Le Tout-Autre ?

24ème dimanche, année B, Mc 8, 27-35 /

« ‘Qui suis-je ?’ Ils répondirent : ‘Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes.’ … ‘le Messie’. » (Mc 8, 27…29) Ne trouvez-vous pas étonnant que, lorsque Jésus pose la question de son identité, aucune réponse n’est ouverte à la nouveauté, à la singularité, à l’unicité de cet homme, mais que toutes sont des projections sur Jésus de ce que ses interlocuteurs connaissent par ailleurs… Il doit forcément rentrer dans une case connue : Jean-Baptiste, Elie, un prophète du passé ou le Messie attendu…  Voilà bien une des raisons fondamentales de l’incarnation du Verbe : l’être humain est tellement limité dans sa vision du monde qu’il ne peut, par lui-même, découvrir la véritable identité de Dieu, la véritable profondeur de chaque être (y compris de soi-même) et  le véritable sens de la vie. À l’heure où l’expérience personnelle et les sentiments semblent être les seules balises pour mener notre vie, n’est-il pas urgent de sortir de notre « petite comprenette » des choses pour se laisser éclairer par le Tout-Autre ? En quoi l’identité de Jésus de Nazareth est-elle déterminante pour moi aujourd’hui ?

Le Tout-Autre ouvre un horizon de possibilités…

« Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes. » (Mc 8, 33) Beaucoup de nos contemporains, comme les interlocuteurs de Jésus, se sont fait une petite idée sur Jésus et sur Dieu, à partir de leurs expériences, de leurs réflexions et des réponses toutes faites glanées ça et là… Jésus Christ n’était qu’un homme bon et prophétique… un révolutionnaire que l’on a mis à mort… Dieu est une invention des hommes pour conjurer leurs angoisses existentielles, etc… Bien souvent, ces réponses à l’emporte-pièce évitent de se poser trop de questions. Or, l’Évangile nous dit que le Christ ne se laisse enfermer dans aucune de nos réponses toutes faites : non il n’est pas la réincarnation d’un prophète du passé, non sa naissance n’est pas semblable à celle des autres hommes, non ce ne fut pas un messie révolutionnaire, non ce n’était pas un doux rêveur car ses paroles furent confirmées par ses gestes… Non et non, il demeure insaisissable ! Serait-ce si périlleux, si dangereux d’accepter d’en demeurer à l’interrogation, sans vouloir y apporter une réponse trop rapide ? Jésus n’apporte nulle réponse, mais ouvre un horizon de possibilités… Puis-je me débarrasser si facilement de la question de Dieu, de la question de l’identité de Jésus ? Ce Tout-Autre, au-delà de mes réponses rassurantes, est-il possible ?

Le Tout-Autre dérange ma petite vie tranquille…

« Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive. » (Mc 8, 34) L’être humain, avec sa « petite comprenette » plutôt lente, commence à entrevoir que sa vie au milieu de l’ensemble de la Création n’est qu’un petit élément contribuant à l’ensemble de la vie du monde. Il est fini le temps de la croissance exponentielle, le temps de l’exploitation démesurée de nos ressources, le temps d’un mode de vie insouciant des conséquences  engendrées sur la Nature ou sur les peuples à l’autre bout du monde… Bref, les mouvements de simplicité volontaire, de décroissance, de respect des écosystèmes, ne nous disent-ils pas, avec un vocabulaire nouveau, ce que Jésus disait à ses disciples : celui qui veut une vie réussie doit renoncer à lui-même, pour se situer par rapport au reste de la Création, doit prendre sa croix d’une vie maîtrisée, et même ascétique, et donner sa vie pour les autres… Ce Tout-Autre qui dérange ma petite vie tranquille, ne m’indique-t-il pas d’autres possibles pour une vie réussie ?

Le Tout-Autre m’ouvre un avenir…

« Celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l’Évangile la sauvera. » (Mc 8, 35) On pourrait traduire aussi : l’humanité occidentale qui veut sauver son système fonce dans un mur, mais l’humanité qui accepte de perdre une façon de vivre et qui accepte de se décentrer d’elle-même se sauvera… Sauvera-t-elle le système ? Sauvera-t-elle la Planète ? Ou sauvera-t-elle son âme ?… Car, finalement, le monde n’a pas son propre but en lui-même ; n’est-il pas simplement le lieu de notre apprentissage d’une vie pleinement humaine, c’est-à dire d’une vie capable de Dieu ? Oui perdre sa vie pour le Christ et pour l’Évangile, n’a rien à voir avec un fanatisme kamikaze, mais avec un amour qui consume et purifie afin de nous conduire vers le Tout-Autre et son Royaume de Paix et de Plénitude ! Si j’accepte d’entrevoir, dans le Christ, une toute autre réalité que celle que je connais, cela  ne signifie-t-il pas qu’un avenir s’ouvre devant moi et devant la Création qui n’en est alors qu’à l’étape des douleurs de l’enfantement ?

« Pour vous qui suis-je ? »

Le Tout-Autre ?

Accepterons-nous de garder la question ouverte ?

