Revêtir le Christ !

16 février 2014, 6ème dimanche du temps ordinaire, année A, Mt 5,17-37 /

Que d’exigences dans cette page d’évangile : ne pas se mettre en colère contre son frère, ne pas désirer du regard la femme d’autrui, supprimer le membre qui nous entraine au péché, ne faire aucun serment… Mais est-ce possible ? Mettre la barre si haute ne risque-t-il pas de décourager ? En fait, ne nous y trompons pas, ce n’est pas par ses discours que Jésus accomplit la loi de Moïse, mais par sa propre vie, ses propres attitudes… N’interprétons donc jamais les propos de Jésus en dehors de ce que fut sa vie : il s’est mis en colère au Temple ; il n’a pas condamné la femme (ni l’homme) adultère ; il ne s’est pas mutilé et n’a invité aucun de ses disciples à le faire ; il n’a fait aucun serment mais a agi avec justesse en chaque situation ! Ainsi, puisque le chrétien est configuré au Christ ressuscité, il peut, par la force de l’Esprit Saint qui le sanctifie, se libérer de l’homme ancien et revêtir cet homme nouveau révélé par le Christ ! Trois attitudes alors : accomplir la loi, aller à la racine, revêtir le Christ.

Accomplir la loi !

« Je vous laisse un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés ! » (Jn 13,34) Voilà finalement à quoi se résume la loi nouvelle apportée par le Christ, ou plutôt l’accomplissement de la loi ! Alors surtout, ne saisissons pas les propos de cet évangile pour nous enfermer et enfermer les autres dans des préceptes qui mutilent, qui emprisonnent, qui empêchent de vivre ! Situons-les plutôt dans ce long et lent cheminement de l’humanité qui doit apprendre à aimer pour entrer dans la vie de Dieu. Dans une première étape, la loi de Moïse a donné les règles de base à respecter pour permettre de vivre ensemble : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas tromper… Mais l’amour nous invite à plus que le minimum requis : « Une fois pour toutes t’est donc donné ce court précepte : AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX ; si tu te tais, tais-toi par amour ; si tu parles, parle par amour ; si tu corriges, corrige par amour ; si tu pardonnes, pardonne par amour ; aie au fond du cœur la racine de l’amour : de cette racine il ne peut rien sortir que du bon » (st Augustin, commentaire de la première épitre de Jean 1 Jn 7.8).

Aller à la racine !

Le Seigneur nous invite donc à revoir toutes les propositions de la loi, non dans une approche scolastique qui pinaille sur les détails et qui recherche des solutions acceptables ou des compromis, mais en s’attaquant à la racine des problèmes. Si l’on bannit de son cœur la moindre colère, la question du meurtre ne se pose plus. Si l’on résout nos différends avec nos frères, nous n’avons plus de raison de nous mettre en colère. Si l’on enlève de son cœur le désir impur, la question de l’adultère ne se pose plus. Si l’on vit dans la vérité l’instant présent, il n’y a plus à faire de serment… Pour aller encore plus à la racine, si l’on aime son frère, si l’on cherche à comprendre ses blessures, ses difficultés, si l’on pose un regard bienveillant sur lui, si l’on cultive le pardon, alors on se libère de toutes ces questions : « C’est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés. Donc tenez bon et ne vous remettez pas sous le joug de l’esclavage [de la loi]. » (Ga 5,1)

Revêtir le Christ !

«  Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. » (Ga 3,27) Comme je le disais en introduction de cette méditation, finalement il s’agit toujours de contempler les façons d’être et d’agir du Christ et les faire nôtres ! Les propos du Christ ne sont là que pour nous donner des clefs de lecture de ce qu’il vit. Nous n’avons donc pas à nous demander s’il faut nous arracher les yeux, où nous émasculer (comme Origène), mais à nous laisser configurer au Christ, par la force de son Esprit. L’attitude fondamentale ne consiste donc plus à vouloir maîtriser notre vie dans ses moindres détails, mais au contraire à nous désapproprier de nous-même, à ne plus centrer nos énergies et nos attentions sur nous-même, mais sur le Royaume en marche et sur nos frères, particulièrement nos frères souffrants. Croyez-vous que la bienheureuse Térésa de Calcutta serait parvenue à un tel degré de sainteté, si elle était restée dans son rôle de sage enseignante, cherchant une vie de perfection par l’observation des préceptes religieux ? C’est en « sortant vers les périphéries » (cf. pape François) qu’elle a réellement revêtu le Christ ! Oui, l’amour peut nous entraîner loin, bien plus loin que l’observance de la loi, si exigeante soit-elle !

Alors, que cette page d’Évangile ne nous fasse pas peur, il s’agit tout simplement :

D’accomplir la loi, d’aller à la racine et de revêtir le Christ !

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Silence !

Il y a toute sorte de silences ! Des silences habités, des silences vides, des silences pesants…

Cela étonnera peut-être plusieurs d’entre vous, mais alors que j’apprécie la musique et suis moi-même musicien, je n’écoute quasiment jamais de musique ! À la fois pour des raisons techniques (sans électricité ce n’est pas évident), mais aussi parce que je n’arrive pas à me concentrer en écoutant de la musique. C’est grâce à mon ordinateur que je pourrais écouter de la musique, mais je ne peux pas l’allumer en-dehors de mes temps de travail pour économiser la batterie… Le seul lieu où je serais disponible ce serait lors des voyages en voiture, mais la radio ne fonctionne pas dans notre voiture et le lecteur de CD ne supporte pas l’état des routes, sans parler des enceintes qui font pitié… En fait, ce n’est pas vraiment propre à ma situation matérielle actuelle, déjà durant mes années Québécoises, il en était ainsi – de façon un peu moins radicale –. J’ai besoin d’être tout disponible à ce que j’écoute, et je n’en ai que rarement l’occasion. Je regrette vraiment les beaux concerts auxquels j’ai pu participer à Québec grâce à mes généreuses amies mélomanes. Bref, je vis donc dans le silence, d’autant plus que notre communauté se trouve en pleine brousse… Mais ce silence-là ne me pèse pas ! Peut-être certain me trouvent-ils chanceux de pouvoir vivre dans le silence…

Force des Nations Unies au Nord-Kivu

Force des Nations Unies au Nord-Kivu

En fait, ce qui a motivé le thème de cette lettre, c’est un autre type de silence : le silence assourdissant relatif à nos frères enlevés au Congo (RDC). Depuis un mois environ, les forces armées nationales, appuyées par les forces de l’ONU, ont enfin décidé de combattre les nombreux groupes rebelles qui sévissent dans le Nord-Kivu depuis environ trois décennies… Les ADF/ Nalu ; les ADF ; Les différents groupes Maï-Maï, les FDLR, les APCLS, les FDC… J’essaie de lire, quasiment chaque jour, les nouvelles sur le site Internet de Radio Okapi, dans l’espoir que ces opérations apportent la liberté, ou au moins des nouvelles des otages : les différents responsables militaires nous disent que les opérations se passent globalement bien, à part les rebelles qui se rendent sans leurs armes… Mais depuis toutes ces semaines pas un mot sur les 700 otages aux mains de ces rebelles ! Je constate une fois de plus que la vie ne semble pas avoir le même poids, sous toutes les latitudes… Un otage français on en parle beaucoup, et au minimum au moins une fois par semaine… Mais 700 otages congolais pas un mot ! Loin de moi, l’idée d’incriminer les médias occidentaux, c’est d’abord aux peuples concernés de se bouger ! Radio okapi, n’est pas un média international, mais un média congolais, que je trouve d’un silence assourdissant !

Au noviciat aussi, nous vivons différents types de silence : les beaux silences des deux temps d’oraison quotidiens ou d’adoration hebdomadaire : chacun y est à sa tâche, un silence habité par la Parole de Dieu et sa disponibilité à la présence du Seigneur. Le temps y passe trop vite, même aux dires des novices qui sont rentrés dans ce rythme et y trouvent leur joie ! Le silence des temps de lecture et de travail en chambre, ici aussi des silences habités qui nourrissent nos esprits. Les silences à table, sont un peu plus problématiques. Comment nourrir la conversation trois fois par jour, alors que nous vivons ensemble tout au long du jour et que les tempéraments ne sont pas forcément très expressifs ? De plus dans la culture africaine on ne parle pas à table, surtout lorsqu’on est un « petit ». Heureusement de temps à autre la discussion s’anime. Mais j’aime aussi y faire la lecture, à la manière monastique, des biographies des frères qui nous ont précédés. Et puis il y a les silences pesants des conflits, des non-dits, de ce que l’on aimerait dire à l’autre et que l’on n’ose pas ! Heureusement ils sont rares…

Pour conclure, voici quelques propos de notre fondateur, le P. Emmanuel d’Alzon, qui datent de 1859 : « Une des plus grandes force de l’âme religieuse, c’est le silence. Le prophète a dit : ‘Votre force sera dans le silence et l’espoir’ (Is 30,15), c’est-à-dire la prière. Ces deux grands moyens de sanctification se donnent la main : sans le silence, point de recueillement; sans recueillement, point de vie intérieure. En effet, si je parle trop, comment puis-je espérer d’écouter en moi ce qu’y dira le Seigneur mon Dieu ?… Comment puis-je espérer de lui être uni ?… Comment puis-je me préparer à cette union, soit par des retours sur le passé, qui me feront détester mes fautes et purifier mon âme, soit par des actes d’adoration et d’amour qui veulent une grande paix et une grande solitude de l’âme ?… » (Ecrits spirituels pp.88-89)

Et vous, vous offres-vous des temps de silence ?

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Comment « briller devant les hommes » ?

