Départ des jeunes profès…
Voilà c’est fait ! Les quatre novices assomptionnistes d’Afrique de l’Ouest de cette année 2011-2012 viennent de prononcer leurs premiers vœux… La belle fête de ce premier septembre 2012 fut présidée par le P. Sylvain Gasser, premier assistant du provincial de France, qui posait pour la première fois les pieds en Afrique sub-saharienne. Il sembla, cependant, bien à l’aise dans ce nouvel environnement, apportant notamment une nourriture solide dans les diverses homélies qu’il prononça au cours de son séjour. Il est toujours agréable d’accueillir des frères lorsqu’on est un peu éloigné en situation de missionnaire…
Les frères Bernard BAMOGO, Emile BOCCOVI, Fabrice-Marie ADZAKLI et Michel EFOEGAN prennent donc un nouveau départ pour leur vie de baptisés -marchant à la suite du Christ depuis déjà de longues années- . C’est à la fois un certain aboutissement : la joie d’avoir enfin trouvé, après des années de recherche, le lieu, « la famille », la communauté à partir desquels mieux vivre l’Évangile et c’est à la fois un commencement, où rien n’est acquis mais où tout n’est que promesse ! Car, cet engagement dans la vie religieuse est bien sûr un don total de soi au Seigneur, mais, en même temps, ce n’est qu’un simple cadre pour incarner, jour après jour, ce don de soi au Seigneur ! Tout au long de l’année, j’ai répété aux novices qu’il s’agissait, pendant cette année, de mettre en place des pierres de fondation pour la suite : non pas de vivre une année complètement autre que ce qu’ils auront à vivre, mais de poser les soubassements qui leur permettront de nourrir leur vie spirituelle tout au long de leur vie religieuse. La méditation de la Parole de Dieu, l’oraison, l’habitude de la lecture pour l’approfondissement de la foi, l’accompagnement spirituel, la relecture de vie, la construction de la vie fraternelle : voilà un ensemble d’éléments qui, je l’espère, pourra trouver place dans la vie de ces jeunes religieux et leur permettra de poursuivre leur chemin pour de nombreuses années.
Ce départ demande aussi un certain arrachement, surtout du côté du maître des novices, après une année de grande proximité avec ces jeunes, les soutenant, les encourageant, les guidant… Décidément, je m’en rends de plus en plus compte, la vie religieuse nous fait avancer de départs en commencements, sans cesses renouvelés. Peut-être est-ce uniquement à ce prix que l’on peut grandir dans une fraternité toujours plus universelle et nous préparer à la fraternité du Royaume ? Car ces séparations nous permettent d’autres attachements, et me voici de nouveau à la tâche avec six nouveaux novices.
Encore un départ, donc, avec cette nouvelle année qui commence… Bonaventure, Paul, Pierre-Paul, Rémi-Clovis, Thomas, Yves ont entrepris le chemin du noviciat le 25 août dernier. Cette année qui s’ouvre sera bien différente de la précédente, non seulement parce les événements à venir seront maîtres de nos vies et que les nouvelles relations tissées seront uniques, mais aussi en raison des nombreux mouvements parmi les frères… Le P. René Mihigo, un des fondateur de notre mission au Togo (le dernier sur place), rentrera prochainement au pays en RDC et trois, plus un, nouveaux visages arrivent : le P. Vincent (ancien provincial d’Afrique (RDC, Kenya, Tanzanie)) et le Fr. Serge Patrick (Camerounais) déjà sur place renforceront notre communauté de Komah ; le P. Bien-Aimé (Malgache) qui arrivera prochainement nous épaulera au noviciat et enfin un jeune volontaire assomption, Jérémie, nous aidera pour l’animation du Centre Culturel St Augustin.
Et vous ? Quels sont les départs et autres commencements que vous aurez à vivre cette année ? De départs en commencements, une vie nouvelle pleine de promesse ne s’ouvre-t-elle pas devant nous ?








Le Tout-Autre ?
