Foi, Espérance et Charité !

Crèche du Burkina-Faso

 

Au moment de relire l’année écoulée, je vous souhaite de ne retenir que l’essentiel :

 la richesse des échanges, les services rendus, les luttes quotidiennes,

la Foi partagée, l’Espérance redonnée, et l’Amour-Agapè effectif…

 

Que le Seigneur vous donne de vivre cette année 2013 sous cette trilogie source de vie,

que les Assomptionnistes traduisent en ces termes :

être homme de communion, proposant la foi et solidaire des pauvres !

 

Que les joies, les épreuves, la banalité du quotidien, soient autant d’occasions de laisser la

 vie de Dieu traverser votre propre vie : le seul roc qui puisse fonder durablement notre

existence !

 

Bon Temps de Noël (liturgiquement c’est jusqu’au 13 janvier cette année !)

et Bonne année 2013 !

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Une famille à imiter ?

Sainte Famille, année C, Lc 2,41-52 /

La Sainte Famille nous est souvent présentée comme une famille modèle pour nos familles humaines, et l’imagerie populaire de broder facilement sur cette famille exemplaire… Mais la Sainte Famille est-elle réellement imitable ? Si oui, en quoi ? Il ne s’agit pas trop d’inventer une famille dont l’Évangile ne nous parle guère mais de glaner les quelques passages qui évoquent vraiment les relations au sein de la Sainte Famille. Une famille avec ses propres difficultés, une famille avec ses gestes d’amour, une famille à ouvrir…

Une famille avec ses propres difficultés…

D’une certaine manière, la famille de Jésus ressemble bien à nos familles humaines d’aujourd’hui : une « famille recomposée » dont le père n’est pas le géniteur de l’enfant… Un adolescent fugueur pris par ses propres affaires et qui ne se soucie pas trop de ses parents (c.f. l’évangile de ce jour)… Un père absent (ou décédé trop tôt), puisqu’en dehors des récits de l’enfance, on ne parle de lui que de manière très allusive en Matthieu 13,55 :  « Celui-là n’est-il pas le fils du charpentier ? ». On pourrait ajouter à cela les circonstances difficiles de la conception et le questionnement de Joseph ; la fuite en Egypte ; la famille qui veut récupérer Jésus lorsqu’il se met à prêcher (Mt 12,46-50 et parallèles) et qui le considère même comme fou : « Sa famille, l’apprenant, vint pour se saisir de lui, car ils affirmaient : ‘Il a perdu la tête.’ » (Mc 3,21) ; et, enfin, la perte du fils unique, dans les circonstances dramatiques que l’on connaît ! Rien à voir donc avec une famille parfaite et sans problème ! Mais la manière dont la famille de Jésus va traverser ces difficultés, voilà qui nous intéresse !

Une famille avec ses propres gestes d’amour…

Joseph, qui recherche l’attitude juste après la nouvelle de la grossesse de Marie, va d’abord dépasser ses doutes et, éclairé par l’ange, redonner sa confiance à Marie. Voilà plusieurs leçons d’amour pour nos familles humaines : ne pas juger à la hâte, faire appel à la bienveillance, s’arrêter auprès du Seigneur avant de prendre une décision et savoir redonner sa confiance, même si elle a été, ou a semblé, trahie ! Lors de la menace d’Hérode sur la vie de l’enfant, Joseph, de nouveau éclairé par l’ange, va mettre en œuvre son amour protecteur et emmener sa famille à l’abri en Egypte. Les temps de crise ne doivent pas être source de tiraillement dans nos familles mais, au contraire, l’occasion d’un soutien mutuel plus fort et d’une unité plus grande… Lors de la « fugue » de Jésus au temple, et après l’avoir retrouvé, plusieurs gestes d’amour ouvrent de nouveau un chemin à la vie familiale : un dialogue s’installe entre les parents et l’enfant, la parole suffit à faire comprendre la peine des parents et la gravité de cet écart, sans avoir besoin de recourir à une quelconque punition ; l’enfant se soumet de nouveau à ses parents, sans s’entêter à être « aux affaires de son Père » ; et Marie « garde tous ces événements dans son cœur », c’est-à-dire qu’elle reconnaît la part mystérieuse de la vie de son enfant sans vouloir l’enfermer dans ses désirs à elle… À vous de poursuivre la contemplation des gestes d’amour au sein de la Sainte Famille, afin d’inspirer vos propres gestes d’amour.

Une famille à ouvrir…

Dès le départ de cette famille singulière, un hôte, le Tout-Autre, s’invite dans le cercle familial… Ainsi cette famille, malgré les tentations de replis sur sa propre vie interne, comme l’illustrent les passages évoquant « la mère et les frères » qui cherchent Jésus, va sans cesse devoir s’ouvrir, non sans souffrance, au-delà d’elle-même. Jésus accompagnera sa famille sur ce chemin de l’ouverture à l’universalité de la famille humaine : « Qui est ma mère et qui sont mes frères… quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est pour moi frère, sœur et mère. » (Mt 12,48-49) Et cette ouverture à l’autre depuis la fugue au temple, jusqu’à la croix, en passant par les années de prédication sur les routes de Palestine, ne se fera pas sans douleur : « Un glaive transpercera ton cœur » (Lc 2,35), avait annoncé le vieillard Siméon à Marie ! Dans nos sociétés fragilisées, la famille est parfois le dernier refuge, et grande est la tentation d’un repli sur le cercle familial. Comment ouvrir alors notre amour, toujours plus largement, aux dimensions de la famille humaine universelle ?

La Sainte Famille, dans son parcours unique, est-elle imitable ?

