Secrets de liberté…

5ème  Dimanche de carême, année B, Jn 12,20-33 /

Le page d’évangile de ce dimanche nous fait approcher de plus près l’humanité de Jésus : « Maintenant je suis bouleversé » (Jn 12, 27) ou, littéralement, « maintenant mon âme est troublée »… Son trouble est-il lié à ses disciples et aux foules qu’il va décevoir, à ses opposants qui le talonnent ou à un certain échec apparent de sa mission ? Son trouble est-il lié à une obéissance à la volonté de son Père qui le placerait en conflit avec sa propre volonté ? Son trouble est-il lié à l’approche imminente de la souffrance et de la mort ? « Mais que puis-je dire ? “Père délivre-moi de cette heure ?” – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » (Jn 12,27) L’évangéliste Jean ne nous laisse guère de doute : malgré son trouble, Jésus, à cette heure ultime, comme tout au long de sa vie, va se montrer souverainement libre ! Désirons-nous vivre une semblable liberté ? Quel en est le secret ?

Libre de tout jugement… Car il n’y a qu’un seul Juge !

Jésus, comme le rappellent les versets qui précèdent notre passage, est pris entre deux feux : les chefs des prêtres qui ont décidé de le faire mourir et la foule venue l’acclamer triomphalement lors de son entrée à Jérusalem. Opposants comme admirateurs pourraient le détourner de sa route. Or Jésus, avec une souveraine liberté,   n’aura que faire du jugement réprobateur ou admiratif des hommes : il poursuivra son chemin et s’en remettra au seul et unique Juge ! Quelle leçon de liberté pour notre propre vie ! Qu’est-ce qui motive nos choix, nos paroles, nos actions : le « qu’en dira-t-on », le souci de bien paraître, d’être apprécié, la peur du rejet, la fuite du conflit ou de l’opposition ? Ou est-ce réellement le regard d’amour que Dieu porte sur nos vies ? La seule véritable instance de jugement dont nous devrions nous soucier ! Non la peur d’un juge sévère, mais plutôt l’immense confiance et sérénité de pouvoir vivre sa vie sous le regard bienveillant de Dieu, n’est-ce pas là un précieux secret… Au-delà de ce que l’on pense autour de moi, je peux vivre de cette assurance sereine que ma foi en Dieu, en l’humain, en la vie motive mes choix, et qu’ils sont appréciés à leur juste valeur, par Celui qui connaît mon cœur : quelle liberté !

Libre de tout conflit de volontés… Car il n’y a qu’un seul désir !

L’évangéliste Jean, toujours singulier, ne nous rapporte pas la scène du jardin de Gethsémani, l’aviez-vous remarqué ? Mais c’est bien le texte de ce dimanche qui évoque le trouble de Jésus. Or, tandis que Luc parle de deux volontés – « non pas ma volonté mais ta volonté » – et Matthieu et Marc, de deux désirs – « non pas ce que je veux mais ce que tu veux » –  Jean, très habilement, nous rapporte, certes, une certaine épreuve vécue par Jésus, mais qui ne remet nullement en cause son seul désir qui rejoint celui de son Père : « Mais que puis-je dire ? Dirai-je : “Père délivre-moi de cette heure ?” – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » (Jn 12,27) Jean ne nous rapporte pas ici un conflit de deux volontés, mais un seul désir, celui de mener le projet de Dieu à son plein accomplissement… N’y a-t-il pas là également tout un secret : pour que ma vie se conforme toujours plus à la volonté de Dieu, il ne s’agit pas de percevoir cette volonté comme une demande venant de l’extérieur de ma vie, mais de creuser en moi le désir de faire de ma vie un instrument du projet de Dieu, un projet de bonheur et de plénitude pour l’humanité. Alors plus de conflit entre ma volonté et celle de Dieu mais un seul et même désir nous habitera…

Libre de toute paralysie… Car il n’y a qu’un seul Amour !

Où se situe alors le trouble de Jésus ? Certainement du côté de la souffrance et de la mort à affronter. Jésus n’a pas fait semblant d’être homme et d’habiter un corps d’homme tout en étant, en tant que Dieu, préservé des contraintes de la chair. Non, il fut réellement homme, de sang, de chair et de sueur… Il dut affronter la souffrance, le rejet, la trahison des siens, se livrer aux hommes sans savoir comment les hommes pourront comprendre ce don total, sans savoir si sa mission sera vraiment source de vie pour l’humanité, etc. Oui le trouble, la souffrance physique et plus encore psychologique furent bien réels… Et pourtant, le Christ va librement choisir cette fin là, sans que le trouble paralyse son engagement. J’avais voulu écrire dans un premier jet « libre de toute peur », mais je ne crois pas que cela soit tout à fait juste. Le Christ se dit bien bouleversé, troublé, la peur ne l’épargne peut-être pas, mais celle-ci ne va pas paralyser son choix final, car, au-delà de la peur et du trouble, il n’y a qu’un seul amour qui l’habite et qui l’attend. Les martyrs, les Maximilien Kolbe, les moines de Tibhirine n’ont-ils pas connu la peur ? Je crois que si… mais cela ne les a pas empêchés de donner leur vie par amour et dans la confiance d’un Amour capable de donner sens à ce don. N’est-ce pas là le troisième secret de l’ultime liberté !

Un seul Juge, un seul Désir, un seul Amour…

Cela n’ouvre-t-il pas la porte à une souveraine liberté ?

