« Chers jeunes, vous êtes un don précieux pour la société ! »

Je reprends volontiers ces mots de Benoît XVI (Message pour la journée mondiale de la paix du 1er janvier 2012) qui prennent un relief particulier en terre africaine. En effet, un occidental qui arrive pour la première fois en Afrique, sera certainement frappé par la jeunesse de la population et les rues grouillantes d’écoliers en uniforme aux heures de sortie des classes. Cette jeunesse est un grand atout pour l’Afrique mais aussi un grand défi pour la société : comment leur donner les moyens de déployer tout leur potentiel au service de la société ? C’est avec une réflexion, toujours fondée sur un retour à l’essentiel, que Benoît XVI a développé ce thème dans son message du 1erJanvier : « Éduquer les jeunes à la justice et à la paix », renvoyant tous ceux qui les encadrent à leurs responsabilités :

Entrée au postulat

« Que chaque structure éducative puisse être un lieu d’ouverture au transcendant et aux autres ; un lieu de dialogue, de cohésion et d’écoute, où le jeune se sente valorisé dans ses propres potentialités et ses richesses intérieures, et apprenne à estimer vraiment ses frères. Que ce lieu puisse enseigner aussi à goûter la joie qui jaillit du fait de vivre, jour après jour, dans la charité et dans la compassion envers le prochain, et dans la participation active à la construction d’une société plus humaine et fraternelle. »§2

Nous présentions ce message, mardi dernier, à notre émission radiophonique hebdomadaire « Parole d’Église »… Je vous invite à votre tour à le découvrir dans son intégralité (4 pages ½) en cliquant ici.

J’ai donc moi-même la joie de me retrouver dans cette tâche passionnante d’accompagnement de jeunes à la vie religieuse et, ce  vendredi soir, un nouveau pas a été posé puisque 7 nouveaux jeunes ont fait leur entrée au postulat lors d’une célébration toute simple lors des vêpres. Ainsi, après tout juste cinq années de présence, voici déjà 6 religieux (à Ouagadougou) ; 4 novices ; 8 postulants et une vingtaine d’autres jeunes aspirants avec lesquels nous sommes en contact. Le contexte vocationnel est bien différent du contexte occidental ! Loin des clichés sur la valorisation sociale que pourrait apporter « l’entrée en religion », je trouve au contraire des jeunes très motivés, conscients des exigences de cette vie et souvent mieux armés que certains jeunes occidentaux s’engageant dans cette voie… Réjouissons-nous donc, sans réserve, de leur énergie, de leur générosité, de la nouveauté qu’ils apportent déjà à la congrégation et à l’Église. :

« Être attentifs au monde des jeunes, savoir l’accueillir et le valoriser, n’est pas seulement une opportunité, mais un devoir fondamental de toute la société, pour la construction d’un avenir de justice et de paix. […] L’Église regarde les jeunes avec espérance ; elle a confiance en eux et elle les encourage à rechercher la vérité, à défendre le bien commun, à avoir des perspectives ouvertes sur le monde et des yeux capables de voir des « choses nouvelles » (Is 42, 9; 48, 6)! »§1

Quelques autres nouvelles 

L’installation dans notre nouvelle demeure se poursuit. Les meubles arrivent petit à petit et la clôture d’enceinte sort de terre. Nous commençons à prendre notre nouveau rythme de vie, au gré de la mise en route du groupe électrogène, et à nous sentir de plus en plus chez-nous… Je crois que nous ne nous sentirons vraiment à l’aise que lorsque nous aurons trouvé une solution définitive pour l’électricité (c’est-à-dire des financements pour tirer une ligne jusqu’à nous…) Mais déjà, les jeunes profitent bien de leur nouvel espace de vie pour pouvoir mieux lire, étudier, et prier, c’est l’essentiel.

Conférence sur le Sida

Cette semaine nous avions organisé une conférence dans le cadre de « l’Espace d’Alzon » sur le Sida : État de la situation thérapeutique et place des malades dans la société. De bonnes mises au point face à cette maladie encore très stigmatisée en Afrique.

Enfin le père Nicolas Tarralleest arrivé cette semaine pour une session sur L’Assomption et l’Église locale. Celle-ci rassemble les jeunes novices assomptionnistes et orantes ainsi que les postulants…

Session avec le P. Nicolas Tarralle

La semaine prochaine, je dois me rendre de nouveau à Lomé pour une session de formation des formateurs à la vie religieuse, mais ensuite le rythme sera plus calme je pense…

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De l’audace !

