Le souffle de l’Esprit

 

La vacance du Saint Siège n’aura finalement duré que treize jours ! À l’écoute des différents pronostics, et des différents noms évoqués, j’avoue que j’étais quelque peufrancois sceptique… Mais dans mon cœur revenait ce refrain : « Non, franchement, je ne vois pas un tel, car il y a tout de même l’Esprit Saint qui guide l’Église ! » Aussi, à l’écoute du nom de l’élu, une grande joie m’a-t-elle animé… Dans un premier temps, sans rien savoir encore de ce cardinal, je me suis dit : vraiment l’Esprit Saint a soufflé et déjoué les plans des hommes ! Dans un second temps, découvrant sa façon d’être et ses premiers mots, la joie a encore grandi en moi : un pape simple, demandant la bénédiction de la foule, prenant le nom de François, se présentant comme évêque de Rome, et dont on découvre petit à petit tout ce qu’il a fait comme évêque de Buenos Aires… Un pape qui veut une Église pauvre et pour les pauvres… Après le pape théologien, voici un pape pasteur des pauvres… Oui vraiment l’Esprit a soufflé fort dans la chapelle Sixtine !


La vie par ici

Plusieurs événements ont marqué la semaine, en plus bien sûr des activités habituelles du noviciat, notamment les cours et l’accompagnement spirituel :

–      Lundi, célébration de la fête de sainte Marie-Eugénie, la fondatrice des Religieuses de l’Assomption avec la communauté RA de Komah…

–      Mardi, confessions de carême à la paroisse et émission spéciale à la radio, dans le cadre de mes émission hebdomadaires « Parole d’Église pour aujourd’hui », avec lecture de la constitution  apostolique Universi dominici gregis sur la vacance du siège apostolique et l’élection du pontife romain.

–      Mercredi, élection du nouveau pape, la communauté a pu participer en direct à l’évènement (grâce à un petit groupe électrogène de dépannage)…

–      Jeudi, retour du groupe électrogène, qui semble fonctionner pour l’instant…

–      Vendredi, accueil du provincial de France, le P. Benoît Gschwind, parmi nous pour une semaine.

–      Samedi, pèlerinage diocésain des jeunes à Aledjo (4000 jeunes environ), auxquels se sont joints les frères et les novices, tandis que pour ma part je prêchais une récollection pour les enseignants de l’établissement scolaire tenu par les RA

–      Ce dimanche, célébration dans une des stations secondaires de la paroisse, à Adjorogo…

Et bien des activités s’annoncent pour la semaine à venir…

Sur ces quelques nouvelles, bonne suite de carême,

Et bon accueil du pape François : que son témoignage aide chacune de nos communautés chrétiennes à grandir en simplicité, en pauvreté et en proximité des plus petits…

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Méfions-nous de nos réactions spontanées !

5ème dimanche de carême, année C, Jn 8,1-11 /

Quel effroi de réaliser que cette histoire de lapidation, pourtant vieille de deux mille ans, demeure toujours criante d’actualité ! Les lapideurs, coupeurs de membres et autres fouetteurs, au nom de Dieu, ressurgissent du fond des ténèbres humaines… Chacun de nous condamne bien sûr cette barbarie, mais quels sont donc les ressorts à l’œuvre dans cette noirceur humaine ? En sommes-nous tout à fait exempts ? Scrutons de près nos réactions, relèvent-elles résolument de l’attitude de Jésus de Nazareth : « Je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus ! »  ou de notre spontanéité trop humaine : « éliminons ces parias, ces dépravés, ces immoraux » ?

Condamner ou relever ?

Dans les méandres du psychisme humain, depuis notre plus tendre enfance, se logent des désirs de perfection, de pureté, de toute puissance, accompagnés de leur lot de culpabilité, de manque d’amour, de blessures profondes… Certains pensent alors ne pas être aimables puisqu’imparfaits… et de projeter alors cette logique dans leur rapport à Dieu : « pour que Dieu m’aime, m’apprécie, m’envoie des bienfaits, je dois être parfait ! » Et encore « pour que mon peuple bénéficie des bienfaits de Dieu, il doit être purifié de toute souillure, de toute impureté, de toute immoralité ! » Et naissent alors les petits et les grands despotes de la moralité ! Or, c’est toujours une fausse image de Dieu qui est à l’origine de ces déviances sectaires… Dieu n’a pas besoin que nous soyons parfaits pour s’approcher de nous, bien au contraire, c’est particulièrement des pécheurs qu’il veut s’approcher pour les relever et les remettre sur le chemin de la vie ! « Je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus ! » Quel regard portons-nous sur nos frères ? Celui des despotes moralisateurs au nom de Dieu, ou celui du vrai Dieu qui veut relever celles et ceux qui tombent ?

Utiliser ou servir l’autre ?

