Session à Parakou sur les NTIC

 

Session de Parakou sur les NTIC – Groupe

J’étais donc cette semaine au Bénin, à Parakou, dans le cadre de l’union des formateurs et formatrices du Bénin et du Togo, qui proposent des sessions annuelles de formation pour les responsables de postulat ou de noviciat. « La vie religieuse et les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) » tel était le thème de nos échanges. La rencontre fut animée par le Père Jean Raphaël Marie TONOUDJI, Franciscain de l’Immaculée, chargé des Programmes de « Radio Immaculée Conception » à Cotonou.

Session de Parakou sur les NTIC – Le Père Jean-Raphael

Le débat portait, sans surprise, sur l’équilibre à trouver entre une utilisation des NTIC incontournable, nécessaire et encouragée par l’Église et une vie chrétienne, religieuse, communautaire impliquant une certaine prudence, une certaine régulation de ces technologies qui peuvent être envahissantes, voire nuisibles (télévisions, téléphones portables, ordinateurs, Internet, appareils photos numériques…) Lors d’un travail de groupe, nous avons évoqué quelques slogans à ce sujet, qui résument, en quelque sorte, nos travaux :

 

« Sachez manipuler les NTIC, mais ne vous laissez jamais manipuler par elles ! »

« Les NTIC au service de l’homme et non l’homme au service des NTIC ! »

 « Un giga ça va, trois gigas bonjour les dégâts ! »

« NTIC ? Réponse : Instruments de cohésion et de paix ! »

 

« Connectez-vous à l’Esprit-Saint,

Cliquez sur la Vie Fraternelle,

Entrez dans la page web de la Mission,

Et Naviguez dans la Nouvelle Évangélisation à 100% »

 

Je vous partage également cet extrait de Verbum Domini, l’exhortation post-synodale de Benoît XVI sur la parole de Dieu (au n° 113):

« Parmi les formes nouvelles de communication de masse, un rôle croissant est aujourd’hui reconnu à internet qui constitue un nouveau forum sur lequel il faut faire résonner l’Évangile, avec la conscience, toutefois, que le monde virtuel ne pourra jamais remplacer le monde réel et que l’Évangélisation ne pourra profiter de la virtualité offerte par les nouveaux médias pour instaurer des relations significatives que si l’on arrive à un contact personnel qui demeure irremplaçable. Dans le monde d’internet, qui permet à des milliards d’images d’apparaître sur des millions d’écrans dans le monde, devra apparaître le visage du Christ ainsi que la possibilité d’entendre Sa voix, car «s’il n’y a pas de place pour le Christ, il n’y a pas de place pour l’homme». »

En tant que webmestre depuis plus de vingt ans, je ne suis certes pas opposé aux NTIC, mais se tenir à jour et exercer son discernement demande pas mal de vigilance… Rassurez-vous la session ne m’incite pas à couper mes blogues ou autres lettres électroniques, et m’encourage même à aller plus loin… Quoique, du fond de ma brousse togolaise, ce ne soit pas toujours évident…

 

Publié dans Accueil | Laisser un commentaire

Triple saut !

 

5ème dimanche, année C, Lc 5, 1-11  /

Vous connaissez certainement cette discipline olympique qui consiste à aller le plus loin possible à l’aide d’un triple saut… Or, il me semble que Jésus invite à un exercice semblable dans ce récit évangélique d’appel des premiers disciples, et notamment de Simon-Pierre. Oui, l’adhésion au Christ est d’une certaine manière un saut dans le vide, ou plutôt un saut dans la foi, qui nous engage beaucoup plus loin que nous ne le voudrions au départ… Or, il me semble que le Seigneur rend possible ce bond en avant, qui pourrait à juste titre nous affoler, par sauts successifs… Le premier saut consiste à rendre un simple service, le second saut, plus déroutant, demande de se laisser servir, quant au troisième, il est bien plus radical…

Premier saut : rendre service !

Dans un premier temps, Jésus qui a besoin de prendre un peu de recul pour s’adresser à la foule, emprunte la barque de Simon et lui demande de s’éloigner un peu du rivage. À travers cette demande, il fait appel aux compétences de Simon et à sa générosité. Ce chemin n’est-il pas une voie facile à emprunter lorsque nous désirons évangéliser ? La générosité des jeunes, notamment, est souvent au rendez-vous si on les sollicite pour tel ou tel service qui correspond à leurs compétences… Et voici Simon-Pierre qui se retrouve ainsi auditeur de la Parole de Dieu : « De la barque, Jésus enseignait les foules. » (Lc 5,3) De même, celui qui répond à notre invitation de rendre service, peut alors entendre résonner en lui la Parole de Dieu : de façon explicite, si on le met au service dans un contexte ecclésial ou, de façon implicite, à travers l’amour mis en œuvre par son geste d’entraide où il risque fort de recevoir bien plus, humainement, que ce qu’il offre en temps et compétences… En acceptant de se mettre au service de ce Jésus qu’il ne connaît pas, Simon-Pierre se retrouve alors décentré de ses propres soucis : une nuit de pêche infructueuse… Et, bien que Jésus soit conscient de la difficulté, il n’y répond pas tout de suite. Ici encore, cela n’est pas anodin… Dans notre monde où les jeunes cherchent un sens à leur vie, ils demeurent peut-être trop souvent centrés sur leurs petits problèmes qui seraient à relativiser… Passer quelque temps en service, notamment en proximité avec des « pauvres » d’ici ou d’ailleurs, laisser résonner en eux les questions existentielles, peut grandement les aider à restructurer leur propre vie sur des fondements plus solides !

