Un roi pour l’univers ?

 

34ème dimanche, année B, Jn 18,33b-37 /

Cette fête du Christ, roi de l’univers, que peut-elle bien signifier, à notre époque où les rois n’existent plus vraiment, si ce n’est sous la forme de monarchies fantoches dépendantes d’un pouvoir politique issu des urnes ? En quoi, à l’heure où l’on ne prône que la démocratie – faute de mieux –, la royauté du Christ sur l’univers peut-elle être une Bonne Nouvelle ? Alors que les personnes de bonne volonté essaient d’apprendre à vivre ensemble, au-delà des appartenances religieuses, l’étendard du Christ, roi de l’univers est-il le bien venu ? N’ouvre-t-il pas la porte à toutes sortes de fanatismes identitaires ?… Nous autres, familiers de l’Évangile, sentons bien que ces éventualités sont en porte-à-faux avec la figure de Jésus de Nazareth… Le reconnaître comme unique roi de l’univers n’est-il pas au contraire un formidable atout contre toute aliénation, contre toute idéologie, contre toute déshumanisation ?

Une royauté qui rend libre !

Certes nous avons détrôné les rois, mais sommes-nous pour autant vraiment libres ? Qui règne sur nos vies ? L’argent ? C’est sûr ! Ne serait-ce que par le rouleau compresseur de nos économies de marché, qui fonctionnent de plus en plus mal… Le dogme de la consommation ? C’est quasiment sûr, malgré quelques farouches chevaliers défenseurs de la décroissance ou de la simplicité volontaire… La pensée unique ? C’est souvent le cas, lorsque ceux qui ont accès aux grandes caisses de résonnance médiatiques, nous martèlent que les religions sont sources de violence, que tous les politiciens sont pourris ou que le choc des civilisations est inévitable… La dernière trouvaille de pseudo-psychologie qui nous promet un développement personnel formidable et le bonheur à notre porte ?… On pourrait multiplier les exemples à l’infini… La nature ayant horreur du vide, j’ai l’impression que dès que l’on détrône un roi, c’est pour en mettre un autre à sa place. Ou pour le dire autrement, dès que l’on commence à accéder à une certaine liberté, on s’empresse de s’aliéner à un nouveau « maître », car la liberté nous est, par trop, inconfortable ! Reconnaître que le Christ est le seul à pouvoir régner sur nos vies, n’est-ce pas une garantie, contre toute aliénation ? Car Lui nous révèle l’Évangile à longueur de page, ne cherche nullement à nous aliéner mais à nous libérer !

Une royauté qui se livre par amour !

La démonstration que la royauté du Christ n’est nullement à craindre, réside dans cette scène de la confrontation entre Jésus et Pilate, proposée à notre méditation ce dimanche. En effet, tout au long de l’Évangile, lorsqu’à plusieurs reprises on veut introniser Jésus roi d’Israël, il s’empresse de poursuivre sa route et de dissuader ses admirateurs en leur imposant le plus grand silence à propos de sa messianité. Par contre, le seul moment où Jésus laisse entendre qu’il est effectivement roi, c’est dans cette scène du prisonnier sur le point d’être mis à mort : « Ma royauté ne vient pas de ce monde ! » Cette fois plus de méprise possible : la royauté du Christ se révèle dans le don de lui-même, par amour, jusqu’à la mort ! Son trône, c’est la croix ! Alors, franchement, croyez-vous que l’on puisse se référer au Christ pour partir à la guerre, bannières aux vents, contre les autres religions, contre les autres façons de penser, contre les mœurs dépravées ? Non ! La Royauté du Christ, que doivent imiter ses disciples, ne peut être que de l’ordre du don de soi par amour.

Une royauté qui défend et l’humain et Dieu !

La figure du roi, serviteur souffrant, ne vient-elle pas alors réconcilier Dieu et l’Homme ? Car finalement, la crainte d’affirmer la royauté du Christ sur l’univers, ne tient-elle pas dans cette peur existentielle qui habite bien des humains : « c’est moi ou Dieu », « pour que j’existe, Dieu doit disparaître de ma vie » ? Or, toute la vie du Christ nous dit le contraire : suivre le Christ c’est devenir plus humain, donner plus de place à Dieu dans ma vie, c’est la rendre plus humaine. Dieu n’est pas ce despote imaginaire dont nous entretenons l’image pour éviter de nous laisser interpeller par sa présence. Dieu se révèle en Jésus de Nazareth, cet humble serviteur souffrant, et en cela vainqueur de toute haine, de tout mal et de toute mort ! Cette royauté-là, défend l’humain jusqu’au bout et défend Dieu de toutes les images déformantes que l’on projette complaisamment sur lui.

Alors ne pensez-vous pas qu’affirmer la royauté du Christ sur l’univers est vraiment une bonne nouvelle ?

Le laisser régner sur nos vies n’est-ce pas :

Nous prémunir de toute aliénation ?

Le suivre résolument sur le chemin du don de soi ?

« Nous porter là où Dieu est menacé dans l’homme

 et l’homme menacé comme image de Dieu ? »[1]



[1] Règle de Vie des Augustins de l’Assomption, n° 4

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Relecture de son histoire

« Nous n’avons pas le choix de vivre ce qui nous est donné de vivre, mais nous avons le choix de lui donner un sens ! » C’est dans la logique de cette réflexion que les novices ont vécu la désormais traditionnelle session de relecture de son histoire affective : relecture d’abord de l’histoire de ses liens familiaux, en construisant son « arbre généalogique » pour y faire apparaître les relations bonnes, très bonnes, conflictuelles, très conflictuelles ou neutres, puis réalisation, dans un second temps, d’un poster illustrant les évènements, les personnes, les lieux marquants de notre histoire.

