« Apprends-nous à servir ! »

 

29ème dimanche, année B, Mc 10,35-45 /

« Que voudriez-vous que je fasse pour vous ? » (Mc 10,36) Cette question de Jésus à Jacques et Jean s’adresse également à nous. Que répondons-nous spontanément ?… Délivrance de nos malheurs, réussite matérielle, amour, assurance du paradis ? Des demandes, somme toute, bien légitimes… et Jésus ne les dénigre pas, sauf celles vraiment trop axées sur la recherche d’honneur, de pouvoir, de possession. Mais il nous indique une voie meilleure, celle du service : « Celui qui veut être le premier sera le serviteur (l’esclave) de tous ! » (Mc 10, 44) Qui plus est, il l’illustre par sa vie, en incarnant le « serviteur  souffrant » annoncé par Isaïe (cf. la première lecture de ce dimanche) : « Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Mc 10,45) Non franchement, la perspective ne semble pas très séduisante… à moins de comprendre, de l’intérieur, qu’effectivement le service donne sens à notre vie, qu’il est source de joie et qu’il nous ouvre la porte de la vie éternelle !

Le service donne sens à notre vie !

Nous savons, d’une part, que le but de l’être humain est de réaliser sa ressemblance à Dieu, sa « divinisation », inscrite en lui dès la fondation du monde : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. » (Gn 1, 27)  et, d’autre part, que lorsque Dieu se fait homme, il manifeste en plénitude ce que l’Ancien Testament révélait déjà clairement, à savoir que l’essence même de Dieu est de se donner, de servir et d’aimer… La conclusion est limpide : pour que l’homme se réalise pleinement, il doit lui aussi grandir sur ce chemin du service, du don de soi, de l’amour oblatif. Cela entre-t-il en concurrence avec un épanouissement de notre vie ? Nullement… La réussite de nos études, de notre travail, de notre vie familiale prend justement sens lorsqu’elle nous permet aussi de réaliser notre vocation de ressemblance à Dieu, comme le dit bien une des oraisons de l’office des Laudes : « Tu demandes à l’humanité, Dieu créateur, de se perfectionner de jour en jour et d’achever par son travail l’œuvre immense de la création; aide-nous à faire que tous les hommes aient des conditions de travail qui respectent leur dignité: qu’en s’efforçant d’améliorer leur propre sort, ils agissent avec un esprit de solidarité et de service. » (Prière du temps présent, Laudes de la 4ème semaine) Oui, le service donne sens à notre vie et, à contrario, lorsque nous nous sentons inutiles, le sens de notre vie est bien difficile à percevoir…

Le service est source de joie !

Mais faisons un pas de plus. Suivant les cultures, le service est plus ou moins dévalorisé… En Afrique, par exemple, l’enfant ou le plus jeune  est souvent corvéable à merci, si bien que, certes, il apprend ainsi à servir, mais lui est également inculquée l’idée qu’un service est forcément asservissant. Aussi, dès que l’on aura franchi quelques échelons de cette société très hiérarchisée, s’empresse-t-on de se libérer de toute forme de service pour passer du côté de celui qu’on sert. Les effets de cette éducation se font ressentir à bien des niveaux, par exemple lorsqu’un jeune homme devient prêtre, il devient un « notable », et certaines tâches ne devraient plus lui incomber… Alors qu’au contraire, recevoir un ministère dans l’Église signifie recevoir un service à remplir ! Il s’agit donc d’évangéliser notre culture ! Non, le service accepté n’est pas asservissant, ni dévalorisant, mais source de joie ! N’avez-vous jamais fait l’expérience d’un service vous remplissant de joie et faisant sourdre en vous une profonde paix ? Comme une activité, dont vous aviez la charge, menée à terme ; un service purement gratuit rendu au voisin, ou à une personne en difficulté ; une petite réparation dans la maison ou un bon petit plat mijoté pour vos proches, etc. ? Et de petits services en petits services, votre cœur ne se rapproche-t-il pas du cœur de Dieu ?

Le service nous ouvre la porte de la vie éternelle !

Jacques et Jean manifestent le désir d’avoir les meilleures places dans le Royaume… Jésus ne dit pas que leur désir est mauvais, mais que le seul chemin pour y parvenir est celui du service, et que, forcément, s’ils cultivent une véritable âme de serviteur, ils seront libérés de toute recherche de récompense ou d’honneur. La vie éternelle ne s’ouvre-t-elle  pas à celui-là, seul, qui n’en force pas la porte d’entrée, mais emprunte, comme par inadvertance, la porte de service ? Débarrassons-nous donc de tout souci relatif à la vie éternelle et concentrons nos énergies à toujours mieux servir nos frères ici-bas ! Le chemin du bonheur ne consiste-t-il pas à se dessaisir de notre propre quête de bonheur  afin d’être toujours plus disponible à offrir du bonheur autour de nous ?

« Que voudriez-vous que je fasse pour vous ? »

Oserons-nous répondre :

« Apprends-nous à servir » ?

