 2013

À tous les religieux de la congrégation

Chers Frères,

Présents sur le continent africain, nous ne pouvons oublier nos trois frères enlevés il y a un an, le 19 octobre 2012. Les Pères Jean-Marie MUMBERE NDULANI, Anselme KAKULE WASUKUNDI et Edmond BAMTUPE KISUGHU manquent cruellement à l’Assomption et à leurs familles respectives. Nous sommes sans aucune nouvelle et toutes les pistes qui ont été explorées sont restées sans succès. L’attente est longue et cruelle. Nous prions pour que les ravisseurs nous donnent des nouvelles dignes de foi avec des preuves authentifiables.

La congrégation n’est pas restée les bras croisés pendant cette attente. Le Père Protais KABILA, provincial d’Afrique, a consacré beaucoup de temps pour essayer d’obtenir des informations. Il n’a pas ménagé sa peine. Le conseil provincial d’Afrique a été aussi très sollicité. Quant au Conseil général, il a entrepris des démarches auprès du Saint-Siège, et le Saint-Père Benoît XVI ainsi que le Pape François ont été personnellement informés de la situation. De nombreuses initiatives ont été prises pour informer les médias sur la situation au Congo Démocratique. Il faut continuer ce travail d’information.

Nous remercions les communautés assomptionnistes qui, à travers le monde, continuent de prier pour leur libération. Plusieurs communautés ont pris l’initiative d’exposer la photographie de nos trois frères dans leur chapelle. Nous encourageons toutes les propositions qui lutteront contre le risque de l’oubli et de la résignation. N’ayons pas peur d’implorer le Vénérable Emmanuel d’Alzon pour qu’il intercède auprès du Père de miséricorde. Prions aussi pour les responsables du rapt. Nous demandons que le Seigneur change leurs cœurs. Prions enfin pour toutes les victimes des enlèvements au Congo démocratique et dans le monde.

Chers Frères, nous vous invitons à l’espérance et à la confiance. Notre Dieu ne nous abandonnera pas. Soyons des hommes de foi prêts à témoigner de la vérité du Royaume de Dieu.

Père Protais KABILA, Provincial d’Afrique

Père Benoît GRIÈRE, Supérieur général

 


La vie par ici

Fête de la Tabaski

Fête de la Tabaski

La semaine passée fut marquée par la fête de la Tabaski, jour férié pour le Togo, où nos frères musulmans commencent la nouvelle année. Les assomptionnistes n’ont pas manqués d’être présents, parfois de façon très remarquée (voir la photo)… Par ailleurs plusieurs de nos amis musulmans, nous ont, selon la tradition, offert des morceaux de viande des animaux sacrifiés pour partager leur fête et leur joie.

 

Sinon la vie au noviciat se poursuit, la saison des pluies touche à sa fin, et les champs portent fruits…

Haricots, maïs, mil…

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Comment tenir dans la prière ?

 

29ème dimanche, année C, Lc 18, 1-8 /

Une fois de plus, l’évangile du jour et la première lecture, proposés pour ce dimanche, s’éclairent mutuellement pour nous donner un bel enseignement sur la prière : « Jésus dit une parabole pour montrer à ses disciples qu’il faut toujours prier sans se décourager. » (Lc 18,1) ; « Les mains de Moïse [en prière] s’alourdissaient… Alors Aaron et Hour lui soutinrent les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre, ainsi les mains de Moïse demeurèrent levées jusqu’au coucher du soleil. » (Ex 17,12) Voilà bien des éléments qui rejoignent notre propre expérience : oui nous aimons prier, mais il nous arrive de nous décourager face aux épreuves, de douter de Dieu, de ne plus avoir la patience d’attendre le jour où il nous sera fait justice… bref, de « baisser les bras ! » Comment alors tenir dans la prière, si ce n’est grâce à une communauté, grâce à une prière agissante, grâce à une foi purifiée ?

Une communauté priante !

« Un chrétien isolé est un chrétien en danger » disait Mgr Daloz, dans mes années de jeunesse… Et cette mise en garde se vérifie dans toutes les dimensions de la foi chrétienne : que ce soit dans la compréhension de la foi (où l’on peut vite s’égarer, ou se laisser récupérer par toutes sortes de charlatans, si l’on réfléchit seul); que ce soit dans l’action caritative (où l’on peut vite s’essouffler) ; ou que ce soit dans la prière ! Il est évident que, comme Moïse, nous avons besoin d’une communauté pour nous soutenir dans notre fidélité, mais aussi dans l’évangélisation de notre prière. Comme religieux, cette conviction est au cœur de notre vie : « La prière est difficile pour tous. […] Elle exige une discipline de vie, personnelle et communautaire, qui nous garde attentifs aux appels de l’Esprit. » (Règle de vie des Augustins de l’Assomption n°53) Lors des chapitres locaux, la plupart de nos communautés fixent, dans leur agenda communautaire quotidien, un temps commun pour l’oraison. En principe, il revient à chacun de se fixer au moins une demi-heure d’oraison par jour, mais en pratique, en tout cas c’est ce que j’ai constaté depuis 25 ans que je suis en communauté, si le temps d’oraison n’est pas prévu ensemble, la fidélité à ce rendez-vous devient impossible… Certains laïcs aiment rejoindre une communauté religieuse pour partager sa prière, d’autres se donnent un rendez-vous familial pour la prière, d’autres encore se soutiennent entre amis, entre voisins, ou à travers un mouvement, pour prier ensemble… Bref, les moyens ne manquent pas pour supporter mutuellement nos mains en prière… Quel est le vôtre ?