Deuxième saut : se laisser servir !

Mais Simon va être appelé à un second saut : accepter de se laisser aider, de prendre de la distance par rapport à sa façon de voir les choses et de faire confiance à cet inconnu en matière de pêche : « Avance au large, et jetez les filets pour prendre du poisson. » (Lc 5,4) Et les pêcheurs de faire l’expérience de la pêche miraculeuse ! Ce deuxième saut est essentiel : avant de s’en remettre totalement à Jésus, il s’agit de faire une véritable expérience de Salut en Jésus-Christ ! Pour certains, dans un cheminement de nouveaux convertis, cette expérience sera fulgurante, pour d’autres qui ont été conduits vers la foi depuis leur enfance, elle peut se vivre dans une certaine continuité mais, dans tous les cas, cette expérience de salut est essentielle : une guérison intérieure, une expérience de la miséricorde divine, une prise de conscience que nous ne sommes rien sans ce don gratuit de la vie que Dieu nous redonne à chaque instant de notre existence… Il s’agit finalement d’un certain lâcher-prise, de ne plus vouloir être « l’homme fort » capable de maîtriser sa vie de bout en bout, mais de se reconnaître humblement fils ou fille d’un Père plein d’amour, qui nous accompagne sur le chemin, qui nous aime, qui veut nous servir !

Troisième saut : s’engager radicalement !

« Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent. » (Lc 5,11) N’est-ce pas cette conviction de se trouver en contact avec celui qui est source de la Vie, n’est-ce pas l’assurance que cette suite ne va rien enlever à leur vie mais au contraire leur permettre de la vivre en plénitude, qui va décider Simon-Pierre et ses compagnons à tout quitter pour marcher à la suite du Christ ? C’est ce que Benoît XVI mettait en exergue dès le début de son pontificat : « Celui qui fait entrer le Christ [dans sa vie], ne perd rien, rien – absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande. Non ! Dans cette amitié seulement, s’ouvrent largement les portes de la vie. Dans cette amitié seulement, se libèrent réellement les grandes potentialités de la condition humaine. […] Chers jeunes : n’ayez pas peur du Christ ! Il n’enlève rien, et il donne tout. Celui qui se donne à lui, reçoit le centuple. Oui, ouvrez, ouvrez tout grand les portes au Christ – et vous trouverez la vraie vie».[1]

Oui le Christ nous invite à un saut radical,

Mais ce bon en avant se prépare à la manière d’un triple saut…

Rendre service… Se laisser servir… S’engager radicalement !



[1] Benoît XVI,  Homélie pour la messe inaugurale du Pontificat (24 avril 2005)

Publié dans Commentaires de l'évangile dominical | Un commentaire

Fête de la vie consacrée

Mgr Ambroise Djoliba

Comme chaque année nous fêtons, le 2 février, la Présentation du Seigneur au Temple, mais également, depuis que Jean-Paul II l’a instituée en 1997, nous célébrons la fête de la Vie Consacrée. Cette année c’est à la cathédrale de Sokodé que nous nous sommes retrouvés pour une célébration présidée par Mgr Ambroise Djoliba. Il nous a rappelé l’importance de nous rassembler dans la « maison mère », la cathédrale du diocèse, pour célébrer cet événement important. En effet, en Afrique, pour une décision ou une célébration importante concernant la famille, l’ethnie, la tribu, on se retrouve à la « maison mère ».

La célébration eucharistique fut prolongée par un temps de festivités, coloré de chants, danses, sketchs, animés par les enfants du mouvement CVAV (Cœurs vaillants, âmes vaillantes) et par les novices des Augustins de l’Assomption et des Orantes de l’Assomption.

Une partie de l’assemblée…

Depuis le Concile Vatican II, la conception de la vie consacrée, et en particulier de la vie religieuse, a bien changé. On ne parle plus comme par le passé d’un « état de vie de perfection », mais d’une manière particulière de vivre sa consécration baptismale. La vie religieuse se voulait prophétique, aujourd’hui elle se voit plus humblement comme une parabole du Royaume… Une parabole ne dit pas tout, une parabole reste modeste, une parabole porte du fruit en fonction de la façon dont elle est perçue et reçue…

Cette manière de suivre le Christ est certes exigeante mais, comme tout engagement sérieux à la suite du Christ, elle est en tout cas source de nombreuses joies et surtout ouverture à une fraternité toujours plus universelle… C’est en tout cas ce dont je fais l’expérience depuis plus de vingt années maintenant…

Bonne fête donc à vous tous, qui êtes consacrés :

Consacrés au Seigneur de par votre baptême, quel que soit votre état de vie…


 

Soirée assomptionniste

Après plus de six années de présence des Assomptionnistes au Togo, nous avons souhaité faire connaître un peu plus notre congrégation aux amis laïcs qui nous fréquentent. C’est donc par une soirée de présentation des Assomptionnistes, à l’aide d’un diaporama, que nous avons essayé d’évoquer, devant la centaine d’amis rassemblés, nos origines, notre fondateur, notre histoire, nos œuvres… La graine fut ainsi mise en terre d’une éventuelle Alliance Laïcs-Religieux qui pourra germer de nos années de présence en terre togolaise…