9 février 2014, 5ème dimanche du temps ordinaire, année A, Mt 5,13-16 /

« Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde… » (Mt 5,13-14) À première vue, on pourrait penser, d’une part, que ces versets flattent l’égo des chrétiens et, d’autre part,  qu’ils nous incitent à sortir fièrement nos étendards, nos bannières, nos ostensoirs pour montrer au monde qu’on existe et qu’on a une vérité, si ce n’est « la » vérité, à leur annoncer ! Cette interprétation correspond bien à l’attitude de certains nouveaux convertis, ou nouvelles communautés. Pourtant, en regardant le texte de plus près et à la lumière de la première lecture ou de la vie du Christ, l’invitation est tout autre ! Il s’agit de briller, aux yeux du monde, par le bien ; de briller ensemble et de briller pauvrement !

Briller par le bien !

«  Que votre lumière brille devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. » (Mt 5,16) La façon dont le Christ nous demande de briller est claire : il ne s’agit pas de faire la leçon aux autres, cela scribes et pharisiens le faisaient très bien, mais de briller par notre unité et par notre charité : « Que tous soient un en nous… afin que le monde croie. » (Jn 17, 21) « A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13,35) La première lecture, tirée du livre d’Isaïe, l’illustre très bien : «  Partage ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l’aurore… » (Is 58,7-8) Je ne voudrais pas opposer, outre mesure, témoignage par les actes et témoignage par la Parole de vérité, mais toujours est-il que la Parole que nous avons à annoncer ne peut être accueillie en vérité que si notre vie correspond à ce que nous annonçons ! C’est peut-être une évidence, mais ne l’oublions pas lorsque nous entendons « Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde ! »

Briller ensemble !

Le deuxième élément que je retiens, c’est l’invitation à « briller ensemble » ! L’évangile ne dit pas « tu es le sel de la terre… tu es la lumière du monde », mais « vous êtes… ». Jésus s’adresse « aux disciples rassemblés autour de lui sur la montagne » ! Un peu plus loin, il parle d’une « ville sur une montagne qui ne peut être cachée ». J’entends, ici encore, l’invitation à témoigner ensemble, en Église, à partir d’une communauté qui vit ce qu’elle annonce : une fraternité universelle ! Avec nos Églises chrétiennes qui se sont excommuniées mutuellement ; avec les chrétiens « tradis » ou « progressistes » qui s’excluent mutuellement ; avec les « communautés nouvelles » qu’on oppose aux « vieilles congrégations », etc., de quoi prétendons-nous témoigner ? Je me souviens d’un jeune chrétien, plutôt conservateur, accueilli dans notre communauté et faisant la leçon à nous autres, religieux-prêtres, en nous disant que lui, quand il sera prêtre, sera un vrai prêtre… pas comme nous ! Sauf que sa vocation fut de courte durée, quelques mois plus tard il était déjà en couple… Mais sa réaction reflétait ce que l’on inculque dans certains milieux chrétiens : un dénigrement des frères aînés dans la foi trop « soixante-huitards », trop Vatican II, trop fondus dans la masse, etc… Quel contre-témoignage que ces chrétiens zélés prétendument parfaits !

Briller pauvrement et avec les pauvres !

Le passage que l’on médite suit tout juste le récit des béatitudes, ce qui donne : Heureux vous les pauvres de cœur : vous êtes le sel de la terre ! Heureux les doux, vous êtes la lumière du monde ! Heureux ceux qui pleurent : vous êtes le sel de la terre ! Heureux ceux qui ont faim et soif de justice : vous êtes la lumière du monde ! Heureux les miséricordieux, les cœurs purs, les artisans de paix, les persécutés : vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ! Je trouve que de mettre ces deux textes en perspective nous évite bien des contresens : il s’agit de briller de notre pauvreté, de notre douceur, de nos fragilités… qui nous ouvrent à la soif de plénitude et à la vie de Dieu ! Nous sommes bien loin des bannières au vent de nos certitudes ! Cela va plutôt avec accompagner les pauvres et les laissés pour compte : « Le pauvre, quand il est aimé, ‘est estimé d’un grand prix’, et ceci différencie l’authentique option pour les pauvres d’une quelconque idéologie, d’une quelconque intention d’utiliser les pauvres au service d’intérêts personnels ou politiques. C’est seulement à partir de cette proximité réelle et cordiale que nous pouvons les accompagner, comme il convient, sur leur chemin de libération. C’est seulement cela qui rendra possible que ‘dans toutes les communautés chrétiennes, les pauvres se sentent “chez eux”. Ce style ne serait-il pas la présentation la plus grande et la plus efficace de la Bonne Nouvelle du Royaume ?’ Sans l’option préférentielle pour les plus pauvres ‘l’annonce de l’Évangile, qui demeure la première des charités, risque d’être incomprise ou de se noyer dans un flot de paroles auquel la société actuelle de la communication nous expose quotidiennement’ ». (Evangelii Gaudium n°199)

Oui nous sommes invités à « briller devant les hommes » !

Mais à briller par le bien… ensemble… pauvrement et avec les pauvres !

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La vie par ici… suite…

Cette semaine encore, juste quelques nouvelles pour accompagner la méditation dominicale… Une semaine bien remplie :

 

Marche de la fraternité interreligieuse à Tchamba

Marche de la fraternité interreligieuse à Tchamba

  • Samedi dernier, le deuxième volet de la marche de la fraternité interreligieuse (dans la localité voisine de Tchamba) fut une belle réussite… La marche à Sokodé avait rassemblé environ 3000 jeunes, celle de Tchamba environ 600, pas mal pour une première…
  • Le concert des chorales chrétiennes, dans le cadre de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, fut aussi un très beau temps où 7 chorales de différentes paroisses presbytériennes et catholiques se sont produites, au Centre Culturel Saint Augustin, devant environ 300 spectateurs ravis…
La chorale oecuménique

La chorale oecuménique

 

  • Dimanche, cinq amis presbytériens engagés dans l’animation de ces chorales, se sont joints à la table dominicale du noviciat… Un temps très sympathique et chaleureux… Nous essayons, en effet, d’entretenir la tradition du noviciat, d’ouvrir notre table dominicale à divers invités.
  • Lundi, après le cours matinal sur la vie religieuse et la répétition de chants hebdomadaire, nous avons rejoint la paroisse de Komah pour la clôture de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens (toujours avec nos amis presbytériens). Nous avons la ferme volonté d’élargir la participation de cette semaine à d’autres paroisses catholiques et Églises chrétiennes l’année prochaine.
  • Mardi, cours de musique avec les postulants et émission de radio en soirée : suite de la lecture d’Evangelii Gaudium, dans le cadre de l’émission « Parole d’Église pour aujourd’hui »…
  • Mercredi, cours avec les novices sur la vie du Père d’Alzon puis dans l’après-midi conférence au Centre Culturel : « Est-il possible de se marier entre croyants de différentes Églises chrétiennes ou de différentes religions. » Après le visionnage d’un beau reportage sur la question (Emission protestante Kaïros, du dimanche matin), l’assemblée a pu poursuivre le débat en dialogue avec un beau panel d’intervenants presbytérien, musulman et catholique. Une belle assistance d’environ 80 personnes nous avait rejoints pour ce débat… Avec toujours la particularité d’une petite pause vers 18h pour permettre à nos amis musulmans de faire leur prière…
Emission sur les couples mixtes

Emission sur les couples mixtes

 

  • Jeudi… Journée plus calme, rythme habituel du noviciat…
  • Vendredi, après le cours matinal sur la règle de vie, qui inclut depuis quelques semaines une revue de presse… Ce fut la célébration d’accueil des nouveaux postulants à Komah. Une célébration toute simple dans le cadre des vêpres : l’entrée au postulat est en effet une étape relativement informelle, mais en même temps elle peut-être la plus importante puisque c’est à ce moment-là que le choix se fait intérieurement… Ce n’est pas une entrée à l’essai, même si la sagesse de l’Église nous ménage des étapes…
  • Ce samedi matin, cours biblique au Centre Culturel, nous parcourons de nouveau (mais avec des personnes différentes) le fameux récit d’Adam et Eve…
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Trouver la paix et la sérénité…

2 février 2014, Présentation du Seigneur au Temple,  Lc 2,22-40 /

« Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples : lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d’Israël ton peuple. » (Lc 2,29-32) Ce cri de foi, ce cri de joie, ce cri d’espérance de Syméon ne vous interpelle-t-il pas ? Dans la vie religieuse, nous le reprenons chaque soir à l’office des Complies, une façon de remettre notre nuit, notre vie, notre avenir, notre mort entre les mains de Dieu. Cela vaut la peine de nous arrêter sur ces quelques mots de Syméon : Que désirons-nous profondément ? Qu’est-ce qui peut nous donner la paix et la sérénité ? Notre cœur est-il en quête du bonheur –du salut– pour tous les peuples ?

Quel est notre désir profond ?

Je suis toujours surpris par l’unanimité des commentateurs de ce texte à nous parler du vieillard Syméon ! Or, nulle part dans l’évangile, on ne parle de l’âge de cet homme ! Un peu plus loin, au contraire, on précise que la prophétesse Anne avait atteint 84 ans… Est-ce la raison pour laquelle certains nous parlent des deux vieillards ? Ou en raison du fait que cet homme, qui « attendait la Consolation d’Israël », se dit maintenant prêt à mourir ? Le texte me semble encore plus impressionnant, si cet homme reconnaît avoir trouvé la paix et être prêt à mourir alors qu’il est peut-être encore jeune !… On sent que Syméon était tout tendu vers l’attente du Messie, l’attente du Sauveur, non seulement pour la « Gloire d’Israël », mais aussi, pour toutes « les nations païennes » ! Et c’est donc ce désir ardent qui va lui permettre de trouver la paix à la simple vision du Messie. Aussi interrogeons-nous : quel est notre désir profond ? Qu’est-ce qui pourra nous apporter la paix et la sérénité ?

