Echos de l’ordination du frère Serge-Patrick !

Serge-Patrick entouré de sa famille et Mgr Djoliba

Serge-Patrick entouré de sa famille et Mgr Djoliba

Par Pierre-Paul, novice chez les Augustins de l’Assomption :

 « Aime et fais ce que tu veux… Aie au fond du cœur la racine de l’amour : de cette racine, rien ne peut sortir de mauvais. » (saint Augustin) Telle fut la devise de l’ordinand, Fr Serge-Patrick MABOU SIMO, a.a. en ce 15 mai 2013. Une veillée de prière, la veille au soir, à l’intention de celui qui allait recevoir le premier degré du ministère ordonné, lança les festivités. Au cours de cette veillée de prière, le délégué du provincial, le père Benoît BIGARD, a donné le sens de ce service : « Le diaconat est perpétuel et le presbytérat ou l’épiscopat n’annule pas celui-ci… tout ministre ordonné est avant tout diacre » a-t-il souligné. Ce qui ne manqua pas de susciter un petit sourire du frère ordinand. « …Cette continuité, a-t-il poursuivi, est bien remarquable dans le rite byzantin par le port des vêtements liturgiques : l’évêque revêt d’abord ceux du diacre ensuite ceux du prêtre et enfin ceux qui sont propres à l’évêque ! » Le lendemain, ‘jour j’, la célébration fut présidée par l’ordinaire du lieu, son excellence Mgr Ambroise DJOLIBA, en présence d’une vingtaine de prêtres (diocésains, missionnaires d’Afrique et assomptionnistes), d’une trentaine de religieuses de diverses congrégations et d’une foule très composite : un bon nombre de frères musulmans et de frères d’autres confessions chrétiennes en particulier les jeunes –en raison de l’implication du frère Serge-Patrick dans la pastorale des jeunes dans un souci de dialogue œcuménique et interreligieux–. La manifestation a pris fin après le partage d’un verre de l’amitié à la sortie de la célébration. Les jeunes quant à eux, ont organisé une soirée festive au Centre Culturel Saint Augustin pour dire merci au nouveau diacre de sa présence à leurs côtés à travers les établissements catholiques, islamiques, privés et publics de la ville de Sokodé.

Puisse le Règne de Dieu advenir à l’Assomption et dans les cœurs !

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La vie par ici…

Depuis lundi dernier et pour une semaine encore, j’anime une session, à domicile, pour les novices et les postulants. Elle porte sur les différentes Églises chrétiennes. Nous venons de parcourir la forêt touffue des Églises orientales, où il s’agit notamment de prendre conscience de l’existence de la vingtaine d’Églises orientales catholiques si méconnues en général… La semaine prochaine nous aborderons un autre rivage, celui des Églises issues de la Réforme… Encore plein de découvertes en perspectives…

Pour vous permettre de goûter un peu notre parcours voici le beau texte de Jean Yves Leloup sur la méthode d’Oraison Hésychaste… « La prière de Jésus »… chère à la tradition orientale.

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La méthode d’Oraison Hésychaste

  LA MÉTHODE D’ORAISON HÉSYCHASTE

 Selon l’enseignement du père Séraphin du Mont Athos

hesychasmeJean-Yves Leloup

    Lorsque M. X. . ., jeune philosophe français, arriva au Mont Athos, il avait déjà lu un certain nombre de livres sur la spiritualité orthodoxe, particulièrement  » la petite philocalie de la prière du cœur  » et  » les récits d’un pèlerin russe « . Il avait été séduit sans être vraiment convaincu. Une liturgie, rue Daru à Paris, lui avait inspiré le désir de passer quelques jours au Mont Athos, à l’occasion de vacances en Grèce, pour en savoir un peu plus sur la prière et la méthode d’oraison des hésychastes. Ces silencieux en quête d’  » hésychia « , c’est-à-dire de paix intérieure.

Raconter dans la détail comment il en vint à rencontrer le père Séraphin qui vivait dans un ermitage proche de Saint-Panteleimon (le Roussikon comme l’appellent les Grecs) serait trop long. Disons seulement que le jeune philosophe était un peu las. Il ne trouvait pas les moines  » à la hauteur  » de ses livres. Disons aussi que s’il avait lu plusieurs livres sur la méditation et la prière, il n’avait pas encore vraiment prié ni pratiqué une forme de méditation particulière, et ce qu’il demandait au fond, ce n’était pas un discours de plus sur la prière ou la méditation, mais une  » initiation  » qui lui permettrait de les vivre et de les connaître du dedans, par expérience et non par  » ouie-dire « .

Le père Séraphin avait une réputation ambiguë auprès des moines de son entourage. Certains l’accusaient de léviter, d’autres d’aboyer, certains le considéraient comme un paysan ignare, d’autres comme un véritable staretz inspiré du Saint-Esprit et capable de donner de profonds conseils ainsi que de lire dans les coeurs.

Lorsqu’on arrivait à la porte de son ermitage, le père Séraphin avait l’habitude de vous observer de la façon la plus indécente : de la tête aux pieds pendant cinq longues minutes, sans vous adresser le moindre mot. Ceux que ce genre d’examen ne faisait pas fuir pouvaient alors entendre le diagnostic cinglant du moine :

– Vous, Il n’est pas descendu en dessous du menton.

– Vous, n’en parlons pas. Il n’est même pas entré.

– Vous, ce n’est pas possible, quelle merveille. Il est descendu jusqu’à vos genoux.    C’est du Saint-Esprit bien sûr qu’il parlait et de sa descente plus ou moins profonde dans l’homme. Quelquefois dans la tête, mais pas toujours dans le coeur ou dans les entrailles . . . Il jugeait ainsi la sainteté de quelqu’un d’après son degré d’incarnation de l’Esprit. L’homme parfait, l’homme transfiguré, pour lui c’était celui qui était habité tout entier par la présence de l’Esprit Saint de la tête aux pieds.  » Cela je ne l’ai vu qu’une fois chez le staretz Silouane, lui disait-il, c’était vraiment un homme de Dieu, plein d’humilité et de majesté.  »

Le jeune philosophe n’en était pas encore là, le Saint-Esprit s’était arrêté ou plutôt n’avait trouvé de passage en lui que  » jusqu’au menton « . Lorsqu’il demanda au père Séraphin de lui parler de la prière du coeur et de l’oraison pure selon Evagre le Pontique, le père Séraphin commença à aboyer. Cela ne découragea pas le jeune homme. Il insista . . . alors le père Séraphin lui dit :

 » Avant de parler de prière du coeur, apprends d’abord à méditer comme la montagne . .  » et il lui montra un énorme rocher.  » Demande-lui comment il fait pour prier. Puis, reviens me voir.  »

 

Méditer comme une montagne

Ainsi commençait pour le jeune philosophe une véritable initiation à la méthode d’oraison hésychaste. La première indication qui lui était donnée concernait la stabilité. L’enracinement d’une bonne assise.

En effet, le premier conseil que l’on peut donner à celui qui veut méditer n’est pas d’ordre spirituel, mais physique : assieds-toi.

S’asseoir comme une montagne, cela veut dire aussi prendre du poids : être lourd de présence. Les premiers jours, le jeune homme avait beaucoup de mal à rester ainsi immobile, les jambes croisées, le bassin légèrement plus haut que les genoux (c’est dans cette posture qu’il avait trouvé le plus de stabilité). Un matin, il sentit réellement ce que voulait dire méditer comme une montagne. Il était là de tout son poids, immobile. Il ne faisait qu’un avec elle, silencieux sous le soleil. Sa notion du temps avait complètement changé. Les montagnes ont un autre temps, un autre rythme. Être assis comme une montagne, c’est avoir l’éternité devant soi, c’est l’attitude juste pour celui qui veut entrer dans la méditation : savoir qu’il a l’éternité derrière, dedans et devant soi. Avant de bâtir une église, il fallait être pierre et sur cette pierre (cette solidité imperturbable du roc), Dieu pouvait bien bâtir son Église et faire du corps de l’homme son temple. C’est ainsi qu’il comprenait le sens de la parole évangélique :  » Tu es pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église.  »

Il resta ainsi plusieurs semaines. Le plus dur était pour lui de passer ainsi des heures  » à ne rien faire « . Il fallait réapprendre à être, à être tout simplement – sans but ni motif. Méditer comme une montagne c’était la méditation même de l’Être,  » du simple fait d’Être « , avant toute pensée, tout plaisir et toute douleur.