 La vie par ici

L’anacarde et sa noix de cajou

Nous pensions le temps de l’harmattan terminé mais voici que ce vent du nord, chargé de poussière sableuse, a repris son élan de plus belle… Les narines en souffrent un peu… La saison sèche se poursuit donc, mais certaines espèces d’arbres sont particulièrement vigoureuses en cette saison, comme les manguiers ou les anacardiers, tandis que d’autres perdent leurs feuilles. Je ne sais pas si vous êtes aussi ignorants que moi, mais ce n’est que depuis que je suis arrivé au noviciat de Sokodé que j’ai découvert que les délicieuses noix de cajou, dont j’ai toujours été friand, sont produites par l’anacardier, dont on consomme également le fruit, l’anacarde (voir la photo)… Et nous avons la chance d’avoir plusieurs de ces arbres sur notre terrain ! L’Afrique a ses avantages…

Publié dans Accueil | Un commentaire

Sérénité !

4ème dimanche, année C, Lc 4, 21-30  /

Nous lisons, ce dimanche, la suite de la scène évangélique où Jésus retourne chez les siens à Nazareth. Mais loin de nous relater un temps béni de retrouvailles, c’est de mise à mort dont il s’agit : « Ils le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où la ville est construite, pour le précipiter en bas. » (Lc 4,29) Luc, qui s’adresse principalement à des pagano-chrétiens, nous livre, comme en condensé dans ce passage, la vie dramatique de Jésus, si bien résumée par Jean : « Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu. » (Jn 1,11) Le judaïsme en effet, majoritairement, n’accueillera pas la prédication de Jésus, et cela aboutira à sa mise à mort… Mais mystérieusement ce refus permettra la diffusion de l’Évangile au-delà de toutes frontières… « Nul n’est prophète en son pays ! » (Lc 4, 24) Or, puisque le disciple n’est pas au-dessus de son maître, cette scène n’est-elle pas source d’inspiration dans le contexte de notre difficulté à transmettre la foi à nos familles, à nos enfants, à nos proches ? : Ne pas s’affoler ! Porter du fruit ailleurs ! Faire confiance à l’Esprit !

Ne pas s’affoler !

La foi est éminemment intime et mystérieuse, et il ne manque pas de scènes évangéliques où des contemporains de Jésus, qui ont pourtant la chance de voir le Fils de Dieu face à face et de l’entendre, vont garder le cœur fermé à triple tour à l’annonce de la Bonne Nouvelle ! Pourquoi donc nous croyons-nous capables de transmettre la foi ? Tout au plus, à l’image de Jésus, pouvons-nous annoncer, guérir, libérer… et laisser chacun parcourir son chemin de foi. Lors de la guérison des dix lépreux, un seul est revenu au Christ, et, bien entendu, c’était un Samaritain (Lc17, 12-19) ! Tous ont été guéris, mais un seul est venu à la foi… Le Christ s’affole-t-il de son incapacité à convertir les habitants de Nazareth ? Apparemment pas : « Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin. » (Lc 4, 30).  Il demeure serein et poursuit sa route. Cette recherche de la paix du cœur dans toute circonstance s’est cristallisée dans la tradition hésychaste du monachisme oriental.  Nos angoisses, notre tristesse de ne pas avoir su transmettre la foi à nos proches ne sont-elles pas signe d’un manque de foi et d’ouverture à la vie ? Dieu agit dans les cœurs et même si extérieurement « nos jeunes » n’ont plus la foi, leur adhésion au Christ n’est peut-être pas moindre que la nôtre puisque « quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. » (1 Jn 4,7) Jésus, en quittant Nazareth, avait-il mis un trait sur le salut de ses compatriotes, ou savait-il que, dans les circonstances, ils ne pouvaient l’accueillir et que Dieu saurait leur ouvrir plus tard les portes du Royaume ? Ne nous affolons donc pas et faisons confiance en Dieu qui est plus grand que notre cœur !

Porter du fruit ailleurs !

L’Évangile de ce jour l’illustre bien, il est particulièrement difficile d’être prophète en son pays. Les raisons en sont évidentes : nos proches pensent nous connaître, connaissent nos travers, n’accepte pas qu’un d’entre eux se place en donneur de leçon, etc. Alors n’hésitons pas : allons porter du fruit ailleurs ! Deux témoignages me reviennent particulièrement à l’esprit : d’abord celui d’une chroniqueuse du Pèlerin, Martine Marie Muller, qui rapportait les propos de son mari : « Tu es plus humaine depuis que tu écris dans Pèlerin… » Ou encore celui de ce couple amis, à qui les enfants, qui ne sont plus pratiquants, dirent : « Depuis que vous fréquentez les assomptionnistes, on vous trouve mieux et plus sereins dans votre foi… » Soyons donc prophètes hors de « notre pays », portons la Bonne Nouvelle là où elle est accueillie et cela peut porter de bons fruits même chez nos proches ! Soyons de plus en plus convaincus qu’ils doivent faire leur propre chemin, et que le Seigneur, par des voies détournées, leur fera rencontrer d’autres prophètes qui réveilleront en eux ce que nous avons semé…

Faire confiance à l’Esprit !