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La grâce de la fragilité !

 

Frère Guillaume Jedrzejczak

Nous venons de vivre notre chapitre local qui, comme à l’habitude, a débuté par un bon temps de partage de nos parcours respectifs… Je suis toujours émerveillé devant le fait que chaque vie se présente comme une histoire sacrée avec ses mystères, les épreuves traversées, les chemins de traverse, la famille qui a essayé de faire de son mieux, les rencontres marquantes etc… Et c’est tout cela qui donne des êtres humains, non pas des êtres parfaits, mais des êtres qui, grâce à leur histoire et à leurs fragilités, sont rendus capables d’aimer… Lorsque nous arrivons à consentir à notre histoire, non pas sous le mode de la résignation, mais en rendant grâce pour ce que nous sommes aujourd’hui en raison de tout ce que nous avons traversé de beau et de moins beau, alors nous devenons capables d’aimer nos frères pour ce qu’ils sont et non pour ce que nous voudrions qu’ils soient…

C’est bien en cela que se situe l’apprentissage de la vie fraternelle, au service d’une vie toujours plus ouverte à la rencontre, d’une fraternité devenue possible envers tous celles et ceux que le Seigneur nous donne de croiser sur notre chemin, grâce à ce regard d’amour posé sur l’histoire sacrée de chaque être humain. Ces convictions j’essaie de les transmettre dans ma tâche de formateur et je les résume ainsi : il s’agit de voir, toujours plus, l’autre avec le regard de Dieu !

Alors que je venais justement de parler à un novice de ce travail de consentement à ses faiblesses, je suis tombé sur un entretien avec le Frère Guillaume Jedrzejczak, ancien abbé du monastère trappiste du Mont des Cats. Entretien que j’ai lu avec d’autant plus d’attention que j’ai rencontré, à quelques reprises, le frère Guillaume au début de son mandat et notamment lors de son ordination et de sa bénédiction abbatiale au Mont des Cats… Je voulais vous en partager un extrait :

« Qu’est-ce qui s’est modifié en vous après trente années de vie monastique ?

–        La façon que j’ai de percevoir ma fragilité. Auparavant, je voulais la combattre, la solutionner ou la combler pour l’éviter. Maintenant je me rends compte qu’elle n’est pas un défaut mais une grâce. Le lieu où Dieu m’attend. Et où les autres avec qui je vis m’attendent aussi. La fragilité qu’on a n’est pas celle que l’on confesse, mais celle à laquelle on consent : celle qui est présente, persistante et qu’on a beaucoup de mal à accepter. Au fond, elle est inacceptable. Eh bien ! Je crois que c’est dans cette conversion à l’inacceptable, qui est en soi, que se trouve le cœur de l’expérience monastique ! Peu à peu on finit par accepter, par aimer ce que l’on est.

L’estime de soi est donc indispensable pour vivre en communauté ?

–        Oui, car sinon comment apprendre à aimer vraiment les autres ? et pas seulement le reflet qu’ils vous renvoient d’eux-mêmes ! En communauté, on est confronté chaque jour au mystère de l’autre, qui est son voisin de table au réfectoire, ou de stalle à l’église, pendant les offices. On lui est confronté d’abord en soi. C’est par cette confrontation en soi que l’on perçoit aussi son existence chez l’autre…. » (Entretien avec Michel Cool, 50 clés pour comprendre la vie monastique, hors série du Pèlerin, p.7)

Avez-vous eu l’occasion de revoir votre vie à partir de cette clé de lecture ? : « Notre fragilité n’est pas un défaut mais une grâce. Le lieu où Dieu m’attend. »

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Une vie à saveur d’éternité !

28ème dimanche, année B, Mc 10,17-30 /

Votre attention n’a-t-elle pas été retenue par le glissement qui s’opère entre la question de départ ; « Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? » (Lc 10,17) et la finale de notre passage d’Évangile : « Personne n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères… sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères… et, dans le monde à venir, la vie éternelle. » (Lc 10,29-30) Il me semble que l’Évangile nous invite à passer d’une logique du sacrifice, en vue d’une récompense à venir, à la découverte que notre vie, dès ici-bas, peut prendre saveur d’éternité ! Pour cela les commandements peuvent être utiles mais demeurent insuffisants. La grâce, elle, est nécessaire. Et la récompense, ou plutôt, les bénéfices de notre suite du Christ peuvent se savourer dès maintenant.

Insuffisance des commandements…

« ‘‘Maître, j’ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse.’’ Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer. » (Lc 10,21) Jésus aime celles et ceux qui cherchent à mener leur vie selon les belles valeurs que la sagesse humaine met en exergue. Car, reconnaissons-le, la sélection de commandements opérée par Jésus, parmi les dix commandements, ne concernent que le rapport à autrui, et participe donc d’une sagesse humaine partagée bien au-delà de nos sphères chrétiennes : « Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » (Lc 10,19) On pourrait dire qu’ils relèvent du b.a.-ba d’une vie humaine, mais sommes-nous déjà à ce niveau-là ? Car, malgré les apparences, une petite vie tranquille, selon les standards d’une vie moderne, cause, souvent à notre insu, bien des misères à l’autre bout du monde… Ces commandements, ces valeurs humaines, sont bien utiles mais peuvent-ils nous conduire à une vie juste ? Ne sommes-nous pas, déjà là, dans le domaine de l’impossible ?