Il s’agit de pouvoir mieux se connaître, de pouvoir identifier ce qui fait notre force mais aussi les blessures qui nous habitent… Et surtout de pouvoir consentir à notre vie ! Car finalement autant l’amour reçu que les blessures dont nous avons souffert, constituent ce que nous sommes aujourd’hui. Si notre vie avait été lisse et sans accrocs, nous ne nous serions pas construits tels que nous sommes, et nous aurions certainement une personnalité insipide et sans saveur… Mais toutes les défenses que nous avons dû mettre en place, tous les combats que nous avons dû mener, toutes les fragilités que nous portons en nous, ont forgé ce que nous sommes aujourd’hui, ont fait de nous des êtres sensibles, fragiles et forts, des êtres capables d’amour.

On peut alors, si l’on a intégré cela, entrer dans une véritable démarche de consentement à ce que fut notre vie ! Ce qui implique aussi, habituellement, de pardonner aux personnes qui nous ont blessés ou mal aimés, de pardonner à notre vie et finalement de nous pardonner nous-mêmes… Pardonner, c’est choisir la vie !

Et puis, dans une approche plus évangélique, n’est-ce pas cette fragilité qui permet au Seigneur de nous rejoindre ? Si nous étions des sphères parfaites et sans faille, le Seigneur n’aurait aucune porte d’entrée dans notre vie, à la manière des pharisiens de l’évangile qui mettent leur espérance dans l’observance parfaite de la loi « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’ votre péché demeure. » (Jn 9, 41), mais au contraire ce sont tous les blessés de la vie que le Seigneur pourra rejoindre : les malades, les aveugles, les pécheurs etc. Le Seigneur ne vient donc pas nous rejoindre malgré nos fragilités et notre péché, mais justement grâce à nos fragilités et notre péché…

Avez-vous déjà eu l’occasion de relire ainsi votre vie, et de l’exposer à l’amour du Seigneur ? Cela ne demande pas beaucoup de moyens mais certainement une oreille attentive…

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Bonne nouvelle… de la fin du Monde !

33ème dimanche, année B, Mc 13, 24-32 /

L’évangile de ce dimanche évoque la fin du Monde en termes apocalyptiques : le soleil s’obscurcira, la lune perdra son éclat, les étoiles tomberont du ciel… Mais loin d’utiliser ces images pour faire peur, Marc annonce, à travers elles, l’éclosion d’un Nouveau Monde, un printemps plein de promesses : « Dès que les branches du figuier deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche… »  (Mc 13,28) Comment, alors, accueillir ce texte, cette contradiction de la fin du Monde comme une Bonne Nouvelle ? En calculant la date de la fin du Monde, comme le font certaines sectes, sans grand succès, ou en nous attachant surtout à faire advenir le Nouveau Monde ?

Ne pas nous soucier à mauvais escient…

À plusieurs reprises dans les évangiles, dès que les disciples manifestent leurs inquiétudes à Jésus à propos de l’au-delà : « quand cela arrivera-t-il ? comment cela se passera-t-il ? combien y aura-t-il de sauvés ? », celui-ci leur répond de la même manière : « ne vous souciez pas de ces questions » mais « veillez car nul ne sait l’heure… » ou encore : « cherchez à entrer par la porte étroite »… Il renvoie donc toujours ses disciples à leurs responsabilités et à leur engagement, ici-bas, sur le chemin de la Vie. L’évangile de ce jour va dans le même sens : « Quant au jour et à l’heure, nul ne les connaît. », mais « cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. » Ne pouvons-nous pas entendre ici que, pour chaque génération, pour chacun d’entre nous, la fin du Monde advient lors notre passage en Dieu ? D’une certaine manière, il n’y a donc pas tant à se soucier de la fin universelle du Monde que de la fin de notre Monde…

La fin d’un Monde !

Lorsque notre fin approchera, lorsque nos yeux se fermeront, alors effectivement le soleil s’obscurcira, la lune perdra son éclat et les étoiles tomberont du ciel : nous ne pourrons plus profiter des astres d’ici-bas ! Lorsque la maladie ou la vieillesse commencera à marquer de plus en plus son emprise sur nous, notre Monde disparaîtra d’une certaine manière. L’évangile nous rappelle donc, une fois de plus, la finitude de notre vie terrestre et la finitude de notre Monde… Quand on y pense, est-ce une si mauvaise nouvelle que cela ? Ce Monde ambivalent, dans lequel nous vivons, est marqué par de bons moments et de bonnes choses mais qui sont tellement éphémères… Et n’est-il pas également le lieu de la souffrance, de la guerre, de la maladie, de la misère, de l’injustice ? Eh bien, ce Monde, en ce qu’il a d’éphémère, finira ! Heureusement ! Non ?  La Bonne Nouvelle nous révèle (c’est le sens du mot apocalypse) que ce « Monde ancien », ambivalent, a une fin, et qu’un Nouveau Monde, de joie et de plénitude est en train de naître.