Un autre trait de ce texte est particulièrement navrant, c’est l’utilisation de cette femme, comme d’un objet, afin de pouvoir piéger Jésus dans sa supposée rébellion à la Loi de Dieu : « Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. » La situation de cette femme ne préoccupe nullement ses accusateurs ! Ils veulent défendre leur idéologie, et sont prêts à supprimer des vies pour atteindre leur but. Nous ne connaissons que trop ces tristes régimes qui n’ont pas hésité à éliminer des millions de vies pour défendre leur vision du bien ! Or, malheureusement, la défense de nos idées peut nous amener à cette même logique : ne pas prendre en compte les personnes et les sacrifier sur l’autel de nos principes. N’avez-vous pas noté, a contrario, que ce qui a habituellement fait bouger certaines personnes sur leur acceptation –ou au moins sur leur prise en compte- de l’homosexualité, par exemple, c’est d’avoir été confrontées à cette question à travers un de leurs proches ou de leurs amis ? Les grands principes et les idéologies ont dû tomber pour prendre en compte la réalité et accompagner ces personnes… Jésus, au contraire des accusateurs, entre en dialogue avec cette femme, établit une relation avec elle, et lui donne les moyens de repartir d’un bon pied dans la vie ! Méfions-nous donc de nos réactions spontanées, n’avons-nous pas parfois tendance à utiliser les autres ou à les ignorer pour défendre nos idées, plutôt que de nous mettre, comme Jésus, à leur service, à partir de ce qu’ils sont ?

Juger ou  être fraternel ?

« Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. » Qui prétendons-nous être pour juger nos frères ? Je pense encore ici aux terroristes des temps modernes, ils sont capables de fouetter, de couper des membres, de tuer pour non respect de port du voile, pour un vêtement trop coloré ou que sais-je encore ? Ils illustrent parfaitement la petite métaphore de l’évangile : ils ont une poutre dans l’œil – ce sont des criminels– et prétendent enlever la paille dans l’œil de leur frères… Certes on peut faire des remarques à nos frères et sœurs en Jésus Christ, mais ne confondons jamais la correction fraternelle avec le jugement. La remarque fraternelle ne peut avoir lieu que dans une relation d’amour et de respect de mon frère, elle ne doit être faite que si elle peut aider mon semblable à mener une vie plus belle et non pas pour me donner, à moi, bonne conscience !

Sommes-nous des despotes de la morale,

ou des frères en Jésus Christ ?

Méfions-nous de nos réactions spontanées !

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« Discernemenchisme ! »

Le babillage accompagnant la méditation dominicale sera un peu court cette semaine car nous rentrons d’une semaine d’inter-noviciat qui portait sur le discernement spirituel. C’est votre serviteur qui animait cette rencontre où se sont retrouvés 64 jeunes femmes et jeunes hommes (novices, postulants ou pré-postulants), accompagnés de leurs formatrices et formateurs… Ils ont tellement entendu parler de discernement tout au long de la semaine que, lors des sketchs habituels de la dernière soirée, vouée à la détente, ils se sont demandé s’ils ne risquaient pas d’être atteints de « discernemenchisme » ! … Au-delà des taquineries, le parcours proposé fut, dit-on, bien apprécié… Mais passer de l’idée habituelle de vocation, en termes de projet de Dieu établi par avance sur chacun de nous, à l’idée de vocation comme la rencontre libre de deux êtres de désirs n’est pas si simple… Je vous renvoie à l’excellent texte du père Michel Rondet : Dieu a-t-il une volonté particulière sur chacun de nous ? Partant de cette mise au point essentielle, nous avons ensuite pu fournir quelques outils au service du discernement vocationnel, du discernement dans la vie courante ou du discernement communautaire…

Nous n’étions pas si loin de l’actualité de l’Église puisque la rencontre des cardinaux est justement un travail de discernement communautaire. Il ne s’agit pas, en effet, de faire Conclavegagner une majorité face à une minorité ou de faire valoir ses préférences personnelles, mais de discerner la volonté de Dieu, ce que l’unique Esprit de Dieu souffle en chacun des cardinaux, en vue de pourvoir l’Église d’un nouvel évêque pour Rome qui puisse le mieux répondre à la mission de l’Église aujourd’hui, dans le contexte du monde d’aujourd’hui ! Cela demande toute une démarche spirituelle, pour se libérer de ses réflexes naturels, de ses préférences, de ses peurs et se rendre disponible au souffle de Dieu… C’est exactement ce que nous avons évoqué durant ces cinq jours de formation au discernement spirituel…

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Dieu ne peut que donner son amour !

4ème dimanche de carême, année C, Lc 15,1…32  /

 « Dieu ne peut que donner son amour, notre Dieu est tendresse ! » Cette belle formulation, inspirée du psaume 102, et mise en musique par la communauté de Taizé est peut être le plus beau et le plus simple commentaire de la parabole du « fils prodigue » proposée à notre méditation en ce jour. Car en effet, que nous nous retrouvions dans la figure du jeune fils qui a pris ses distances par rapport à l’Église, ou dans la figure du fils aîné, le pratiquant fidèle, resté sagement dans la maison du Père, nous sommes invités à une même conversion : changer nos idées sur Dieu et l’accueillir tel qu’il se révèle, un Dieu de tendresse et d’amour qui ne peut que donner son amour. Vous allez peut-être me dire que cette image de Dieu est évidente pour vous… Mais en êtes-vous bien sûr ?  Si c’était si évident, nous n’aurions pas eu besoin de la venue du Verbe de Dieu pour nous révéler, par sa vie, le vrai visage de Dieu. Ne traîne-t-il pas au fond de nous de la peur, de la suspicion, des désirs infantiles projetés en Dieu ?