Oui, l’Esprit agit à travers nous, mais rarement à notre manière… Un ami musulman, en proie à diverses difficultés, me disait être réconforté lorsqu’il vient se confier à moi, tout simplement par le calme et l’écoute reçus… Et j’en reviens à cette tradition hésychaste de la quête de sérénité en Dieu : le moine orthodoxe saint Séraphin de Sarov nous en livre l’essentiel :

« Acquiers la paix intérieure et des milliers autour de toi trouveront le salut. »

 Alors ne nous affolons pas, portons du fruit ailleurs et faisons confiance à l’Esprit !

Publié dans Commentaires de l'évangile dominical | 2 commentaires

Partage du quotidien…

Jeunesse africaine

Il n’est pas toujours évident d’aborder la page blanche de la fin de semaine, surtout lorsqu’apparemment il n’y a pas d’événement majeur à partager. Il me semble que pour la méditation dominicale c’est plus simple, la matière première –l’évangile du dimanche– nous est fournie… Et pourtant, nos journées, nos semaines, notre quotidien ne sont-ils pas également pages d’Évangile, pleines de rencontres, d’interpellations, de paraboles, d’enseignements ?… Mais avons-nous le regard suffisamment aiguisé pour les accueillir sur ce mode-là ? Et puis, comment partager ce qui relève parfois de l’indicible, ou de l’intime ? La poésie, paraît-il, peut permettre ce dépassement, alors même si je ne suis pas poète, je me lance…

 

Impressions togolaises !

Tristesse d’un pays avec ses vieux démons
Tristesse de corruption et de mal-gouvernance
Colère : sales incendiaires, sales pollueurs, sales violeurs
Tristesse d’une jeunesse, pourtant pleine de promesses

Force de la nature si puissante et fragile
Forces mystérieuses,  occultes ou bienfaitrices
Violence de la bêtise, injuste et destructrice
Force de cette jeunesse, vraiment pleine de promesses

Et encore cette Église souvent trop cléricale
Et encore cette pratique, régulièrement magique
Foisonnement de piétés non évangélisées
Et encore une jeunesse, en quête de promesses

Confiance en l’être humain, malgré les apparences
Confiance en cette vie, plus forte que la mort
Dépassement de chacun pour inventer demain
Confiance en la jeunesse, toujours pleine de promesses

Rencontres véritables qui dépassent tout clivage
Rencontres improbables et pourtant quotidiennes
Des relations tenaces à force de pardons
Rencontre d’une jeunesse, annonce de promesses

Semences d’Évangile dans d’autres religions
Semences d’Évangile même dans la Tradition
L’Esprit souffle en Afrique plus fort que l’harmattan
Semences d’Évangile… Africaine jeunesse !

L’avenir du Togo


Publié dans Accueil | Un commentaire

Un vrai temps messianique ?

3ème dimanche, année C, Lc 1,1-4 ; 4,14-21  /

« Le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. » (Lc 4,18-19) Jésus de Nazareth en faisant siennes ces paroles du prophète Isaïe, qui annonçait le temps du Messie, nous interpelle à plusieurs niveaux : De quelle messianité s’agit-il ? Qu’attendons-nous de Dieu ?  Et que faire pour qu’advienne ce temps messianique ?

De quelle messianité s’agit-il ?

« Après m’être soigneusement informé de tout à partir des origines, il m’a paru bon d’en écrire pour toi un récit ordonné. »(Lc 1,3) C’est ainsi que Luc commence son évangile qu’il adresse à Théophile et à chacun de nous, lecteurs du vingt-et-unième siècle. Tenons donc compte, si vous le voulez bien, de cet ordonnancement des passages qui sont proposés à notre méditation chaque dimanche de cette année liturgique, marquée par l’évangéliste Luc. Ainsi, juste avant cette scène de Jésus à la synagogue de Nazareth, où il se présente comme le Messie attendu, Luc rapporte l’épisode des tentations au désert, qui porte justement sur la façon dont Jésus doit incarner sa messianité… De quelle messianité s’agit-il ? De quelle puissance divine s’agit-il ? De celle qui permet de transformer des pierres en pains, de se déplacer sur les ailes des anges, de régner avec puissance sur les rois de la Terre ? Ou de celle d’un amour infini qui se fait serviteur, libérateur, accompagnateur ? Le passage d’Isaïe est clair, il n’évoque pas la figure d’un Messie puissant à la manière humaine mais celle d’un libérateur qui rejoint les plus pauvres…

Qu’attendons-nous de Dieu ?