24ème dimanche, année B, Mc 8, 27-35 /
« ‘Qui suis-je ?’ Ils répondirent : ‘Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes.’ … ‘le Messie’. » (Mc 8, 27…29) Ne trouvez-vous pas étonnant que, lorsque Jésus pose la question de son identité, aucune réponse n’est ouverte à la nouveauté, à la singularité, à l’unicité de cet homme, mais que toutes sont des projections sur Jésus de ce que ses interlocuteurs connaissent par ailleurs… Il doit forcément rentrer dans une case connue : Jean-Baptiste, Elie, un prophète du passé ou le Messie attendu… Voilà bien une des raisons fondamentales de l’incarnation du Verbe : l’être humain est tellement limité dans sa vision du monde qu’il ne peut, par lui-même, découvrir la véritable identité de Dieu, la véritable profondeur de chaque être (y compris de soi-même) et le véritable sens de la vie. À l’heure où l’expérience personnelle et les sentiments semblent être les seules balises pour mener notre vie, n’est-il pas urgent de sortir de notre « petite comprenette » des choses pour se laisser éclairer par le Tout-Autre ? En quoi l’identité de Jésus de Nazareth est-elle déterminante pour moi aujourd’hui ?
Le Tout-Autre ouvre un horizon de possibilités…
« Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes. » (Mc 8, 33) Beaucoup de nos contemporains, comme les interlocuteurs de Jésus, se sont fait une petite idée sur Jésus et sur Dieu, à partir de leurs expériences, de leurs réflexions et des réponses toutes faites glanées ça et là… Jésus Christ n’était qu’un homme bon et prophétique… un révolutionnaire que l’on a mis à mort… Dieu est une invention des hommes pour conjurer leurs angoisses existentielles, etc… Bien souvent, ces réponses à l’emporte-pièce évitent de se poser trop de questions. Or, l’Évangile nous dit que le Christ ne se laisse enfermer dans aucune de nos réponses toutes faites : non il n’est pas la réincarnation d’un prophète du passé, non sa naissance n’est pas semblable à celle des autres hommes, non ce ne fut pas un messie révolutionnaire, non ce n’était pas un doux rêveur car ses paroles furent confirmées par ses gestes… Non et non, il demeure insaisissable ! Serait-ce si périlleux, si dangereux d’accepter d’en demeurer à l’interrogation, sans vouloir y apporter une réponse trop rapide ? Jésus n’apporte nulle réponse, mais ouvre un horizon de possibilités… Puis-je me débarrasser si facilement de la question de Dieu, de la question de l’identité de Jésus ? Ce Tout-Autre, au-delà de mes réponses rassurantes, est-il possible ?
Le Tout-Autre dérange ma petite vie tranquille…
« Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive. » (Mc 8, 34) L’être humain, avec sa « petite comprenette » plutôt lente, commence à entrevoir que sa vie au milieu de l’ensemble de la Création n’est qu’un petit élément contribuant à l’ensemble de la vie du monde. Il est fini le temps de la croissance exponentielle, le temps de l’exploitation démesurée de nos ressources, le temps d’un mode de vie insouciant des conséquences engendrées sur la Nature ou sur les peuples à l’autre bout du monde… Bref, les mouvements de simplicité volontaire, de décroissance, de respect des écosystèmes, ne nous disent-ils pas, avec un vocabulaire nouveau, ce que Jésus disait à ses disciples : celui qui veut une vie réussie doit renoncer à lui-même, pour se situer par rapport au reste de la Création, doit prendre sa croix d’une vie maîtrisée, et même ascétique, et donner sa vie pour les autres… Ce Tout-Autre qui dérange ma petite vie tranquille, ne m’indique-t-il pas d’autres possibles pour une vie réussie ?
Le Tout-Autre m’ouvre un avenir…
« Celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l’Évangile la sauvera. » (Mc 8, 35) On pourrait traduire aussi : l’humanité occidentale qui veut sauver son système fonce dans un mur, mais l’humanité qui accepte de perdre une façon de vivre et qui accepte de se décentrer d’elle-même se sauvera… Sauvera-t-elle le système ? Sauvera-t-elle la Planète ? Ou sauvera-t-elle son âme ?… Car, finalement, le monde n’a pas son propre but en lui-même ; n’est-il pas simplement le lieu de notre apprentissage d’une vie pleinement humaine, c’est-à dire d’une vie capable de Dieu ? Oui perdre sa vie pour le Christ et pour l’Évangile, n’a rien à voir avec un fanatisme kamikaze, mais avec un amour qui consume et purifie afin de nous conduire vers le Tout-Autre et son Royaume de Paix et de Plénitude ! Si j’accepte d’entrevoir, dans le Christ, une toute autre réalité que celle que je connais, cela ne signifie-t-il pas qu’un avenir s’ouvre devant moi et devant la Création qui n’en est alors qu’à l’étape des douleurs de l’enfantement ?
« Pour vous qui suis-je ? »
Le Tout-Autre ?
Accepterons-nous de garder la question ouverte ?