Une prière agissante !

Un deuxième élément pour tenir dans la prière, consiste à ne pas vivre celle-ci de façon passive, mais de façon active : « Crois en Dieu comme si tout le cours des choses dépendait de toi, en rien de Dieu. Cependant mets tout en œuvre en elles, comme si rien ne devait être fait par toi, et tout de Dieu seul ! » (Gábor  s.j. et non pas Ignace de Loyola comme on le lit trop souvent) ou pour le dire de façon plus simple : « Agis comme si tout ne dépendait que de toi, et prie en sachant que tout dépend de Dieu. » Je n’ai jamais rencontré de chrétien, se dépensant activement pour ses frères, qui désespérait de Dieu ! Par contre, celui qui s’apitoie sur son sort ou reste les bras ballants, en vient souvent à invectiver Dieu ou à désespérer de lui. La Parole de Dieu va dans le même sens : démenez-vous pour obtenir ce qui est bon, comme cette veuve importune, ou prenez les moyens pour le combat que vous avez à  mener, comme Israël contre les Amalécites au combat… et Dieu vous soutiendra dans votre engagement ! Notre propre prière est-elle agissante ?

Une foi purifiée !

Je l’ai souvent signalé dans ces méditations : notre relation à Dieu est d’abord marquée par un archaïsme religieux du type d’un marchandage entre un dieu despotique et lunatique et une créature qui essaie de lui soutirer quelques grâces… Et alors, si ce dieu ne répond pas à nos demandes, c’est qu’on ne lui a pas fait suffisamment de sacrifices, ou qu’il nous punit, ou qu’il nous éduque, ou qu’il n’existe pas, etc… La foi chrétienne n’a rien à voir avec tout cela, elle est d’abord confiance absolue en un Dieu d’amour, qui ne « joue pas avec les hommes » mais dont l’interventionnisme n’est pas le mode d’action habituel : voici le troisième pilier pour tenir dans la prière ! Sans vouloir répondre à la question de savoir pourquoi Dieu ne répond pas à telle ou telle demande (car on a dit à peu près tout et n’importe quoi sur ce sujet), nous sommes invités à une foi toujours plus pure, toujours plus confiante, tournée vers l’horizon du Royaume de Dieu et non pas vers une réalisation terrestre de notre vie… Parfois sans réponse, parfois à l’aveuglette, souvent sans consolation sensible, nous nous en remettons au Dieu d’amour révélé en Jésus-Christ : c’est cela la foi ! « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? » (Lc 18,8)

Oui, comment tenir dans la prière… si ce n’est :

grâce à une communauté priante,

grâce à une prière agissante,

grâce à une foi purifiée ?

 

 

 

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Souffle nouveau…

Notre pape François avance donc, paisiblement mais sûrement, sur le chemin de la réforme de l’Église… Au-delà du style et des gestes neufs, et après avoir pris ses marques, est venu maintenant le temps de la gouvernance. Parmi les multiples gestes significatifs récents, je retiens l’ordination épiscopale de Mgr Konrad Krajewski, aumônier du pape – depuis le 3 août dernier -, au service des pauvres et des marginaux, auquel le Pape a demandé d’exercer sa nouvelle charge en allant au-devant des pauvres, sans attendre que ce soient eux qui viennent frapper à la porte du Vatican. Cette ordination, qui s’est tenue à la Basilique Saint Pierre, le 17 septembre, était présidée par le cardinal Giuseppe Bertello, président du Gouvernorat de l’Etat de la Cité du Vatican, entouré d’autres évêques consécrateurs, mais le pape François a créé la surprise en assistant à la célébration, comme les autres évêques et cardinaux présents : une démarche inédite !

La communauté assomptionniste de Ouagadougou 2013-2014

La communauté assomptionniste de Ouagadougou 2013-2014

Un autre lieu d’espérance est l’annonce par le pape François, du 5 au 19 octobre 2014, d’une assemblée extraordinaire du Synode des évêques consacrée aux « défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation ». Celui-ci pourrait certainement ouvrir de nouvelles pistes pour l’accompagnement des « situations familiales compliquées ». En effet, le Pape a déjà dit, à plusieurs reprises, qu’il fallait regarder sérieusement la question des personnes divorcées remariées et des nullités de mariage et encore qu’il ne fallait pas ajouter de « barrière douanière » pour l’accès aux sacrements… D’ailleurs, sans attendre le prochain Synode sur la famille, le diocèse allemand de Fribourg-en-Brisgau vient de publier des orientations pastorales concernant les « relations avec les personnes séparées, divorcées ou remariées civilement ». Le texte du diocèse de Fribourg s’appuie sur la doctrine de l’Église relative à la conscience, explicitée entre autres dans la constitution  Gaudium et Spes. « Face à une loi, ce qui prime c’est la conscience. Le tout est de l’éclairer », résume le P. Guy de Lachaux, très impliqué dans l’accompagnement des personnes divorcées. (cf. La-Croix du 08/10/2013) Or ce diocèse ne s’est pas fait rappeler à l’ordre par Rome !