Vers le Nouveau Monde…

Puisque nous savons que ce Monde est passager, et puisque nous n’avons pas à nous soucier à mauvais escient du quand et du comment… Orientons nos énergies vers l’enfantement du Nouveau Monde. Notre règle de vie assomptionniste inscrit cela au cœur de notre raison d’être : « Fidèles à notre fondateur, le P. d’Alzon, nous nous proposons avant tout de travailler, par amour du Christ, à l’avènement du Règne de Dieu en nous et autour de nous. » (R.V. n°1) Oui notre Monde passe, mais le Règne de Dieu est déjà parmi nous ! Soyons donc des veilleurs actifs de ce Règne qui se déploie. Exerçons notre regard pour en admirer les bourgeons, relevons nos manches pour lutter contre toute souffrance et toute injustice, avançons dans l’assurance de cette révélation, de cette apocalypse : le Monde ancien s’en est allé, un Nouveau Monde est déjà né !

Ne nous soucions donc pas, à mauvais escient, du quand et du comment,

Acceptons la finitude de notre Monde ambivalent,

Et orientons nos énergies vers l’enfantement du Monde nouveau,

Alors l’annonce de la fin du Monde deviendra peut-être une Bonne Nouvelle pour nous ! ?

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Une vie surnaturelle !

Au centre culturel Saint Augustin

La vie surnaturelle est une expression chère à notre fondateur, le P. Emmanuel d’Alzon. Elle vise, je crois, une vie qui s’élève au-dessus de nos penchants naturels trop humains, une vie toujours plus configurée à la vie du Christ. À notre époque où la pensée unique, les évidences et les sentiments semblent mener nos sociétés –comme l’illustre le débat sur le mariage homosexuel en France–, combien cette méditation du P. d’Alzon, que je me propose de vous partager, me semble actuelle, malgré le langage du XIX° forcément un peu daté ! Le texte étant un peu long, je me suis permis quelques coupures. À cette première partie sur les différents dépouillements nécessaires (ci-dessous) , il faudrait ajouter  par ailleurs,  la seconde partie de la méditation qui invite à consentir aux idées de la foi, aux élans de l’espérance et aux exigences de l’amour divin

 

 SIXIEME MEDITATION : LA VIE SURNATURELLE

P. Emmanuel d’Alzon, Écrits spirituels, p. 357ss.

  «  Entrez dans les mêmes sentiments que Jésus-Christ. » (Phil. 11, 5)

 Quitter vos sentiments et prendre ceux de Jésus-Christ : grave entreprise, et qui doit faire tout le fond de nos réflexions. Jetons un coup d’œil  rapide sur tout ce dont nous sommes obligés de nous dépouiller. Quand j’aurai dit que nous sommes obligés de nous dépouiller du vieil homme, j’aurai tout dit et je n’aurai rien dit, parce qu’il faut entrer dans le détail.

1° Sacrifice de nos idées personnelles.

Le milieu où nous sommes nés, notre éducation, notre caractère, nous donnent un certain nombre d’idées qui semblent ne faire qu’un avec nous. […] Ces idées nous dominent malgré nous, et quand elles nous entraînent, nous semblons ne suivre que la pente de notre intelligence, tant elles lui sont devenues inhérentes.

Or, parmi ces idées, il en est un très grand nombre qui jaillissent d’une intelligence ignorante, faussée par l’erreur ou corrompue par les séductions des sens. Ne nous faisons pas illusion. Quelle est la source de la plupart des idées qui président à la direction de notre vie ? Avec quel effroi, si nous sommes sincères, ne devrons-nous pas répondre que presque toujours les idées les plus fausses, les plus humaines, ont présidé à ce qu’on appelle, bien à tort, une vie chrétienne !

2° Sacrifice des jugements portés à l’aide de ces idées.

Nous partons du principe que nos idées sont bonnes. Or, si elles sont ou fausses ou faussées, où arriverons-nous ? Aux jugements les plus faux, les plus erronés. Et c’est précisément ce que l’on voit tous les jours. Jugements étroits, petits, mesquins, parce que nous nous complaisons dans l’ordre d’idées le plus rétréci. […] Mais plus un être se rétrécit, se diminue, plus il se rapproche du néant et s’éloigne de Dieu. Or, c’est là où va la pente de notre dégradation. C’est de là qu’il faut sortir. C’est le joug dont il faut débarrasser notre intelligence. Mais que d’efforts à faire ! Quelle peine à se donner pour en venir là ! Surtout quand la conséquence est celle-ci : jusqu’à présent j’ai eu des idées absurdes et j’ai porté des jugements plus absurdes encore. Qui consentira à un pareil aveu ?

[…] Tant que vos jugements et vos idées seront ce qu’ils sont, vous pourrez être d’honnêtes gens, vous ne serez pas de vrais chrétiens, encore moins des religieux parfaits. […]

3° Que dirai-je du sacrifice de vos impressions ?

Sous prétexte qu’on est impressionnable, on se laisse aller à toutes sortes de sentiments, tous moins chrétiens les uns que les autres. Impressions d’impatience, de mauvaise humeur, de rancune, de jalousie. La nomenclature serait longue si je voulais tout dire. Or, combien de personnes vivent sur leurs impressions, souvent d’autant plus fausses qu’elles sont plus vives ! Les impressions ont la plus funeste influence sur la raison, à plus forte raison sur le monde surnaturel dans lequel on devrait vivre. Et une condition essentielle pour qui veut avancer dans la perfection chrétienne et religieuse, c’est de combattre ses impressions. On n’en vient pas toujours à bout, mais c’est beaucoup que d’avoir essayé.

4° J’ajoute : la vie surnaturelle exige le sacrifice de vos répugnances.