Nécessité de la grâce…

Jésus, à sa manière, nous dit que la logique d’une petite vie honnête dans le monde qui nous obtiendrait le salut est une illusion « Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi. » (Lc 10, 21) Et il insiste, cette logique du salut par nos œuvres est comparable à un chameau voulant passer par le trou d’une aiguille, il aura beau faire tous les efforts qu’il voudra, il n’y arrivera pas ! Le salut est donc impossible selon la sagesse humaine, nous ne pouvons que le recevoir comme un cadeau de la part de Dieu : « Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. » (Lc 10, 27) Que l’on soit croyant et dans une logique de la récompense, en fonction de nos œuvres, ou que l’on soit agnostique, dans la logique d’une vie honnête, et dans l’espérance de retrouver un jour ceux que l’on a aimés, reconnaissons nos impasses et nos limites : il faudra bien nous en remettre à la grâce de Dieu pour entrer dans une vie éternelle ! Et ceci, non pas dans le futur, mais dès maintenant !

Une vie à saveur d’éternité…

Non, nous ne pouvons pas viser notre petit bonheur à taille humaine, le seul bonheur possible est à taille inhumaine ! Car comment être pleinement heureux en sachant que d’autres sont dans la misère et la souffrance ? En me masquant les yeux et en me bouchant les oreilles ?… Jésus nous dit, au contraire, que nous ne pouvons viser qu’un bonheur universel : « Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi. » (Lc 10, 21) Cette radicalité à la suite du Christ, nous y sommes tous invités, mais sous des formes diverses : si je décide de fonder une famille, je dois honorer les miens, mais cet amour privilégié envers mes proches doit m’ouvrir à un amour et à un don de ce que j’ai et de ce que je suis, toujours plus universel ; si j’ai choisi la vie religieuse, le détachement est peut-être plus radical, mais la menace d’une petite vie tranquille et égoïste est bien présente… Quel que soit notre état de vie, nous avons donc à grandir dans le détachement pour nous ouvrir à une fraternité toujours plus universelle, et n’est-ce pas en cela que réside la vie éternelle : «  Amen, je vous le dis : personne n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre, sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple. » (Lc 10,29) Je constate autant chez des religieux, des religieuses, que chez des couples qui s’engagent dans divers missions en raison de l’Évangile (parfois de façon assez radicale, après avoir élevés leurs enfants) que le centuple promis est bien réel. N’ai-je pas la chance d’avoir 850 frères assomptionnistes, 120 maisons de par le monde, des « mères », des « sœurs » et des « enfants » en Côte d’Ivoire, en France, au Québec, au Togo et ailleurs ?… Décidément non, il ne s’agit pas d’attendre une récompense, mais de savourer,  jour après jour, les prémices d’éternité de ma vie présente…

S’agit-il donc de savoir quoi faire pour avoir en héritage la vie éternelle,

ou de se laisser faire jour après jour par la grâce,

pour entrer dans une fraternité toujours plus universelle,

et savourer déjà la saveur d’éternité de notre vie ?

 

 

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Une fraternité toujours plus universelle !

De gauche à droite : Fr. Serge-Patrick, P. Vincent, P. Bien-Aimé

Cette fois les communautés assomptionnistes de Sokodé sont au complet et les frères, nouvellement nommés, sont bien arrivés. Il s’agit d’abord du P. Vincent KAMBERE, du Congo Kinshasa,  qui vient de terminer deux mandats comme provincial d’Afrique (RDC, Tanzanie, Kenya, Ouganda) ; du Fr. Serge Patrick MABOU SIMO, premier assomptionniste camerounais, qui s’apprête à prononcer son engagement définitif à la fin du mois et du P. Bien Aimé RAZAFIMAHAVELO, de Madagascar, qui nous arrive de la maison d’accueil des postulants de Tuléar. Nous leur souhaitons de trouver leur place parmi nous et de pouvoir y vivre toutes les dimensions de leur vie religieuse, pour leur bonheur et le bonheur de tous ceux qui les côtoieront.

 

Accueil du P. Bein-Aimé au Noviciat

Quelle chance avons-nous dans la vie religieuse de pouvoir vivre une fraternité toujours plus universelle ! Cette universalité chez nous n’a rien de théorique, mais s’expérimente au quotidien avec des frères de différentes cultures, de différents âges, de différentes langues…

« Nous nous acceptons différents, car Celui qui nous unit est plus fort que ce qui nous sépare. Il faut constamment dépasser nos divisions et nos limites pour nous retrouver dans l’accueil et le pardon. Si nous faisons passer l’écoute bienveillante et le respect des personnes avant les divergences d’opinion et les distinctions d’origine, d’âge, de mentalité ou de santé, notre diversité devient richesse. » Règle de vie n°8

Je m’émerveille toujours de savoir que je peux me rendre dans trente et un pays   et y trouver des frères et une maison. Savons-nous faire profiter suffisamment de cette expérience d’universalité autour de nous ? Car cette fraternité que nous vivons n’est pas pour notre bien-être mais pour construire, à notre petite mesure, la fraternité universelle : celle du Royaume de Dieu !

