Les Assomptionnistes d’Afrique de l’Ouest seront en fête prochainement… D’une part nous allons célébrer les premières ordinations diaconales de deux de nos frères togolais : Georges Houssou et Lucas Sezouhlon, et d’autre part nous entrons dans l’année jubilaire de nos 60 ans d’arrivée en Afrique de l’Ouest et nos 10 ans de présence au Togo. Ce sera le week-end du 14,15 et 16 octobre prochain.
Retour sur notre mission en Côte d’Ivoire (1957-1990)
Le saviez-vous ? Déjà en 1956, l’Assomption était venu prospecter en Côte d’Ivoire, au Bénin et au Togo : « Au cours de l’année 1956, les évêques d’Afrique de l’Ouest Française (AOF), et en particulier Mgr Boivin, ont fait diverses propositions eu R.P. Linder, alors Provincial de Lyon. Celui-ci se rendit, en fin de la même année, en AOF et parcourut la Côte d’Ivoire, le Dahomey, le Togo, afin d’étudier les possibilités d’installation. Son attention s’arrêta sur Abidjan, où il y avait à fonder un collège de garçons faisant pendant à celui des filles, dirigée par les Sœurs de Notre-Dame des Apôtres. » (Extrait de « Réponse à l’appel de l’Afrique », Missions des Augustins de l’Assomption, n°43, automne 1957, p.564 – Bulletin trimestriel assomptionniste)
Pour en savoir plus sur cette mission, je vous renvoie à l’article du Fr. Jovic Kouepou, paru dans les couleurs du noviciat n°12 :
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À l’époque de son fondateur, le P. Emmanuel d’Alzon, l’aventure missionnaire assomptionniste prend son envol en direction de l’Australie dès 1862. Depuis ce temps, les Augustins de l’Assomption n’ont pas cessé de mettre en œuvre leur charisme, en participant à la mission évangélisatrice de l’Église, dans plusieurs terres de mission à travers le monde. Dans cette grande et longue aventure, l’Afrique Noire n’a pas été en reste. Après la République Démocratique du Congo, l’ex Zaïre, en 1929, ce fut le tour de la Côte d’Ivoire dès 1957. La mission en Afrique de l’Ouest durera 33 ans avant d’être interrompue et reprise dans le diocèse de Sokodé au Togo en 2006. Aujourd’hui, en regardant notre passé avec gratitude, que retenir de notre première fondation en Afrique de l’Ouest en Côte d’Ivoire ?
Les quatre premiers religieux ayant atterris sur le sol ivoirien furent des français de la province de Lyon, les pères Roland Sourceaux (supérieur), Louis Durget, Raphaël Steyer et Alphonse-Marie Bugnard. En collaboration avec Mgr Boivin, vicaire apostolique puis évêque d’Abidjan de 1939 à 1960, ils arrivent à Abidjan dès 1957 avec pour principale mission de fonder un collège catholique dans la future capitale ivoirienne. C’est ainsi que le collège « Notre Dame d’Afrique » vit le jour très modestement et grandira petit à petit au cours des 9 ans où il sera sous la direction des assomptionnistes. De 83 élèves à la fondation, le collège compte 200 élèves après un an et 400 élèves en 1965 avec 13 religieux en service en 1963. L’Assomption y imprime véritablement sa marque via des activités multiples calquées sur le modèle des activités menées dans les collèges de France. Malheureusement cette efflorescence se flétrira avec le temps à cause de plusieurs difficultés : le collège coûte trop cher, défaut de locaux communautaires, maladies liées au climat, manque de religieux à envoyer en mission, etc. Finalement, les assomptionnistes céderont le collège aux Marianistes en 1965 et se limiteront à l’administration d’une paroisse que leur avait confiée l’évêque en 1959.