Peut-être me direz-vous qu’il n’y a rien de nouveau dans ce constat… Et pourtant, ne fonctionnons-nous pas sur l’imaginaire du Messie puissant lorsque nous demandons à Dieu d’arrêter, d’un coup de baguette magique, les guerres, les souffrances, les injustices ?… Qu’attendons-nous de Dieu ? : Qu’il fasse une belle terre propre et nette, un « meilleur des mondes », où nous ne serions que des marionnettes sur son grand terrain de jeu ? Ou bien attendons-nous de Dieu qu’il nous apprenne à vivre en êtres humains responsables, capables d’amour, capables de construire un monde fraternel ? Qu’il nous indique le sens de ce que nous avons à vivre, au-delà des apparences trompeuses : cette Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres, cette lumière sur nos chemins aveugles ? Qu’il nous libère de nos emprisonnements, de ce qui entrave notre marche vers une vie bonne, responsable, adulte ? Qu’il soit pour nous un père, une mère, un ami sur la route, qui nous accompagne et se réjouit de nos pas en avant, aussi maladroits soient-ils ? Qu’il nous ouvre enfin un avenir – « une année de bienfaits » – cette joie sans fin promise à celles et ceux qui auront appris à vivre en vrais êtres humains, c’est-à-dire capables d’une vie divine ?

Que faire pour qu’advienne ce temps messianique ?

Par ailleurs, je fus surpris, lors de ma méditation de l’évangile, de constater que, sauf erreur de ma part, aucun des quatre évangiles ne rapporte que Jésus aurait libéré des prisonniersoudes opprimés ( si ce n’est au sens figuré : libération du joug de la loi,oudu joug du péché)… Il guérit des aveugles, il annonce la Bonne Nouvelle aux pauvres, mais il ne libère pas du joug de l’oppresseur romain et ne fait pas tomber les murs des prisons… Et pourtant,  Jésus nous dit que c’est aujourd’hui que cette parole s’accomplit ! N’y-a-t-il pas là un indice évident que la mission inaugurée par Jésus de Nazareth est inachevée et qu’il nous appartient de la mener à terme, de mettre en œuvre cet aujourd’hui du temps messianique ? Ne sommes-nous pas nous aussi oint depuis notre baptême, prêtre, prophète et roi, individuellement, bien sûr, mais surtout ensemble, Corps du Christ ressuscité ? Ici encore le chemin est clair : pour que l’Église soit messianique, elle ne peut se présenter ni comme triomphante, ni comme donneuse de leçon, ni comme culpabilisante, ni même comme gardienne de la morale, mais uniquement comme servante, comme libératrice, comme force de justice, de paix de réconciliation, de compassion… Et vous, que pouvez-vous faire pour aider votre communauté chrétienne à incarner cette messianité-là ?

Ne nous trompons pas de figure messianique…

Ne nous méprenons pas sur nos attentes envers Dieu…

Faisons de notre temps un vrai temps messianique !

 

Publié dans Commentaires de l'évangile dominical | Laisser un commentaire

Unité !

 

Comme chaque année, revient la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, qui devient peut-être trop familière dans notre année liturgique… Les fondateurs de cette prière, le prêtre anglican américain Paul Wattson en 1908, et l’abbé Couturier, prêtre de Lyon, qui l’a redynamisée en 1935, envisageaient-ils qu’une centaine d’années plus tard nous en serions toujours là ? Certes, un bon bout de chemin a été parcouru, mais demeurent toujours les blessures d’une table eucharistique que nous ne partageons pas encore et d’une rivalité entre Églises (notamment de la part de certaines Églises évangéliques) qui ne font guère honneur au Corps du Christ que nous sommes sensés constituer. Cette division entrave lourdement l’annonce de la Bonne Nouvelle et le déploiement du Royaume de Dieu en nous et autour de nous.

Imaginez un instant que toutes les Églises chrétiennes soient en communion, tout en gardant sereinement une certaine diversité (à l’image des nombreuses congrégations religieuses au sein de l’Église catholique)… Ne croyez-vous pas que nous aborderions les défis essentiels de notre monde sécularisé, ou en voie de sécularisation, avec bien plus de force ? Et surtout que le Corps du Christ serait plus tangible ?

À notre mesure, ici à Sokodé, nous essayons d’avancer sur ce chemin de l’unité. Dans un contexte fortement islamisé, l’urgence n’en est que plus grande ! La collaboration avec nos frères de l’Église Évangélique Presbytérienne du Togo se passe bien, mais nous devrions redoubler d’effort pour rejoindre les Assemblées de Dieu et autres Églises Baptistes qui semblent rester, pour l’instant, sur la touche du terrain œcuménique. Hier soir donc, nous avons accueilli à la paroisse de Komah, quelques pasteurs presbytres et fidèles de l’Église Evangélique Presbytérienne, pour une prière commune de lancement de la semaine. Le pasteur, commentant le récit d’Emmaüs, imaginait la scène avec deux presbytériens discutant sur la route et un inconnu (catholique) leur demandant : « De quoi discutiez-vous en marchant » ? Feraient-ils bon accueil à la question de cet inconnu, lui qui finalement pourrait les éclairer sur ce qui les trouble ? Pourraient-ils reconnaître au bout de la rencontre que oui, le Christ était présent avec eux dans ce dialogue ?

La rencontre se poursuivra tout au long de la semaine avec concert de nos chorales, match de foot, et prière finale à la paroisse presbytérienne le 25… Le pasteur Assi, responsable régional de l’Église presbytérienne, qui a eu une forte expérience de collaboration œcuménique à Dapaong, est demandeur pour plus de rencontres au long de l’année, nous pensons donc pouvoir progresser sur ce chemin de la communion bien au-delà de la traditionnelle semaine de prière. Nous avons bien des atouts en ce sens puisque déjà, par le Centre Culturel Saint Augustin, beaucoup d’activités interconfessionnelles et interreligieuses se tiennent : des tables rondes (comme mercredi dernier) ; la marche interreligieuse ; le voyage d’intégration ; le groupe de pilotage du Centre ; et les activités ordinaires de soutien scolaire, de fête de fin d’année, etc… Nous sommes heureux de constater que la semaine n’est pas qu’un rendez-vous annuel pour se donner bonne conscience, mais l’occasion de redynamiser notre collaboration tout au long de l’année !