Soulignons aussi, bien sûr, la première rencontre du « G8 » du pape, ce groupe de huit cardinaux constitué pour épauler le pape dans sa réforme de la curie. Nous ne savons pas ce qui est ressorti de cette rencontre, si ce n’est le synode à venir à propos duquel François a consulté ces cardinaux, mais il est significatif de noter que deux prochains rendez-vous sont déjà pris pour la suite des travaux, début décembre et courant février… Le chantier semble donc bien engagé…

Que ce souffle nouveau renouvelle notre foi, notre espérance et notre charité !


La vie par ici

Le provincial, son délégué et le supérieur de la communauté

Le provincial, son délégué et le supérieur de la communauté

Me voici donc de retour au bercail, après une semaine au Burkina Faso, pour une visite fraternelle à notre communauté de Ouagadougou à l’occasion de son chapitre local. Cette belle communauté de treize frères vient d’accueillir deux frères en première année (Yves et Bonaventure) et un formateur (Nicolas). L’objet du chapitre local était de se donner une feuille de route pour l’année. Celle adoptée est exigeante, puisqu’il s’agit de jongler entre études, vie communautaire, vie apostolique et vie spirituelle, et les frères ne veulent délaisser aucun aspect… Que le Seigneur les soutienne sur la route inaugurée…

Le voyage vers Ouagadougou, en transport en commun, est assez épique, mais on y arrive ! De porte à porte, cela a nécessité pas moins de 29 h à l’aller (pour 620 km environ). Il n’y a, en effet, pas de bus direct depuis Sokodé et cela oblige à passer la nuit à Cinkansé (à la frontière) et à verser au passage 47 000 CFA de visa (70 € ou 90 $ CAD) – Dieu merci c’était le double il y a deux ans ! Le P. Benoît Gschwind, venant de Paris n’avait que 7 ou 8 h de voyage porte à porte ! Mon retour fut un peu plus rapide – 17h – car le bus est direct, mais nous avons été bloqués 1h30 sur la route par un accident de camion, et la bêtise de chauffeurs de poids lourds qui se sont engagés sur la voie sans réfléchir et ont bloqué complétement la circulation, alors qu’en théorie la voie était déjà dégagée suite à l’accident depuis au moins 1h ! Ah les joies de l’Afrique !

La communauté en chapitre

La communauté en chapitre

Ces jours derniers, nous avons accueilli au noviciat la rencontre des prêtres du doyenné (nous étions 14, il y avait bien sûr quelques absents): une belle occasion de renouer la fraternité et de se replonger dans Africae Munus, exhortation post-synodale de Benoît XVI sur l’Église en Afrique… Une rencontre appréciée de tous…

À suivre…

 

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Rendre grâce !

 

28ème dimanche, année C, Lc 17,11-19 /

Cette scène biblique, des dix lépreux guéris dont un seul vient remercier le Christ, nous interpelle. Spontanément nous pensons peut-être : « Quels ingrats ! » Mais, comme toujours, le texte est plus subtil qu’il n’y paraît au premier abord. Car les lépreux avait été envoyés, par Jésus, vers les prêtres, c’est-à-dire vers le Temple, ou encore vers Dieu… Aussi, était-il naturel, dans ce contexte juif, qu’une fois guéris, ces lépreux poursuivent leur route vers le Temple pour rendre grâce à Dieu. Le Samaritain, quant à lui, n’est pas plus méritant que les autres, mais comme il n’adore pas Dieu au Temple de Jérusalem, il lui est beaucoup plus facile de revenir vers Jésus de Nazareth pour rendre gloire à Dieu ! Il y a donc une double question qui nous est renvoyée, celle de la gratitude pour tout ce qui nous est offert au quotidien et celle de savoir à quoi ou à qui rendre grâce ?

Sommes-nous reconnaissants ?

Peut-être n’avons-nous pas bénéficié de miracle extraordinaire, mais qu’en est-il des miracles ordinaires dont nous bénéficions à chaque instant de notre vie ? Nous nous comportons habituellement comme si tout nous était dû, alors que la vie reçue, la santé, l’air que nous respirons, l’eau… sont de purs cadeaux. Qui plus est, le fonctionnement de notre corps si complexe, l’équilibre écologique qui nous permet de vivre, la beauté d’une fleur ou d’un oiseau multicolore sont autant de grands miracles que nos yeux ne voient plus, et pourtant, même les scientifiques s’extasient devant l’incroyable complexité de la vie ! Avant de se poser la question de savoir à qui rendre grâce pour le miracle permanent de notre existence, prenons conscience de ce miracle et rendons à la vie ce qu’elle nous offre : la beauté, la bienveillance, la bonté !

À quoi, à qui rendre grâce ?