Quelques fausses images habituelles…

Nos fausses images sur Dieu sont de trois ordres : un Dieu d’une toute puissance arbitraire, un Dieu justicier qui nous attendrait au tournant, et un Dieu distant qui se suffirait à lui-même… L’excellent livre du frère Emmanuel de Taizé, Un amour méconnu  [1], reprend très justement ces trois « projections inconscientes » sur Dieu, avant d’ouvrir à la découverte d’un Dieu de tendresse.

Lorsque nous attendons une réponse magique de la part de Dieu à nos prières, lorsque nous l’accusons des maux qui nous affligent, lorsque nous estimons qu’à sa place nous aurions mieux réussi la Création, c’est cette image de toute puissance arbitraire qui fonctionne en nous, et qui n’est rien d’autre que la projection, en Dieu, de nos désirs infantiles de toute puissance… Lorsque nous avons peur des représailles de la part de Dieu –comme le jeune fils–, lorsque nous voudrions qu’il élimine les méchants et récompense les justes –comme le fils aîné–, lorsque notre cœur nous condamne et que nous n’arrivons pas à accueillir la miséricorde de Dieu –alors que « Dieu est plus grand que notre cœur » (1Jn 3,20)-, c’est cette image du Dieu justicier qui domine en nous. Or, elle ne correspond nullement à la vérité mais à la projection en Dieu de notre subconscient, notre gendarme intérieur… Lorsqu’enfin, nous imaginons un Dieu distant, autosuffisant, qui n’aurait nullement besoin des humains : un grand horloger, un principe premier, ou encore du divin impersonnel, comme nombre de mouvements new-age le laissent entendre, c’est ce sentiment divin archaïque de l’homo-religiosus qui traîne au fond de nous… Sommes-nous tout à fait libérés de ce fond religieux présent en chaque être humain et qui nous vient notamment des méandres du psychisme humain ?

Dieu ne peut que donner son amour…

Pour nous libérer de toutes ces images, il ne fallait pas moins que la venue du Verbe de Dieu en notre monde! Il n’est pas venu annoncer l’existence de Dieu –à son époque tout le monde croyait en Dieu– ! Il n’est pas venu pour effacer la Création mauvaise, ni pour juger les pécheurs, ni pour résoudre les problèmes d’un coup de baguette magique… Il n’est venu qu’en raison de son amour insatiable, indestructible et tenace ! Être de communion et d’amour, Dieu ne pouvait que donner son amour, même si cela l’a conduit sur une croix ! C’est bien ce qu’illustre la parabole du fils prodigue : le don indéfectible de l’amour du Père, le désir d’une réponse amoureuse à son propre amour, l’annonce de la joie suprême celle d’une tendresse partagée : « Mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. » (Lc 15,23-24)

Oui, nous pouvons nous attarder à la figure du jeune fils ou à celle du fils aîné et en tirer quelques leçons de morale… Mais n’est-il pas plus évangélique de s’attarder à la figure du Père et de contempler ce Dieu de tendresse qui ne peut que donner son amour…

Cela finira bien par nous convertir, non ?



[1] Frère Emmanuel, de Taizé, Un amour méconnu, Au-delà des représentations spontanées de Dieu, Bayard, 2008, 250 p.

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Vacance et sourires

Non ce n’est pas encore le temps des vacances… Mais le temps de la vacance du Siège apostolique… Et cela suscite en moi plusieurs sourires…

Une nouvelle vie...

Une nouvelle vie…

Sourire de voir avec quel empressement on désire combler ce vide le plus rapidement possible… Ne faudrait-il pas avancer le conclave ? Vingt jours sans pape, quelle affaire ! Je rappelle pourtant que la mesure du conclave a été prise suite à l’élection mouvementée de Grégoire X, en 1271, qui avait duré près de 3 ans ! Au bout de 2 ans et 9 mois, les autorités romaines avaient emmuré les cardinaux pour les pousser à la résolution…

Sourire également de voir la plupart des journalistes, reflets de nos contemporains qui ne croient ni à Dieu ni au diable, et surtout pas en l’Église, une, sainte, catholique et apostolique, se ruer sur l’évènement avec moult commentaires, comme si le départ de Benoît XVI ou l’arrivée d’un nouveau pape allait changer leur vie… Confirmant en ce domaine, comme en d’autres, la devise du journaliste : « Je ne sais rien, mais je dirai tout ! » Que les journalistes consciencieux m’excusent pour ce cynisme… Mais vous connaissez cette histoire : un journaliste qui passe trois jours dans un pays écrit un livre, celui qui y passe un mois écrit un article, quant au vieux missionnaire qui y a passé trente années, il préfère se taire…