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De départs en commencements…

 

Les nouveaux profes et leur maitre des novices

Départ des jeunes profès…

Voilà c’est fait ! Les quatre novices assomptionnistes d’Afrique de l’Ouest de cette année 2011-2012 viennent de prononcer leurs premiers vœux… La belle fête de ce premier septembre 2012 fut présidée par le P. Sylvain Gasser, premier assistant du provincial de France, qui posait pour la première fois les pieds en Afrique sub-saharienne. Il sembla, cependant, bien à l’aise dans ce nouvel environnement, apportant notamment une nourriture solide dans les diverses homélies qu’il prononça au cours de son séjour. Il est toujours agréable d’accueillir des frères lorsqu’on est un peu éloigné en situation de missionnaire…

Les frères Bernard BAMOGO, Emile BOCCOVI, Fabrice-Marie ADZAKLI et Michel EFOEGAN prennent donc un nouveau départ pour leur vie de baptisés -marchant à la suite du Christ depuis déjà de longues années- . C’est à la fois un certain aboutissement : la joie d’avoir enfin trouvé, après des années de recherche, le lieu, « la famille », la communauté à partir desquels mieux vivre l’Évangile et c’est à la fois un commencement, où rien n’est acquis mais où tout n’est que promesse ! Car, cet engagement dans la vie religieuse est bien sûr un don total de soi au Seigneur, mais, en même temps, ce n’est qu’un simple cadre pour incarner, jour après jour, ce don de soi au Seigneur ! Tout au long de l’année, j’ai répété aux novices qu’il s’agissait, pendant cette année, de mettre en place des pierres de fondation pour la suite : non pas de vivre une année complètement autre que ce qu’ils auront à vivre, mais de poser les soubassements qui leur permettront de nourrir leur vie spirituelle tout au long de leur vie religieuse. La méditation de la Parole de Dieu, l’oraison, l’habitude de la lecture pour l’approfondissement de la foi, l’accompagnement spirituel, la relecture de vie, la construction de la vie fraternelle : voilà un ensemble d’éléments qui, je l’espère, pourra trouver place dans la vie de ces jeunes religieux et leur permettra de poursuivre leur chemin pour de nombreuses années.

Ce départ demande aussi un certain arrachement, surtout du côté du maître des novices, après une année de grande proximité avec ces jeunes, les soutenant, les encourageant, les guidant… Décidément, je m’en rends de plus en plus compte, la vie religieuse nous fait avancer de départs en commencements, sans cesses renouvelés. Peut-être est-ce uniquement à ce prix que l’on peut grandir dans une fraternité toujours plus universelle et nous préparer à la fraternité du Royaume ? Car ces séparations nous permettent d’autres attachements, et me voici de nouveau à la tâche avec six nouveaux novices.

Fabrice-Marie prononcant son engagement entre les mains du P. Sylvain Gasser

Encore un départ, donc, avec cette nouvelle année qui commence… Bonaventure, Paul, Pierre-Paul, Rémi-Clovis, Thomas, Yves ont entrepris le chemin du noviciat le 25 août dernier. Cette année qui s’ouvre sera bien différente de la précédente, non seulement parce les événements à venir seront maîtres de nos vies et que les nouvelles relations tissées seront uniques, mais aussi en raison des nombreux mouvements parmi les frères… Le P. René Mihigo, un des fondateur de notre mission au Togo (le dernier sur place), rentrera prochainement au pays en RDC et trois, plus un, nouveaux visages arrivent : le P. Vincent (ancien provincial d’Afrique (RDC, Kenya, Tanzanie)) et le Fr. Serge Patrick (Camerounais) déjà sur place renforceront notre communauté de Komah ; le P. Bien-Aimé (Malgache) qui arrivera prochainement nous épaulera au noviciat et enfin un jeune volontaire assomption, Jérémie, nous aidera pour l’animation du Centre Culturel St Augustin.

La famille assomptionniste en Afrique de l'Ouest

Et vous ? Quels sont les départs et autres commencements que vous aurez à vivre cette année ? De départs en commencements, une vie nouvelle pleine de promesse ne s’ouvre-t-elle pas devant nous ?

 

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« Ouvre-toi ! »

23ème dimanche, année B, Mc 7,31-37 /

Ce qui distingue l’homme de l’animal, c’est d’abord la Parole –le Verbe, le Logos, la Pensée–. L’évangile de ce jour, à travers la figure du sourd-muet, nous parle justement de ce qui nous empêche de communiquer, de nous ouvrir à l’autre, d’être pleinement humain… La guérison apportée par le Christ est claire et limpide : « Ouvre-toi ! » (Mc 7,34)… sors de tes enfermements… deviens un être de relation… C’est facile à dire, mais rarement facile à vivre, car, que l’on soit timide et peu porté sur les discours ou que l’on soit extraverti et épris de logorrhées,  le risque est toujours de se refermer sur soi-même par le silence ou la parole creuse… En fait, au-delà de toute pathologie, la vie n’est-elle pas, pour chacun de nous, le temps offert pour apprendre à passer de nous-même aux autres, pour sortir de nos enfermements et pour nous ouvrir à une vie relationnelle toujours plus universelle ? N’est-ce pas cela le Royaume de Dieu : une vie de communion avec tous les humains grâce à la communion Trinitaire ?

Prendre acte de nos fermetures…

Pour pouvoir dépasser nos replis et nos enfermements, la première démarche est peut-être d’en prendre acte… « On lui amène un sourd-muet. » (Mc 7, 32), en ce qui concerne un handicap physique, cela est bien manifeste, mais si le handicap est spirituel, encore faut-il le reconnaître : « Des pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous des aveugles, nous aussi ? » Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’ votre péché demeure. » (Jn 9,40-41) Une fois encore, prendre conscience de nos fermetures, liées à notre histoire, à nos blessures, ne doit nullement nous accabler, il s’agit plutôt de consentir à ce que nous sommes, de consentir à notre vie. Il ne faut jamais oublier, dans ce « travail » de lucidité sur nous-même, que tout ce qui nous a façonné porte un versant négatif et un versant positif : si je suis timide, je suis en général aussi plus disponible à l’écoute, plus patient, plus attentif à mon environnement qu’un extraverti, qui, lui-même, possède d’autres atouts… N’ayons pas peur de reconnaître nos fragilités, nos fermetures et même notre péché…

