Sous l’emprise de l’Esprit !

Pentecôte, année C, Rm 8, 8-17 /

Viens Esprit Saint ! Il y a toujours le risque, dans notre façon de vivre le rythme de la liturgie, de vouloir faire de chaque fête, de chaque temps liturgique, ce que nous avons à vivre ici et maintenant… Or, ce n’est pas tout à fait comme cela que cela se passe : ce n’est pas forcément le Vendredi Saint que nous traversons nos épreuves, ce n’est pas forcément à Noël que nous sommes dans la joie et ce n’est pas forcément à la Pentecôte que l’Esprit Saint descend sur nous pour nous renouveler ! Mais chaque fête, chaque temps liturgique met en lumière un aspect de notre vie chrétienne, une des dimensions de ce que nous avons à vivre tout au long de nos années… Ainsi, je ne suis pas un farouche partisan de certaines formes de piété ou de certaines liturgies qui veulent forcer les choses de façon artificielle, comme si l’Esprit Saint devait prendre forme de langues de feu ou de colombe sur commande. Par contre, il s’agit de reprendre conscience, en cette fête de Pentecôte, que nous avons déjà reçu l’Esprit Saint, à notre baptême, à notre confirmation, et qu’il s’agit de le laisser prendre toujours plus d’emprise sur notre vie… De mener une vie, non sous l’emprise de la chair mais sous l’emprise de l’Esprit ! (cf. Rm 8, 8-17) Une fois n’est pas coutume, arrêtons-nous plus particulièrement, ce dimanche, à l’épitre de saint Paul aux Romains proposée à notre méditation : l’emprise de la chair ou l’emprise de l’Esprit… Qu’est-ce à dire ?

La chair ou l’Esprit ?

Il nous faut sans cesse nous méfier des mots en ce domaine… Spontanément, nous pensons peut-être à la double réalité qui nous constitue, corps et âme, et du coup, nous risquons un formidable contresens en assimilant la chair, dont nous parle saint Paul, à notre corps et l’Esprit à notre âme… Or ce n’est pas du tout cela dont il s’agit ! Saint Paul précise que l’Esprit dont il parle c’est « l’Esprit de Dieu [qui] habite en vous » ou encore « L’Esprit du Christ » et que l’emprise de la chair, c’est « l’emprise du péché »… Cela n’a rien à voir avec notre dualité corps et âme car, grâce à notre corps, nous pouvons servir le Seigneur et par notre esprit, nous pouvons commettre beaucoup de péchés… Mais traîne en notre tête et en notre histoire chrétienne, à la suite de la tradition platonicienne, toute une dévalorisation du corps et notamment de la sexualité, comme si le but de la vie était de se libérer de ce corps encombrant pour ne prendre soin que de notre âme. Rééquilibrant les choses, le concile Vatican II, dans la constitution Gaudium et Spes, nous dit bien que l’homme est une seule réalité, corps et âme : « Corps et âme, mais vraiment un, l’homme est, dans sa condition corporelle même, un résumé de l’univers des choses qui trouvent ainsi, en lui, leur sommet, et peuvent librement louer leur Créateur. Il est donc interdit à l’homme de dédaigner la vie corporelle. Mais, au contraire, il doit estimer et respecter son corps qui a été créé par Dieu et qui doit ressusciter au dernier jour. Toutefois, blessé par le péché, il ressent en lui les révoltes du corps. C’est donc la dignité même de l’homme qui exige de lui qu’il glorifie Dieu dans son corps, sans le laisser asservir aux mauvais penchants de son cœur. » (Gaudium et Spes n° 14)

Sous l’emprise de la chair ou sous l’emprise de l’Esprit ?

Un deuxième mot mérite qu’on s’y arrête, c’est celui « d’emprise »… Bien sûr, il s’agit de fuir le péché et de laisser grandir en soi les fruits de l’Esprit : « joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi. » (Ga 5,22), mais que peut vouloir dire « vivre sous l’emprise » ? Peut-être pas de vouloir faire l’ange, comme si nous pouvions vivre sans péché… Car saint Paul nous dit aussi «  Par trois fois, j’ai prié le Seigneur d’écarter de moi [l’écharde dans ma chair]. Mais il m’a déclaré : ‘Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse.’ » ( 2 Co 12, 8-9) Car, même si le péché est tapis à notre porte, il s’agira de le traiter toujours en ennemi, de ne pas se laisser séduire par lui et surtout de ne pas en faire notre maître ! La question est donc : vers quoi courons-nous, qu’est-ce qui est au centre de notre vie ? Notre quête de confort, de jouissance, de pouvoir, d’autosatisfaction, bref : nous-mêmes ? Ou le désir d’aimer, d’apporter du bonheur autour de nous, de faire grandir l’autre, de servir, bref : l’autre ? Oui, qu’est-ce qui mène notre vie, sous quelle emprise vivons-nous ?

Sous l’emprise de l’Esprit !

Dernière équivoque à lever, vivre sous l’emprise de l’Esprit n’implique pas de nier notre être ou de nous rendre esclave d’une puissance extérieure… Le souffle de Dieu nous habite depuis le début de notre existence… Cette vie sous l’Esprit est inscrite en nos gènes depuis la fondation du monde. Aussi devons-nous sans cesse être plus conscient que vivre sous le souffle de l’Esprit de Dieu, sous le souffle de l’Esprit du Christ, nous rend toujours plus libre… Libre de devenir pleinement ce à quoi nous aspirons en profondeur !

Alors sommes-nous prêt ?

Sommes-nous désireux, sans aucune crainte,

de nous mettre sous l’emprise de l’Esprit de Dieu ?