 

Table ronde de dialogue interreligieux

 

Table ronde interreligieuse

Comme il en est de coutume au Centre Culturel, la dernière conférence, dans le cadre de l’Espace d’Alzon, a rassemblé un panel d’intervenants de divers horizons : deux représentants musulmans, un pasteur de l’Église Evangélique Presbytérienne du Togo et votre serviteur pour le volet catholique. La question soumise au dialogue était la suivante : « Les religions sont-elles source de conflit ou de paix ? » L’assemblée était assez nombreuse, comme quoi le thème demeure bien d’actualité…

Force est de constater que les religions furent et sont toujours source de conflit, même si, en principe, elles devraient être source de paix ! Nous avons avancé plusieurs éléments pour dire que non seulement les religions peuvent être instrumentalisées à des fins politiques, idéologiques ou économiques, mais encore qu’elles portent en elles des germes de conflits : un rapport à la vérité qui peut être absolutisé (nous sommes dans le vrai et les autres sont dans l’erreur) ; un rapport au groupe d’appartenance, une quête d’identité, qui peuvent fonctionner sur l’exclusion des non-membres ; un engagement de foi passionné qui oublie parfois de faire place à la raison ; des textes de référence qui sont eux-mêmes porteurs de violence ; un rapport à l’au-delà qui peut justifier les martyrs et autres kamikazes… Les religions ne sont donc pas, a priori, source de paix, tout un travail doit être entrepris sur notre rapport à la vérité, sur notre rapport à l’autre, sur la place faite au droit et à la raison, sur le rapport à nos textes sources, sur le rapport à l’au-delà !

Bien sûr, nous avons rappelé qu’au cœur des religions se trouve la paix : Islam est de la même racine que shalom ; Jésus a répondu à la violence par l’amour, le pardon, le sacrifice de sa propre vie… Mais les humains restent marqués par le péché, par une violence naturelle que les religions essaient tant bien que mal d’éduquer… C’est bien ce qu’évoque le récit de Caïn et Abel, lorsque Dieu s’adresse à Caïn : « Le péché est tapi à ta porte, c’est toi qu’il désire, mais toi tu peux le dominer ! » (Gn 4,7)

Nous conclûmes donc la rencontre sur deux points :

Vigilance– Vigilance en moi et au sein de ma religion car la violence est tapie à notre porte…

Savoir tirer les leçons de l’histoire – Revoir comment sont nés les conflits et quel chemin a dû être parcouru pour ne plus vivre sa religion contre celle des autres mais dans le respect et le dialogue….

 

Publié dans Accueil | Laisser un commentaire

Passerons-nous à la Nouvelle Alliance ?

2ème dimanche, année C, Jn 2,1-11  /

Nous le savons bien, il y a bien plus dans ce récit des noces de Cana qu’une histoire de vin manquant ! La mariée absente, le troisième jour, les cuves destinées aux ablutions rituelles, l’heure qui n’est pas encore venue, le commencement des signes… Tous ces « détails » renvoient au passage de l’Ancienne à la Nouvelle Alliance, à l’inauguration des temps nouveaux déjà évoquée par Jean sans son prologue. Du régime des rites à celui de la grâce, des calculs prévoyants au service un peu fou, du vin qui enivre au meilleur des vins… Sommes-nous si sûrs que cela d’avoir fait le passage vers la Nouvelle Alliance ?

Du régime des rites à celui de la grâce !

« Ils n’ont pas de vin. » (Jn 2,3) Remarquons bien d’abord que Marie ne dit pas qu’ils n’ont plus de vin, mais qu’ils n’ont pas de vin ! Dans le judaïsme de l’époque, il y avait l’eau pour les purifications (600 litres à Cana !), le sang des sacrifices, les 613 commandements… mais cette hypertrophie des obligations pouvait-elle apporter la joie d’un salut plénier, offert gratuitement ? Non ! Nous étions alors dans l’ordre des mérites, des rites à observer pour plaire à Dieu, du donnant-donnant et du marchandage. Avons-nous vraiment quitté ce régime-là ? Par le récit des noces de Cana, où le Seigneur apporte la joie sans rien demander comme condition, si ce n’est d’accepter de boire le vin offert, l’évangéliste Jean résume, de belle manière, le projet de salut de Dieu pour les hommes : Il veut leur offrir sa joie ! Et Jean de couronner son évangile par ce thème : « Je vous verrai de nouveau et votre cœur sera  dans la joie, et votre joie, nul ne pourra vous la ravir. […] Demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit complète. […] Maintenant je viens vers toi et je parle ainsi dans le monde, afin qu’ils aient en eux-mêmes ma joie complète. » (Jn 16,22.24 ; 17,13) Voulons-nous quitter le régime des rites pour entrer dans celui de la grâce ?

Des calculs trop humains au service un peu fou !