Les lépreux guéris se rendent au Temple pour rendre grâce, sans aller vers celui qui avait répondu à leur prière ! Plutôt que d’aller directement où nous mènent nos habitudes, ne faut-il pas, d’abord, prendre acte de la réalité. Je veux dire par là que l’on risque trop vite de considérer « notre Dieu » comme la cause de tout ce qui nous arrive en bien ou en mal… Et quand je dis « notre Dieu », je pense notamment à « la Science », qui expliquerait tout pour les scientistes ; à « la mère Nature » qui est de nouveau déifiée dans un certain néo-paganisme ; au « Hasard » pour les sceptiques ou encore au « Dieu despotique » pour bien des fanatiques. Jésus nous invite à une démarche beaucoup plus simple et plus humaine, dans laquelle il s’agit de regarder les faits et les personnes qui nous entourent… Plutôt que d’aller tout de suite à un Dieu imaginaire, rendons grâce pour nos parents qui nous ont donné la vie, pour le médecin qui nous a soignés, pour cet homme croisé sur la route qui nous a redonné espoir, pour la poule qui nous fournit des œufs, pour cette forêt qui nous permet de respirer… Ne télescopons pas les médiations et les médiateurs de la Vie, même s’ils n’en sont pas la Source !

À qui rendre grâce ?

Évidemment, comme chrétiens, nous ne pouvons pas nous en arrêter aux médiations, mais nous voulons aller à la Source de la Vie : le Dieu Trinitaire, Père, Fils et Esprit. Car l’enjeu n’est pas seulement de remonter à la source du don, mais de passer d’un merci au Salut ! En effet, les dix lépreux « furent purifiés », mais un seul fut sauvé : « Relève-toi et va, ta foi ta sauvée. » La vie ne consiste-t-elle pas justement à faire ce passage d’un merci pour tout ce qui nous est donné, à une vie dans la grâce de Dieu. Si nous reconnaissons que Jésus Christ est maître de notre vie, alors le merci n’est plus un simple acte de politesse, mais implique de vivre notre vie à la manière de Jésus de Nazareth… Ou, pour le dire mieux encore, il s’agit de laisser le Christ vivre pleinement en nous, puisque les différents éléments qui constituent notre vie (la santé, la nourriture, les relations…) sont déjà les balbutiements de la vie du Christ en nous. Alors nous passerons, comme le dixième lépreux, d’une vie en bonne santé ici-bas à une vie de plénitude en Dieu !

Cultivons-nous l’action de grâce ?

Pour les miracles ordinaires dont nous bénéficions,

Pour les médiations par lesquelles la vie nous est donnée,

Pour Celui qui nous invite à entrer en plénitude dans la Vie ?

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Nouvel Album…

Retrouvez quelques photos de la première profession de nos six frères le 31 août en cliquant ici !

Album photo de la profession

Album photo de la profession

En déplacement cette semaine, à la rencontre des frères de Ouagadougou, je vous donne rendez-vous la semaine prochaine…

À bientôt…

           

 

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Vie consacrée

 

Avec la nouvelle promotion de novices, nous venons de commencer notre parcours sur la vie religieuse. S’adjoignent à nous, pour ce parcours, deux novices Orantes et trois novices des Sœurs de la Providence de Saint André de Peltre. La variété des formes de vie consacrée est souvent méconnue, c’est pourquoi il n’est pas inutile d’aller regarder de plus près les textes de l’Église sur ce sujet :

vie religieuse« Dès les origines de l’Eglise, il y eut des hommes et des femmes qui voulurent, par la pratique des conseils évangéliques, suivre plus librement le Christ et l’imiter plus fidèlement et qui, chacun à sa manière, menèrent une vie consacrée à Dieu. Beaucoup parmi eux, sous l’impulsion de l’Esprit-Saint, vécurent dans la solitude, ou bien fondèrent des familles religieuses que l’Eglise accueillit volontiers et approuve de son autorité. A partir de là se développe providentiellement une admirable variété de sociétés religieuses. » 1965 Perfectae Caritatis 1,1 

Vie consacrée : Canon 573 § 1 :  « La vie consacrée par la profession des conseils évangéliques est la forme de vie stable par laquelle des fidèles, suivant le Christ de plus près, sous l’action de l’Esprit Saint, se donnent totalement à Dieu aimé par-dessus tout, pour que dédiés à un titre nouveau et particulier pour l’honneur de Dieu, pour la construction de l’Eglise et le salut du monde, ils parviennent à la perfection de la charité dans le service du Royaume de Dieu et, devenus signe lumineux dans l’Eglise, ils annoncent déjà la gloire céleste.