 

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Inventer sa fidélité sous le souffle de l’Esprit…

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En accompagnant des jeunes sur le chemin de leur suite du Christ, je m’aperçois qu’ils ont à la fois besoin de modèles, de références, de sœurs, de frères aînés dont la vie « leur parle » et qu’à la fois il leur faut inventer leur propre manière d’être fidèles à l’Évangile sans vouloir copier telle ou telle vie…

Par exemple, au retour de leur temps de stage, temps fort s’il en est, au milieu de malades du sida, d’orphelins, de lépreux, de jeunes et moins jeunes malmenés par la vie, les novices assomptionnistes ont pu admirer l’engagement de laïcs et de sœurs dont la vie les a fortement impressionnés. Mais en même temps, ils ne se sont pas engagés dans une congrégation hospitalière, le bilan de leur stage ne consiste donc pas à recopier ce qu’ils ont vu là-bas mais à répondre à d’autres défis, d’autres enjeux, mis en lumière par leur expérience, à inventer leur manière de répondre aux « grandes causes » de l’Afrique de l’Ouest aujourd’hui : « L’esprit du fondateur nous pousse à faire nôtres les grandes causes de Dieu et de l’homme, à nous porter là où Dieu est menacé dans l’homme et l’homme menacé comme image de Dieu. Nous avons à faire preuve d’audace, d’initiative et de désintéressement… » (Règle de vie n°5)

À l’heure où la liturgie nous invite à faire mémoire du départ de Jésus vers son Père (Ascension) et du don de l’Esprit (Pentecôte), il me semble que c’est toujours la même fidélité inventive dont il s’agit. Les apôtres, en effet, du vivant de Jésus ne firent guère preuve d’initiative et d’audace, ils étaient simplement dans le temps de l’admiration, de la suite, de la consolation… Ne fallait-il pas que le Christ se rende absent et qu’il envoie son Esprit, pour que les disciples prennent toute leur place et déploient leurs propres richesses intérieures, leurs propres dons ? Ils n’ont pas, alors, copié le Christ, même si, bien-sûr, il fut La référence de leur vie, mais ils ont su inventer leur propre fidélité au Christ sous le souffle de l’Esprit.

Ce temps de l’Ascension et de la Pentecôte est donc un temps favorable pour grandir en maturité, en autonomie, en inventivité à la suite du Christ… J’ose vous renvoyer l’interpellation de notre règle de vie : Quelles grandes causes de Dieu et de l’homme vous mobilisent aujourd’hui ? N’est-il pas temps de quitter une vie trop étriquée pour lui donner un surcroit de vie au service du monde ? Lorsqu’on se donne on reçoit au centuple !

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Dans l’intimité de la vie trinitaire !

 

7ème dimanche de Pâques, année C, Jn 17, 20-26 /

Voici les dernières paroles de Jésus dans son long discours testamentaire, au soir de son dernier repas. Comme si toute sa mission, toute sa vie se résumait dans cet ultime but final, l’intégration de l’humanité dans l’intimité de la vie trinitaire : « Qu’ils soient un en nous… comme toi Père, tu es en moi, et moi en toi… Qu’ils soient un comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi…  Pour qu’ils aient en eux l’amour dont tu m’as aimé, et que moi aussi, je sois en eux. » Evidemment, nous touchons là à la dimension mystique de notre foi chrétienne, bien loin de la vision d’une Église œuvre de charité ou ONG, mais l’Évangile ne cesse de nous dire que la véritable mystique est en même temps très ancrée dans la dimension humaine, horizontale, de notre vie : pas d’union à Dieu sans union entre les hommes ; pas d’union à Dieu sans amour, pas d’union à Dieu sans passer par le Christ !

Pas d’union à Dieu sans union entre les hommes !

Je ne cesse de le redire, l’union, la communion, à laquelle nous sommes appelés, d’abord comme chrétiens, n’est pas une dimension périphérique de notre foi. Il ne s’agit pas d’être unis entre chrétiens pour mieux paraître, pour mieux témoigner, pour être plus efficaces dans l’annonce de l’Évangile… Non, il s’agit d’être unis entre chrétiens et avec Dieu, car le Salut –la Vie en Dieu si vous préférez– est communion de tous les êtres en Dieu ! Ce n’est pas pour rien si le Christ n’a laissé ni écrits, ni règles d’organisation, ni catalogue de lois mais uniquement une communauté de disciples dont les relations, entre eux et avec le Christ, furent si fortes qu’elles ne furent pas anéanties par son départ. C’est de cette communion qu’est née l’Église, c’est de cette communion qu’est née la mission de l’Église de travailler à une fraternité toujours plus universelle, au-delà de toutes religions, afin de rassembler toute l’humanité en Dieu ! « Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17, 21) C’est ici que nous retrouvons la dimension efficace de cette communion, mais peut-être pas tant pour une efficacité de l’évangélisation ici-bas, que pour manifester un signe efficace de cette union, entre les hommes et avec Dieu, à laquelle nous sommes tous appelés !

Pas d’union à Dieu sans Amour !

