Le samedi 15 décembre 2012, le Centre Culturel Saint Augustin a organisé une marche interreligieuse à Sokodé, qui a rassemblé environ 2000 jeunes de différentes confessions chrétiennes et religions.
Il y a quelques années déjà, le P. Jean-Paul Sagadou avait lancé l’initiative d’une marche interreligieuse à Sokodé. Après une période de jachère, l’idée a été relancée avec plus grande ampleur, grâce notamment à l’investissement et aux talents du Fr. Serge Mabou Simo qui a su mobiliser, autour de lui, les forces vives de la jeunesse sokodéenne. Ce sont donc environ 2 000 jeunes qui ont participé à cette belle journée de rencontre et de fraternité.
Cette marche s’inscrit dans le cadre de l’aumônerie des Lycées et Collèges, redynamisée cette année par une équipe renouvelée. Depuis le début de l’année en effet le Fr. Serge, le P. Bien-Aimé, et l’un ou l’autre jeune candidat à la vie assomptionniste sillonnent la trentaine d’établissements scolaires de la ville pour proposer des célébrations (avec le soutien du clergé diocésain), des temps de rencontre et de discussion et pour être à l’écoute des jeunes, de leurs joies et de leurs soucis… Le Fr. Serge a mis en place un cri de ralliement pour tous les jeunes des aumôneries : « Les meilleurs ! » avec toute la gestuelle – pouce levé- qui l’accompagne (je vous passe les détails)… C’est donc forte de ce travail de quelques mois que la marche interreligieuse a pu mobiliser à grande échelle.
Le carton d’invitation présentait ainsi les objectifs de la marche :
« À travers cette marche nous voulons accompagner tous les jeunes, les voir vivre ensemble et mettre leurs talents au service de tous. Nous voulons favoriser chez les jeunes une dynamique de communion, de dialogue et de paix entre les religions. Nous voulons permettre aux jeunes de vivre avec un esprit d’ouverture, de rencontre et de respect de l’autre dans ce qu’il peut apporter aux autres.
Au programme : Réflexion ; danses traditionnelles, religieuses, populaires ; des artistes et chorégraphes invités ; pique-nique tiré du sac ; matchs de football féminins et masculins entre établissements avec prime à gagner. »
C’est donc de bon matin, à 6h45, que les jeunes étaient au rendez-vous au Centre Culturel pour un envoi de la journée par le chef spirituel musulman de Sokodé : Issa Touré. La troupe s’est ensuite mise en branle pour rejoindre le collège Bakhita, dans le quartier Kedia. Au cours de la marche, de nombreuses questions étaient proposées à chaque groupe pour favoriser la rencontre de l’autre : des textes de références tirés de la Bible et du Coran proposés pour l’échange, des questions sur l’accueil de la différence, sur ce que nous apprécions dans les autres religions, ou portant sur ce qui nous semble plus difficile à accepter, etc… Après deux heures de marche et de réflexion et un bref bilan des échanges couronné par un mot d’encouragement de la part du P. Jean-Jacques, (vicaire à la paroisse cathédrale et aumônier du centre hospitalier), ce fut le temps des échanges fraternels au complexe Bakhita … Danses, matchs de foot, partages informels et ceci jusque 21h pour les plus motivés qui ne voulaient plus rentrer à la maison ! Oui vraiment un temps de grâce où chacun a pu bien concrètement se faire de nouveaux amis, d’autres confessions religieuses ou d’autres religions. Un grand merci à toutes celles et ceux qui se sont lourdement investis dans l’organisation de cette marche et en particulier au Fr. Serge…
Rémi-Clovis, novice assomptionniste, nous livre ses impressions sur cette journée :
Rémi-Clovis, comment as-tu vécu cette journée de marche interreligieuse ?
Avec joie et surtout avec un étonnement par rapport au nombre d’élèves, des collèges et lycées, qui ont participé à cette marche de fraternité interreligieuse. J’ai constaté que réunir des élèves n’est pas impossible, il s’agit d’entrer dans leur esprit pour qu’ils se sentent appelés, dirigés, accueillis, orientés aussi… C’est ça, je pense, qui a attiré beaucoup de jeunes.
Est-ce que cette journée t’a permis de rencontrer des jeunes d’autres confessions et religions ?