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Le vécu des trois vœux…

Comme je vous le mentionnais les semaines passées, le carême est bien rempli et nous avançons de sessions en récollections. La semaine écoulée nous avions donc cinq jours d’Inter-noviciat pour approfondir la compréhension des vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. C’est le P. Ignace, marianiste, qui a conduit la réflexion des 32 novices et de leurs formateurs. Que vous rapporter de ces longues journées de réflexion et de partage ? Peut-être cette conviction : lorsqu’on s’engage à vivre les vœux, on ne s’engage pas à les vivre parfaitement tout de suite ; c’est le chemin de toute une vie… Ce à quoi l’on s’engage c’est de poursuivre obstinément le chemin vers une vie toujours plus conforme à l’Évangile ! Par exemple le vœu de chasteté dans le célibat consacré ne consiste pas simplement à la continence parfaite, il en va aussi de ma capacité à ne jamais utiliser l’autre pour mes propres fins, de ma capacité à renoncer à ma toute puissance ou à un monde sans faille et sans échec, ou encore de ma capacité à ouvrir mes relations à une fraternité toujours plus universelle… La chasteté, comme les autres vœux finalement, est un chemin pour apprendre à aimer… le chemin d’une vie !

Pour chaque vœu nous sommes partis des constats, puis de quelques repères incontournables, avant d’évoquer des pistes pour un bon vécu de ce vœu… Temps d’échange en groupes, film « Sœur sourire », mais aussi scénettes de théâtre très réussies nous ont permis d’approfondir notre réflexion sous bien des angles… À chacun de mettre en œuvre les découvertes et les pistes de cette semaine.

Quelques autres nouvelles 

Samedi dernier nous étions donc à Aledjo pour le pèlerinage diocésain des jeunes. Environ 2000 jeunes (d’après mes estimations) s’étaient rassemblés pour ce rendez-vous spirituel. Les prêtres furent surtout pris par le service de la confession : de belles rencontres mais aussi que d’histoires blessées offertes au Seigneur qui veut nous guérir et nous ouvrir à la vie…

Au retour d’Aledjo, nous embarquions pour la session d’Inter-Noviciat à Kara, puis à peine les valises posées, matinée de récollection ce matin avec les religieux et religieuses de la ville de Sokodé sur le thème de la vie fraternelle… Avant de prêcher demain une journée de récollection, à la paroisse, sur l’exhortation post synodale « Africae Munus »…

J’ai juste eu le temps donc de trouver quelques minutes pour être fidèle à mon rendez-vous électronique hebdomadaire…

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Morsures salutaires ?

4ème  Dimanche de carême, année B, Jn 3,14-21 /

Alors que notre carême avance, la croix se dresse à l’horizon ! L’évangile de ce jour l’évoque sous la figure du serpent d’airain. Vous connaissez l’histoire : lorsque le peuple errait dans le désert en proie aux morsures de serpents, il vint trouver Moïse et lui dit : « Nous avons péché, en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu’il éloigne de nous les serpents. » (Nb 21,7) Et la réponse de Dieu est étonnante, plutôt que d’éloigner les serpents, il demande à Moïse de faire un serpent de bronze et de l’élever sur un mât afin qu’en le contemplant, les victimes des serpents soient guéries du venin réalisant déjà son œuvre en eux ! N’y voyez-vous pas clairement une métaphore de notre situation de pécheurs ? Pour vaincre le péché, Dieu n’éliminera pas le mal, mais s’offrira lui-même comme victime de ce mal, afin qu’ainsi offert à nos regards sur la croix, nous puissions être sauvés…

Un Dieu qui n’élimine pas le mal !

Pourquoi ces morsures de serpents ? Pourquoi ce mal présent dans nos vies ? Les humains n’ont pas manqué de se poser la question du pourquoi, et de promettre, s’ils avaient été à la place de Dieu, un monde plus réussi… Mais Jésus Christ, la Parole faite chair, ne donnera pas une réponse de l’ordre du pourquoi – une réponse métaphysique-, mais une réponse de l’ordre de l’éthique – une réponse pratique- : il combattra la souffrance, se placera du côté des malheureux et laissera le mal se déchaîner contre lui… Oui, c’est un constat, nos vies sont ambivalentes et marquées par le mal, mais nous pouvons traverser ce mal pour entrer dans la plénitude ! Osons un pas de plus, cette vie ambivalente qui est la nôtre n’est-elle pas finalement nécessaire pour apprendre à aimer ? Le « meilleur des mondes » envisagé par plusieurs auteurs de science fiction, aboutit toujours à un monde totalitaire, déshumanisé et sans amour ! Pour ne pas en rester à nos élucubrations métaphysiques, constatons simplement que, pour réaliser son projet de bonheur pour l’humanité, Dieu a employé ce chemin-là, donc certainement le chemin le meilleur pour accomplir son projet : pour susciter des êtres capables d’entrer dans son amour ! Non il n’a pas supprimé les serpents, ni le péché, ni le mal !!!

Un Dieu qui s’offre lui-même en victime !