6ème Dimanche, année B, Mc 1,40-45 /

Ce petit récit de guérison d’un lépreux peut nous sembler bien banal, ou trop lointain de nos préoccupations quotidiennes. Et pourtant que de similitudes avec nos sociétés qui excluent si facilement celui qui est différent ! Que d’enseignements à tirer ! Quelle est la clef, quel est le ressort, qui va faire basculer l’histoire d’une situation d’exclusion et de mort à une situation de communion et de vie ? N’est-ce pas tout simplement l’audace de la rencontre entre deux êtres qui, en principe, n’auraient pas dû entrer en contact ? Audace du premier pas ! Audace du geste sauveur ! Audace fondée sur la dignité !

Audace du premier pas !

« Un lépreux vient trouver Jésus et tombe à ses genoux ! » (Mc 1,40) Cette petite phrase anodine est loin de l’être en réalité. Car le lépreux transgresse ici plusieurs interdictions formelles de la loi (cf. Lv 13,45) ! Il aurait dû crier « Impur ! Impur ! », se tenir très à l’écart, et ne surtout pas s’approcher ou toucher Jésus en se jetant à ses pieds au risque de le contaminer. Quelle audace ! Il n’est pas non plus banal de noter que c’est ici la personne exclue qui fait le premier pas… Nous sommes, d’emblée, loin d’une morale culpabilisatrice qui nous demanderait de faire le premier pas envers nos frères exclus, mais plutôt dans une logique existentielle : pour le lépreux, il en va de sa vie de tenter un pas audacieux qui le sortira de sa situation de non-vie ! Que nous soyons du côté des exclus ou des « gens de la normalité », ayons l’audace du premier pas, non pas pour tranquilliser notre conscience, mais à partir du sens aigu de ces situations de non-vie qui affectent autant les uns que les autres. Bien sûr, la personne exclue en subit de lourdes conséquences, mais celui qui exclut n’en subit-il pas aussi des séquelles, peut-être moins visibles, mais non moins dommageables : un cœur endurci, un amour handicapé, un chemin emprunté qui l’éloigne de la communion universelle et donc du Salut ! Face à toute exclusion – de la personne malade ou étrangère, ou handicapée, ou d’une autre religion, ou d’une autre langue, trop jeune, trop vieille… bref différente – ayons l’audace de rétablir la communion, ayons l’audace du premier pas !

Audace du geste sauveur !

« Jésus étendit la main et le toucha ! » (Mc 1,41) Seconde audace du texte, après le lépreux, c’est au tour de Jésus de transgresser la loi ! Lui aussi aurait dû se tenir à l’écart, ne pas participer à la propagation de l’impureté et surtout ne pas toucher le lépreux. Il aurait dû « entretenir le système » ! Or justement, il pose un geste qui ouvre une brèche dans le système établi et qui permettra à la vie de jaillir ! Audace du geste sauveur ! Le miracle pourra se produire grâce à ce petit geste à la portée de chacun… Le miracle, finalement, était déjà contenu dans ce petit geste ô combien audacieux ! N’en avons-nous jamais fait l’expérience ?  Une main tendue, un baiser offert, une caresse, un sourire peuvent rouvrir à la vie et opérer de véritables miracles ! Je ne peux m’empêcher, avec ce récit du lépreux impur, de faire le lien avec la conférence que nous proposions cette semaine, à Sokodé, sur la maladie du Sida et la prise en charge des malades… Les grands progrès de la médecine  permettent de traiter cette maladie comme toute autre maladie chronique : hyper-tension, diabète, etc. avec un traitement à vie. Mais la principale difficulté, outre la fidélité au traitement à suivre, réside dans l’intégration de ces malades dans la société et dans une vie normale. Le miracle qui va permettre la vie est bien, ici, celui de ce petit geste sauveur qui brisera l’exclusion : une main tendue, un baiser offert, une caresse, un sourire… Dans toute situation d’exclusion, ayons donc l’audace du geste sauveur qui ouvre une brèche  pour la vie !

Audace fondée sur la dignité !