Sourire un peu attendri de voir ces jeunes catholiques s’insurger contre la renonciation de Benoît XVI… Au-delà des arguments, c’est surtout la fragilité affective qui n’est pas loin, et j’apprécie ce témoignage lucide publié dans La Croix : Après un moment de désarroi, Étienne, juriste rennais de 36 ans, raconte pour sa part avoir eu « un déclic » devant sa télévision: « Jean-Paul II était vraiment mon troisième grand-père, mais il m’a semblé inconcevable de donner systématiquement l’image d’une Église pilotée par un vieil homme. J’étais très attaché à lui et j’avais réussi à reporter, non sans peine, cet attachement sur Benoît XVI. Je mesure aujourd’hui que l’affectivité ne doit pas être première dans mon attachement au pape. »

Sourire encore, au regard de l’histoire, car l’historien Philippe Chenaux nous explique , sur le site de La Croix, que le lien affectif envers le pape ne remonte qu’à la fin du XVIIIème siècle : « Le premier moment marquant a été le voyage de Pie VI (1775-1799) à Vienne, en 1782, lorsque le pape rendit visite à l’empereur Joseph II pour lui demander de renoncer à sa politique anticléricale. Ce voyage fut un échec diplomatique mais un grand succès populaire […] avant le XVIIIème la perception du pape par les fidèles n’était pas teintée d’un aspect affectif. Certes, le souverain pontife était perçu comme chef de l’Église, mais aussi comme souverain italien. Rome contrôlait alors les Églises locales, et les États pontificaux se renforçaient, y compris sur le plan militaire. Le rôle du pape était donc aussi politique. Le renforcement du pouvoir spirituel du pape, au détriment de sa souveraineté politique, a contribué à stimuler le sentiment d’affection à son égard. Les catholiques ont alors eu « leur » pape. »

Sourire enfin, celui de Benoît XVI tout au long de ces derniers jours… Un sourire que j’imagine prolongé par l’allègement du poids porté sur ses épaules depuis de nombreuses années… J’imagine ses nouvelles journées, lui permettant dorénavant de faire la grasse matinée, d’écouter de belles cantates de Bach, de se remettre au piano, de parcourir un bon livre après sa sieste… et de prier bien sûr…

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Pourquoi le mal ?

 

3ème dimanche de carême, année C, Lc 13, 1-9  /

« Ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? » (Lc 13,4) Voici l’éternelle question du mal qui revient, avec une des réponses classiques : le mal comme châtiment de Dieu ! Ce que nous traduisons ainsi dans nos cris de détresses : « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter tel ou tel malheur ? » Toutes les religions apportent des réponses à la question du mal, et souvent leurs détracteurs leur reprochent leurs réponses trop simplistes ou trop évidentes : « si vous ne suivez pas la loi de Dieu, il vous punira ! », ou encore du côté des religions d’Asie : « les malheurs que vous vivez actuellement sont la conséquence des actes mauvais que vous avez commis dans vos vies antérieures », ou bien encore, comme l’enseigne le Bouddhisme : « la souffrance vient de votre ignorance et du désir de vous accrocher à une réalité qui n’est que passagère et instable »… Or, malgré les apparences, le christianisme, lui, n’apporte pas de réponse simple et évidente à la souffrance, et c’est peut-être justement ce qui rend plus difficile l’adhésion au christianisme qu’à d’autres religions ; mais aussi ce qui en fait sa force et sa vérité ! Méfions-nous des fausses réponses ! Accueillons la « réponse » de Jésus ! Et convertissons-nous !

Réponses fausses !

Le livre par excellence qui traite de la question du mal est évidemment le livre de Job… Les « amis » de Job lui servent les réponses habituelles… qui seront désavouées par Dieu lui-même à la fin du livre. Ces fausses réponses sont diverses. La plus courante : le mal serait un châtiment divin envers le pécheur ; or Job crie son innocence, et Dieu lui donne raison… Cela rejoint l’évangile du jour, la chute accidentelle de la tour de Siloé n’a rien à voir avec un châtiment de Dieu, nous dit Jésus ! Autre type de réponse, le mal serait une pédagogie de Dieu : « Qui aime bien châtie bien ! » ; le coût de cette pédagogie semble plutôt élevé et peu cohérent avec le visage de tendresse de Dieu révélé par la Bible. Troisième piste, le mal serait le fruit du conflit entre un dieu du bien et un dieu du mal ; or le livre de Job affirme que Dieu est unique et que le mal est étranger à Dieu, et étranger à l’homme (dans le cas où il n’est pas une conséquence de ses actes)… Dernier type de réponse, il suffit de se résigner à une volonté de Dieu insondable… Est-ce vraiment de cela dont il s’agit ?

Réponse de Jésus !