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. » (Jn 3,16) Voilà la réponse de Dieu à la question du mal : il s’offre lui-même en victime. Quittons, avant tout, nos divagations trop humaines sur le Père qui envoie son Fils au lieu de venir lui-même : nous ne croyons pas en trois dieux, mais bien en un seul Dieu qui se donne lui-même, en son Verbe fait chair… Non pas un Dieu venu pour « juger le monde », mais un Dieu qui se laissera juger par les hommes ! Non pas un Dieu venu châtier les hommes récalcitrants, mais un Dieu qui se laissera flageller et clouer sur une croix comme un malfaiteur… Un Dieu, finalement, qui traversera tout mal, toute opprobre possible, jusqu’à la mort afin que chaque recoin de nos sombres vies humaines soit éclairé par sa lumière, par l’espérance et par la Vie ! Ici encore, n’empruntons pas trop vite le chemin de nos « pourquoi » métaphysiques, et abandonnons nos mises en cause  de Dieu, mais constatons humblement que le chemin emprunté par Dieu pour sauver l’humanité, et donc certainement le meilleur possible, fut ce chemin-là : celui d’un Dieu qui s’offre lui-même en victime !

Un Dieu qui se propose à nos regards !

À propos du serpent d’airain, il nous est dit que « quiconque le regardait, vivait » (Nb 21,9) Saint Jean reprend cela, mais en moins magique : « Ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. » (Jn 3,14) Tout homme qui croit en ce Dieu élevé sur une croix, c’est-à-dire tout homme qui se tourne vers lui humblement malgré son péché, obtient de lui la vie éternelle. Toutes ces remarques permettent d’éclairer la fin de notre texte : « Tout homme qui fait le mal déteste la lumière… mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière. » (Jn 3, 20-21) Ces versets conclusifs pourraient nous induire en erreur, en nous faisant retomber dans un régime de rétribution des œuvres. Mais la logique du texte ne va pas en ce sens… Si le mal est à traverser pour tout être humain, si les morsures du péché ne nous sont pas évités, si Dieu s’offre lui-même en victime et se propose à nos regards, alors le seul comportement tragique qui mène à notre perte consiste à refuser de voir, à refuser de s’approcher de la lumière et à se complaire dans les ténèbres… Face à cette attitude, Dieu ne peut rien : « Celui qui ne veut pas croire est déjà jugé ! » (Jn 3,18) L’Évangile ne parle pas ici de celui qui ne croit pas ou ne peut pas croire parce qu’il n’a pas vraiment rencontré le Christ. Mais de celui qui, en connaissance de cause, refuse le salut apporté par le Christ et se met hors de portée de sa lumière !

Alors craignez-vous encore les morsures du péché ?

N’est-ce pas grâce à elles que nous nous tournons vers notre Sauveur ?

« Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé ! » Rm 5,20

 

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Dialogue interreligieux

Dans le cadre de l’espace d’Alzon de Sokodé qui propose des conférences chaque mois (société, spiritualité, dialogue), nous avions prévu au menu de cette semaine une table ronde autour du thème : « Entrer en dialogue avec les autres religions menace-t-il la foi ? » Cinq croyants partagèrent donc leurs réflexions en ce domaine : El hadj Tangao et El hadj Bako musulmans ; le pasteur Pitagnaly de l’Église presbytérienne ; le P. Mihigo, A.A. et moi-même. Sachant que la ville de Sokodé est la ville du Togo où l’Islam est majoritaire, le débat n’avait rien de théorique mais pu s’appuyer sur de nombreux exemples. Le ton fut admirable puisque nos frères musulmans n’hésitaient pas à citer l’évangile tandis que le pasteur citait de mémoire les références du Coran ou que les pères nous rapportaient de belles citations soufies… Le débat fut riche et serein car chaque membre du panel avait déjà une belle expérience de rencontre et de dialogue : participation à des célébrations avec les frères d’autres religions ; voyage d’intégration interreligieux avec le Centre Culturel Saint Augustin ; amis en couples interreligieux ; parcours sur les autres religions, amis de différentes religions etc.

Nous étions tous d’accord pour dénoncer les extrémismes qui n’avaient rien de représentatifs de nos religions, mais qui ne sont que manipulations politiques, sociales ou économiques de nos religions. Que ce soit au sein du christianisme ou de l’Islam, nous avons tous nos lots d’extrémistes d’hier ou d’aujourd’hui. D’autre part, nous avons souligné que si le niveau d’éducation et d’approfondissement de la foi est suffisamment développé, alors la rencontre d’autres religions permet toujours d’approfondir, d’affiner la sienne et non pas de la renier. Enfin nous avons pu évoquer sereinement la jurisprudence en matière de mariage interreligieux qui cherche, du point vue de nos institutions religieuses, à protéger la foi de leurs membres. Ainsi, pour l’Islam d’ici, un musulman peut épouser une chrétienne mais une musulmane ne peut pas épouser un chrétien… Tout simplement car dans le système patriarcal les enfants sont, en principe, sous l’autorité de leur père qui peut donc contrôler la pratique religieuse de ses enfants au moins jusqu’à leur majorité. Il ne faut pas trop s’en étonner car, du côté catholique nous avons le même type de jurisprudence : indépendamment de la question d’autorité de l’homme ou de la femme –vécu différemment en occident-, lors d’un mariage interreligieux ou même d’un mariage mixte (entre chrétiens de différentes confessions) la partie catholique doit s’engager par écrit à élever ses enfants dans la foi catholique !

L’assemblée, relativement nombreuse, ne tarissait pas de questions : qu’en est-il de la liberté religieuse en Islam ? Comment inviter nos croyants de base au dialogue ? Quel dialogue avec ceux qui disent ne croire en rien ? etc. Bref une belle soirée, qui a permis de faire tomber quelques idées préconçues et a donné le goût à chacun de poursuivre le chemin de la rencontre : pari gagné !

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Un Dieu colérique ?