Ne nous invite-t-elle pas à inventer notre propre chemin de sainteté :

Savoir traverser nos difficultés familiales en inventant nos propres gestes d’amour

et en nous ouvrant toujours plus à l’universalité de la famille humaine ?

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Beau succès pour la marche de la fraternité interreligieuse…

Le samedi 15 décembre 2012, le Centre Culturel Saint Augustin a organisé une marche interreligieuse  à Sokodé, qui a rassemblé environ 2000 jeunes de différentes confessions chrétiennes et religions.

Il y a quelques années déjà, le P. Jean-Paul Sagadou avait lancé l’initiative d’une marche interreligieuse à Sokodé. Après une période de jachère, l’idée a été relancée avec plus grande ampleur, grâce notamment à l’investissement et aux talents du Fr. Serge Mabou Simo qui a su mobiliser, autour de lui, les forces vives de la jeunesse sokodéenne. Ce sont donc environ 2 000 jeunes qui ont participé à cette belle journée de rencontre et de fraternité.

Cette marche s’inscrit dans le cadre de l’aumônerie des Lycées et Collèges, redynamisée cette année par une équipe renouvelée. Depuis le début de l’année en effet le Fr. Serge, le P. Bien-Aimé, et l’un ou l’autre jeune candidat à la vie assomptionniste sillonnent la trentaine d’établissements scolaires de la ville pour proposer des célébrations (avec le soutien du clergé diocésain), des temps de rencontre et de discussion et pour être à l’écoute des jeunes, de leurs joies et de leurs soucis… Le Fr. Serge a mis en place un cri de ralliement pour tous les jeunes des aumôneries : « Les meilleurs ! » avec toute la gestuelle – pouce levé- qui l’accompagne (je vous passe les détails)… C’est donc forte de ce travail de quelques mois que la marche interreligieuse a pu mobiliser à grande échelle.

Le carton d’invitation présentait ainsi les objectifs de la marche :

« À travers cette marche nous voulons accompagner tous les jeunes, les voir vivre ensemble et mettre leurs talents au service de tous. Nous voulons favoriser chez les jeunes une dynamique de communion, de dialogue et de paix entre les religions. Nous voulons permettre aux jeunes de vivre avec un esprit d’ouverture, de rencontre et de respect de l’autre dans ce qu’il peut apporter aux autres.

Au programme : Réflexion ; danses traditionnelles, religieuses, populaires ; des artistes et chorégraphes invités ; pique-nique tiré du sac ; matchs de football féminins et masculins entre établissements  avec prime à gagner. »

C’est donc de bon matin, à 6h45, que les jeunes étaient au rendez-vous au Centre Culturel pour un envoi de la journée par le chef spirituel musulman de Sokodé : Issa Touré. La troupe s’est ensuite mise en branle pour rejoindre le collège Bakhita, dans le quartier Kedia. Au cours de la marche, de nombreuses questions étaient proposées à chaque groupe pour favoriser la rencontre de l’autre : des textes de références tirés de la Bible et du Coran proposés pour l’échange, des questions sur l’accueil de la différence, sur ce que nous apprécions dans les autres religions, ou portant sur ce qui nous semble plus difficile à accepter, etc… Après deux heures de marche et de réflexion et un bref bilan des échanges couronné par un mot d’encouragement de la part du P. Jean-Jacques, (vicaire à la paroisse cathédrale et aumônier du centre hospitalier), ce fut le temps des échanges fraternels au complexe Bakhita … Danses, matchs de foot, partages informels et ceci jusque 21h pour les plus motivés qui ne voulaient plus rentrer à la maison ! Oui vraiment un temps de grâce où chacun a pu bien concrètement se faire de nouveaux amis, d’autres confessions religieuses ou d’autres religions. Un grand merci à toutes celles et ceux qui se sont lourdement investis dans l’organisation de cette marche et en particulier au Fr. Serge… 

Rémi-Clovis, novice assomptionniste, nous livre ses impressions sur cette journée : 

Rémi-Clovis, comment as-tu vécu cette journée de marche interreligieuse ?

Avec joie et surtout avec un étonnement par rapport au nombre d’élèves, des collèges et lycées, qui ont participé à cette marche de fraternité interreligieuse. J’ai constaté que réunir des élèves n’est pas impossible, il s’agit d’entrer dans leur esprit pour qu’ils se sentent appelés, dirigés, accueillis, orientés aussi… C’est ça, je pense, qui a attiré beaucoup de jeunes.

Est-ce que cette journée t’a permis de rencontrer des jeunes d’autres confessions et religions ?

Dans le groupe dont j’étais responsable, il y avait des musulmanes que je taquinais en appelant des « Hadja » [titre donné à celles qui ont fait le pèlerinage à la Mecque], ce qui leur a permis de s’exprimer avec facilité. Il y avait aussi de jeunes protestants presbytériens et des assemblées de Dieu. Ce qui m’a frappé c’est que les élèves connaissent pas mal la religion de l’autre. Une jeune musulmane a dit que ce qu’elle aimait chez les catholiques c’est la louange, les chants alors que chez elle cela manque.  Une était impressionnée par les rencontres de prière hebdomadaires chez ses voisins catholiques [une CCB]… Une jeune catholique soulignait la ponctualité des musulmans dans leur prière, la capacité à tout laisser au moment de l’appel du muézin, elle appréciait leur manière de prier et leur manière de s’habiller correctement avant d’entrer à la mosquée, ce qui fait parfois défaut dans nos églises.

La journée a-t-elle pu permettre une évolution dans la rencontre de l’autre ?