Qu’est-ce qui peut nous donner la paix et la sérénité ?

Je me souviens d’une expérience de jeunesse, où j’avais fait l’expérience de la mort d’un proche qui, au-delà de la peine de la séparation, fut également une expérience d’une paix profonde, indicible, mais de l’ordre de cette conviction : « Puisque le Christ a vaincu le mal et la mort, plus aucun mal, plus aucune souffrance, ni même la mort n’a le dernier mot… Ainsi tous nos maux ici-bas ne sont que des vagues en surface qui n’entament pas la paix, la sérénité du courant profond qui anime nos vies. Avec la conviction de retrouver un jour cet ami disparu. » Je me rappelle, également, lors de ma courte expérience dans un service de soins palliatifs, de certaines personnes en fin de vie qui envisageaient leur départ soit avec révolte, soit avec sérénité… Ces dispositions étaient en partie liées à la foi du mourant, à son espérance mais dépendaient aussi de la sérénité dans ses relations avec ses proches, des conflits résolus ou non, des réconciliations vécues ou en attentes… Syméon, habité par l’Esprit, vivait son attente avec espérance, mais aussi peut-être avec des périodes de doutes, or, en contemplant le Messie, ses doutes disparaissent, son espérance devient sereine, et il est prêt à partir… N’est-ce pas une invitation à contempler sans cesse le visage du Christ, à nous laisser revêtir par l’Esprit, pour d’une part revisiter nos relations ici-bas afin de vivre les réconciliations nécessaires et d’autre part raviver notre espérance en la Résurrection vainqueur de tout mal et de toute mort ? Et ainsi envisager avec sérénité notre mort ?…

Notre désir est-il pour tous les peuples ?

Une troisième dimension est présente dans ce cantique de Syméon… Sa sérénité ne vient pas seulement d’une espérance raffermie pour son avenir personnel, ou celui de son peuple, mais de l’assurance d’un salut pour « tous les peuples », pour « toutes les nations païennes ». Au-delà de nos propres angoisses existentielles, nous touchons-là un autre point qui peut déstabiliser notre sérénité. Il s’agit de nos questionnements sur le sens de la vie, sur le bonheur possible pour tous, sur notre désir de fraternité universelle qui est mis à mal par les conflits, les guerres, les divisions… Et finalement du sentiment plus ou moins conscient que l’on ne peut faire son bonheur seul, en sachant des frères humains dans le malheur. Au contraire, le bonheur de Syméon est plénier, car il sait que le bonheur est maintenant possible et en marche, pour lui, pour ses proches (son peuple) et pour tous (tous les peuples) ! Sommes-nous également en quête de ce bonheur universel ?

Voici donc ce que nous fêtons dans cette fête de la présentation de Jésus au Temple :

Une explicitation des conséquences de la naissance du Messie…

Nos désirs profonds peuvent trouver en Lui leur « consolation »…

Une paix et une sérénité profonde peuvent désormais nous habiter…

Car le Salut –le Bonheur– est en marche pour moi, pour mes proches et pour tous !

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Présence réelle et protestantisme

Pour en finir avec les idées fausses qui circulent sur  la « non foi » des protestants en la présence réelle. Un article incontournable… mais, ne retrouvant plus cet article sur internet, je me permets de le republier ici, j’espère que les auteurs ne m’en voudront pas…

LA CENE

INTRODUCTION

Pour les Eglises de la Réforme, l’unité de l’Eglise est manifestée lorsqu’il y a la communion dans la Parole et les sacrements. Cette pleine communion est réalisée entre les Eglises luthériennes et réformées en Europe. Pourtant, en ce qui concerne la compréhension commune de la Cène, ce chemin s’est avéré particulièrement difficile. La Cène a été le sujet de discorde par excellence entre les Eglises protestantes depuis le 16e siècle. C’est pourquoi il nous paraît important de rappeler d’abord les enjeux de cette discorde, puis la manière dont les textes d’accord reformulent la question et évoluent vers la communion. Nous reprenons ensuite dans le détail une compréhension de la Cène à laquelle peuvent souscrire les réformés et les luthériens, ainsi que les questions qui se posent à nos Eglises dans le contexte contemporain.

En France, luthériens et réformés ont marqué leur accord en 1968, par les « Thèses de Lyon » sur la Parole, le Baptême et la Cène. En 1973, la Concorde de Leuenberg reprend des points litigieux, dont la Cène, en proposant une formulation approuvée par toutes les Eglises signataires en Europe. Ce travail de Leuenberg sur la Cène sera approfondi en 1994 avec l’adoption d’un texte à l’Assemblée plénière de Vienne sur « La doctrine et la pratique de la Sainte Cène ». L’Assemblée commune des Eglises luthériennes et réformées en France a publié en 1981 un texte commun : « La Cène du Seigneur ».(1) Ces textes d’accord manifestent la pleine communion qui existe entre luthériens et réformés, et la compréhension commune à laquelle on a pu aboutir. Celle-ci sera explicitée à partir de la notion de « communion » – « koinonia ».

LE SENS DE LA CENE

  • Nous utilisons ici le terme de « Cène », habituel dans le monde protestant. Il renvoie au dernier repas de Jésus avec ses disciples, fondement essentiel de ce sacrement. Cette appellation, d’ailleurs peu comprise par les contemporains non initiés, risque d’éveiller le malentendu d’une interprétation uniquement historique. Il est donc nécessaire de préciser que la Cène est pour les Eglises le « repas du Seigneur » (I Cor. 11/20), dont Jésus-Christ est la source et le centre. (2) L’usage plus actuel du terme d' »eucharistie » (lié à I Cor. 11/23) rappelle que cette célébration jaillit de notre reconnaissance face à l’amour de Dieu. Si cet aspect est primordial, il ne couvre pas à lui seul la richesse de sens de la Cène, d’où notre prédilection pour ce dernier terme.
  • Tout comme le Baptême, nous comprenons la Cène comme un « sacrement », signe et communication du salut offert par Dieu en Jésus-Christ, que la communauté des croyants célèbre par des actes cultuels. C’est là une traduction en latin du terme grec « mysterion », qui évoque le mystère divin, le mystère de la foi qu’est Jésus-Christ. La notion de sacrement renvoie à l’institution de la Cène par le Christ lui-même. (3) Historiquement, l’institution de la Cène a son origine dans le dernier repas de Jésus avec ses disciples, « la nuit où il fut livré ». La recherche historique n’a pas encore résolu toutes les questions liées à l’interprétation des divers témoignages néo-testamentaires de cet événement (I Cor. 11/23-26 ; Matth. 26/26-29 ; Marc 14/22-25 ; Luc 22/19-20). Mais la Cène ne se focalise pas sur ce repas ultime. Elle prend sens dans l’histoire du salut tout entière, depuis l’acte d’élection et de libération d’Israël par Dieu (commémoré dans le repas pascal), en passant par les repas de Jésus en compagnie des pécheurs, pour se réaliser en plénitude dans l’événement de Pâques, la présence du Ressuscité au milieu des siens et l’action de l’Esprit-Saint dans l’Eglise.
    « En partant de cette conception de l’institution, la célébration de la Cène a un triple fondement :
    – Le don de Jésus-Christ, son service pour les autres jusqu’à la mort et l’expérience de la présence du Seigneur ressuscité ;
    – l’histoire de Dieu le Père avec les hommes, dans laquelle Dieu délivre le pécheur de sa détresse et de sa culpabilité, l’accueille par son pardon et son amour, lui offre la communion et lui ouvre un avenir guidé par sa Parole ;
    – la présence du Saint-Esprit qui nous fait don de la foi, nous introduit dans la communion avec le Christ, nos soeurs et nos frères, nous libère et nous mandate pour témoigner et servir dans le monde, dans l’obéissance à Jésus Christ. » (Texte de Vienne – communion de Leuenberg, 1.2).
  • La liturgie de la Cène comprend ainsi les éléments suivants :
    – la préface : action de grâce et louange de Dieu
    – l’anamnèse : mémoire de l’oeuvre de Dieu en Jésus-Christ
    – les paroles d’institution
    – l’épiclèse : l’invocation de l’Esprit-Saint
    – le Notre Père
    – la fraction du pain
    – le repas du Seigneur, communion avec le Christ et les membres de la communauté
    – la louange et la proclamation de l’attente du Royaume
    – l’exhortation et l’envoi en mission.

A ces éléments s’ajoutent la confession des péchés et la déclaration du pardon, la confession de la foi et l’intercession pour l’Eglise et le monde, qui peuvent aussi se situer au début de la liturgie du culte. (Texte du Consistoire Supérieur de l’ECAAL, Liebfrauenberg du 18.11.95).

I. LA CENE POMME DE DISCORDE : RAPPEL HISTORIQUE

Une violente polémique opposa en particulier dans les années 1529 à 1580 l’Eglise catholique, LUTHER, les réformés ZWINGLI et CALVIN en particulier autour de trois enjeux :
1. le mode de présence du Christ
2. l’importance du sacrement par rapport à la Parole de Dieu et la prédication
3. le lien entre la Cène, l’individu et l’Eglise.

1. La présence du Christ

Au 16e siècle, catholiques et protestants affirmaient unanimement que le Christ est présent dans la Cène, que ce n’est pas là simplement une commémoration pour un mort, un repas du souvenir, ni même un repas entre humains. Le Christ est vraiment là. Mais le débat portait sur la nature de sa présence : est-elle « réelle »(4) (ou « corporelle », dans les espèces) ou « spirituelle » (dans la foi des croyants, suscitée par l’Esprit-Saint) ?