J’évoquais plus haut que le but de la vie du Christ était de réaliser cette intégration de l’humanité dans l’intimité de la vie trinitaire. Mais cela est dit d’une façon précise : « Pour qu’ils aient en eux l’amour dont tu m’as aimé, et que moi aussi, je sois en eux. » (Jn 17, 26) Cet amour qui unit le Père et le Fils est-il autre chose que l’Esprit d’amour qui les unit, la troisième personne de la Trinité ? Il s’agit donc de comprendre de façon toujours plus existentielle, que l’amour, après lequel nous courons tellement, ne vient que de Dieu, et en même temps qu’il est pleinement nôtre. Il ne vient pas de Dieu, de l’extérieur de nous-mêmes, mais de l’intérieur de nous-mêmes puisque, dès le commencement du monde, Dieu a insufflé en nous son Esprit d’amour. Dès le commencement de chacune de nos vies, le Père nous crée, le Fils nous sauve et son Esprit nous sanctifie… Ainsi, cheminer vers l’union en Dieu consiste à réaliser, pleinement, ce qui déjà nous constitue de façon existentielle ! Cela vous semble-t-il trop mystique ? Pourtant, se situer dans la création comme créature, à l’heure de la prise de conscience écologique, est bien concret ; se situer comme fils dans le Fils, en faisant nôtre les attitudes du Christ envers les pauvres et les pécheurs, est bien concret ; laisser l’Esprit d’amour, qui piaffe en nous, prendre toujours plus d’emprise sur notre vie, est bien concret… Un saint François d’Assise, par exemple, illustre bien cette triple dimension de notre vie !

Pas d’union à Dieu sans le Christ !

« Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi. » (Jn 17,22-23) Tout notre passage d’évangile nous parle de cette union à Dieu grâce à notre union au Christ, il n’y a pas besoin d’y revenir… Mais cela peut certainement nous aider à témoigner que si nous parlons de ce passage obligé, ce n’est pas par prétention d’une religion au-dessus des autres, mais parce que le Christ ne fait pas nombre avec d’autres prophètes ou fondateurs de religions. Quelle que soit notre foi, quelles que soient nos œuvres, quelle que soit notre pratique religieuse, que nous nous référions au Christ ou pas, l’Évangile nous dit que le Christ est le lieu unique de notre « entrée » dans la vie trinitaire !

À l’heure où nous célébrons la venue de l’Esprit Saint sur les apôtres, replaçons-nous face à cet essentiel de notre vie :

Le Christ est venu pour faire entrer l’humanité dans l’intimité de la vie trinitaire…

Non par un coup de force extérieur à nos vies, mais en accomplissant ce qui nous constitue déjà !

De savoir cela change-t-il nos vies :

la qualité de notre fraternité, la qualité de notre amour, la qualité de notre intimité avec le Christ ?

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Entre deux mondes…

Deux mondes

Deux mondes

Me voici de retour ! Comme vous le savez mon silence des semaines passées était lié à un temps, trop bref, de vacances en France pour pouvoir souffler un peu et décrocher des soucis du quotidien. Passer ainsi rapidement de ma vie en brousse togolaise à la vie parisienne ou même à la campagne vosgienne ou haut-marnaise m’a laissé une drôle d’impression… Car, à la fois, je dirais que l’humain et ses réalités fondamentales sont bien les mêmes sous toutes les latitudes et, à la fois, j’ai ressenti fortement que nous vivions dans des mondes différents !

Ce qui a d’emblée frappé mon regard, c’est l’encombrement de nos maisons occidentales avec des tas de choses accessoires qui semblent devenues indispensables, et l’accumulation d’années en années d’objet que l’on garde, plus par nostalgie ou attachement sentimental que par réelle nécessité. Et du coup l’image qui me vint, même si elle n’est pas tout à fait juste, fut celle du container pour l’Afrique… Sans trop réfléchir j’eus l’impression qu’un grand coup de balai aurait fait le plus grand bien en vue d’une vie plus dépouillée, plus essentielle, plus solidaire et que ce coup de balai aurait pu apporter beaucoup à celles et ceux qui manquent de tout… Mais en même temps, je sais bien que ce type de réponse spontanée n’est pas forcément la plus adéquate, car bien des choses devenues inutiles et encombrantes pour une maison occidentale risqueraient d’être d’autant plus inutiles et encombrantes dans une maisonnée africaine… De plus on risquerait aussi, comme on a pu le constater par le passé, de créer des besoins qui n’en sont pas vraiment… Il demeure qu’un certain transfert intelligent de biens, notamment d’outils –scolaires, agricoles, artisanaux, etc… – me semble possible et souhaitable. Bref, on ne peut s’éviter de comparer mais, finalement, le constat est bien celui de deux mondes différents ! Entre parenthèses, malgré tout ce que l’on entend sur la richesse des congrégations religieuses, je constate que nos intérieurs sont biens moins encombrés que dans la plupart des familles, peut-être justement grâce, en partie, à ce transfert Nord-Sud bien réel dans nos congrégations internationales.

Autre image qui a retenu mon attention, celle des rues désertes de nos villes et de nos villages, toutes celles et ceux qui ont déjà voyagé dans les pays du Sud connaissent ces rues bouillonnantes pleines de jeunes et de vie qui donnent à contrario à nos villes et villages d’Occident l’impression de villages fantômes… Les seuls lieux où l’on trouve du monde en Occident –en dehors d’évènements occasionnels–  ce sont les galeries marchandes et autres hypermarchés : « Je consomme donc j’existe ! » tel semble être l’adage de nos sociétés occidentales. Bien sûr, ici aussi la course à la consommation est omniprésente mais vu le peu de moyen dont on dispose  son ampleur n’est pas comparable… Nous sommes bien dans deux mondes différents à cet égard.

Autre contraste, celui de la balade en forêt, dans des sentiers biens balisés où l’on ne peut faire que des rencontres amicales… Il ne viendrait à personne ici, sauf peut-être à quelque étranger en mal d’aventure, d’aller se balader en forêt. Sans parler des routes tellement belles et sécuritaires comparées à nos pauvres routes de latérite ou de « goudron gruyérisé »… Une vie bien policée, bien organisée, bien sécuritaire finalement qui a peu à voir avec l’improvisation, la débrouillardise, l’immense patience, les pattes à graisser et les risques à prendre pour réaliser quelque chose par ici… Deux mondes vous dis-je ! En même temps la vie africaine est pleine de possibles, avec trois fois rien on réussit à bricoler quelque chose… Faire faire des meubles sur mesure, des vêtements sur mesure, des chaussures sur mesure est monnaie courante, mais l’on veut faire croire à tout le monde que le prêt-à-porter, que le vêtement de marque (piraté), que l’importé en général est toujours mieux !