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Légalisme ou amour ?

27ème dimanche, année B, Mc 10,2-16 /

Le divorce : voici une question forte épineuse, et apparemment ancienne ! « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? » (Mc 10,2) Les interlocuteurs de Jésus, comme nous-mêmes, réclamaient une réponse claire en « oui » ou « non », mais Jésus ne répond pas sur ce mode, il renvoie au projet initial de Dieu : « Au commencement de la création… Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. » (Gn 1,27) « Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » (Mc 10,9) Jésus rappelle donc l’idéal, et ne veut pas édulcorer le projet d’amour de Dieu, en intégrant dans la loi même, des permissions ou des exceptions… Mais, dans le même temps, lorsqu’il est confronté à un cas concret, il prend en compte les possibilités de la personne et de la situation pour ouvrir un chemin de vie : que l’on pense au récit de la femme adultère ! S’en tenir à la Loi seule ne suffit pas : il s’agit de sortir du légalisme,  de servir la vie et de  défendre l’amour !

Sortir du légalisme !

Il y a deux manières d’être attaché à la loi, soit en l’interprétant de façon rigoriste, soit en utilisant toutes les nuances et les contradictions de celle-ci pour la contourner. Jésus ne veut pas se laisser enfermer dans ce légalisme qu’il dénonce : « C’est en raison de votre dureté de cœur qu’il a formulé cette loi [sur la répudiation]. Mais au commencement… » (Mc 10,5) Nous retrouvons exactement ici, un débat lié à plusieurs questions éthiques contemporaines… Pour prendre en compte certaines situations, faut-il absolument les intégrer dans la loi et légiférer sur tous les cas de figure ? Je pense ici notamment aux questions liées à l’euthanasie ou au mariage homosexuel : est-ce à la loi de déterminer à partir de quel moment on peut donner la mort ? Est-ce à la loi sur le mariage de changer pour faire place à une réalité qui a peu à voir avec le mariage ? Nos sociétés sont rongées par ce légalisme envahissant… Et dans l’Église catholique, à propos du mariage, nous héritons de ce même légalisme latin qui nous vient de l’empire romain, d’où les difficultés pour intégrer les soubresauts de la vie. Dans les Églises orthodoxes, il n’en est pas de même : l’Orthodoxie peut à la fois affirmer l’indissolubilité du mariage et permettre un remariage dans certaines conditions, car l’approche est plus spirituelle que légale…

Servir la vie !

Jésus ne peut donc que rappeler l’idéal du projet d’amour de Dieu mais, en même temps, il connaît bien les faiblesses humaines puisqu’il est justement venu pour cela : « Je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver. » (Jn 12,47) On ne peut donc lire le passage du jour et particulièrement la finale, c’est-à-dire : « Celui qui renvoie sa femme pour en épouser une autre est coupable d’adultère envers elle. Si une femme a renvoyé son mari et en épouse un autre, elle est coupable d’adultère. » (Mc 11,11-12), sans faire référence à sa rencontre avec la femme adultère sur le point d’être mise à mort : « Personne ne t’a condamnée ? […] Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus. » (Jn 8,10) Jésus reconnaît que l’adultère est source de mal et de mort, mais il relève cette femme, la délivre d’une mort certaine, et lui ouvre un nouveau chemin de vie. Comment dès lors, lorsque le lien conjugal est mis à mal, s’inspirer de l’attitude du Christ pour ouvrir de nouveaux chemins de vie ? Comment être présent auprès des couples en difficulté pour les aider à traverser leurs épreuves ? Mais aussi comment accompagner la séparation lorsque celle-ci s’avère inévitable ? L’Église catholique, contrairement aux idées reçues, n’est pas contre la séparation, mais s’oppose au remariage…

Défendre l’amour !

Il me semble, enfin, que la situation de l’époque de Jésus est bien différente de la nôtre, en ce sens où la femme répudiée n’avait plus d’avenir, elle se retrouvait sans ressources et incapable de refaire sa vie. Si les propos de Jésus sont durs avec les pharisiens qui l’interrogent, c’est bien parce qu’il y a quelque chose de l’ordre de l’injustice qui est en jeu… Entendons bien les paroles de Jésus, il ne parle pas de deux êtres qui se seraient mis d’accord pour se séparer, mais d’un homme ou d’une femme qui renvoie son conjoint, comme on renvoie un employé qui ne nous sert plus à rien… Il mentionne explicitement cette dureté de cœur : « C’est à cause de la dureté de votre cœur qu’il a formulé cette loi »… Ou encore dans la finale : « Si un homme renvoie sa femme pour en épouser une autre, il est coupable d’adultère envers elle. » Ce qui signifie que ce n’est pas par rapport à la loi qu’il se place, mais par rapport au mal et à l’injustice faits à la conjointe. N’utilisons donc pas les propos de Jésus pour justifier un légalisme stérile ou en déduire, trop rapidement, que Jésus serait contre une séparation à l’amiable, mais ne nous dérobons pas non plus pour défendre l’amour et la justice !