Le père Séraphin lui rendait visite chaque jour, partageant avec lui ses tomates et quelques olives. Malgré ce régime des plus frugal, le jeune homme semblait avoir pris du poids. Sa démarche était plus tranquille. La montagne semblait lui être entrée dans la peau. Il savait prendre du temps, accueillir les saisons, se tenir silencieux et tranquille comme une terre parfois dure et aride, mais aussi parfois comme un flanc de colline qui attend sa moisson.

Méditer comme une montagne avait également modifié le rythme de ses pensées. Il avait appris à  » voir  » sans juger, comme s’il donnait à tout ce qui pousse sur la montagne  » le droit d’exister « .

Un jour, des pèlerins le prenant pour un moine, impressionnés par sa qualité de présence, lui demandèrent une bénédiction. Il ne répondit rien, imperturbable comme la pierre. Ayant appris cela, le soir même, le père Séraphin commença à le rouer de coups . . . Le jeune homme se mit alors à gémir.

 » Ah bon, je te croyais devenu aussi stupide que les cailloux du chemin. . . La méditation hésychaste a l’enracinement, la stabilité des montagnes, mais son but n’est pas de faire de toi une souche morte, mais un homme vivant « .

Il prit le jeune homme par le bras et le conduisit dans le fond du jardin où parmi les herbes sauvages on pouvait voir quelques fleurs.  » Maintenant, il ne s’agit plus de méditer comme une montagne stérile. Apprends à méditer comme un coquelicot, mais n’oublie pas pour autant la montagne . . .  » .

 

Méditer comme un coquelicot

C’est ainsi que le jeune homme apprit à fleurir . . . La méditation, c’est d’abord une assise et c’était ce que lui avait enseigné la montagne. La méditation, c’est aussi une  » orientation  » et c’est ce que lui enseignait maintenant le coquelicot : se tourner vers le soleil, se tourner du plus profond de soi-même vers la lumière. En faire l’aspiration de tout son sang, de toute sa sève.

Cette orientation vers le beau, vers la lumière le faisait quelquefois rougir comme un coquelicot. Comme si  » la belle lumière  » était celle d’un regard qui lui souriait et attendait de lui quelque parfum . . .Il apprit également auprès du coquelicot que pour bien demeurer dans son orientation, la fleur devait avoir  » la tige droite  » et il commença à redresser sa colonne vertébrale.

Cela lui posait quelques difficultés, parce qu’il avait lu dans certains textes de la philocalie que le moine devait être légèrement courbé. Quelquefois même avec douleur. Le regard tourné vers le coeur et les entrailles.

Il demanda quelques explications au père Séraphin. Les yeux du staretz le regardèrent avec malice :  » Ca, c’était pour les costauds d’autrefois. Ils étaient pleins d’énergie, et il fallait un peu les rappeler à l’humilité de leur condition humaine, qu’ils se courbent un peu le temps de la méditation cela ne leur faisait pas de mal . . . Mais toi, tu as plutôt besoin d’énergie, alors, au moment de la méditation, redresse-toi, sois vigilant, tiens-toi droit vers la lumière, mais sois sans orgueil . . .d’ailleurs si tu observes bien le coquelicot, il t’enseignera non seulement la droiture de la tige, mais aussi une certaine souplesse sous les inspirations du vent et puis aussi une grande humilité . . . .  »

En effet, l’enseignement du coquelicot était aussi dans sa fugacité, sa fragilité. Il fallait apprendre à fleurir, mais aussi à faner. Le jeune homme comprenait mieux les paroles du prophète :

 » Toute chair est comme l’herbe et sa délicatesse est celle de la fleur des champs. L’herbe sèche, la fleur se fane . . . Les nations sont comme une goutte de rosée au bord d’un seau . . . . Les Juges de la terre à peine sont-ils plantés, à peine leur tige

a-t-elle pris racine en terre . . . alors ils se dessèchent et la tempête les emporte comme un fétu « . (cf. Isaïe 40).

La montagne lui avait donné le sens de l’Éternité, le coquelicot lui enseignait la fragilité du temps : méditer, c’est connaître l’Éternel dans la fugacité de l’instant, un instant droit, bien orienté. C’est fleurir le temps qu’il nous est donné de fleurir, aimer le temps qu’il nous est donné d’aimer, gratuitement, sans pourquoi, car pour qui ? Pour quoi fleurissent-ils, les coquelicots ?

Il apprenait ainsi à méditer  » sans but ni profit « , pour le plaisir d’être, et d’aimer la lumière.  » L’amour est à lui-même sa propre récompense « , disait saint Bernard.  » La rose fleurit parce qu’elle fleurit sans pourquoi « , disait encore Angelus Silesius.  » C ‘est la montagne qui fleurit dans le coquelicot, pensait le jeune homme. C’est tout l’univers qui médite en moi. Puisse-t-il rougir de joie l’instant que dure ma vie.  » Cette pensée était sans doute de trop. Le père Séraphin commença à secouer notre philosophe et de nouveau le prit par le bras.

Il l’entraîna par un chemin abrupt jusqu’au bord de la mer, dans une petite crique déserte.  » Arrête de ruminer comme une vache le bon sens des coquelicots. . . Aie aussi le coeur marin. Apprends à méditer comme l’océan « .

 

Méditer comme l’océan

Le jeune homme s’approcha de la mer. Il avait acquis une bonne assise et une orientation droite. Il était en bonne posture. Que lui manquait-il ? Que pouvait lui enseigner le clapotis des vagues ? Le vent se leva. Le flux et le reflux de la mer se fit plus profond et cela réveilla en lui le souvenir de l’océan. Le vieux moine lui avait bien conseillé en effet de méditer  » comme l’océan  » et non comme la mer. Comment avait-il deviné que le jeune homme avait passé de longues heures au bord de l’Atlantique, la nuit surtout, et qu’il connaissait déjà l’art d’accorder son souffle à la grande respiration des vagues. J’inspire, j’expire . . ., puis, je suis inspiré, je suis expiré. Je me laisse porter par le souffle, comme on se laisse porter par les vagues . . . Ainsi faisait-il la planche, emporté par le rythme des respirations océanes. Cela l’avait conduit parfois au bord d’évanouissements étranges. Mais la goutte d’eau qui autrefois  » s’évanouissait dans la mer  » gardait aujourd’hui sa forme, sa conscience. Était-ce l’effet de sa posture ? de son enracinement dans la terre ? Il n’était plus emporté par le rythme approfondi de sa respiration. La goutte d’eau gardait son identité et pourtant elle savait  » être un  » avec l’océan. C’est ainsi que le jeune homme apprit que méditer, c’est respirer profondément, laisser être le flux et le reflux du souffle.

Il apprit également que s’il y avait des vagues en surface, le fond de l’océan demeurait tranquille. Les pensées vont et viennent, nous écument, mais le fond de l’être reste immobile. méditer à partir des vagues que nous sommes pour perdre pied et prendre racine dans le fond de l’océan. Tout cela devenait chaque jour un peu plus vivant en lui, et il se rappelait les paroles d’un poète qui l’avaient marqué au temps de son adolescence :  » L’Existence est une mer sans cesse pleine de vagues. De cette mer les gens ordinaires ne perçoivent que les vagues. Vois comme des profondeurs de la mer d’innombrables vagues apparaissent à la surface, tandis que la mer reste cachée dans les vagues « . Aujourd’hui la mer lui semblait moins  » cachée dans les vagues « , l’unicité de toutes choses lui semblait plus évidente, et cela n’abolissait pas le multiple. Il avait moins besoin d’opposer le fond et la forme, le visible et l’invisible. Tout cela constituait l’océan unique de la vie.

Dans le fond de son souffle n’y avait-il pas la Ruah ? le pneuma ? le grand souffle de Dieu ?  »

Celui qui écoute attentivement sa respiration, lui dit alors le vieux moine Séraphin, n’est pas loin de Dieu.  »

 » Ecoute qui est là à la fin de ton expir. Qui est là à la source de ton inspir. Il y avait là en effet quelques secondes de silence plus profondes que le flux et le reflux des vagues, il y avait là quelque chose qui semblait porter l’océan . . .

 

Méditer comme un oiseau

Être dans une bonne assise, être orienté droit dans la lumière, respirer comme un océan, ce n’est pas encore la méditation hésychaste, lui dit le père Séraphin, tu dois apprendre maintenant à méditer comme un oiseau, et il le mena dans une petite cellule proche de son ermitage où vivaient deux tourterelles. Le roucoulement de ces deux petites bêtes lui parut d’abord charmant, mais ne tarda pas à énerver le jeune philosophe. Elles choisissaient en effet le moment où il tombait de sommeil pour se roucouler les mots les plus tendres. Il demanda au vieux moine ce que signifiait tout cela et si cette comédie allait durer encore longtemps. La montagne, l’océan, le coquelicot passe encore (quoi qu’on puisse se demander ce qu’il y a de chrétien dans tout cela), mais maintenant lui proposer cette volaille languissante comme maître de méditation c’en était trop !