Se laisser toucher par l’autre…

« On lui amène un sourd-muet, et on le prie de poser la main sur lui… il mit les doigts dans ses oreilles… il lui toucha la langue. » (Mc 7,32…33) Je note ensuite la passivité du sourd-muet, vient-elle de son handicap ? De sa résignation face à sa situation ? De son manque de foi ? Toujours est-il que c’est la démarche que d’autres font pour lui qui lui permettra d’être guéri. Peut-on découvrir dans nos vies cette même planche de salut ? Nous voulons souvent maîtriser notre vie et être notre propre maître, mais est-ce cela qui nous fera grandir ? Notre mise au monde, première étape de notre vie, s’est faite sans notre permission… L’expulsion du sein maternel fut une souffrance pourtant salutaire… Or ce même schéma se reproduit toute notre vie : nous voudrions nous replier sur ce que nous connaissons, sur notre petit réseau relationnel, sur notre cocon clanique, mais fort heureusement, si nous nous laissons toucher et interpeller par d’autres, nous pouvons sortir de cet enfermement. Le vœu d’obéissance des religieux en est une belle illustration : en acceptant une obédience non choisie, nous sommes expulsés une fois de plus hors du cocon que nous recherchons à construire pour un étonnant surplus de vie et un formidable élargissement de notre réseau relationnel… En se laissant toucher, interpeller par l’autre, c’est Dieu lui-même, le Tout-Autre, qui peut alors toucher notre cœur et lui permettre de s’élargir !

« Ouvre-toi ! »

« Ses oreilles s’ouvrirent… sa langue se délia et il parlait correctement. » (Mc 7,35) Si nous reconnaissons nos enfermements, et la nécessité de nous laisser toucher par d’autres et le Tout-Autre pour élargir nos vies, alors nous pourrons devenir pleinement humain : être des êtres d’écoute et de parole, une parole constructive, droite, « correcte ».  Cela me rappelle quelques propos de Jacques Salomé : « Je peux m’ouvrir ou me fermer à ce qui vient de l’extérieur par plusieurs « ouvertures » : la disponibilité et l’écoute ; l’accueil et le recevoir ; le retrait ou le refus ; l’engagement et l’action ; l’échange et le partage ; le témoignage ou l’affirmation. Si je me blinde, je souffre moins des coups reçus, si je me ferme, je ne laisse pas entrer le mauvais ou le dangereux !… Ni le bon non plus, ni l’inattendu de l’imprévisible. Une bonne armure protège des coups mais empêche aussi … de grandir ! » [1]

Pour entrer dans la communion Trinitaire, pour devenir plus humain, ne s’agit-il pas :

De prendre acte de nos fermetures ?

De nous laisser toucher par l’autre et le Tout-Autre ?

De nous ouvrir à l’inattendu de la rencontre ?

 



[1] Jacques Salomé, Mille et un chemins vers l’autre, édit. Le Souffle D’or, 2002

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Sortir du pays de la dissemblance…

22ème dimanche, année B, Mc 7,1…23 /

Finalement, qu’est-ce qui est en question dans la controverse, sur le pur et l’impur, que rapporte la page d’évangile de ce dimanche ? L’impureté, dans la tradition de l’Ancien Testament, c’est ce qui empêche de s’approcher de Dieu… La question est donc : qu’est-ce qui m’empêche de m’approcher de Dieu, de lui ressembler ? Une impureté rituelle et extérieure ou le péché qui habite mon cœur ? Une fois de plus, il en va d’abord de notre connaissance ou méconnaissance de Dieu : «  Il est inutile le culte qu’ils me rendent ! » (Is 29,13) Libérons-nous de nos fausses images de Dieu… de nos fausses images de l’autre… de nos fausses images de nous-mêmes. Pour sortir du pays de la dissemblance (comme le dit saint Augustin),  et entrer dans celui de la ressemblance… à Dieu !

Libérons-nous de nos fausses images de Dieu !

La première fausse image, dans ces questions de pureté et d’impureté, réside dans la supposition que Dieu aurait besoin que nous soyons purs pour s’approcher de nous. Or, l’Incarnation du Verbe, la vie de Jésus sur les routes de Palestine, témoignent au contraire que Dieu n’a aucune difficulté à s’approcher  de tous : des étrangers, des lépreux, des pécheurs, des pharisiens, d’une humanité pécheresse… Le problème n’est donc pas du coté de Dieu mais du nôtre. Par conséquent, rien de ce qui vient de la Création, et donc indirectement de Dieu, ne peut nous empêcher de nous approcher de lui : la nourriture, la saleté, le sang… Mais c’est uniquement ce qui vient du cœur de l’homme, ce qui nous entraine dans la région de la dissemblance qui peut entraver notre accueil de la vie de Dieu. Dieu vient sans cesse à notre recherche, mais nous pouvons choisir de nous cacher loin de sa face : « Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui dit : ‘Où es-tu donc ?’ L’homme répondit : ‘Je t’ai entendu dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché’. » (Gn 3, 9-10) Sommes-nous convaincus que Dieu veut sans cesse nous rejoindre, et s’approcher de nous, même au sein de toutes nos impuretés ?

Libérons-nous de nos fausses images de l’autre !