« Jésus dit aux serviteurs : ‘Remplissez d’eau les cuves.’ Et ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : ‘Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas.’ Ils lui en portèrent. » (Jn 2,7-8) Les serviteurs devaient s’étonner et ils auraient pu refuser d’obéir : Il est assez fou de penser résoudre le problème du vin manquant avec des litres et des litres d’eau !… Et qu’allaient-ils subir comme châtiment s’ils versaient de l’eau dans la coupe du maître du repas alors qu’il réclame du vin ? Mais ils obéissent, encouragés par la parole de Marie : « Faites tout ce qu’il vous dira ! » Si nous ne sommes pas disponibles à la grâce nous pouvons facilement démissionner face aux défis de notre monde… Face à tant de misères et de besoins humains que pouvons-nous faire avec nos pauvres moyens inadaptés ? Or tous les saints d’hier et d’aujourd’hui en témoignent, si nous acceptons de retrousser nos manches, de répondre avec les moyens du bord et de servir nos frères souffrants, alors la grâce pourra agir à travers nous… Mais si nous restons dans nos calculs trop humains, si nous refusons d’obéir aux appels du Seigneur, renvoyés par nos frères en difficulté, alors notre vie sera stérile. Les exemples ne manquent pas de cette eau changée en vin,ou des cinq pains nourrissant les foules… Je pense à la sœur Stella, par exemple, qui accepta un jour de retrousser ses manches pour aider les malades du sida, au nord Togo, abandonnés à eux-mêmes. Aujourd’hui, elle soutient, avec ceux qui l’ont rejointe, des milliers d’enfants et d’adultes aux prises avec les conséquences de cette maladie. Servir sans trop nous poser de questions et avec des moyens inadaptés, comme les serviteurs de Cana, nous en sentons-nous capables ?

Du vin qui enivre au meilleur des vins !

« Tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant ! » (Jn 2,10) Plus on avance dans la vie, plus on risque de se poser de questions : est-ce que je n’ai pas gaspillé mes jeunes années, qu’ai-je fait de ma vie ? Et le « démon de midi » s’empare de plusieurs personnes qui renient leurs engagements en espérant profiter de la vie et croquer enfin celle-ci à pleines dents. Il y a ici, je crois, l’illusion d’un jeunisme, d’un bonheur qui nous échappe, d’une vie sans épreuves à traverser… L’évangile de Cana ne nous incite-t-il pas à penser que ce bon vin de nos jeunes années n’est rien en comparaison du meilleur des vins à venir, celui du festin des noces dans le Royaume de Dieu, avec tous ceux que nous aurons aimés ici-bas, ou appris à aimer lors de notre passage en Dieu ? Il ne s’agit pas de s’enivrer des plaisirs de la vie pour faire passer la pilule des épreuves de l’âge ou de la maladie : « Tout le monde sert le bon vin en premier, et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. »… mais d’apprendre toute notre vie à recevoir le meilleur des vins, qui nous sera offert à la fin de notre parcours ! Si notre palais n’est pas éduqué à l’amour, comment pourrons-nous en apprécier toutes les subtilités ?

Du régime des rites à celui de la grâce,

Des calculs trop humains au service un peu fou,

Du vin qui enivre au meilleur des vins,

Sommes-nous prêts à entrer dans la Nouvelle Alliance ?

 

 

Publié dans Commentaires de l'évangile dominical | 2 commentaires

Bon retour au temps ordinaire !

À la frontière entre le Togo et le Burkina-Faso

Me voici de retour d’un court séjour à Ouagadougou (Burkina-Faso). Le voyage était motivé par une rencontre de la commission formation des Assomptionnistes en Afrique de l’Ouest. Ce fut l’occasion d’un bon temps d’échange sur les différentes étapes de la formation (politique vocationnelle, temps du pré-postulat, du postulat, du noviciat et du philosophat.) Ce fut aussi un temps privilégié de rencontre entre frères, notamment avec les jeunes frères en formation qui ont pu partager leurs joies et la nécessaire adaptation, plus ou moins facile, entre la vie du noviciat et la vie du philosophat… Ce fut également une première pour moi, celle du voyage en transport en commun entre Ouagadougou et Sokodé (l’année passée j’avais fait le trajet en voiture). Cela m’a rappelé « air-transat » que l’on nommait « air-sardines » à une époque, puisqu’il y a cinq sièges sur la largeur du bus au lieu de quatre… Le voyage s’est bien passé, malgré un endroit où les voyageurs furent obligés de descendre de l’autobus de peur de nous envoyer dans le précipice (en raison d’un camion en panne en plein milieu de la route (à la fameuse faille d’Aledjo pour ceux qui connaissent)). De retour à la maison, nous reprenons les dossiers en souffrance…

J’espère que votre crèche est toujours en place !… Car je milite chaque année, en vain j’en ai peur, pour inciter à respecter le temps de Noël, qui ne se situe pas au mois de novembre, ni même au mois de décembreoud’octobre comme on voudrait nous le faire croire, mais qui commence le 24 décembre au soir et s’achève le dimanche du Baptême de Jésus, c’est-à-dire cette année le 13 janvier…

Lundi, ce sera le retour au temps ordinaire… Qu’il soit fructueux et serein !

Publié dans Accueil | Un commentaire

Une identité non évidente !