Comme nous l’avons dit plus haut, la réponse de Jésus n’est pas forcément satisfaisante intellectuellement, elle est pourtant limpide : sa réponse sera sa façon de vivre ! La seule réponse explicite que donne Jésus est celle de l’évangile de ce jour, équivalente à celle-ci: « À qui la faute s’il est né aveugle, à lui ou à ses parents ? Ni à lui ni à ses parents, répond Jésus » (Jn 9,2-3) C’est-à-dire que le mal n’est pas une punition envoyée au pécheur. En fait, la réponse définitive de Dieu à la question du mal sera celle manifestée par la vie de Jésus de Nazareth : non pas un Dieu qui juge, mais un Dieu qui se laisse juger ; non pas un Dieu qui condamne, mais un Dieu patient (cf. la parabole du figuier) et miséricordieux  ; non pas un Dieu qui envoie la souffrance aux hommes, mais qui se met du côté des souffrants ; non pas un Dieu qui utiliserait le mal ou la souffrance, mais un Dieu qui combat et s’engage contre le mal ; non pas un Dieu tout-puissant éliminant magiquement les forces du mal, mais un Dieu qui se laissera broyer par le mal –ce mal qui subsiste dans le monde–; et finalement non pas un mal aussi puissant que Dieu, mais un mal qui n’aura pas le dernier mot et dont le Christ sera vainqueur par sa mort et sa résurrection. La réponse de Jésus, comme celle de Dieu à Job, n’est pas une réponse intellectuelle (des idées sur Dieu), mais une réponse relationnelle, une invitation à la confiance en Dieu : « oui le mal reste mystérieux, mais fais confiance à Dieu : d’une part, il n’est pas du côté du mal et, d’autre part, malgré les apparences, il est vainqueur du mal ! »

Notre réponse !

« Si vous ne vous convertissez pas vous périrez tous de la même manière » (Lc 13,5) Cette conversion vise donc notre relation à Dieu et notre relation aux autres : « suivez l’exemple de Jésus, faites confiance à Dieu jusqu’au bout, malgré les apparences, ne laissez pas le malin instiller en vous la méfiance, la suspicion envers Dieu ; d’autre part, au lieu de vouloir donner une réponse intellectuelle à la question du mal, donnez une réponse éthique : engagez-vous contre le mal ! » Je ne peux m’empêcher de penser à la sœur Stella et à celles et ceux qui se sont engagés à ses côtés auprès des orphelins du sida, dont un certain nombre sont porteurs du VIH, croyez-vous qu’ils mettent Dieu en cause ? Bien au contraire, la confiance en Dieu et l’engagement contre le mal sont les deux piliers complémentaires de leurs vies, et ils produisent de magnifiques fruits.

Et vous, quelle est votre réponse à la question du mal ?

Une réponse intellectuelle ou une réponse éthique, aux côtés des souffrants ?

Le temps du carême n’est-il pas favorable à une réponse fructueuse ?

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La vie par ici

Petite escapade de deux jours avec le Noviciat jusqu’à Dapaong. Nous sommes allés cetteIMG_0660 novices avec sœur Marie-Stella (aide aux sidatiques) semaine à la rencontre de diverses communautés de Dapaong : les Fils de Marie Immaculée, les Serviteurs de l’Évangile et de la Miséricorde divine et les Sœurs Hospitalières du Sacré-Cœur de Jésus. Cette dernière congrégation s’occupe surtout d’une pédiatrie –qui vient de fêter ses cinquante années de présence- et, par le biais de l’association « Vivre dans l’Espérance » fondée par la sœur Marie-Stella, tout un nouveau volet s’est ouvert, depuis 1998, en faveur des malades du sida et d’« orphelins du sida » ainsi qu’un Centre au service des malades mentaux. Cette visite avait notamment pour but de préparer le stage apostolique de certains novices qui se rendront là-bas comme chaque année… Pour en savoir plus sur le formidable travail qui se fait là-bas, je vous renvoie vers le blog de l’association « Vivre dans l’espérance ! » et sur le site des Sœurs Hospitalières. 

Par ailleurs, mercredi dernier, s’est tenue notre conférence mensuelle, dans le cadre de IMG_0560 M. KANTATI Aimé, président du tribunal de Sokodé,l’Espace d’Alzon, qui a de nouveau rassemblé une bonne participation. C’est M. KANTATI Aimé, président du tribunal de Sokodé, qui nous a introduits savamment au thème proposé : « Notre société peut-elle progresser sans l’engagement de chacun au service du bien commun ? » Le débat qui s’en est suivi a permis d’aborder bien des questions, allant de l’évocation concrète d’engagements possibles -comme le fait de défendre la propreté de la rivière de Sokodé- à la question de savoir ce qui régit l’intervention ou la non-intervention de la communauté internationale en Afrique ; en passant par l’interrogation : « Comment manifester de façon citoyenne et responsable ? », une question bien d’actualité au Togo…

Sur ces brèves nouvelles, bon chemin de carême…

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Dieu prend visage !

 