Peut-être est-ce banal de le répéter, mais chaque être humain est égal en dignité, quels que soient sa maladie, son apparence physique, sa nationalité, sa couleur de peau, son compte en banque, ses crimes, son travail, sa religion, son âge, etc. : chaque être humain est créé à l’image de Dieu ! L’audace de la rencontre se fonde donc foncièrement sur cette dignité commune à tous les humains. Oui, nous grandissons dans une culture, dans une langue, dans une religion, dans un milieu, dans certaines valeurs, etc. Oui, nous nous associons naturellement avec notre semblable en tissant des réseaux d’appartenance qui forcément nous excluent d’autres réseaux… Cela est humain et il n’y a pas à culpabiliser sur ce sujet ! Mais, en même temps, ces enracinements doivent permettre la rencontre… Jésus lui-même s’est entouré de ses semblables –de jeunes hommes juifs- : il n’a pas constitué un groupe d’apôtres représentatifs de la diversité des peuples (à la manière des publicitaires qui se sentent obligés de mettre « un blanc », « un noir », « un jaune », « un beur », un jeune, un vieux, une femme,  etc. dans leurs annonces)… Mais ce réseau naturel de Jésus lui a permis aussi la rencontre d’êtres humains hors de son cercle naturel, sur la base de leur commune dignité d’enfant de Dieu !

Alors ayons l’audace de la rencontre :

L’audace du premier pas !

L’audace du geste sauveur !

Une audace fondée sur l’égale dignité de tous les enfants de Dieu !

 

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Retour de Lomé…

Comme je vous l’annonçais il y a quinze jours… Les dernières semaines, et celles à venir seront plus mouvementées. Nous rentrons donc de Lomé et le séjour nous a permis de belles rencontres : célébration de la journée de la vie consacrée (présidée par l’archevêque), visites dans les familles de trois des novices, découverte de la ville et quelques achats… D’où cette lettre un peu courte, mais voici au moins la méditation pour ce dimanche.

Voir quelques photos ici…

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Tout le monde te cherche !

5ème Dimanche, année B, Mc 1,29-39 /

Le passage d’évangile proposé à notre méditation ce dimanche, enchaîne, en quelques lignes,  des situations de la vie de Jésus bien différentes les unes des autres. Première scène : la foule, à la suite de la guérison de la belle-mère de Simon, se presse à la porte de Jésus pour être guérie. Deuxième scène : bien avant l’aube Jésus se retire seul dans un endroit désert pour prier. Troisième scène : il explique à ses disciples qu’il lui faut partir ailleurs pour annoncer la Bonne Nouvelle ! Tout le monde cherche Jésus qui se laisse faire, en partie, mais qui finalement échappe à l’emprise des demandes, afin d’ouvrir une autre quête.

Quête première !

« Tout le monde te cherche » (Mc 1,37) Revenant d’un court séjour à Lomé, en milieu « plus chrétien » que Sokodé, j’ai été marqué, une fois de plus par la façon dont on fait appel au Christ, au Seigneur, à Yahvé… Chaque boutique, chaque poids lourd sur la route, chaque entreprise commerciale, chaque Église en appelle à Dieu : « L’école de conduite du Petit Jésus » ; « L’Église de la réussite » ; le « Ça va aller Dieu est Puissant » à l’arrière des véhicules etc. etc. etc. Ce phénomène n’est pas spécifiquement chrétien, puisqu’on retrouve mutatis mutandis, les formules semblables chez nos frères musulmans. Cette simple remarque laisse deviner que cette religiosité n’est pas forcément très christianisée… Chacun invoque « son Dieu » -qui est sensé être le plus fort- pour qu’il le protège et pour lui soutirer quelques grâces. C’est exactement ce qui se passe à l’époque de Jésus. Voici un nouveau guérisseur qui débarque, et toute la foule lui tombe dessus pour être guérie. Le plus étonnant, pour moi, d’une certaine manière, c’est déjà que Dieu accueille ces demandes ambiguës, tout simplement car il prend en pitié ceux qui souffrent et veut leur donner la vie et la joie ! Cette quête première, fondamentale, de protection, de guérison, de bonheur, même si elle ne s’exprime plus de la même manière en Occident, reste bien présente au cœur de chacun d’entre nous : c’est l’homo religiosus qui s’exprime ! Le Seigneur ne dédaigne pas ces demandes, mais nous invite à les dépasser

Quête non comblée !