  • Instituts de vie consacrée Can 573§ 2 « Cette forme de vie, dans les instituts de vie consacrée érigés canoniquement par l’autorité compétente de l’église, les fidèles l’assument librement, qui, par des voeux ou d’autres liens sacrés selon les lois propres des instituts, font profession des conseils évangéliques de chasteté, de pauvreté et d’obéissance et, par la charité à laquelle ceux-ci conduisent, sont unis de façon spéciale à l’Eglise et à son mystère. »
          • Instituts religieux : Can 607: L’institut religieux est une société dans laquelle les membres prononcent, selon le droit propre, des vœux publics perpétuels, ou temporaires à renouveler à leur échéance, et mènent en commun la vie fraternelle.
          • Instituts séculiers : Can 710 : L’institut séculier est un institut de vie consacrée où des fidèles vivant dans le monde tendent à la perfection de la charité et s’efforcent de contribuer surtout de l’intérieur à la sanctification du monde.
          • Les ermites : Can 603 §1  Outre les instituts de vie consacrée, l’Eglise reconnaît la vie érémitique ou anachorétique, par laquelle des fidèles vouent leur vie à la louange de Dieu et au salut du monde dans un retrait plus strict du monde, dans le silence de la solitude, dans la prière assidue et la pénitence.
          • Les vierges consacrées : Can 604: 1. A ces formes de vie consacrée s’ajoute l’ordre des vierges qui, exprimant le propos sacré de suivre le Christ de plus près, sont consacrées à Dieu par l’Evêque diocésain selon le rite liturgique approuvé, épousent mystiquement le Christ Fils de Dieu et sont vouées au service de l’Eglise. 2. Afin de garder plus fidèlement leur propos et d’accomplir par une aide mutuelle un service d’Eglise conforme à leur propre état, les vierges peuvent s’associer entre elles.

 

  • Société de vie apostolique can 731: 1. A côté des instituts de vie consacrée prennent place les sociétés de vie apostolique, dont les membres, sans les vœux religieux, poursuivent la fin apostolique propre de leur société et, menant la vie fraternelle en commun tendent, selon leur mode de vie propre, à la perfection de la charité par l’observation des constitutions. 2. Il y a parmi elles des sociétés dont les membres assument les conseils évangéliques par un certain lien défini par les constitutions.

Pour en savoir plus sur ces différentes formes de vie consacrée cliquer ici

Associations de fidèles (Notamment un certain nombre de communautés nouvelles) can 298: Dans l’Eglise, il existe des associations distinctes des instituts de vie consacrée et des sociétés de vie apostolique, dans lesquelles des fidèles, clercs ou laïcs, ou encore clercs et laïcs ensemble, tendent par un agir commun à favoriser une vie plus parfaite, à promouvoir le culte public ou la doctrine chrétienne, ou à exercer d’autres activités d’apostolat, à savoir des activités d’évangélisation, des œuvres de piété ou de charité, et l’animation de l’ordre temporel par l’esprit chrétien.

Les laïcs associés aux instituts religieux ou aux monastères : Certains laïcs désirent partager l’idéal de vie chrétienne vécu par des instituts religieux. Ils leur demandent une forme de « rattachement » :

– certains, parce qu’ils souhaitent être aidés dans leur vie de prière quotidienne,

– certains parce qu’ils partagent un même désir de contribuer à l’effort de la société et de l’Eglise par des activités spécifiques : enseignement, santé, etc.

– d’autres parce qu’ils sont marqués par l’esprit du fondateur ou de la fondatrice de l’Institut religieux, la spiritualité, les engagements, … Tout en restant dans leur situation de laïcs, ils vivent, selon des modes divers, une fraternité humaine et spirituelle avec des religieux ou des religieuses.familles spirituelles

Pour en savoir plus sur les laïcs associés, voir le site de « Familles spirituelles », le deuxième grand rassemblement à Lourdes de ces « Laïcs associés » qui se tiendra les 18-19 et 20 octobre prochain… Et bien sûr le blog de l’Alliance Laïcs-Religieux de la Province Assomptionniste de France.

Alliance

 


 

La vie par ici

C’est le temps des chapitres locaux, ces rencontres communautaires de lancement d’année, où l’on fait le bilan de l’année précédente et la programmation de l’année qui s’ouvre. Nous venons donc de vivre notre chapitre local. Au noviciat le cadre est déjà bien structuré, il n’y a pas trop à inventer, mais certainement des accents à mettre en avant. Nous avons surtout pris le temps de nous partager, un peu plus en profondeur, nos parcours de vie, où l’on découvre toujours d’autres facettes de la vie des frères… Non pas pour satisfaire notre curiosité, mais pour mieux nous comprendre et nous accompagner sur notre itinéraire de vie. Nous avons ensuite, bien sûr, pris quelques résolutions pour progresser dans notre vie religieuse. La semaine prochaine ce sera le tour de la communauté de Komah, puis de celle de Ouagadougou où je participerai en tant que délégué du provincial.

Les deux frères en partance pour Tananarive, devraient être arrivés à bon port à l’heure où je vous écris. Ils étaient à Nairobi depuis une dizaine de jours, en plein durant cette triste actualité de la capitale Kenyane. Aucun frère de la communauté n’était dans les parages du centre commercial attaqué, mais nous étions tout de même en grande communion avec les victimes de cette folie meurtrière. Chacune de ces tristes nouvelles nous incite à être encore plus actifs dans le dialogue interreligieux, pour soutenir tous nos frères musulmans de bonne volonté, meurtris en leur propre sein, et pour tisser des relations de fraternité qui fassent barrage aux manipulations des idéologues de la haine.