Oui, le projet de Dieu pour l’union d’un homme et d’une femme est beau et exigeant…

Mais si le lien conjugal est mis à mal,

Saurons-nous, comme Jésus, trouver les attitudes et les paroles justes,

pour sortir du légalisme, servir la vie et défendre l’amour ?

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Au-delà du virtuel !

Razaki en prière au noviciat…

Jour après jour, nos écrans témoignent, sans répit, des situations de guerre, de conflit, de violence, de rivalité politique, comme si les rapports humains étaient perpétuellement embrasés… Certes il ne s’agit pas de rester sourd au mal qui sévit, mais reconnaissez avec moi que la grande majorité des humains recherchent la sérénité, l’harmonie, la paix, qui sont inscrites en profondeur au cœur de l’homme et que la plupart des médias  produisent, comme à travers un miroir déformant, une image de notre monde bien plus catastrophique que ce qui se vit en réalité…

Pour ne pas en rester à des propos généraux, j’aimerais témoigner que, vivant dans la ville la plus islamisée du Togo, personne ne s’est laissé prendre au jeu de ceux qui veulent instrumentaliser les religions et qu’aucune manifestation n’eut lieu contre le film « L’innocence des musulmans », cette « vidéo islamophobe… navet d’une abyssale stupidité, qui n’aurait jamais dû connaître le moindre début de notoriété. » (Cf. Editorial d’Anne Ponce dans le Pèlerin du 20 septembre 2012) L’accès à internet, loin d’être facile pour tous ici, explique peut-être en partie le calme de Sokodé… Mais je crois surtout que le partage des joies et des peines du quotidien entre voisins, entre amis, entre collègues de différentes religions, nous préservent des généralités, des clichés et des relations virtuelles entre religions !

Au noviciat, il nous arrive plusieurs fois par jour, à l’heure de la prière, de se souhaiter « bonne prière ! », et tandis que la communauté se rend à la chapelle, nos employés déroulent leur natte à quelques mètres pour rendre grâce à Dieu… Un jeune employé musulman, qui aime partager avec moi ses joies et ses peines, m’a demandé l’autre jour, au sortir de la chapelle, si j’avais prié pour lui… et comme je lui répondais, en toute franchise, que cette fois-ci je l’avais oublié dans ma prière, il me répondit, un peu déçu, que lui, en tout cas, ne m’avait pas oublié dans la sienne ! Croyez-vous que l’on puisse se laisser aller après cela à des généralités et à des caricatures sur les religions ?

Puisse Dieu vous gratifier de telles rencontres, de telles amitiés… Et je ne résiste pas à l’envie de vous partager quelques extraits de discours de Benoît XVI au palais présidentiel libanais :

« Aujourd’hui, les différences culturelles, sociales, religieuses, doivent aboutir à vivre un nouveau type de fraternité, où justement ce qui unit est le sens commun de la grandeur de toute personne, et le don qu’elle est à elle-même, aux autres et à l’humanité. Là se trouve la voie de la paix ! […] L’éducation, dans la famille ou à l’école, doit être avant tout l’éducation aux valeurs spirituelles qui donnent à la transmission du savoir et des traditions d’une culture, leur sens et leur force. […] L’esprit humain a le goût inné du beau, du bien et du vrai. C’est le sceau du divin, la marque de Dieu en lui ! […] La tâche de l’éducation est d’accompagner la maturation de la capacité à faire des choix libres et justes, qui peuvent aller à contre-courant des opinions répandues, des modes, des idéologies politiques et religieuses. […] Sans l’ouverture au transcendant qui permet de trouver des réponses aux interrogations de son cœur sur le sens de la vie et sur la manière de vivre de façon morale, l’homme devient incapable d’agir selon la justice et de s’engager pour la paix. La liberté religieuse a une dimension sociale et politique indispensable à la paix ! »

 Pour lire l’ensemble du discours, sur le site du Vatican, cliquez ici

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Frontières !