Dans le groupe dont j’étais responsable, il y avait des musulmanes que je taquinais en appelant des « Hadja » [titre donné à celles qui ont fait le pèlerinage à la Mecque], ce qui leur a permis de s’exprimer avec facilité. Il y avait aussi de jeunes protestants presbytériens et des assemblées de Dieu. Ce qui m’a frappé c’est que les élèves connaissent pas mal la religion de l’autre. Une jeune musulmane a dit que ce qu’elle aimait chez les catholiques c’est la louange, les chants alors que chez elle cela manque. Une était impressionnée par les rencontres de prière hebdomadaires chez ses voisins catholiques [une CCB]… Une jeune catholique soulignait la ponctualité des musulmans dans leur prière, la capacité à tout laisser au moment de l’appel du muézin, elle appréciait leur manière de prier et leur manière de s’habiller correctement avant d’entrer à la mosquée, ce qui fait parfois défaut dans nos églises.
La journée a-t-elle pu permettre une évolution dans la rencontre de l’autre ?
Ce fut une journée indispensable… Non seulement ils se sont retrouvés de religions différentes, mais ils sont rentrés dans l’esprit de connaître l’autre dans sa culture, dans sa religion, dans ses comportements…. Ce qui était aussi intéressant, c’est l’ambiance festive avec les danses traditionnelles, populaires, religieuses au cours de la marche… Une marche qui a provoqué beaucoup de conversions, au sens où, par exemple, une jeune fille est venue en me disant qu’elle avait faim… J’ai profité de cette occasion pour témoigner de ma foi, et cette journée, dit-elle, fut inoubliable pour elle…
Dans une des questions pour l’animation des groupes, on demandait aux participants de nommer des personnes qui ont accueilli et aidé d’autres sans distinction d’origine ou de religion. Quelles furent les réponses dans ton groupe ?
Beaucoup ont donné le nom du Fr. Serge et du comité d’organisation de la journée, qui leur a permis de se rencontrer, en demandant à ce que cette expérience se renouvelle chaque année. Moi-même j’ai été consolé et je me suis senti consolé en étant au milieu de ces jeunes et en les entendant parler, jubiler de joie, rencontrer l’autre dans la foi et dans l’acceptation de la différence. J’ai compris que moi aussi j’ai des talents que j’ai découverts à travers ces jeunes : être attentif à ces jeunes, à leurs regards, à leurs paroles, etc… pour leur parler, afin de reconquérir beaucoup d’âmes, quelle que soit la religion, afin de cultiver la paix, la justice, l’amour, la communion.
Un mot de la fin ?
Je suis rentré le soir tout heureux, parce que mes yeux ont vu, mes yeux ont contemplé et admiré la vie, la force de cette jeunesse, le désir d’accepter l’autre et la raison d’être de cette jeunesse. Pour cela, il faut, en commençant par moi-même, que l’on soit toujours attentif à ces jeunes. Que de telles initiatives se poursuivent, sous cette forme ou sous d’autres formes, car la jeunesse, c’est l’avenir de toute la nation !
Joyeux Noël !
Cette fois, Noël est tout proche ! Je vous souhaite donc à tous et à toutes une belle fête. Que la célébration de l’Incarnation du Verbe de Dieu, soutienne votre foi, votre espérance et votre charité pour participer, à votre mesure, à cette Incarnation qui continue de se déployer dans le monde. En effet, tout geste d’amour, de solidarité, de partage de votre foi contribue à donner chair au Fils de Dieu, à lui permettre de vivre à travers nous car « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu !» [1]
[1] « Car telle est la raison pour laquelle le Verbe s’est fait homme, et le Fils de Dieu, Fils de l’homme : c’est pour que l’homme, en entrant en communion avec le Verbe et en recevant ainsi la filiation divine, devienne fils de Dieu » (S. Irénée, hær. 3, 19, 1). « Car le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous faire Dieu » (S. Athanase, inc. 54, 3 : PG 25, 192B).
Une famille à imiter ?
