Après quelques jours de silence en raison des fêtes et des absences, je reprends mes bonnes habitudes en ce début d’année 2014…
Voici donc une nouvelle année qui s’ouvre devant nous : temps des bonnes résolutions, des bons vœux, d’un dynamisme renouvelé… Le constat aussi, pour plusieurs, que les années semblent passer de plus en plus vite, au fur et à mesure que nous avançons en âge…
Mais aussi, reconnaissons-le, cette date de début d’année grégorienne est toute symbolique : pour nous, chrétiens, le début d’année commence au premier dimanche de l’Avent et, si l’on se fie aux historiens, nous serions plutôt vers 2018 ou 2020 après la naissance de Jésus ; pour les juifs, c’est à la fête de Rosh Hachana, le 1er de Tichri (vers septembre, octobre), que débute la nouvelle année, et nous sommes en 5774 du calendrier juif ; pour les musulmans, le premier jour du mois de Muharram, a débuté cette année le 4 novembre dernier, et ils en sont à l’année 1435 de l’Hégire… Et si on allait voir du côté de l’Asie, nous aurions bien d’autres calendriers, avec notamment la fête du Têt qui se tiendra le 31 janvier cette année…
Bien sûr nous avons besoin de rythmes et de repères, le mérite du calendrier grégorien est certainement de fédérer bien des cultures et des religions dans un calendrier qui s’impose comme « universel », mais en même temps, ne nous laissons pas trop prendre par le rythme commercial que l’on veut nous imposer ! Je ne suis pas très vieux, mais je sais bien que dans mon enfance, et cela était encore plus vrai pour nos parents et grand parents, la fête du Nouvel An passait plutôt inaperçue, la grande fête de fin d’année était bien la fête de Noël ! Aujourd’hui on nous parle des « fêtes de fin d’année », de « l’arbre des fêtes » et certains nous invitent, le 25 décembre, à célébrer le « solstice d’hiver » !
Quels rythmes, nous donnons-nous ? Il me semble que l’année liturgique est bien plus riche que l’année civile et elle ne nous incite pas à prendre de bonnes résolutions que nous ne pourrons pas tenir, mais nous offre, dans l’année, des temps de conversion, notamment le carême (mais aussi le « petit carême de l’avent ») pour nous entraîner à une vie plus belle… Quarante jours pour s’initier à une vie meilleure me semblent plus profitables que quelques souhaits formulés à la vite au nouvel an… Cette année liturgique nous offre également des temps de réjouissance, non pas fondés sur des fêtes artificielles à construire à grands coups de dépenses en feu d’artifice et autres réveillons, mais sur des vérités fondamentales qui sont sources de joie profonde. Noël : Dieu a pris chair, il est venu nous rejoindre pour nous mener à Lui… Pâques : le mal et la mort n’ont pas le dernier mot, mais la Résurrection du Christ qui préfigure notre propre résurrection, c’est elle qui a le dernier mot !…
Je reconnais cependant que l’échange des vœux est une très bonne chose et nous permet de renouer des liens parfois distendus, mais cet échange de vœux est d’abord lié à Noël, avec l’envoi de belles cartes de Noël et non pas au nouvel an grégorien, avec des cartes, souvent bien fades : un bouchon de champagne qui saute, ou des représentations de boites de cadeau sur fond brillant, c’est pas terrible…
Je vous souhaite donc, pour 2014, de trouver le bon rythme…
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La vie par ici
Les fêtes de Noël et du Nouvel An se sont bien passées, en paroisse, elles furent plutôt calmes… Les jeunes, environ 300, se sont rassemblés au Centre Culturel, après la messe du 31 décembre au soir, pour passer dans la joie le cap de 2014.
Je rentre aussi du Burkina-Faso, pour quelques jours de travail (de la commission formation) et de rencontre avec les frères de Ouagadougou. C’est toujours un plaisir de pouvoir souffler un peu et retrouver les frères, notamment « mes » anciens novices…
Nous reprenons, maintenant, le bon rythme du temps ordinaire…











Au-delà des apparences !
12 janvier 2014, Baptême du Seigneur, année A, Mt 3,13-17 /
Depuis la naissance dans une mangeoire, et à chaque étape de la vie de Jésus de Nazareth, nous sommes appelés à un acte de foi, au-delà des apparences : Ce petit enfant, emmailloté dans une mangeoire serait le Verbe de Dieu par qui tout existe !? Ce jeune homme qui vient se faire baptiser parmi les pécheurs serait le Fils de Dieu !? Cet homme défiguré par les outrages et qui se meurt en croix serait le Sauveur du Monde !? La question est toujours là-même, et beaucoup de gens nous interpellent : « Vous pensez vraiment que cet illuminé, mort il y a deux mille ans, est d’un quelconque intérêt pour nous aujourd’hui ? Vous croyez vraiment qu’il a sauvé le monde alors que notre monde semble toujours aller aussi mal ? Vous vous imaginez que vos églises qui se vident ont un quelconque avenir ? » Oui, oui et oui, loin de nous aveugler, la foi au Christ nous permet de voir le sens profond de notre histoire au-delà des apparences ! C’est bien ce même regard de foi auquel sont invités les contemporains d’Isaïe ou de Jean Baptiste : Au-delà des apparences, « celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en qui j’ai mis tout mon amour. » !