  • Le Concile de Trente, en 1551, répond à la Réforme par l’affirmation de la « transsubstantiation » (la conversion de la substance du pain et du vin en corps et sang du Christ, sous les apparences du pain et du vin). La doctrine luthérienne formulait cela de manière quelque peu différente : dans la Cène, le pain et le vin demeurent ce qu’ils sont, mais portent le corps et le sang du Christ (« in », « cum » et « sub »). Le luthéranisme était d’accord avec le catholicisme sur la présence « réelle » du Christ dans les éléments de la Cène, présence donnée par grâce et non en vertu de la foi des participants ou du célébrant. La présence du Christ est donnée, qu’il y ait foi ou non, mais elle ne peut vivifier que ceux qui la reçoivent dans la foi. Mais il y avait à l’époque une insistance plus grande du côté luthérien sur le fait que le sacrement de la Cène n’est pas constitué seulement par le pain et le vin, mais par les espèces précédées et accompagnées de la Parole de Dieu. L’opposition avec la doctrine catholique concernait une doctrine formulée par Trente en 1562 sur la messe comme sacrifice « propitiatoire » offert à Dieu pour les vivants et les morts, qui permet d’obtenir de lui le don de la grâce. L’Apologie de la Confession d’Augsbourg oppose le « sacrement » don de Dieu, au « sacrifice », œuvre humaine offerte à Dieu. Le luthéranisme pouvait concevoir un caractère sacrificiel de la Cène, mais sous forme d’ « action de grâce » (eucharistie) des humains en réponse au don de Dieu . (5)
  • ZWINGLI et les réformés suisses ont défendu une thèse radicalement différente : depuis l’Ascension, le Christ n’est plus présent corporellement sur la terre, sa présence est « spirituelle », c’est-à-dire réalisée par l’action de l’Esprit-Saint. Celui-ci rend le Christ présent dans les cœurs  des croyants. De ce fait, si une transformation s’opère dans la Cène, ce n’est pas celle des espèces, mais du coeur des participants. Le pain et le vin n’ont qu’une importance « symbolique », comme « signes » renvoyant à la présence du Christ, et non comme les instruments qui réalisent le salut. La parole de Jésus, « ceci est mon corps », était interprétée par les Zwingliens dans le sens : « ceci signifie mon corps ». C’est pourquoi la prière d’épiclèse demande que l’Esprit-Saint vienne sur les participants pour les transformer, alors que les luthériens demandent aussi la venue de l’Esprit sur les espèces.
  • CALVIN eut pour souci de concilier l’insistance sur la réalité de la présence du Christ et l’importance accordée à l’action de l’Esprit-Saint. Selon lui, le pain et le vin ne sont pas transformés lors de la célébration de la Cène, mais lorsque les croyants prennent le pain et le vin, l’Esprit donne intérieurement ce qui est « figuré » extérieurement par les espèces : à travers elles les croyants reçoivent le Christ lui-même.

2. La compréhension du sacrement

  • Cette compréhension très différente de la présence réelle ou symbolique du Christ a généré une vision différente de l’importance de la Cène : pour les partisans de la présence « réelle » (ou « corporelle »), elle représente « la source et le sommet de la vie chrétienne » puisqu’il s’agit de la rencontre physique avec le Ressuscité, qui nourrit tous les autres aspects de la vie spirituelle. Elle est, comme la Parole et le baptême, « moyen de grâce ». Les documents d’accord sur la Cène privilégient le sens de la présence « réelle » du Christ sur le sacrement comme un moyen de grâce.(6)
  • Les Zwingliens et les Calvinistes ont tendance à considérer la Cène comme signe de grâce parmi d’autres, procédé pédagogique que Dieu nous donne pour nous rappeler son amour, ou pour témoigner de ses dons face au monde. La prédication a pour ces traditions un rôle plus primordial que pour le luthéranisme.
  • Ces conflits mettent en évidence un enjeu plus profond, qui demeure une difficulté dans les dialogues des différentes Eglises issues de la Réforme : la compréhension du sacrement (cf. dossier « baptême » où cet enjeu est explicite dans les détails). Pour les protestants se situant dans la mouvance de ZWINGLI, le sacrement constitue la première réponse éthique du croyant à la grâce déjà obtenue et attestée par la Parole. Pour les luthériens et les catholiques, les sacrements sont les moyens de salut.(7) Calvin se situe dans une ligne plus proche du zwinglianisme : nous avons besoin de la Cène à cause de notre « rudesse et infirmité », la Cène sert de « béquilles » pour les chemins de la foi (8).

3. La Cène et l’Eglise

  • Un autre point de désaccord au 16e siècle, mais qui ne se pose plus de la même manière aujourd’hui, est la question du lien entre la Cène et l’Eglise. Pour Luther, la Cène apporte le salut et fortifie la foi pour les combats de la vie chrétienne. Elle console, soulage et affermit. Pour ZWINGLI et ses successeurs, elle est d’abord un acte communautaire, un témoignage de foi rendant publique l’appartenance au Christ, qui précède le sacrement. La Cène n’apporte rien de plus à la foi personnelle, mais manifeste celle-ci face aux autres.
  • L’évolution actuelle, formulée dans les documents d’accord, reprend en fait ces deux aspects : d’une part l’affermissement de la foi personnelle, d’autre part la dimension de partage et de témoignage de la communauté des croyants.

 

II. LA CENE COMME FONDEMENT DE NOTRE COMMUNION

1. La communion à Jésus-Christ, le « donateur et le don » (9)

« La Cène exprime et actualise la totalité de ce don (que Dieu nous fait à travers son Fils). Il s’agit d’une rencontre et d’un échange entre des personnes : de Jésus-Christ le donateur, l’Eglise reçoit Jésus-Christ, le don de Dieu ; en Jésus-Christ son chef, elle se donne à Dieu. » (Thèses de Lyon)

  • Par son repas, Jésus-Christ inaugure une nouvelle communauté dépassant les frontières de l’espace et du temps, appelée à réaliser le « corps du Christ », dans l’attente de son retour. La Cène est avant tout communion au Christ : Jésus-Christ s’offre lui-même comme fondement de notre vie et source de notre foi, à travers l’annonce du pardon et de la réconciliation.
  • Les textes d’accord affirment que la Parole et les sacrements « sont pour nous comme les deux foyers d’une même ellipse. Ils s’appellent mutuellement ». La Parole est puissance de Dieu tout comme les sacrements, inversement la Cène est aussi « Parole visible » du Seigneur. Jésus-Christ se donne aux croyants par des moyens divers, parlant à la fois à l’intelligence et aux sens. La Cène, tout comme la prédication, offre l’essentiel, l’Evangile dans sa plénitude. « Le sacrement est pour nous plus qu’un appendice de la prédication, et celle-ci plus qu’une simple introduction au sacrement. » (Thèses du Liebfrauenberg, N° 1)
  • Le don du salut se réalise dans les gestes quotidiens et vitaux que sont le manger et le boire. Ces deux éléments signifient la Vie, les aliments dont personne ne saurait se passer, mais au-delà également, l’ensemble des dons qui nous sont quotidiennement nécessaires. Les textes bibliques abondent en échos à ces biens, lorsqu’ils évoquent par exemple la manne comme don de Dieu, Jésus-Christ comme pain de vie. la liturgie rappelle que ces espèces représentent à la fois le « don de Dieu » et les « fruits de la terre et du travail des hommes ».
  • Pourtant, si la Cène est un repas auquel ont part nos sens et notre corps, son centre n’est pas en premier lieu le repas. Le Christ ne célèbre plus seulement le rituel juif de la Pâque, ni même une amitié ou une solidarité humaine, mais une « Alliance nouvelle », tournée vers le futur de l’Eglise et du monde. « Ce que Jésus inclut dans ses gestes avec le pain et le vin, c’est la totalité de l’événement dans lequel il va être engagé, l’événement de Pâques, l’événement unique et irréversible dans lequel va s’établir une alliance que lui-même désignera comme ‘nouvelle’ et ‘éternelle’ entre Jésus et les hommes (…). Ainsi le ‘ceci’ (‘faites ceci’) ne vise pas le pain et le vin, mais les gestes et les paroles autour du pain et du vin, il vise la totalité de l’assemblée croyante et confessante, la bénédiction, les paroles de l’institution, puis le partage du pain et du vin ». (10)
    Les textes d’accord renoncent à l’impératif d’expliquer le mode de présence du Christ dans la Cène, mais le confessent comme Seigneur réellement présent et agissant (Lyon, Leuenberg).

Cet aspect de la compréhension de la Cène met particulièrement en valeur sa dimension eucharistique : chaque célébration énumère les grâces reçues et les promesses réalisées par Dieu, l’Eglise répondant ainsi au sacrifice du Seigneur.