3ème  Dimanche de carême, année B, Jn 2,13-25 /

Un Dieu jaloux (cf. la première lecture de ce dimanche), un Dieu colérique, un Dieu violent (cf. l’Évangile de ce dimanche), un Dieu juge ou/et un Dieu d’amour, un Dieu de tendresse et de douceur ? Quel est le véritable visage de Dieu ? On ne manque pas d’évoquer cette scène des marchands chassés du Temple pour justifier la violence au nom de Dieu ! Et certains groupuscules sont prêts à en découdre pour défendre les droits de Dieu, la pureté de la religion et combattre les mécréants ! D’autres chrétiens, au contraire, se sentent un peu mal à l’aise face à cette image d’un Jésus violent et colérique… Alors que faire de cette scène d’Évangile ? Faut-il la supprimer ?

Affiner nos images de Dieu !

Contrairement à certain discours, j’aime souvent rappeler qu’il n’y a pas opposition entre « le Dieu » de l’Ancien et « le Dieu » du Nouveau Testament, mais que la Bible témoigne du long chemin de l’humanité, à travers l’histoire d’Israël, pour faire se rejoindre la recherche de Dieu par l’homme et la recherche de l’homme par Dieu. Ainsi, dans l’Écriture Sainte inspirée « tout est de l’homme et tout est de Dieu ! » : en tâtonnant parfois, les écrivains sacrés vont affiner leur découverte du visage de Dieu : c’est ainsi qu’on lui attribue les caractéristiques supposées d’un Dieu puissant : juge, exterminateur, violent, jaloux, etc. Mais, dans le même temps, Dieu se révèle, et au sein même de l’Ancien Testament les passages ne manquent pas pour nous parler d’un Dieu d’amour, d’un Dieu de tendresse, d’un Dieu de douceur… : « Éphraïm est-il donc pour moi un fils si cher, un enfant tellement préféré, que chaque fois que j’en parle je veuille encore me souvenir de lui ? C’est pour cela que mes entrailles s’émeuvent pour lui, que pour lui déborde ma tendresse, oracle de Yahvé. » » (Jr 31,20) J’aime encore rappeler que ce long cheminement dont témoigne la Bible, loin d’être un témoignage archaïque du passé, interpelle notre propre cheminement spirituel pour découvrir le vrai visage de Dieu. Nous aussi, nous projetons en Dieu bien des images fausses, ou pour le moins inadéquates, tandis que Dieu cherche à se faire connaître de nous ! Ne faut-il pas toute une vie pour affiner nos images de Dieu et nous préparer à le voir tel qu’il est ?

Distinguer violence et colère !

Revenons à notre passage évangélique et lisons-le de près ! Nous avons quatre versions de cette scène des vendeurs chassés du Temple, chez chacun des quatre évangélistes, et n’est-il pas remarquable qu’aucune d’entre elles, je dis bien aucune d’entre elles, n’évoque de quelque manière une colère de Jésus ! De plus la violence de l’expulsion est plus ou moins nuancée : chez Luc, l’évangéliste de la tendresse de Dieu, il nous est dit simplement « Entré dans le Temple, il se mit à chasser les vendeurs, en leur disant… » (Lc 19,45-46) Chez Marc et Matthieu : « il culbuta les tables des changeurs, ainsi que les sièges des marchands de colombes. » (Mc 11,15 et Mt 21,12) enfin chez Jean – le texte proposé pour ce dimanche – : « Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs. » (Jn 2,15) Notons bien les nuances, seul Jean mentionne un fouet, et ceci en lien avec les animaux. On peut donc supposer que le fouet est à l’intention des brebis et des bœufs et non pas des marchands ! Donc oui, Jésus emploie une certaine violence verbale et physique (toute relative) non par manque de maîtrise d’une colère supposée, mais pour faire sortir Israël d’un ritualisme dépassé et l’ouvrir à une vie nouvelle. La violence est parfois nécessaire pour ouvrir à la vie ! L’enfant qui sort du sein maternel subit une réelle violence : agression de la lumière, air qui rentre dans ses poumons, séparation de sa mère, etc., mais c’est cette violence qui l’ouvre à la vie ! Oui la violence pour la vie est à distinguer nettement de la colère !

Sortir du Temple !

Enfin, ce geste calculé de Jésus est un geste prophétique pour accomplir les Écritures, notamment ce verset qui conclut le livre du prophète Zacharie : « En ce jour-là, toute marmite à Jérusalem et en Juda sera consacrée au Seigneur le tout-puissant. Tous ceux qui viendront présenter un sacrifice s’en serviront pour cuire leur offrande. Il n’y aura plus de marchand dans la Maison du Seigneur le tout-puissant ! » (Za 14,21) Le prophète Zacharie annonçait ainsi l’instauration définitive du règne de Dieu où « toute réalité profane sera intégrée au domaine de Dieu » (cf. note de la TOB). Voilà la véritable clef d’interprétation de cette scène évangélique ! Le Royaume de Dieu est tout proche, Dieu est venu demeurer chez les siens, il n’y a plus besoin de sacrifice, plus besoin de marchands ou d’espace sacré pour communiquer avec Dieu : le temps du Temple est terminé ! Le nouveau lieu de communication entre Dieu et les hommes c’est  Jésus Christ lui-même. Il nous faut donc sortir du Temple : l’espace profane, c’est-à-dire, le quotidien de nos vies, est le nouveau lieu de la rencontre de Dieu : dans l’intimité de la prière, mais aussi dans le service de chacun de nos frères : devenu, en Jésus Christ, nouveau temple de Dieu !