À part cela, la vie continue au noviciat, entre cours, vie commune, travaux manuels, prière personnelle et communautaire… en attendant le lancement plus apostolique de l’année.

 

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Aimer comme Dieu !

 

26ème dimanche, année C, Lc 16,19-31 /

« Le pauvre Lazare : auprès d’Abraham… Le riche : en proie à la torture au séjour des morts. » Quel est votre sentiment au sortir de cette lecture : rassuré  d’être un jour consolé par Dieu ou inquiet de la sentence possible rendue par Celui-ci, au soir de votre vie ? Comme toujours, deux clefs de lecture doivent guider notre méditation : l’Évangile est Bonne Nouvelle et tout passage s’éclaire par la vie de Jésus ! Ce texte est une parabole et non le récit d’une rencontre. Il a donc valeur didactique et ne nous parle pas directement de la façon de faire de Jésus… Car, en effet, Jésus rejoindra aussi bien les pauvres que les riches… Il suffit de penser à Mathieu, à Zachée, aux nombreux collecteurs d’impôts qui partageaient sa table, ou encore aux banquets partagés. Encore une fois, ce texte nous invite à aimer comme Dieu : non pas sur la base des mérites, non en dévotions ardentes, mais avec un cœur toujours plus sensible !

Aimer : non pas sur la base des mérites !

En fait, Jésus reprend ici un conte bien connu d’origine égyptienne[1], mais en lui donnant une autre couleur. Car, dans le conte égyptien, on insistait sur les péchés du riche et sur les vertus du pauvre : arrivés dans l’au-delà, les deux passaient sur la balance des bonnes et mauvaises actions et chacun recevait sa récompense, en fonction de ses mérites – le fait qu’il soit pauvre ou riche n’y changeait rien ! Ici, par contre, on ne nous dit pas que le riche est spécialement mauvais  – puisqu’il veut voler au secours de ses frères – mais il est enfermé dans sa richesse, indifférent et aveugle au sort du pauvre. D’autre part on ne nous dit absolument rien sur d’éventuelles vertus du pauvre ! La parabole ne met donc pas l’accent sur la récompense aux mérites, mais sur l’amour gratuit de Dieu qui se laisse toucher par la misère de l’homme : le nom de Lazare ne signifie-t-il pas « Dieu aide » ? Sommes-nous capable d’aimer sans calcul, en nous laissant toucher, particulièrement, par nos frères souffrants ?

Aimer : non pas en dévotions !

Si l’on y regarde de près, cette parabole est une autre version de la parabole du « Bon Samaritain »… Car, on nous dit du riche qu’il était habillé de pourpre et de lin (pas simplement de vêtements luxueux comme le traduit la version liturgique), or le pourpre et le lin renvoient au vêtement du grand prêtre ! De plus, les chiens venant lécher les plaies de Lazare font référence aux païens, et évoquent l’impureté des plaies et des chiens dont le prêtre devait se garder… On retrouve ici tous les ingrédients de la Parabole du Bon Samaritain en d’autres termes : le véritable fils d’Abraham, accueilli en son sein, ce n’est pas le pur, le prêtre, le dévot, mais celui qui montre de la compassion envers son frère. Notre amour de Dieu ne doit donc pas s’abîmer en dévotions mais se concrétiser dans l’amour de nos frères souffrants. Il ne sert à rien de se prétendre chrétien si nos gestes ne suivent pas !

Aimer avec un cœur toujours plus sensible !

Le troisième élément que je retiens de cette parabole c’est que Dieu offre à chacun les moyens de grandir vers Sa ressemblance. Le pauvre Lazare, au portail de l’homme riche, est comme une chance offerte à cet homme pour changer son cœur, une « dernière chance » que Dieu lui envoie pour se convertir à l’amour de ses frères. Donc, lorsque Dieu nous demande  d’aimer notre prochain, il n’y a pas forcément à se creuser trop la tête pour savoir comment faire, mais tout simplement à cultiver la sensibilité de notre cœur pour voir et saisir les occasions que le Seigneur nous donne pour exercer notre amour. Dieu ne nous sollicite pas au-delà de nos forces… Et comme j’aime à le répéter, une Mère Theresa n’a pas du jour au lendemain ouvert des mouroirs, mais a commencé par offrir des savons aux enfants des rues…

Quittons le pays de la dissemblance pour rejoindre celui de la ressemblance, comme dirait saint Augustin…

Aimons comme Dieu, non pas sur la base des mérites,

non pas en dévotions,

mais avec un cœur toujours plus sensible,

semblable à celui de Dieu !



[1] Cf. Marie-Noëlle Thabut, L’intelligence des Ecritures, tome 6, p.347

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Écoute…

Offrir son écoute

Offrir son écoute

Savez-vous que l’écoute est tout un travail ? Comment permettre à chacun d’être entendu dans ce qu’il a à dire, et surtout de pouvoir se formuler à lui-même ce qu’il est en  train de vivre ?