2ème dimanche de carême, année C, Lc 9, 28b-36  /

Transfiguration

Transfiguration

« Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, se réveillant, ils virent la gloire de Jésus ! » (Lc 9,32) Dans le récit de la Transfiguration, Dieu se donne à voir dans sa gloire ! La tradition de l’Ancien Testament était pourtant claire : nul ne peut voir Dieu sans mourir ! Et même Moïse qui bénéficiait d’un contact régulier avec Dieu, devait se voiler le visage ou être contraint à ne le voir que de dos, comme nous le raconte ce merveilleux passage du livre de l’Exode : « Moïse demanda : « Fais-moi de grâce voir ta gloire. » Et le Seigneur dit […] »tu ne peux pas voir ma face, car l’homme ne peut me voir et vivre. » Le Seigneur dit encore: « Voici une place près de moi; tu te tiendras sur le rocher. Quand passera ma gloire, je te mettrai dans la fente du rocher et je te couvrirai de ma main jusqu’à ce que je sois passé. Puis j’écarterai ma main et tu verras mon dos; mais ma face, on ne peut la voir. » » (Ex 33,19…23) Et c’est ainsi que toute représentation de Dieu fut interdite dans le Judaïsme, interdit qui se transmettra à l’Islam… Cependant avec l’Incarnation tout change, car Dieu prend visage en Jésus Christ ! Mais, accordons-nous suffisamment d’intérêt à cette révélation ? N’inventons-nous pas trop souvent le visage de Dieu : créant un Dieu à notre image au lieu d’accueillir son visage révélé en Jésus de Nazareth ?

Dieu prend visage d’homme !

Je suis toujours un peu effaré par l’imagerie religieuse populaire « sulpicienne » qui a retrouvé une nouvelle vigueur via Internet… Avons-nous oublié la crise iconoclaste des VIIIème et IXème siècles ? À partir de 726, les empereurs d’Orient  Léon III puis Constantin V et leurs successeurs, interdisent la représentation du Christ et des saints, et la vénération de leurs icônes, accusant les iconophiles (les partisans des icônes, surtout les moines) d’idolâtrie ! Or le Concile de Nicée II en 787 affirmera la légitimité des icônes puisque Dieu a pris visage d’homme ! Or justement, toute la tradition iconographique orientale sera la mise en œuvre de ce visage de Dieu révélé. Ainsi, des règles très précises, jusqu’à aujourd’hui, président à l’écriture d’une icône : on doit notamment respecter les traits du visage du Christ, ou de la Vierge et des saints transmis par la tradition ; car, ce serait le comble, alors que Dieu s’est donné un visage en Jésus de Nazareth, de lui inventer un autre visage selon la sensibilité de l’artiste, ou le goût du jour… L’occident a pris une toute autre voie à partir du XIIIème siècle, laissant de plus en plus de liberté aux artistes, au risque d’inventer Dieu à leur image… Dans un premier temps, il nous faut donc accueillir le visage de Dieu tel qu’il s’est donné à voir…

Dieu prend visage en tout homme !

La tradition occidentale n’est pas sans fondement non plus… Car le Verbe en prenant chair en Jésus de Nazareth signifiait et réalisait son union avec tous les humains. Ainsi, pour signifier que le Christ s’est identifié à tout être humain, les artistes lui donnent des traits africains, asiatiques ou européens et nous comprenons que le fils de Dieu rejoint chacun dans sa culture particulière. On rapporte ainsi que l’apparition de Marie au Mexique, à Guadalupe, au début du XVIème siècle, a marqué un tournant décisif dans l’acceptation de l’évangile dans ce pays, car Marie apparut au pauvre indigène Juan Diego, laissa son image gravée sur le manteau de celui-ci, avec des traits indiens : la religion des conquistadors devenait la religion des autochtones.  Ainsi donc, lorsqu’on s’éloigne totalement du contexte culturel du Moyen Orient d’il y a deux mille ans, on sait que nous sommes dans du symbolique –comme dans le cas de Marie avec des traits indiens–, ce n’est pas un problème, mais lorsqu’on prétend représenter des scènes évangéliques telles qu’elles se passèrent à l’époque de Jésus avec un Jésus blond aux yeux bleus, c’est là où nous dévoyons la logique de l’Incarnation. Dans un second temps, il nous faut donc reconnaître que tout visage humain peut être transfiguré et que loin de nous endormir, comme les disciples, sur les apparences, il nous faut exercer notre regard pour percer en chacun la réalité profonde, divine, transfigurée qui se cache derrière les rides ou la laideur apparente, selon des critères trop humains…

Dieu prend plus qu’un visage…

Bien sûr, respecter le visage de Dieu révélé par le Christ, va bien plus loin que le respect des traits de son visage. Il s’agit d’accueillir un Dieu fait homme, un Dieu humble, un Dieu serviteur, un Dieu qui guérit, qui libère et qui pardonne ; un Dieu qui ressuscite et surtout un Dieu qui meurt en croix par amour des hommes ! Ce Dieu-là on ne peut pas l’inventer ! Les hommes ont inventé des dieux magnifiques, puissants, terrifiants et non pas des dieux flagellés, humiliés, mortels…

Décidément, Dieu ne pouvait pas se montrer dans sa gloire avant la venue de Jésus Christ, car les hommes auraient vite saisi cette manifestation pour entretenir leurs fausses images de Dieu… Ce n’est qu’au moment où la Passion s’annonce que le Christ se laisse voir dans sa gloire, signifiant ainsi que celui qui va mourir en croix n’était pas un imposteur mais bien le vrai Dieu : cette fois-ci, plus de méprise sur la gloire dont il s’agit !

Dieu a pris visage sur le Tabor et sur le Golgotha…

Une même gloire a resplendi ici et là…

Accueillons cet unique et vrai visage de Dieu !