Bref, voici quelques impressions de ma vie entre deux mondes, dont aucun n’est à absolutiser ou à maudire, mais qui indiquent, chacun à sa manière, que nous sommes bien tous en désir d’un autre monde, d’une autre plénitude… C’est à partir de notre donnée de départ, en Occident ou ici en Afrique, que nous avons à cheminer et à inventer le Royaume de Dieu, mais surtout cessons de nous comparer, de nourrir nos complexes de supériorité ou d’infériorité… Il n’y a pas à nous jauger, car nous ne vivons pas, et nous ne vivrons jamais, ici-bas, dans les mêmes mondes… Dieu nous préserve de l’uniformité !

 

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Quelle fidélité ?

 

6ème dimanche de Pâques, année C, Jn 14, 23-29 /

 « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole. » (Jn 14, 23) Comment demeurer fidèles dans la foi ? Aujourd’hui, toutes nos sociétés sont dures et peu tendres avec la vie, que ce soit en Occident ou sous des latitudes plus tropicales : nombreuses sont les personnes qui doivent lutter au quotidien pour maintenir une vie suffisamment digne ; nos sociétés s’inventent sans Dieu ; les valeurs auxquelles nous tenons en tant que croyants sont mises à mal… Aussi la tentation est-elle grande soit de désespérer de Dieu, soit de recourir à la religion comme à une force magique pour tenir dans l’adversité, ou encore de se barricader derrière une religion intransigeante, identitaire, dernier rempart contre un monde de mort… Comment dans ce contexte demeurer fidèles à l’esprit de l’Évangile, un esprit de confiance, d’espérance, de paix, de joie ? Jésus livre ce secret à ses disciples : « Si vous m’aimiez vous seriez dans la joie ! » (Jn 14, 28)  À l’approche de la fête de l’Ascension, où le Christ se fait absent pour notre Terre, il nous invite à la fidélité : une fidélité par amour, une fidélité éclairée, une fidélité source de joie !

Fidèles par amour !

« Celui qui ne m’aime pas ne restera pas fidèle à mes paroles. » (Jn 14, 24) Oui, on peut se donner des tas de raisons pour s’accrocher à la foi chrétienne – défense des valeurs, appartenance rassurante, héritage familial, obligation morale… – mais une seule nous permettra de demeurer vraiment fidèles, nous dit l’Évangile, c’est l’amour que nous portons au Christ ! Or, l’amour consiste justement à ne pas se barricader derrière des principes, des valeurs, des certitudes mais d’être ouverts à la vie, à chaque interpellation qui se présente à nous… N’est-ce pas ce qu’a vécu le Christ, dénonçant les principes des scribes et des pharisiens, qui n’étaient pas mauvais en eux-mêmes, mais qui les rendaient indisponibles au souffle de l’Esprit. Comment alors nourrir,  jour après jour, une relation vivante au Christ, pour ne pas stériliser notre foi dans des formes et des expressions qui pouvaient signifier quelque chose pour nous à un moment de notre vie, mais qui ne font peut-être plus sens aujourd’hui ?  Quelle place donnons-nous à la prière personnelle, à la méditation de la Parole de Dieu, à la contemplation de la vie du Christ pour qu’elles nourrissent notre amour du Christ et donc une fidélité ajustée à sa volonté ?

Fidèles car éclairés !

« L’Esprit Saint… vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. » (Jn 14, 26) Oui, bien sûr, cette « fidélité dynamique » est beaucoup moins confortable qu’une fidélité sclérosée dans des formes fixes. Elle demande un discernement perpétuel sous la mouvance de l’Esprit. Pour aimer le Christ avec justesse, il faut le connaître ! Et, ici encore, il ne s’agit pas d’une connaissance notionnelle, mais d’une connaissance existentielle, relationnelle, aussi, ne nous étonnons pas que cette connaissance nous demande d’être insérés dans une communauté de croyants où l’on puisse s’épauler mutuellement dans la prière, dans la lecture de l’Évangile, dans le discernement des signes de l’Esprit, dans l’engagement au service des frères les plus nécessiteux. Quelle place donnons-nous à l’approfondissement de notre foi, avec d’autres, pour vivre une fidélité éclairée et non pas dévoyée ?

Fidèles donc heureux !

« Si vous m’aimiez vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père ! » (Jn 14, 28) Finalement, un des critères les plus tangibles de cette fidélité à la Parole du Christ, c’est la joie qu’elle suscite en nous. Loin des regrets, loin des nostalgies d’antan, loin des rêves de restauration chrétienne, l’amour du Christ qui ne peut être vrai que s’il se traduit en amour pour nos frères, rend vraiment heureux. Ce n’est pas un hasard si Dominique Lapierre avait intitulé son livre sur les bidonvilles de Calcutta : « La cité de la Joie » … Ce n’est pas un hasard si la rédactrice en chef de Pèlerin note, suite à son voyage au Togo auprès de l’association Vivre dans l’espérance  qui s’occupe de malades et d’orphelins du Sida : « Paradoxalement, je suis donc revenue du Togo avec davantage d’envie d’agir et de confiance en l’avenir que je n’en avais avant de partir. » [1] Ce n’est pas un hasard si le Christ conclut son discours au soir de la Cène en confiant à ses disciples : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie ! » (Jn 15,11)

Alors, s’agit-il de rester fidèle pour rester fidèle, par obligation morale ?