« Car la chair a les désirs contraires à ceux de l’esprit. » (Ga 5, 17) Ne nous y méprenons pas. Que de répugnances ne se dressent pas devant l’homme qui veut vivre surnaturellement ! D’abord, cette raison honnête à qui tout ce qui paraît exagéré répugne. Et que de choses ne semblent pas exagérées au chrétien qui veut porter franchement la croix de Jésus-Christ, mais qui veut encore suivre les idées du monde ! Entre les deux, il faut choisir. Et la faiblesse humaine est là pour crier : « Pitié ! Ne m’achevez pas d’un seul coup
! »  Il est dur, en effet, de se soumettre à des prescriptions sévères qui semblent ou mesquines, ou cruelles, car on va jusque là : tout cela veut être immolé impitoyablement, toutes ces répugnances veulent être vaincues. Quand commencerons-nous une bonne fois ?

5° Mais il ne suffit pas de fouler aux pieds ses répugnances, il faut mettre un frein à tous les désirs humains, et l’on sait combien la chair en est tourmentée. Que de rêves où l’imagination se perd ! Il faut leur couper les ailes. Rêves de succès, rêves de domination, rêves d’influence, rêves d’affection légitime, rêves d’étude, rêves de solitude, rêves de sainteté ! Oui, ce ne sont que des rêves, et Dieu veut l’accomplissement très pur, très droit, très simple, très amoureux de sa volonté, jalouse à juste titre de toutes les usurpations, plus ou moins masquées, de sa créature, sous forme de désirs. Non, il ne faut que la volonté de Dieu. […] Mon désir, mon unique désir, c’est vous, je ne veux pas autre chose; tout le reste n’est qu’un moyen pour moi d’aller à vous, et comme vous connaissez mieux que moi le moyen de m’unir à vous, c’est à vous que je m’adresse, c’est vous que je veux, c’est sur vous seul que je veux compter pour diriger mes voies là où je vous posséderai sans partage.

6° Cela ne suffit pas. On contracte dans la vie religieuse certaines habitudes; mais parce que ce sont des habitudes, la routine s’y mêle ; elles cessent d’être surnaturelles si l’on n’y veille pas de près. Actes extérieurs excellents, intentions nulles : temps perdu pour le ciel, et non seulement perdu, mais trop souvent mal employé. S’il ne devait rien rester de la journée d’un religieux, ce serait déjà triste, mais parce que son état implique un effort continu vers la perfection, l’habitude dans les œuvres bonnes, amortissant son élan premier, lui fait perdre son énergie pour le bien; le trésor de ses bonnes œuvres diminue d’autant, ses vertus se dessèchent, l’abus des grâces commence, l’aridité se fait au fond de son âme, l’arbre ne donne plus de fruit; on le coupera, on le jettera au feu. […]

7° Enfin, vous dirai-je, voulez vous entrer dans la vie surnaturelle ? Sortez du cercle étroit de ces chrétiens grossiers, médiocres, vulgaires, qui ne prennent la loi de Dieu que par le côté rabaissé. Leur aspiration à marcher terre à terre est effrayante. Montez plus haut. Certes, plus que jamais la vie chrétienne a besoin de grandes réformes. Laissons de côté les autres, occupons-nous de nous d’abord, voyons combien notre niveau a baissé, combien il importe de le relever. Comment y parviendrez-vous, sinon par un effort constant vers la vie surnaturelle ?

 

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Une folle assurance !

32ème dimanche, année B, Mc 12, 38-44 /

 La semaine passée, nous reprenions les mots de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus « Aimer c’est tout donner et se donner soi-même ! »… Or, l’évangile de ce jour enfonce le même clou, avec Jésus qui montre en exemple la pauvre veuve qui « a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre. » (Mc 12, 44) Au-delà de l’aspect pécuniaire, réussissons-nous à entrer dans cette folie du don de nous-mêmes ou préférons-nous, comme les scribes décrits dans l’évangile, garder notre vie pour nous-mêmes ? Qu’est-ce qui nous empêche d’avancer plus avant dans cette offrande ? Ne serait-ce pas une fausse illusion sur la consistance même de notre vie : qu’est-ce qui donne du poids à notre vie ? Où mettons-nous notre assurance ? Méfions-nous des apparences !

Qu’est-ce qui donne du poids à notre vie ?

À propos de certains scribes, Jésus nous dit qu’ils aiment les robes solennelles, les salutations en public, les premiers rangs, les places d’honneur et l’argent, puisqu’ils monnayent cher leurs conseils en dévorant le bien des veuves ! « Oh les vilains ! », pensons-nous spontanément. Et pourtant, ne nous retrouvons-nous pas, en partie, dans ce portrait ? N’en restons-nous pas, nous aussi, bien souvent, aux apparences : les vêtements que nous portons, la maison que nous possédons, le dernier gadget électronique que nous venons d’acquérir, les diplômes que nous encadrons, le bien que l’on dit de nous… ? Qu’est-ce qui donne du poids à notre vie, ce que nous possédons ou ce que nous donnons de nous-mêmes ? Qu’est-ce qui donne de la consistance à notre vie : ce que nous donnons à voir de nous-mêmes –les apparences– ou  ce que nous sommes en profondeur et les relations fraternelles que nous tissons ? Nous connaissons bien la réponse, mais nous en tirons les conséquences parfois trop tard, à l’approche de notre mort. Prémunissons-nous donc, dès maintenant, du « si j’avais su… », en donnant, dès maintenant, du poids à notre vie !

Où mettons-nous notre assurance ?