Au-delà des apparences, Jésus de Nazareth est bien le Centre de l’histoire !
Le baptême de Jean était un baptême de purification et de conversion, rappelez-vous ses paroles de feu : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc des fruits qui expriment votre conversion… » (Lc 3,7-8) Et voilà que Jésus de Nazareth vient se faire baptiser parmi les pécheurs… A-t-il besoin de conversion ? Si oui, est-il vraiment le Messie ? Jean lui-même s’interrogera « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » (Lc 7,19) Interrogation reprise par les juifs bien-pensants : « Cet homme qui passe son temps avec les impurs et les pécheurs ne peut pas être le Messie… » Aujourd’hui, l’interrogation s’est déplacée, mais elle persiste : si ce Jésus de Nazareth, que l’on veut bien admirer pour sa compassion et son humanité, était vraiment Dieu, il nous en aurait « mis un peu plus dans la vue » ! Eh bien, nous, croyants, nous affirmons que cet homme sans éclat est le Centre de l’Histoire, l’alpha et l’oméga, le Verbe de Dieu par qui tout fut créé et par qui tout existe ! D’où nous vient cette prétention ? De notre foi, reçue et approfondie jour après jour, qui rejoint une intuition profonde inscrite en nos cœurs : finalement, contrairement aux apparences, cette simplicité, cet amour jusqu’au bout, ce don total, cet effacement devant les hommes : ce sont bien les manières de Dieu !
Au-delà des apparences, le monde est sauvé !
Plusieurs figures du Messie étaient présentes dans l’Ancien Testament : un Messie triomphant ou un Messie serviteur-souffrant… Sans ambigüité, Jésus ne reprendra à son compte que la figure du serviteur souffrant, laissant entendre que son triomphe ne ressemble en rien à celui imaginé par les hommes : « Mon royaume n’est pas de ce monde… » (Jn 18,36). C’est donc bien dans sa vie donnée jusqu’au bout, dans l’amour plus fort que la haine, que le mal a été vaincu une fois pour toute, malgré les apparences… Ne confondons pas notre rêve d’éternité et le Salut auquel nous sommes appelés ! Si notre monde était parfait et éternel, il serait mort ! Car la vie est, au contraire, cet amour à construire à travers, ou grâce, aux aléas de notre vie personnelle, ou de l’histoire du monde… Si notre être était semblable à une sphère parfaite, il n’y aurait aucune prise pour la rencontre, pour l’amour, pour la croissance… Mais puisque notre être est fragile, faillible, blessé, il est justement capable de rencontre, d’amour, de croissance… Le Salut de notre monde n’est donc pas l’anéantissement de sa fragilité, de ses soubresauts, de sa violence, mais l’ouverture de cette vie ambivalente à une autre Vie ! Nous n’avançons pas dans un mur, mais vers le Royaume de Dieu, qui est en train de se déployer, au-delà des apparences ! Le mal et la mort n’ont pas le dernier mot : notre monde est sauvé !
Au-delà des apparences, l’Église est bien l’avant-garde du Royaume qui vient !
On peut, bien sûr, se saisir de toutes les imperfections de l’Église pour la rejeter, la décrier et surtout s’éviter d’entendre ses interpellations relatives à une vie plus juste, plus vraie, plus respectueuse de l’être humain -depuis la conception jusqu’à la mort, en passant par toutes les vies apparemment sans intérêts et non productives-… Et, cependant, au-delà des aléas de l’histoire, au-delà des apparences, cette Église de pécheurs, qui prit naissance à partir des quelques disciples de Jean qui prirent au sérieux la voix venue du Ciel : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour. » (Mt 3, 17), est bien l’avant-garde du Royaume qui vient ! Ne crée-t-elle pas une fraternité universelle, au-delà de toutes frontières ? Son histoire ne regorge-t-elle pas d’hommes et de femmes qui ont, de siècle en siècle, comme le Christ, fait triompher l’amour au sein des conditions de vie les plus inhumaines ? Et, aujourd’hui encore, n’est-elle pas un rempart face au monde de l’argent, du pouvoir, de la domination, du matérialisme, du désenchantement ?
Un jeune homme s’est fait baptiser par Jean, dans le Jourdain il y a deux mille ans…
Et la face du monde en fut changée…
Au-delà des apparences, croyez-vous cela ?