Dans un deuxième temps Jésus se retire, non pas après avoir guéri tous ceux qui se présentaient à lui, mais bien alors que ses disciples intercèdent : « Tout le monde te cherche »… Il sait bien que ces demandes de guérison, de consolation, de coups de pouce, n’apporteront pas le bonheur plénier recherché en profondeur. Il nous invite donc à déplacer notre recherche. Et cela n’est pas facile ! Lui-même s’interroge certainement puisque la plupart des scènes où Jésus se retire ainsi en prière sont situées juste avant les  graves décisions : « Quelle est ta volonté Seigneur dois-je investir toute ma vie pour répondre à ces demandes de guérisons ? » On le sait, le chemin de sa vie ne sera pas celui-là ! Le Salut, c’est-à-dire le bonheur plénier, ne pourra advenir qu’après sa vie, sa passion, sa mort et sa résurrection… Il ne consacrera, finalement, que peu de temps de son existence terrestre à réaliser des guérisons, car l’essentiel n’était pas là. En sommes-nous bien convaincus ? Si Jésus Christ ne répond pas à toutes nos demandes, s’il semble se dérober parfois, n’est-ce pas pour nous inviter à rechercher notre bonheur ailleurs ? À déplacer nos demandes ?

Une autre quête !

« Partons ailleurs… afin que là aussi je proclame la Bonne Nouvelle, car c’est pour cela que je suis sorti ! » (Mc 1,38) C’est à ses disciples que Jésus donne la clef, et le sens de sa vie, et non pas à la foule. Le passage d’une religiosité naturelle à une  religiosité christianisée ne peut se faire qu’au sein de la communauté des disciples car, finalement annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, c’est réaliser déjà entre nous cette communion que nous expérimenterons de façon plénière en Dieu. Ce que nous avons à rechercher, c’est donc tout ce qui nous permettra de construire une communion plus grande avec Dieu et avec nos frères. Déjà au sein d’une vraie communauté de disciples, mais en vue d’une communion de toute l’humanité en Dieu. C’est cela le Royaume de Dieu, c’est cela qui ne passera pas !

Alors certes tout le monde cherche Dieu, mais que cherchons-nous en fait ?

Sa protection, des guérisons, des grâces ?

Cette quête première,

restera non comblée

et nous invite à une autre quête !

 

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« Passons sur l’autre rive ! »

D’abord veuillez m’excuser pour cette lettre tardive, mais notre réseau internet ne fonctionne pas à Sokodé depuis une semaine ! Comme nous avions prévu une sortie sur Lomé, c’est donc depuis Lomé que je peux finalement vous envoyer cette lettre ! La prochaine ne sera certainement que dans dix jours… sauf si je réussis à me débrouiller samedi ou dimanche…

« Passons sur l’autre rive ! » : cette citation de l’évangile de l’eucharistie de samedi dernier (Mc 4,35), illustre bien ce qui a marqué notre semaine : le déménagement ! Finalement les quinze jours fatidiques ont bien pris chair cette semaine. Dès lundi, nous débutions le déménagement de la communauté du noviciat depuis le centre ville de Sokodé jusque sur « l’autre rive » de la ville… Ce n’est pas qu’un simple changement de lieu, mais aussi, en partie, un changement de mode de vie, puisque nous voici au milieu des champs (à 2 kmde la ville), sans électricité (si ce n’est notre groupe électrogène pour une heure le matin et trois heures le soir), et sans services à proximité… Mais nous avons d’autres atouts en poche : plus d’espace, notamment pour les novices qui peuvent profiter d’une chambre individuelle, des lieux communs adaptés, une maison « à nous » que nous pouvons aménager à notre guise, une belle chapelle, du silence ponctué de chants d’oiseaux (en dehors des heures du groupe électrogène assourdissant), notre propre forage et château d’eau, ce qui devrait nous mettre à l’abri de toute coupure de ce côté-là… En principe l’Internet est sensé fonctionner, sauf que le réseau de Togotelecom est défaillant ces jours-ci…

Bien des déplacements donc, mais que ne ferait-on pas pour l’annonce de l’Évangile ! Espérons que ces nouvelles conditions d’habitation nous permettront d’encore mieux vivre ce que nous avons à vivre…

Voici quelques photos de nos nouveaux lieux…

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Quelle autorité ?