2. La communion des croyants

« Dans la Cène, le Christ atteste, fortifie et renouvelle l’unité de la communauté fraternelle ; il appelle les siens à une recherche ardente et loyale de l’unité de tous les chrétiens, pour qu’il soit possible que ceux qui vivent du même salut, partagent le même pain et la même coupe. » (Thèses de Lyon)

  • Ceux qui partagent le pain et boivent ensemble à la même coupe forment une communauté « réconciliée », qui dépasse les clivages sociaux et économiques, les esprits de parti de toute sorte (cf. I Cor. 10 et 11). Affirmation fondamentale que la pratique contredit toujours ; et il faut toujours travailler cette contradiction.
  • La Cène est offerte à tout chrétien baptisé qui confesse sa foi. Ceci met en évidence deux exigences fondamentales : d’une part celle du baptême comme préalable à la Cène, qui ne va plus de soi dans un monde sécularisé, d’autre part le souci d’un engagement de foi, qui n’est pas forcément évident pour les participants voyant dans la Cène davantage un moment convivial ou le respect d’une tradition.
  • D’autres conséquences sont à tirer de cette exigence : la Cène, quoique célébrée dans un cadre donné, n’est pas limitée à un groupe fermé ou isolé. C’est pourquoi la présidence de la célébration a toute son importance. Le Seigneur est certes celui qui invite et qui se donne en partage, mais cela est signifié par la présence du ministre ordonné, ou d’une personne mandatée par l’Eglise. Celui-ci signifie d’une part le vis-à-vis entre la Parole de Dieu et la communauté, d’autre part la communion de chaque groupe où se partage la Cène avec l’Eglise universelle. (Cf. Liebfrauenberg N° 7 et 8) Cette communion avec l’Eglise universelle devrait apparaître aussi dans l’accompagnement spirituel des absents ou des malades qui ne peuvent se déplacer.
  • La Cène est perçue par tous les chrétiens comme un signe essentiel de l’Eglise une, sainte catholique et apostolique. L’impossibilité de la communion eucharistique entre différentes Eglises est un rappel douloureux du scandale de la division entre les chrétiens et nous incite à poursuivre les efforts pour triompher de ces divisions. La communion eucharistique serait, pour certaines Eglises, un pas de plus en direction de l’unité, permettant de concrétiser de manière visible les progrès déjà réalisés. Pour d’autres, par contre, la Cène représenterait l’achèvement d’une communion pleinement réalisée et ne peut, de ce fait, avoir lieu tant que subsistent des difficultés. Une réelle avancée vers une compréhension et une pratique communes de la Cène a eu lieu entre protestants et catholiques, le problème essentiel qui subsiste étant celui du ministère et de la reconnaissance ecclésiale.

Cet aspect de la Cène renvoie au rôle central de la prière d’anamnèse et d’épiclèse, qui relient l’ordre du Christ à l’assistance de l’Esprit-Saint, la narration de l’événement historique à la prière de l’Eglise, l’Eglise primitive à l’Eglise contemporaine et à venir.

3. La Cène, exigence de partage

« Ainsi la Sainte Cène a une dimension missionnaire (…). Elle est le lieu où ensemble nous sommes fortifiés et réconciliés, afin de pouvoir être des témoins fidèles et des ferments de réconciliation (…). Cette solidarité dépasse le cadre de notre célébration eucharistique : la Cène nous engage les uns envers les autres ; mais cette conviction demande à trouver des expressions concrètes. » (Texte du Consistoire Supérieur de l’ECAAL).

  • La communion offerte par le Christ en lui et avec les humains nous engage de manière radicale les uns envers les autres. La Cène peut être qualifiée de « sacrement missionnaire », puisqu’en ayant part à la réconciliation offerte en Jésus-Christ, nous sommes aussi appelés à la vivre et la transmettre au-delà de nos cercles de vie restreints. La communauté qui célèbre la Cène est appelée à la solidarité et à l’engagement avec le monde, qui doivent se concrétiser par le combat pour des relations de justice et d’équité, ainsi que par une solidarité qui ne serait pas simplement une charité ou une bonne oeuvre, mais l’exigence même de la Cène. Ceci devrait nous encourager à veiller à un engagement missionnaire, au sens le plus large du terme, dans tous les domaines de la vie ecclésiale : vie paroissiale diaconie, engagement pour la justice, combat contre la xénophobie et toutes les formes de discrimination, évangélisation, mission, etc. Les Eglises devraient s’engager dans des prises de position plus courageuses et fermes, même au risque de choquer ceux pour qui l’Eglise ne devrait pas se mêler des questions du monde. Au contraire, la Cène engage au coeur du monde et de ses souffrances.
  • De ce fait, le vécu de la Cène dépasse le cadre de la célébration cultuelle, tout comme celui de la piété individuelle. L’Evangéliste Jean l’annonçait implicitement, en remplaçant dans son évangile la Cène par le lavement des pieds, qui est fondamentalement le service du prochain. Certes, les croyants sont fortifiés et personnellement vivifiés, mais ceci ne saurait prendre sens que face aux exigences du service du prochain.

Cet aspect de la Cène devrait être rappelé notamment dans la prière d’intercession, qui n’est pas un appendice liturgique au culte ou à la célébration eucharistique, mais l’un de ses pôles fondamentaux.

4. Le banquet du Royaume

« C’est pour le temps qui va de son Ascension à son retour que le Seigneur a institué la Cène. Ce temps est celui de l’Espérance, c’est pourquoi la célébration de la Cène nous oriente vers l’avènement du Seigneur et nous le rend proche. Elle est une joyeuse anticipation du banquet céleste, lorsque la Rédemption sera pleinement accomplie et que toute la création sera délivrée de toute servitude. » (Thèses de Lyon)

  • La célébration de la Cène confère à l’acte de « faire mémoire » une actualisation permanente, qui fait de l’événement du salut un événement « pour nous ». L’assurance du salut déjà reçu fait éprouver d’autant plus douloureusement la situation de péché et la souffrance du monde. C’est pourquoi la célébration pénitentielle a aussi sa place dans la signification de la Cène, en lien avec la joie eschatologique. La tradition des Eglises de la Réforme a souvent majoré cette dimension de la célébration pénitentielle, au détriment de l’aspect festif et convivial de la Cène.
  • Or celle-ci n’est pas perçue comme « banquet » dans notre expérience actuelle, ni dans nos célébrations, ni au vu de la détresse du monde. Mais c’est parce que nous pouvons confesser notre péché et intercéder pour notre monde dans l’espérance du salut offert, que nous pouvons aspirer à la Cène comme fête du retour du Christ, comme « banquet de noces ».

Cet aspect de la Cène relie la confession du péché à l’appel du retour du Christ : « Maranatha ».

 

III. QUESTIONS CONTEMPORAINES

1. Cène et baptême

Parmi les questions actuelles, celle du lien entre la Cène et le baptême est sans doute la plus immédiate.

  • D’après la discipline et l’histoire de nos Eglises, le baptême est le préalable de l’accueil à la Cène. En effet, selon le Nouveau Testament, le baptême accompagne la confession de la foi (Ac. 2/4 ; 8/36), alors que la Cène a lieu dans la communauté constituée des baptisés (Ac. 2/42). Le baptême signifie l’incorporation au « corps du Christ » (cf. le dossier « baptême »), la participation à la mort et la résurrection du Christ (Rom. 6/3s), alors que la Cène maintient la communauté dans la foi et l’espérance, en l’assurant de la communion avec le Seigneur (I Cor. 10/14ss). La Cène vit donc, contrairement au baptême, de sa répétition actualisée.
  • Une première difficulté dans la société sécularisée et urbanisée contemporaine vient de la demande de personnes non baptisées (et n’étant pas engagées dans un processus baptismal) de participer, de manière épisodique ou permanente, à la célébration de la Cène. Un autre cas se présente : les personnes non-baptisées mais engagées et affirmant leur foi sans pour autant demander le baptême. Certaines Eglises ont opté dans leur discipline pour une réglementation permettant d’intégrer de telles personnes comme membres d’Eglises. (Cf. le dossier « baptême »). Avec la majorité des Eglises issues de la réforme, nos Eglises affirment que l’eucharistie, communion au Christ, est le repas des disciples baptisés. Toutefois, toute législation en ce domaine serait inadéquate. Il s’agit avant tout d’une question de responsabilité pastorale à aborder avec sagesse et vigilance. La grande ouverture de l’invitation de Jésus-Christ est aussi un appel à l’engagement et à la confession de foi. Cet engagement et cette confession de foi reposent sur le baptême et y trouvent leur aboutissement. Si des non-baptisés sont accueillis à la Cène il est de la responsabilité pastorale de rappeler qu’elle n’est pas seulement un partage fraternel, mais que s’y rassemblent les membres de l’Eglise autour de leur Seigneur qui les envoie dans le monde.
  • Le rapport entre la Cène et le catéchisme nécessite aussi une clarification. Au début de la Réforme, l’accès à la Cène était lié à la compréhension du sacrement, explicité pendant le catéchisme. A partir de l’introduction de la confirmation, l’accès à la première Cène suivait la confirmation. Aujourd’hui les pratiques sont diverses, et dans un certain nombre de paroisses, on célèbre la Cène pendant les années de catéchisme, ou lors de cultes de famille. De telles évolutions permettent l’accès des enfants à la Cène. Les textes des Eglises précisent que l’accès de la Cène est ouvert aux enfants, à partir d’une catéchèse appropriée, et il est indéniable que la « compréhension » du sacrement par la foi ne dépend pas des capacités intellectuelles (nous ne refusons pas la Cène aux handicapés), ni des outils rationnels, mais passe aussi par d’autres voies, notamment chez les enfants, qui sont très réceptifs à la dimension du mystère. Cela pose néanmoins une fois encore la question de l’accès à la Cène des enfants non baptisés.
  • Le Baptême étant un sacrement reconnu par tous les chrétiens, les Eglises de la Réforme invitent à la Cène des membres baptisés venant d’autres Eglises, même lorsqu’il n’y a pas de communion eucharistique avec ces Eglises. L’hospitalité eucharistique est particulièrement importante pour les foyers mixtes.

