D’où viennent les fruits ?

5eme dimanche de Pâques, année B, Jn 15,1-8 /

« De même que le sarment ne peut pas porter du fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. » (Jn 15,4) La logique de ce verset d’évangile semble limpide… et pourtant, l’observation de ceux qui nous entourent ne vient-elle pas infirmer cette logique ? Ne sont-elles pas nombreuses, en effet, les personnes qui portent de bons fruits -de solidarité, d’amour, de réussite- sans faire aucunement référence au Christ ou à Dieu ? Cela nous force à creuser notre réflexion : demeurer en Christ : qu’est-ce à dire ? Pourquoi la prière, les sacrements, la vie en Église ? Et enfin, sommes-nous de bons juges sur nous-mêmes ?

Demeurer en Christ : qu’est-ce à dire ?

La seconde lecture de ce dimanche peut certainement nous éclairer   : « Mes enfants, nous devons aimer non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. » ( 1 Jn 3,18)… Donc demeurer en Christ, vivre de sa vie, n’a peut-être pas grand-chose à voir avec le fait de porter ou non le nom de chrétien ou de se réclamer de lui. La réponse est du côté des actes : si je sème l’amour, la fraternité, la paix ; si je donne de moi-même pour le service de mes frères, et en particulier des plus pauvres et des plus exclus, alors je vis de la vie du Christ, je demeure en lui. Mais si je sème la haine, la violence, la division ; si je suis centré exclusivement sur mon bien-être ou sur celui de mon clan ; quand bien même je passerais de longues heures à l’église, abîmé en prière, je ne peux nullement prétendre demeurer dans le Christ ! « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous donniez beaucoup de fruit : ainsi vous serez pour moi des disciples. » (Jn 15,8)… Nous serons donc peut-être surpris de voir la tête des véritables disciples du Christ lors de notre passage en Dieu : à l’image de nombreux tympans, sur le jugement dernier, qui ne manquent pas de mettre, du côté des réprouvés, des évêques et abbés mitrés et, du côté des élus, toutes sortes de pauvres hères apparemment peu recommandables…

Mais alors pourquoi la prière, les sacrements, la vie en Église ?

Partons d’un exemple : les novices de ma communauté rentrent de leur stage d’insertion dans l’association « vivre dans l’espérance » qui s’occupe de personnes malades du sida en milieu très pauvre, ainsi que d’orphelins issus des conséquences de la maladie, et souvent eux-mêmes porteurs de celle-ci depuis leur naissance… L’expérience fut forte et intense pour les novices, le rythme de travail, l’amour gratuit et le dévouement des sœurs, ainsi que des membres de l’association, les ont fortement impressionnés. Or, ils constatèrent, dans le même mouvement, combien la foi, la qualité de la vie communautaire, la prière étaient essentielles aux sœurs pour repartir jour après jour travailler à l’association ou au service de pédiatrie où des enfants et des adultes meurent quasiment chaque jour… Ces sœurs seront-elles jugées sur leur prière, sur leur pratique des sacrements ou sur leur vie en Église ? Certainement pas ! Mais n’est-ce pas grâce à tous ces éléments qu’elles peuvent vivre un amour intense et exigeant jour après jour ?… Leur vie témoigne, de façon limpide, que c’est bien grâce au ressourcement dans l’eucharistie, dans l’adoration quotidienne, dans le soutien fraternel, etc. qu’elles peuvent réellement vivre de la vie du Christ et donc demeurer en Lui, dans tous les engagements du quotidien ! Cela n’éclaire-t-il pas notre question ?

Sommes-nous de bons juges sur nous-mêmes ?

Nous évoquions donc tout à l’heure que de nombreux frères, hors de l’Église, portent aussi de bons fruits, mais surtout, que cela ne nous complexe pas, comme si nous avions honte de ne pas être meilleurs qu’eux… et ne nous laissons pas troubler par ceux qui voudraient ainsi culpabiliser les chrétiens. Premièrement, ne soyons pas amnésiques, ni aveuglés par certains discours malveillants, et ayons à cœur de contempler et de rendre grâce pour tous les bons fruits produits par les chrétiens depuis 2000 ans et encore aujourd’hui… L’évangile ne parle pas de ceux qui produiraient de meilleurs fruits, mais tout simplement de ceux qui produisent des fruits : sortons donc du comparatisme toujours destructeur. Deuxièmement, sommes-nous responsables de nos fruits ou de cultiver notre champ intérieur, laissant la grâce faire son œuvre ?… Si nous contemplons trop le fruit de nos actions, nous risquons fort d’être détournés de la source, et de nous prendre pour l’origine des fruits… L’impératif de l’Évangile n’est pas « Portez beaucoup de fruits ! », mais… « Demeurez en moi ! »… et, sous-entendu, « les fruits je m’en chargerai… »  N’ayons donc pas peur de prendre du temps pour cultiver notre champ intérieur, pour puiser à la source et ensuite mettre en œuvre ce que l’Esprit fera germer en nous… alors nous produirons, nous aussi, de nombreux fruits !

S’agit-il d’opposer les fruits aux moyens nécessaires pour alimenter la plante ?

D’où viennent les fruits ?

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De bons bergers ?

4eme dimanche de Pâques, année B, Jn 10,11-18 /

Gens des villes et du XXIème siècle, nous ne sommes pas forcément très familiers avec les images pastorales de l’évangile de ce dimanche : un berger, un troupeau, une bergerie… d’autant plus que nous n’avons pas envie d’être pris pour des moutons de Panurge… Mais puisque nous sommes membres du Christ ressuscité, c’est-à-dire, chacun pour notre part, chargés de mettre en œuvre sa vie : essayons de comprendre ces images d’évangile de son point de vue, celui du bon berger… La figure du Christ bon pasteur ne peut-elle pas interpeller chacun d’entre nous sur notre manière de « régner sur notre petit troupeau » ou de vivre la fraternité ? : Une richesse, un sacrifice, une ouverture…

Une richesse !

