Je reprends volontiers ces mots de Benoît XVI (Message pour la journée mondiale de la paix du 1er janvier 2012) qui prennent un relief particulier en terre africaine. En effet, un occidental qui arrive pour la première fois en Afrique, sera certainement frappé par la jeunesse de la population et les rues grouillantes d’écoliers en uniforme aux heures de sortie des classes. Cette jeunesse est un grand atout pour l’Afrique mais aussi un grand défi pour la société : comment leur donner les moyens de déployer tout leur potentiel au service de la société ? C’est avec une réflexion, toujours fondée sur un retour à l’essentiel, que Benoît XVI a développé ce thème dans son message du 1erJanvier : « Éduquer les jeunes à la justice et à la paix », renvoyant tous ceux qui les encadrent à leurs responsabilités :
« Que chaque structure éducative puisse être un lieu d’ouverture au transcendant et aux autres ; un lieu de dialogue, de cohésion et d’écoute, où le jeune se sente valorisé dans ses propres potentialités et ses richesses intérieures, et apprenne à estimer vraiment ses frères. Que ce lieu puisse enseigner aussi à goûter la joie qui jaillit du fait de vivre, jour après jour, dans la charité et dans la compassion envers le prochain, et dans la participation active à la construction d’une société plus humaine et fraternelle. »§2
Nous présentions ce message, mardi dernier, à notre émission radiophonique hebdomadaire « Parole d’Église »… Je vous invite à votre tour à le découvrir dans son intégralité (4 pages ½) en cliquant ici.
J’ai donc moi-même la joie de me retrouver dans cette tâche passionnante d’accompagnement de jeunes à la vie religieuse et, ce vendredi soir, un nouveau pas a été posé puisque 7 nouveaux jeunes ont fait leur entrée au postulat lors d’une célébration toute simple lors des vêpres. Ainsi, après tout juste cinq années de présence, voici déjà 6 religieux (à Ouagadougou) ; 4 novices ; 8 postulants et une vingtaine d’autres jeunes aspirants avec lesquels nous sommes en contact. Le contexte vocationnel est bien différent du contexte occidental ! Loin des clichés sur la valorisation sociale que pourrait apporter « l’entrée en religion », je trouve au contraire des jeunes très motivés, conscients des exigences de cette vie et souvent mieux armés que certains jeunes occidentaux s’engageant dans cette voie… Réjouissons-nous donc, sans réserve, de leur énergie, de leur générosité, de la nouveauté qu’ils apportent déjà à la congrégation et à l’Église. :
« Être attentifs au monde des jeunes, savoir l’accueillir et le valoriser, n’est pas seulement une opportunité, mais un devoir fondamental de toute la société, pour la construction d’un avenir de justice et de paix. […] L’Église regarde les jeunes avec espérance ; elle a confiance en eux et elle les encourage à rechercher la vérité, à défendre le bien commun, à avoir des perspectives ouvertes sur le monde et des yeux capables de voir des « choses nouvelles » (Is 42, 9; 48, 6)! »§1
Quelques autres nouvelles
L’installation dans notre nouvelle demeure se poursuit. Les meubles arrivent petit à petit et la clôture d’enceinte sort de terre. Nous commençons à prendre notre nouveau rythme de vie, au gré de la mise en route du groupe électrogène, et à nous sentir de plus en plus chez-nous… Je crois que nous ne nous sentirons vraiment à l’aise que lorsque nous aurons trouvé une solution définitive pour l’électricité (c’est-à-dire des financements pour tirer une ligne jusqu’à nous…) Mais déjà, les jeunes profitent bien de leur nouvel espace de vie pour pouvoir mieux lire, étudier, et prier, c’est l’essentiel.
Cette semaine nous avions organisé une conférence dans le cadre de « l’Espace d’Alzon » sur le Sida : État de la situation thérapeutique et place des malades dans la société. De bonnes mises au point face à cette maladie encore très stigmatisée en Afrique.
Enfin le père Nicolas Tarralleest arrivé cette semaine pour une session sur L’Assomption et l’Église locale. Celle-ci rassemble les jeunes novices assomptionnistes et orantes ainsi que les postulants…
La semaine prochaine, je dois me rendre de nouveau à Lomé pour une session de formation des formateurs à la vie religieuse, mais ensuite le rythme sera plus calme je pense…









De l’audace !
6ème Dimanche, année B, Mc 1,40-45 /
Ce petit récit de guérison d’un lépreux peut nous sembler bien banal, ou trop lointain de nos préoccupations quotidiennes. Et pourtant que de similitudes avec nos sociétés qui excluent si facilement celui qui est différent ! Que d’enseignements à tirer ! Quelle est la clef, quel est le ressort, qui va faire basculer l’histoire d’une situation d’exclusion et de mort à une situation de communion et de vie ? N’est-ce pas tout simplement l’audace de la rencontre entre deux êtres qui, en principe, n’auraient pas dû entrer en contact ? Audace du premier pas ! Audace du geste sauveur ! Audace fondée sur la dignité !