Le père Séraphin lui expliqua que dans le premier testament, la méditation est exprimée par des termes de la racine  » haga  » rendus le plus souvent en grec par mélété -meletan- et en latin par meditari -meditatio. La racine en son sens primitif signifie  » murmurer à mi-voix « . Elle est également employée pour désigner des cris d’animaux, par exemple le rugissement du lion (Isaïe 31,4), le pépiement de l’hirondelle et le chant de la colombe (Isaïe 38, 14), mais aussi le grognement de l’ours.

 » Au mont Athos on manque d’ours. C’est pour cela que je t’ai conduit auprès de la tourterelle, mais l’enseignement est le même. Il faut méditer avec ta gorge, non seulement pour accueillir le souffle, mais aussi pour murmurer le nom de Dieu jour et nuit . . .  »

Quand tu es heureux, presque sans t’en rendre compte, tu chantonnes, tu murmures quelquefois des mots sans signification, et ce murmure fait vibrer tout ton corps de joie simple et sereine.

Méditer, c’est murmurer comme la tourterelle, laisser monter en soi ce chant qui vient du coeur, comme tu as appris à laisser monter en toi le parfum qui vient de la fleur . . . méditer, c’est respirer en chantant. Sans trop s’attarder à sa signification pour le moment, je te propose de répéter, de murmurer, de chantonner ce qui est dans le coeur de tous les moines de l’Athos.  » Kyrie eleison, kyrie eleison. . .  » Cela ne plaisait pas trop au jeune philosophe. Lors de certaines messes de mariage ou d’enterrement il avait déjà entendu cela, on traduisait en français par  » Seigneur prends pitié « .

Le moine Séraphin se mit à sourire :  » Oui, c’est une des significations de cette invocation, mais il y en a bien d’autres. Cela veut dire aussi  » Seigneur, envoie ton Esprit . . .! Que ta tendresse soit sur moi et sur tous, que ton Nom soit béni, etc. . ., mais ne cherche pas trop à te saisir du sens de cette invocation, elle se révèlera d’elle-même à toi. Pour le moment sois sensible et attentif à la vibration qu’elle éveille dans ton corps et dans ton coeur. Essaie de l’harmoniser paisiblement avec le rythme de ta respiration. Quand des pensées te tourmentent, reviens doucement à cette invocation, respire plus profondément, tiens-toi droit et immobile et tu connaîtras un commencement d’hésychia, la paix que Dieu donne sans compter à ceux qui

l’aiment.  » le  » Kyrie eleison  » lui devint au bout de quelques jours un peu plus familier. Il l’accompagnait comme le bourdonnement accompagne l’abeille lorsqu’elle fait son miel. Il ne le répétait pas toujours avec les lèvres. Le bourdonnement devenait alors plus intérieur et sa vibration plus profonde.

Le  » Kyrie eleison  » dont il avait renoncé à  » penser  » le sens le conduisait parfois dans un silence inconnu et il se retrouvait dans l’attitude de l’apôtre Thomas lorsque celui-ci découvrit le Christ ressuscité  » Kyrie eleison « , Mon Seigneur est mon Dieu.

L’invocation le plongeait peu à peu dans un climat d’intense respect pour tout ce qui existe. Mais aussi d’adoration pour ce qui se tient caché à la racine de toutes les existences. Le père Séraphin lui dit alors :  » Maintenant tu n’es pas loin de méditer comme un homme. Je dois t’enseigner la méditation d’Abraham « .

 

Méditer comme Abraham

Jusqu’ici l’enseignement du staretz était d’ordre naturel et thérapeutique. Les anciens moines, selon le témoignage de Philon d’Alexandrie, étaient en effet des  » thérapeutes « . Leur rôle avant de conduire à l’illumination était de guérir la nature, de la mettre dans les meilleures conditions pour qu’elle puisse recevoir la grâce, la grâce ne contredisant pas la nature, mais la restaurant et l’accomplissant. C’est ce que faisait le vieillard avec le jeune philosophe en lui enseignant une méthode de méditation que certains pourraient appeler  » purement naturelle « . La montagne, le coquelicot, l’océan, l’oiseau, autant d’éléments de la nature qui rappellent à l’homme qu’il doit avant d’aller plus loin, récapituler les différents niveaux de l’être, ou encore les différents règnes qui composent le macrocosme. Le règne minéral, le règne végétal, le règne animal . . . Souvent l’homme a perdu le contact avec le cosmos, avec le rocher, avec les animaux et cela n’est pas sans provoquer en lui toutes sortes de malaises, de maladies, d’insécurité, d’anxiété. Il se sent  » de trop « , étranger au monde. Méditer c’était d’abord entrer dans la méditation et la louange de l’univers car  » toutes ces choses savaient prier avant nous « , disent les pères. L’homme est le lieu où la prière du monde prend conscience d’elle-même. L’homme est là pour nommer ce que balbutient toutes créatures. Avec la méditation d’Abraham, nous entrons dans une nouvelle et plus haute conscience qu’on appelle la foi, c’est-à-dire l’adhésion de l’intelligence et du coeur à ce  » Tu  » ou à ce  » Toi  » qui est, qui transparaît dans le tutoiement multiple de tous les êtres. Telle est l’expérience et la méditation d’Abraham : derrière le frémissement des étoiles, il y a plus que les étoiles, une présence difficile à nommer, que rien ne peut nommer et qui a pourtant tous les noms . . .

C’est quelque chose de plus que l’univers et qui pourtant ne peut pas être saisi en dehors de l’univers. La différence qu’il y a entre Dieu et la Nature, c’est la différence qu’il y a entre le bleu du ciel et le bleu d’un regard … Abraham au-delà de tous les bleus était en quête de ce regard… Après avoir appris l’assise, l’enracinement, l’orientation positive vers la lumière, la respiration paisible des océans, le chant intérieur, le jeune homme était ainsi invité à un éveil du coeur.  » Voici tout à coup que vous êtes quelqu’un « . Le propre du cœur, c’est, en effet, de personnaliser toute chose et, dans ce cas, de personnaliser l’Absolu, la Source de tout ce qui est et respire, la nommer, l’appeler  » Mon Dieu, Mon Créateur  » et marcher en Sa présence. Méditer, pour Abraham, c’est entretenir, sous les apparences les plus variées, le contact avec cette Présence. Cette forme de méditation entre dans les détails concrets de la vie quotidienne. L’épisode du chêne de Mambré nous montre Abraham  » assis à l’entrée de la tente, au plus chaud du jour « , et là, il va accueillir trois étrangers qui vont se révéler être des envoyés de Dieu. Méditer comme Abraham, disait le père Séraphin  » c’est pratiquer l’hospitalité, le verre d’eau que tu donnes à celui qui a soif, ne t’éloigne pas du silence, il te rapproche de la source « .  » Méditer comme Abraham, tu le comprends, n’éveille pas seulement en toi de la paix et de la lumière, mais aussi de l’Amour pour tous les hommes « . Et le père Séraphin lut au jeune homme le fameux passage du livre de la Genèse où il est question de l’intercession d’Abraham :

 » Abraham se tenait devant  » YHWH celui qui est – qui était – qui sera « . Il s’approcha et dit :  » Vas-tu vraiment supprimer le juste avec le pécheur ? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville, vas-tu vraiment les supprimer et ne pardonneras-tu pas à la cité pour les cinquante justes qui sont dans son sein ? . . .  »

Abraham, petit à petit, dut réduire le nombre des justes pour que ne soit pas détruite Sodome.

 » Que mon Seigneur ne s’irrite pas et je parlerai une dernière fois: peut-être s’en trouvera-t-il dix ? . . .  » (cf Genèse 18,16). Méditer comme Abraham c’est intercéder pour la vie des hommes, ne rien ignorer de leur pourriture et pourtant  » ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu « .

Ce genre de méditation délivre le coeur de tout jugement et de toute condamnation, en tout temps et en tout lieu ; quelles que soient les horreurs qui lui soient données de contempler, il appelle le pardon et la bénédiction.