Forcément, si nous croyons que la qualité de notre vie se mesure à la quantité de ce que nous possédons, ou au nombre d’éloges dont nous bénéficions, nous mettrons beaucoup d’énergie à acquérir ces biens-là et nous mettrons notre assurance dans ce que nous réussissons à accumuler de cet ordre-là. Mais si nous sommes conscients que seul ce qui construit le Royaume de Dieu est vraiment durable, alors nos énergies se réorienteront naturellement et notre assurance-vie prendra un tout autre visage : celui de la pauvre veuve de Sarepta qui partagera ses dernières denrées avec le visiteur de passage ; celui de la veuve du temple qui remettra toute sa vie entre les mains de Dieu. Mettre son assurance uniquement en Dieu, est-ce une folie ? Oui d’une certaine manière, mais ne croyez-vous pas que mettre son assurance dans ces biens ou dans sa notoriété est encore plus insensé ? Parier sur Dieu, sur une vie plus humaine et plus fraternelle n’est-ce pas une folie qui en vaut la peine ?

Enfin, méfions nous des apparences !

« Méfiez-vous des scribes… et fiez-vous à cette pauvre veuve !  » c’est en substance ce que nous dit l’évangile, c’est-à-dire méfiez-vous des apparences. Nous l’avons déjà dit, mais allons un peu plus loin : non seulement celui qui veut paraître n’est que néant, mais encore celui qui ne paraît rien, qui semble insignifiant, peut être porteur, au contraire, d’une richesse insoupçonnée. Les exemples ne manquent pas, je pense spontanément à cette maman d’une jeune fille trisomique, qui réagissait dans un journal aux nouveaux tests, beaucoup plus faciles, de dépistage de la trisomie, avec les conséquences que nous pouvons aisément imaginer. Elle criait, avec tendresse, toute la richesse apportée par sa fille à la vie : des relations beaucoup plus vraies, un amour qui ose se dire, une tendresse à fleur de peau… « Jésus s’était assis… et regardait la foule » et, aiguisant son regard, il distingue, au milieu des riches donateurs du temple, cette pauvre veuve avec ses deux piécettes, en train de donner tout ce qu’elle avait pour vivre ! Puissions-nous, comme lui, prendre le temps de nous asseoir et de regarder le cœur de ceux que nous côtoyons, pour ne plus vivre sur les apparences, ni en ce qui nous concerne ni en ce qui concerne les autres !

Qu’en pensez-vous,

Votre vie a-t-elle du poids au regard de Dieu ?

Où mettez-vous votre assurance ?

Dans les apparences ou dans la folie d’une vie toute donnée ?

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Engagement définitif !

Profession perpétuelle du fr. Serge-Patrick

« … Je promets à Dieu de vivre dans la pauvreté, dans la chasteté et dans l’obéissance religieuse jusqu’à la mort, selon la Règle de saint Augustin et la Règle de vie de l’Assomption. » C’est par ces mots, toujours émouvants, que le frère Serge-Patrick MABOU SIMO s’est engagé définitivement dans notre famille religieuse, dimanche dernier, le 28 octobre 2012. Le frère Serge-Patrick est originaire du Cameroun et nous a rejoints depuis quelques mois pour nous soutenir dans la mission du Togo, toujours en fondation. Il a, en particulier, la charge d’accompagner l’aumônerie étudiante sur une bonne partie de la ville de Sokodé. Son dynamisme et son enthousiasme communicatifs porteront certainement de bons fruits ! Jugez-en vous-même par le verset psalmique choisi pour la carte d’invitation : « Guerrier valeureux, porte l’épée de noblesse et d’honneur ! Ton honneur, c’est de courir au combat pour la justice, la clémence et la vérité. » (Ps 44,4-5) Merci Serge pour ton engagement !

Une partie de l’assemblée

 

La foule était au rendez-vous, en ce jour de fête, d’autant plus que nous fêtions également les cinq années d’établissement, comme paroisse, de la station secondaire Notre-Dame de l’Assomption de Komah (la paroisse que nous animons à Sokodé). Les paroissiens avaient donc déployé quelques pavillons à l’extérieur, de façon à permettre à tous de suivre les trois heures de célébration dans de bonnes conditions, la chapelle actuelle étant toujours trop petite… en attendant l’inauguration, un jour, de la nouvelle église paroissiale !…

Le père Michel CARRIERE, assistant du supérieur provincial, avait fait le déplacement depuis Nîmes, pour recevoir les vœux du frère Serge. Il a notamment mis en avant la nécessaire humilité pour construire la fraternité à laquelle nous sommes appelés. Sa venue fut également l’occasion de rencontrer chacun des frères et de nous soutenir sur le chemin de la mission. Les jeunes en formation ont aussi beaucoup apprécié sa présence parmi nous et les temps de partage avec Michel. Son regard extérieur, ses encouragements, les points d’attention soulevés furent autant de remarques précieuses pour nous permettent de redynamiser encore notre mission. Un grand merci à Michel pour sa visite fraternelle.


 La vie par ici…

La Toussaint est également chômée sous nos latitudes et couplée à la mémoire des défunts, puisqu’on profite ainsi du jour férié. Les paroissiens se sont donc retrouvés pour la célébration de la solennité de la Toussaint en matinée, et, l’après midi, une procession était organisée jusqu’au cimetière, qui se trouve tout près du Noviciat, pour un temps de prière pour les défunts. Nous habitons, en effet, tout à fait à l’extérieur de la ville, au-delà du cimetière, c’est-à-dire presque déjà dans l’au-delà…

Récolte de maïs au Noviciat

La saison des pluies est maintenant terminée mais, contrairement à l’année passée, elle ne s’est pas arrêtée brusquement et quelques orages bienvenus ont continué à arroser nos jardins et nos champs. Nous sommes en pleine récolte de maïs, d’haricots et de soja… Nos productions ne sont pas terribles mais c’est toujours çà…

Les travaux se poursuivent doucement et, après les péripéties liées aux défaillances de notre entrepreneur – paix à son âme -, nous avons enfin réussi à terminer la clôture de notre terrain, à réparer notre pompe (pour le puits), mais l’électricité est toujours en attente…

Cette semaine tout le monde semble en forme au Noviciat, même s’il traîne encore une petite grippe par-ci par-là…

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Aimer ?