Pour nous replacer dans la culture biblique, souvenons-vous de quelques grands pasteurs : Abraham qui « était fort riche en troupeaux, en argent et en or. » (Gn 13,2) ; Jacob « qui devint extrêmement riche; il eut de nombreux troupeaux, des servantes et des serviteurs, des chameaux et des ânes… » (Gn 30,43) ou encore Job : « Il possédait aussi 7000 brebis, 3000 chameaux, 500 paires de bœufs et 500 ânesses, avec de très nombreux serviteurs. Cet homme était le plus fortuné de tous les fils de l’Orient. » (Jb 1,1) Les troupeaux, chez ces semi-nomades, étaient donc la seule et inestimable richesse… Ce qui se constate, encore aujourd’hui, par exemple, chez les Peuls, nos plus proches voisins au Noviciat de Sokodé… L’image employée dans l’évangile affirme donc premièrement que nous sommes l’unique et précieuse richesse de Dieu ! Ce n’est pas rien… et surtout cela n’a rien de dépréciatif ! Alors, comme chrétiens, « lieu-tenants » du Christ, comment considérons-nous nos frères et sœurs ? Ceux qui nous sont confiés : notre conjoint(e), nos enfants, mais aussi nos collègues de travail, nos employés, nos « paroissiens », nos élèves, nos voisins… « notre petit troupeau », sont-ils notre plus précieuse richesse ?  En effet, quelle richesse plus grande pourrions-nous avoir que des frères et sœurs ? Ce trésor-là, ce réseau relationnel là, que ni voleur n’approche, ni mite ne détruit, nous le retrouverons dans les cieux ! (cf. Lc 12,33)

Un sacrifice !

La question de la fraternité, depuis Caïn, s’exprime en ces termes : « Suis-je donc le gardien de mon frère ? » (Gn 4,9) Et la réponse de Caïn est radicale : « C’est lui OU moi ! »… et il n’hésita pas à sacrifier son frère sur l’autel de la jalousie ! Pour Dieu, la réponse est inverse : cette humanité, à qui il offre la vie et qui pourtant refuse de l’accueillir, il s’interdit de la supprimer. C’est ce dont parle l’alliance avec Noé : « J’établis mon alliance avec vous: tout ce qui est ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. » (Gn 9,9) ; et, puisque nous savons que ce texte est de type mythique (et non historique), il faut entendre : « J’établis mon alliance avec vous: tout ce qui est ne sera jamais détruit par les eaux du déluge, il n’y aura jamais de déluge pour ravager la terre. » Pour un Dieu tout amour, la voie de la Vie c’est forcément « ET lui ET moi »… Et pour défendre cette relation vitale jusqu’au bout, c’est lui-même qui se sacrifiera sur l’autel de l’Amour ! : « Je suis le bon pasteur… et je donne ma vie pour mes brebis ! » (Jn 10,14.15) Puisque, nous sommes « lieu-tenants » du Christ pour nos frères, à quel sacrifice sommes-nous prêts, pour sauver coûte que coûte cette révélation évangélique : « La Vie, c’est ET lui ET moi ! » ? Sacrifice de nos opinions, de notre égo, de nos biens,… d’une certaine manière de notre propre vie…  pour la mieux retrouver ?

Une ouverture !

« J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie : celles-là aussi il faut que je les conduise… Il y aura un seul troupeau. » (Jn 10,16) On peut aisément entendre cette affirmation de Jésus comme une réponse à la question de Caïn « Suis-je le gardien de mon frère ? ». Le Seigneur répond que nous sommes, non seulement les gardiens de nos frères, de nos proches, de « notre bergerie », mais aussi gardiens de nos frères lointains -lointains par la distance, par la religion, par la culture-… et encore que l’humanité est appelée à une unique communion fraternelle ! Comment cultivons-nous cette ouverture à une fraternité toujours plus universelle ? Cela ne demande pas forcément beaucoup d’effort, mais simplement de se laisser interpeller par la vie : il serait bien étonnant que cette attitude de fond n’ouvre pas nos horizons au-delà de « notre petit troupeau »…

Oui le Christ est l’unique Bon Berger !

Mais comme membres du Christ ressuscité,

Comment veillons-nous sur « notre petit troupeau » ?

Une richesse, un sacrifice, une ouverture…

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Découvertes d’avril…

Comme vous le savez déjà, notre mois d’avril, au noviciat de Sokodé, fut marqué par le stage des novices et donc par une période de congé, d’une certaine manière, pour les frères de la communauté. En voici quelques échos.


Échos du stage à l’association « Vivre dans l’espérance »

Par Bernard Bamogo, novice

Voila que notre séjour à Dapaong tire à sa fin. Ces derniers jours, nous avons approché quelques personnes de l’Association dont voici les témoignages.

 Monsieur Marcel MINDOUNA, directeur-adjoint de l’association « Vivre dans l’espérance » répond aux questions de Bernard BAMOGO

Bernard : Marcel, pouvez vous brièvement vous présenter et parler ainsi de votre association, « Vivre dans l’espérance » ?

Marcel MINDOUNA : L’association « vivre dans l’espérance », créée le 10 mars 1999, est une association de prise en charge des personnes vivant avec le VIH (PVVIH), et des orphelins et enfants rendus vulnérables par le VIH (OEV). L’Association a quatre structures dont l’unité de soins appelée Centre Maguy, le bloc administratif appelé Ensemble Pour la Vie, l’orphelinat des garçons appelé Maison Saint Augustin et l’orphelinat des filles appelé Maison Sainte Monique. Elle a un conseil d’administration composé de neuf membres, et un bureau exécutif dirigé par la Sœur Marie Stella KOUAK.