Méditer comme Abraham, cela conduit encore plus loin. Le mot avait du mal à sortir de la gorge du père Séraphin, comme s’il avait voulu épargner au jeune homme une expérience par laquelle il avait dû lui-même passer et qui réveillait dans sa mémoire un subtil tremblement : cela peut aller jusqu’au Sacrifice . . . et il lui cita le passage de la Genèse où Abraham se montre prêt à sacrifier son propre fils Isaac.  » Tout est à Dieu, continua en murmurant le père Séraphin. Tout est de lui, par lui et pour lui  » ; méditer comme Abraham te conduit à cette totale dépossession de toi-même et de ce que tu as de plus cher . . . cherche ce à quoi tu tiens le plus, ce avec quoi tu identifies ton moi : pour Abraham c’était son fils, son unique. Si tu es capable de ce don, de cet abandon total, de cette infinie confiance en celui qui transcende toute raison et tout bon sens, tout te sera rendu au centuple :  » Dieu pourvoira « . Méditer comme Abraham, c’est n’avoir dans le coeur et la conscience  » rien d’autre que Lui « . Quant il monta au sommet de la montagne, Abraham ne pensait qu’à son fils. Quand il redescendit, il ne pensait qu’à Dieu.

Passer par le sommet du sacrifice, c’est découvrir que rien n’appartient au  » moi « . Tout appartient à Dieu. C’est la mort de l’ego et la découverte du  » Soi « . Méditer comme Abraham, c’est adhérer par la foi à celui qui transcende l’Univers, c’est pratiquer l’hospitalité, intercéder pour le salut de tous les hommes. C’est s’oublier soi-même et rompre ses attaches les plus légitimes pour se découvrir soi-même, nos proches et tout l’Univers, habité de l’infinie présence de  » Celui-là seul qui Est « .

 

Méditer comme Jésus

Le père Séraphin se montrait de plus en plus discret. Il sentait les progrès que faisait le jeune homme dans sa méditation et sa prière. Plusieurs fois il l’avait surpris, le visage baigné de larmes, méditant comme Abraham et intercédant pour tous les hommes.  » Mon Dieu, ma miséricorde, que vont devenir les pécheurs . . .?  » C’est le jeune homme qui un jour vint vers lui et lui demanda :  » Père, pourquoi ne me parlez-vous jamais de Jésus ? Quelle était sa prière à lui, sa forme de méditation? Dans la liturgie, dans les sermons, on ne parle que de lui. Dans la prière du coeur, telle qu’on en parle dans la philocalie, c’est bien son nom qu’il faut invoquer. Pourquoi ne me dites-vous rien ?  »

Le père Séraphin eut l’air troublé. Comme si le jeune homme lui demandait quelque chose d’indécent, comme s’il lui fallait révéler son propre secret. Plus grande est la révélation que l’on a reçue, plus grande doit être l’humilité pour la transmettre. Sans doute ne se sentait-il pas assez humble :  » Cela, ce n’est que l’Esprit Saint qui peut te l’enseigner. Nul ne sait qui est le fils, si ce n’est le père, ou qui est le père si ce n’est le fils et celui à qui le fils veut bien le révéler  » (Luc 10, 22). Il faut que tu deviennes fils pour prier comme le fils et entretenir avec Celui qu’il appelle son père et notre Père les mêmes relations d’intimité que lui, et cela c’est l’oeuvre de l’Esprit Saint, il te rappellera tout ce que Jésus a dit. L’Évangile deviendra vivant en toi et il t’apprendra à prier comme il faut.

Le jeune homme insista. Dites-moi encore quelque chose. Le vieillard lui sourit.  » Maintenant, dit-il, je ferais mieux d’aboyer. Mais tu prendrais encore cela pour un signe de sainteté. Mieux vaut te dire les choses simplement.

Méditer comme Jésus, cela récapitule toutes les formes de méditation que je t’ai transmises jusqu’à maintenant. Jésus est l’homme cosmique. Il savait méditer comme la montagne, comme le coquelicot, comme l’océan, comme la colombe. Il savait méditer aussi comme Abraham. Le coeur sans limites, aimant jusqu’à ses ennemis, ses bourreaux :  » Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font « . Pratiquant l’hospitalité à l’égard de ceux qu’on appelait les malades et les pécheurs, des paralysés, des prostituées, des collabos . . . La nuit il se retirait pour prier dans le secret et là, il murmurait comme un enfant  » abba « , ce qui veut dire  » papa  » . . . Cela peut te sembler tellement dérisoire, appeler  » papa  » le Dieu transcendant, infini, innommable, au-delà de tout ! C’est presque ridicule et pourtant c’était la prière de Jésus, et dans ce simple mot, tout était dit. Le ciel et la terre devenaient terriblement proches. Dieu et l’homme ne faisaient qu’un . . . peut-être faut-il avoir été appelé  » papa  » dans la nuit pour comprendre cela . . . Mais aujourd’hui ces relations intimes d’un père et d’une mère avec leur enfant ne veulent peut-être plus rien dire. Peut-être que c’est une mauvaise image ? . . .

C’est pour cela que je préférais ne rien te dire, ne pas employer d’image et attendre que l’Esprit Saint mette en toi les sentiments et la connaissance qui étaient dans le Christ Jésus et que cet  » abba  » ne vienne pas du bout des lèvres mais du fond du coeur. Ce jour-là, tu commenceras à comprendre ce qu’est la prière et la méditation des hésychastes « .

 

Maintenant, va !

Le jeune homme resta encore quelques mois au Mont Athos. La prière de Jésus l’entraînait dans des abîmes, parfois au bord d’une certaine  » folie  » :  » Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi « , pouvait-il dire avec saint Paul. Délire d’humilité, d’intercession, de désir  » que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité « . Il devenait Amour, il devenait feu. Le buisson ardent n’était plus pour lui une métaphore, mais une réalité :  » Il brûlait et pourtant il n’était pas consommé « . D’étranges phénomènes de lumière visitaient son corps. Certains disaient l’avoir vu marcher sur l’eau ou se tenir, assis immobile à trente centimètres du sol . . .

Cette fois le père Séraphin se mit à aboyer.  » Ca suffit ! Maintenant, va !  » et il lui demanda de quitter l’Athos, de rentrer chez lui et là il verrait bien ce qui reste de ses belles méditations hésychastes ! . . . Le jeune homme partit. Il revint en France. On le jugea plutôt amaigri et on ne trouva rien de très spirituel dans sa barbe plutôt sale et son air négligé . . . Mais la vie de la ville ne lui fit pas oublier l’enseignement de son staretz !

Quand il se sentait trop agité, n’ayant jamais le temps, il allait s’asseoir comme une montage à la terrasse du café. Quand il sentait en lui l’orgueil, la vanité, il se souvenait du coquelicot,  » toute fleur se fane « , et de nouveau son coeur se tournait vers la lumière qui ne passe pas. Quand la tristesse, la colère, le dégoût envahissaient son âme, il respirait au large, comme un océan, il reprenait haleine dans le souffle de Dieu, il invoquait son Nom et murmurait  » Kyrie eleison  » . . . Quand il voyait la souffrance des hommes, leur méchanceté et son impuissance à changer quelque chose, il se souvenait de la méditation d’Abraham. Quand on le calomniait, qu’on disait sur lui toutes sortes de choses infâmes, il était heureux de méditer ainsi avec le Christ . . . Extérieurement, il était un homme comme les autres. Il ne cherchait pas à avoir  » l’air d’un saint  » . . . Il avait même oublié qu’il pratiquait la méthode d’oraison hésychaste, simplement il essayait d’aimer Dieu instant après instant et de marcher en sa Présence . . . .

 

 

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Pour vous ?

12ème dimanche, année C, Lc 9,18-24 /

« Pour la foule qui suis-je ?… Pour vous qui suis-je ? » La question que Jésus renvoie à ses contemporains et à ses disciples reste toujours d’une grande actualité. Dans les sociétés de tradition chrétienne on ne peut éluder la question, il faut bien se positionner, car de l’identité du Christ dépend le sens de notre monde et le sens de notre vie ! À moins que l’on se contente de réponses rapides, rassurantes et qui consistent, en fait, à refuser de se poser véritablement la question, l’évangile de ce jour nous dit que l’identité du Christ ne peut se découvrir que dans une certaine intimité et dans un engagement à sa suite. Quel type de réponse avançons-nous ? Quelle intimité avec le Christ ? Quel engagement à sa suite ?

Quel type de réponse ?

La plupart des non-croyants occidentaux éludent la question, par des réponses superficielles et un peu déplacées : «  Les religions ? Ce sont les causes des guerres et des fanatismes ?… Le christianisme ? Ce sont les croisades, l’inquisition, la misogynie, l’intolérance, l’obscurantisme… Jésus ? Un doux rêveur, une invention des chrétiens ou même un inconnu… » Aussi, en ai-je fait l’expérience quelques fois, il faut d’abord désamorcer toutes ces questions pièges avant que nos contemporains puissent, éventuellement, entendre vraiment la question : « Mais pour vous qui est Jésus Christ ; cet homme qui a bel et bien existé, qui a suscité des millions de disciples qui le considèrent Fils de Dieu, mort et ressuscité ; cet homme-Dieu, pour lequel un nombre impressionnant des plus grands penseurs d’occident, des plus grands bienfaiteurs de l’histoire, des plus grands artistes ont donné leur vie !  » Mais, effectivement, accepter la question peut bousculer et on préfère l’éviter ou l’oublier ! Car elle interroge notre profondeur existentielle, le sens de notre vie et de nos engagements…

Quelle intimité avec le Christ ?