 

31ème dimanche, année B, Mc 12,28b-34 /

 Aimer le Seigneur de tout son cœur et aimer son prochain comme soi-même, voilà le résumé de la Torah, de la Loi ! Nous sommes tous, si tant est que nous croyons en Dieu, déjà convaincus de cela, non ? N’est-ce pas ce que nous disent bon nombre de nos contemporains non-pratiquants : « l’essentiel c’est l’amour et cela vaut mieux que toutes les obligations et tous les cultes. » Aussi le Seigneur peut-il nous dire : « Vous n’êtes pas loin du Royaume de Dieu ! » Pas loin… mais qu’est-ce qui nous manque alors ? La mise en œuvre, jour après jour, de ce double commandement ? Certainement ! La capacité d’aimer à ce niveau-là ? Oui bien sûr ! Et Jésus Christ, alors, qu’elle nouveauté apporte-t-il ? N’est-il pas venu apporter un commandement nouveau ?

Aimer jour après jour…

Pourquoi ce que notre cœur désire est-il si difficile à mettre en œuvre ? Les paroles de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus peuvent certainement nous éclairer : « Aimer c’est tout donner et se donner soi-même ! » Ainsi un double mouvement nous habite : un certain instinct de survie qui nous incite à nous préserver, à nous garder, à ne vouloir nous appuyer que sur nous-mêmes et, en même temps, le désir  d’aimer et d’être aimés qui implique de sortir de nous-mêmes, de nous donner, de remettre notre confiance dans un autre… On ne sort pas indemne de l’amour, l’engagement est irréversible, comment peut-on croire que partager sa vie avec quelqu’un quelques années puis se retirer de peur d’être « mangé » par l’autre soit un modèle  pour l’amour ? Il suffit de prendre l’exemple de l’amour maternel, ou paternel, pour se rendre compte que cet amour est irréversible et nous donnera des joies et des souffrances jusqu’à la fin de nos jours… Oui, aimer c’est tout donner et se donner soi-même !

Mais alors sommes-nous capables d’aimer ?

D’un point de vue trop humain, on pourrait répondre oui et non ! Oui, bien sûr, car nous ne sommes pas que ce que nous prétendons être, nous ne sommes pas que ce que nous maîtrisons de nous-mêmes ! N’y a-t-il pas, en chacun de nous, ce petit enfant dépendant du sein maternel ? C’est-à-dire cet être fragile capable de recevoir de l’amour et d’en donner ?… D’autre part, je dirais volontiers, bien sûr que non, nous ne sommes pas capables d’aimer Dieu et notre prochain comme nous-mêmes. En ce qui concerne Dieu, la raison en est bien simple : il est avant tout un être invisible, intangible, dont le mode de présence est une présence-absente. Nous pouvons déclarer l’aimer, mais l’aimons-nous vraiment ? Un seul lieu de vérification s’offre à nous : l’amour du prochain : « Celui qui aime Dieu qu’il aime aussi son frère ». (1 Jn 4,21) Et, en ce qui concerne l’amour du prochain, nous connaissons nos limites… Alors, l’amour peut-il se commander, sommes-nous capables d’aimer ?

Le commandement nouveau !

C’est peut-être là que nous devons bien faire la distinction entre le résumé des commandements de l’Ancien Testament, mais aussi de la sagesse humaine, et le commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ! » Cette fois-ci l’amour devient possible. D’abord, un homme, Jésus de Nazareth, a emprunté ce chemin et nous le donne en exemple. Et puis, son amour est premier, et nous précède. C’est en nous appuyant sur la force de son amour que nous devenons alors vraiment capables d’aimer au-delà de toute mesure. N’est-ce pas ce dont témoignent les saints : non pas des êtres parfaits, mais d’humbles pécheurs qui se sont laissé transformer par l’amour de Dieu ?… « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu », disait Jésus au scribe, mais il te manque : de me reconnaître comme Fils de Dieu, de te laisser aimer par moi, de devenir mon disciple, de me permettre de te donner l’amour dont tu as besoin pour dépasser ta propre capacité d’amour !

Avoir à l’esprit le résumé de la Loi est une bonne chose…

Mais accueillir le commandement nouveau en est une autre…

N’est-ce pas lui seul qui nous permettra d’atteindre ce que la Loi indiquait

et ce que les hommes recherchent depuis la fondation du monde :

Aimer ?

 

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Misère humaine…

Mbau

Vous en avez certainement déjà entendu parler, mais je ne peux passer sous silence l’enlèvement de trois de nos pères au Congo (RDC), au nord Kivu, dans le village de Mbau : Jean Pierre Ndulani, supérieur de la communauté, le P. Anselme Wasukundi, curé de la paroisse Notre-Dame des Pauvres, et le P. Edmond Kisughu, vicaire… Pour en savoir plus je vous renvoie à deux articles :

Un article de la Croix à ce sujet en cliquant ici

Un article plus développé (en anglais) dans l’hebdomadaire catholique de Worcester

Vu la situation, et pour la sécurité de nos frères, je préfère ne pas trop développer ici mes réflexions, je vous demande simplement de prier pour eux afin qu’ils gardent confiance et pour leurs kidnappeurs afin que le Seigneur touche leurs cœurs…

On a parlé un peu plus, ces temps-ci, de la situation au Kivu, en raison du sommet de la francophonie de Kinshasa, mais je ne suis pas sûr que l’on veuille prendre les moyens de résoudre cette guerre qui dure depuis près de vingt ans, le conflit le plus meurtrier depuis la seconde guerre mondiale et dont on parle si peu…. (je vois dans certains articles le chiffre de plus de 6 millions de victimes)… J’imagine que l’on compte ici les victimes directes et indirectes… morts par les armes, manque d’accès aux soins, à l’alimentation, victimes de viols (très nombreuses) etc… Pourquoi, aujourd’hui encore, tant de misère humaine ? N’y pouvons-nous rien ?