Ou s’agit-il d’inventer une fidélité par amour du Christ… et donc des hommes,

une fidélité dynamique et éclairée,

une fidélité qui soit source de Joie ?



[1] Anne Ponce, Editorial du Pèlerin du 18 avril 2013

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Triduum pascal !

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Ne vous est-il pas parfois difficile de vous mettre vraiment en phase avec le rythme imposé par la liturgie ? J’avoue que, pour ma part, la vie africaine de m’y aide guère… Je vous avais déjà partagé que vivre Noël par 30° et sans le décorum habituel de nos villes qui se parent pour les fêtes n’était pas évident, et, dans une moindre mesure, je constate qu’il en va de même pour ces fêtes pascales… sans retour du printemps (même si revient la saison des pluies), ni chocolat… ! De plus, n’étant pas vraiment dans le rythme paroissial, même si j’y rends quelques services, j’ai l’impression d’être propulsé dans ce Triduum Pascal de façon quelque peu artificielle…

Comment alors vivre pleinement ces jours cruciaux pour notre foi ?

Peut-être d’abord en se rappelant que la liturgie ne consiste pas à mimer les évènements du passé comme si nous n’en connaissions pas le dénouement, mais à célébrer les différents accents d’une seule et même réalité, qui se déploie depuis la Création jusqu’à la fin du monde : Dieu donne totalement sa vie pour nous afin de nous faire participer de plus en plus à sa vie ! Les événements de la Passion ne célèbrent rien d’autre que ce don total de Dieu qui s’anéantit pour que l’homme puisse exister ! Si nous sommes conscients de cela, peut-être devient-il alors plus facile de communier à ce que nous célébrons :

–          La célébration de la Sainte Cène, n’est-elle pas la célébration de la Création qui marche vers sa Christification ? Et donc la célébration de notre travail quotidien comme participation à cette Transfiguration : du monde, de la matière, des êtres vivants afin qu’ils deviennent Corps et Sang du Christ !

–          La célébration de la Passion, n’est-elle pas la célébration de toutes nos misères humaines assumées par le Christ ? Et donc la capacité qui nous est donnée d’assumer toutes nos trahisons, nos violences, nos souffrances, nos morts comme des états passagers dans nos vies, qui ne peuvent nous séparer de l’amour de Dieu !

–          La célébration du Samedi Saint, n’est-elle pas la célébration de l’absence de Dieu dans nos vies, qui loin de nous conduire à la désespérance creuse en nous le désir de la rencontre et nous permet d’exister ? Que seraient nos vies si Dieu les envahissait ? Pour que nous existions, pour que nous parcourions notre chemin en pleine liberté, Dieu se retire, se fait discret, comme la maman qui guette de loin les premières expériences d’autonomie de son enfant !

–          La célébration du dimanche de Pâque, n’est-elle pas la célébration de la Résurrection en marche depuis ce premier matin pascal ? Et donc, la célébration de tout ce qui a saveur d’éternité dans notre quotidien et qui est recueilli à chaque seconde dans le cœur de Dieu ? Célébration de la Vie victorieuse de toute mort, invitation à choisir jour après jour le chemin de la vie !

Non, le Triduum Pascal n’est pas étranger à notre quotidien ; alors, même si le décorum n’est pas en place, nous pouvons célébrer ces jours saints, non pas en nous faisant violence pour être triste le vendredi Saint, angoissé le samedi saint ou exalté le jour de Pâque, mais en habitant les événements habituels de notre vie dans une plus grande profondeur, de l’ordre de cette Transfiguration de toute chose, de l’ordre de ce regard différent posé à hauteur de Dieu, de l’ordre de la promotion de la Vie sous toutes ses formes !

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La vie par ici…

Co.Cho.Ly.Co.So

Co.Cho.Ly.Co.So

Bien sûr nous sommes surtout pris en ces jours par les célébrations de la semaine sainte… Mais les activités « extra-ordinaires » ont débuté dès vendredi dernier avec le premier concours des chorales des Collèges et Lycées, une belle activité  interculturelle organisée par l’aumônerie des Lycées et Collèges ; mais le concours a commencé beaucoup trop en retard dans la soirée (21h30 au lieu de 19h30)… nous n’avons donc pas pu le suivre dans son intégralité…

Samedi, ce sont tous les évêques du Togo qui s’étaient donné rendez-vous à Sokodé pour célébrer l’année de la foi et surtout l’élection de notre nouveau pape François… Voir l’article sur le blog des AA en Afrique de l’Ouest…

Et lundi saint, messe chrismale à la cathédrale, avec repas fraternel à l’issue de la célébration…

La semaine prochaine sera marquée par le départ des novices  en stage apostolique pour trois semaines… Deux d’entre eux à Dapaong, dans l’association de la sœur Marie-Stella qui s’occupe de malades et d’orphelins du Sida; deux à Kolware, non loin d’ici, avec les sœurs de Notre-Dame-des-Apôtres qui y tiennent un centre de soin, avec notamment la prise en charge de mamans, de malades du Sida et de malades de la lèpre ; enfin d’eux d’entre eux se rendront à Lomé pour travailler dans un orphelinat…

Bon temps pascal… À travers votre quotidien…

 

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Franchir le seuil du tombeau vide…

Resurrection_24Dimanche de Pâque, année C, Jn 20,1-9 /

Joie pascale, joie du Christ ressuscité, joie de la victoire définitive sur la mort ! Certes… mais comment entrer dans cette joie, sinon en franchissant le seuil du tombeau vide ? Car on ne peut appréhender la résurrection du Christ si l’on s’en tient au seuil, si l’on en reste à une analyse raisonnable ou si on se situe de façon extérieure à ce mystère. Comme le dit notre règle de vie à propos de la vie fraternelle : « Nul ne peut goûter la joie de cette vie sans y engager toute sa personne. » (RV n°7), il en va de même pour la joie pascale : nul ne peut goûter la joie de la Résurrection sans y engager toute sa personne ! Un saut nécessaire… Une résurrection à construire… Franchir le seuil du tombeau vide…

Un saut nécessaire !