Vous avez peut-être remarqué qu’il y a comme trois « groupes » dans l’évangile de ce jour : les foules, les disciples, et Jésus en communion avec le Père et l’Esprit. Le texte commence, en effet, par la mention que Jésus priait à l’écart, et enchaîne sur la question de l’identité : « Pour la foule qui suis-je ? » Je crois foncièrement que Jésus de Nazareth a du découvrir petit à petit son identité profonde, justement dans cette intimité avec son Père. Il a du inventer sa façon de vivre sa mission : non pas à la manière d’un messie triomphant mais à la manière du serviteur souffrant prophétisé par Isaïe. Au plus loin, il y a la foule qui n’a pas vécu d’intimité avec Jésus et qui ne trouve pour réponses que des étiquettes connues : « Jean-Baptiste… Elie… Un prophète d’autrefois… » ; à la manière de nos contemporains qui donne ces réponses faciles : « Un idéaliste, un fondateur de secte, un illuminé… » Et puis, dans notre texte, entre Jésus et la foule se situent les disciples, qui ont vécu, eux, une certaine intimité avec le Christ et qui, par la bouche de Pierre, disent ce qu’ils ont perçu : « Tu es le Messie de Dieu… » Mais que mettent-ils derrière ce titre ? Certainement pas la même chose que Jésus car il s’empresse d’interdire de colporter ce titre et de préciser que le Fils de l’Homme doit souffrir, être mis à mort et ressusciter. Nous qui avons cultivé une certaine intimité avec le Christ qu’avancerions-nous comme réponse, sans tomber dans des formules toutes faites qui seront toujours en porte à faux ?

Quel engagement ?

Nouvelle surprise du texte, Jésus enchaîne avec : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » Au cœur de la question de l’identité de Jésus, ce situe donc celle de l’engagement : « Vous voulez savoir qui je suis ?… Venez à ma suite… » Eh oui, je vous le disais si on veut vraiment se poser la question de l’identité de Jésus cela engage loin ! N’est-ce pas dans cette suite jusqu’à l’évangélisation des peuples et jusqu’au martyr que les apôtres découvriront, enfin, la pleine identité du Christ. N’est-ce pas dans le service des pauvres, dans une fidélité à l’Église, pas toujours évidente, que les saints découvriront l’identité du Christ ? Croyons-nous pouvoir emprunter un autre chemin, et nous poser la question de l’identité du Christ sans nous mouiller ? Jean-Claude Guilbaud, décrit bien sa conversion en des termes semblables à ceux-ci : « Après avoir été séduit par la figure du Christ dans une démarche plutôt intellectuelle, je me suis retrouvé comme au pied du plongeoir, il fallait, cette fois, accepter de me lancer à l’eau ». Soyons-en certain, si nous attendons de tout comprendre et connaître du Christ pour marcher à sa suite nous ne serons jamais disciple du Christ ! Ce n’est que dans l’engagement à sa suite que l’on pourra, de l’intérieur, découvrir son identité profonde.

Alors pour vous… Qu’en est-il ?

Éludez-vous la question par de fausses réponses bien pratique ?

Ou bien…

Cultivez-vous l’intimité avec le Christ afin de pouvoir le découvrir ?

Et plus encore…

Acceptez-vous de marcher à sa suite, et de vous laisser entraîner loin… Très loin ?…

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Parcours vocationnel !

Ce samedi 15 juin 2013, notre frère Serge-Patrick MABOU SIMO est ordonné diacre à la cathédrale de Sokodé par Mgr Ambroise JOLIBA… Je vous partage en quelques lignes son parcours :

Serge Patrick nous vient du Cameroun, plus précisément du diocèse de Bafoussam et il est frère Serge-Patrick MABOU SIMOle petit dernier des huit enfants de ses parents Roger et Jeanne. Il fait connaissance des religieuses de l’Assomption puis des Assomptionnistes…  mais ceux-ci n’étant pas présents au Cameroun, cela prendra quelque temps et pas mal de persévérance de la part de Serge-Patrick avant de pouvoir commencer sa formation dans notre congrégation. Il passera donc 4 années au Grand Séminaire Régional Paul VI de Bafoussam-Kouékong, pour le cycle de philosophie et en attendant la réponse des assomptionnistes. Il donnera une année au service du diocèse, dans un petit séminaire, et se rendra finalement au Congo-Kinshasa pour sa formation à la vie religieuse… Après ses premiers vœux, il est envoyé dans différents stages pastoraux, d’abord au Nord Kivu (À la paroisse de Mbau, là où trois de nos pères ont été enlevés en octobre dernier), puis en Tanzanie à Arusha et à Dar-es-Salaam…. Il fera ses études théologiques à Nairobi au Kenya et arrive au Togo au mois d’août dernier… Son ardeur apostolique et sa sensibilité au monde des jeunes ont tout de suite pu s’exprimer, dans le cadre de l’aumônerie des collèges et lycées de l’enseignement publique… On peut retenir surtout sa forte implication pour relancer, avec encore plus d’ampleur, la marche de la fraternité interreligieuse, initiée pas le P. Jean-Paul Sagadou il y a quelques années, ainsi que la mise sur place d’un concours de chorales des établissements scolaires. Son zèle apostolique s’est également manifesté à travers sa disponibilité auprès des jeunes de ces établissements  et les différentes rencontres et célébrations organisées pour eux. Enfin, dans le cadre de la congrégation, il est en charge du suivi des aspirants en Afrique de l’Ouest et de l’économat de sa communauté.

Souhaitons bonne route à ce frère qui a déjà un long parcours missionnaire derrière lui… Et soyons unis à lui dans la prière…

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Montrer beaucoup d’amour !

 

11ème dimanche, année C, Lc 7,36-8,3 /

Un beau texte que celui de cette femme qui lave les pieds de Jésus de ses larmes, les essuie de ses cheveux et les baigne de parfum ! Mais la leçon centrale du texte n’est pas si évidente que cela à éclaircir : « Si je te déclare que ses péchés si nombreux ont été pardonnés, c’est parce qu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui a qui on pardonne peu montre peu d’amour. » (Traduction de la TOB) On a souvent traduit : « ses péchés… ont été pardonnés parce qu’elle a montré beaucoup d’amour. » Mais cela pose question : le pardon de Dieu est-il conditionné par notre amour ? Le pardon ne viendrait-t-il que couronner nos mérites ? Regardons-y de près : Quelle est notre dette ? Qu’en est-il du pardon de Dieu ? Quelle conversion possible ?

Quelle dette ?

Le problème est-il dans la taille de notre dette auprès de Dieu ou dans notre capacité à reconnaître cette dette ? La femme pécheresse qui vient pleurer aux pieds de Jésus connaît le nombre de ses péchés, ce poids est même devenu comme son nom propre, ne titre-t-on pas dans nos bibles ce passage : « Jésus et la pécheresse  » ? Par contre, le pharisien qui se croit juste « n’a pas versé d’eau sur les pieds de Jésus… n’a pas donné de baiser… n’a pas répandu d’huile odorante sur sa tête… » Il n’a pas pris conscience de la dette qui lui était remise par le simple fait que Jésus vienne partager sa table. Car à y regarder de près, qui a la plus grande dette ? Cette femme qui, en raison de ses difficultés, peut-être de la misère de sa famille, ou de l’abandon de celle-ci est devenue prostituée, ou cet homme qui a bénéficié d’une famille aimante, d’une condition financière respectable, d’un enseignement de qualité ? « À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage. » (Lc 12,48) Reconnaissons-nous tous les bienfaits que le Seigneur nous a donnés ? Une famille aimante ? La santé ? Nos talents ? L’éducation ?… Or, si nous ne faisons pas porter de bons fruits à tout cela, ne sommes-nous pas en train de contracter une immense dette envers le Seigneur ?

Quel pardon ?