Sainte Famille, année C, Lc 2,41-52 /
La Sainte Famille nous est souvent présentée comme une famille modèle pour nos familles humaines, et l’imagerie populaire de broder facilement sur cette famille exemplaire… Mais la Sainte Famille est-elle réellement imitable ? Si oui, en quoi ? Il ne s’agit pas trop d’inventer une famille dont l’Évangile ne nous parle guère mais de glaner les quelques passages qui évoquent vraiment les relations au sein de la Sainte Famille. Une famille avec ses propres difficultés, une famille avec ses gestes d’amour, une famille à ouvrir…
Une famille avec ses propres difficultés…
D’une certaine manière, la famille de Jésus ressemble bien à nos familles humaines d’aujourd’hui : une « famille recomposée » dont le père n’est pas le géniteur de l’enfant… Un adolescent fugueur pris par ses propres affaires et qui ne se soucie pas trop de ses parents (c.f. l’évangile de ce jour)… Un père absent (ou décédé trop tôt), puisqu’en dehors des récits de l’enfance, on ne parle de lui que de manière très allusive en Matthieu 13,55 : « Celui-là n’est-il pas le fils du charpentier ? ». On pourrait ajouter à cela les circonstances difficiles de la conception et le questionnement de Joseph ; la fuite en Egypte ; la famille qui veut récupérer Jésus lorsqu’il se met à prêcher (Mt 12,46-50 et parallèles) et qui le considère même comme fou : « Sa famille, l’apprenant, vint pour se saisir de lui, car ils affirmaient : ‘Il a perdu la tête.’ » (Mc 3,21) ; et, enfin, la perte du fils unique, dans les circonstances dramatiques que l’on connaît ! Rien à voir donc avec une famille parfaite et sans problème ! Mais la manière dont la famille de Jésus va traverser ces difficultés, voilà qui nous intéresse !
Une famille avec ses propres gestes d’amour…
Joseph, qui recherche l’attitude juste après la nouvelle de la grossesse de Marie, va d’abord dépasser ses doutes et, éclairé par l’ange, redonner sa confiance à Marie. Voilà plusieurs leçons d’amour pour nos familles humaines : ne pas juger à la hâte, faire appel à la bienveillance, s’arrêter auprès du Seigneur avant de prendre une décision et savoir redonner sa confiance, même si elle a été, ou a semblé, trahie ! Lors de la menace d’Hérode sur la vie de l’enfant, Joseph, de nouveau éclairé par l’ange, va mettre en œuvre son amour protecteur et emmener sa famille à l’abri en Egypte. Les temps de crise ne doivent pas être source de tiraillement dans nos familles mais, au contraire, l’occasion d’un soutien mutuel plus fort et d’une unité plus grande… Lors de la « fugue » de Jésus au temple, et après l’avoir retrouvé, plusieurs gestes d’amour ouvrent de nouveau un chemin à la vie familiale : un dialogue s’installe entre les parents et l’enfant, la parole suffit à faire comprendre la peine des parents et la gravité de cet écart, sans avoir besoin de recourir à une quelconque punition ; l’enfant se soumet de nouveau à ses parents, sans s’entêter à être « aux affaires de son Père » ; et Marie « garde tous ces événements dans son cœur », c’est-à-dire qu’elle reconnaît la part mystérieuse de la vie de son enfant sans vouloir l’enfermer dans ses désirs à elle… À vous de poursuivre la contemplation des gestes d’amour au sein de la Sainte Famille, afin d’inspirer vos propres gestes d’amour.
Une famille à ouvrir…
Dès le départ de cette famille singulière, un hôte, le Tout-Autre, s’invite dans le cercle familial… Ainsi cette famille, malgré les tentations de replis sur sa propre vie interne, comme l’illustrent les passages évoquant « la mère et les frères » qui cherchent Jésus, va sans cesse devoir s’ouvrir, non sans souffrance, au-delà d’elle-même. Jésus accompagnera sa famille sur ce chemin de l’ouverture à l’universalité de la famille humaine : « Qui est ma mère et qui sont mes frères… quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est pour moi frère, sœur et mère. » (Mt 12,48-49) Et cette ouverture à l’autre depuis la fugue au temple, jusqu’à la croix, en passant par les années de prédication sur les routes de Palestine, ne se fera pas sans douleur : « Un glaive transpercera ton cœur » (Lc 2,35), avait annoncé le vieillard Siméon à Marie ! Dans nos sociétés fragilisées, la famille est parfois le dernier refuge, et grande est la tentation d’un repli sur le cercle familial. Comment ouvrir alors notre amour, toujours plus largement, aux dimensions de la famille humaine universelle ?
La Sainte Famille, dans son parcours unique, est-elle imitable ?
Ne nous invite-t-elle pas à inventer notre propre chemin de sainteté :
Savoir traverser nos difficultés familiales en inventant nos propres gestes d’amour
et en nous ouvrant toujours plus à l’universalité de la famille humaine ?