Quant à moi, j’interviens à l’association en tant que directeur adjoint, chargé du personnel et de l’accompagnement des OEV et PVVIH.

Bernard : Quelle appréciation faites-vous de la collaboration des assomptionnistes avec vous ?

Marcel :La collaboration entre les Augustines Hospitalières et les Assomptionnistes, a permis d’intégrer les jeunes assomptionnistes dans l’accompagnement dans la vie des PVVIH. Cette collaboration permet aujourd’hui aux jeunes en formation de voir la réalité de ce que sera leur apostolat, leur vocation, de saisir le sens de la misère, de la pauvreté du Christ à travers l’autre, les faibles, les petits… Les jeunes, en accompagnant les mourants, en touchant du doigt la réalité de la pauvreté, s’affirment dans leur vocation. Cette collaboration et l’implication des jeunes est TRES BIEN ! Nous sommes fiers de partager cette vie avec vous !

Bernard : Pouvez-vous nous parler de quelques statistiques ?

Marcel : L’Association Vivre dans l’Esperance prend en charge en ce jour 1403 adultes contaminés et 132 enfants contaminés. Pour l’année 2011, 4870 adultes ont été reçus en consultation contre 5260 en 2010 et 1150 enfants contre 1448 en 2010

Bernard : Quelles sont vos sources de revenu ?

Marcel : L’association fonctionne sur la base des dons, des projets et plaidoyers que nous portons auprès de certains partenaires ; le fonds mondial, l’Unicef, l’ambassade de France, l’Association de l’Arche (Abbé VEILLEROT), La Paroisse de Merztville (France), L’Association « L’ACACIA et le NERE » (se faire du bien tout en faisant du bien), L’Association Maminou …. Nous recevons ainsi de multiples dons, en nature, en espèce… qui nous permettent d’acheter les médicaments, des vivres, du matériel…

Bernard :Quels sont vos principaux objectifs pour les années à venir ?

Marcel : Pour les années à venir, l’objectif majeur, c’est le bien-être des PVVIH, et des orphelins.

Bernard : Quelles difficultés rencontrez-vous sur le terrain ?

Marcel :Nous sommes confrontés à quatre types de difficultés

–         l’intégration de la PVVIH dans son milieu de vie

–         la formation des orphelins, leur insertion professionnelle

–         le financement

–         la diminution du nombre de partenaires

Bernard : Quel souci portez-vous pour la jeunesse d’aujourd’hui ?

Marcel :Je demande toujours aux jeunes d’être prudents dans tous leurs engagements ; engagement affectif, professionnel, vocationnel ! Il faudrait qu’ils comprennent d’où ils viennent, et où ils vont : prudence !

 

Monsieur Yaya KPAPILE, assistant médical au compte de l’Association « Vivre dans l’espérance » répond aux questions de Bernard BAMOGO.

 

Bernard : M. Yaya KPAPILE, qui êtes-vous et que faites-vous au sein de l’association « Vivre dans l’espérance » ?

Yaya KPAPILE : Je suis assistant médical de formation et je m’occupe de la prise en charge des PVVIH et je leur prescris les Anti Rétro Viraux (ARV)

Bernard : Dans l’accompagnement des PVVIH, quelles mesures prenez-vous pour un patient qui vient d’apprendre son statut sérologique et qui se sait contaminé par le VIH ?

Yaya KPAPILE : Avant même le test, nous préparons psychologiquement les gens au cours d’un counseling pré-test, à accepter leur statut sérologique quel qu’en sera le résultat. Et avant de révéler son statut à un patient, surtout quand celui-ci se révèle positif, il faut lui faire comprendre tous les paramètres de la séropositivité, et cela se fait au cours d’un counseling post-test. Certains n’acceptent pas facilement leur séropositivité ; ce sont souvent des patients très fragiles ou des gens qui ne se reprochent, à juste titre, aucun comportement douteux. Il faut leur faire comprendre alors que ce n’est pas la fin du monde, ce n’est pas une fatalité. Il faut leur expliquer qu’il y a un traitement, non curatif bien sûr, mais qui améliorera leur condition de vie, leur état de santé, pour leur permettre de vivre longtemps. Nous mettons surtout en eux l’espoir de vivre malgré leur séropositivité. Il y a des exemples concrets, des gens qui témoignent d’un bon état de santé physique, qui vivent longtemps malgré leur séropositivité qu’ils ont pu accepter.

Bernard : Qu’est-ce qu’un couple discordant et que faites-vous pour ce genre de couple ?

Yaya KPAPILE : Un couple discordant est un couple dont l’un des deux partenaires est séropositif et l’autre non : l’homme peut être séropositif et la femme séronégative ou vice versa. Dans de pareils cas, nous rencontrons le couple pour les accompagner dans leur situation, mais avant, l’un et l’autre doivent se révéler à tout prix leur statut. Nous les accompagnons alors pour qu’ils puissent faire des options. Et la première des mesures à prendre, c’est l’utilisation du préservatif. Mais lorsque le couple veut avoir des enfants, la situation devient encore plus compliquée. Le risque de contamination peut considérablement baisser si le partenaire contaminé suit bien son traitement ; la charge virale peut baisser et devenir même indétectable et là ils peuvent tenter d’avoir un enfant sans se contaminer ; mais le risque zéro n’existe pas encore. Dans les pays développés, il y a le lavage de sperme ou la fécondation in vitro mais dans nos réalités on n’y est pas encore. Les exemples ne manquent pas ; de nombreux couples vivent cette situation et il arrive quelquefois que par amour de l’autre, l’un prenne le risque de se laisser contaminer.