Engagement définitif…

Ce dimanche nous célébrerons l’engagement définitif dans la congrégation d’un de nos frères, qui vient de nous rejoindre au Togo, et qui est originaire du Cameroun : le frère Serge-Patrick Mabou Simo. Nous lui souhaitons une belle route à l’Assomption et parmi nous pour les années à venir. Que le Seigneur le comble de ses bienfaits et achève en lui ce qu’il a commencé…

 

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« Que je voie ! »

30ème dimanche, année B, Mc 10,46-52 /

Il est classique, à partir du récit de guérison de l’aveugle Bartimée, d’interroger nos propres cécités… Notre vie, surtout en Occident, est tellement embrigadée par la technique, par les écrans, par la consommation, qu’on risque de ne plus voir ni la beauté de la nature, ni la beauté du frère qui vit à nos côtés, ni la beauté de la vie qui nous est offerte jour après jour. Même si mes deux yeux fonctionnent correctement, est-ce que je vois ce qui se passe autour de moi ? Est-ce que je vois au-delà de ce qui se donne à voir ? Est-ce que je veux vraiment voir ?

Comment voir ce qui se passe autour de moi ?

Bartimée, bien qu’aveugle, ou peut-être grâce à ce handicap, a développé une sensibilité, une écoute à ce qui se passe autour de lui. Il a saisi que le Fils de Dieu est là, qu’il doit saisir sa chance, et, malgré tous ceux qui le rabrouent, il va appeler de toutes ses forces la pitié du « Fils de David » sur lui ! J’évoquais la semaine dernière l’ordination presbytérale d’un de nos frères, qui est aveugle. Or, dans un des articles qui présentait son parcours, on soulignait justement combien sa capacité d’écoute était fort appréciée ! Pour saisir ce qui se passe autour de moi, ne dois-je pas, justement, consentir à mes fragilités, à mes limites qui font de moi un être sensible, un être capable de comprendre les limites, les fragilités, les faiblesses de mes frères et sœurs ?

Comment voir au-delà de ce qui se donne à voir ?

Le passage du Nazaréen sur la route de Jéricho ne devait pas tellement impressionner puisque, en apparence, il était un homme ordinaire, tout à fait comme les autres de son milieu… Rappelons-nous les propos de ses compatriotes de Nazareth : « Celui-là n’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs  ne sont-elles pas ici chez nous ? » (Mc 6,3) Bartimée, lui, n’est pas aveuglé par les apparences, car sa cécité ne lui permet pas de s’y arrêter… Il va donc voir au-delà de ce qui se donne à voir : ce n’est pas le jeune homme de Nazareth qu’il perçoit mais le Messie, le « Fils de David » ! Saint-Exupéry exprime cela limpidement dans Le petit prince : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » Puisque chacun est créé à l’image de Dieu, puisque chacun est habité par son Esprit… Suis-je sensible à cette part de divinité présente dans chaque être humain ? Puis-je voir au-delà de ce que l’autre me donne à voir de lui-même ? Puis-je voir avec le cœur ?

Qui pourra nous aider sur ce chemin, sinon Jésus Christ ?

« Que je voie ! » (Mc 10,51) Oui, il nous est difficile d’être sensible à ce qui se passe autour de nous, il nous semble que nous ne pourrons pas le supporter, et nous préférons parfois ne pas voir, pour nous préserver… Oui, nous sommes marqués par les apparences, et nous avons du mal à voir au-delà de ce qui se donne à voir extérieurement. N’est-ce pas seulement la présence aimante du Christ qui pourra nous permettre de dépasser nos handicaps relationnels, nos cécités, nos incapacités à aimer ?

Comment voir ce qui se passe autour de moi ?

Comment voir au-delà de ce qui se donne à voir ?

Qui pourra-nous aider sur ce chemin, sinon Jésus Christ ?

« Seigneur, que je voie ! »

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Différences culturelles…

J’aime souvent vous parler de fraternité universelle,  et j’aime aussi souligner que les affinités dans nos communautés internationales recouvrent rarement nos origines nationales… À savoir que l’on peut se sentir très proche, sur différents plans, de frères d’une toute autre culture que la nôtre et avoir beaucoup moins d’affinités avec des frères issus de la « même » culture. La part des incompréhensions liées à nos histoires culturelles différentes me semble vraiment minoritaire en comparaison des incompréhensions liées à des personnalités difficilement compatibles. Ces propos ne sont pas théoriques, mais le fruit de vingt-cinq années de vie communautaire internationale…

Cependant j’aimerais souligner quelques îlots de résistance culturelle…

L’humour, bien-sûr, est toujours éminemment culturel puisqu’il joue avec les limites d’une culture… J’avoue que les caricatures des journaux satiriques, où l’on s’amuse de membres coupés et autres tortures ou encore de viols  et autres sévices sexuels (pour les dénoncer), ne sont pas tout à fait de mon goût…