Alors cette scène n’est-elle pas pleine de sens ? Et loin de défigurer Dieu, ne nous invite-t-elle pas :

À Affiner nos images de Dieu,

À distinguer la violence pour la vie de la colère,

À sortir du Temple ?

 

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L’Église en Afrique

Vous vous souvenez que j’anime chaque semaine une émission de radio intitulée : « Parole d’Église pour aujourd’hui ! » où nous lisons et commentons un certain nombre de textes du magistère. Le premier trimestre fut consacré à Verbum Domini (l’exhortation apostolique post synodale sur la Parole de Dieu), puis nous sommes allez lire plus rapidement le message de Benoît XVI du 1er janvier 2012 à l’occasion de la journée mondiale de prière pour la paix. Finalement nous venons d’aborder Africae Munus, l’exhortation apostolique qui conclut les travaux de la deuxième assemblée spéciale du synode pour l’Afrique.

Je ne vais pas vous en faire un résumé, ce serait par trop laborieux, j’aimerais juste vous livrer quelques impressions. Les évêques africains rassemblés en synode, en octobre 2009, avaient conclu leurs travaux par un document de 57 propositions soumises au Saint Père. Le thème du synode portant sur l’Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix, les propositions des évêques allaient largement dans le sens d’une implication plus grande de l’Église dans la marche de la société africaine. Un certain nombre de propositions audacieuses demandait une plus grande implication pour peser sur les gouvernants, pour créer des lieux de formation en sciences-politiques, pour être présent dans les instances décisionnelles : « l’Église en Afrique demande d’être présente dans les institutions nationales, régionales et continentales d’Afrique », en vue de contribuer à « l’élaboration de lois justes et de politiques favorables au bien des populations » (proposition 24). Il est aussi question de créer à tous niveaux des commissions dynamiques pour la justice et la paix (proposition 15), de former la conscience politique de tous les chrétiens sans exception, en incluant dans le matériel catéchétique des éléments de la doctrine sociale de l’Église (proposition 18), d’établir une initiative africaine de paix et de solidarité grâce à laquelle l’Église locale pourrait aider à la résolution de conflits et à la consolidation de la paix (proposition 21), d’ouvrir des facultés de sciences politiques : « Les Pères synodaux sollicitent la création des facultés de sciences politiques dans les universités catholiques… Nous invitons les Conférences Épiscopales à promouvoir des programmes qui favorisent la formation de la conscience sociale à tous les niveaux, à encourager la participation de citoyens compétents et honnêtes à la politique dans les partis. » (proposition 25)

En contre point à ces propositions audacieuses, Benoît XVI a passablement infléchit les conclusions du synode dans deux directions :

D’une part, il réaffirme à mainte reprise dans Africae Munus que l’Église n’a pas à s’engager directement dans la politique, mais que son rôle est pré-politique et religieux : « Il ne fait pas de doute que la construction d’un ordre social juste relève de la compétence de la sphère politique […] Selon la doctrine sociale de l’Église : l’Église n’a pas de solutions techniques à offrir et ne prétend “aucunement s’immiscer dans la politique des États”. (cf. Caritas in Veritate)» §22

« Une des tâches de l’Église en Afrique consiste à former des consciences droites et réceptives aux exigences de la justice pour que grandissent des hommes et des femmes soucieux et capables de réaliser cet ordre social juste par leur conduite responsable. » §22

« Il est bon de répéter que, tout en distinguant le rôle des Pasteurs et celui des fidèles laïcs, la mission de l’Église n’est pas d’ordre politique. Sa fonction est d’éduquer le monde au sens religieux en proclamant le Christ. L’Église désire être le signe et la sauvegarde de la transcendance de la personne humaine. Elle doit aussi éduquer les hommes à rechercher la vérité suprême face à ce qu’ils sont et à leurs interrogations pour trouver des solutions justes à leurs problèmes. »§23

La ligne de crête entre « un engagement immédiat en politique -qui ne relève pas de la compétence directe de l’Église- et le repli ou l’évasion possible dans des théories théologiques et spirituelles » §17 n’est pas évidente… Le P. Mesmin-Prosper Massengo, secrétaire général de l’Association des conférences épiscopales d’Afrique centrale présent à Rome pour un symposium réunissant du 13 au 17 février, 70 évêques africains et européens s’interroge ainsi : « Dans nos pays, la réalisation de la paix est un défi qui demande un véritable courage prophétique. Mais nous vivons dans une absence de société civile. Là réside la difficulté de la réception d’Africae Munus, car le peuple a besoin d’être accompagné par ses pasteurs. ! » (La Croix du 16 février 2012)

D’autre part Benoît XVI insiste longuement sur la conversion de l’Église elle-même. À ses yeux, ce n’est que si elle est exemplaire dans ses fonctionnements internes que l’Église pourra jouer un vrai rôle en faveur de la justice et de la réconciliation dans la société africaine.  La seconde partie se veut ainsi une réponse sans concession aux maux internes de l’Église elle-même, et notamment une adresse directe aux évêques et aux prêtres. (les proposition de l’assemblée synodale comportait bien un n° à l’adresse des prêtres mais rien sur les évêques. L’exhortation, elle, comporte 6 paragraphes sur les évêques (à comparer aux 2 paragraphes sur le respect de la création ou aux 3 paragraphes sur la bonne gouvernance des états))…