Bernard : Parlant de pauvreté, quel lien pouvez-vous faire avec le VIH ?

Yaya KPAPILE : On peut dire que ces deux réalités vont de pair. La plupart de nos patients ici, sont très pauvres. Il faut d’abord reconnaitre que le sida est une maladie qui appauvrit lorsque l’on ne se rend pas compte à temps de sa séropositivité. Il arrive qu’on dépense tout son avoir pour se soigner en vain ; on dépense ainsi son argent sans succès, et pendant qu’on est malade on ne peut surtout pas travailler ; ce qui est pénible ; et s’il se trouve qu’on est déjà pauvre : c’est le comble, surtout dans la savane ici. Ce que nous vivons au quotidien ici dans l’association nous donne à voir de nombreux cas pareils.

Un autre phénomène est la prostitution liée à la pauvreté ; une femme qui, pour fuir la pauvreté se prostitue et tombe dans le piège du VIH perdra alors le peu de biens qu’elle a amassés pour se soigner, et dans le cas contraire, elle multiplie encore les victimes quand elle ne se protège pas et, là encore, il faut dire que c’est le comble.

Bernard : En tant qu’assistant médical, quel conseil avez-vous pour la jeune génération ?

Yaya KPAPILE : J’invite la jeunesse actuelle au changement de comportement ; à la prise de conscience des voies de prévention. Jusqu’ici il n’y pas de traitement curatif ; alors pourquoi prendre des risques ? J’encourage chaque jeune à l’abstinence sexuelle. Beaucoup de gens parlent du préservatif, lorsqu’ils se disent qu’ils ne peuvent pas s’abstenir ; moi je dirai plutôt qu’ils ne veulent pas s’abstenir. L’abstinence pour la jeunesse, c’est une voie de réussite, tant en classe, dans les études que dans la vie ; et dans tous les couples, contaminés ou pas, la fidélité est incontournable pour la réussite et la sauvegarde de la vie familiale.

Nous sommes ainsi à la fin de notre séjour chez les Sœurs Hospitalières de Dapaong aux côtés desquelles nous avons passé d’agréables moments ; nous avons eu l’occasion d’expérimenter la vie communautaire autrement, et nous repartons riches de ce que nous avons pu apprendre avec les membres de l’Association. Nous remercions la communauté des religieuses qui nous ont accueillis comme des amis, et nous ont donné davantage le goût de la vie religieuse. Nous n’oublions pas non plus le personnel de l’Association ; un groupe organisé dont tous les membres se sont dévoués pour tout partager avec nous ! Pour nous apprendre la douceur de la compassion, de l’amour gratuit, de l’amour du prochain ! Merci à nos formateurs et surtout au Seigneur qui nous donne de faire toutes choses en son Nom !


Séjour au monastère d’Agban

 

Pour ma part j’ai pris une dizaine de jours dans un monastère de bénédictins apostoliques, non loin d’ici, à Agban (près de Kara), pour un temps de retrait et de travail. Ce genre de vie n’est pas très répandu dans le monde francophone, mais un peu plus du côté germanophone ou anglophone. Ce sont des bénédictins avec des œuvres apostoliques (écoles, paroisses…) Le monastère d’Agban est, en fait, une fondation locale rattachée par la suite à la congrégation bénédictine de St Odile… Bien sûr,  toute vie religieuse est marquée par les deux dimensions : apostolique et contemplative, mais avec des accents différents… Pour vous faire une idée de ce monastère voir leur site : www.agbang.org

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Retour au quotidien…

Après un carême particulièrement intensif, la semaine sainte paru presque légère et le temps pascal prend des couleurs de vacances pour certain et d’engagement intensif pour d’autres…

Triduum Pascal…

Vous ayant déjà partagé la plupart des activités du carême, j’aimerais vous donner quelques échos de notre Semaine Sainte à travers quelques faits marquants à mes yeux : quatre heures de célébration pour le Vendredi Saint avec le chemin de croix dans les rues du quartier, sous un soleil ardent (33°C),  suivi de la liturgie de la Passion… Trois heures de célébration lors d’une Veillée Pascale, sous le ciel étoilé, très appréciée : il faut dire que cette célébration en plein air était une grande première pour la paroisse… Celle-ci prit fin à minuit, mais tous étaient de nouveau à pied d’œuvre à 7 heures, au matin de Pâques, pour la célébration du dimanche de la Résurrection : eucharistie au cours de laquelle furent baptisés 20 petits enfants… Durant ce temps d’autres frères célébraient dans les stations secondaires (églises villageoises) de la paroisse…

Par ailleurs nous avons vraiment vécu une dynamique pascale au noviciat ! Depuis une dizaine de jours, en effet, notre groupe électrogène donnait des signes de faiblesse, il fut donc totalement mis en pièces par le réparateur  le jeudi saint… Nous étions littéralement dans les ténèbres durant trois jours, et ce n’est que peu avant la veillée pascale que la lumière revint ! Alléluia !

Stage apostolique…

Pas de trêves pour les novices, qui étaient fortement impliqués dans l’animation des célébrations pascales, car dès le lundi de Pâques ils prirent la route pour trois semaines de stage, à Dapaong, auprès de la sœur Stella, de sa communauté, et de l’association « Vivre dans l’espérance » qui s’occupent de malades et d’orphelins du sida. (cf. Pèlerin) Les uns aident à l’accueil des malades, d’autres sillonnent les villages pour leur rendre visite ou travaillent auprès des enfants et chacun essaie de se rendre disponible aux multiples sollicitations de l’association. En voici déjà quelques échos par Bernard Bamogo, un des novices :

Visite dans les villages avec Sr Stella

« Cela fait donc deux jours qu’avec l’association « Vivre dans l’espérance », nous rendons visite à des malades à domicile, nous rencontrons des orphelins, des personnes vivant avec le sida et nous réfléchissons ainsi à notre désir de nous engager dans la vie religieuse, notre désir d’accueillir Jésus à travers les petits et les pauvres, notre désir de devenir assomptionnistes, hommes de foi, hommes de communion et solidaires de pauvres !