2. Cène privée et communautaire

  • Les Eglises de la Réforme ont largement développé leur pratique de la Cène, qui a pris une place centrale dans le culte de la communauté. Elle est célébrée plus fréquemment, non seulement le dimanche, mais également lors de rencontres festives de différents groupes ecclésiaux. Nos pratiques connaissent également une plus grande créativité.
  • Cependant, ces riches évolutions comportent aussi des risques, notamment celui de banaliser les célébrations, qui peuvent être confondues avec des agapes ou avec des moments de convivialité entre « copains » chrétiens. Il est important de maintenir en tension l’aspect festif et novateur des évolutions actuelles, et le sens de l’institution de la Cène. De même, le lien avec l’Eglise universelle et le corps du Christ ne doit pas être affaibli par des fantaisies liturgiques. La liturgie de la Cène, nous l’avons montré, en explique le sens tout en l’effectuant, et elle a de ce fait un rôle vital à jouer, dans la richesse de toutes ses facettes, dont aucune ne saurait manquer. « La Cène est un acte de toute l’Eglise et la célébration de la Cène doit rendre visible l’interdépendance de tous ses membres. Chaque membre et chaque groupe de la paroisse sont responsables de toute la communauté, et la paroisse a de son côté une responsabilité oecuménique. » (Leuenberg 1/4) Dans cette optique, la Cène privée qui concerne une ou quelques personnes à l’hôpital ou à leur domicile, n’est pas tant à comprendre comme une tradition usuelle que comme une exception pour les malades ou les personnes âgées qui ne peuvent se déplacer.

3. Cène et contamination

  • De nombreuses personnes craignent la contamination par des virus lors de la célébration eucharistique. Cette phobie est liée à la crainte du sida ou des hépatites. De telles angoisses, si elles mènent à des discriminations, des suspicions ou à l’absentéisme, portent un contre-témoignage à la cène qui est justement communion. Aussi est-il important d’informer et de poursuivre le dialogue, afin de réduire les angoisses ou les alibis qui divisent les communautés.
  • L’insistance sur le sens de la coupe communautaire ne doit pas être compris comme un mépris de ces angoisses, mais comme le rappel que la communion a besoin aussi de signes visibles. Les coupes individuelles ou l’intinction, si elles sont justifiées dans des contextes exceptionnels tels que les hôpitaux, ne comportent pas la même charge symbolique que la coupe communautaire. (Leuenberg III, 5)

4. Cène et célébration pénitentielle

Nous avons mis en évidence le lien entre la Cène et le don du salut. Ceci signifie que la Cène est toujours liée au pardon des péchés. Les catéchismes de la Réforme ont fortement accentué ce lien, à tel point que la confession des péchés, la pénitence et l’absolution ont été pendant des siècles, dans l’esprit des fidèles, identifiés à la Cène. Pour certains croyants, il n’était nécessaire de participer à la Cène qu’une ou deux fois dans l’année, pour faire pénitence. En tout cas, la Cène était précédée d’une célébration pénitentielle qui préparait le croyant. D’où le climat de tristesse et d’oppression associé, dans la piété populaire, à ces célébrations.

  • La tendance contemporaine suit la voie inverse : le lien de la Cène avec la confession des péchés, l’examen de conscience, l’imploration du pardon, ne fait plus sens pour les plus jeunes générations, à qui l’on a enseigné la dimension de joie inhérente au sacrement.
  • Il serait nécessaire de sauvegarder les deux aspects, en rappelant que la confession du péché et l’imploration de l’absolution font partie intégrante de la plénitude eucharistique.
  • Par ailleurs, cet aspect pénitentiel ne devrait pas être limité aux cultes comportant la Cène, mais trouver sa place au coeur de toutes les célébrations, tout comme de la piété individuelle. Il en va de même de la joie du salut. La Cène à elle seule ne saurait porter toute la charge spirituelle d’une personne ou d’une communauté, mais nourrir l’ensemble de la vie ecclésiale et individuelle.

5. Cène et justice

L’évolution oecuménique la plus marquante de ces dernières années est l’insistance sur le lien entre la Cène et l’engagement pour la justice. Toutes les Eglises redisent à frais nouveaux l’importance primordiale de la réconciliation et de la solidarité basée sur le don de la Cène, don de Jésus-Christ lui-même. Ces affirmations ne sont pas nouvelles, mais plus radicales au regard du monde d’aujourd’hui. elles incitent les théologiens à accorder plus d’importance aux questions de justice, paix, sauvegarde de la création, qui peuvent aussi être séparatrices. la Cène ne saurait réunir des chrétiens divises en ce qui concerne la justice et la solidarité.

 

Elisabeth PARMENTIER – Bernard ZIMPFER
Mars 1996- Corrigé Mars 1997

(1) Ces textes viennent d’être publiés dans Accords et dialogues oecuméniques – bilatéraux, multilatéraux, français, européens, internationaux, André BIRMELE, Jacques TERME (Ed), Paris 1995, chap. 2 « Le dialogue entre les Eglises réformées et les Eglises luthériennes
(2) De nombreuses Eglises ajoutent une précision au terme de « Cène ». Les Eglises luthériennes parlent de la Sainte-Cène », la sphère hongroise et slovaque de « la Sainte Cène avec le Seigneur », les Vaudois du « Saint repas ». L’Eglise de la Confession d’Augsbourg en Silésie l’évoque en lien avec la confession des péchés : « confession et Sainte-Cène ».
(3) Les textes d’accord entre Eglises de la Réforme n’utilisent pas ce terme de sacrement, trop chargé de difficultés non encore résolues. Cela ne signifie pas pour autant que l’on dénie au Baptême et à la Cène tout caractère sacramentel. L’ambiguïté ne concerne pas tant l’importance de ces actes cultuels et leur sens pour la vie de foi que la manière de les définir comme sacrements.
(4) Réelle ne signifie pas véritable, mais ancrée dans les « choses » (de « res », la chose), donc dans les espèces. Pour tous les chrétiens la présence du Christ est véritable dans la Cène.
(5) Cette question a été résolue à Vatican II et formulée de cette manière dans les documents d’accords. Cf. par exemple le BEM, Baptême-Eucharistie-Ministère, Paris 1982, par. 8-9.
(6) Ce choix est contesté. Cf. par exemple André GOUNELLE : « la plupart des documents oecuméniques contemporains vont beaucoup plus dans le sens de la présence réelle que dans celui de la présence spirituelle ; sur ce point, ils sont très insatisfaisants et même dangereux. » In : La Cène et la Réforme », Evangile et liberté, cahier N° 1, p. VI.
(7) Pour une réflexion complète sur la question, cf. l’article d’André BIRMELE « La question des sacrements dans la théologie de l’Eglise luthérienne », in : Revue de l’Institut Catholique de Paris, N° 53, janvier-mars 1995, p. 35-51
(8) Catéchisme de Genève n° 320 et n° 361.
(9) Il faut mentionner le texte le plus récent à ce sujet, « la célébration de la Sainte-Cène », adopté par le Consistoire Supérieur de l’ECAAL le 18 novembre 1995 au Liebfrauenberg, qui s’oriente autour de la notion de Koïnonia : communion au Christ, communion entre les membres, communion dans la solidarité, signe de notre unité. Ce texte ne sera pas exploité ici parce qu’il ne concerne que l’ECAAL.
(10) Jehan-Claude Hutchen, in « Textes proposant des lignes pour les contenus du catéchisme paroissial », p. 60.

 

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La vie par ici…

Quelques nouvelles locales :

Au temple presbytérien de Sokodé

Au temple presbytérien de Sokodé

–          Comme vous le savez nous étions dans la semaine de prière pour l’unité des chrétiens et trois rendez-vous ont marqué (ou marqueront encore) cette semaine… Nous avons en effet vécu cette semaine de façon un peu décalée : célébration d’ouverture lundi dernier chez les Presbytériens, ce samedi concert des chorales catholiques et presbytériennes et lundi prochain, célébration de clôture à notre paroisse… Voir la recension d’un novice en cliquant ici.

–          Ce samedi matin nous avons participé à la profession perpétuelle de trois sœurs PSP (Providence de St Paul de Kara), une congrégation locale, à la Paroisse Kpangalam (Sokodé). Hier deux jeunes sœurs, Nadège et Christine prononçaient également leurs premiers vœux dans cette même congrégation, au noviciat, à Kara… De quoi rendre grâce au Seigneur…

–          Aujourd’hui également, se tenait une deuxième édition de la marche de la fraternité interreligieuse, dans la petite ville voisine de Tchamba, sur demande des élèves de cette localité… Toujours sous la houlette dynamique de notre frère Serge-Patrick. Des échos viendront prochainement…

–          Enfin, les sept jeunes pré-postulants accueillis à la communauté de Komah, passent à une nouvelle étape puisqu’ils viennent d’être acceptés par le supérieur provincial, le P. Benoît Gschwind, comme postulants. Nos félicitations, nos encouragements et notre prière les accompagnent ! C’est l’occasion pour eux de se présenter un peu, voir ces autoportraits en cliquant ici.

Postulants a.a. promotion 2013-2014

Postulants a.a. promotion 2013-2014

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« Le Christ est-il divisé ? »

26 janvier 2014, 3ème dimanche du temps ordinaire, année A, Mt 4,12-23 /

En cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, il est heureux que la liturgie nous propose ce passage de Paul aux Corinthiens : « Chacun de vous prend parti en disant : ‘Moi, j’appartiens à Paul’, ou bien : ‘J’appartiens à Apollos’, ou bien : ‘J’appartiens à Pierre’, ou bien : ‘J’appartiens au Christ’. Le Christ est-il donc divisé ? Est-ce donc Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? » (1 Co 1,12-13) Que dire de plus ? Je n’ose pas imaginer les propos de Paul s’il revenait aujourd’hui et qu’il constatait cette division des Églises chrétiennes dans laquelle nous nous complaisons depuis, disons, mille ans (depuis 1054 avec les Églises orthodoxes et depuis 1517 avec les Églises issues de la Réforme, sans parler des Anciennes Églises d’Orient dont nous sommes séparés depuis 451)!!! Revenons sur le scandale de cette division, en nous laissant éclairer par Paul et par le cœur de la proclamation de Jésus, qui nous est rappelée dans l’évangile de ce jour : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. » (Mt 4, 17) : L’unité des chrétiens n’est pas facultative ; L’unité des chrétiens est à construire comme le Royaume ; L’unité des chrétiens n’est pas uniformisation ;

L’unité des chrétiens n’est pas facultative !