Ce fut une journée indispensable… Non seulement ils se sont retrouvés de religions différentes, mais ils sont rentrés dans l’esprit de connaître l’autre dans sa culture, dans sa religion, dans ses comportements…. Ce qui était aussi intéressant, c’est l’ambiance festive avec les danses traditionnelles, populaires, religieuses au cours de la marche… Une marche qui a provoqué beaucoup de conversions, au sens où, par exemple, une jeune fille est venue en me disant qu’elle avait faim… J’ai profité de cette occasion pour témoigner de ma foi, et cette journée, dit-elle, fut inoubliable pour elle…

Dans une des questions pour l’animation des groupes, on demandait aux participants de nommer des personnes qui ont accueilli et aidé d’autres sans distinction d’origine ou de religion. Quelles furent les réponses dans ton groupe ?

Beaucoup ont donné le nom du Fr. Serge et du comité d’organisation de la journée, qui leur a permis de se rencontrer, en demandant à ce que cette expérience se renouvelle chaque année. Moi-même j’ai été consolé et je me suis senti consolé en étant au milieu de ces jeunes et en les entendant parler, jubiler de joie, rencontrer l’autre dans la foi et dans l’acceptation de la différence. J’ai compris que moi aussi j’ai des talents que j’ai découverts à travers ces jeunes : être attentif à ces jeunes, à leurs regards, à leurs paroles, etc… pour leur parler, afin de reconquérir beaucoup d’âmes, quelle que soit la religion, afin de cultiver la paix, la justice, l’amour, la communion.

Un mot de la fin ?

Je suis rentré le soir tout heureux, parce que mes yeux ont vu, mes yeux ont contemplé et admiré la vie, la force de cette jeunesse, le désir d’accepter l’autre et la raison d’être de cette jeunesse. Pour cela, il faut, en commençant par moi-même, que l’on soit toujours attentif à ces jeunes. Que de telles initiatives se poursuivent, sous cette forme ou sous d’autres formes, car la jeunesse, c’est l’avenir de toute la nation !

 

Joyeux Noël !

Cette fois, Noël est tout proche ! Je vous souhaite donc à tous et à toutes une belle fête. Que la célébration de l’Incarnation du Verbe de Dieu, soutienne votre foi, votre espérance et votre charité pour participer, à votre mesure, à cette Incarnation qui continue de se déployer dans le monde. En effet, tout geste d’amour, de solidarité, de partage de votre foi contribue à donner chair au Fils de Dieu, à lui permettre de vivre à travers nous car « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu !» [1]



[1] « Car telle est la raison pour laquelle le Verbe s’est fait homme, et le Fils de Dieu, Fils de l’homme : c’est pour que l’homme, en entrant en communion avec le Verbe et en recevant ainsi la filiation divine, devienne fils de Dieu  » (S. Irénée, hær. 3, 19, 1). « Car le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous faire Dieu » (S. Athanase, inc. 54, 3 : PG 25, 192B).

 

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Une Parole qui prend chair !

 

4ème dimanche de l’Avent, année C, Lc 1, 39-45 /

«  Heureuse, celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » (Lc 1, 45) À travers ces mots d’Elisabeth, l’évangile ne nous livre-t-il pas une limpide définition du bonheur : croire à l’accomplissement des paroles de Vie que Dieu offre à chacun de nous ? Marie elle-même témoigne de ce bonheur quelques versets plus loin : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur… Désormais tous les âges me diront bienheureuse. » (Lc 1, 46…48) Certes, chaque fois que l’on rend grâce pour la vie de Marie ou pour la vie d’un saint, nous louons le Seigneur pour cette vocation exceptionnelle, mais dans le même mouvement, sans vouloir imiter une vie qui n’est pas la nôtre, nous voyons s’ouvrir devant nous des pistes pour notre propre sainteté, c’est-à-dire notre propre chemin de bonheur… Non ? Arrêtons-nous donc sur cette parole d’Elisabeth, en nous demandant d’abord quelles sont ces paroles de vie qui nous sont dites de la part du Seigneur…

Des paroles de vie…

Bien évidement, Elisabeth fait référence aux paroles que l’ange Gabriel a adressées à Marie de la part du Seigneur. Vu à distance, on peut se dire qu’il est relativement facile de savoir ce que le Seigneur veut pour nous lorsqu’un ange, un archange même, vient en personne vous délivrer le message ! Mais qu’en est-il pour nous qui ne bénéficions pas de messagers si impressionnants ? Quelles sont ces paroles de vie qui nous sont dites de la part du Seigneur ? Remarquons, d’une part, qu’entre les récits bibliques où Dieu semble parler directement aux personnages de la Bible et la réalité de leur expérience spirituelle, il y a toute une distance… Sans allez très loin dans la Bible, il suffit de penser à « l’annonciation » à Joseph : c’est dans son sommeil que la parole du Seigneur lui est adressée et « une fois réveillé, Joseph fit comme l’Ange du Seigneur lui avait prescrit » (Mt 1,23) ; ou encore lors de « l’annonciation » de la naissance de Samson à Anne : « Un homme de Dieu est venu me trouver ; il avait l’apparence d’un ange de Dieu tant il était imposant. Je ne lui ai pas demandé d’où il venait, et il ne m’a pas fait connaître son nom. » (Jg 13,6) Ainsi donc la parole du Seigneur, l’inspiration de l’Esprit, peut prendre des formes bien modestes : un rêve, la rencontre avec un homme de Dieu, une inspiration durant la prière, un événement qui nous bouleverse, etc. D’autre part, le messager qui s’adresse à chacun d’entre nous est bien plus qu’un ange, c’est le Fils de Dieu lui-même ! Comment peut-on dire que nous avons moins d’atouts que Marie pour connaître le plan de Dieu sur nous, alors que nous avons l’Évangile dont elle ne bénéficiait pas ? Ne regorge-t-il pas de paroles de vie qui nous sont personnellement adressées ?