Nous en avons pour trois semaines et déjà, les journées débutent en vitesse de croisière et s’achèvent en un clin d’œil ! Il y a tellement de travail, tellement de nécessiteux ! Quand on voit la plupart des malades contaminées par le VIH sida, il y a lieu de se laisser convaincre qu’en dehors des modes de transmission les plus connus, l’ignorance, la pauvreté et la misère en sont d’autres non moins importants ! Il n’y a pas de doute ; l’Assomption en Afrique de l’Ouest a du pain sur la planche ; et il faut du pain pour les corps, et du Pain pour les âmes !

Nous sommes déjà reconnaissants envers nos formateurs qui nous donnent l’avant-gout de la mission assomptionniste en Afrique de l’ouest, et nous nous réjouissons aussi de l’ouverture d’esprit des sœurs Hospitalières et des membres de l’association « Vivre dans l’espérance », qui ne ménagent aucun effort pour l’efficacité de notre formation !

Notre espoir est dans le Seigneur, lui qui a déjà béni ces trois semaines de stage, et nous regardons vers l’avenir avec courage ! »

Pour ma part je m’apprête à prendre quelques jours dans un monastère proche : un temps pour souffler mais également pour préparer les activités à venir, notamment l’animation du prochain inter-noviciat sur la vie fraternelle et sur l’accompagnement spirituel.

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Faire sauter les verrous !

2eme dimanche de Pâques, année B, Jn 20,19-31 /

« Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient… » (Jn 20,19) et encore « Huit jours plus tard… Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées. » (Jn 20,26) Il est évident qu’au moment où l’Évangile est mis par écrit, ces rencontres des disciples font référence aux assemblées dominicales des premières communautés et, dans le contexte de la persécution, la tentation était grande de verrouiller les portes ! Cette tentation n’est-elle pas toujours bien vivace dans nos communautés ?… Car il y a bien des manières de verrouiller l’accès à Jésus Christ… Verrou du langage… Verrou du fusionnel… Verrou de la peur et du découragement…

Verrou du langage !

Premier verrou à faire sauter : celui du langage ! Le diocèse de Montréal avait diligenté une enquête auprès des non-pratiquants, pour rechercher les raisons de leur désaffection. Or, loin de mettre en avant tel ou tel grief envers l’Église, l’exploration fit ressortir que les rassemblements et célébrations en Église leur étaient passablement étrangers, avec un langage et des préoccupations ne les rejoignant pas du tout. Aussi, pour ne pas perturber ce qui se passait devant eux, mais sans eux, la plupart des personnes préféraient, tout simplement, se retirer sur la pointe des pieds… Voici donc une première façon de verrouiller l’accès au Christ Ressuscité, avec un langage et des préoccupations beaucoup trop marqués par « notre boutique » ! Avant de parler et de donner des réponses, ne faut-il pas d’abord donner la parole, être à l’écoute des préoccupations, des angoisses mais aussi des joies et des espérances de ceux qui nous entourent ? Pensons à la dynamique d’Emmaüs : « De quoi discutiez-vous tout en marchant ? » (Lc 24,17)… La plupart des personnes ont d’excellentes intuitions sur ce qui est essentiel pour leur vie, il suffit de leur permettre d’accéder à cet essentiel et, seulement dans un second temps, de les éclairer par la vie et les paroles de Jésus Christ : « Alors commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait. » (Lc 24,27)

Verrou du fusionnel !

Deuxième verrou à faire sauter : l’illusion du fusionnel ! Que ce soit de notre volonté, ou non, comment voulez-vous qu’un jeune de 20 ans se trouve à l’aise au milieu d’une assemblée dominicale de septuagénaires ? Ou que de nouveaux immigrants, habitués à des assemblées chantantes et dansantes, se retrouvent à l’aise avec notre liturgie beaucoup plus paisible ? Ou encore que des occidentaux renient toute leur tradition culturelle et musicale pour faire place aux jeunes ou aux nouveaux venus ? Tout cela en décourage plus d’un et verrouille l’accès à Jésus Christ… Doit-on pour autant rêver de communauté où tous se sentent à l’aise ? Certainement pas, cela flirterait bien trop avec une recherche de vie fusionnelle qui n’a rien d’évangélique ! Le Christ ne dit pas aux disciples : « Ouvrez votre assemblée à tous », mais : « Allez, je vous envoie ! » Et cet envoi donnera naissance à des communautés bien différentes et bien typées : des communautés judéo-chrétiennes, des communautés pagano-chrétiennes, des communautés syriaques, coptes, arméniennes, etc. Tout à fait dans la logique de l’Incarnation. Je crois profondément que certaines assemblées dominicales se fourvoient en voulant des célébrations qui fassent place à tous… et qui finalement ne font place à personne ! Le but de l’Église n’est pas de créer une super communauté englobante, mais de valoriser des communautés chrétiennes à tailles humaines, avec chacune leur sensibilité propre et capables, de temps à autre, de se rassembler pour célébrer leur unité dans la diversité !

Verrou de la peur et du découragement !