Revenons à la question du pardon de Dieu. La petite parabole des deux débiteurs qui lui doivent l’équivalent de 500 journées de travail pour l’un ou de 50 pour l’autre, nous montre bien que Dieu pardonne aussi bien à ceux qui ont de petites dettes, qu’à ceux qui en ont de très grandes et que son pardon est premier et inconditionnel… Il faut donc bien comprendre le sens des gestes de cette femme : « En entrant, elle craignait bien d’être repoussée ; mais c’est précisément pour cela qu’elle pleure : parce que l’homme de Dieu ne lui manifeste aucun mépris, elle devine aussitôt qu’elle est pardonnée; ses larmes sont des larmes de joie et de reconnaissance. Toutes les marques d’amour qu’elle donne à Jésus sont la preuve qu’elle se sait pardonnée. »[1] Elle montre beaucoup d’amour parce qu’elle sait qu’elle a été beaucoup pardonnée… Il ne faut surtout pas faire le contresens qu’elle serait pardonnée parce qu’elle montrerait beaucoup d’amour ! C’est en totale contradiction avec la logique de la parabole, avec la suite du texte « celui a qui on pardonne peu montre peu d’amour », ou avec le récit de « L’enfant prodigue » où l’on nous montre que le pardon de Dieu est premier et inconditionnel. C’est toute la logique de l’Évangile qui est ici en jeu : Dieu ne couronne pas nos mérites, mais il aime, pardonne, se donne totalement jusqu’à la croix afin de nous rendre capable d’amour !

Quelle conversion ?

La conversion ne vient donc pas avant, mais après le pardon de Dieu ! C’est parce que l’on a reçu le pardon de Dieu, parce que l’on s’est senti aimé au-delà de nos fautes que l’on est alors capable de changer de vie : pensons à Zachée, à la femme adultère, à Saul devenu Paul, à ces femmes évoquées à la fin de notre passage qui ont été libérées de leurs démons et qui sont maintenant devenues des grandes disciples de Jésus, des piliers de l’Église naissante. La femme pécheresse est-elle devenue disciple de Jésus ? Certainement… Mais qu’en est-il du pharisien témoin de cette rencontre ? Cela est peu probable…

Finalement,  ne pourrait-ton pas traduire ainsi le message central de notre passage d’Évangile : Celui qui prend conscience de son immense dette envers Dieu (comme en témoignent tous les saints) et qui se sait pardonné et aimé alors qu’il ne le mérite pas est alors rendu capable, lui aussi, d’aimer sans condition tous celles et ceux qui croisent son chemin ! Mais celui qui ne prend pas conscience de cette immense dette qui lui est remise, celui qui cherche à se justifier par ses actes, celui qui reste dans un petit rapport comptable avec Dieu, agira de même avec ses frères et sœurs… Il ne sera pas capable d’aimer vraiment !

Alors, au regard de cette belle page d’Évangile,

où vous situez-vous ?

  


[1] Marie-Noëlle THABUT, L’intelligence des Écritures, Soceval, 2001, tome 6, page 172.

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Ah ces psaumes !

 

Contrairement à mon habitude, je fus silencieux la semaine dernière en raison d’un emploi du temps un peu bousculé, les tâches de délégué s’ajoutant aux autres engagements…

Inter-noviciat sur les psaumes

Inter-noviciat sur les psaumes

Ce temps fut donc d’abord marqué par le dernier inter-noviciat de l’année portant sur les psaumes… Il y avait comme à l’accoutumée une cinquantaine de jeunes (pré-postulant(e)s ; postulant(e)s et novices) à cette semaine d’approfondissement de la prière des psaumes. La sœur bénédictine prévue initialement étant finalement indisponible, c’est le Fr Eugène Binidi, moine d’Agban, qui fut l’animateur de cette session. Une fois de plus, les jeunes se sont frottés à ces psaumes, parfois déroutants, notamment les psaumes imprécatoires, invoquant la colère et la vengeance de Dieu sur les ennemis, en termes souvent violents et cruels. Plusieurs pistes furent avancées pour rendre compte de ces « prières », j’en retiens quelques-unes :

–        Nous pouvons toujours spiritualiser ces psaumes : les ennemis devenant les ennemis intérieurs à combattre, et nous connaissons trop bien leur ténacité : égoïsme, violence, jalousie, hédonisme, indifférence… « Ô Dieu, brise leurs dents dans leur bouche; Seigneur, arrache les mâchoires de ces lionceaux ! » (Ps 57,7)

–        Mais je dirais également que ces relents de violence et de vengeance nous habitent. En les lisant dans les psaumes, ceux-ci nous renvoient, comme en miroir, nos propres réflexes encore à évangéliser. «  Comme le feu dévore la forêt, comme la flamme embrase les montagnes, ainsi poursuis-les dans ta tempête, épouvante-les dans ton ouragan. » (Ps 82,15-16) « Ô Seigneur, je vois bien que je ne suis pas loin de penser la même chose, apprends-moi ta douceur, ton pardon, ton amour… »

–        Certains psaumes peuvent être lus avec un formidable contresens,  c’est le cas du psaume 108, le plus violent, sauf que ces propos violents ne sont pas ceux du psalmiste mais de ses ennemis : « Que ses enfants deviennent orphelins, que son épouse soit veuve ! Que ses enfants soient vagabonds et mendiants, cherchant leur pain loin de leurs maisons en ruines ! Que le créancier s’empare de tout ce qui est à lui, et que les étrangers pillent ce qu’il a gagné par son travail ! Qu’il n’ait personne qui lui garde son affection, que nul n’ait pitié de ses orphelins ! Que ses descendants soient voués à la ruine, et que leur nom soit effacé à la seconde génération ! etc… » (Ps 108,6…19) Le psalmiste répond : «  Eux, ils maudissent ; mais toi, tu béniras; ils se lèvent, mais ils seront confondus, et ton serviteur sera dans la joie. » (Ps 108,20)

–        Enfin, et je crois que c’est peut-être l’argument le plus fort… À travers ces prières nous portons les cris des hommes qui souffrent et s’expriment comme ils peuvent envers leurs ennemis, envers les difficultés de la vie, envers Dieu… Or, le Seigneur n’a pas forcément besoin d’une prière très policée surtout de la part de ceux qui sont dans la détresse. Les disciples ne voulaient-ils pas faire taire l’aveugle de Jéricho, comme nous voudrions faire taire ces prières pas très « proprettes »… De plus, la mise en cause du Seigneur, le fait de le prendre à partie est également une vraie prière car elle s’appuie sur le fait que Dieu est bon et qu’il ne devrait pas tolérer la détresse de ses enfants… L’athée ou l’indifférent ne va pas mettre Dieu en cause… Mais c’est bien le croyant qui crie son incompréhension devant ce qui lui semble être des injustices de la part de ce Dieu Bon dont il attend autre chose ! « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Ps 21)

Ah!  ces psaumes que nous prions chaque jour dans la vie religieuse nous résistent !… Mais n’est-ce pas pour ça que l’on peut prier avec eux tout au long de notre vie ?…


La vie par ici…

Comme je vous le disais, plusieurs évènements ont ponctué ces dernières semaines. Après l’inter-noviciat sur les psaumes, nous avons eu trois jours de rencontre de notre commission formation d’Afrique de l’Ouest. C’est le lieu où nous réfléchissons à l’accompagnement de ces jeunes qui nous rejoignent dans la vie religieuse assomptionniste. Ils seront 33 à passer une nouvelle étape avec cette fin d’année scolaire (sans parler des aspirants qui cheminent…) ; 10 devraient entrer au pré-postulat, c’est-à-dire à la première étape de vie communautaire (2 burkinabés, 1 tchadien, 1 béninois, 1 camerounais et 5 togolais) ; 7 devraient entrer au noviciat ; 6 devraient prononcer leurs premiers vœux ; et 10 demandent à renouveler leur vœux… Autant d’occasions de rendre grâce au Seigneur, et de relever de nouveaux défis !

Dans quelques jours, le 15 juin, un de nos frères, le frère Serge-Patrik Mabou Simo,  sera ordonné diacre. La préparation de cet événement, où nos grandes sœurs, les religieuses de l’Assomption, nous épaulent bien, nous réjouit et nous occupe pas mal également. Nous sommes enfin dans le temps des bilans de fin d’année et des expériences communautaires à relire et à améliorer… C’est ainsi le temps des rapports de fin d’année pour chacun de ces jeunes en formation, un travail exigeant, conduit, nous

Fête des 19 ans d'ordination du Père Iosif Gaf

Fête des 10 ans d’ordination du P. Iosif Gal

l’espérons, sous la mouvance de l’Esprit… Et à travers tout cela, l’activité habituelle du noviciat et les engagements apostolique se poursuivent. En fait le groupe biblique a fini son parcours pour cette année, et notre dernière conférence se tiendra la semaine prochaine et portera sur la découverte et l’approfondissement du sens des fêtes musulmanes.

J’allais oublier de mentionner que le P. Iosif, notre économe, est déjà parti en congé en Roumanie pour quelques mois, et que son voyage se passe bien, selon les quelques nouvelles que nous avons eues…

Normalement juillet et début août devraient être plus calmes…

 

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Un signe de Salut !