 Un texte qui fait écho à l’action menée par Benoît XVI à l’encontre de certains prélats africains au comportement critiquable, voire scandaleux, qui s’est traduit par des démissions « provoquées » d’évêques ces deux dernières années, qu’il s’agisse de la Tanzanie, du Bénin, de la République centrafricaine ou du Burkina Faso, sans parler d’une destitution d’évêque – mesure rarissime – au Congo en mars 2011. Aux évêques africains, Benoît XVI tient ainsi un discours de vérité : « Votre autorité morale et votre prestance qui soutiennent l’exercice de votre pouvoir juridique, ne proviendront que de la sainteté de votre vie. » (cf. article d’Isabelle de Gaulmyn dans un n° de la Croix de novembre 2011)  Pour eux comme pour les prêtres sont soulevées les questions liées à la bonne gestion des biens de l’Église, du dépassement des clivages ethniques ou nationaux, de la fidélité au célibat, de la tentation à devenir des guides politiques ou des agents sociaux, de la liberté à acquérir par rapport à ses liens familiaux etc.

Le tableau de l’Église en Afrique est donc bien dépeint : à la fois une Église dynamique, pleine de vocations et de jeunes chrétiens. Une Église qui a envie de s’impliquer au service du développement des pays et de se substituer parfois à la société civile défaillante, mais en même temps une Église rongée par ses propres maux internes… Faut-il le rappeler, cette attitude de Benoît XVI, en faveur d’une crédibilité plus grande de l’Église n’est pas propre à l’Afrique, c’est par exemple tout le chantier mis en œuvre en occident contre le fléau de la pédophilie ou encore la reprise en main, en Amérique latine, des Légionnaires du Christ … Je crois que l’Église d’Afrique aborde donc un tournant de maturité dans sa façon de se situer par rapport au monde et dans sa façon de vivre à l’interne qui portera de bons fruits !

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Thabor et Golgotha !

2ème  Dimanche de carême, année B, Mc 9,2-10 /

Comment ne pas mettre en lien la scène de la Transfiguration au Thabor, proposée à notre méditation ce dimanche, avec celle de la crucifixion au Golgotha ? L’une éclaire l’autre, l’une permet l’autre ! N’en est-t-il pas ainsi dans nos vies ? Des temps de consolation, de communion avec le divin, d’évasion de notre pesanteur humaine ne sont-ils pas nécessaires pour traverser les temps de souffrance, d’épreuve et de mort ? Mais plus encore, au-delà de cette alternance entre expériences de consolation et de souffrance, n’est ce pas la conjonction de ces deux réalités qui permettra notre passage serein en Dieu ?

Alternance entre Thabor et Golgotha !

Le rapprochement, tout d’abord, est saisissant : ici le Christ est transfiguré entre Moïse et Elie, deux figures majeures du judaïsme qui attestent de son identité ; là-bas, au Golgotha, il sera crucifié entre deux brigands condamnés comme lui par le judaïsme. Ici, la voix du père se fait entendre « Celui-ci est mon fils bien aimé. Écoutez-le ! » ; là-bas il sera silencieux, comme absent : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc 15,34) Ici, Pierre veut dresser trois tentes pour prolonger ce temps d’intense intimité entre Jésus et ses amis (célestes et terrestres) ; là-bas il reniera son maître : « Je ne connais pas cet homme ! » (Mc 14,71) Ici Jésus annonce la résurrection du Fils de l’homme ; là-bas, le Fils de l’homme mourra en croix ! etc. Finalement toute la vie du Christ fut marquée par cette alternance entre la gloire et la croix : au baptême il avait entendu cette même voix du Père, mais aussitôt il fut pousser au désert pour y être tenté par Satan. Toutes les foules le louaient et couraient après lui sur les routes de Galilée, mais c’est la foule de Jérusalem qui réclamera sa crucifixion. Sa vie ne fut-elle pas bien semblable aux nôtres, ambivalente, marquée par la joie et la peine, par la consolation et par l’épreuve ?

Le Thabor prépare le Golgotha !

Faisons un pas de plus. Juste avant cette scène de la Transfiguration, Jésus disait à ses disciples : « Le Fils de l’homme doit beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, après trois jours, ressusciter. » (Mc 8,31) et puis quelques verset après cette scène : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. » (Mc 9,31) et dans la version de Luc on précise la teneur de l’entretien entre Jésus, Moïse et Elie : « Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. » (Lc 9,31) Tous ces éléments indiquent clairement que cette Transfiguration au Golgotha préparent et Jésus, et ses disciples, aux évènements de la Passion ! De la même manière que les paroles du Père au baptême de Jésus ‒ « Tu es mon Fils bien aimé » ‒ l’armaient face aux tentations au désert et le préparaient à sa vie publique éprouvante. De même également, que tous les temps d’intime prière avec son Père le préparaient aux grandes décisions de sa vie. Sommes-nous capables, nous aussi, de reconnaître et recueillir les temps de consolation, d’intimité avec Dieu, de foi sereine qui marquent nos vies, pour mieux affronter les temps d’épreuve, de doute et de souffrance ? Sommes-nous capables de vivre intensément nos Thabors pour préparer nos Golgothas ?

Conjonction du Thabor  et du Golgotha !