Un autre exemple concerne la question de l’homosexualité… Puisque la France est en train d’aborder la question du « mariage pour tous » (un bel exemple du langage politiquement correct), j’ai essayé de lancer le débat à table sur la question de l’homosexualité et force est de constater que le chemin à parcourir en Afrique – mais pas seulement en Afrique d’ailleurs –, est encore très long. Evidemment on constate toutes sortes d’amalgames, beaucoup de personnes ne semblant pas arriver à aborder, de façon différenciée, les tendances sexuelles (en général non choisies et relevant d’un développement psycho-sexuel complexe), la vie relationnelle et sentimentale, la sexualité mise en œuvre, ou les revendications d’égalité de droits et de reconnaissance. Bref, on est loin de la question d’un mariage… Le choc culturel se situe surtout au niveau des réactions épidermiques et des propos outranciers qui ne semblent choquer personne ici… Le texte des évêques de France, à propos du débat sur le « mariage pour tous », n’est pas près d’être formulé par des évêques africains. Pour ne pas noircir le tableau, je découvre aussi que, petit à petit, les mentalités changent et que plusieurs africains s’investissent contre le sentiment anti-homosexuel en Afrique, contre l’hypocrisie générale, contre l’utilisation des personnes homosexuelles comme boucs émissaires ou par attiser la haine anti-blanc (car l’homosexualité est supposée être une invention des blancs,  c’est bien connu…). Voir l’article de Jeune Afrique « L’Afrique est-elle homophobe »…

Voici donc quelques extraits du texte des évêques de France, affirmant à la fois la nécessité d’accueillir les personnes homosexuelles, de lutter contre l’homophobie et de dénoncer un « mariage pour tous » niant les différences. (Il faudrait lire le texte en entier d’où le lien en bas de citation.)

« Du côté de l’Eglise catholique, la Congrégation pour la doctrine de la foi invitait, dès 1976, les catholiques à une attitude de respect, d’écoute et d’accueil de la personne homosexuelle au cœur de nos sociétés. Dix ans plus tard, la même Congrégation soulignait que les expressions malveillantes ou gestes violents à l’égard des personnes homosexuelles méritaient condamnation. Ces réactions « manifestent un manque de respect pour les autres qui lèse les principes élémentaires sur lesquels se fonde une juste convivialité civile. La dignité propre de toute personne doit toujours être respectée dans les paroles, dans les actions et dans les législations ».

[…] Les préjugés ont la vie dure et les mentalités ne changent que lentement, y compris dans nos communautés et familles catholiques. Elles sont pourtant appelées à être à la pointe de l’accueil de toute personne, quel que soit son parcours, comme enfant de Dieu. Car ce qui, pour les chrétiens, fonde notre identité et l’égalité entre les personnes, c’est le fait que nous sommes tous fils et filles de Dieu. L’accueil inconditionnel de la personne n’emporte pas une approbation de tous ses actes, il reconnaît au contraire que l’homme est plus grand que ses actes. Le refus de l’homophobie et l’accueil des personnes homosexuelles, telles qu’elles sont, font partie des conditions nécessaires pour pouvoir sortir des réactions épidermiques et entrer dans un débat serein autour de la demande des personnes homosexuelles.

[…] La société, tout comme l’Eglise dans le domaine qui lui est propre, entend cette demande [de reconnaissance]  de la part des personnes homosexuelles et peut chercher une réponse. Tout en affirmant l’importance de l’altérité sexuelle et le fait que les partenaires homosexuels se différencient des couples hétérosexuels par l’impossibilité de procréer naturellement, nous pouvons estimer le désir d’un engagement à la fidélité d’une affection, d’un attachement sincère, du souci de l’autre et d’une solidarité qui dépasse la réduction de la relation homosexuelle à un simple engagement érotique. Mais cette estime ne permet pas de faire l’impasse sur les différences. La demande des personnes homosexuelles est symptomatique de la difficulté qu’éprouve notre société à vivre les différences dans l’égalité. Plutôt que de nier les différences en provoquant une déshumanisation des relations entre les sexes, notre société doit chercher à garantir l’égalité des personnes tout en respectant les différences structurantes qui ont leur importance pour la vie personnelle et sociale. »

…. Pour lire le texte en entier cliquer ici

Différence assumée

Nous avons eu la joie de nous associer, à distance, à la célébration d’ordination presbytérale de notre frère Pierre Pham Van Duong, aveugle, qui s’est tenue dimanche dernier, 14 octobre, à Paris. Il n’est pas si banal d’ordonner un jeune homme avec un handicap :

Ordination de notre frère aveugle, Pierre Pham Van Duong

« Ordonner un prêtre handicapé oblige à une constante adaptation, de l’intéressé comme de la communauté. Pierre Pham Van Duong a pu mener ses études grâce à un ordinateur à reconnaissance vocale et des textes bibliques ou liturgiques en braille. Ce grand bavard prend aujourd’hui avec le sourire les réticences et maladresses qu’il a dû affronter, pour ne retenir que le meilleur : l’accueil de la paroisse Saint-Hippolyte, son curé, le P. Renaud de la Soujeole, en tête. Les heures passées à l’accueil, où ses qualités d’écoute sont très appréciées, ont préparé Pierre à sa prochaine mission. En novembre, il retournera au Vietnam comme assistant du maître des novices. »

Extrait de l’article du journal La Croix, paru à cette occasion, et qui aborde plus largement la question des prêtres et du handicap, intitulé : Les prêtres handicapés demeurent rares en France.

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