Après la cession du collège, la mission en Côte d’Ivoire se limitait uniquement au ministère paroissial : Aboisso (1959-1967) ; Adiaké (1961-1976) ; Bonoua (1961-1968) ; Port-Bouet (1976-1987) et Grand-Bassam (1988-1990). Au fil des années, la mission s’affaiblira à cause de l’isolement et la dispersion des religieux essentiellement français et certains seront en plus rapatriés parce que frappés par les maladies tropicales. C’est ainsi que la mission ne subsistera qu’entre les mains de trois assomptionnistes en charge d’assurer la continuité au sein de la paroisse d’Adiaké. Les autres paroisses quant à elles, seront confiées à la charge d’autres missionnaires. Les trois religieux travaillèrent à la mise en place d’une Église locale autonome à Adiaké. Et une fois l’autonomie acquise, ils s’installèrent à Port-Bouet pour la suite de la mission. Au bout de dix ans, la fatigue des trois religieux remet en cause la présence assomptionniste en Côte d’Ivoire. Elle sera donc interrompue en 1987 pendant un an de recyclage des religieux en France qui avaient au préalable confié le soin de la paroisse au diocèse. C’est donc en 1988 que la mission reprend son chemin à Grand-Bassam avec un groupe de cinq religieux soit trois français et deux Zaïrois venus en soutien. Malheureusement, ce nouvel élan s’estompera après deux ans en raison d’une difficile coopération -pratiquement impossible- entre les assomptionnistes et la communauté du néo-catéchuménat installée sur la même paroisse.
Aujourd’hui, nous regardons ce temps passé en Côte d’Ivoire comme une graine qui avait été semée, qui a eu le temps de mourir et aujourd’hui est en pleine croissance dans le champ apostolique de l’Afrique de l’Ouest. Telle est l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux : l’ « Adveniat Regnum Tuum ».
Jovic KOUEPOU
La vie par ici
La nouvelle promotion de noviciat est maintenant bien lancée, déjà plus d’un mois que nous sommes à pied d’œuvre, les cours se mettent en place petit à petit et les engagements apostoliques viendront bientôt. La semaine écoulée fut marquée par de nombreuses réunions de lancement d’année : chapitre local de notre communauté les 15 et 21 septembre ; chapitre local de la Communauté de Komah le 16 septembre ; réunion de travail de nos deux communautés les 17 et 20 septembre. Moi qui n’aime guère les réunions, je fus servi… Heureusement, la bonne ambiance fraternelle, et le nouvel élan donné à nos communautés avec la recomposition de ses membres, ont permis des rencontres agréables et, je l’espère, fructueuses…
Le groupe des pré-postulants se stabilise petit à petit… En effet sur les 7 admis premièrement, deux ne sont pas venus… Ils sont donc 5, mais l’un d’entre eux, suite à une fracture de la jambe fin juillet, est encore un peu convalescent et voyage entre Lomé et Sokodé… Un 6ème a été repêché, il s’agit de Casimir Kouwama, de notre paroisse, et grand frère de Valère qui vient de prononcer ses vœux. Le groupe devrait donc se stabiliser à 6 : Billy (béninois), Expedit (ivoirien), Maurice, Jean-Olivier, Romaric et Casimir…
Par ailleurs, deux frères togolais, actuellement aux études à Kinshasa viennent également d’être admis à prononcer leurs vœux perpétuels, il s’agit des frères Vivien DOKOUI et Fabrice AKELESSIM, encore une occasion de rendre grâce au Seigneur !



















































Plusieurs textes sur la prière sont proposés à notre méditation ce dimanche : d’abord la fameuse intercession d’Abraham en faveur de Sodome et Gomorrhe dans le livre de la Genèse puis l’enseignement, par Jésus à ses disciples, du « Notre Père » ; et enfin la petite parabole de l’ami opportun qui demande avec beaucoup de sans-gêne, en pleine nuit, du pain à son voisin. Spontanément on en déduit qu’il faudrait demander avec insistance auprès de Dieu pour obtenir ce que l’on désir… Cela me paraît être un beau contresens ! Regardons donc de plus près ces textes afin de convertir et évangéliser notre prière.