La seconde fausse image, dans cette question du pur et de l’impur, se tient du côté de l’élection, de la mise à part (pharisien signifie « séparé »). Toute la vie du Judaïsme de l’Ancien Testament est organisée en ronds concentriques, du plus pur au moins pur,  à partir du Saint des Saints, dans le Temple de Jérusalem : le grand prêtre (qui s’approche du Saint des Saints au Yom Kipour), les Lévites (mis à part pour le culte de Dieu),  les hommes puis les femmes du peuple élu et, enfin, les gentils, les païens ; il suffit de penser aux différents lieux et parvis du Temple réservés à chaque catégorie. Dans cette logique, celui qui appartient à une catégorie pure doit se préserver de tout contact, ou se purifier lorsqu’il entre en contact avec une catégorie moins pure. C’est ce qui est évoqué par les pharisiens avec l’aspersion nécessaire au retour du marché. Peut-être pensons-nous être sortis depuis longtemps de ces catégories archaïques, mais est-ce si sûr ? Ne cherchons-nous pas à nous préserver de l’étranger, du sorti de prison, du sidéen, de la personne handicapée, du Rom, de l’adepte d’une autre religion … bref de celui qui est différent de soi ? Rentrer en contact avec quelqu’un de différent va-t-il me rendre moins pur ? Mais de quelle pureté parle-t-on ici ? Notre avenir dépend-il d’un repli identitaire ou d’une humanité toujours plus universelle ? Celui qui est particulièrement différent de moi, n’est-il pas au contraire une chance offerte pour entrer plus avant dans la ressemblance au Christ à laquelle nous sommes appelés ?

Libérons-nous de nos fausses images de nous-mêmes !

La dernière fausse image, me semble-t-il, dans cette question du pur et de l’impur, c’est l’hypocrisie, ou si vous trouvez le mot trop fort, l’incohérence, entre l’image que nous avons de nous-mêmes et ce que nous vivons réellement. Pour pouvoir progresser sur le chemin de l’Évangile, il nous faut d’abord regarder nos vies avec le regard que Dieu pose sur elles. Peut-être que dans certains domaines nous nous déprécions à tort, alors que dans d’autres nous nous croyons, indûment, justes. Seul le regard d’amour, que le Christ a posé sur tous les pécheurs rencontrés, peut nous permettre à la fois de nous relever, de retrouver confiance et d’être plus lucide sur notre propre vie. La page d’évangile de ce dimanche évoque douze intentions perverses, universelles pourrait-on dire, qui sortent du cœur de l’homme… Ne sommes-nous pas taraudés par l’une ou l’autre d’entre elles ? « Inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil, démesure. » (Mc 7,21-22) Le reconnaître, devant le regard d’amour de Dieu, ne va pas nous accabler mais nous permettre de nous en libérer pour avancer vers Dieu ; de purifier notre cœur de ce qui le maintient dans le pays de la dissemblance…

Qu’est-ce que la véritable pureté ?

L’image du sacré que nous projetons en Dieu ?

Ou ce qui nous permet de passer du pays de la dissemblance à celui de la ressemblance ?

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La jeunesse au rendez-vous…

Les nouveaux et les anciens novices avec leurs formateurs

Le Seigneur appelle abondamment à marcher à sa suite, et l’appel de l’Évangile trouve de nombreux terrains fertiles chez les jeunes chrétiens d’ici qui ont soif d’idéal, soif de se rendre utile, soif de vivre l’Évangile et la suite du Christ de plus près. Comme dans toute vocation, les intentions de départ peuvent être diverses et mêlées, en fonction de son histoire personnelle, de son parcours familial, de la situation socio-économique du pays : il n’y a pas de motivation « purement spirituelle » et d’ailleurs qu’est-ce que cela voudrait dire ? Au contraire, c’est à travers nos blessures et nos histoires personnelles que le Seigneur nous appelle, c’est pour répondre à des défis de la société concrète dans laquelle on vit que le Seigneur appelle… On constate bien, tout au long de l’histoire de l’Église, combien le contexte social fut décisif dans les moments de grand développement de la vie religieuse, que l’on pense aux Bénédictins, aux Cisterciens, aux Franciscains…

Ces préliminaires, pour évoquer les jours à venir à Sokodé. Aujourd’hui même, 6 jeunes font leur entrée au Noviciat et, cette semaine, nous rassemblons les différents jeunes déjà accueillis en communauté pour une session de formation « Jeune Assomption ». Le thème principal en sera : « Comment mettre en œuvre efficacement un projet de développement ou un projet d’entreprise ! »… Vous voyez que l’on pense à l’apostolat futur des Assomptionnistes en Afrique de l’Ouest dans le contexte de la société africaine… Ils seront donc 24 : 6 jeunes religieux, 4 novices finissants, 6 novices commençants et 8 pré-postulants. La maison sera donc bien remplie dans les jours à venir… Enfin, samedi prochain, les 4 novices finissants prononceront leurs premiers vœux… Avec les 11 frères aînés (3 à Ouaga, 5 à Komah, et 3 au Noviciat) cela fera donc, pour l’année à venir, déjà 35 personnes dans nos trois communautés d’Afrique de l’Ouest. Que le Seigneur bénisse toute cette vie et lui fasse porter de bons fruits !

 

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Suivons-nous Jésus pour les bonnes raisons ?

21ème dimanche, année B, Jn 6, 60-69 /

Nous nous demandions la semaine passée si nous refuserions, ou non, de communier à la vie du Christ… Or la fin du discours de Jésus, sur le pain de vie, que nous méditons depuis plusieurs dimanches, illustre dramatiquement cette question : « À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en allèrent et cessèrent de marcher avec lui. » (Jn 6, 66) L’interrogation de Jésus aux Douze interpelle donc chacun d’entre nous, dans un contexte peu porteur pour adhérer au Christ et à son Église : « Voulez-vous partir vous aussi ? »(Jn 6,67) Pourquoi sommes-nous chrétiens ?… Faut-il viser le grand nombre ?… Suivons-nous Jésus pour les bonnes raisons ?