 

10ème dimanche, année C, Lc 7,11-17 /

Le Seigneur, saisi de pitié, littéralement « remué jusqu’aux entrailles » ramène à la vie le fils de la veuve de Naïm… Spontanément, on pourrait se demander pourquoi fait-il cela pour elle, et non pour d’autres ? Les situations de détresse qui nous remuent jusqu’aux entrailles ne foisonnent-elles pas aujourd’hui comme hier ? Pourquoi le Seigneur y reste-t-il sourd ? De quoi ce texte nous parle-t-il au juste ? D’abord, si vous le voulez bien, resituons ce texte dans son contexte, pour y découvrir un signe messianique, un signe de tendresse, un signe de salut…

Un signe messianique…

Le passage qui suit immédiatement le texte que nous méditons ce dimanche, rapporte le questionnement de Jean le Baptiste : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Lc 7, 19) et Jésus de répondre aux disciples de Jean : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » (Lc 7, 22) C’était écrit ! Dans un premier mouvement, on pourrait donc répondre que Jésus fait revenir à la vie le fils de la veuve de Naïm, la fille de Jaïre (Lc 8,54), ou Lazare (Jn 11,43) pour accomplir les Écritures concernant la venue du Messie. Mais vous sentez avec moi que cette réponse n’est pas tout à fait satisfaisante car elle semble instrumentaliser les faits et gestes de Jésus, et dénaturer la spontanéité des sentiments qui l’ont conduit à guérir, à purifier, à ramener à la vie et même à annoncer le Bonne Nouvelle aux pauvres. Car n’oublions pas que, lors du discours sur la montagne, l’évangéliste nous rapporte la même motivation de Jésus : «  Il fut saisi de pitié envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les instruire longuement. » (Mc 6,34)

Un signe de tendresse…

Ne nous faut-il pas avancer, toujours plus, dans la conviction que Dieu se révèle comme étant un Dieu de tendresse ? Ce qualificatif revient environ 35 fois dans la Bible (suivant les traductions) et notamment dans les psaumes : « Le Seigneur est tendresse et pitié. » (Ps 102,8) ; « Seigneur, ta tendresse est sans mesure. » (Ps 118,156) Décidément non, notre Dieu n’est pas un calculateur froid et sans sentiments, ce qu’il fait n’est pas écrit d’avance, mais c’est un être d’amour dont le cœur est infiniment plus vaste que le nôtre. Qu’il agisse ou qu’il n’agisse pas, soyons sûrs que c’est au nom de sa tendresse et de son amour… Jésus de Nazareth ne fait donc pas ceci ou cela parce que c’était écrit d’avance, mais parce que son cœur, sa nature, son être même lui commandent de le faire… Les Écritures, quant à elles, pressentaient cette tendresse en évoquant les signes à venir…

Un signe de salut…

Mais revenons à nos « pourquoi ? »… La première lecture, qui nous rapporte le retour à la vie du fils de la veuve de Sarepta, réalisé par le prophète Elie, nous donne peut-être une clef d’interprétation pour notre passage. Cette veuve, en effet, interpelle Dieu qu’elle met en cause à travers la présence d’Elie dans sa maison : « Tu es venu chez moi pour rappeler mes fautes et faire mourir mon fils ! » (1R 17,18)… La détresse de cette veuve met à mal sa relation à Dieu et risque de lui faire perdre la foi… N’est-ce pas le même ressort dramatique qui se retrouve dans l’Évangile ? Cette femme de Naïm, déjà veuve et qui perd son fils unique (comme la veuve de Sarepta), ne va-t-elle pas perdre la foi et renier Dieu en raison de sa détresse ? Alors le malheur serait à son comble car elle risquerait de se couper de la miséricorde de Dieu et de ne jamais retrouver les siens dans la communion des sauvés… N’est-ce pas cela qui remue Jésus jusqu’aux entrailles, le sort de cette âme en risque de perdition ?  Aussi, en ramenant à la vie le fils de la veuve, Jésus n’offre pas simplement un remède passager à la misère humaine, mais un remède durable, celui d’une foi en Dieu, d’une relation à Dieu renouées et solides qui traverseront toutes les épreuves à venir et même celle de la mort. À travers ce miracle impressionnant, le Seigneur invite chacun de nous à avoir confiance en lui au-delà de toutes nos épreuves : il est le maître de la vie ! L’essentiel n’est pas d’être épargné temporairement de certaines épreuves mais de vivre une foi et une relation au Christ solides et vivifiantes qui nous permettront de traverser toutes les épreuves et même celle de la mort afin d’entrer, avec toutes celles et ceux qui nous ont précédés, dans la vie éternelle !

Alors pourquoi ce miracle de la part de Jésus ?…

En quoi nous rejoint-il dans nos propres misères ?

N’est-ce pas une invitation à le reconnaître comme Messie,

rempli de tendresse et d’amour,

et désirant, par dessus tout, notre Salut ?

 

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Africanisme, occidentalisme, ou évangélisme !

Une fraternité à construire

Une fraternité à construire

« L’africanisme », c’est ainsi qu’un ami togolais nomme tous les coups bas qui se font par ici, entre « frères de misère », via les forces occultes. Lorsque quelqu’un réussit, me dit-il, «les autres », jaloux, cherchent à lui mettre des bâtons dans les roues par toutes sortes de moyens – et ils sont très forts sur les moyens ! Sans compter que la polygamie officielle ou officieuse, la supposée « belle grande famille africaine » avec les oncles, les tantes, les neveux et nièces, les demi-sœurs et demi-frères, les orphelins recueillis en famille, etc., crée le climat idéal pour ces intrigues. Que de souffrances vécues, en raison de ces pratiques, de ces relations malsaines, de ces malveillances ! Je me dis, de plus en plus, qu’un lieu spécialisé pour l’accompagnement de ces personnes malmenées dans leurs relations serait vraiment nécessaire par ici car, finalement, nous sommes déjà très souvent sollicités pour ce «travail», sans vraiment avoir les ressources et les compétences nécessaires pour y répondre… Le « Centre d’intégration humaine » de nos frères de Mexico, où l’on offre des services d’accompagnements psychologiques et spirituels, c’est-à dire où l’on essaie d’accompagner les personnes dans toutes les dimensions de leur vie, pourrait nous inspirer… Oui, « l’africanisme » est bien présent et entretient un climat de peur et de suspicion, c’est un frein réel au développement serein de chacun et chacune et de l’ensemble de la société…

Bien sûr nous ne sommes pas épargnés par la jalousie et la malveillance en Occident, mais le phénomène est loin d’avoir une telle ampleur, et surtout le passage à l’acte et les moyens employés pour nuire ne sont pas comparables… Nos familles restreintes sont peut-être plus fraternelles, mais c’est l’individualisme et l’indifférence à ce que vivent nos voisins et nos proches qui nous guette…

Nos communautés religieuses prétendent, elles, témoigner d’une fraternité universelle au-delà des origines, des sensibilités, des âges : « Nous nous acceptons différents, car Celui qui nous unit est plus fort que ce qui nous sépare. Il faut constamment dépasser nos divisions et nos limites pour nous retrouver dans l’accueil et le pardon. Si nous faisons passer l’écoute bienveillante et le respect des personnes avant les divergences d’opinion et les distinctions d’origine, d’âge, de mentalité ou de santé, notre diversité devient richesse.» (Règle de vie n°8) Les mots sont beaux, mais la construction de cette fraternité demande beaucoup d’énergie, car elle n’est pas donnée d’emblée : « La vie fraternelle est à construire tous les jours. Accueillie comme un don de Dieu, elle exige de chaque religieux une conversion quotidienne qui affermit sa propre fidélité et celle de ses frères. Notre amour de Dieu et des hommes s’éprouve et se révèle dans la vérité de nos relations. Nul ne peut goûter la joie de cette vie sans y engager toute sa personne. » (Règle de vie n°7)

Ceux qui pensent que les religieux et religieuses sont de bonnes personnes qui ne peuvent que vivre harmonieusement entre-elles, se font beaucoup d’idées fausses… Les religieux et religieuses sont des êtres humains comme les autres, mais qui se sont donné certains moyens pour suivre le Christ… qui se sont engagés, par vœux, à ne pas se satisfaire d’une fidélité bancale à l’Évangile, mais de cheminer sans cesse vers une vie plus fraternelle, mieux aimante (vœu de chasteté), plus solidaire (vœu de pauvreté), plus conforme à la volonté de Dieu (vœu d’obéissance) ! Nous avons donc certains atouts pour avancer vers la fraternité, mais à condition de prendre tous les moyens mis à notre disposition par notre genre de vie…

Et vous, quels sont vos ressources pour avancer sur le chemin de la fraternité, du pardon, de la bienveillance ?

