Cultiver l’espérance n’est pas toujours facile, quand les nouvelles proches ou lointaines nous abattent… Que ce soit au niveau de l’actualité internationale, au sein de nos milieux de vie respectifs, ou en ce qui concerne nos proches, il faut vraiment, parfois, se faire violence pour scruter des signes d’espérance ! Il est vrai que nous entendons parler à tout propos de crise, mais je me demande franchement s’il y a eu des périodes de l’histoire sans crise… Lorsque l’information circulait peu et que chacun vivait dans son petit monde, on pouvait peut-être vivre dans une certaine illusion que tout allait très bien… Le sentiment de crise actuel est surtout dû, je crois, à un niveau de prise de conscience et de connaissance des réalités du monde jamais atteint…
En tant que chrétien, l’espérance qui nous habite n’est pas à confondre avec l’espoir. L’espoir, qui fait vivre dit-on, serait plutôt de l’ordre d’un ressort psychologique subjectif pour nous permettre de tenir le coup… L’espérance chrétienne, elle, s’appuie sur le cœur de notre foi : le Christ a vaincu le mal et la mort et nous a ouvert les portes d’une vie de plénitude en Dieu ! Toutes les manifestations du mal aujourd’hui ne sont que les soubresauts d’un « monde qui gémit dans les douleurs de l’enfantement » (Rm 8,22) Il y a trois choses dont nous devons témoigner autour de nous : de notre foi, de notre espérance et de notre charité. Le pape François résume ainsi le cœur de l’évangélisation et donc de l’espérance que nous avons à apporter : “Jésus Christ t’aime, il a donné sa vie pour te sauver, et maintenant il est vivant à tes côtés chaque jour pour t’éclairer, pour te fortifier, pour te libérer”. (Evangelii Gaudium 164)
En ce temps de carême, et de « crise » multiforme, cultivons l’espérance… Le pape Benoît XVI dans son encyclique Spe Salvi, sur l’espérance chrétienne nous a donné d’excellentes pistes : l’espérance n’est pas passive mais agissante ; la prière est une école d’espérance de même que l’épreuve et la souffrance. « Seule la grande espérance-certitude que, malgré tous les échecs, ma vie personnelle et l’histoire dans son ensemble sont gardées dans le pouvoir indestructible de l’Amour et qui, grâce à lui, ont pour lui un sens et une importance, seule une telle espérance peut dans ce cas donner encore le courage d’agir et de poursuivre. » (Spe Salvi 35)
C’est à partir de cette espérance chrétienne fondamentale que je vous partage le dernier article de radio-okapi sur les otages du Nord-Kivu :
« Nord-Kivu: toujours pas de nouvelles de 600 otages des ADF
Environ six cents personnes, otages des rebelles ougandais des ADF, restent introuvables à ce jour. Toutes ces personnes avaient été enlevées durant la période de 2010 à 2013 dans plusieurs localités du territoire de Beni. Selon le porte-parole militaire au Nord-Kivu, ces otages seraient peut être exécutés ou amenés vers une destination inconnue. Mais, pour l’administrateur du territoire de Beni, l’espoir est encore permis… » lire la suite
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La Vie par ici
Semaine assez paisible, au rythme du carême. Comme je vous le disais ce sont plutôt les semaines à venir qui seront mouvementées… Nous essayons de maintenir notre table ouverte, surtout les dimanches, afin que le noviciat ne soit pas trop replié sur lui-même comme y inciteraient notre implantation champêtre et cette grande année de retrait dans le parcours vers la vie religieuse. Cette semaine nous avons eu la joie d’accueillir deux frères de Renaud (novice), dont l’un fait maintenant sa vie aux Etats-Unis, et rentrait au pays pour la première fois depuis quatre ans…
Pour la semaine à venir, nous aurons une nouvelle conférence dans le cadre de l’espace d’Alzon et, c’est une première, le thème fut proposé par nos amis musulmans, habitués de ces rendez-vous : « Science et foi sont-elles en opposition ou convergent-elles pour une meilleure compréhension de la religion ? » Intervenant : El Hadj BAKO, responsable qualité au Centre Régional de Transfusion Sanguine. Nous envisageons aussi une sortie communautaire vers le barrage électrique de Nangbeto, un genre d’effort de carême, car mobiliser toute la communauté pour une sortie et pour renforcer la fraternité n’est pas si anodin…
Sur ces quelques mots, plus tardifs qu’à l’accoutumée, bonne suite de carême : Que l’espérance vous soutienne sur le chemin de la vie, que la soif et la faim d’une vie de plénitude pour tous dynamise ce chemin…
















Quelles faims et quelles soifs ?