Pourquoi sommes-nous chrétiens ?

Depuis la multiplication des pains, une foule nombreuse suivait Jésus, mais pas forcément pour les bonnes raisons… De la même manière, dans les pays de vieille chrétienté, les foules étaient nombreuses à pratiquer le christianisme ; mais pour quelles raisons ? : un prince ou un roi qui s’était « converti » entraînant son peuple avec lui, des raisons sociologiques, des raisons pratiques, par habitude familiale, etc… Non loin de nous, la « révolution tranquille » du Québec ne cesse de nous interroger : pourquoi un peuple massivement christianisé ou, à tout le moins, massivement pratiquant, a-t-il tourné si vite la page du christianisme ? Le poids de la société était-il premier ? La connivence entre le politique et le religieux était-elle trop forte ? L’appropriation adulte de la foi trop délaissée ?… Et, dans les jeunes Églises d’aujourd’hui, pourquoi suit-on le Christ ? Pour obtenir sa protection, pour tenir le coup malgré les difficultés de la vie, par conformisme ? Pourquoi sommes-nous chrétiens ?

Peut-on viser le grand nombre ?

Les récits évangéliques interrogent aussi la question du nombre, la mode des grands rassemblements ou l’utilisation des moyens de communication pour toucher les masses : Ils étaient cinq mille, sans compter les femmes et les enfants, lors de la multiplication des pains (Mt 14,21) ; ils ne semblent plus demeurer  que Douze et quelques autres dans le récit de ce jour ; et au pied de la croix, d’après Jean (19, 25), ils ne sont plus que quatre : « les trois Marie » et « le disciple que Jésus aimait ». En tout cas, ce qui semble déterminant dans le texte d’aujourd’hui, pour que les Douze ne partent pas avec le grand nombre, c’est la relation intime qu’ils avaient tissée avec le Christ et le long compagnonnage qui leur avait permis d’entrevoir la véritable identité du Christ… C’est cette même réalité qui est décisive lorsque des chrétiens d’Occident ne partent pas avec le grand nombre… Cette découverte personnelle du Christ dans notre vie est incontournable et aucune stratégie, visant à embrigader les foules, ne peut produire de fruits durables sans elle. Benoît XVI nous le rappelle dans son exhortation apostolique sur le Parole de Dieu : « L’Évangélisation ne pourra profiter de la virtualité offerte par les nouveaux médias pour instaurer des relations significatives que si l’on arrive à un contact personnel qui demeure irremplaçable. Dans le monde d’internet, qui permet à des milliards d’images d’apparaître sur des millions d’écrans dans le monde, devra apparaître le visage du Christ ainsi que la possibilité d’entendre Sa voix. » (Verbum Domini §113) Le Christ lui-même n’a pas réussi à fidéliser les foules, faut-il donc s’inquiéter de se trouver en minorité ? Et peut-on viser le grand nombre ?

Suivons-nous Jésus pour les bonnes raisons ?

« Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle… Tu es le Saint, le Saint de Dieu. » (Jn 6,68-69) Au-delà de toutes les raisons pour lesquelles nous suivons le Christ, deux finalement semblent vraies et durables, d’après la réponse de Pierre : Jésus Christ est le seul Sauveur, et il est Dieu lui-même ! Si c’est bien pour cela que nous marchons à la suite du Christ, alors aucune parole difficilement compréhensible de l’évangile, aucune évolution de la société, aucune crise de l’institution Église ne mettra fondamentalement en cause notre désir de suivre le Christ. Car « ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur. » (Rm 8, 38-39)

Finalement, pourquoi sommes-nous chrétiens ?

Faut-il s’inquiéter de ne pas être du côté du grand nombre ?

Et suivons-nous Jésus pour des raisons essentielles ?

 

 

 

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Dernière ligne droite…

 

Retraite chez nos soeurs Orantes de Kpalimé

 

Prêchant la retraite de fin de noviciat, je ne serai pas très long… Juste un petit mot pour évoquer les sentiments variés qui m’habitent à l’approche de la nouvelle étape. Trouble… Joie… Fatigue… Espérance…

Trouble d’abord, car l’entrée dans la retraite fut un peu compliquée en raison d’un accrochage sur la route vers notre lieu d’accueil… Une fois de plus j’ai repris conscience de la dangerosité des routes du Togo, non seulement la route est-elle parsemée de pièges et de « nids d’éléphants », non seulement est-elle parfois très étroite, mais en plus, les règles de circulation se font au petit bonheur la chance. C’est ainsi qu’un motocycliste a déboulé devant moi, sans regarder du tout s’il y avait quelqu’un sur la route, et je n’ai pas pu l’éviter… Il a été bien sonné et hospitalisé mais, aux dernières nouvelles, ce n’était pas très grave. Vous imaginez donc que le trouble, lié à cet accrochage, nécessite du temps pour se dissiper, et ce n’est que demain, lors du voyage retour, que je serai totalement fixé, et sur la santé du jeune homme, et sur les formalités en cours… Je serai donc dorénavant encore plus prudent dans ma façon de conduire…

Mais Joie aussi ! La première promotion de novices achève son parcours et je suis très heureux de cette première année comme maître des novices, malgré les tracas matériels qui alourdissent le quotidien. Les novices eux-mêmes disent leur joie d’avoir parcouru un bon bout de chemin durant cette année, et nous en recueillons les fruits durant la retraite. J’ai essayé de leur donner des pierres de fondations solides pour la suite de leur vie religieuse, nous nous en remettant maintenant à la grâce de Dieu !