Les arguments de Paul sont très simples : être chrétien, être baptisé, c’est porter le nom du Christ, c’est être membre du Corps du Christ ressuscité, or le Christ est-il divisé ? Comment croire que l’on puisse constituer le Corps du Christ en luttant contre d’autres membres de son corps ou, au minimum, en ignorant ces autres membres : «  Mais, de fait, il y a plusieurs membres, et cependant un seul corps. L’œil ne peut donc dire à la main: ‘Je n’ai pas besoin de toi’, ni la tête à son tour dire aux pieds: ‘Je n’ai pas besoin de vous.’ » (1 Co 12,20-21) Pourquoi le Christ est-il venu sur terre, sinon pour inaugurer le Royaume de Dieu, c’est-à-dire réconcilier les hommes entre eux et avec Dieu et, pour le dire encore autrement, faire entrer l’humanité dans la Communion Trinitaire, réaliser cette communion des hommes entre eux et avec Dieu ? C’est cela le Royaume de Dieu : cette communion entre les hommes et avec Dieu ! Pour réaliser cela, le Christ a justement rassemblé des disciples, embryon de l’Église, avant-poste du Royaume. L’Église est donc le lieu qui nous fait entrer dans cette fraternité universelle à laquelle nous sommes destinés en Dieu ! Si, au contraire de son essence même, l’Église est divisée, elle ne remplit plus son rôle, à la limite elle n’a plus de raison d’être : sommes-nous bien conscients de cela ? Je le répète, l’unité des chrétiens n’est pas facultative, ce n’est pas une mode, ou un aspect périphérique de notre foi : elle est au cœur du Salut opéré par le Christ !

L’unité des chrétiens est à construire comme le Royaume !

En même temps, reconnaissons que nous ne sommes pas encore au Ciel : le Royaume de Dieu est déjà là mais pas encore en plénitude… La division des chrétiens est certainement le signe que cette unité, entre les hommes et avec Dieu, est toujours à construire et jamais acquise ici-bas. Peut-être qu’une Église parfaitement unie serait par trop triomphaliste, et aurait délaissé certains accents de la foi chrétienne. N’est-ce pas ce que nous avons vécu en Occident : avec une Parole de Dieu confisquée par les clercs dont l’accès nous fut restitué grâce certainement au protestantisme ; avec une pastorale parfois trop enfermée dans le droit canon, alors que les orientaux nous invitent à une approche plus spirituelle des sacrements ; avec une imagerie religieuse tombée souvent dans la mièvrerie tandis que la tradition orientale nous rappelle la richesse de la tradition des icônes, etc… N’y a-t-il pas un certain dessein de Dieu, dans cette variété des Églises ? Nous ne pouvons, en tout cas, l’envisager qu’en termes de ‘communion dans la différence’ et certainement pas en termes de ‘division voulue par Dieu’ ! L’unité des chrétiens est donc à construire comme le Royaume en marche !

L’unité des chrétiens n’est pas uniformisation !

Le grand problème, c’est la quête d’uniformité. N’est-ce pas cette recherche d’uniformisation qui est au cœur de nos divisions : on a voulu imposer à nos frères orientaux une conception catholique de la primauté papale, bien éloignée de ce qu’elle recouvrait dans les premiers siècles de l’Église. On a voulu, bien souvent, imposer une liturgie uniforme et latiniser de force les orientaux. On a voulu uniformiser la théologie, etc… Fondamentalement, l’uniformité est de l’ordre du fusionnel et absolument à l’opposé d’une communion dans la différence. Notre Dieu est Trinitaire, communion de personnes dans la différence, et c’est ce à quoi il nous invite. Voilà pourquoi nos différences entre chrétiens ne doivent pas être source de division, mais richesses de communion, de dialogue, de complémentarité. C’est le chemin emprunté par le mouvement œcuménique, des pas immenses ont été faits, mais pourquoi ne pouvons-nous pas partager encore la même table eucharistique ? N’est-ce pas ce démon de l’uniformité qui nous freine ? Rappelons-le à temps et à contre temps, et en particulier auprès de nos responsables d’Église : l’unité des chrétiens n’est pas uniformité ! Le dialogue a tellement avancé, avec les grandes Églises chrétiennes, qu’on se demande pourquoi le geste fort de l’accueil eucharistique, qui manifesterait cette ‘communion dans la différence’ retrouvée nous est refusé !

Oui, rappelons-le à temps et à contre temps :

L’unité des chrétiens n’est pas facultative !

L’unité des chrétiens est à construire comme le Royaume !

L’unité des chrétiens n’est pas uniformisation !

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Cultiver son regard…

Prions pour la Paix, l'Unité et la lIberté

Prions pour la Paix, l’Unité et la lIberté

     L’actualité nous livre quotidiennement son lot de bonnes et surtout de mauvaises nouvelles. Par moment, j’avoue que j’arrive à saturation lorsqu’on nous parle de la situation en Centre Afrique, en Lybie, au Sud Soudan, en Palestine… ; de la progression de l’extrémisme musulman en Afrique ou encore de « la crise » dont on ne voit pas le bout… Loin de moi, l’idée de vouloir ignorer ces situations, mais, pour avancer dans la vie, il nous faut cultiver notre regard, pour voir, aussi et surtout, toutes les avancées, tout ce qui est source d’espérance, tout ce qui nous parle du Royaume de Dieu en marche… En voici quelques exemples :

-Après 20 ans de guerre larvée dans l’Est du Congo, depuis le génocide rwandais, les forces armées du pays épaulées par les forces de l’ONU semblent enfin vouloir rétablir la paix dans la région, en s’attaquant à tous les groupes rebelles qui sévissent dans la région :

« Les Forces armées de la RDC (FARDC) ont débuté jeudi 16 janvier les opérations militaires de désarmement des rebelles ougandais de l’ADF/ Nalu dans le territoire de Beni (Nord-Kivu). L’information est livrée cet avant-midi à Radio Okapi par le porte-parole de l’armée au Nord Kivu, le colonel Olivier Hamuli. Un militaire a été tué et une personne a été libérée. Les premiers combats entre l’armée congolaise et les rebelles ADF/Nalu ont eu lieu à hauteur de la cité d’Oicha, chef-lieu du territoire de Beni. « Nous avons débuté et nos troupes sont déjà en profondeur. Nous sommes déjà à l’avancée à partir de l’axe Mbau, nous allons en découdre et dans quelques jours vous ne parlerez plus jamais des ADF Nalu », a affirmé le colonel Olivier Hamuli. L’armée a déjà libéré un civil parmi les otages du groupe armé ADF/Nalu, a indiqué le porte-parole des FARDC au Nord-Kivu. » Source Radio Okapi, article en entier cliquer ici

C’est une très bonne nouvelle, car ce groupe rebelle, dont on a moins parlé que le M23, est à l’origine de nombreuses exactions contre la population et notamment de ces enlèvements massifs, y compris celui dont sont victimes nos trois frères assomptionnistes du Nord Kivu… Evidemment, ces opérations ne sont pas sans risques pour la vie des otages, mais c’est aussi une voie de salut… Priez pour que ces opérations soient un succès…

– En Centre Afrique, « Mgr Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, et l’imam Oumar Kobine Layama, président de la Communauté islamique centrafricaine, se rendent ensemble dans les camps de déplacés et dans les quartiers, pour exhorter la population à ne pas céder à l’esprit de vengeance et de violence. Après avoir fait le tour du camp, ils prennent la parole, l’un après l’autre. « Les chrétiens et les musulmans ont toujours vécu en bonne intelligence, rappelle Mgr Nzapalainga. C’est pourquoi je viens avec mon frère l’imam pour vous dire que la guerre n’est pas la solution, que nous devons nous entraider les uns les autres. Vous avez entendu des personnes vous demander de prendre les armes pour tuer les musulmans: ce n’est pas bien! Ils ne sont pas collectivement responsables des massacres. Attention à la colère. Elle pousse à faire le mal, à voler, à piller, à tuer. »

Au tour de l’imam de prendre la parole: « Que la paix de Dieu soit avec vous. Nous sommes venus vous rencontrer parce que vous avez fui la violence de la Séléka. S’il y a des jeunes musulmans qui les ont rejoints, il y en a aussi beaucoup qui ont refusé de le faire. Nous sommes tous unis par la foi d’Abraham et nous sommes tous des Centrafricains. La parole de Dieu doit nous aider à rester unis, à ne pas nous laisser gagner par la haine, la guerre, la division. Refusons ensemble de prendre les armes les uns contre les autres. Si nous ne restons pas vigilants, si nous n’enracinons pas notre foi, c’est le Diable qui entre dans notre cœur et qui nous pousse à faire le plus grand mal. » La rencontre s’achève par une bénédiction commune. » Source, La-Croix du 16/12/2013, article en entier en cliquant ici

-En France, s’est tenue la rencontre européenne annuelle de Taizé : «  L’édition de Strasbourg est la 36e  rencontre européenne organisée par la communauté de Taizé. Cette année, elle propose de « chercher la communion visible de tous ceux qui aiment le Christ ».