 

26ème dimanche, année B, Mc 9, 38-48 /

À l’heure des replis identitaires et des intégrismes de tout bord, le passage d’évangile de ce dimanche nous invite à revisiter nos frontières identitaires ! Oui, en dehors de notre groupe, en dehors de notre parti politique, en dehors de notre Église, en dehors de notre religion, beaucoup de bien peut s’opérer : « Maître nous avons vu quelqu’un (qui n’est pas de notre groupe) chasser des esprits mauvais… Ne l’empêchez-pas… Celui qui n’est pas contre nous est pour nous.» (Mc 9,38…40) Et non, au sein de notre groupe, au sein du corps que nous formons, tous les membres ne portent pas de bons fruits, et certains sont même nuisibles à la vie du corps : « Si ta main t’entraîne au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d’être jeté avec tes deux mains dans la géhenne. » (Mc 9,43) Sommes-nous suffisamment forts dans notre foi au Christ pour dépasser nos appartenances et nous attacher uniquement à reconnaître le vrai, le bien, le bon, quels que soient le lieu ou les personnes à travers lesquels ils se manifestent ? Ou bien sommes-nous tellement fragiles et timorés dans notre foi et dans nos convictions, que nous nous replions, sans discernement, sur la défense de notre identité et sur la stigmatisation de l’autre ? N’est-il pas temps, à la fois, de traverser nos frontières et de marquer les frontières de l’intolérable…

Traverser nos frontières…

« Nous avons voulu l’en empêcher, car il n’est pas de ceux qui nous suivent. » (Mc 9,38) Quelle détestable habitude que de croire que, pour que j’existe, l’autre ne doit plus exister ! Ou de croire que, si je suis dans la vérité, l’autre est forcément dans l’erreur ! Benoît XVI vient de rappeler cela magnifiquement, lors de sa dernière exhortation apostolique suite au synode sur les Églises d’Orient : « Nous savons bien que la vérité hors de Dieu n’existe pas comme un en soi. Elle serait alors une idole […] Ainsi, il ne convient pas d’affirmer de manière excluante : ‘je possède la vérité’. La vérité n’est possédée par personne, mais elle est toujours un don qui nous appelle à un cheminement d’assimilation toujours plus profonde à la vérité. La vérité ne peut être connue et vécue que dans la liberté, c’est pourquoi, nous ne pouvons pas imposer la vérité à l’autre ; la vérité se dévoile seulement dans la rencontre d’amour. »[1] Ces mots sont forts, ils ne nous invitent pas seulement à tolérer celui qui est différent, ou celui qui pense différemment de soi, mais à reconnaître que la rencontre profonde de l’autre est le seul chemin vers la vérité, sans quoi je ne fais qu’adorer mes idées, mes idéologies, mes idoles. C’est bien ce que nous constatons chez les intégristes de tout bord, tellement insécures (en bon québécois) dans leur rapport à Dieu et aux autres qu’ils ont besoin d’écraser l’autre pour exister, et dans le même mouvement… d’écraser Dieu !

Marquer les frontières de l’intolérables…

La seconde partie de notre passage pose tout de même problème si on l’interprète à la lettre : « Si ta main t’entraine au péché, coupe-là… si ton pied t’entraine au péché coupe-le… si ton œil t’entraine au péché arrache-le. » (Mc 9,43…47) Comme toujours dans ces passages difficiles, il suffit de regarder la façon dont Jésus de Nazareth a agi pour constater qu’il n’a demandé à personne de se mutiler physiquement… et encore moins de mutiler les autres comme certains s’y croient autorisés par Dieu ! Dans notre contexte, il semble évident qu’il emploie ici la comparaison du corps pour parler de la communauté. Si nous savons reconnaître qu’il y a du vrai, du bon et du bien autour de nous, sachons aussi reconnaître qu’il y a des courants de pensée, des attitudes et des membres néfastes au sein de nos communautés qui risquent d’entrainer tout le corps à sa perte… Saint Paul l’évoque clairement dans son épitre aux Corinthiens : « Enlevez le mauvais du milieu de vous ! » (1Co 5,13) Que nous soyons chrétiens, musulmans, hindous ou agnostiques, ne prenons pas position pour défendre à tout prix les membres de notre clan, mais sachons nous séparer radicalement de nos intégristes, de nos fanatiques, de nos « laïcards », qui ne savent qu’attiser la haine pour exister. N’est-il pas temps de marquer clairement les frontières de l’intolérable !

Revisiter nos frontières…

En ces temps de mondialisation, d’instrumentalisation des religions, de confrontation des différences, faisons nôtres les attitudes du Christ : il ne s’est laissé enfermé dans aucune appartenance, n’hésitant pas à prendre pour exemple les étrangers, les prostituées, les mal-aimés, tout en étant sans concession pour les siens, non seulement envers les pharisiens, les scribes ou autres opposants juifs, mais également envers ses propres disciples lorsqu’ils étaient dans l’erreur.

Sachons donc reconnaître le vrai, le bon et le bien

 et dénoncer l’erreur, le mal, la haine d’où qu’ils viennent

même s’il nous faut pour cela traverser nos frontières naturelles

et marquer d’autres frontières, celles de l’intolérable !