Fatigue… Il s’agit maintenant d’avoir une énergie renouvelée pour reprendre le parcours avec la nouvelle promotion qui fera son entrée la semaine prochaine (les deux promotions se chevauchant durant une semaine).  Je constate que cet enchaînement des promotions est un aspect ardu de la tâche de maître des novices… pas de temps pour souffler et pour refaire ses forces… Mais c’est aussi une chance offerte, de pouvoir réinventer une vie communautaire chaque année, de pouvoir tisser de nouveaux liens et de ne pas tomber dans la monotonie.

C’est donc l’espérance enfin qui prévaut, d’une nouvelle année passionnante, d’une installation matérielle qui devrait progresser durant l’année, d’une dynamique communautaire renouvelée, puisqu’également un nouveau frère malgache doit nous rejoindre. Espérance de liens locaux renforcés, de projets apostoliques redynamisés, car notre seconde communauté sera, elle aussi, consolidée en frères et, de plus, un jeune volontaire assomption nous rejoint pour apporter son énergie et son enthousiasme… sans compter les 9 ou 10 nouveaux jeunes qui arrivent pour l’étape du pré-postulat…

 

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Refuserons-nous ce repas ?

20ème dimanche, année B, Jn 6,51-58 /

« Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ! » (Jn 6,54) Comment entrer dans ce mystère ? Il va de soi que le Christ ne nous propose pas une séance de magie, où la consommation de son corps et de sang nous procurerait la vie éternelle… Il suffit de se rappeler le chapitre vingt-cinquième de Matthieu : ceux qui se seront occupés de leurs frères affamés, étrangers, nus, malades, en prison  obtiendront la vie éternelle, et ceux qui ne l’auront pas fait subiront le « châtiment éternel »… Manger la chair du Christ signifie donc une vie vécue sur le mode de ce qui a donné chair à sa vie : une vie de service, d’amour, de pardon, etc… Boire son Sang, c’est emprunter le chemin d’une vie donnée jusqu’au bout, comme la sienne, lui qui a versé son sang pour l’humanité… Mais alors peut-on vivre à ce niveau là ? Refuserons-nous ce repas ? Comment communier à la vie du Christ ? Pas en une fois… Pas d’abord par nos efforts… Et par un mystérieux échange…

Pas en une fois…

Il suffit de contempler la vie des saints, pour se rendre compte que leur configuration à la vie du Christ, que leur communion à sa chair et à son sang, ne s’est pas faite en une fois. Un saint François d’Assise, par exemple, n’a pas reçu les stigmates au début de sa vie. Il a d’abord décidé de suivre le Christ dans une simplicité des plus évangéliques, il a loué le Seigneur pour la beauté de sa Création, des frères se sont adjoints à son aventure et tout cela l’a emporté vers une vie configurée au Christ jusque dans sa chair… Un Maximilien Kolbe n’a été capable de donner sa vie, en échange de la vie d’un autre prisonnier, à Auschwitz, qu’après un long chemin spirituel où il s’était remis entièrement entre les mains dela Vierge Marie… On ne naît pas saint, on le devient, pas à pas, car la sainteté n’a rien à voir avec la perfection mais avec une vie qui se laisse modeler par l’Esprit pour pouvoir justement communier toujours plus à la vie du Christ, dans toutes les dimensions de sa vie !

Pas d’abord  par nos efforts …

«  Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. » (Jn 6,55) Puisqu’il s’agit de repas, vous vous êtes certainement déjà fait la réflexion, surtout si vous êtes cuisinière ou cuisinier, que le temps pour préparer un repas n’est pas comparable au temps nécessaire à la tablée familiale pour l’engloutir. Souvent la préparation prend des heures, parfois des mois (pour certains mets) et même des années si l’on songe à l’obtention des aliments nécessaires à la préparation ou au temps indispensable à la maturation d’un bon vin ! Eh bien avez-vous songé à cette même disproportion entre la préparation du repas eucharistique et le temps de la communion ? Pour en arriver là, il a fallu d’abord tout l’Ancien Testament et le lent travail de l’Esprit pour préparer un peuple capable d’accueillir l’incarnation du Verbe. Puis le temps de la gestation de Jésus dans le sein de sa Mère, puis le temps de sa vie cachée et enfin celui de sa vie publique, durant laquelle, petit à petit, il s’est donné toujours plus dans le service, dans l’amour des humains, dans le pardon, jusqu’au don final de sa vie surla croix. Si nous pouvons manger sa chair et son sang, ce n’est pas d’abord par nos efforts, mais parce que ce repas à été préparé pour nous depuis la fondation du monde !

Pour un mystérieux échange…

Nous disions, au début du texte, que la vie éternelle ne nous vient pas d’un repas eucharistique magique, qu’il en va de notre façon de vivre selon le chemin de vie révélé par le Christ, mais, dans les choses de la foi, il faut toujours se garder d’exclure ou d’absolutiser une des dimensions. Pour pouvoir vivre de la vie du Christ, encore faut-il nous nourrir de sa vie. Donc oui, manger la chair du Christ et boire à son sang, par une vie toujours plus christiforme, est possible si nous acceptons d’entrer dans le mystérieux échange d’une vie eucharistique : non pas de dissoudre le Christ en nous, en communiant à son corps et à son sang, mais de devenir son corps et son sang pour nos frères, grâce à cette nourriture eucharistique !