Baptême du Seigneur, année C, Lc 3,15…22 /

Ne trouvez-vous pas étonnant, dans ce texte du baptême de Jésus, que, d’une part, l’évangéliste nous parle du ciel qui s’ouvre, d’une voix qui se fait entendre, de l’Esprit Saint qui prend forme de colombe pour descendre sur Jésus et que, d’autre part, il reste totalement silencieux sur d’éventuelles réactions de la foule à ces manifestations ? Pas un seul disciple de Jean Baptiste ne semble, ici, se tourner vers Jésus !… Scrutons donc de plus près ce manque de réaction. N’est-il pas le signe que l’identité du Christ demeurera toujours une identité non évidente qu’on ne peut découvrir ni par des manifestations grandioses, ni par des moyens collectifs, mais uniquement par une expérience personnelle fruit, en général, d’un long compagnonnage ? En ces temps de Nouvelle Évangélisation interrogeons nos pratiques…

Une scène mystérieuse

Nous avons ici le seul texte des évangiles qui nous présente une manifestation tangible de la Sainte Trinité –la voix du Père, la colombe de l’Esprit et le Fils se faisant baptiser– d’où les nombreuses représentations de cette scène dans l’iconographie chrétienne… Et pourtant, cette scène reste mystérieuse ! Regardons les différentes versions : chez Matthieu et Marc, on précise que c’est Jésus qui bénéficie de cette vision : « Et aussitôt, remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit comme une colombe descendre vers lui. » (Mc 1,10) ; chez Marc et chez Luc, la voix ne s’adresse qu’à Jésus : « et une voix vint des cieux: « Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur. » » (Mc 1,11) ; par contre chez Matthieu, la voix semble s’adresser au peuple : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé… » (Mt 3,17) ; enfin chez Jean, c’est Jean-Baptiste qui témoigne : « J’ai vu l’Esprit descendre, tel une colombe venant du ciel, et demeurer sur lui. » (Jn 1,32) Une fois de plus, nous prenons d’abord conscience que les évangiles sont des témoignages de foi qui veulent transmettre un message théologique et non pas des reportages scientifiques sur les évènements. La scène était-elle grandiose ou plutôt intime ? Une théophanie pour tous ou réservée à Jésus et éventuellement à Jean-Baptiste ? La logique de la narration, où Jésus, au seuil de sa vie publique, doit se décider sur son identité et sa façon de vivre sa mission (cf. les tentations au désert qui suivent ce texte) vont plutôt dans le sens d’une révélation intime… Ce qui pourrait expliquer le manque de réactions de la foule…

Des moyens collectifs ?

Par ailleurs, et toujours dans la logique de l’Évangile, Jésus n’impose jamais son identité par des manifestations grandioses visibles par tous. Pourquoi ? Tout simplement parce que reconnaître Jésus comme le Fils de Dieu implique une adhésion et un engagement personnels en toute liberté, une démarche de foi qui ne peut être forcée de l’extérieur. Jean Baptiste prépare le terrain avec des moyens collectifs : le peuple était venu auprès de lui… tous se demandaient si Jean n’était pas le Messie… Jean s’adressa alors à toustout le peuple se faisait baptiser… et cependant… aucun ne découvre l’identité de Jésus ! Ne faudra-t-il pas trois longues années aux apôtres pour découvrir l’identité de celui qu’ils côtoyèrent quotidiennement, et encore ce n’est qu’à la Pentecôte, grâce à la lumière de l’Esprit, qu’ils comprendront enfin.

Quelle évangélisation ?

Si l’on s’en tient aux récits des évangiles, seuls deux disciples de Jean Baptiste, dont André, sont devenus disciples de Jésus (Jn 2,35-39) ! Et les récits d’appel des premiers disciples nous montrent au contraire Jésus interpellant personnellement telle ou telle personne croisée sur sa route. La véritable évangélisation ne peut donc se faire par des moyens de masse, par le baptême de foules ou par la conversion d’un roi afin de convertir son peuple, comme on le fit naguère. Cela n’aboutit qu’à une « liturgisation » des foules et non pas à une évangélisation, obtenant ainsi éventuellement des foules pratiquantes et non des croyants qui auraient fait une expérience personnelle du Christ. Nous sommes aujourd’hui plus avertis et Benoît XVI et les Pères du Synode sur la nouvelle évangélisation formulent ainsi notre tâche : « L’Église ressent le devoir de s’asseoir aux côtés des hommes et des femmes de notre temps, pour rendre présent le Seigneur dans leur vie, afin qu’ils puissent le rencontrer, car lui seul est l’eau qui donne la vie véritable et éternelle. […]Conduire les hommes et les femmes de notre temps à Jésus, à la rencontre avec lui, est une urgence qui touche toutes les régions du monde. » (Extraits du Message du Synode au Peuple de Dieu n°1 et 2)

Cette scène du baptême de Jésus demeure donc mystérieuse,

Loin des apparentes manifestations grandioses décrites,

Elle évoque, une fois de plus, la nécessité d’une rencontre personnelle avec le Christ,

Avez-vous fait cette expérience ?

Avez-vous le désir de conduire d’autres personnes à cette rencontre salvatrice ?

 

Publié dans Commentaires de l'évangile dominical | Laisser un commentaire