Croire en l’accomplissement de ces paroles de vie !

Oui, le Seigneur a des paroles de vie, un projet de bonheur pour chacun d’entre nous. Non pas un destin écrit d’avance qu’il nous faudrait mystérieusement découvrir, mais un livre ouvert, où transcrire avec lui notre propre page d’Évangile. C’est à partir de ce que nous sommes, de notre histoire, de nos blessures, de nos talents que le Seigneur nous appelle et nous adresse ces paroles de vie : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. » (Mt 11,29)… « Personne n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre, sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple. » (Mc 10, 30) … « Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance : moi, je suis vainqueur du monde. » (Jn 16,33)… « Je vous verrai à nouveau, votre cœur alors se réjouira, et cette joie, nul ne pourra vous la ravir. » (Jn 16, 22)… Croyons-nous en l’accomplissement de ces paroles ? « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission. » (Is 55,10-11)

Une Parole qui prend chair !

Ainsi donc, le chemin du bonheur ne consiste-t-il pas tout simplement à accueillir la parole de bénédiction que Dieu a préparée pour nous ? Lui permettre de prendre chair en nous, comme elle prit chair dans le sein de Marie ?

Comme à Marie, une parole de vie nous est adressée…

Comme Marie, croirons-nous à l’accomplissement de cette parole ?

Comme en Marie, lui permettrons-nous de prendre chair en nous ?

Emprunterons-nous le chemin du bonheur ?

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Un espace de dialogue…

3° Dimanche de l’Avent, composition florale du Fr. Didier de Tamié

La Parole, ce propre de l’être humain –lieutenant du Verbe de Dieu–, n’advient pas sans efforts… Quelles sont nombreuses les blessures des non-dits, des insinuations, des vociférations !

Mais nous avons la chance, au Noviciat, d’ouvrir de vrais espaces à la parole : celui de l’accompagnement, bien-sûr, où petit à petit on arrive à se dire, mais aussi celui de la rencontre interpersonnelle comme celle vécue lors de notre courte récollection d’Avent. Parfois des frères, des sœurs, peuvent vivre des mois, des années, sous le même toit communautaire sans trouver les moyens de se dire certaines choses, alors qu’un simple espace offert pourrait remédier à cela… C’est ainsi que, pour la récollection d’Avent des novices, je leur ai proposé de se retrouver deux à deux, avec chacun de leurs confrères novices, autour de trois pistes : pouvoir éventuellement se demander pardon, partager ce que l’on apprécie chez l’autre, et lui faire l’une ou l’autre remarque qui nous tient à cœur… Dépassant la surprise et l’interrogation liées à l’utilité d’un tel exercice alors « qu’on se parle » chaque jour, les novices ont spontanément rendu grâce, après coup, pour ce temps vraiment unique ou une parole vraie a pu être échangée : « Je ne savais pas que j’étais ainsi, ou que je faisais tel effet à mon frère… » ; « J’ai enfin pu dire à mon frère ce que je n’avais pas osé lui dire jusqu’alors » ; « Je me suis découvert grâce à ce que mes frères ont dit sur moi… » ; « Des nœuds se sont défaits et notre relation est bien meilleure maintenant… », etc.

Je ne cesse de rendre grâce sur les bienfaits du cadre offert dans la vie religieuse. Nous ne sommes vraiment pas meilleurs que les autres, mais nous avons la chance d’avoir choisi un cadre pour nous soutenir, jour après jour, dans notre marche à la suite du Christ…. Mes paresses, mes lâchetés, mes tiédeurs pourraient vite engloutir mon désir de vivre l’Évangile mais, en communauté, je sais que des frères m’attendent pour la prière… et je me lève ! J’aimerais fuir certains défis, mais mes frères me disent qu’ensemble on peut faire quelque chose pour changer cela… et on y va !  J’aimerais ne pas m’approcher de certains frères, mais mon supérieur m’incite, au contraire, à prendre du temps avec lui pour lui parler cœur à cœur… et le nœud se défait ! Au tout début de ma vie religieuse, un frère aîné m’a confié une définition mémorable de la vie religieuse : « Certes on veut suivre le Christ quand on est un jeune chrétien enthousiaste, mais après avoir fait deux pas en avant, on fait trois pas en arrière… Eh bien, la vie religieuse c’est le frère qui est là pour te mettre un coup de pied au derrière quand tu voudrais reculer ! » Voilà le cadre porteur de la vie religieuse bien résumé…

Je ne vous partage pas cela, pour mettre sur un piédestal la vie religieuse, mais pour ouvrir peut-être des pistes dans le cadre de votre propre vie… Se donner un espace, pour dire à son conjoint, sa conjointe, son proche, son collègue, etc. une parole vraie, ce n’est pas si compliqué… Se donner un cadre avec d’autres pour s’arrêter, ou pour s’épauler dans notre marche à la suite du Christ, ce n’est pas si compliqué… Mais si l’on ne se donne pas de moyens concrets cela peut prendre des années… Alors, pourquoi ne pas saisir ce temps de l’Avent ou celui de Noël pour ouvrir un espace au dialogue ?

 

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Aux sources de la joie !