« Quand je ne veux pas dire, c’est que j’ai beaucoup trop à dire… et surtout à me dire ! Le plus difficile n’est pas de se confier à autrui, mais de se dire à soi même ! Quand je dis : «Non, non je ne veux pas en parler… » Cela peut vouloir dire : « Aidez moi à en parler », ou encore, «Je voudrais être sûr de la confidentialité de notre échange » et surtout « Je ne voudrais pas que vous retourniez contre moi… ce que j’ai à dire… » Quand j’ai trop à dire et que je ne dis pas, cela peut s’exprimer en de multiples langages et en débordement qu’il me sera plus difficile de maitriser…» (Jacques Salomé)

Ma tâche de maître des novices m’amène à pratiquer cette écoute, parfois de façon intensive – 7h par jour durant la retraite-, à travers ce que l’on appelle l’accompagnement spirituel… Mais je constate qu’en  dehors de ce cadre, les demandes d’écoute ne manquent pas : avec une personne de passage, avec un employé, avec des paroissiens… Ayant travaillé un peu ces questions, lors de ma formation, j’avais envie de vous en partager quelques éléments, qui pourraient peut-être vous être utiles :

–      L’écoutant ne sait rien, ne comprend rien de l’histoire de l’autre, et son but n’est pas de comprendre. Même ses erreurs, en tant qu’écoutant, peuvent permettre à l’autre de se situer… C’est l’écouté qui sait ce qu’il vit. Son travail consiste donc à reconnaître la source de vie en l’autre, avec laquelle il peut avoir perdu le contact dans telle ou telle situation, et à le remettre en contact avec celle-ci, « ramener à son fond personnel ». Il ne peut tomber ni dans la curiosité, ni abonder dans le sens de l’écouté, ni chercher des solutions, ni faire le travail à la place de l’écouté, mais se tenir droit devant lui dans la Vérité…

–      Il n’y a pas de bon ou de mauvais écoutant, comme si c’était une qualité innée, mais l’écoute est un travail. Travail pour être attentif à ce que me dit l’autre, dans ses paroles, dans ses gestes, dans ses sentiments, dans ses silences ; travail pour instaurer la confiance…

–      L’écoute est aussi un combat pour faire advenir l’autre à lui-même, pour le faire accéder à ce qui est non-dit, pour ne pas se laisser disperser par les éléments du récit, pour ne pas lui servir la « sagesse des nations » (un propos général sur ce genre de situation) mais pour s’intéresser uniquement à l’écouté, à son ressenti, à ce qui se joue en lui à travers tel ou tel récit.

–      Ce travail ne consiste pas à faire le travail de la personne écoutée. Il ne s’agit pas de lui donner des solutions, de résoudre un problème, mais de lui permettre de trouver les mots pour se dire… De lui permettre de se remettre en connexion avec la Vie, avec la Vérité, avec son Désir, avec l’Esprit de Dieu qui travaille en lui…

–      L’écoute est un espace de liberté et de gratuité. Il ne s’agit pas de vouloir être efficace et de trouver une solution. Laisser place au silence quand il s’installe

–      Il n’y a pas de recette à appliquer dans l’écoute puisque chaque cas est unique. Appliquer une technique ou une recette nous met forcément en faux par rapport à ce qui se vit. Le principal travail de l’écoutant consiste à se tenir dans la Vérité devant l’autre. De se mettre en obéissance, en contact avec la Vie, pour entendre le vital en l’autre, le souffle de l’Esprit… Mon écoute n’est pas à deux termes (écouter l’autre) mais à trois termes (écouter la Vie, la Vérité, l’Esprit de Dieu en l’autre)…

Nous avons bien des occasions d’offrir notre écoute, et cela ne nous coûte rien (si ce n’est en temps et en disponibilité), mais quel beau cadeau à offrir autour de nous !


La vie par ici

La plupart des nouveaux religieux ont maintenant bien regagné leur nouvelle communauté… À Toulouse, Lyon, Ouagadougou… Ceux en partance vers Madagascar sont, pour l’instant, en transit à Nairobi où ils doivent faire leurs démarches au consulat malgache. Beaucoup de découvertes et d’adaptations en perspective : « Ici, c’est un autre monde, c’est-à-dire celui de l’électronique… » m’écrivait un des jeunes arrivé en France.

La nouvelle promotion 2013-2014

La nouvelle promotion 2013-2014

Quand aux nouveaux novices, il s’agit de reprendre avec eux tout le travail effectué avec leur prédécesseur, ce n’est pas de tout repos que de devoir recommencer chaque année à zéro… Je ne sais pas combien de temps je tiendrai ce rythme… Mais, il est vrai aussi que chacun est unique et que c’est une immense chance que de pouvoir accompagner ces jeunes dans cette étape si importante de leur vie…

À part cela, les pluies sont toujours là pour l’instant, le jardin pousse, même si certaines semences, nous arrivant de Roumanie ou de France, font de la résistance… Il y a quelques silures dans notre bassin de pisciculture, en attendant une solution plus durable pour l’approvisionnement en eau…

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Utile mais trompeur !