Mais peut-être faut-il aller plus loin que l’alternance, ou le réconfort, pour comprendre l’articulation entre le Thabor et le Golgotha… Jésus lui-même indique cette mystérieuse conjonction entre la Gloire et la Croix : « Voici venue l’heure où doit être glorifié le Fils de l’homme. En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. » (Jn 12,23-24) Finalement la véritable glorification du Fils de l’homme ne sera pas la Transfiguration mais bien sa Crucifixion. C’est-là qu’il révèlera de façon définitive l’amour de Dieu pour l’humanité, c’est là qu’il glorifiera son nom : « Dieu est amour ! » C’est-là qu’il ouvrira le passage entre la vie humaine et la vie en Dieu ! Ainsi, tout don de soi, tout abaissement, tout refus de violence et de vengeance, qui nous font mourir à nous-même peuvent-ils être vécu comme des victoires sur notre égo, et des pas décisifs pour entrer plus avant dans la communion divine à laquelle nous sommes appelés… Ainsi, toute souffrance, toute mort, peut être vécue comme un lieu de Transfiguration où notre chair mortelle est broyée pour laisser place à notre corps spirituel. « Comment lorsqu’on a prêché Jésus toute sa vie, pourrait-on vouloir repousser, ou craindre, le moment de la rencontre ? » disait le P. Christian Blanc au seuil de son passage en Dieu. La façon dont ce père a vécu sa mort fut une belle illustration de cette conjonction entre la Croix et la Gloire, entre le Golgotha et le Thabor ! Parviendrons-nous à cette même acuité spirituelle ?

Du Thabor au Golgotha : une alternance, une consolation,

mais surtout une conjonction mystérieuse entre la Croix et la Gloire,

entre la Mort et la Résurrection !

Y sommes-nous prêt ?

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Prêter attention les uns aux autres…

Comme le disait le P. Christian Blanc, l’année liturgique va beaucoup trop vite… Ne pourrait-on pas la vivre sur deux ans ? Il me semble en effet que nous étions, il y a peu, dans les festivités de Noël et nous voici de nouveau propulsés dans le temps du carême… Cependant, et fort heureusement, le message de Benoît XVI pour ce carême 2012 nous a permis, en communauté, de partager nos réflexions et nos choix communautaires pour ce temps favorable à la vie spirituelle ! Le serviteur des serviteurs de Dieu nous propose une réflexion que l’on dirait taillée spécialement sur pièce pour la vie religieuse (alors qu’elle s’adresse à tout chrétien) à partir de la citation suivante de l’épitre aux Hébreux (10,24) : «Faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes». J’aimerais vous en partager quelques extraits :

 » « Faisons attention » : la responsabilité envers le frère.

Le premier élément est l’invitation à « faire attention » les uns envers les autres à ne pas se montrer étrangers, indifférents au destin des frères. […] Souvent, au contraire, l’attitude inverse prédomine : l’indifférence, le désintérêt qui naissent de l’égoïsme dissimulé derrière une apparence de respect pour la « sphère privée ». […] L’attention à l’autre comporte que l’on désire pour lui ou pour elle le bien, sous tous ses aspects : physique, moral et spirituel. […] En général, aujourd’hui, on est très sensible au thème des soins et de la charité à prodiguer pour le bien physique et matériel des autres, mais on ne parle pour ainsi dire pas de notre responsabilité spirituelle envers les frères. Il n’en est pas ainsi dans l’Église des premiers temps, ni dans les communautés vraiment mûres dans leur foi, où on se soucie non seulement de la santé corporelle du frère, mais aussi de celle de son âme en vue de son destin ultime.

« Les uns aux autres » : le don de la réciprocité.

Les disciples du Seigneur, unis au Christ par l’Eucharistie, vivent dans une communion qui les lie les uns aux autres comme membres d’un seul corps. Cela veut dire que l’autre m’est uni de manière particulière, sa vie, son salut, concernent ma vie et mon salut. Nous abordons ici un élément très profond de la communion : notre existence est liée à celle des autres, dans le bien comme dans le mal ; le péché comme les œuvres d’amour ont aussi une dimension sociale. […] Faire attention aux autres dans la réciprocité c’est aussi reconnaître le bien que le Seigneur accomplit en eux et le remercier avec eux des prodiges de grâce que le Dieu bon et tout-puissant continue de réaliser dans ses enfants. Quand un chrétien perçoit dans l’autre l’action du Saint Esprit, il ne peut que s’en réjouir et rendre gloire au Père céleste (cf. Mt 5, 16).

« Pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes » : marcher ensemble dans la sainteté.

L’attention réciproque a pour but de nous encourager mutuellement à un amour effectif toujours plus grand. […] L’Église elle-même grandit et se développe pour parvenir à la pleine maturité du Christ (cf. Ep 4, 13). C’est dans cette perspective dynamique de croissance que se situe notre exhortation à nous stimuler réciproquement pour parvenir à la plénitude de l’amour et des œuvres bonnes. […] Malheureusement, la tentation de la tiédeur, de l’asphyxie de l’Esprit, du refus d’« exploiter les talents » qui nous sont donnés pour notre bien et celui des autres (cf. Mt 25, 25s) demeure. […] Les maîtres spirituels rappellent que dans la vie de la foi celui qui n’avance pas recule. « 

Se soutenir mutuellement dans notre marche ici-bas vers une vie plus conforme à l’Évangile n’est-ce pas une belle feuille de route pour ce carême 2012 ?

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Photos panoramiques

Durant mon absence, le P. Nicolas Tarralle, assomptionniste de France a donné une session aux jeunes assomptionnistes et orantes en formation à Sokodé. Elle portait sur l’amour de l’Église, avec le travail du père Bruno Chenu en toile de fond. Les jeunes ont particulièrement apprécié la pédagogie interactive qui leur a permis de bien participer et de mieux se connaître les uns les autres.