 

3ème dimanche de l’Avent, année C, Lc 3,10-18 /

«  Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie. Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. » (Ph 4,4-5) Cette invitation de la seconde lecture résonne certainement en chacun de nous de façon contrastée… Parfois nous avons le cœur à la joie, mais plus ou moins souvent, selon les circonstances et selon notre tempérament, c’est peut-être la tristesse, l’angoisse ou le découragement qui nous saisissent : est-ce possible d’être toujours dans la joie ? Cette invitation n’est-elle pas trop idéaliste, trop déconnectée de notre dure réalité, trop artificielle comme celle des boutiques en ce temps d’Avent qui, à grand renfort de paillettes et de chants de Noël, veulent pousser le chaland à une joie consommatrice ? Mettons-nous donc à l’écoute des textes de ce dimanche pour puiser aux sources d’une vraie joie possible : Elle est joie du Seigneur, joie d’une vie unifiée, et alors peut-être, joie sereine dans les épreuves…

Joie du Seigneur !

«  Soyez toujours dans la joie du Seigneur ! » Nous n’avons pas à construire notre joie à la force de nos poignets,  mais à la recevoir de Dieu… À la veille de sa passion, au moment le plus dramatique de son itinéraire ici-bas, Jésus confie le message ultime de sa vie : «Maintenant je vais à toi et je dis ces paroles dans le monde pour qu’ils aient en eux ma joie dans sa plénitude. » (Jn 17, 13) Cette joie du Seigneur ne résulte pas d’un aveuglement volontaire qui refuserait de voir les difficultés de ce monde, mais elle est au contraire le fruit d’un regard perçant qui, au-delà des apparences, est tendu vers la promesse d’un Royaume de paix et de joie en train d’advenir. Et Paul nous indique comment faire nôtre cette joie du Seigneur : « Ne soyez inquiets de rien, mais en toute circonstance, dans l’action de grâce, priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes. » (Ph 4,6) C’est-à-dire ne soyez pas geignards, mais cultivez dans le même mouvement l’action de grâce et la demande… Ne vous fixez pas à l’instant présent mais regardez la trajectoire de votre vie, et rendez grâce pour toutes les bonnes choses que vous avez reçues dans la vie… Ne fixez pas non plus votre regard uniquement sur vous-mêmes mais contemplez les bontés du Seigneur autour de vous et au long des âges… Alors, en s’appuyant sur ces pierres blanches qui ont marqué votre itinéraire et celui de l’humanité, vous pourrez croire de nouveau que le Royaume de Dieu est en marche, vous pourrez laisser grandir en vous la joie de Dieu et demander, dans une confiance renouvelée, que les affres du temps présents fassent place à la joie promise en plénitude.

Joie d’une vie unifiée !

Tournons-nous maintenant vers l’évangile de ce jour : « Que devons-nous faire ? » (Jn 3,10.12.14) demandent les uns et les autres à Jean le Baptiste : Que devons-nous faire pour nous convertir ? Que devons-nous faire pour mettre en œuvre le baptême reçu ? Que devons-nous faire pour recevoir la vie éternelle ? Toutes ces questions ne se résument-elles pas à une seule : « Que devons-nous faire pour entrer dans une joie profonde ? »… Et les réponses de Jean, adaptées à chacun, sont simples et concrètes : apportez de la joie autour de vous en remplissant votre devoir d’état -en faisant ce que vous avez à faire-, dans la sérénité, dans la transparence d’une vie évangélique, dans la joie d’une vie unifiée où votre travail ne sera pas un fardeau ou un simple gagne pain mais l’occasion de mettre en œuvre votre amour. À la foule il recommande : « Partagez le peu que vous avez » ; aux collecteurs d’impôts : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé » ; aux soldats : « Ne faites ni violence ni tort à personne ; et contentez-vous de votre solde ».  Et nous pourrions allonger la liste… Aux enseignants : « Soyez toujours au service de vos élèves » ; aux entrepreneurs : « Soyez honnêtes et travaillez dans les règles de l’art » ; aux retraités « Donnez de votre temps et de partagez votre sagesse autour de vous » etc… Dans le contexte de l’Afrique, je vous avoue que ces simples conseils sur une vie honnête -rendue difficile lorsqu’on ne reçoit pas un juste salaire et lorsque la corruption est érigée en système- sont d’une grande actualité ! Qu’ils sont nombreux ceux qui sont torturés par une double, ou triple vie de plus en plus compliquée et bien loin de la joie d’une vie honnête et unifiée !

Joie sereine dans les épreuves ?

«  Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas. » (Lc 3,17) Encore une fois, si notre regard est de plus en plus transparent à l’avènement du Royaume autour de nous, peut-être pourrons-nous percevoir,   dans nos épreuves personnelles et collectives, ce feu qui brûle la menue-paille de nos vies, afin de ne retenir que le plus beau, le plus essentiel, le plus solide de nos existences, purifié par l’épreuve et apte à entrer dans le Royaume de Dieu ? Alors, éventuellement, cette joie sereine dans les épreuves pourra naître en nous… En tout cas, de nombreux disciples du Christ ont pu témoigner de cette joie sereine… Mais peut-on la décréter comme le fait saint Paul ?… Mystère de la foi !…

Aux sources de la joie :

Recevoir notre joie du Seigneur…

Avancer vers une vie toujours plus unifiée, toujours plus évangélique…

Alors peut-être nous sera-t-il permis d’expérimenter une joie sereine, même dans les épreuves !?

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Itinéraire mystérieux de chaque vie…

Le père Xavier Vandermeerschen en 2007

Depuis quelque temps, je suis en train de lire les notices biographiques relatives aux religieux assomptionnistes décédés entre 2000 et 2010… L’ouvrage, réalisé par le P.Jean-Paul Perier-Muzet, propose pour chaque religieux de relater son itinéraire de vie sur deux pages. C’est à la fois peu et dense lorsqu’on évoque 10 ans ou 50 ans dans tel ou tel lieux. Cette lecture, ainsi que l’annonce régulière du décès de l’un ou l’autre confrère, nous donnent l’occasion de méditer sur le poids d’une vie. Dimanche dernier, c’est le P. Xavier Vandermeerschen qui effectuait, à Québec, son passage vers la maison du Père, après 93 ans de vie ici-bas, dont 75 années de vie religieuse et 67 de sacerdoce. Lui qui était belge aura passé 62 années au Québec !