Une pierre tombale déplacée, un tombeau vide, quelques bandelettes roulées « à leur place », ce ne sont pas vraiment des preuves, mais des signes ténus, interprétables de bien des manières… Marie-Madeleine, par exemple, pense qu’on a enlevé la dépouille du Seigneur… Il en va toujours de même aujourd’hui : certains s’accrochent au linceul de Turin, d’autres voudraient que l’archéologie leur donne des preuves, ou que l’enquête historique résolve la question ! Mais quand donc comprendront-ils que les preuves tuent la foi ! La foi en la résurrection est d’une autre nature, il en va d’un saut dans la confiance, d’une conviction intime qui se nourrit d’une relation personnelle tissée avec le Christ. Croire en la résurrection, c’est comme croire à la vie religieuse ou au mariage : on ne peut croire au mariage ou vivre la joie du mariage en théorie ou de l’extérieur, mais uniquement dans une aventure réelle avec une ou un partenaire… On n’a aucune preuve quant à la réussite de notre union… On ne sait pas d’avance ce que le chemin emprunté à deux donnera… Mais c’est par ce saut dans la confiance, sur la base du chemin déjà parcouru ensemble, que le mariage pourra donner de bons fruits… Oui, croire en la résurrection demande un saut, un engagement nécessaire envers le Ressuscité : on ne peut rester sur le seuil !

Une résurrection à construire !

N’avez-vous jamais remarqué que le Christ ressuscité n’apparaît qu’à ses disciples[1], c’est-à-dire qu’il restaure avec eux la relation établie de son vivant, manifestant ainsi que la mort n’a aucun pouvoir sur cette relation nouée avec le Christ : « J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur. » (Rm 8,38-39) Oui, la Résurrection est la restauration, en Dieu, des liens d’amour  tissés ici-bas ! Tout ce qui dans nos vie participe de l’amour, de la fraternité, de l’amitié, de la paix, de la justice, a déjà saveur d’éternité, participe déjà de la vie de Dieu, et Dieu « re-suscitera » ces liens que nul ne peut détruire, pas même la mort ! Nous pouvons donc goûter, dès maintenant, la joie de la résurrection, si nous ne considérons pas celle-ci comme une récompense à venir, mais comme  un accomplissement de ce que nous vivons déjà ! Pour entrer dans la joie de la résurrection, faisons donc mémoire de tous les beaux moments de notre vie, de toutes les parcelles d’éternité de notre vie et rendons grâce au Seigneur qui nous les rendra au centuple…

Franchir le seuil du tombeau vide…

Pour entrer dans la joie pascale, ne restons donc pas sur le seuil du tombeau vide, n’attendons pas des preuves, ni même une récompense à venir, mais, comme Jean, faisons un pas de plus, engageons-nous dans cette vie de ressuscité. Alors, comme ce disciple bien-aimé, nous pourrons « voir et croire » à la vie du Ressuscité en nous et autour de nous !

« Vous êtes ressuscités avec le Christ…

recherchez donc les réalités d’en haut ! » (Col 3,1)

Alléluia !



[1]L’apparition à Paul est d’une autre nature, il s’agit plus d’une expérience mystique que le partage d’un repas avec le Ressuscité, comme ce fut le cas pour les apôtres.

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Vers une vie eucharistique !

detaillavementdespiedsJeudi Saint, année C, Jn13, 1-15 /

Première célébration du Triduum Pascal, la célébration de la Sainte Cène nous replace au cœur de notre vie chrétienne. L’eucharistie, en effet, n’est pas uniquement le mémorial du dernier repas du Christ avec ses disciples, elle n’est pas seulement le sommet de l’activité liturgique de l’Église, ni même exclusivement  le sacrement suprême dont découle tous les autres… L’eucharistie est tout cela, mais elle est surtout la cristallisation en un instant fulgurant de ce que fut la vie du Christ et de ce que doit être notre vie de disciple : Une vie toute donnée, une vie toute reçue, une vie de communion !

Une vie toute donnée !

C’est peut-être ce qui nous apparaît le plus clairement, à travers ce récit du lavement des pieds, qui remplace, dans l’évangile de Jean, le récit de l’institution de la Cène. On voit bien que ce geste est symbolique, comme dans nos célébrations du jeudi saint, mais ce geste n’a de poids et de sens que parce qu’il couronne une vie toute donnée depuis l’Incarnation jusqu’à la croix : « Lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix. » (Ph 2,6-8) La vie du disciple ne peut être différente de celle du maître, mais notre difficulté vient peut-être du fait que nous voulons imiter le Christ en commençant pas la fin. À Pierre qui annonce à Jésus qu’il le suivra jusqu’au bout –alors que dans quelques heures il va le renier–  Jésus répond : « Où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant; mais tu me suivras plus tard. » (Jn 13, 36) Jésus, lui-même, n’a pas commencé à donner sa vie, en commençant pas la croix, mais en annonçant en acte et en parole la Bonne Nouvelle ! Pour que notre vie soit comme celle du Christ toute donnée, empruntons l’humble chemin du service, à notre mesure, et avec les talents que le Seigneur nous a confiés… Et alors, comme le Christ, comme Pierre, comme les saints, notre capacité à nous donner grandira certainement jour après jour…

Une vie toute reçue !