Comment passer de nos « africanismes », de nos « occidentalismes », à un Évangélisme ?

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Invention ?

Sainte Trinité, année C, Jn 16,12-15 /

Décidément non, la foi chrétienne n’est pas une invention des hommes ! Un Dieu unique en trois personnes, cela ne satisfait nullement notre intelligence humaine. Depuis les temps immémoriaux, les hommes ont perçu « du divin », et ont tenté de se le représenter, d’entrer en contact avec lui, de s’attirer ses bonnes grâces, d’expliquer, par lui, les questions existentielles qui les taraudaient. Aussi ont-ils mis en place des panthéons aux dieux multiples, avec leurs rivalités, leurs amours, leurs lubies permettant de rendre compte de bien des misères de notre condition humaine. Mais, dans un même mouvement, l’humanité a senti le besoin d’un Dieu au-dessus des autres dieux qui s’imposa, finalement, comme Le Dieu unique, exténuant la consistance des autres dieux devenus des sous-dieux ou des faux dieux. Oui un Dieu unique, principe de toutes choses, omnipotent, justicier, maître de l’univers, voilà qui satisfait notre intelligence humaine. Mais alors, franchement, un Dieu trinitaire, que l’on dit unique et à la fois trine, on ne pouvait pas l’inventer !

Se laisser bousculer !

Loin de moi l’idée de dénigrer les recherches spirituelles des individus et des peuples, mais certainement nous faut-il repérer avec acuité le moment, le tournant, le phénomène psychologique qui fait que l’on passe de simples formulations laborieuses, imprécises, transitoires à des dogmes intangibles ! Que ce soit au sein des diverses religions du monde ou au sein même du christianisme, il nous faut sans cesse nous laisser bousculer par Dieu lui-même ; ne pas croire que l’on a tout compris du mystère de Dieu : « Pourquoi donc l’imagination humaine, pourquoi l’esprit volage cherche-t-il à se représenter Dieu et se fabrique-t-il une idole dans son cœur ? Pourquoi se le figure-t-il comme son imagination se le peut former, et non comme il a mérité de le posséder ? Est-ce là Dieu ? Non ! » (St Augustin, sermon 34) « Trouver Dieu, c’est le chercher sans cesse. En effet, chercher ici, n’est pas une chose, et trouver une autre. Mais le gain de la recherche, c’est de chercher encore. Le désir de l’âme est comblé par là-même qu’il demeure insatiable. C’est-à-dire que c’est là proprement voir Dieu que de n’être jamais rassasié de le désirer. » (Grégoire de Nysse)… Le polythéisme convenait bien aux hommes, le monothéisme monolithique (du Judaïsme ou de l’Islam) répond bien à notre intelligence, l’athéisme est satisfaisant pour d’autres encore… Mais justement, n’est-ce pas cette satisfaction à bon compte que l’on doit soupçonner ? Croire au Dieu trinitaire c’est, au contraire, croire à un mystère et accepter d’entrer dans une vérité non pas intellectuelle mais relationnelle : « Je suis le chemin, la vérité et la vie… » nous dit le Christ !

Entrer dans une connaissance relationnelle

Accéder au Dieu trinitaire ne peut donc se faire par une démarche purement intellectuelle, il s’agit d’accepter d’entrer en relation, en communion avec ce Dieu qui n’est que relation et communion. Voilà pourquoi dès que quelqu’un essaie de juger la foi chrétienne, en se situant à l’extérieur de celle-ci, son jugement est forcément faussé. Notre Dieu Trinitaire est amour, notre Dieu est relation, notre Dieu n’est pas refermé sur lui-même comme une sphère parfaite. Il est parce qu’il est trine, autrement dit il est parce qu’il aime ! « Donne-moi un homme qui sache aimer, et il saura de quoi je parle. Donne-moi un homme de désir, qui a faim et qui a soif, voyageur ici-bas, qui aspire à la patrie éternelle… et il me comprendra. Mais si c’est un cœur froid, il ne pourra pas me comprendre… » (St Augustin com. Jean 26.4-5)

Connaître sous l’ombre de l’Esprit

Le passage d’évangile de ce dimanche nous dit, par trois fois, que l’Esprit nous fera connaître tout ce qui vient du Christ : « Il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître » (cf. Jn 16,13.14.16) …pour nous le faire connaître en nous faisant ni plus ni moins qu’entrer dans l’intimité trinitaire… Nous n’avons donc pas à inventer Dieu, mais à nous laisser prendre sous l’ombre de l’Esprit pour agir et aimer à la manière de Dieu et ainsi le connaître de l’intérieur…

Alors croyez-vous que l’on puisse balayer la foi trinitaire d’un revers de main ?

Croyez-vous que les hommes auraient inventé une réponse si mystérieuse à leurs angoisses ?

Ou êtes-vous prêt à vous laisser sans cesse bousculer dans vos certitudes ?

À entrer dans une connaissance relationnelle ?

Bref à connaître, uniquement, sous l’ombre de l’Esprit ?

 

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Temps ordinaire…

 

J’apprécie toujours le retour au temps ordinaire : après le cycle de l’Avent et de Noël, suivi assez rapidement du long cycle de Carême et de Pâques, nous revenons cette semaine au temps ordinaire, c’est-à-dire à ce temps qui est foncièrement le nôtre, où il s’agit d’inventer notre suite du Christ au quotidien de nos jours.arcabas_pentecote

L’ordinaire chez nous, c’est celui des petits combats à mener au quotidien pour l’accès notamment aux sources d’énergie : l’électricité, vous connaissez la situation et je n’ose plus en parler ; l’eau, quand la pompe n’est pas en panne cela fonctionne ; les bouteilles de gaz c’est tout un roman, il faut souvent attendre un mois entre chaque livraison de gaz sur la ville et si vous ratez l’arrivée c’est tout un problème ; sans parler de l’essence (pour les véhicules) et du gasoil (pour le groupe), pour lesquels nous devons aussi faire face à des pénuries (de courtes durées pour l’instant)… Mais, à travers tout, cela ne sommes-nous pas invités à expérimenter la précarité de notre vie ici bas, et à mieux orienter nos préoccupations vers le plus essentiel ?

L’ordinaire, c’est aussi l’enchaînement des activités et les semaines qui défilent… Vous connaissez, certainement mieux que moi, cette course en avant qui laisse l’impression de ne pas vivre vraiment ce que nous avons à vivre ici et maintenant… Dieu merci, nous avons tout de même dans la vie religieuse, et en particulier au noviciat, un rythme qui nous permet de nous arrêter au long des jours et des semaines : l’oraison à 6h suivie des laudes et de l’eucharistie, ce qui nous donne 1h30 de prière matinale… Les 10-15 min d’office du milieu du jour… L’oraison du soir et les vêpres pour 50 min de prière… Et les complies pour 10 min de prière avant de se retirer dans nos chambres respectives… Chaque semaine également, plusieurs temps précieux nous permettent de nous arrêter : la soirée jeu du lundi soir pour la joie de la fraternité, la réunion communautaire du jeudi soir pour relire notre vie, le temps du chapelet le jeudi après-midi, le partage contemplatif de l’évangile dominical chaque vendredi après-midi et, bien sûr, l’eucharistie dominicale !… Je reconnais la chance d’avoir ces rendez-vous, ou plutôt la joie d’avoir fait ce choix de vie mais, chacun à votre manière, quels rendez-vous précieux vous donnez-vous avec le Seigneur et avec vos proches ?

L’ordinaire enfin ce sont les rencontres, les joies et les difficultés relationnelles à vivre au quotidien… Mais qu’il est parfois difficile d’aimer et de se laisser aimer pour ce que l’on est tout simplement ! Nous voudrions plus, la jalousie nous hante, nous souhaiterions être au centre du monde, ou au contraire passer inaperçus, nos blessures relationnelles se réveillent à la moindre anicroche… Nous sommes loin d’être préservés de cela dans la vie religieuse, car vivre ensemble au quotidien, en devant partager un même champ d’apostolat, ne manque pas de susciter des occasions de conflits… Mais le plus important ce ne sont pas forcément les conflits, inévitables, mais notre façon de savoir les traverser, de savoir se parler, se pardonner et recevoir toujours d’un Autre notre fraternité…

Oui, que le temps ordinaire est dense, que le temps ordinaire est exigeant, si nous ne nous satisfaisons pas de pis-aller, mais décidons d’avancer sans cesse à la suite du Christ, sur le chemin de la fraternité entre nous et de la communion avec Dieu !

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