Oui, parmi les frères, beaucoup atteignent un âge respectable, mais d’autres nous semblent partir trop tôt, en pleine fleur de l’âge ou carrément  au tout début de leur vie religieuse. L’espérance de vie en Afrique subsaharienne est bien loin de celle des pays du nord… 83,5 ans en Andorre ; 81,5 ans en France ; 58 ans au Togo et 32 ans au Swaziland (en 2007) ! Dans certains pays, on peut donc facilement occulter la mort ou ne guère y penser, mais dans d’autres elle s’invite trop souvent à la fête…  Et pourtant, qu’elle soit longue ou brève, quel aura été le poids de chacune de ces vies aux yeux de Dieu ? Bien des saints, surtout les martyrs, ne firent pas de vieux os…

Le père Xavier Vandermeerschen jeune religieux

En fait, je ne voulais pas tant m’attarder avec vous sur la longueur de nos vies, que sur le mystère et le sacré de chaque itinéraire… Des religieux ont donné toute leur vie pour la mission, d’autres sont restés au contraire toute leur vie à quelques pas de leur village natal, d’autres encore connurent la prison ou les camps, d’autres vécurent toute leur vie religieuse hors communauté, d’autres enfin passèrent un temps dans le clergé séculier, un temps dans la vie religieuse, un temps dans la vie maritale… Dans ces vies stables ou ballotées, quel fut le port d’attache, l’étoile, le roc ?

Je m’interroge sur l’attitude à tenir face à son propre itinéraire de vie… S’agit-t-il de regarder en arrière, vers ce que nous avons déjà vécu ? S’agit-il au contraire de nous tourner résolument vers l’avenir ? Ou bien finalement de nous inquiéter uniquement du temps présent ? Contrairement à certains dogmes modernes, influencés lointainement par le bouddhisme, je ne crois pas que l’instant présent doive être le seul objet de nos soucis… Mais la relecture de notre passé peut nous donner bien des forces pour consentir à notre vie et nous risquer vers l’avenir, en vivant au maximum ce que nous avons à vivre à chaque instant présent avec disponibilité et sérénité… afin de construire une certaine cohérence dans notre vie, non ?

Finalement, dans notre itinéraire de vie, paisible ou balloté par les tempêtes, quelle étoile suivons-nous, sur quel roc nous appuyons-nous ? Et quel est le meilleur juge ? Nous-même ? Ou notre Créateur et Sauveur  posant sur nous son regard amoureux, bienveillant et miséricordieux ?

 

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Prêtres, prophètes et rois !

2ème dimanche de l’Avent, année C, Lc 3,1-6 /

 Jean-Baptiste, le dernier des prophètes, le Précurseur, a vécu ce qu’il a prêché : « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. » Dans sa fonction de prophète il a annoncé, dénoncé, encouragé jusqu’à en perdre la vie ! Bien que son rôle fût unique dans l’histoire, comme celui de Marie, il renvoie chacun de nous à son propre rôle de précurseur du Seigneur ! Or, depuis notre baptême, nous ne sommes pas simplement prophète, mais prêtre, prophète et roi… Que faisons-nous de ces potentiels, de ces « pouvoirs » qui sont en nous ? Les mettons-nous en œuvre au service de la venue du Royaume de Dieu ou cherchons-nous uniquement à établir notre propre pouvoir, notre propre royaume, notre propre petite vie centrée sur nous-même ?

Prêtres, prophètes et rois pour le Seigneur !

Cette trilogie nous permet peut-être de mieux comprendre la longue liste de noms propres au début de notre évangile dominical. Nous y retrouvons les « rois » : Tibère (l’empereur), Pilate (le gouverneur), Hérode, Philippe et Lysanias (les princes) ; les prêtres Anne (l’ancien grand prêtre toujours influent) et Caïphe (le grand prêtre en fonction) ; et enfin les prophètes avec Jean, le nouvel Elie, Isaïe dont on cite un long passage, mais aussi l’évocation de Jérémie et d’Osée à travers l’expression consacrée : « Il y eut une parole de Dieu sur… Jean… Jérémie… Osée. » Or nous retrouverons la plupart de ces personnages dans le drame qui conduira à la condamnation et à la mise à mort de Jésus. Ainsi donc, comme dénoncé souvent dans la Bible, ceux qui avaient reçu une fonction au service du peuple, au service du Seigneur vont, en fait, se servir eux-mêmes ! Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous… Cette tentation est donc puissante au cœur de l’homme, originelle –au sens d’un péché, d’une épreuve originels. Oui il y a de mauvais rois, de mauvais prêtres et de faux prophètes, mais aussi, et je l’espère en plus grand nombre, de bons rois, de bons prêtres et de vrais prophètes… De quel bord serons-nous ?

Prêtres, prophètes et rois comme le Seigneur !