Parmi les 30 000 participants de 53 pays, un tiers vient de la région (Bade, en Allemagne, et Alsace, en France). Les Polonais représentent la plus importante délégation étrangère, avec 4 700 participants, devant les jeunes d’Ukraine (2 600), d’Italie (1 400), de Croatie (1 200) et de Biélorussie (1 000).

Pendant trois jours, les pèlerins ont été invités à participer à des groupes de réflexion sur l’écologie, les nouvelles solidarités, la justice, la crise, la beauté… 1 500 ont rencontré des eurodéputés au Parlement européen. Plusieurs groupes ont également été reçus par les communautés juive et musulmane à la synagogue de la Paix et à la Grande Mosquée. » Voir le dossier complet sur La-Croix

Voilà, je pourrais multiplier les exemples… Mais, en fonction de vos centres d’intérêts, les signes du Royaume de Dieu en marche de manquent pas ? À chacun de cultiver son regard et à avoir un accès intelligent à l’information, sans se laisser matraquer par les gros titres !

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 La vie par ici

-Les catholiques de la sous-région, se sont réjouis de la nomination de deux cardinaux issus de nos pays :

Mgr Philippe Ouédraogo. Une stature morale pour le Burkina Faso : «  Priez pour moi afin que je ne me dérobe jamais, par peur ou par négligence, devant les loups qui agressent le troupeau, et cela jusqu’au prix de ma vie. » Ces mots courageux, prononcés lors de son installation sur le siège d’archevêque de Ouagadougou en 2009, disent la force morale de l’une des grandes figures de l’épiscopat africain. Jean-Paul II ne s’y était pas trompé, qui le nomma en 1996, à tout juste 50 ans, évêque de Ouahigouya, dans le nord du Burkina Faso. Mgr Philippe Ouédraogo a présidé la conférence épiscopale Burkina-Niger de 2001 à 2007.

Mgr Jean-Pierre Kutwa. Médiateur d’une Côte d’Ivoire divisée : Né en 1945 à Abidjan, diocèse pour lequel il est devenu prêtre en 1971 avant d’être nommé archevêque de Gagnoa en 2001, Mgr Kutwa a eu la lourde tâche de succéder, en 2006, à la figure tutélaire du cardinal Bernard Agré. Dénonçant régulièrement, depuis, la corruption des élites, il a tenté, sans succès, d’apaiser les tensions nées après la crise post-électorale de 2010-2011. Jouant les médiateurs entre Ouattara et Gbagbo, multipliant les gestes vis-à-vis des musulmans, il n’a pu éviter ni la guerre civile ni la division de l’épiscopat ivoirien et tente aujourd’hui de promouvoir la réconciliation dans un pays divisé.

Félicitation également à mes nombreux amis de Québec, pour la nomination de votre évêque, Mgr Gérald Cyprien Lacroix, parmi ces 19 nouveaux cardinaux

Semaine de prière pour l'unité des chrétiens

Semaine de prière pour l’unité des chrétiens

-Pour la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, comme chaque année, à Sokodé, c’est avec l’Église Presbytérienne que nous nous retrouverons, à trois reprises, durant la semaine. Nous avons toujours du mal à mobiliser nos frères et sœurs des Eglises baptiste ou pentecôtiste… Mais certainement n’y mettons-nous pas suffisamment d’énergie… Bonnes rencontres à vous dans les divers lieux où vous aurez l’occasion de faire un pas vers l’unité.

Du nouveau sur le blogue, suite à la demande d’une amie, j’ai mis sur le blogue les icônes permettant de partager les articles sur vos réseaux sociaux… J’espère que cela fonctionne, car je ne suis pas du tout présent sur ces réseaux (mais j’y songe, un jour peut-être…)

-À part cela, la vie au Noviciat se poursuit sur le rythme du temps ordinaire : cours, travaux manuels, prière individuelle et communautaire, lecture, accompagnement spirituel, engagements apostoliques…

Sur ces quelques nouvelles, belle semaine de prière pour l’unité des chrétiens à chacune et chacun et bon regard sur la vie de notre Monde, pour y déceler les signes du Royaume de Dieu en marche…

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« Je ne le connaissais pas… »

19 janvier 2014, 2ème dimanche du temps ordinaire, année A, Jn 1,29-34 /

« Je ne le connaissais pas… mais j’ai vu l’Esprit descendre sur lui. » (Jn 1,31-32) On peut s’étonner de cette remarque de Jean-Baptiste car, dans notre imaginaire et dans nombre de tableaux classiques, on imagine les deux cousins jouant ensemble et se connaissant bien… Faut-il interpréter cette remarque comme l’affirmation qu’ils ne se connaissaient pas du tout et que Jean-Baptiste et Jésus ne s’étaient plus croisés depuis la fameuse rencontre via les seins maternels de Marie et d’Elisabeth ? Ou faut-il comprendre que, bien que se côtoyant comme cousins, Jean-Baptiste ne connaissait pas vraiment l’identité profonde de Jésus, jusqu’à ce que l’Esprit Saint le lui révèle comme étant « l’Agneau de Dieu », le « Fils de Dieu » ? Cette deuxième hypothèse paraît plus probable car, même si les deux familles vivaient éloignées l’une de l’autre, les pèlerinages à Jérusalem offraient déjà de nombreuses occasions de se retrouver. Mais surtout, cela rejoint et interroge nos propres expériences : comment reconnaître en Jésus le Fils de Dieu sans l’aide de l’Esprit Saint ? Et encore, comment connaître en profondeur nos frères et sœurs que nous côtoyons au quotidien sans le regard de la foi ?

Comment reconnaître en Jésus le Fils de Dieu ?

Reconnaître en Jésus cette vérité que je cherche…

Le témoignage de Jean-Baptiste est plein d’enseignements : d’abord c’est un chercheur de Dieu et de vérité, qui, à partir de ce qu’on lui a enseigné de la religion, veut vivre avec exigence et radicalité son amour de Dieu et son amour de la Loi : il vit au désert une vie ascétique, prêche la conversion, et offre un baptême de purification. Sa version de la pratique religieuse est assez éloignée de celle de Jésus… Lui ne vit pas au désert, mange avec tous (si bien qu’on le traite de glouton), et il côtoie les impurs ! Ce n’était donc pas une évidence, pour Jean-Baptiste, de voir en lui le Messie de Dieu ! Ne rejoint-il pas en cela bien des attitudes de nos contemporains : ils se font une certaine image de Dieu, de sa toute puissance, de sa bonté, de sa perfection et ils constatent un monde loin d’être parfait, un Dieu qui ne semble pas intervenir pour arrêter les conflits, qui semble rester sourd à nos prières, sans parler de cette Église de pécheurs qui est loin d’être parfaite… Comment voir alors, en Dieu, le Dieu bon et créateur de toute chose ? Comment voir, en Jésus Christ, le Sauveur du Monde ? Comment voir, en l’Église, le lieu qui me permettra de vivre mieux ? Jean-Baptiste, cependant, va se laisser déplacer : «  Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit… » (Jn 1,33). C’est-à-dire : « Celui en qui j’ai mis ma confiance, Celui en qui j’ai fondé ma vie, me dit que c’est le Fils de Dieu »… Cette conviction ne vient pas de lui-même mais de sa proximité avec le vrai Dieu ! On pourrait donc traduire que, si nous sommes en recherche de vérité, en connexion avec le Vrai, une voix intérieure, une intuition profonde, nous laisse entendre que Jésus est le Fils de Dieu ! Ou, du moins, que de s’intéresser à Jésus peut éclairer notre quête…

Reconnaître en Jésus, l’Esprit de Dieu qui m’habite…

Le deuxième élément qui va emporter l’adhésion de Jean-Baptiste, c’est la descente de l’Esprit de Dieu sur Jésus : «  J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. » (Jn 1, 32). Autrement dit, au-delà de l’aspect miraculeux de cette descente de l’Esprit, il reconnait, en Jésus, quelqu’un qui agit selon l’Esprit de Dieu… Ce même Esprit qui inspire sa propre vie… Comment, alors, reconnaître en Jésus le Fils de Dieu,  sans laisser l’Esprit faire son œuvre en nous ? Si je cherche à vivre sous l’Esprit de Dieu, sous le souffle de Dieu qui caractérise mon humanité – « Le Seigneur Dieu insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. » (Gn 2,7) –, alors je ne peux que reconnaître, en Jésus, ce même Esprit qui m’habite ! Cet Esprit qui me souffle : « Jésus est le Fils de Dieu, le Sauveur du Monde, ton passé et ton avenir, l’Alpha et l’Omega ! »

Comment connaître en profondeur nos frères et sœurs sans le regard de la foi ?

Ce récit nous révèle encore autre chose : Jean-Baptiste ne connaissait pas vraiment Jésus, tant que l’Esprit de Dieu ne l’avait pas éclairé sur sa véritable identité ! Ainsi, nous côtoyons des frères, des sœurs, des parents, des amis mais sans vraiment les connaître… Et parfois, nous en faisons l’expérience, ils nous surprennent : « Je ne le connaissais pas ! ». N’enfermons donc jamais ceux que nous croyons connaître, dans le peu que nous avons pu découvrir d’eux, mais laissons l’Esprit de Dieu guider notre regard pour approcher de leur véritable identité, qui n’est, fondamentalement, rien d’autre que celle d’être fils et filles de Dieu !

Comme Jean-Baptiste, laissons-nous déplacer…

L’Esprit de Dieu dit à notre esprit :

« Jésus Christ est le Fils de Dieu, le Sauveur du monde !

Ton prochain est foncièrement enfant de Dieu ! 

Les connais-tu vraiment ? »

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