23 mars 2014, 3ème dimanche de carême, année A, Jn 4,5-42 /
Dans ce beau récit de la rencontre de Jésus et de la Samaritaine, il en va fondamentalement de faims et de soifs à assouvir : de la part de Jésus, de la part de la Samaritaine, de la part des disciples… Et bien sûr, les quiproquos ne manquent pas : « Seigneur, donne-la-moi, cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. » ou encore « ‘Pour moi, j’ai de quoi manger’… les disciples se demandaient ‘Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ?’ » En ce temps de carême, où nous sommes invités à jeûner, n’en va-t-il pas justement de ces véritables faims à assouvir, de ces véritables soifs à creuser… et des éternels quiproquos entre le souci du contenu de nos assiettes et le souci du contenu de nos cœurs ? Ne s’agit-il pas « d’adorer le Père en esprit et en vérité » ?
Quelle soif ?
Le Seigneur dit à la Samaritaine : « Donne-moi à boire. » : au plein soleil de midi, fatigué, cette demande est bien compréhensible… Mais n’entre-t-elle pas en résonnance avec cet autre midi, où le Seigneur, au bord de l’épuisement, dira sur la croix : « J’ai soif ! »… Oui il est homme, et son corps a besoin d’eau pour fonctionner, mais son cœur, lui, a besoin d’amour ! Cette soif fondamentale de Jésus, c’est que l’on réponde à son amour, que l’humanité réponde à l’amour de Dieu. Il semble parfois fatigué sur la route, par l’endurcissement des cœurs rencontrés, mais sa soif d’amour ne peut se taire pour autant. Et dans son ultime cri sur la croix, ne dit-il pas : « Voyez de quel amour je vous aime, répondrez-vous à cet amour ? J’ai soif…» ? Le Seigneur ne quémande-t-il pas auprès de la Samaritaine, comme auprès de chacun de nous, un peu d’amour ? Celle-ci semblait bien rechercher, effectivement, un amour qui la comblerait, mais sans succès avec ces cinq maris (plus un)… Et nous-même, ne nous trompons-nous pas bien souvent de but en cherchant à apaiser notre soif d’amour bien maladroitement : par le plaisir charnel, par le désir de plaire, par le désir de posséder… alors que le véritable amour n’est pas à accaparer mais à recevoir d’un autre ?
Une soif inextinguible !
Entre la soif et la faim, il y a me semble-t-il une différence sensible : la faim, on peut s’en accommoder plusieurs jours et puiser dans ces réserves, mais la soif a un caractère plus impératif et plus urgent. On ne vit pas très longtemps sans eau… Cette soif d’amour est donc urgente et nécessaire pour notre quotidien. Cherchons-nous, chaque jour, à donner un peu (ou beaucoup) d’amour autour de nous, et acceptons-nous humblement de nous laisser aimer (c’est parfois plus difficile encore) ? Mais surtout, avons-nous conscience que notre soif ne sera jamais assouvie ici-bas ? Que toutes nos expériences partielles d’amour ici-bas sont, pour nous, des lieux d’apprentissage d’un amour plus ouvert, plus universel : celui dont nous vivrons auprès de Dieu ? C’est bien ce dont nous parle Jésus à travers l’image de l’eau vive : « Tout homme qui boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. » (Jn 4,13-14)
Mais, en attendant, nous avons de quoi nous nourrir !
« Pendant ce temps, les disciples l’appelaient : ‘Rabbi, viens manger.’ Mais il répondit : ‘Pour moi, j’ai de quoi manger’… ‘ Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre.’ » (Jn 4,31… 34) Oui, en attendant d’assouvir notre soif inextinguible, nous avons de quoi nous nourrir : rechercher la volonté de Dieu, se nourrir de sa Parole et les mettre en œuvre, voilà vraiment ce qui peut nous mobiliser au quotidien, nous donner sens, entretenir l’espérance. Nous voici donc au cœur du carême : le jeûne pour reprendre conscience de notre soif inextinguible et que l’homme ne vit pas seulement de pain ; la prière pour faire toujours plus nôtre la volonté du Père et l’aumône pour « accomplir l’œuvre de Dieu » : un monde plus juste et fraternel !
Oui, fondamentalement, de quoi avons-nous soif ?
Cette soif est-elle à satisfaire ici et maintenant ou à entretenir ?
En attendant, nous avons de quoi nous nourrir…