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Un homme libre…

La renonciation de Benoît XVI à sa charge n’est-elle pas, d’abord, l’illustration de la grande liberté de cet homme ? Une liberté puisée dans l’Évangile, une liberté prophétique, bien en continuité avec ce que fut son pontificat !

Humble serviteur dans la vigne du Seigneur...

Humble serviteur dans la vigne du Seigneur…

Liberté par rapport à l’héritage de Jean-Paul II :

Certain attendait un Jean-Paul III et nous avons eu un Benoît XVI…

Jean-Paul II favorisait « le médiatique » et les gestes prophétiques… Benoît XVI exercera sa charge avec humilité et dans un travail de fond : « Je veux travailler comme un humble serviteur dans la vigne du Seigneur » avait-il annoncé au début de sa charge…

Jean-Paul II bénissait toutes les communautés nouvelles… Benoît XVI y remettra de l’ordre, et s’appuiera de nouveau sur les congrégations plus classiques….

Jean-Paul II centralisera pas mal le pouvoir, avec des évêques sous surveillance… Benoît XVI jouera la collégialité et laissera bien plus de liberté aux évêques (ne serait-ce que dans le fonctionnement des synodes, ou dans les célébrations de béatifications qu’il va souvent confier aux Églises locales)…

Jean-Paul II tentera d’exercer sa charge jusqu’au bout, quitte à ce que les différents lobbies prennent le pouvoir à Rome… Benoît XVI renoncera à sa charge dès qu’il se sentira incapable de l’assumer comme il le devrait…

Liberté dans la « couleur » donnée à son pontificat :

Au moment de son élection, certains craignaient le dogmatisme, le moralisme, le traditionalisme de l’ancien gardien de la doctrine de la foi, or, il recentre son pontificat sur l’essentiel : les vertus théologales –la foi, l’espérance et la charité- (notamment à travers ses encycliques et l’année de la foi) ; sur l’Eucharistie, sur la Parole de Dieu et sur la Nouvelle Évangélisation  à travers les synodes qui leur fut consacrés, accompagnés de leurs exhortations post-synodale… Le chantier reste ouvert puisque son encyclique sur la foi ne paraîtra pas ni son exhortation post-synodale sur la Nouvelle Évangélisation !

Grand théologien, il le restera durant sa papauté, notamment à travers la publication de ses trois tomes sur Jésus signés du double nom : Joseph Ratzinger – Benoît XVI et son soucis permanent d’articuler foi et raison. Il développera ainsi le dialogue avec l’agnosticisme –cf. la rencontre d’Assise- et le monde intellectuel -que l’on pense à l’initiative du « parvis des gentils »- avec un jugement sur le monde beaucoup moins sévère que son prédécesseur…

Ni progressiste ni traditionaliste, il renverra dos à dos ceux qui soupçonnaient sa fidélité au Concile Vatican II et ceux qui se réjouissaient de sa supposée distance du Concile : « Je veux affirmer avec force la ferme volonté de poursuivre l’engagement de mise en œuvre du concile Vatican II, dans le sillage de mes prédécesseurs et en fidèle continuité avec la tradition bimillénaire de l’Église », précisait Benoît XVI dès le lendemain de son élection. C’est pourquoi il consacra son pontificat à en faire émerger une juste interprétation : dénonçant une «herméneutique de la discontinuité et de la rupture » et valorisant une «herméneutique de la réforme, du renouveau dans la continuité ».

-Liberté par rapport aux échos médiatiques :

Pas de dialogue au rabais avec les autres confessions chrétiennes, avec les autres religions ou avec les intégristes, mais il s’engagera fortement dans un réel dialogue sur la base du service de l’unité, de la vérité, de la fidélité à l’Évangile, quitte à passer pour un réactionnaire ou un traditionnaliste… Il n’hésitera pas à faire également le ménage autour des questions liées aux scandales de pédophilie, quitte à ternir l’image de sainteté de l’Eglise…

-Liberté encore dans son rapport à la jeunesse :

Il se laissera faire par le mouvement des JMJ, lancé par son prédécesseur, même si cela ne correspondait pas forcément à sa sensibilité, mais en y introduisant ses notes propres : temps de silence et d’adoration eucharistique, confession de quelques jeunes par le pape en personne, exigence intellectuelle plutôt que discours moralisateur…

Bref vous l’avez compris, même si je ne fus pas un inconditionnel de Benoît XVI, j’ai beaucoup plus apprécié sa façon d’exercer son pontificat que celle de son prédécesseur : son style, ses textes riches et nourrissants, son humilité… Cela n’est peut-être pas tout à fait dans l’air du temps –bien que depuis sa renonciation beaucoup semblent changer d’avis sur Benoît XVI–… mais j’espère en cela faire preuve de la même liberté que Benoît XVI ! Et chapeau pour sa sortie !