 



[1] Benoît XVI, Ecclesia in medio oriente, septembre 2012

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Vingt ans déjà…

Mon noviciat, il y a vingt ans

Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas très fort sur les dates anniversaires, aussi me suis-je rendu compte, par concours de circonstances, mercredi dernier, alors que le père Iosif annonçait ses quinze ans de vie religieuse pour le 21 septembre, que ce mercredi 19 était justement le jour anniversaire de mes vingt ans de vie religieuse ! Vingt ans déjà ! Cela m’invite à une relecture rapide du chemin parcouru… Ce qui me vient spontanément à l’esprit, c’est le formidable élargissement de ma vie dont j’ai bénéficié, grâce à cet engagement à la suite du Christ. Et je crois que c’est bien là le but de la vie chrétienne : entrer toujours plus avant dans une fraternité plus large, plus universelle, n’est-ce pas cela le Royaume de Dieu ?

Ce parcours m’a donc permis de tisser des liens de fraternité en Côte d’Ivoire (mes deux années de postulat) ; à Strasbourg (avec deux séjours de quatre puis trois années) ; à Lille (pour deux ans) ; à Québec (durant neuf ans) ; à Juvisy (pour une année de formation) et enfin au Togo depuis un peu plus d’un an… Élargissement géographique donc, mais aussi élargissement d’expériences : enseignement, activités d’été pour les jeunes, travail en aumônerie d’étudiants, travail en paroisse, animation d’un Centre de Culture et Foi, et finalement Maître des novices… Quelle joie, quelle action de grâce pour tout ce que le Seigneur m’a donné de vivre durant ces années ! Pouvais-je m’imaginer, il y a vingt ans, que mon engagement me mènerait sur des routes aussi riches et variées ? Par ailleurs, je crois, à certains échos, que le Seigneur a pu agir modestement à travers moi pour aider quelques-un(e)s sur le chemin de leur vie… Je n’en retire aucune gloriole personnelle, car je connais bien mes limites relationnelles et mes résistances à sortir de moi-même, mais, en même temps, je veux témoigner que si l’on donne au Seigneur toute sa bonne volonté, si l’on accepte, jour après jour, de dire oui à ce que nous demande notre vie religieuse, par le biais de nos supérieurs, alors la vie peut jaillir en nous et autour de nous malgré toutes nos limites…

J’aime répéter, à mes jeunes frères, qu’il y a plus de joie et de fruit à creuser son sillon, là où l’on s’engage, malgré tous les aléas de la vie, qu’à entretenir l’illusion que « l’herbe est plus verte ailleurs ». Car, de toute façon, si l’on quitte son engagement en raison de certaines difficultés qui nous sont personnelles, on emporte avec soi ces difficultés… Il faudra bien un jour accepter de les voir en face et de les traverser ! C’est en tout cas mon expérience car, au cours de ces vingt années, je ne peux pas dire que les doutes ou que certaines épreuves (relativement modestes somme toute), ne m’ont pas rejoint. Mais, en acceptant de poursuivre le chemin, de tenir mes engagements, de m’en remettre à la miséricorde du Seigneur, je crois vraiment avoir pu grandir humainement et affermir ma foi ! Je m’en remets donc au Seigneur et à ma congrégation pour la suite de l’aventure, sans aucun regret, et rempli d’action de grâce et de confiance pour tout ce que le Seigneur me donnera encore à vivre !

Et vous, quelle relecture faites-vous de votre histoire ? Une action de grâce ? Des regrets ? Ou un profond consentement à la vie qu’il vous a été donné de vivre ?

 

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Nouvelle évangélisation !

25ème dimanche, année B, Mc 9, 30-37 /

Décidément, le thème est à la mode, me direz-vous ! Est-ce en raison du prochain synode que ce titre s’impose à moi ? Peut-être, mais c’est d’abord la démarche de Jésus dans cette page d’évangile qui me semble exemplaire pour une démarche renouvelée d’évangélisation. Jésus, alors qu’il enseigne le cœur de la foi, est incompris : « Les disciples ne comprenaient pas ces paroles…. » (Mc 9, 32) ; et même pire, ceux-ci semblent indifférents, voire méfiants par rapport à ses propos : « … et ils craignaient de l’interroger » ; et, finalement, ils se soucient de bien autre chose : « Ils s’étaient querellés pour savoir qui était le plus grand. » (Mc 9, 34) N’est-ce pas à l’image de ce qui se passe entre l’Église et nombre de nos contemporains ? Un enseignement incompris… Une proposition de la foi, qui laisse indifférent… Des prises de position dont on se méfie… Et des soucis tout à fait autres… Que fait Jésus dans cette situation ? Il ne change pas le fond de ce qu’il veut transmettre, mais il repart des préoccupations de ces interlocuteurs, il adapte son discours, et il l’illustre par sa vie…