Nicolas n’était pas venu les mains vides, et –entre autre- nous avons dorénavant une belle cloche pour ponctuer les horaires de la maison… Par ailleurs, puisqu’il aime également la photographie, il nous a laissé quelques belles photos panoramiques que je vous invite à découvrir en cliquant sur la photo ci-dessous :

Le noviciat et le père Nicolas Tarralle

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Des tentations récurrentes !

1er  Dimanche de carême, année B, Mc 1,12-15 /

Chaque premier dimanche de carême, le récit des tentations de Jésus au désert est proposé à notre méditation. Mais cette année nous n’avons pas grand-chose, apparemment, à nous « mettre sous la dent », car c’est la version de Marc, la plus lapidaire, que nous lisons. Il ne nous fournit aucune précision sur les tentations : « Jésus resta quarante jours au désert, tenté par Satan. » Mais ce manque de détails n’est peut-être pas si anodin que cela. Marc n’indique-t-il pas par là qu’en fait, ce temps au désert n’est qu’une préparation à, ou une concentration de, toutes les tentations que Jésus devra affronter au cours de sa vie publique ? N’est-ce pas le temps des options fondamentales qui guideront le reste de sa vie ? Et en déjouant les pièges du tentateur, ne nous ouvre-t-il pas le chemin d’une vie humaine pleinement accomplie ?

Des tentations récurrentes…

Depuis la nuit des temps, l’être humain, pour être pleinement humain selon le projet de bonheur que Dieu a sur lui, doit apprendre à se situer face aux grandes dimensions qui marquent sa vie : son rapport à Dieu, son rapport aux autres, son rapport au monde ! Voilà quelles furent les tentations de Jésus, et les tentations récurrentes de chaque être humain ! Première épreuve : Dieu veut-il vraiment mon bonheur ? Puis-je lui faire confiance ? Pourquoi sa toute puissance n’anéantit-elle pas la souffrance et le mal ? : « Mon âme est triste à mourir… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! » (Mc 14,34-36) Il n’allait donc pas de soi, même pour Jésus, d’accorder sa volonté à celle de son Père… et de plus sa compréhension de la toute puissance du Père : « À toi tout est possible » dut être purifiée. À fortiori pour chacun d’entre nous. Deuxième épreuve : les autres sont-ils une menace pour ma vie ? Ne dois-je pas mettre tous mes efforts soit pour les séduire, soit pour les dominer ? L’attente était grande envers un messie guerrier, puissant, sauveur, mais aussi envers ce guérisseur formidable, ce faiseur de miracles… Quelle tentation formidable que celle de la reconnaissance, de la réussite, de la puissance ! Mais Jésus choisira le chemin autrement plus difficile d’une relation à autrui libre et libératrice : chemin de service, de fidélité à la volonté du Père, d’amour inconditionnel ! Troisième épreuve : faut-il viser uniquement l’horizon terrestre de nos vies sans se soucier de l’au-delà ou, au contraire, fuir ce monde foncièrement mauvais ? Peut-on manipuler la Création à notre guise ou doit-on se laisser manipuler par elle ? Jésus ne changera pas de pierres en pain, mais mènera à leur accomplissement les gestes humains qui inventent une Création vécue en partage pour tous : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mc 6,37) Ni rejet, ni manipulation, ni servilité par rapport au monde, mais une mission de co-création nous est confiée !

Des options fondamentales

Le temps du carême, grâce au jeûne, à l’aumône et à la prière, n’est-il pas ce temps précieux pour déjouer  de nouveau, dans le concret de nos vies, les pièges de la tentation dans notre rapport à Dieu, aux autres et au monde ? Ou pour le dire autrement, n’est-ce pas le temps de nous remettre face aux options fondamentales qui guident notre vie ? Le carême, comme les quarante jours au désert de Jésus, n’est donc pas un temps à vivre pour lui-même, comme une épreuve à surmonter, mais un temps pour apprendre à vivre tous les jours qui nous seront donnés de vivre : déjouer les pièges de la tentation, choisir ce qui est vraiment source de vie pour nous, apprendre à mieux aimer Dieu, nos frères et le monde dans lequel nous vivons !

Un temps favorable

Oui, Marc ne nous décrit pas précisément les tentations vécues par Jésus au désert et il nous renvoie ainsi à nos propres épreuves ! Saurons-nous, comme Jésus, nous laisser conduire par l’Esprit vers des lieux de ressourcement, de retrait, d’épreuve ?… Si nous n’avons pas les moyens de prendre trop de distance avec notre quotidien, de partir au désert, en retraite, en récollection, une bonne lecture spirituelle peut déjà nous aider à saisir ce temps favorable pour réapprendre à vivre… Sans parler de toutes les propositions de carême via Internet, quoique la lecture d’un bon livre me paraisse cent fois mieux…

Pour convertir notre relation à Dieu, aux autres et au monde…

Pour déjouer les tentations récurrentes…

Pour choisir de nouveau les options fondamentales de nos vies…

… Saisirons-nous ce temps favorable ?

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Petite infidélité

Comme annoncé, précédemment, j’étais en session de formation la semaine passée (comme intervenant) avec 75 formateurs du Togo et du Bénin… Je n’ai donc pas eu le temps de rédiger un commentaire pour ce 7ème dimanche du temps ordinaire. Veuillez excuser cette infidélité…

La session fut, je crois, bien appréciée : relecture de son histoire affective, puis quelques notions sur la guérison intérieure avec le P. René Mihigo… Mais ce fut aussi l’occasion de visiter le port de marchandise de Lomé ainsi que de plonger ses jambes dans l’océan…

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