4ème Dimanche, année B, Mc 1,21-28 /

« Voici un enseignement nouveau proclamé avec autorité ! » (Mc 1,27) L’évangile de ce jour insiste sur l’enseignement de Jésus : un enseignement dispensé avec autorité et attesté par les gestes de guérison et d’exorcisme qu’il opère. Creusons donc ensemble cette question de l’autorité… Ne serait-ce pas une autorité proportionnelle à l’abaissement, une autorité toujours liée au service et une autorité qui vient uniquement de Jésus ?

Autorité d’abaissement !

Quand on parle « des autorités », civiles, religieuses etc., ce n’est pas vraiment le terme « d’abaissement » qui nous vient à l’esprit. Et pourtant, Jésus de Nazareth, dont on admire l’autorité, ne tient celle-ci justement que de son abaissement : « Lui qui est de condition divine n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être traité à l’égal de Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur… il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom. » (Ph 2,7-9) Cela ne revient-il pas à dire que l’autorité promue par l’Évangile est inversement proportionnelle à l’abaissement dont on fait preuve ? Je pense à ce schéma utilisé par le célèbre pasteur Oberlin,  sous forme de double arc-en-ciel pourrait-on dire, avec une partie tournée vers la terre et une autre vers le ciel, illustrant justement que plus l’on s’abaisse ici-bas plus l’on sera élevé dans le ciel.

Autorité de service !

La reconnaissance de l’autorité de Jésus évoque certes son enseignement –cependant le texte n’en précise rien ici–, mais celle-ci est surtout liée à ses gestes : « Il commande même aux esprits mauvais, et ils lui obéissent. » ( Mc 1, 27) Guérisons et exorcismes accompagnent toujours l’enseignement de Jésus. Sa parole est attestée par ses gestes, et ses gestes sont explicités par sa parole. L’un et l’autre s’éclairent mutuellement. Si nous voulons annoncer l’Évangile avec autorité, nous n’avons pas d’autre chemin à suivre que celui d’une autorité de service : toute responsabilité, toute parole d’autorité, tout geste fraternel doivent être motivés par le service rendu, le bien promu ou le mal combattu. Notre règle de vie illustre bien cette autorité de service : « Diverses sont nos responsabilités et nos fonctions. Toutes demandent à être exercées dans un esprit de service et de charité ». « Le Supérieur est le frère qui aide la communauté à se construire ainsi jour après jour […] avec l’autorité qui lui revient de par sa fonction, il rend à tous le service de la décision… »

Autorité de Jésus !

« Il enseigne en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes. » (Mc 1,22) Cette mention des scribes ne manque pas d’évoquer, en nous, l’autorité de ceux qui prêchent au nom de Jésus. Il va s’en dire que l’on souhaiterait des hommes parfaits qui prêchent tant par leurs paroles que par leurs exemples. Mais à y regarder de près est-ce bien évangélique de voir ainsi les choses ? Pierre, Paul étaient-ils parfaits ? Certes non : trahison, zèle excessif, lâcheté étaient au rendez-vous… Encore une fois, l’expérience dont tout prédicateur doit témoigner n’est pas tant de la perfection de sa vie que de son expérience de Jésus Christ : celle d’un pécheur pardonné, humble, confiant, orientant ses énergies pour le service de ses frères et sœurs. Quant à ses paroles, rappelons-nous toujours qu’elles ne sont pas les siennes, mais qu’elles relayent les interpellations de Jésus… Même si ses paroles ne correspondent pas à ce qu’il vit : il a le devoir de prêcher l’Évangile et même de se prêcher à lui-même. Son autorité n’est pas sienne, mais celle de Jésus ! Par contre, si nous pensons que les paroles de l’homme d’Église trahissent celles de Jésus, alors oui, il faut pouvoir l’interpeller au nom de l’Évangile.

Quelles que soient nos responsabilités, petites ou grandes, comment vivons-nous notre autorité ?

Nous retrouvons-nous dans ces expressions :

Une autorité d’abaissement ?

Une autorité de service ?

Une autorité de Jésus ?

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Où mettre nos énergies ?