Nous ne pouvons donner notre vie que parce que nous la recevons d’un Autre ! Nous en faisons déjà l’expérience humaine car, contrairement à nos fantasmes, nous ne sommes pas à l’origine de nous-mêmes, mais sommes le fruit de l’amour de nos parents… Et c’est cet amour qui nous lance sur le chemin de la vie… À contrario, nous ne savons que trop combien les carences en amour handicapent sérieusement notre propre capacité à aimer. Alors, à fortiori, nous faut-il prendre conscience que notre origine remonte au-delà de nos parents, jusqu’à la source de la Vie, Dieu notre Père et Créateur : et que c’est cet amour reconnu et reçu qui peut nous permettre d’aimer toujours plus : « Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est venu de Dieu et qu’il retourne à Dieu, se lève de table, quitte son vêtement, et prend un linge. » (Jn 13,3-4) N’êtes-vous pas surpris par cet enchaînement ? C’est de recevoir pleinement sa vie de Dieu qui permet à Jésus d’affronter la dernière heure ! Comme la parole de son père : « C’est toi mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour.» (Mt 1,11) l’avait lancé en avant au début sa vie publique. L’eucharistie est donc aussi ce temps où il nous faut, sans cesse, recevoir la Parole et la Vie même de Dieu pour nous permettre d’avancer sur le chemin de l’amour ! « Comme je vous ai aimés… [puisque je vous ai aimés]… aimez-vous les uns les autres ! » (Jn 13,34)

Une vie de communion !

Une vie eucharistique est donc une vie qui respire Dieu : qui inspire en Dieu le souffle de l’amour afin de pouvoir expirer cet amour autour d’elle et construire la communion universelle de l’humanité entière avec Dieu ! Vous voyez bien alors que l’eucharistie n’a rien à voir avec une affaire privée entre moi et mon Dieu… Lorsque je manque l’eucharistie, je manque à ma communauté, et plus fondamentalement, je manque à la construction du Corps du Christ ! N’oublions jamais que le salut, c’est le partage de la vie divine, que le but de la Création c’est cette communion de tous les êtres dans la communion d’amour et de vie de la Sainte Trinité ! Voilà pourquoi l’eucharistie, sacrement de la communion qui fait de nous le Corps du Christ, est le sommet de tous les sacrements ! Voilà pourquoi le but de toute vie chrétienne est de construire la communion, l’unité, la paix, la réconciliation entre les hommes et avec Dieu !

En ce Jeudi Saint remettons-nous face à l’essentiel de notre vie :

Pour entrer dans le bonheur de Dieu, une seule voie :

Faire, comme le Christ, de notre vie une vie eucharistique…

…une vie toute donnée, une vie toute reçue, une vie de communion !

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Visite du supérieur provincial

Le p. Benoît Gschwind accueillant les postulants
Le p. Benoît Gschwind accueillant les postulants

La semaine fut marquée par la visite de notre supérieur provincial, le père Benoît Gschwind. C’est un des derniers territoires de sa vaste province « de France » (13 pays) qu’il n’avait pas encore visité.  Le père Benoît a surtout pris le temps de rencontrer les uns et les autres pour un entretien personnel. Des postulants aux religieux en passant par les novices, cela faisait tout de même 21 personnes à rejoindre… Il a aussi pris le temps de rencontrer l’évêque de Sokodé, le vicaire général, le conseil paroissial, les communautés des Religieuses et des Orantes de l’Assomption, notre volontaire assomption (Jérémie) et, bien sûr, de découvrir un peu nos lieux d’insertion pastorale : la paroisse, la radio, le centre culturel…

Un des temps forts de la visite fut l’accueil officiel des huit postulants, au cours d’une simple célébration de vêpres. Antoine, Armand, Ignace, Jean-Jacques, Martin, Renaud (togolais), Blaise (béninois) et Jérôme (camerounais) ont posé un pas supplémentaire vers la vie religieuse assomptionniste, avec cette première démarche officielle d’entrée au postulat…

Le père Benoît Gschwind n’a pas manqué de rappeler, aux uns et aux autres, les trois points d’appui de tout religieux ou candidat à la vie religieuse : la prière personnelle, la fréquentation régulière de la Parole de Dieu et l’accompagnement spirituel. À l’occasion de cette visite, chacun a donc pu se remettre en route à la suite du Christ ; et, petit à petit, l’Assomption en Afrique de l’Ouest dessine sa façon d’incarner ici le charisme assomptionniste.

Enfin,  le père provincial a profité de sa visite pour nous annoncer le nom du nouveau délégué provincial pour l’Afrique de l’Ouest, qui n’est autre que votre serviteur… Cela consiste en un service modeste, d’animation, d’écoute, de communication et d’aide à la prise de décision… Je compte sur votre prière pour ce nouveau service… 

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Conférence dans la cadre de l’Espace d’Alzon… Inculturation et discernement…

Les intervenants...
Les intervenants…

Nous avons eu une rencontre passionnante mercredi dernier, 20 mars, autour de la question suivante :

 «Comme chrétien, lors des naissances, des mariages, des funérailles, etc… doit-on rejeter, ou bénir, toutes les pratiques culturelles traditionnelles ? Quel discernement opérer ? »

La soirée fut animée par monsieur Benoît ATIDEPE, anthropologue, et par le père Vincent KAMBERE, assomptionniste. Des exemples concrets nous ont permis de comprendre qu’il fallait une foi solide pour oser s’opposer à telle ou telle pratique, parfois au risque de sa vie ! Chacun des conférenciers a témoigné de véritables épreuves (lors de funérailles, ou de phénomènes d’enfants sorciers (possédés par des esprits) qu’ils ont dû traverser et dont ils sont sortis vainqueurs grâce à leur foi profonde en Jésus Christ.