« Ne t’affole pas trop, tu n’es qu’un serviteur ! »
2 octobre 2016, 27e Dimanche ordinaire, année C, Lc 17,5-10 /
« ‘Augmente en nous la foi !’ Le Seigneur répondit : ‘La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous obéirait.’ » (Lc 17,6) Voici un dialogue qui ne manque pas de nous faire réfléchir : La foi peut-elle se mesurer ? S’agit-il de l’augmenter ? S’agit-il de la posséder ? La foi sert-elle à déplacer les arbres ou les montagnes ? Et quel lien avec la suite du texte : « Quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous : ‘Nous sommes des serviteurs quelconques : nous n’avons fait que notre devoir.’ » (Lc 17,10) Abordons donc ce texte avec deux clefs de lecture essentielles : D’une part, Jésus ne cherche pas à décourager ses disciples ; d’autre part, si les deux parties du texte sont enchaînées c’est qu’elles ont un lien de sens… Ma foi ou Sa volonté ? Mon mérite ou Sa gratuité ? Ma maîtrise des choses ou Son service ?
Ma foi ou Sa volonté ?
S’agit-il d’avoir la foi, d’avoir une grande foi, de posséder la foi ? Pas si sûr… Jacques Ellul[1], distingue la croyance de la foi… La croyance est sûre d’elle-même et fait de Dieu une idole. La foi, elle, suppose le doute, la relation avec un Dieu personnel que j’écoute et qui me parle. Du coup la foi n’est plus à posséder, c’est un dialogue, une recherche, une relation jamais acquise qui fait place au doute, à la surprise, à la nouveauté. Lorsque les disciples demandent au Seigneur d’augmenter leur foi on sait aussi ce qui leur trotte dans la tête : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? » (Lc 9,54) ou encore : « Pour quelle raison est-ce que nous, nous n’avons pas pu l’expulser ? ». Et on peut entrer dans cette logique : « si tu as la foi tu obtiendras tout ce que tu veux, et si le Seigneur ne t’exauce pas c’est que tu n’as pas assez de foi ! »… Ces raisonnements ne sont pas justes, ils veulent prendre Dieu en otage de notre volonté. Le but de la foi n’est pas que Dieu fasse notre volonté mais que nous conformions toujours plus notre volonté à celle de Dieu… Ce n’est pas la même chose !
Mon mérite ou Sa gratuité ?
Le lien avec la seconde partie de l’évangile de ce jour nous apparaît alors plus clairement. Est-ce que mes actes en général, ou l’accomplissement de mon devoir, méritent une récompense ? Cette logique est à double tranchant car si mes actes bons mérites une récompense cela laisse entendre que mes actes mauvais mériteraient une punition. Heureusement Dieu n’est pas dans cette logique, il nous aime gratuitement, que nous agissions bien ou mal, car ce ne sont pas nos actes qu’il aime mais nous-même. De la même manière que nous ne pouvons pas prétendre manipuler Dieu par la grandeur de notre foi, nous ne pouvons pas non plus prétendre le manipuler par le mérite de nos actes…
Ma maîtrise des choses ou Son service ?
J’écrivais en titre de cette méditation : « Ne t’affole pas trop, tu n’es qu’un serviteur ! » Voilà peut-être où se niche la Bonne Nouvelle de notre évangile dominical : Non, le Seigneur ne cherche pas à nous décourager, bien au contraire, il semble nous dire : « avoir un peu ou beaucoup de foi, faire de grandes choses ou de petites choses, là n’est pas le problème ». C’est d’abord Dieu qui mène la barque de ce monde, c’est lui qui agit à travers nous, ou sans nous. Nous n’avons pas à vouloir porter le poids du monde, ni maîtriser tout ce qui se passe sous le soleil, mais remplir humblement notre part de mission… Ne nous soucions-donc pas trop des résultats, mais remplissons notre tâche de serviteur quelconque -Je n’irai pas jusqu’à dire inutile- mais capable de reconnaître que le monde tourne avec ou sans nous. Quelle joie et quel soulagement, de pouvoir tenir humblement notre place, tout en sachant que le maître veille et que nous n’avons pas à tout maîtriser…
Alors qu’est-ce qui importe :
Ma foi ou Sa volonté ?
Mon mérite ou Sa gratuité ?
Ma maîtrise des choses ou Son service ?
Ne nous affolons pas trop, nous ne sommes que des serviteurs…
[1] Jacques Ellul, La foi au prix du doute, 2006