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Si tu es fils de Dieu…

 

1er dimanche de carême, année C, Lc 4,1-13  /

Ce récit des tentations de Jésus au désert est terriblement actuel puisqu’il porte sur le lien entre l’être humain et son Créateur ; or, dans nos sociétés « modernes », ce lien est plus que jamais mis à mal ! « Si tu es le Fils de Dieu… » : voilà le cœur des tentations ! Le diable, dont le nom signifie « le diviseur », veut semer le doute dans le cœur de Jésus, veut le désunir de son Père… Certes, Jésus ne succombera pas à la tentation, mais le récit nous renvoie à nos propres doutes sur Dieu : sommes-nous vraiment fils et filles de Dieu ? Existe-t-il ? Ne vaut-il pas mieux se tourner vers d’autres Puissances ? Se soucie-t-il de nous ?  Les trois tentations décrites épuisent toutes les formes de tentation, relatives à notre rapport à Dieu, nous dit l’évangéliste… Effectivement, l’humanité du XXIème siècle peut mettre Dieu sur la touche de trois manières : en niant l’existence de Dieu, ou en se tournant vers d’autres « dieux », ou bien encore en doutant de la bonté de Dieu et de sa bienveillance envers les hommes…

Faire son bonheur par soi-même !

« Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » (Lc 4, 3) La première tentation pourrait donc se traduire ainsi : « Oh !  Homme, tu es assez grand et assez puissant pour faire ton bonheur tout seul, pour combler tes besoins et tes désirs par toi-même ! » N’est-ce pas la tentation la plus répandue dans notre troisième millénaire ? « Libérons-nous de toutes les contraintes morales, libérons-nous de cet obscurantisme des religions, finalement, libérons-nous de Dieu et comblons notre vie par tout ce que nous permet la technique et la technologie : le bonheur est à notre portée ! » Et c’est bien le message que nous distille sans cesse la société de consommation : « votre bonheur sera comblé si vous achetez ceci ou cela ! »… Le plus incroyable c’est que, même si nous ne sommes pas tout à fait dupes face à ces fausses promesses de bonheur, nous succombons tout de même aux sirènes de ces publicitaires toujours plus ingénieux… Or il est écrit : « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre, mais de tout ce qui sort de la bouche du Seigneur ». (Dt 8,3) Autrement dit, ce ne sont pas les biens que l’on possède qui font le bonheur, mais la qualité d’une vie qui se laisse guider par la Parole de Dieu !

Remettre son bonheur entre les mains d’autres dieux !

« Si tu te prosternes devant moi, je te donnerai le pouvoir sur tous les royaumes de la terre ! » (Lc 4,6-7) La seconde tentation consiste à croire que d’autres dieux, d’autres puissances peuvent apporter réponse à nos désirs de réussite et de bonheur. Quelles sont ces idoles modernes ? L’argent, le sexe, la drogue… La tromperie ici est
multiple : d’abord, ces idoles promettent ce qu’elles ne peuvent offrir, éventuellement elles peuvent nous illusionner un temps, mais le réveil sera très douloureux – que l’on pense à un Lance Armstrong par exemple- ! Deuxièmement, ces puissances prétendent qu’il faille passer par elles pour recevoir des biens que Dieu nous offre gratuitement en partage… Nous avons tout ce qu’il nous faut pour vivre, le problème n’est pas du côté de Dieu, mais du côté des hommes qui doivent apprendre à partager les immenses richesses de notre Monde, remises entres les mains de l’humanité entière. Succomber aux promesses du Diviseur, de posséder beaucoup et beaucoup trop, serait justement créer de l’injustice et de la misère autour de nous… Troisième tromperie : alors que le Tentateur promet le bonheur, il engendre le malheur ! Cette tentation est pourtant forte à notre époque lorsque l’on prend conscience que 10% de la population mondiale possède 85% des richesses du monde ou que les 2% les plus riches possèdent plus de la moitié des richesses du monde !… Or il est écrit : « Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c’est lui seul que tu adoreras. »(Jn 4,8) Quelle libération que de remettre sa vie entre les mains du vrai Dieu en comparaison à tous ces faux dieux qui veulent nous posséder !

Douter de la bienveillance de Dieu !

Voyant les échecs de ses tentations, le Diviseur sort sa dernière cartouche : « Bon, tu ne veux pas faire ton bonheur par toi-même ; tu ne veux pas t’en remettre à de faux dieux ; mais considère bien ton Dieu : crois-tu qu’il te sera d’une grande aide dans les épreuves de la vie ? Ne vois-tu pas qu’il ne te sert à rien, qu’il ne te protège pas ? » Cette tentation n’est pas la moindre, car elle s’appuie sur notre foi en Dieu pour la dévoyer… « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu ! » (Jn 4,12) Dieu n’est pas un magicien qui viendrait résoudre tous nos problèmes d’ici-bas, Dieu est Celui qui nous accompagne sur le chemin de la Vie, celui qui nous indique la voie à suivre pour qu’à travers les épreuves et la finitude de cette vie, nous trouvions le chemin du bonheur ; et Jésus lui-même nous indique que ce chemin passe nécessairement par une croix, une mort à soi, une mort à une certaine forme de vie pour entrer dans la Vraie Vie !

Le Diviseur veut nous séparer de Dieu…

Et, en contemplant notre époque, nous avons l’impression qu’il réussit pas mal son travail de sape…

Nous laisserons-nous tenter nous aussi ?

Ou témoignerons-nous, contre vents et marrées, que nous sommes les enfants bien-aimés de Dieu ?

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