Je me rends compte de plus en plus, après tout de même vingt quatre années de vie communautaire, que le passage des bonnes intentions aux actes ne dépend que d’une seule question : où investissons-nous nos énergies ? On peut avoir de très bonnes idées, même de très bonnes propositions, encore faut-il investir notre temps, notre talent, notre énergie pour prendre tous les moyens nécessaires afin que les idées aboutissent. Je repense par exemple au lancement des « Grandes Conférences du Montmartre », au-delà des invités et des conférences passionnantes, que d’énergie déployée pour faire connaître la proposition et rejoindre « notre public », affiches, dépliants, mailing ! C’est l’occasion pour moi de tirer encore un grand coup de chapeau à M.Raymond Bélangerqui ne manquait pas d’énergie pour enfourcher sa bicyclette et parcourir toute la ville de Québec afin de distribuer les affiches et autres dépliants relatifs aux « Grandes Conférences ».

Mais notre capital en énergie est limité : il nous faut donc, par ailleurs, savoir bien s’entourer de frères et sœurs efficaces. Que ce soit à Québec ou à Strasbourg, j’ai vécu avec des frères plein de bonnes idées mais pas vraiment fait pour la mise en œuvre pratique de celles-ci. Que d’heures passées en bureautique à gérer des fichiers d’adresses, à réaliser des dépliants, des affiches, des envois en nombre, des mailings et à résoudre toutes sortes de défis informatiques… Mais aussi combien de « petites mains » pour permettre à tout cela d’aboutir, elles aussi je les remercie.

Pourquoi ces retours en arrière ? Tout simplement parce que la règle se vérifie sous toutes les latitudes et je me rends compte de toute l’énergie nécessaire pour mettre en œuvre, ici comme ailleurs, nos bonnes idées, ou pour faire pleinement porter leurs fruits à nos propositions. Comment canaliser nos énergies et s’appuyer sur des frères et sœurs efficaces ? Autant de questions auxquelles il nous faudra trouver réponse à Sokodé… En même temps n’oublions pas la devise, déjà mentionnée il-y-a quelque temps : « Tout faire comme si cela dépendait de nous, tout en sachant que tout dépend de Dieu ! »

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Le Royaume de Dieu s’est approché.

3ème Dimanche, année B, Mc 1,14-20 /

Nous sommes, assez souvent, tellement habitués à certains passages de l’Écriture, qui plus est dans l’unique traduction liturgique (forcément simplifiée), qu’un certain nombre d’harmoniques de ces paroles fortes de Jésus nous demeurent cachées. Revisitons-les, si vous le voulez, avec d’autres mots : « Le moment est à saisir… Le Royaume de Dieu s’est approché… Convertissez vous, c’est-à-dire croyez au dessein bienveillant de Dieu.» (Mc 1,15)

Un moment à saisir !

Le texte liturgique nous propose : « Les temps sont accomplis. » Cette traduction met en lumière le tournant de l’histoire qui s’est opéré avec la venue du Christ dans notre monde. Sauf que nous constatons, en-même temps, que rien ne semble avoir changé dans la marche de notre monde depuis « l’affaire Jésus de Nazareth » : la violence est toujours au rendez-vous, les exploiteurs toujours aussi nombreux, et la misère ne faiblit pas ! Le texte grec, quant à lui, met en valeur d’autres harmoniques : « le kairos a été accompli ». Ce terme de kairos est passé en français, pour parler d’un moment à saisir, d’une opportunité pour agir, d’un point de basculement décisif. Contrairement à l’autre terme grec chronos, qui renvoie au temps linéaire, le kairos pourrait être considérée comme une autre dimension du temps créant de la profondeur dans l’instant. Jésus nous dit donc, à travers cette petite phrase, que sa venue ouvre un nouvel espace temps que nous pouvons saisir pour vivre chaque instant de nos vies comme une parcelle d’éternité ! Certaines personnes qui ont approché la mort de plus près ont pu prendre conscience de cette urgence de l’instant à saisir pour vivre de façon plus essentielle… Alors la violence peut laisser place à la paix, la domination à la fraternité et la misère à la solidarité ! En tout cas les disciples Simon, André, Jacques et Jean ont compris cet instant à saisir, puisqu’à l’appel de Jésus, ils laissent tout en plan et « aussitôt le suivirent ».

Le royaume s’est approché !