Pas à pas, comme pour les saints,  nous pouvons communier toujours plus à la vie du Christ !

Le repas a été préparé pour nous depuis la fondation du monde…

…pour un mystérieux échange,

le refuserons-nous ?

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La solidarité ne baisse pas les bras !

 

Visite dans la famille de Michel (Novice)

Quelle merveille que les êtres humains lorsqu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes ! Le rapport des occidentaux à l’Afrique pourrait n’être marqué que par l’afro-pessimisme : « On a tout essayé… et rien ne marche… » ou par les mirages de la macro économie : « L’Afrique est en pleine croissance… » Mais la réalité est bien différente : ni catastrophique, ni radieuse mais humblement et laborieusement en marche vers une vie plus humaine, plus juste, plus paisible… Et ils sont nombreux, encore, à croire et à œuvrer pour une solidarité nord/sud. Ne serait-ce que dans la semaine écoulée, j’ai pu être témoin de nombreux exemples de cette solidarité qui ne baisse pas les bras, et j’aimerais vous en faire écho :

–        Depuis quelques semaines, je suis en contact, via internet, avec quelques jeunes filles, scoutes de France, qui rassemblent depuis plus d’un an suffisamment d’argent pour organiser un camp solidaire en Afrique – pour l’été 2013 – et nous sommes en train de prendre divers contacts pour concrétiser cela…

–        Durant notre séjour à Lomé, j’ai rencontré un groupe de bretons, venu dans le cadre d’un voyage solidaire : ils étaient onze, accueillis dans un village à une quarantaine de kilomètres de Lomé, à avoir fait le choix de ces vacances solidaires. Sur le prix du voyage, deux cent euros par personne étaient consacrés au forage d’un puits dans le village. Par ailleurs, les visiteurs ont été accueillis et logés dans les familles, et plusieurs villageois d’ici ont ainsi bénéficié d’un travail rémunéré, lié à la blanchisserie, à la cuisine, etc… durant leur séjour. Le groupe était ravi de son expérience et surtout des liens chaleureux qui ont pu se tisser avec les habitants du village durant ces quelques jours… Sans électricité, sans eau courante, un des participants me disait le bienfait de prendre de la distance par rapport à tout le superflu qui encombre nos vies…

–        Cette même semaine, une famille venait « rechercher » sa fille, Marie-Cécile, volontaire DCC (Délégation Catholique pour la Coopération) à Sokodé depuis un an. Elle enseignait dans l’établissement des Religieuses de l’Assomption, sur le site de la paroisse dont nous avonsla charge. Cette famille, de Charente-Maritime, est venue avec ses deux autres enfants (jeunes adultes) qui avaient, chacun également, une expérience de camp-solidaire au Togo ou au Burkina Faso, comme l’avait eue Marie-Cécile avant de plonger pour un long séjour d’un an ! C’était donc au tour des parents de découvrir ce coin d’Afrique que leurs enfants leur avaient appris à aimer… Nous attendons, nous-aussi, un volontaire DCC, à la rentrée de septembre pour nous aider particulièrement au Centre Culturel !

–        Dans un tout autre ordre d’idée, je reprenais contact cette semaine avec le Québec, pour un projet d’échange entre un prêtre togolais et un diocèse québécois, et mon correspondant me rapportait différents liens de solidarité, notamment des prêtres africains aux études mais ayant des postes rémunérés en paroisse, pour les soutenir durant leur formation… Encore un beau témoignage de solidarité !

–        Et toujours cette semaine, deux propositions d’aide financière me sont parvenues, pour nous soutenir dans notre mission de formation de jeunes religieux… Par exemple en prenant en charge le trousseau de départ (habit religieux, bréviaire, bible, missel, vêtements) des novices qui vont prononcer leurs vœux en septembre !

Un immense merci à cette solidarité qui ne baisse pas les bras, et qui, loin de tous les clichés sur l’Afrique, croit en l’homme, en la rencontre, en un avenir meilleur possible pour chacun !

 

Eureka ! Solution technique provisoire…

 Vous avez tous remarqué que j’avais quelques problèmes, depuis plusieurs mois, pour publier sur mon blogue, cela est lié indirectement à ma situation géographique, mais je vous passe les détails… J’ai finalement trouvé une solution provisoire, via une amie qui publie pour moi, car je ne peux plus publier moi-même pour l’instant… Cela vous permettra donc de continuer à pouvoir réagir aux articles sur le blogue… Petit à petit je vais rattraper mon retard et mettre en ligne les textes manquants…

 

La vie par ici

La semaine dernière, nous étions donc à Lomé pour quelques courses, quelques rencontres dans les familles des novices et un peu de repos. Faire les courses au grand marché de Lomé, n’est pas vraiment de tout repos, surtout quand on est blanc, mais grâce à mes gardes du corps et négociateurs de prix, l’expérience fut assez agréable…

Les familles étaient heureuses de nous recevoir, même si la maman presbytérienne d’un de nos novices, regrettait qu’il ne puisse pas lui donner de petits enfants… Comme nous expliquions à la famille réunie que notre congrégation religieuse travaille à l’œcuménisme, et qu’il ne fallait donc pas se soucier d’un fils engagé dans cette congrégation catholique, la réaction (en langue, et qui ne me fut pas traduite sur le coup) fut : « Mais alors si vous êtes œcuménique notre fils pourra se marier… » Et les autres d’acquiescer : « Ah oui, c’est ça le véritable œcuménisme !… » Voici donc une nouvelle piste à creuser pour la congrégation…

 

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De quoi vous nourrissez-vous ?