Que mettre concrètement derrière cette trilogie baptismale ? Il suffit, une fois encore, de contempler la figure de Jésus de Nazareth pour savoir comment incarner cette triple mission. Être prêtre, comme Jésus Christ, n’est-ce pas réconcilier les hommes avec Dieu, les porter dans notre prière, témoigner qu’il n’est qu’amour et miséricorde, qu’il vient lui-même à notre recherche pour nous conduire à un bonheur sans fin ? Être prophète, comme Jésus Christ, n’est-ce pas annoncer, à temps et à contre temps, la bonne nouvelle du salut et les exigences à suivre pour se tenir sur le chemin de la vie et ne pas emprunter des chemins de mort ? Être roi, comme Jésus Christ, n’est-ce pas emprunter toujours plus le chemin du service, du don de soi et travailler à un Royaume de justice et de paix ?

Prêtres, prophètes et rois grâce au Seigneur !

Ces prêtres, prophètes et rois évoqués dans la lecture du jour nous renvoient à une autre scène du temps de Noël, celle de l’Épiphanie où les mages venus d’Orient offrent l’or pour le roi, l’encens pour le prêtre et la myrrhe pour le prophète – la myrrhe servant à l’embaumement des corps peut renvoyer aux prophètes que l’on met à mort.  Ces mages ont reconnu que le Christ est donc bien l’unique prêtre, prophète et roi ! Puisque notre baptême nous configure à lui, nous plonge dans sa mort et sa résurrection pour renaître comme membre de Jésus Christ, ce n’est donc pas par nos propres forces que nous pouvons orienter ces puissances, qui sont en nous, vers un chemin de vie plutôt que vers un chemin de mort, mais bien par la grâce de Dieu, par son Esprit ou, si vous préférez, par sa force divine qui nous habite. Ainsi, comme Jean le Baptiste, nous pourrons répondre à notre mission et être configurés au Christ !

Pour préparer le chemin du Seigneur et aplanir sa route,

serons-nous donc au service de nous-mêmes comme ces Hérode et autre Caïphe…

ou de vrais prêtres, prophètes et rois

pour le Seigneur,

comme le Seigneur,

grâce au Seigneur ?

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Avent sous les tropiques…

Récolte du mil dans le champ voisin

Voici donc revenu ce temps d’attente et de préparation aux fêtes de fin d’année… Sous les tropiques, nous nous acheminons comme vous vers Noël, mais c’est sûr qu’ici l’Avent n’a pas le même charme qu’au Québec ou qu’en Europe… Imaginez simplement ce temps sous un grand soleil, à trente degrés, sans décorations, ni sapins, ni neige bien-sûr, ni supermarchés aux musiques lancinantes de Noël, mais avec le chant des grillons, les scorpions visiteurs, le vent sablonneux, l’appel du Muézine, et la pâte de maïs aux repas, et vous aurez une idée de l’ambiance de Noël à Sokodé… Cela fait partie des petites nostalgies du missionnaire…

Comme chaque semaine, nous prenons, le vendredi après-midi, un temps de « partage contemplatif » de l’évangile du dimanche… Lors de cette méditation, une expression a retenu mon attention : « Jésus parlait de sa venue… » et non de son retour, et cela nous ouvre tout un champ d’interprétation de ces textes pas toujours évidents sur la fin des temps. Puisque Jésus parle de sa venue, alors qu’il est déjà là, cela signifie qu’il n’y a pas à situer cela de façon chronologique, mais plutôt comme un évènement qui est en marche depuis la Création du monde. En effet « au commencement était le Verbe »… « Tout fut par lui »… cela signifie que la venue du Fils de l’homme se réalise depuis la Création du monde, son Verbe qui travaille le monde comme un ferment, s’est incarné en Jésus de Nazareth et cette incarnation se poursuivra jusqu’à la fin du monde, jusqu’à ce que Tout soit mené à son achèvement en Jésus Christ. C’est la fameuse Christification du monde dont parlait Teilhard de Chardin ! Du coup, les catastrophes et les signes dont parlent les textes apocalyptiques ne sont pas tant à situer dans le futur qu’à toute époque. Les tremblements de terre, les tempêtes, les signes dans le ciel etc. tout cela existe depuis la Création du monde, ils sont signes que notre monde est éphémère, ambivalent, marqué par la finitude et qu’il chemine vers sa plénitude… Comme le dit si bien saint Paul : « Le monde gémit dans les douleurs de l’enfantement » (Rm 8) Il n’y a donc pas à avoir peur de catastrophes à venir, elles accompagnent la vie des hommes depuis toujours, mais à convertir notre regard sur ces événements : « Relevez la tête car votre rédemption approche… » Un nouveau monde est en train de naître ! Voici donc ce à quoi nous appelle ce temps d’Avent : à convertir notre intelligence et notre cœur pour voir le monde avec les yeux de Dieu, et donc être des semeurs d’espérance, tournés vers cette assurance que la Christification du monde est en train d’advenir !

 

La vie par ici…

 

Retour des zébus

La saison sèche est bien installée, la nature verte fait place aux herbes desséchées, aux troupeaux de zébus qui peuvent maintenant librement circuler dans les champs récoltés et aux scorpions qui cherchent un peu de fraîcheur dans la maison…

La vie au noviciat se poursuit : déjà trois mois d’écoulés pour la nouvelle promotion : mise en place du rythme, des activités, des cours, puis des engagements apostoliques, et, au moment d’entrer dans la monotonie, les différentes sessions viennent apporter un surcroît de vie… En fait les novices ne se plaignent pas de monotonie, car le temps passe vite et les « choses » se mettent en place, petit à petit… Cependant malgré le rythme soutenu, nous avons la chance, au noviciat, de ne pas courir d’un évènement à l’autre comme j’en avais l’impression parfois à Québec… Ce rythme permet l’intériorité, une certaine rupture avec la vie ordinaire, la descente en soi, toutes choses fort nécessaires au moment de fonder sa vie sur le Christ et de s’engager à sa suite, de façon bien spécifique, à travers la vie religieuse.