Second éclairage, la traduction liturgique nous propose ensuite : « Le règne de Dieu est tout proche ». Et peut être cela nous renvoie-t-il à notre responsabilité pour le saisir et pour lui permettre d’advenir en notre monde, et cela n’est pas faux. Mais le texte original est assez différent : « Le Royaume de Dieu s’est approché ! » Jésus Christ affirme donc ici, d’une part, la gratuité de l’initiative de Dieu – le Royaume de Dieu s’est approché de lui-même – et, d’autre part, que cela a déjà eu lieu : il s’est approché. Quelques versets plus haut, Marc ne nous rapportait-il pas que le ciel s’était déchiré au moment du baptême de Jésus. Vous percevez bien ici les nouvelles harmoniques : l’initiative de Dieu est première, le royaume est en marche, il ne dépend pas d’abord de nous, même si nous pouvons et devons contribuer à son avènement, nous sommes donc invités à une contemplation active du Royaume en marche : Quelle joie et quelle libération !

Croyez au dessein bienveillant de Dieu !

Dernier coup de projecteur : « Convertissez-vous et croyez à la BonneNouvelle ! » Nous risquons de trop séparer ces deux affirmations, comme s’il y avait d’une part une conversion des mœurs et d’autre part la foi en l’Évangile. Là encore il nous faut faire appel au grec, le « et » grec pouvant prendre cette double nuance du « et en plus » ou du « c’est-à-dire ». Notre texte devient alors : « Convertissez-vous, c’est-à-dire croyez à la Bonne Nouvelle ! » Notre principal travail de conversion consiste à croire au dessein bienveillant de Dieu, au lieu de faire de lui un rival comme le suggère la parole insidieuse du serpent dans la Genèse : «  Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme Dieu »… justifiant ainsi l’interdit, en faisant croire que Dieu voudrait se réserver des prérogatives… Croire au dessein bienveillant de Dieu ; Se retourner vers lui pour découvrir son visage de miséricorde comme le Fils Prodigue ; Croire que son Royaume de justice, de paix et d’amour s’est approché : voilà le chantier de notre conversion… Celle-ci, nourrie de foi et d’espérance, suscitera alors la charité, la mise en œuvre, à chaque instant de notre vie, de ce à quoi nous croyons, de ce que nous espérons, de ce à quoi nous voulons adhérer de tout notre être ! Convertissez-vous, c’est-à-dire croyez et adhérez de tout votre être, au Royaume de Dieu en marche !

Le Royaume s’est approché !

Saisirez-vous chaque instant de votre vie,

pour vous convertir, c’est-à-dire :

pour croire et adhérer au dessein bienveillant de Dieu en marche ?

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Vers l’unité…

Comme chaque année revient la semaine de prière pour l’unité des chrétiens…

Benoît XVI "chez" Luther

Malheureusement elle devient une habitude, au sens où nous sommes encore loin de l’unité ! Certes, cette semaine donne l’occasion d’heureuses rencontres, mais cette démarche peut paraître finalement routinière et peu efficace… Je crois qu’il n’en est rien, mais il faut toute l’énergie de la foi, de l’espérance et de la charité pour desceller année après année, jour après jour, les progrès de l’œcuménisme.

Comme effort pour cette semaine de l’unité des chrétiens je vous propose donc, entre autre, de prendre un peu de temps pour lire quelques articles qui font le point sur l’œcuménisme aujourd’hui :

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Des chercheurs ?

2ème Dimanche, année B, Jn 1, 35-42 /

« Que cherchez-vous ? » (Jn 1,38) Voilà une question qui mérite que l’on s’y arrête ! Si l’on se laisse prendre par la course effrénée des événements, on risque fort de se réveiller un jour, notamment à l’occasion de telle ou telle épreuve, en se demandant ce qu’on a, finalement, fait de sa vie. Aussi, plutôt que de repousser à plus tard les questions essentielles, ne serait-il pas plus sage et plus épanouissant d’accueillir, dès maintenant, cette question de Jésus : « Que cherchez-vous ? » Quelle est la quête de votre vie ? Êtes-vous des chercheurs ? Des chercheurs en quoi ? Des chercheurs de qui ? Des chercheurs avec qui ?

Chercheur en quoi ?