Par ailleurs, la peur des esprits des défunts qui peuvent nuire à la sérénité des familles, si l’on ne fait pas telle ou telle cérémonie, incite de nombreux chrétiens à vivre une double appartenance : « un pied dehors, et un pied dedans… » Aussi, une pastorale adaptée doit être développée comme c’est déjà le cas dans d’autres diocèses. Par exemple, au lieu que les familles s’engagent dans des célébrations douteuses de sortie du nouveau né (huit jours après sa naissance), afin de savoir quel ancêtre s’est réincarné dans l’enfant, ne faut-il pas urgemment proposer des célébrations chrétiennes de bénédiction des nouveaux nés et d’être capable de répondre comme cette jeune mère de famille, à ceux qui l’interrogeaient sur l’ancêtre réincarné dans son enfant : « C’est Jésus qui est présent en mon enfant ! » Il est aussi extrêmement nécessaire que le prêtre soit présent aux célébrations familiales lors de la mise en bière  des défunts afin d’éviter toutes sortes de pratiques malsaines…

Bref, à travers les interventions des conférenciers et de l’assemblée, la soirée fut vraiment passionnante…

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Et encore…

 Ce vendredi, un grand concours entre les chorales des lycées et collèges de la ville de Sokodé est organisé par le frère Serge, afin de célébrer une fois encore la fraternité interreligieuse… Souhaitons une bonne réussite à cette activité !

 Ce samedi nous célébrons à la cathédrale, avec l’ensemble des évêques du Togo, une eucharistie d’action de grâce pour l’élection du pape François…

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Bon et tendre jusqu’au bout !

Dimanche des Rameaux et de la Passion, année C, Lc 22,14 – 23,56 /

 Semaine Sainte : voici la grande semaine de l’année liturgique ! Et comme chaque année, nous méditerons par deux fois le récit de la Passion : toujours selon saint Jean pour le Vendredi Saint et suivant l’évangéliste de l’année pour le jour des Rameaux. C’est donc la Passion selon saint Luc (année C) qui est proposée à notre méditation en ce dimanche, et vous ne serez pas surpris de constater que, même dans ce récit dramatique, l’évangéliste Luc ne dément pas son titre d’évangéliste de la tendresse et de la miséricorde de Dieu ! Notre méditation pourra donc certainement rejoindre l’invitation de notre nouveau pape François : « Rappelons-nous que la haine, l’envie, l’orgueil souillent la vie ! Garder veut dire alors veiller sur nos sentiments, sur notre cœur, parce que c’est de là que sortent les intentions bonnes et mauvaises : celles qui construisent et celles qui détruisent ! Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, et même pas non plus de la tendresse ! »[1] Contemplons donc la figure du Christ bon et tendre jusqu’au bout, qui veille sur ses sentiments, en relevant les accents spécifiques rapportés par Luc.

Il guérit jusqu’au bout !

Luc est d’abord le seul à rapporter ce geste de bonté de Jésus : «  L’un d’eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite. Jésus répondit : « Laissez donc faire ! » Et, touchant l’oreille de l’homme, il le guérit. » (Lc 22,50-51) Jésus Fils de Dieu ne peut s’empêcher de servir la vie ! Ce geste de compassion a certainement porté plus de fruit –ne serait-ce que dans le cœur de ce serviteur et des témoins de la scène– qu’un acte violent de défense de son bon droit ! Sommes-nous capables de chambouler les cœurs, nous aussi, par notre bonté, par notre service des hommes, même de nos ennemis, plutôt que par nos réactions spontanées de défensive ou de combat ?

Il manifeste sa tendresse jusqu’au bout !

Luc est encore le seul évangéliste à rapporter le regard de miséricorde de Jésus envers Pierre après la trahison de ce dernier : « Et à l’instant même, comme il parlait encore, un coq chanta. Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre » (Lc 22,60) Et nous connaissons bien la nature de ce regard qui n’a rien d’un regard accusateur ! Luc est encore le seul à rapporter la compassion de Jésus envers les femmes de Jérusalem : « Des femmes se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus. Il se retourna et leur dit : « Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ! » (Lc 23,27-28) Poser un regard de tendresse sur nos frères et sœurs, tel est le grand défi de notre vie chrétienne ! J’aime souvent rappeler aux jeunes novices ou aux pénitents que, lorsque nous avons des difficultés relationnelles envers quelqu’un qui nous dit des paroles blessantes ou qui se met en colère contre nous, qu’en fait, ce n’est pas vraiment à nous que cette personne en veut, mais que ses réactions manifestent plutôt ses propres difficultés à aimer et à se sentir aimé ; et cela doit bien plutôt susciter en nous de la compassion et de la tendresse plutôt qu’une violence réciproque…

Il pardonne jusqu’au bout !

Cela peut vous paraître surprenant, car chacun de nous a construit dans sa mémoire un unique récit de la Passion,  et pourtant Luc est le seul à nous parler du bon Larron ! Jean n’en parle pas, Matthieu et Marc disent : « Même les brigands crucifiés avec lui l’outrageaient de la sorte. » Alors que Luc nous rapporte la bonté de cœur qui peut exister même chez un brigand et la promesse de Jésus : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » (Lc 23,43) Même surprise, peut-être, de constater que Luc est le seul à rapporter cette Parole de Jésus  « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font ! » (Lc 23,34)

Quel cadeau que ce récit de la Passion selon saint Luc !

Ne cessons donc pas de contempler les attitudes de Jésus jusque dans ces moments dramatiques,

afin de pouvoir, comme Lui, faire preuve de bonté et de tendresse dans toute situation !

« Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, et même pas non plus de la tendresse ! »



[1] Pape François, Homélie d’inauguration de son pontificat, 19 mars 2013

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