25ème dimanche, année C, Lc 16,1-13 /

Je ne sais pas ce qu’il en est de votre rapport à l’argent, mais peut-être vous dites-vous, comme moi, que le discours culpabilisant de l’Église  sur l’argent, « on en a  suffisamment soupé ! ». Ne constatons-nous pas que l’argent peut apporter beaucoup dans une vie ? Sécurité, paix face à l’avenir, confort, santé ?… Lisant cet évangile depuis un pays marqué par une pauvreté chronique, je ne peux m’empêcher de constater combien le manque d’argent est source de multiples maux : difficulté de scolarisation, non accès aux soins, corruption, rivalités entre proches… L’évangile de ce jour ne peut-il pas nous ouvrir une approche plus nuancée et plus juste de l’argent ? Puisque d’une part, dans ce texte, le « maître fit l’éloge » du gérant trompeur ayant utilisé l’argent à une fin durable : « se faire des amis, afin que, le jour où l’argent ne sera plus là, ces amis l’accueillent dans les demeures éternelles. » (cf. Lc 16, 9) ; et que, d’autre part, le texte dénonce l’Argent trompeur qui ne doit surtout pas devenir notre maître, notre « dieu » ! L’argent est donc utile, mais trompeur : pas une fin, mais un moyen ; pas qu’à moi, mais pour tous ; pas une grande affaire, mais une toute petite affaire !

Pas une fin, mais un moyen…

« Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’Argent (littéralement Mamon)! » (Lc 16,13) Voilà bien la pointe du texte, non pas la remise en cause de l’outil argent, mais la mise en garde que ce serviteur peut nous asservir et devenir notre maître, notre dieu. D’où le terme employé avec une majuscule désignant, ici, l’Argent personnifié et divinisé. Il n’est pas nécessaire d’aller chercher bien loin les multiples exemples du dieu Argent qui asservit les hommes et le monde. La crise financière et économique mondiale, ainsi que les regards obnubilés par les indicateurs économiques l’illustrent parfaitement. Mais l’évangile fait aussi l’éloge de ce gérant trompeur qui réussit à tromper l’Argent-trompeur, d’une certaine manière, en le ramenant à ce qu’il devrait toujours être : un outil au service de l’essentiel de nos vies, exprimé ici en termes de moyen pour se faire des amis. Car l’Argent est aussi trompeur lorsqu’il nous promet le bonheur alors qu’un jour « il ne sera plus là ! » (Lc 16,9) Revenons donc toujours à l’essentiel de nos vies : l’amitié, la fraternité, l’amour envers les hommes et envers Dieu, qui eux sont durables et passeront la mort ! Utilisons-nous effectivement l’argent comme un outil au service de cette fin ?

Pas qu’à moi, mais pour tous…

Une deuxième tromperie de l’Argent consiste à nous faire croire qu’on le possède uniquement pour nous, alors que nous n’en sommes que les gérants. Tous les biens de la Terre sont donnés gratuitement par le Seigneur au service de l’humanité entière. Bien sûr nous avons droit à un juste salaire, et nous avons gagné (en principe) l’argent que nous possédons, mais, si l’on y réfléchit un peu, que peut bien vouloir dire qu’au Canada ou en France le revenu mensuel moyen par foyer soit environ de 2700€ (3700$) alors qu’au Togo il est de 30€ (40$) ou encore de 11€ (15$) au Congo RDC ? Je sais bien que ces chiffres bruts ne veulent pas dire grand-chose, mais tout de même !!! « Se faire des amis avec l’argent trompeur », au sens de l’évangile n’a donc certainement rien à voir avec ces gens très riches entourés d’une cour superficielle profitant des largesses de ces nantis ; mais cela a certainement à voir avec cette autre parole de l’Évangile : « Ce que vous avez fait à l’un de ses petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Mt 25,40) Nous mettons beaucoup d’énergie à acquérir de l’argent, mais quelle énergie mettons-nous pour inventer de nouvelles solidarités, des relations plus équitables, une meilleure répartition de l’accès aux biens de la Terre ?

Pas une grande affaire, mais une toute petite affaire…

Le troisième enseignement de notre page d’évangile nous permet, lui aussi, de mettre les choses en perspectives : «  Celui qui est digne de confiance dans une toute petite affaire est digne de confiance aussi dans une grande. […]  Si vous n’avez pas été dignes de confiance avec l’Argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ? » (Lc 16,10-11) La parole du Christ exprime que la bonne gérance de nos biens est une chose bonne, mais que ce ne doit pas être la grande affaire de notre vie. Cette gérance n’est certainement qu’un lieu d’apprentissage pour la gestion du bien véritable, du trésor qui est nôtre et non pas « étranger », c’est-à-dire les richesses du Royaume de Dieu ! Être dépositaire des richesses du Royaume –la fraternité, la justice, la paix, la foi, l’espérance, la charité…– et les faire fructifier, voilà ce qui devrait être la grande affaire de notre vie !

Alors non, ne dévalorisons pas l’outil argent, mais reconnaissons :

Qu’il n’est pas une fin, mais un moyen,

Qu’il n’est pas que pour moi, mais pour tous,

Qu’il n’est pas la grande affaire de notre vie, mais « qu’une toute petite affaire » !

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