Troisième verrou : celui de la peur et du découragement ! Et il n’est pas facile de s’en débarrasser ! Avez-vous remarqué que, malgré le premier dimanche où Jésus avait apporté la paix aux disciples, répandu sur eux son Esprit Saint et envoyé ceux-ci en mission, ils se retrouvent, huit jour plus tard, exactement dans la même situation : avec les portes de nouveau verrouillées ! Jésus ne semble pas s’en offusquer : il connaît le cœur de l’homme ! Oui nous avons peur de quitter nos habitudes, de sortir vers l’autre, nous sommes parfois gagnés par le découragement en raison de toutes nos initiatives infructueuses… Mais cela n’empêche pas le Ressuscité de nous rejoindre : « Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. » (Jn 20,26) C’est le Christ lui-même qui vient faire sauter ce troisième verrou : « Ne soyez pas paralysés par la peur ou le découragement mais, en toute circonstance que : ‘La paix soit avec vous’ (Jn 20,19.21.26) »

Alors vous sentez-vous capables de faire sauter ces verrous ?

Et plus encore, de laisser le Christ déverrouiller lui-même nos portes closes ?

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Joyeuses Pâques

En ces jours de fêtes, où vous serez certainement pris par des tas d’activités, je ne serai pas trop long… Je voudrais juste vous souhaiter une joyeuse Pâque, c’est-à-dire un renouveau de votre souffle intérieur pour pouvoir vivre chaque évènement de vos vies en vous sachant déjà ressuscité, déjà recueilli dans le cœur de Dieu, déjà capable de vivre selon l’Esprit de Dieu… La résurrection, en effet, loin d’être une récompense pour la fin de nos jours, est plutôt de l’ordre d’une qualité d’être, ici et maintenant, qui nous vient de notre configuration au Christ ! Si votre vie intérieure reprend souffle alors la joie de Pâques ne sera pas un vain mot !

« Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ…

Votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu.

Quand paraîtra le Christ, votre vie,

alors vous aussi paraîtrez avec lui en pleine gloire » (Col 3,1…4)

La vie ici…

La dernière ligne droite avant la joie pascale fut plus sereine que les semaines à venir… Les élèves sont en congés scolaires, et la vie est un peu ralentie : une bonne opportunité pour profiter des jours saints ! Comme je ne suis pas en paroisse, je donne un petit coup de main pour les célébrations pascales, mais je ne suis pas dans le stress des différentes célébrations à préparer, ni dans les journées de montée pascale qui m’avaient bien accaparé les années passées… De plus, vivant ces jours sous les 30° à 34°, le renouveau printanier de Pâques n’a pas tout à fait le même sens ici, et si je puis me permettre, « les flux énergétiques » ne sont pas comparables… Comme à Noël, il faut pas mal d’auto-conviction, pour sentir le temps de la fête ! Cependant, il demeure qu’avec le temps pascal c’est la saison des pluies qui devrait commencer (nous avons déjà eu quelques petites averses), et donc un certain renouveau de la végétation ainsi que la sortie de la canicule : un autre type de printemps…

Le temps pascal marquera aussi une nouvelle étape, puisque les novices vont partir pour un stage de trois semaines dès le lundi de Pâques… J’aurai donc devant moi les trois seules semaines de l’année, où je serai un peu plus libre et plus distant de la vie du noviciat…

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Déjà ressuscités ?

Dimanche de Pâques, année B, Jn 20,1-9 /

« Oui nous te rendons grâce car sa mort nous affranchit de la mort et dans le mystère de sa résurrection, chacun de nous est déjà ressuscité ! » (Extrait de la deuxième préface de Pâques) Comment vivre ce mystère de la résurrection de l’intérieur sans en rester aux mots ? Croyons-nous que nous sommes déjà ressuscités ? Le croyons-nous, c’est-à-dire, y adhérons-nous ? Cela change-t-il nos vies ?

Déjà ressuscités ?

Saint Paul a abondamment développé ce thème : « Ensevelis avec lui dans le baptême, avec lui encore vous avez été ressuscités. » (Col 2,12) « Alors que nous étions morts à cause de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ… Avec lui, il nous a ressuscités et fait asseoir dans les cieux, en Jésus Christ » (Ep 2,5-6) ou encore : « De même vous aussi : pensez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus Christ. » (Rm 6,11) Toutes ces expressions relatives à notre résurrection reposent sur un petit mot essentiel : en (ou avec)… « avec lui vous avez été ressuscités » ; « vivants pour Dieu en Jésus Christ. » Puisque le baptême, en particulier, mais aussi les autres sacrements et nos « comportements évangéliques », nous agrègent au Corps du Christ et puisque le Christ est ressuscité, nous sommes donc déjà ressuscités en lui ! Pour le dire plus concrètement, tout ce qui nourrit notre intimité avec le Christ : la prière, les sacrements, les gestes d’amour, de solidarité, de fraternité, etc., participe de la vie du Christ et a déjà valeur d’éternité : « Votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi paraîtrez avec lui en pleine gloire » (Col 3,3-4) En Christ nous sommes déjà ressuscités, la partie étincelante de chacun de nous brille déjà en Dieu ! Mais puisque la partie ténébreuse de chacun de nous devra être purifiée, notre « pleine gloire » demeure en devenir…

Déjà ressuscités ?

Lorsque Jésus ressuscité s’adresse à Marie-Madeleine par son nom : « Marie », celle-ci le reconnaît : « Rabbouni » (Jn 20,16)… Or, que signifie ce dialogue, sinon que la relation établie entre Marie et Jésus, durant la vie terrestre de celui-ci, existe de façon essentielle et éternelle dans le cœur de Dieu ? Et donc que Marie-Madeleine est déjà ressuscitée, même si elle n’a pas encore reçu son corps glorieux… Il en va donc de même pour nous : si nous cultivons notre intimité avec le Seigneur, nous existons pour lui, en lui, avec lui et nous sommes déjà ressuscités, même si nous n’avons pas encore reçu notre corps glorieux… Le croyons-nous ? Y adhérons-nous ? C’est-à-dire, mettons-nous toutes nos énergies à cultiver notre intimité avec le Seigneur ? Pas simplement en passant des heures en prières… mais en cultivant notre proximité avec les plus pauvres, les plus malheureux, les plus tristes, les plus malades, etc. « À chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ses petits qui sont mes frères c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Mt 25,40 )

Déjà ressuscités ?

« Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut. » (Rm 3,1 première lecture de ce dimanche) Croire que nous sommes déjà ressuscités, y adhérer, cela change-t-il nos vies ? Le principal changement devrait être un immense soulagement, une infinie liberté par rapport à toutes les réalités « d’en bas », non pas au sens d’une fuite de ces réalités, mais bien plutôt au sens d’un engagement dans le monde libre de toute entrave : nous n’avons rien à prouver ici-bas ni rien à craindre ! : « Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? La détresse ? L’angoisse ? La persécution ? La faim ? Le dénuement ? Le danger ? Le supplice ? […] ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur. » (Rm 8,35…39) Puisque nous sommes déjà ressuscités, nous sommes totalement libres pour rechercher « les réalités d’en haut », et cela change passablement nos vies : un saint François d’Assise, un saint Maximilien Kolbe, une bienheureuse Mère Theresa de Calcutta… et des milliers d’autres figures humaines, reconnues ou non par l’Église, n’en sont-ils pas les illustres témoins ? Ne croyez-vous pas que par cette résurrection déjà acquise, chacune de nos vies, jour après jour, peut en être transfigurée ?

Oui, vous êtes déjà ressuscités !

Y croyez-vous ? Y adhérez-vous ?

Cela ne libère-t-il pas vos vies pour aimer ?

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« Vous êtes des dieux ! »

Dans la controverse de l’évangile proposé à notre méditation ce vendredi (Jn 10,31-39), Jésus défend son titre de Fils de Dieu en s’appuyant sur une citation du psaume 82,6 : « Je le déclare : vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très-Haut ! » Ce thème de la divinisation de l’homme fut particulièrement développé dans la spiritualité des chrétiens d’Orient avec notamment cette formulation « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ! »… Et pourtant ne parle-t-on pas d’un péché suprême de l’homme qui consisterait à vouloir se faire Dieu ? Qu’est-ce à dire ?

Il faut ici apporter quelques précisions : ce qui est connoté négativement dans la démarche humaine, c’est cette prétention de l’homme à se prendre pour le centre du monde, à vouloir être seul juge de ses choix, à se croire tout puissant ! Or ce dieu là, n’a rien à voir avec le Dieu révélé par l’évangile ! Jésus poursuit d’ailleurs son argumentation en interpellant ses détracteurs : « Quand bien même vous refuseriez de me croire, croyez en mes œuvres. » La divinité de Jésus se donne à voir dans ses gestes de miséricorde, de guérison, de relèvement, de service des plus pauvres etc… Le vrai Dieu n’est justement pas un Dieu omnipotent, qui n’aurait de compte à rendre à personne, mais un Dieu fragile, aimant, dont toutes les œuvres sont orientées vers son projet d’amour. Un Dieu dépendant de ses créatures… Vouloir être comme ce Dieu là est une très bonne chose et la vie est justement le temps qui nous est donné pour faire cet apprentissage et recevoir cette divinisation de Dieu lui-même.

C’est précisément cela que nous allons célébrer durant la semaine sainte : Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu !

Dans l’institution de l’eucharistie, nous célébrons cette union rendue possible en devenant nous même Corps du Christ… Dans la passion et la mort en croix de Jésus, Dieu a rejoint l’homme jusqu’en ses zones les plus sombre de façon à ce qu’aucune misère humaine ne soit plus en dehors de la vie de Dieu… Enfin dans la résurrection du Christ, nous célébrons le fait que l’union au Christ nous rend capable de passer de la mort à la vie, de notre vie humaine à une vie divine. Jamais par nos propres œuvres, qui ne sont que des signes de cette union à Dieu, mais bien en laissant le Christ accomplir son œuvre en nous : Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu !

Que les célébrations pascales nous replacent face à cet essentiel !

La vie ici…

Après la poussière de l’harmattan, voici le temps de la chaleur :34°C, sans vent, sans ventilateur (en raison de notre maison toujours sans électricité), et sans eau fraiche si ce n’est quelques heures en soirée… Il paraît que cela annonce la saison des pluies… mais pour quand ?

Après le temps des récollections (voir les lettres passées), ce fut le marathon des confessions (4 soirs de suite, durant deux heures) et au milieu de la semaine une conférence, dans le cadre de notre Espace d’Alzon intitulée « Si Dieu est amour pourquoi le mal ? ». Cela rappellera surement quelque chose à plusieurs d’entre vous… puisque j’avais développé cela durant la retraite dans la vie au Montmartre en 2009… D’ailleurs le texte fut publié sur le blogue il y a quelque temps, vous pouvez le retrouver ici ! La conférence a rassemblé une bonne quarantaine de participants ce qui m’a agréablement surpris vu la teneur plutôt théologique du thème. Quant à la semaine sainte, elle débutera en avance puisque la messe chrismale aura lieu ce samedi, veille des Rameaux à la cathédrale de Sokodé !

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Une semaine ou une vie sainte ?

Dimanche des Rameaux, année B, Mc 14,1-15,47 /

Au seuil de la semaine sainte, les textes de ce dimanche des Rameaux nous indiquent justement le chemin de la sainteté, celui du Nouvel Adam qui est bien différent du chemin de « l’hommerie », celui du vieil Adam… Quel chemin désirons-nous suivre ? Celui de l’écoute, de la gratuité et de la fragilité ou celui de la méfiance, de la revendication et de la violence ? Mettons-nous justement à l’écoute des textes de ce jour…

Écoute ou méfiance ?