19ème dimanche, année B, Jn 6,41-51 /

La première lecture de ce dimanche nous donne une belle porte d’entrée pour la méditation de l’évangile : Elie découragé par les adversités de sa mission tombe dans le désespoir : « Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Reprends ma vie ! » ( 1R 19,4)… Et quelle est la réponse de Dieu ? Il lui envoie de la nourriture, du pain et de l’eau, par deux fois, en lui disant : « Mange, autrement le chemin serait trop long pour toi ! »(1R 19,7) Ce texte ne vous semble-t-il pas très actuel et très pertinent ? Face aux adversités de la vie, et elles sont nombreuses sous tous les cieux, le découragement, voir le désespoir, peuvent nous atteindre… alors la Parole de Dieu viens nous interroger : Mais de quoi vous nourrissez-vous ?… Le chemin d’une vie humaine est trop long et trop ardu si vous ne vous nourrissez pas correctement !… Quelle est votre nourriture spirituelle ? Nourrissez-vous votre intériorité ? Nourrissez-vous votre réflexion ? Nourrissez-vous votre agir ?

Nourrissez-vous votre intériorité ?

« Moi, je suis le pain de la vie. » (Jn 6,48) La prière, bien sûr, et les sacrements sont les lieux privilégiés pour nourrir notre intériorité, pour reprendre souffle, jour après jour, auprès du Christ. En ce sens, la prière n’est pas le lieu d’un marchandage avec Dieu, de l’ordre du donnant/donnant ou du sacrifice en vue d’obtenir des grâces. La prière est le lieu de notre ressourcement en Dieu. Il s’agit d’y ressaisir notre vie, de la laisser illuminer par le regard d’amour que Dieu pose sur elle afin de pouvoir reprendre le chemin. Face à toutes les tempêtes de nos vies : venir se reposer en Dieu… Lorsque nous doutons de nous-mêmes et que nos blessures se réveillent : reprendre conscience que Dieu nous aime tel que nous sommes… Si la maladie, la souffrance et la mort nous atteignent : se rappeler que le Christ a vaincu tout mal, toute souffrance, toute mort et que le dernier mot revient à la résurrection, à la joie et à la plénitude ! … Enfin, si la marche du monde nous décourage ou nous effraie, nous souvenir que celui-ci « gémit dans les douleurs de l’enfantement » (Rm 8,22) et que le Royaume de Dieu est en train d’advenir… Devenir un être spirituel, nourrir notre intériorité, n’est-ce pas -loin de tous les mirages sur le développement personnel- voir toujours plus le monde, et nos vies, avec le regard de Dieu, ce regard révélé par toute la vie du Christ ? Comment nourrissez-vous votre intériorité ?

Nourrissez-vous votre réflexion ?

Pour le coup,  s’il y a une nourriture qui se périme bien vite, c’est bien celle de notre réflexion intellectuelle, de notre petite compréhension des réalités du monde et encore plus des réalités spirituelles ! « Mange, autrement le chemin serait trop long pour toi. » J’ai toujours été stupéfait par bon nombre de mes contemporains, de tradition familiale chrétienne, qui ont consacré des heures, des années à leur formation professionnelle, technique, scientifique, mais qui pour les « choses de la foi » en sont restés au catéchisme de leur enfance, si bien qu’ils ont vite fait de décrier la foi chrétienne, sans avoir cherché à en comprendre le moindre élément avec une réflexion plus adulte et plus mature… Et même parmi les chrétiens pratiquants, certains craignent de trop bousculer leur foi, par la réflexion ou la théologie… Pourtant, l’évangile nous le répète, une des fonctions essentielle du Christ est de nous instruire : « Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. » (Jn 6,45) Ou encore comme dans l’évangile d’il y a trois semaines : « Jésus fut saisi de pitié envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les instruire longuement. » (Mc 6,34) et ce n’est pas Benoît XVI qui nous démentirait, lui qui insiste tellement sur le dialogue entre la raison et la foi… Au-delà de tous ces arguments, j’en ai fait l’expérience : les chrétiens, les prêtres, les religieux, religieuses qui prennent les moyens de réfléchir leur foi et de lire, tout au long de leur vie, entretiennent une foi vive ; mais celles et ceux qui se contentent du peu qu’ils ont compris s’essoufflent bien vite et essoufflent également ceux qui leur sont confiés ! Voulez-vous tenir pour la longue marche de la vie ? Alors nourrissez sans cesse votre compréhension de la foi !

Nourrissez votre agir !

Troisième pilier pour tenir la longue marche de la vie : une action, un travail, un agir dans le monde qui a du sens ! Je sais bien qu’il n’est pas toujours facile de trouver le métier choisi, mais je crois que l’on peut toujours investir son travail, ses engagements, ses actions de manière à leur donner du sens et à mettre l’humain au cœur de nos vies. Là encore, pour nourrir notre agir, une seule référence s’impose : le Christ. Si nous nous laissons façonner par sa façon d’agir, d’entrer en relation, de servir, alors petit à petit notre vie sera toujours plus unifiée dans toutes ses dimensions. Là encore, les témoignages ne manquent pas de personnes ayant retrouvé goût à la vie, grâce à une expérience existentielle –un pèlerinage à Compostelle par exemple, ou le fait d’avoir côtoyé la mort de près- qui ne les a pas fait changer de vie, mais investir ce qu’ils ont à vivre de manière tout à fait renouvelée ! Comment, sans attendre d’être confronté à la mort, redonner saveur à notre agir jour à près jour ?

Pour tenir la longue marche de la vie…

De quoi nourrissez-vous votre vie intérieure, votre réflexion, votre agir ?

De l’air du temps ou du pain vivant venu du ciel ?

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