Audace du premier pas !
« Un lépreux vient trouver Jésus et tombe à ses genoux ! » (Mc 1,40) Cette petite phrase anodine est loin de l’être en réalité. Car le lépreux transgresse ici plusieurs interdictions formelles de la loi (cf. Lv 13,45) ! Il aurait dû crier « Impur ! Impur ! », se tenir très à l’écart, et ne surtout pas s’approcher ou toucher Jésus en se jetant à ses pieds au risque de le contaminer. Quelle audace ! Il n’est pas non plus banal de noter que c’est ici la personne exclue qui fait le premier pas… Nous sommes, d’emblée, loin d’une morale culpabilisatrice qui nous demanderait de faire le premier pas envers nos frères exclus, mais plutôt dans une logique existentielle : pour le lépreux, il en va de sa vie de tenter un pas audacieux qui le sortira de sa situation de non-vie ! Que nous soyons du côté des exclus ou des « gens de la normalité », ayons l’audace du premier pas, non pas pour tranquilliser notre conscience, mais à partir du sens aigu de ces situations de non-vie qui affectent autant les uns que les autres. Bien sûr, la personne exclue en subit de lourdes conséquences, mais celui qui exclut n’en subit-il pas aussi des séquelles, peut-être moins visibles, mais non moins dommageables : un cœur endurci, un amour handicapé, un chemin emprunté qui l’éloigne de la communion universelle et donc du Salut ! Face à toute exclusion – de la personne malade ou étrangère, ou handicapée, ou d’une autre religion, ou d’une autre langue, trop jeune, trop vieille… bref différente – ayons l’audace de rétablir la communion, ayons l’audace du premier pas !
Audace du geste sauveur !
« Jésus étendit la main et le toucha ! » (Mc 1,41) Seconde audace du texte, après le lépreux, c’est au tour de Jésus de transgresser la loi ! Lui aussi aurait dû se tenir à l’écart, ne pas participer à la propagation de l’impureté et surtout ne pas toucher le lépreux. Il aurait dû « entretenir le système » ! Or justement, il pose un geste qui ouvre une brèche dans le système établi et qui permettra à la vie de jaillir ! Audace du geste sauveur ! Le miracle pourra se produire grâce à ce petit geste à la portée de chacun… Le miracle, finalement, était déjà contenu dans ce petit geste ô combien audacieux ! N’en avons-nous jamais fait l’expérience ? Une main tendue, un baiser offert, une caresse, un sourire peuvent rouvrir à la vie et opérer de véritables miracles ! Je ne peux m’empêcher, avec ce récit du lépreux impur, de faire le lien avec la conférence que nous proposions cette semaine, à Sokodé, sur la maladie du Sida et la prise en charge des malades… Les grands progrès de la médecine permettent de traiter cette maladie comme toute autre maladie chronique : hyper-tension, diabète, etc. avec un traitement à vie. Mais la principale difficulté, outre la fidélité au traitement à suivre, réside dans l’intégration de ces malades dans la société et dans une vie normale. Le miracle qui va permettre la vie est bien, ici, celui de ce petit geste sauveur qui brisera l’exclusion : une main tendue, un baiser offert, une caresse, un sourire… Dans toute situation d’exclusion, ayons donc l’audace du geste sauveur qui ouvre une brèche pour la vie !
Audace fondée sur la dignité !
Peut-être est-ce banal de le répéter, mais chaque être humain est égal en dignité, quels que soient sa maladie, son apparence physique, sa nationalité, sa couleur de peau, son compte en banque, ses crimes, son travail, sa religion, son âge, etc. : chaque être humain est créé à l’image de Dieu ! L’audace de la rencontre se fonde donc foncièrement sur cette dignité commune à tous les humains. Oui, nous grandissons dans une culture, dans une langue, dans une religion, dans un milieu, dans certaines valeurs, etc. Oui, nous nous associons naturellement avec notre semblable en tissant des réseaux d’appartenance qui forcément nous excluent d’autres réseaux… Cela est humain et il n’y a pas à culpabiliser sur ce sujet ! Mais, en même temps, ces enracinements doivent permettre la rencontre… Jésus lui-même s’est entouré de ses semblables –de jeunes hommes juifs- : il n’a pas constitué un groupe d’apôtres représentatifs de la diversité des peuples (à la manière des publicitaires qui se sentent obligés de mettre « un blanc », « un noir », « un jaune », « un beur », un jeune, un vieux, une femme, etc. dans leurs annonces)… Mais ce réseau naturel de Jésus lui a permis aussi la rencontre d’êtres humains hors de son cercle naturel, sur la base de leur commune dignité d’enfant de Dieu !
Alors ayons l’audace de la rencontre :
L’audace du premier pas !
L’audace du geste sauveur !
Une audace fondée sur l’égale dignité de tous les enfants de Dieu !