Ce soir nous nous retrouverons autour du père René Mihigo, pour un au revoir fraternel après 6 ans de présence au Togo. Avec son départ, c’est le dernier membre de l’équipe fondatrice qui quitte le Togo : une génération a semé, une autre récolte… Nous le remercions fortement pour ce qu’il a été et tout ce qu’il a fait en ces terres ouest-africaines, dont les nombreuses sessions et retraites prêchées. Tout cela a rendu la figure de René bien connue au-delà des frontières de Sokodé et du Togo, et les sœurs seront nombreuses à regretter ses services… Mais la vie religieuse nous appelle à avancer de commencement en commencement, nous prierons beaucoup pour lui car il est nommé dans la nouvelle communauté de Goma au Nord Kivu, une ville dont on entend trop parler aujourd’hui dans les média en raison de la situation de guerre incessante dans la région…

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Mourir de peur… ou relever la tête ?

1er dimanche de l’Avent, année C, Lc 21,25-28.34-36 /

« Les hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde » (Lc 21, 26), mais vous : « quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête. » (Lc 21, 28) Quelle actualité dans ces versets de l’évangile dominical ! Effectivement les événements catastrophiques, déprimants et affolants ne manquent pas dans notre monde en crise, et il y a parfois de quoi mourir de peur ou de désespoir… Je ne m’aventurerai pas à énumérer ces situations désespérantes mais je pense d’emblée à la région de l’est du Congo-Kinshasa, où une guerre larvée fait rage depuis près de vingt ans, une guerre dont on parle si peu alors que le nombre de victimes se compte par millions. On dit de ce conflit qu’il est le plus meurtrier depuis la seconde guerre mondiale, sans compter les déplacés, les kidnappés, les mutilés, les femmes violées et les maigres ressources familiales pillées sans relâche ! Comme l’évoquait un des évêques de la région, Mgr Louis Nzabanita : « J’ai du mal à reconnaître Dieu ici ! » Désespérer, mourir de peur ou relever la tête ?… Car l’histoire de l’Église et la vie des saints témoignent que c’est, paradoxalement, dans ces moments de crise où l’être humain peut donner le meilleur de lui-même ! C’est le paradoxe de la Croix ! Puisque nous entrons ce dimanche dans le temps de l’Avent, puisque nous nous tournons vers la naissance pleine de promesse de l’Enfant-Dieu, n’est-ce pas le moment de relever la tête, de témoigner à temps et à contretemps que le mal n’a pas le dernier mot, qu’il faut saisir les moments de crise pour nous changer et pour changer le monde ?

Des crises salutaires ?

Quand tout semble bien aller, notre vigilance est mise à mal… Que l’on songe aux « trente glorieuses », ces décennies de croissance où l’occident a mis en place un mode de vie fondé sur la consommation effrénée qui, dans le même temps, a fait grandir les inégalités, l’exploitation des ressources au profit des uns et au détriment des autres, sans parler de la pollution, de la détérioration et du réchauffement de la planète, etc… D’une certaine manière, ce modèle en pleine crise auquel nous nous heurtons, nous oblige à repenser totalement notre mode de vie sous peine de foncer tout droit dans un mur ! L’invitation de l’évangile n’en prend que plus d’actualité : « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse… et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste. » (Jn 21, 34) Les crises que nous traversons : crise économique, crise financière, crise des valeurs, crise du modèle familial, crise des replis identitaires, crise écologique, crise politique, etc., les subirons-nous jusqu’à l’accablement et le désespoir ou les saisirons-nous pour faire advenir un nouveau monde, pour relever la tête ? N’est-ce pas ce dont témoigne, déjà, la fête de Noël à venir ?

Une espérance à toute épreuve !

Finalement, qu’est-ce qui peut susciter la peur et le désespoir, sinon une vision du monde trop matérialiste, trop terre à terre. Je suis toujours effaré par la morosité – c’est un euphémisme – des Français, alors que ce pays a tellement d’atouts, en comparaison à la joie et à l’espérance qui anime des populations bien plus pauvres, luttant pour leur survie au quotidien, notamment dans « les pays du Sud ». Le rapprochement entre l’indifférence religieuse, le matérialisme voire l’athéisme militant et le manque d’espérance et de joie de vivre est-il trop rapide ? Nous constatons en tout cas, a contrario, que le continent africain, pour ne parler que de lui, est une terre et de joie et de spiritualité comme l’écrit Benoît XVI dans l’exhortation post-synodale Africae Munus : « Un précieux trésor est présent dans l’âme de l’Afrique où je perçois le poumon spirituel pour une humanité qui semble en crise de foi et d’espérance, grâce aux richesses humaines et spirituelles inouïes de ses enfants, de ses cultures aux multiples couleurs, de son sol et de son sous-sol aux immenses ressources. » (A.M. n° 13)… Effectivement, si notre horizon est purement terrestre, il-y-a de quoi désespérer, mais si nous croyons avec assurance aux paroles de l’évangile, c’est-à-dire que le mal, que la guerre, que la haine et que la mort n’ont pas le dernier mot, mais que la Vie en plénitude nous attend : alors oui nous pourrons relever la tête, nous battre pour la vie en ce monde sans baisser les bras, sans découragement et avec une espérance à toute épreuve, au-delà de tout échec apparent. N’est-ce pas ce dont témoigne, déjà, la fête de Noël à venir ?

Les crises que nous traversons ne nous forcent-elles pas à inventer un nouveau monde ?

Ce temps de l’Avent, ravivera-t-il notre espérance ?

L’adversité nous conduira-t-elle à mourir de peur… ou à relever la tête ?

 

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