Les deux principaux protagonistes de l’évangile de ce jour étaient disciples de Jean-Baptiste. Ils avaient donc déjà quitté le traintrain d’une vie rangée pour suivre un « guide spirituel » ; or voici que se présente un autre guide spirituel qui semble « plus fort » que le premier et ils se mettent à le suivre… Jésus leur demande alors : «  Mais que cherchez-vous au juste ? »… Et la réponse n’est guère édifiante, un peu comme s’ils ne savaient pas quoi répondre : « Mais au fait, où demeures-tu ? » et Jésus, qui ne se laisse pas désarçonner de répondre : « Venez, et vous verrez. » Ce petit parcours nous renvoie à notre propre parcours. D’abords sommes-nous des chercheurs de vie, de sens, de bonheur ; ou des chercheurs de confort, de plaisir, de tranquillité, de moyens pour fuir la triste réalité… ? Savons-nous, en fait, formuler notre recherche ? Peut-être n’est-ce que de l’ordre d’un malaise, d’un sentiment de ne pas être à notre place dans ce monde… Que cherchez-vous ? La qualité de notre réponse importe peu, car elle peut-être très balbutiante, partielle, passagère mais l’essentiel est de chercher « quelque chose » et non pas « rien » ! Notons que l’évangéliste Jean, comme souvent dans ses textes, nous ouvre une porte pour entreprendre la quête : il nous parle de deux disciples et nous donne le seul nom d’André, ne serions-nous pas ce second disciple, chercheur de « quelque chose » ?

Chercheur de qui ?

La suite du texte est importante : « Ils l’accompagnèrent, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. » (Jn 1, 39) Leur réponse balbutiante a donc permis l’essentiel : non pas une réponse toute faite à une question bien formulée, mais le début d’une histoire relationnelle avec le Christ ! Finalement, derrière toutes nos quêtes, superficielles ou partielles, ne se cache-t-il pas une seule vraie quête : d’absolu, de plénitude, de Dieu ? Je ne peux m’empêcher de penser à saint Augustin qui a si bien décrit sa longue quête dans les Confessions : recherche de voluptés dans ses jeunes années, recherche de sens durant ses douze longues années chez les Manichéens, recherche de sagesse à travers la découverte du néoplatonisme et enfin adhésion au Christ : « Bien tard je t’ai aimée, ô Beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard je t’ai aimée. Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors, et c’est là que je te cherchais, et sur la grâce de ces choses que tu as faites, pauvre disgracié, je me ruais ! Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi ; elles me retenaient loin de toi, ces choses qui pourtant, si elles n’existaient pas en toi, n’existeraient pas. » (Confessions X, 27) Reformulons donc notre question : « Qui cherchez vous ? »  et non pas « Que cherchez vous ? », car, en profondeur, ce n’est pas une idée, un état de vie, un bonheur que nous recherchons mais une relation d’amour qui ne finisse pas, c’est-à-dire un être qui nous rend pleinement capable d’aimer et de se laisser aimer pour l’éternité ! Et l’Évangile nous dit que cet amour-là nous ouvre la voie à tous les autres amours de notre vie !

Chercheur avec qui ?

L’autre leçon de ce texte porte sur la façon de découvrir et d’adhérer à Celui que nous cherchons. Ce n’est que par la médiation d’un tiers que le Christ peut se révéler : Jean Baptiste, le médiateur par excellence, indique « l’Agneau de Dieu » et André amène son frère Simon –la future pierre de fondation de l’Église– à Jésus. Même un Paul, qui bénéficie d’une rencontre directe avec le Ressuscité sur le chemin de Damas, sera conduit, via Ananie, à la communauté des croyants. Pour en revenir à saint Augustin qui a cherché durant quinze années sa voie, c’est finalement par le témoignage d’autres convertis – que lui rapporte Ponticianus –  qu’il se convertira lui-même. Et l’on découvre ce merveilleux enchaînement : le récit du jeune homme riche convertit Antoine (le moine du désert), le récit de la vie d’Antoine convertit les amis de Ponticianus, le récit de cette conversion convertit à son tour Augustin, le récit des Confessions d’Augustin convertit (entre autres) Thérèse d’Avila, le récit de la vie de Thérèse d’Avila convertit Édith Stein, etc. Alors, même si nous n’avons pas d’amis proches dont le témoignage nous interpellerait, il ne manque pas de récits de conversion d’autres chercheurs de Dieu pour interpeller notre propre recherche…

Alors, sommes-nous des chercheurs ou des repus ?

Chercheurs de quoi… de Qui… et  avec qui ?

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