« La Parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille pour que j’écoute comme celui qui se laisse instruire. Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. » (Is 50,4-5) Cet extrait de la première lecture nous rapporte l’attitude du véritable serviteur de Dieu : chaque matin, cultiver l’écoute de la Parole de Dieu, et chaque matin, se laisser conduire par cette Parole. Une Parole (cf. Verbum Domini) qui, loin de se dire uniquement dans les Saintes Écritures, nous interpelle à partir de l’Intimité de notre relation avec le Christ, du «Livre de la nature », de l’Histoire du Salut, de la Parole prêchée par les apôtres, de la Tradition vivante de l’Église… Cette écoute, se prolongeant naturellement par l’obéissance, du latin ob-audire, littéralement « mettre son oreille (audire) devant (ob) » la Parole de Vie. Ce qui est confirmé par la suite du texte : « et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient… » Cette attitude d’écoute confiante et obéissante est à l’opposé de l’attitude du vieil Adam qui sommeille en nous : méfiance et défiance envers un Dieu rival de l’homme. Cette dernière attitude ne conduisant qu’à la mort puisqu’elle nous incite à nous éloigner de Celui qui est la source de la Vie ! Premier élément essentiel, donc, pour une semaine sainte et une vie sainte : cultiver l’écoute !

Gratuité ou revendication ?

«  Lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur… C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout » (Ph 2,6.7.9)  Ni devant Dieu, ni devant les hommes, aucune revendication de la part de Jésus pour prendre ce qui lui serait dû ; mais un don gratuit de toute sa vie, de tout son être, de tout son amour qui lui vaudra, toujours dans une logique gratuite de l’amour, d’être « élevé au-dessus de tout » ! Une fois encore nous avons ici l’attitude inverse à celle du récit de la Genèse, où le vieil Adam -embusqué en nous- veut acquérir tout, tout de suite, prendre ce qui lui est dû et revendiquer sa place auprès de Dieu ! Or Jésus lui-même nous dit que cette place auprès de Dieu ne peut être qu’accordée gratuitement à celui qui est assez humble, suffisamment confiant, follement aimant pour se dépouiller totalement de lui-même, se donner gratuitement et se laisser sauver par Dieu ! Deuxième élément incontournable pour une semaine sainte et une vie sainte : vivre dans la gratuité !

Fragilité ou violence ?

« Jésus, poussant un grand cri, expira. » (Mc 15,37) Un Dieu puissant qui déplace les montagnes, envoie la foudre sur les ennemis, ou transforme les pierres en pain : oui cela correspondrait bien à l’image que nous nous faisons spontanément de Dieu ! Mais un Dieu fragile, qui se laisse crucifier au milieu de brigands et qui expire sur une croix, non, décidément cela ne colle pas bien avec nos images du divin ! Et, non seulement durant sa passion, mais tout au long de sa vie, Jésus va s’approcher des êtres fragiles, malades, exclus en partageant leurs fragilités et en se faisant lui-même exclure par les bien-pensants de la religion de l’époque. Par toute sa vie, ses paroles (que l’on pense aux béatitudes), et souverainement par sa passion, Jésus va nous révéler que la fragilité de la condition humaine n’est pas à craindre, mais qu’elle est une condition nécessaire à l’amour ! Attitude diamétralement opposée à celle du vieil Adam -tapi au fond de nous- qui dès qu’il prend conscience de sa fragilité cherche à s’en prémunir : «Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus [d’une nudité existentielle]. Ils attachèrent les unes aux autres des feuilles de figuier, et ils s’en firent des ceintures [là où l’on accroche ses armes pour se protéger]… L’homme et la femme allèrent se cacher de la face du Seigneur au centre de l’arbre du jardin. » (Gn 3,7-8) Loin de cacher sa fragilité, comme nous voudrions le faire, Jésus l’expose aux yeux de tous en poussant un grand cri et en expirant sur une croix ! Amour et fragilité vont de paire ! Voici un dernier secret pour une semaine sainte et une vie sainte : accepter notre fragilité !

Qu’en pensez-vous ? Pour une vie informée par la semaine sainte ne faut-il pas :

Cultiver l’écoute ?

Vivre dans la gratuité ?

Et accepter notre fragilité ?

 

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Hypo réalité !

À propos des faits dramatiques de Toulouse, les médias, une fois de plus, furent pris par la folie de l’hyper réalité consistant à vouloir nous faire vivre ces évènements en direct. Et d’un bout à l’autre du monde médiatique, une même information nous fut répétée, assénée, dramatisée… Le comble de cette histoire : des caméras ne nous montrant rien que la nuit sombre d’une rue plongée dans le noir, pour nous signifier qu’il allait se passer quelque chose… Et ma surprise fut immense de constater que même du fin fond du Togo, et plus encore du fin fond de notre noviciat, presque en brousse et sans électricité, certains des novices se sont passionnés pour cette histoire ! Eux aussi, via la radio et le journal télévisé de TV5 ou de France24, s’étaient pris au jeu de vouloir suivre les événements de l’assaut final à la minute près… Quel monde étrange que le nôtre ! Cela me donne envie de militer pour l’hypo réalité, l’en deçà des apparences. Et si l’essentiel de la vie se trouvait justement en dehors des évènements médiatiques : la présence auprès d’un ami malade, le temps pris pour jouer avec un enfant, l’après-midi passé dans son jardin à travailler la terre, etc. que sais-je ? Et si en ce temps de carême, nous jeûnions d’hyper -réalité au profit de l’hypo réalité ?

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