Des préoccupations accueillies…

Une fois encore, si nous lisons attentivement le texte, Jésus est déroutant car, à la préoccupation de savoir qui est le plus grand, il ne répond pas en disant que c’est une vilaine chose que de se poser ce genre de question, mais il indique, au contraire, le chemin pour y parvenir : « Si quelqu’un veut être le premier… » Avant de vouloir transmettre le message de l’Évangile qui risque de glisser comme de l’eau sur les plumes d’un canard, avant de nous placer sur le plan de la morale ou du jugement, prenons le temps d’accueillir les soucis de nos contemporains et d’y répondre : désir d’une vie heureuse, désir d’un travail gratifiant et rémunéré à sa juste valeur, désir d’une relation amoureuse réussie, désir de donner le meilleur à ses enfants, désir de ne pas être oppressé par les soucis du quotidien et de pouvoir souffler et profiter de la vie, etc… Oui, si nous écoutons les préoccupations de nos contemporains, si nous sommes solidaires de leurs joies et de leurs peines, alors peut-être pourrons-nous leur indiquer comment vivre cela à la lumière de l’Évangile…

Un discours adapté…

Loin de moi, l’idée d’une stratégie à développer pour convertir à la manière de certaines sectes… Jésus n’est pas un stratège, mais il est en connexion avec la vérité et la vie. En parlant de discours adapté, je veux dire que l’Esprit nous précède dans l’annonce de l’Évangile, que les questionnements évoqués plus haut portent, en eux-mêmes, le désir de ce que veut leur apporter l’Évangile : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » (Mc 9,35) Ainsi, notre discours adapté pourrait être de cet ordre : « Si quelqu’un veut une relation amoureuse réussie, qu’il commence par apprendre à aimer, non pas sur le mode du sentimentalisme ou pour satisfaire ses besoins, mais sur le mode oblatif, sur le mode du service de l’autre, du décentrement de soi, du désir de faire grandir l’autre… Et alors il découvrira que son véritable plaisir, sa véritable grandeur, c’est de faire plaisir à l’autre et de le voir grandir… » Ne s’agit-il donc pas, grâce à notre parole, de faire surgir les valeurs évangéliques déjà inscrites dans les quêtes de nos interlocuteurs et de les ouvrir à un accomplissement plus grand encore de leur recherche ?

Un témoignage authentique…

Jésus a illustré son propos par un simple geste : un baiser sur le front d’un enfant, pour signifier que le plus petit est paradoxalement le plus grand… Il ne donnait pas là une leçon de morale, mais faisait appel à l’expérience de ses disciples, car ils étaient bien conscients déjà qu’un enfant, un tout petit, est à la fois le dernier, le plus fragile mais, en même temps, le plus grand, le trésor de ses parents et donc que la grandeur d’un être humain n’a rien à voir avec une certaine réussite et reconnaissance sociale. Voilà encore où doit se situer notre témoignage, si nous voulons évangéliser, non pas en nous plaçant en donneurs de leçon, mais en témoignant d’une vie authentique qui donne à penser et renvoie chacun à son propre désir d’une vie plus authentique, plus vraie, plus réussie…

À l’heure où l’on s’interroge sur la nouvelle évangélisation, ce passage d’évangile n’est-il pas éloquent ? Attention à une évangélisation trop déconnectée de la réalité !

Accueillons les préoccupations de nos contemporains !

Adaptons notre discours !

Témoignons d’une vie authentique !

 

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Offrir son écoute…

 

 

Retraite de rentree du noviciat a.a. chez les soeurs de Ste Catherine

Quelle grâce, durant cette retraite de noviciat, de pouvoir être le témoin de l’action de Dieu dans la vie de mes jeunes frères ! Comme l’année passée, je ne propose pas, au début de ce noviciat, une retraite « prêchée » mais un cadre pour que chaque novice puisse relire sa vie en dialogue avec la Parole de Dieu et découvrir les pistes de croissance que lui ouvre l’Esprit… Cela signifie qu’en dehors des offices célébrés en commun, chacun doit placer, dans sa journée, quatre temps d’oraison d’une heure chacun, un temps de rencontre avec son accompagnateur (le maître des novices), des espaces de détente et un temps de relecture de sa journée… Trouver son rythme et le tenir durant sept jours peut être éprouvant, mais aussi ô combien bénéfique !

Je vis donc pour ma part cette retraite, surtout du côté de l’écoute, à raison d’environ six heures par jour… Et je suis le témoin privilégié de l’action de l’Esprit en chacun, des libérations qui s’opèrent, des prises de conscience de la trajectoire de sa vie, de la confiance qui grandit envers lui-même et envers le Seigneur, etc. L’accompagnateur ne fait finalement qu’aider chacun à se connaître et à découvrir en lui-même la volonté de Dieu !

Cela m’incite à lancer cette invitation, à chacun d’entre vous : ne pensez-vous pas pouvoir offrir à vos frères et sœurs – ou offrir à d’autres encore si vous le vivez déjà – une écoute  bienfaisante ? : une écoute bienveillante, une écoute qui aide à déceler le fil rouge de sa vie, une écoute éclairée par la Parole de Dieu… et surtout pas intrusive ou manipulatrice… Il semblerait que cette écoute peut même se vivre – même si ce n’est pas l’idéal – par le truchement d’Internet… Voilà un service pour nos frères et sœurs grandement « utile » et à la portée de beaucoup, non ?

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